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LE TEMPS D'UN RP

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Ezvana
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Ezvana
Ven 19 Avr - 20:41

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Son visage qui se tourne vers le regard soucieux de son amie, si intéressé par son bien-être que cela en était étrange. Elle tenait fermement à ce qu’il reste tel qu’il était, entier, acceptant son physique dans les moindres détails. C’était étrange comme nouveauté, partagé entre la reconnaissance et l’incompréhension. Pour la première fois depuis des lustres il ne se sent pas rejeter à cause de son physique, c’était même l’inverse. Elle semblait apprécier son allure de démon. Ce qu’il ne comprenait pas justement, lui si Hideux, si Monstrueux. Elle était si belle, tout en finesse et en muscle, véritable félin souple qui renferme une force avec nonchalance, comment pouvait elle seulement le regarder ?

- Non, je souhaite simplement te ressembler un peu plus.

Une main qui glisse sur son corps, sur ses côtes saillantes sous la peau grise, cette cage thoracique énorme et ce ventre creux. Lui aussi avait des muscles vaillants, bosselant chaque partie de son corps en une beauté sculpturale mais inutile. À peine la force de ternir ses ailes, à peine de quoi se déplacer en fourgon jusqu'au domicile des clients. Le souffle est court, les membres sont tremblants. On l'a enfermé et sous nourrit pour que jamais il ne puisse tout à fait se rebeller. Il était un Monstre de puissance, létal jusqu'au bout des griffes, une telle entité se devait d'être retenue. Même brisé, l'Adonis garde un corps délié, à l'élégance fauve. Juste pour ne pas ternir la beauté et ne pas repousser les potentiels clients. Alors on l'a dressé, on l'a formé pour croire que ce qu'il vivait était la normalité. Trop soumis pour oser se relever, acceptant son sort sans rechigner. Gentil chien qui ne dit rien dans sa niche trop petite et sa gamelle vide. La sensation de faim était devenue normale, une habitude qui ponctue chaque heure qui s'écoule. Souvent, on le punit en retirant les filaments de viandes. Et ce soir, il avait goûté autre chose, découvert des plaisirs culinaires si extatique qu'il en salive encore.

Relever son regard vers l'aimer, billes d'opales qui scintillent d'allégresse. Remerciement muet de celui qui hausse un sourcil en voyant les prunelles le dévisager. Un battement de cils alors qu'il peine à refréner le réflexe de se replier sur lui-même. Cette queue qui glisse sur ses jambes, ce bras qui se presse contre son torse, les yeux qui fuient naturellement. Oh, il savait qu'elle ne lui voulait pas de mal, que l'intention qu'elle lui portait était tout autre. De l'amour, il en voyait briller dans les yeux bleus. Mais timide le Monstre qui a toujours été dénaturé par les iris perfides, son propre corps modelé par les envies des autres, devenant autre chose dans l'imaginaire ou les pulsions sont sans retenues. À se perdre dans les esprits détraqués, au fils du temps, il avait oublié qui il était réellement. Alors son regard remonte de temps en temps, s'attarde sur le visage oblong en acceptant par touche cette nouvelle façon d'être perçus, rougissant presque.

Oreille qui se redresse, aux aguets, tandis que l’étoile propose de continuer la lecture. Yeux qui pétillent alors qu’il s’échappe tout à fait de sa gêne. Cette main qui se tend naturellement pour saisir la sienne, sentir la chaleur de cette paume contre la sienne. Rituel instauré qui l’apaise, le fait soupirer alors qu’il se détend enfin. La nuit était presque finie, il pouvait souffler. Pas de rencontre avec un client, pas de cérémonie ou bien se tenir, pas de punition qui tombera sur sa tête. L’impression d’être en sécurité qui apaise le cœur alourdit par les inquiétudes.

Se laisser bercer par la voix feutrée d’Aksana, l’esprit s’envolant au loin, imaginant les aventures, les rayons de l’astre lunaire, les péripéties du cœur du protagoniste. Envolée de liberté ponctué par le talent d’oratrice de sa partenaire d’évasion. Admirative la Gargouille, de cette capacité a modelé la réalité avec sa langue, cette intonation parfaite et cette diction fluide. À croire qu’elle n’avait que des qualités.
Ange déchu mit sur le côté, la queue battante doucement contre ses longues jambes, cette rivière d'encre qui l'entoure, ses yeux brillants presque d'une lueur intérieure.
Il aurait pu graver son passage à force de la regarder avec intensité. Il la voit pleinement, pour sa beauté, sa générosité. Mais aussi la ligne tendue de ses épaules, la façon dont elle cligne trop souvent des yeux alors que la sécheresse s'installe due à la fatigue. Encore une fois, elle se donnait entièrement sans penser à elle.
Se redresser avec lenteur, se tendre pour attraper le ballotin de nourriture. Des morceaux de fruits qui s'oxydent légèrement qu'il attrape d'une griffe et qu'il engouffre dans sa bouche. Pointe d'oreille frémissant sous le plaisir avant de saisir un nouveau morceau qu'il tend devant les lèvres bleutées, presse le fruit jusqu'à ce qu'elle cesse de lire et qu'elle se nourrisse à ses côtés. Cela le rassure et la sensation lui donne des sensations étranges dans le ventre. Des bulles qui éclatent ? Où est-ce ce que l'on appelle des « papillons dans le ventre » ?

Une fois terminé il se rallonge, écoute attentivement la fin de cette histoire. L’émotion monte dans sa gorge, manque de déborder dans ses yeux perdus vers le plafond. C’était beau. Après le dernier mot, un silence s’installe pendant quelques secondes, le temps de savourer, de clôturer pleinement cette histoire.

- Merci. Merci de m’avoir offert l’opportunité de connaître ces histoires. De me les lires.

Se tourner vers elle et tirer la couverture pour lui laisser la place à ses côtés d’une invitation muette, tendre cette main comme une avance qu’elle pouvait saisir ou non. Une fois allongé, il ne peut s’empêcher de la regarder encore un peu, de ses pupilles fendus brillant d’admiration.

- Je suis heureux de m’être enfin réveillé. Que tu sois là. Avec moi.

Ce bras qui entoure le corps féminin, le plaquer contre le sien d’une enveloppe soyeuse, un ronronnement étrange vibrant dans sa poitrine. Il voulait sentir son cœur battre près du sien, il voulant sentir ses courbes épouser les siennes, pouvoir sentir ses cheveux lui chatouiller la peau. Précieux trésor qui ne devait pas quitter ses pensées, même si l’esprit divague, déjà emporté par le sommeil. Emmener avec lui la présence de son amour pour qu’elle puisse imprégner ses rêves. Main qui caresse le dos avec douceur, et, bercé par ses propres vibrations, il se fait happer par le sommeil.
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Lulu
Lun 22 Avr - 21:22

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Le venin humain persistait, grouillant toujours dans leurs artères. Ce, quand bien même leur amour s'évertuait à le conjurer, ou du moins à en atténuer les ravages. Mais, tel un mal tenace, il résistait, insaisissable, et aussi coriace que la vermine. Ainsi, les deux créatures se scrutèrent l'une l'autre, peinant à appréhender pleinement leur admiration réciproque ; l'amour était une langue étrangère, qui leur échappait encore à tous deux.
Et lorsque l'argenté confia son désir de lui ressembler, une profonde angoisse s'abattit sur le cœur de la jeune malhar. Tout ce qu'elle lui souhaitait, c'était qu'il ne fût jamais son reflet. Créature à mi-chemin entre l'humain et l'exceptionnel, ni tout à fait l'un ni tout à fait l'autre. Un être étrange, suscitant davantage le mépris et, au mieux, l'indifférence, que l'admiration ou le désir.
Peut-être était-ce cette quasi-indifférence, cette quiétude en surface, qu'il convoitait. Lui, écrasé sous le fardeau de l'idolâtrie, de la perversion humaine. Elle-même, dès qu'elle avait vu ses ailes majestueuses se déployer, n'avait pu s'empêcher de l'admirer avec l'ardeur d'une dévote.
La honte fit de l'orpheline son festin et vint ronger son cœur. Elle ne désirait pas s'assimiler à eux, et pourtant, en sa présence, les mêmes passions l'assaillaient. Les pensées s'entrelaçaient, son esprit s'égarait dans un labyrinthe vaste, encore, toujours. Et si elle était comme eux ? Et si elle ne l’aimait pas sainement ? La crainte de ne pas être irréprochable lui tordait les entrailles, semant l'anarchie dans ses pensées. Gamine qui ne se faisait pas suffisamment confiance, et qui se perdait inlassablement.

« I am a forest fire
And I am the fire
And I am the forest
And I am a witness watching it »


Éteindre les flammes dans les pages d'un ouvrage, comme elle l'avait toujours fait. Sanctuaire de mots, refuge intemporel de celle qui refusait d'embrasser son existence, ne serait-ce qu'un instant. Son corps, hélas, persistait dans sa fonctionnalité, tout comme son esprit. Ainsi, elle préférait consacrer cette énergie à s'évader dans les récits, refusant de s'ancrer dans la réalité. Et lorsqu'elle ne se cloîtrait pas entre les lignes, elle détournait cette énergie pour la consacrer au bien-être des autres, pour se protéger du monde, pour protéger les autres, pour se préserver d'elle-même.
Quitte à sacrifier ses propres besoins vitaux sur l'autel de l'altruisme. Mais désormais, une autre âme veillait sur elle, sur son bien-être. Perdue dans les méandres d'une prose, Aksana n'avait pas remarqué Sheog se mouvant sur le lit, jusqu'à ce qu'il force le passage de ses lèvres, lui imposant de se nourrir. Il fallait ce geste impérieux, cette privation de choix, pour qu'elle consente à ce que l'on veille sur son bien-être. C'en était presque navrant d'arriver à un tel extrême. Ensorcelée par ces saveurs sucrées, ses sens furent captivés, et son être tout entier frissonna d'extase à la caresse de cette douceur. Il semblait que peut-être elle devrait accorder davantage d'importance à son propre bien-être.
D'un discret sourire, elle remercia l'Adonis, avant de replonger dans ses lectures, qui atteignaient leur conclusion. À la fin des mots prononcés, l'argenté prit le temps de lui exprimer sa gratitude. Mais une pointe d'embarras l'envahit à nouveau, incapable de recevoir correctement ni de savourer cette douce reconnaissance.

—  « C'est normal...», tenta-t-elle, bien que cela ne semblait pas tout à fait être le cas. « Tu n'as pas à me remercier », ajouta-t-elle d'un ton assuré, accompagnant ses paroles d'un sourire crispé.

Cet inconfort fut balayé par l'invitation de Sheog, qui créa un espace où elle pouvait se blottir contre lui. Elle n'avait pas partagé son sommeil avec quiconque depuis des années, et si un être humain lui avait offert cette possibilité, elle l'aurait sûrement déclinée. Une chaleur bienvenue envahit son être alors que ses yeux s'emplirent d'une ivresse amoureuse.
Par précaution, elle dissimula ses crocs et rétracta ses griffes dans ses paumes, avant de se blottir contre cet être opalin. Prudente, Aksana garda une légère distance entre eux, mais Sheog s'empressa de la faire disparaître en l'enveloppant de son bras.
Ce, tout en lui confiant sa reconnaissance, son bonheur, fruits de la bienveillance que son humble présence tissait autour de lui. L'orpheline faillit répondre sur un ton léger, en accusant la fatigue d'égayer les paroles de l'argenté. Mais elle refréna ce désir, préférant préserver cette bulle d'affection, de tendresse, que son aimé tissait autour d'eux avec une grâce infinie. Peut-être qu'en elle, s'insinuait le désir de savourer cette douce déclaration, se soustrayant des doutes, des appréhensions, qui la hantaient.
Et puisque ses gestes étaient plus éloquents que ses paroles, la jeune malhar lui confia tout son amour, tout son dévouement, en enveloppant de l'un de ses bras le buste de celui qu'elle chérissait, son poing niché avec délicatesse dans le creux de son dos, évitant avec soin ses blessures encore béantes. Sa mine se blottit contre ce torse soyeux, d'où s'échappaient des ronronnements particulièrement apaisants. Leurs jambes s'entrelacèrent, et elle veilla à ne pas le blesser, puisque ses pieds étaient tout aussi griffus que ses mains. Enfin, ils ne formèrent désormais plus qu'une seule silhouette, unie dans l'obscurité.
Elle huma le parfum qui enrobait cette peau nacrée, et aussitôt elle se sentit emportée vers les astres, plongeant peu à peu dans un sommeil à la fois profond et réparateur. Depuis longtemps déjà, l'orpheline n'avait pas connu pareil assoupissement, elle qui s'accoutumait à fermer les paupières seulement lorsque la nuit avait enseveli tous les êtres sous son voile silencieux. Non par souci de leur quiétude, mais pour assurer sa propre sécurité. Mais ici, près de lui, la crainte n'avait plus de raison d'être ; les nuits et les jours passés à agir en bête farouche, lassée des sévices, trouvaient leur terme dans les bras de celui que l'humanité décrivait pourtant comme une aberration Sheog.

Un sommeil dépourvu de songes, une bénédiction, les siens se terminant toujours en cauchemars. Un sommeil sans réveils intempestifs, une autre chance, ici, contre lui, la jeune malhar se sentait en sûreté. Nulle nécessité de veiller, nulle raison de s'agiter au moindre frémissement, qu'il soit suspect ou non. Elle s'était égarée dans ces cieux constellés, son corps ne bougeant que pour se blottir encore plus contre celui qui la menait vers des rivages plus sereins.
Des horizons, où elle aurait voulu s'égarer plus longuement. Hélas, ses paupières furent tirées de leur doux repos, ses poumons contraints à une expansion forcée, ses pensées prirent de l'ampleur, résonnant de plus en plus fort dans sa caboche. À l'unisson des bruits ambiants, ceux des domestiques affairés, des invités volubiles, de l'humanité grouillante juste au-dessus d'eux, elle tenta vainement de les ignorer. Désireuse de regagner ce monde de quiétude et d'affection, malheureusement, les agitations du monde extérieur se révélaient insistantes, difficiles à ignorer. Ils approchaient. Ils arrivaient pour lui, prêts à l'engloutir.
Son cœur, à peine éveillé, se déchira soudainement, brisant le fragile équilibre retrouvé. Une douleur nouvelle, pourtant familière depuis la veille, la saisit. Oh, ce qu'elle aurait donné (tout) pour revivre ces quatorze jours, où seules les mains qui effleuraient le doux étaient les siennes, pansant ses blessures, lui offrant quelques douceurs. Mais le temps s'écoulait avec la férocité et la vélocité d'une bête sauvage, insensible aux supplications de ceux qu'elle piétinait dans sa course effrénée.
Nostalgie, douce compagne des souvenirs perdus, tenta de l'embrasser, mais Aksana ne se laissa pas séduire. Jamais elle n'avait connu le luxe de la quiétude, ni le loisir de contempler les jours heureux. Chaque aube, chaque heure, chaque minute, avait été pour l'orpheline un combat incessant pour la survie. Et aujourd'hui, elle s'apprêtait à lutter, non plus pour la sienne seule, mais pour celle du cornu.
Alors, ses pensées s'agitèrent, un tumulte d'idées tourbillonnant dans sa tête, tandis qu'elle demeurait immobile, ne voulant pas perturber le sommeil de son tendre compagnon, lui laissant savourer ces ultimes instants de quiétude. Les seuls instants qu'elle était en mesure de lui offrir, et elle peinait à accepter cette cruelle réalité.

Soudain, trois coups résonnèrent à la porte, et une voix s'éleva, brisant le silence que la jeune malhar s'efforçait de préserver. Un bruit aussi dérangeant que le cri d'une chouette âgée en proie à l'étouffement envahit la pièce : c'était l'aînée des servantes, peut-être même la doyenne de cette demeure, qui pressait sa cadette sans oser pour autant franchir le seuil de leur repaire. Les invités étaient sur le point d'arriver, et il fallait préparer la bête qu'ils étaient venus admirer.
Ses babines se retroussèrent en une grimace, bleutée qui claqua sa langue contre son palais dans un signe d’agacement, tandis que seuls les pas de la domestique s'éloignant lui répondirent, insensibles à ses feulements.
Privée de son exutoire, ses yeux se tournèrent vers Sheog, s'emplissant aussitôt d'une tendresse infinie. L'avait-elle réveillé ? Sans doute, il devait être autant en alerte qu'elle, sinon plus.

— « Je suis navrée que tu aies eu à te réveiller de cette façon... », lui susurra l'azurée.

Ses doigts effleurèrent ses joues anguleuses, cherchant à enlacer avec tendresse son visage. Vaine tentative pour le soustraire aux cruautés du monde humain.

— « Nous avons encore quelques précieux instants à nous... », murmura-t-elle, offrant une illusion temporelle, même si la réalité était tout autre.

Aksana était prête à façonner le temps à leur guise, à défier les monstres qui attendaient, au risque de provoquer leur courroux. Mais quelle importance ? Elle avait déjà affronté leur colère maintes fois.
Puis, de ses lèvres, elle lui confia son adoration, son amour. Un déluge de baisers s'abattit alors, arrosant ses joues, sa mâchoire, ses lèvres. Maladroites dans leur élan amoureux, les siennes effleurèrent avec timidité les lèvres argentées qui se tendaient vers elles. Ses mains, quant à elles, caressèrent avec douceur cette peau aussi douce que la clarté d'une demi-lune, désireuses de graver dans cette chair toute sa tendresse, d'y imprégner son essence, afin qu'elle puisse l'accompagner même lorsqu'ils seraient séparés par la distance.
Dans sa poitrine une flamme, ardente et vive, s'éveillait tel un volcan en éruption, un tumulte d'émotions orageuses dansant une valse passionnée, dont les accords menaçaient de résonner dans les profondeurs de son corps. Trop profonds, trop bas, bien au-delà des rivages de la quiétude et du raisonnable. Son corps frémissait de fièvre, chaque fibre de son être s'embrasait dans l'ardeur, l'Adonis exerçait sur elle un pouvoir impérieux, une domination dont l'étendue défiait toute mesure. C'était comme tenter de sonder l'infini, c'était une quête perdue d’avance.
Aksana, dans un geste empreint de douceur, se résolut à écarter leurs lèvres, malgré l'étau serré de la réticence qui enserrait son cœur. Puis, enfouissant son visage dans le creux de son cou, elle se délecta une fois de plus de cette fragrance aux vertus presque magiques, salvatrices. Seule la senteur de son amant parvenait à calmer la colère qui la rongeait.

— « Mange les fruits... Je trouverai de quoi me nourrir », lui susurra-t-elle en se dégageant de son cou. « Et je vais chauffer de l'eau pour ta toilette. »

Ainsi annonçait-elle son départ, mais demeurait immobile. Abandonner ce lit, se soumettre à la routine imposée par Mama, c'était accepter le début d'une nouvelle soirée de tourments. Alors, celle qui n'était pas coutumière de la procrastination choisit de prolonger son séjour dans ce lit pour une raison évidente. Ce, même si les bruits de pas se faisaient plus pesants au-dessus d'eux, devenant impossibles à ignorer, son immobilité était un cri de désespoir, un refus farouche de livrer son amant en pâture aux démons. C'était là son unique acte de résistance, bien qu'au loin, les lueurs argentées d'une lame elfique scintillaient, attirant le regard de la féline.

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Ezvana
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Ezvana
Sam 27 Avr - 17:09

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Bien vite, les bras de Morphée viennent le cueillir, emporté loin dans les songes à cause de cette fatigue écrasante qui ne quitte pas les traits de soin visage, crispés et tendu. Grimace parfois alors que le dos est douloureux, à cause des cicatrices encore fraîches, de cette paire d’ailes qui avait meurtri un peu plus les muscles ankylosés. La peur aussi, qui fouaille ses entrailles, se remémorer les événements de la nuit. L’horreur, l’insubordination. Lui, dans toute sa gloire ténébreuse. L’angoisse qui fait remonter une bile d’acide dans la gorge. Le corps est parcouru de spasmes alors que ses rêves sont agités, tourmentés par des émotions nouvelles qu’il tente de comprendre.

Curiosité maladive de celui qui n’avait que cela pour tenir le coup, pour s’échapper d’une prison de brique trop étroite pour un être tel que lui. Ressentir des choses nouvelles, inexpliquées. Il en testait la saveur du bout de la langue malgré sa méfiance. Celle de la colère tout d’abord, un feu ardent aux reflets bleutés, froides et incendiaire tout à la fois. Un baiser glacé qui remonte de son estomac pour envahir sa poitrine et envelopper son cœur. Jamais encore cet être pur n’avait ressenti une telle sensation le combler de l’intérieur, une douce satisfaction de se sentir puissant qui flattait les papilles et le terrifie. C’était comme écouter sa petite voix intérieure, celle démoniaque qui susurre constamment dans les moments de faiblesse. C’était Satan lui-même, Mama le lui avait toujours dit.
Et pourtant. Et si ce n’était que son « vrai » lui ? Le reflet de sa véritable nature ?
Prisonnier depuis si longtemps, que l’entité grise ne savait plus vraiment ce qu’il était au fond de lui, hormis cette marionnette docile qui ne disait mot. Qui serait-il s’il avait été libre ?
Cela le tourmente, le rend indécis. Fallait il sauter dans ce lac au reflet mouvementé ou rester tel qu’il était aujourd’hui ?

L’amour aussi, véritable joyau qui prenait la forme d’une pierre bleue. Saphir miroitant qui l’hypnotisait et apaisait les battements de son palpitant. Instinctivement, le corps cherche celui de sa compagne de nuit, entoure un peu plus ce dos, cette grande main qui s’aplatit sur les reins, le bout des griffes qui se font velours et chatouillent la peau de caresse tendre. Sentir la chaleur d’Aksana en vague chaude qui le réconforte. Jamais encore, il n’a partagé sa couche avec quelqu’un. Quand il était au service d’un Humain, il devait rentrer à la fin de la séance. Certainement, pour empêcher la Gargouille de tenter de s’enfuir, même si Mama avait dit que c’était pour le garder en sécurité. Et pourtant, il lui semblait naturel que la bleuté soit à ses côtés, une présence rassurante qui se moule parfaitement à lui. Quand il doute, il lui suffisait de la sentir sous sa paume.

Aussi, le sommeil est profond et les cauchemars s’enfuient au loin, étant protéger par un terrible félin à la peau de nuit. Le temps s’écoule sans accrocs jusqu’à ce que ses oreilles perçoivent des tintements reconnaissables. L’oreille se redresse un instant avant de se plaquer en arrière, tenant vainement de chasser au loin la réalité qui était en train de les rattraper. Garder les yeux obstinément fermés, mais le reste du corps trahit son éveil. La queue immobile s’agite à nouveau, la pointe racle le sol dans un léger mais dérangeant tintement, un frémissement agite la crinière qui tombe en cascade derrière son dos.
Entre ses doigts, son aimé s’agite, remue, un bruit de langue qui se fait entendre. Ouvrir les yeux pour la voir feuler d’un air agacé et un demi-sourire vient étirer sa bouche. Elle était si belle, même au réveil et la colère flambant dans ses yeux. Protectrice qui n’hésite pas à découvrir les crocs. Cela lui fait rater un battement de cœur et la fierté brille dans ses prunelles d’argents. C’était une nouveauté rafraîchissante, le sentiment que quelqu’un tient si fort à vous, qu’il vous défend contre le monde entier.

Rougeur qui l'envahit, ce sang qui monte à la tête tandis qu'un déluge de baiser parcourt son corps. Bête qui tend le coup en arrière pour dévoiler un peu plus la peau de son cou et mieux sentir le contact des lèvres qui se pressent affectueusement. Et quand elle happe ses lippes, il semble fondre de l'intérieur. Cela ruisselle en lui et chaque impact résonne en une mélodie lancinante et claire, un appel, plonger plus loin dans ses appétits qui n'ont jamais vraiment été rassasié. La façon dont le souffle s'alourdit, que les yeux s'attardent sur des détails de ce visage si près du sien. Alors tendrement, il parsème lui aussi sa peau de baiser, s'attarde sur cette bouche d'une pression plus soutenue, avant de reculer pour ne pas l'envahir. Cette jambe qu'il avance, glisse entre ses cuisses pour être encore plus proche d'elle, cette queue qui vole de droite à gauche trahissant l'excitation de la Bête.

- Si tous les réveils ressemblent à ça, je veux bien croquer la pomme…

Un rire léger, presque un gloussement qui se mêle à un ronronnement. Nouvelle preuve qu’il a compris, assimiler comment manier les mots en prenant exemple sur les autres, lui incapable de maîtriser les sous-entendus et les mots détournés. Prendre plaisir à ce qu’il pouvait distiller dans ses mots, lui si avide d’apprendre.
Étoilé qui ne semble pourtant pas bouger d’un pouce, toujours blottit contre lui. Que c’était bon de sentir la peau d’un autre, d’être réconforté, d’être soutenu. Une nouvelle fois le cœur se gorge d’amour, ce bras qui replace le corps d’une pression à sa place initiale, tout près de lui. Plus près, toujours plus près. Jouer avec ses cheveux qu’il enroule autour d’une de ses griffes, avant de glisser sur l’épiderme en une caresse dangereuse, s’amuse à chatouiller les reins, le flanc avant de s’attarder sur une cuisse. Un claquement de cuir et une aile se déploie lentement telle une toile de peau, vient englober les deux corps pour les plonger dans la douceur ouatée d’une nuit artificielle.
Vouloir cajoler un peu plus cette personne tant aimée, lui transmettre ses sentiments de façon délicates et pourtant si intense. Garder ce moment si précieux juste pour eux, comme volé aux autres. Peu importe les piaillements qui courent dans les couloirs, son amour n’était en rien honteux. Il le portait dans sa poitrine avec une fierté presque vindicative. Revanche sur toutes ses années de solitude à garder les yeux fermés pour ne pas apercevoir la réalité troublante.
Profiter, savourer jusqu’à la dernière bouchée ce fruit défendu. Vouloir étirer ce moment à l’infini.

Nouveau bruit à la porte, on toque de façon insistante.
Lèvres retroussées sur de longues canines, un grondement menaçant résonne dans le poitrail et s’extirpe de sa gorge. Cela repart précipitamment derrière le bois, on émit un petit cri de surprise.
Avoir pris exemple sur sa compagne, s’affirmer lui aussi dans ses propres envies. Lui aussi avait envie de ronger les bords des interdits.
Pousser un soupir et venir coller son front au sien, fermer les yeux pour s’abreuver de son énergie pour avoir la force d’une nouvelle soirée, d’une nouvelle nuit.

- J’aimerais tant rester ainsi pour l’éternité.

Puis, résignée, l’aile recule à nouveau pour se fondre à son dos et il s’écarte, libère l’étoile de son étreinte chaude. S’étirer, à en faire craquer les articulations, fauve qui reprend peu à peu sa docilité conciliante en s’ébrouant, repoussant des mèches noires de son front, gratte machinalement une croûte sur une épaule. Les griffes de ses pieds de félin qui s’agitent alors qu’il remue ses orteils avant de redresser, approchant la fenêtre et claquant la langue une nouvelle fois pour appeler Chat.

Plisser le nez alors que des odeurs chatouillent son nez avant de s'éloigner et de piquer des trophées de fruits qu'il ingurgite avec un plaisir évident. Émettre le fait qu'elle aussi devait se nourrir, agitant une griffe ayant harponné un bout de pomme, toujours cette autorité maladroite de celui qui tente de prendre soin d'un autre.
Le visage qui regarde le plafond alors que cela s'agite en surface. Cela n'a jamais été une partie de plaisir les séances avec les Humains, mais avant il s'y pliait parce qu'ils étaient supérieurs, que leurs demandes ne pouvaient être contredites. Désormais, il percevait la perfidie derrière ces arrangements, comprenait mieux l'argent glissant de main en main tandis que lui doit se plier aux demandes des autres.

Un soupir bien vite balayé par un bruit en dehors, un miaulement reconnaissable entre mille. Les oreilles se redressent brusquement et un sourire joyeux étire le visage crispé tandis qu’une main retire le drap.
Là, derrière les barreaux, se tenait un chat, d’un banal affligeant. Le pelage noir et les yeux verts tirant sur le jaune. Pourtant, aux yeux de la Bête, c’était un trésor de beauté et d’affection. L’animal qui se penche vers lui en miaulant, Monstre gris qui le saisit et le colle contre son torse en frottant affectueusement sa joue contre son pelage en ronronnant avant de le tendre devant lui en la ballottant d’un geste maladroit pour que Aksana puisse la voir dans son entièreté.
Aucune protestation du félin qui semble avoir l’habitude.

- Je te présente Chat ! Elle est souvent venue me voir ces dernières années.

Amour presque enfantin de celui qui à les yeux qui pétillent. Ramener le précieux animal contre lui, sans jamais se plaindre des griffes qui éraflent sa peau de trace rougis.  Des doigts qui touchent le ventre aux mamelles gonflées et aux poils retirés.

- Oh, mais tu as eu des bébés, Chat !

La queue s’agite de droite à gauche dans une excitation soudaine, ravie du cycle de la vie qui continue de suivre son cours malgré tout. Il aurait tellement eu envie de voir des chatons ! Petite créature fragile et en plein développement. Les enfants, les bébés, c’étaient incroyable aux yeux de l’argenter.
La poser sur le sol pour qu’elle puisse parcourir la chambre comme à son habitude, la suivant des yeux avec admiration. Elle était belle, souple et puissante et sans le vouloir ses prunelles font des allées et retour entre la bleuter et Chat. Il y voyait tant de similitudes dans la beauté et la puissance contenue.

Lentement, il se prépare à la soirée, l'Étoile toujours aussi attentive à son bien-être qui fait attention à lui. Joyeux le Gris, de tout cet amour versé à son égard, de cet ce simple animal à cette Reine magistrale. Le bruit des lanières de cuir qui se resserrent autour d'un avant-bras, mais aucune réaction négative de celui qui est transporté par l'ivresse du plaisir. Aussi, quand Chat demande à repartir, il interrompt l'habillage pour porter le félin à sa fenêtre. Retourner près d'Aksana pour continuer ses préparatifs, conscient tout de même que ce n'était pas normal qu'une autre personne s'occupe de ses ablutions. Un jour, il devrait le faire lui-même. C'était son désir. Mais emporté, il préfère raconter sa première rencontre avec la chatte noire, quand elle était encore petite et qu'elle c'était perdu à renifler de la nourriture aux barreaux de la fenêtre. La prendre sous son aile, lui offrir la nourriture qui lui était destinée, méfiant, mais si curieux que la peur avait reflué. Une amitié, une connexion, c'était établi et depuis, elle venait de temps en temps le voir.

Et dans sa joie, dans l'ébullition d'une discussion enjouée, on n'entend pas les bruits de pas discret au niveau de la fenêtre qui s'éloignent.

Lulu
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Lulu
Mar 30 Avr - 14:29

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Voix argentée qui se fit messagère des deux cœurs enlacés. Elle-aussi, aimerait rester ainsi pour l'éternité, et toutes celles qui suivraient.  Sa main, enveloppant celle de Sheog, confiait en murmures cette ardeur dévorante qui rongeait sa poitrine, et en arracher des larmes invisibles. Mais nul génie bienveillant ne se pencherait sur leur sort, pas ici, dans les dédales de ce manoir où les humains ne concevaient même pas qu'ils puissent avoir des pensées, et encore moins d'autres désirs que celui de vouloir les servir.
L'aile se retira, et leur petit univers s'effondra. Désormais, la lune errait solitaire, se parant de ses lueurs les plus éblouissantes pour charmer les yeux malveillants. L’étoile en était navrée, mais surtout indignée. Petit astre flamboyant, porteur de destruction, sa colère incendiant les confins de l'univers. Ses prunelles incandescentes exprimaient une rage muette, prête à jaillir de sa prison corporelle pour incendier celleux qui insulteraient l'argenté. Et dans le coin de son regard, luisait toujours la lame de la Justice.
Soudain, les douces oreilles de la jeune malhar frémirent, chatouillées par le son émis par le Gris. Le sens de ce bruit lui demeurait toujours étranger. Mais les interrogations s'évaporèrent, éparpillées par la griffe du géant tendue vers ses lippes, offrant sustentation alors même qu'elle lui avait affirmé sa capacité à pourvoir à ses propres besoins. Toutefois, derrière cette sollicitude, elle entrevoyait quelque chose. Il ne partageait pas sa nourriture avec elle par mépris de ses capacités à se sustenter, loin de là. Ce n'était pas cela. Une lueur douce vacillait dans ses prunelles opalines, éloignée de l'acrimonie de l'inquiétude, loin des aigreurs de la méfiance. Bien que l'orpheline n'eût pas encore saisi pleinement la teneur exacte de cette intention, ses lèvres s'ouvrirent pour recevoir le fruit, et s'en délectèrent. Sans pour autant détourner son regard de là où luisait cette émotion inconnue... Mais plaisante.

Dans l'intimité de leur repaire, tandis qu'Aksana dégustait sa portion, un étrange murmure vint troubler l'atmosphère. Le colosse s'élança vers la source de ce son, hâteux de dévoiler derrière le drap une petite forme sombre et velue, qui, une fois lovée contre lui, contrastait avec sa chair marmoréenne. Surprise, l'orpheline se redressa, perplexe... Un chat ? Son être se raidit discrètement, maintenant une distance prudente avec cette boule de poils ronronnante.
Rayonnant comme s'il avait retrouvé un vieil ami égaré, Sheog s'empressa de présenter la créature au visage de l'azurée, figée tel un bloc de pierre. Mais elle ne s'approcha pas davantage de cette bête qui l'observait de ses grands yeux ronds, ses intentions demeurant énigmatiques. Était-il joyeux ? Méfiant ? Joueur ? Plongée dans l'ignorance, la jeune malhar invoqua le ciel pour que le félin ne s'approche pas d'avantage d'elle, ou ne commence pas à vagabonder dans la pièce, au risque de consacrer les prochains moments à l'épier avec une inquiétude voilée.
Dans son enfance, un chat avait croisé son chemin ; vieille bête hirsute, peu encline à la tendresse. Et en cela, Aksana saisissait le sens de cette attitude. L'orphelinat n'était pas l'endroit adéquat pour une créature féline, encore moins pour une aussi vulnérable. Les cruautés de certains enfants s'étaient abattues sur lui, l'obligeant à adopter un caractère farouche, à attaquer sans l'ombre d'une hésitation le moindre bipède. Hélas, leurs chemins s'étaient souvent croisés, elle, fuyant ses persécuteurs et, par conséquent, empruntant les repaires du félin. Depuis, sa relation avec les chats était teintée de crainte, et il valait mieux pour elle de ne pas croiser de chiens non plus. Les molosses l'effrayaient davantage, avec leurs mâchoires menaçantes, leurs aboiements sinistres et leur loyauté sans failles vis-à-vis de ces monstres d’humains.
Mais le fiel de la bestialité ne souillait pas cet endroit, tant que l'argenté y régnait. Son bonheur radieux, l'amour suintant de ses gestes, éclairait les ténèbres du manoir, tout autant que le cœur-rageur de la féline. Les traits crispés de celle-ci s'adoucissaient au gré des exclamations joyeuses du tendre compagnon, dont la joie se mit à déborder de lui lorsqu'il découvrit que son amie avait eue une portée de chatons. En secret, Aksana ressentit un soulagement de ne pas les voir ici. Bien que, si leur présence devait accentuer l'éclat de son astre, elle pourrait surmonter ses peurs.

Sous la caresse de ses doigts, déambulant sur cette peau d'albâtre, ses griffes s'adoucissaient, sa poigne se relâchait, offrant à la créature ailée une toilette tendre, similaire aux précédentes. Toutefois, son regard restait vigilant, scrutant Chat qui, en vérité, se souciait peu de sa présence, captivé par les tendresses prodigués par le Gris.
Après une toilette dont la durée, inchangée, bravait l'impatience des parasites d'en haut, la jeune malhar s'attarda sur la somptueuse crinière de l'ailé, la tressant avec une délicatesse infinie.
Une nouveauté qui s'immisçait dans leur rituel, désir de la domestique de magnifier cette cascade soyeuse tout en adressant un subtil message à ceux qui, là-haut, considéraient son doux comme une bête vulgaire, indisciplinée, rustre, peu sensible à la beauté.
Les mèches, apprivoisées, révélèrent un visage modelé par des mains divines, exhalant une lueur d'une douceur égale aux rayons lunaires, dévoilant des oreilles longues et graciles, héritage d'une race mystérieuse et altière. Elles conféraient à sa prestance une grandeur incomparable, tandis que les longues cornes, telles une couronne de marbre noir, trouvaient leur juste éclat sous cette lumière qui les caressait davantage, maintenant qu'elles étaient plus visibles.
Un sourire doux s'épanouit sur les lèvres de la jeune malhar, ses pupilles voguant sur un visage digne des contes de fées. Il était l'incarnation même de la beauté ; il était plus beau que les Grands Elfes majestueux, plus beau que les nymphes éthérées, plus beaux que les rois parés d'or, et plus beaux que les dieux immaculés. Dans ses prunelles azurées, brillait alors une admiration profonde, comme une étoile scintillant dans l'obscurité.
Puis, Chat décida de partir, et l'Adonis l'assista dans son évasion, avec une douceur et une grâce exquises, avant de revenir à elle pour parachever ses préparatifs. Aucune angoisse ne voilait sa voix, seulement une euphorie pure, alors qu'il narrait avec un bonheur palpable sa rencontre, son histoire, avec celle qui avait longtemps été son unique alliée et amie. Aksana l'écoutait avec une attention soutenue, aussi passionnée que lui par ce récit, bien que sa ferveur était quelque peu discrète, puisque concentrée sur ses propres gestes. En effet, elle ne voulait pas lui infliger de blessure en ajustant ses chaînes.
Gestes, qui lui causaient toujours autant de peine. Elle aurait préféré dompter bien d'autres choses ce soir-là : sa chevelure seulement, ou ses courbes, mais d'une manière infiniment plus agréable. Ainsi, pour soulager à la fois son aimé et son cœur chancelant, elle ne resserra pas excessivement les liens, laissant le cuir effleurer sa peau plutôt que l'étouffer. Si jamais il lui venait le désir de se défendre, de se libérer de toute entrave, il serait libre de ses mouvements, maître de son propre être. Même la pointe acérée de sa queue, telle une lame prête à trancher, fut épargnée par le carcan des chaînes ; d'un geste vif, la protection se désarmerait. Quant à la chaîne qui pendait à son cou, Aksana refusa catégoriquement de l'y contraindre. Qui donc aurait l'audace de la mettre à sa place ? Personne, et sûrement pas un vulgaire humain.
La servante ne proféra nul mot sur l'absence de l'entrave, offrant à Sheog un regard qui, à lui seul, fut plus éloquent que n'importe quelle explication ; lui signifiant ainsi qu'il n'était pas question d'oubli, mais bel et bien d'un refus catégorique de sa part. Elle refusait d'être celle qui le retiendrait captif, ni même d'être celle qui l'encouragerait à s'élever vers la révolte. Ce, malgré la vive envie qui grondait dans sa bouche close, elle s'abstint, se remémorant l'effroi qui avait teinté les prunelles douces de l'opalin à l'idée de se soulever contre Mama.
Toutefois, elle demeurait déterminée à faciliter le chemin du Gris vers la liberté, tout en jouant son rôle attribué par la maîtresse des lieux au sein de cet enfer. C'était là son moyen de murmurer sa dissidence à Mama, faute de pouvoir la lui crier en pleine face pour l'instant. À Sheog de saisir ou de délaisser les opportunités qui se présenteraient à lui ; ses choix importaient peu, car elle demeurerait à ses côtés, fidèle à sa promesse.

— « Tu es prêt », lui souffla-t-elle d'une voix douce, sa douleur plus silencieuse qu'à l'accoutumée.

Ses lèvres effleurèrent son épaule, là où débutaient les stigmates de ses blessures, y déposant un baiser empreint de tendresse. Dans cette étreinte, elle essayait de distiller un baume sur les plaies de son corps et sur celles de son âme. Quelques baisers ne les effaceraient pas. Se rassurer en se disant qu’elle aurait d’autres nuits, d’autres jours, pour marquer cette peau de sa tendresse, de son amour, la lavant des souillures, soignant ses meurtrissures.
Profitant du fait qu'il s'était incliné pour être attaché, ses lèvres remontèrent malicieusement jusqu'à son cou, déposant une caresse pleine d'amour et de chaleur à une artère palpitante de vie.

— « Je serai là à ton retour, promis », lui souffla-t-elle à l'oreille, d'une voix aussi douce que le murmure des vents dans les feuillages.

Chaque soir, elle lui susurrait cette promesse, comme une prière murmurée, désireuse d'ériger autour de lui une barrière le protégeant contre les assauts des doutes, des craintes de l'abandon.

— « Et nous irons dévaliser la cuisine... », ajouta-t-elle, complice, ses mots chargés d'une légèreté insouciante. « Je ne sais pas si Mama aura besoin de moi ce soir, mais si ce n'est pas le cas... je partirai à la recherche de ta lime. »

Elle envisageait déjà d'ajouter quelques petits extras, consciente qu'elle ne saurait résister à l'envie de lui offrir davantage, ou plutôt, tout ce que ses modestes moyens lui permettraient, tout ce qu'ils pourraient réparer à défaut d’en déployer de plus grands pour le libérer.
Ces vulgaires babioles, elles étaient comme des flocons de neige dans une tempête, éphémères et sans substance. Elles avaient ce goût de trop peu, comme un pansement sur une plaie béante, comme une lueur vacillante au cœur de la nuit. Leur futilité étreignait son esprit tel un étau, laissant sur son palais une trace d'amertume, tandis que la légèreté désertait ses traits azurés.
À nouveau, l'humanité s'apprêtait à jouer avec lui ce soir, le réduisant à l'état d'une bête vulgaire, d'un bien quelconque. Cette pensée lancinante la hantait à chaque apparition des rayons lunaires à l'horizon, malheureusement, leur éclat n'était pas suffisant pour dissiper les ombres qui les maintenaient prisonniers.
Son cœur, alourdi comme une enclume, chutait dans les méandres infinis de sa souffrance, déchirant les fibres de sa chair dans sa chute inexorable. Seul le retour de Sheog pouvait l'extraire de ces marais de tourments. Mais en son for intérieur, elle savait que cet espoir était vain, que le doux ne reviendrait pas indemne, que son corps et son esprit seraient irrémédiablement altérés par la folie humaine.

— « Je vais t’accompagner jusqu’à la salle des invités », murmura-t-elle, la voix étranglée par la peine.

Aksana s'efforça de recouvrer quelque prestance, de contenance, car ce n'était pas à elle de se métamorphoser en bête de foire pour ces impies humains. Ses épaules se redressèrent, tout comme son corps alourdi.

— « Dis-moi, quand tu souhaites y aller. »

Et si cette heure ne venait jamais, elle serait prête à demeurer cloîtrée ici avec lui, la dague elfique à la main, prête à la maculer du pourpre de leurs ennemis.
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Sam 4 Mai - 18:00

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Plaisir indicible des doigts glissants dans sa chevelure, satisfaction profonde de savoir qu'il était choyé, embellit. C'était avec peine qu'il réussissait à maîtriser sa crinière avec la longueur de ses griffes, aussi, il ne pouvait s'attarder à démêler en profondeur les nœuds coriaces, impossible pour lui de placer des bijoux, il n'avait rien de valeur. Aucune possession personnelle, jamais on ne lui aurait permis un tel péché. Mais depuis que son Etoilé était là, son cœur était ravi. Extase insoluble, au-delà des mets les plus délicats, que sa chevelure soit ornée lui gonflait le cœur.

Immobile alors, la patience d'un enfant calme qui se laisse dorloter. C'est à peine si la pointe de ses oreilles s'agite, que sa queue balance de droite à gauche. Même quand elle ajuste en douceur les lanières de cuir et les chaînes, le Gris ne dit mot, se laisse faire avec la patience de l'habitude. Un rituel qui presque l'apaise, d'une routine instaurée depuis des éons, qui s'imbrique dans ses journées avec la facilité de la docilité. Il aurait dû craindre ce moment, le redouter profondément. Certes, il était agité en son for intérieur, la peur se glissant dans ses veines avec une morsure froide. Il en a toujours été ainsi, les Humains étaient aussi fascinants que terrifiant. Mais c'est surtout depuis la Dame Rouge que la terreur, nocif et acide, plombe son estomac et remonte dans sa gorge en bille infâme. La Gargouille tente de se rassurer silencieusement, se concentrant plutôt sur l'ordre des attaches, cliquetis presque rassurant. Finalement l'ordre des choses avait repris leurs places.

Sensible le Démon, qui constate que la morsure des lanières se fait plus douce, que même ce qui devait être étreint n’était que bercé. Attendris par ce baiser qui touche sa peau, ce visage qui se penche en avant pour embrasser le sommet d’un crâne de ses lèvres sombres. La remercier avec tendresse, cela comptait beaucoup à ses yeux. Cela pouvait paraître anodin, mais aux yeux de l’argenter, c’était source de force, de conviction. Celle de tenir un peu plus longtemps, d’avaler la peur pour la refouler au loin, de se dire qu’il y avait quelqu’un pour lui-même s’il revient fourbu et éreinter. Même dans cette pénombre épaisse, il y avait une étoile pour le guider.
Et quand la tristesse filtre dans la voix de son Aimée, il fronce un peu les sourcils, soudainement ployé devant l’inquiétude. Apercevoir avec une évidence cruelle qu’elle était malheureuse de la situation, que la ligne de ses épaules se redresse comme pour affronter les courroux de la nuit à venir.
L’enlacer tendrement, la plaquer contre son torse et l’envelopper de ses bras, serpents gris qui coulissent sur sa peau et sa tunique sombre, cette chaleur qu’il désire partager. Que leurs battements de cœur s’unissent une dernière fois avant de plonger dans la gueule du loup. Avant, il aurait hésité à agir ainsi, plongé dans l’incertitude et une timidité maladroite. Mais c’était révolu. Entité qui s’affirme, s’attache à respecter ses envies et à combler celle qui partageait dorénavant ses nuits, amour et tendresse qu’il exprime avec une sincérité désarmante. Apprendre le langage de l’amour autre que les grandes phrases des romans.

- Cela ira, Aksana.

Tentative dérisoire pour rassurer sa féline si tendu entre ses bras. Il commençait à connaître le fonctionnement de ce chat bleu et ce n’était pas une simple phrase qui pourrait dénouer les nœuds de muscles.

- Mais tu ne pourras pas venir, les invités seront déjà là quand je rentrerais dans la salle. Mama m’appellera. Je ne veux pas que tu… Sois l’objet de leurs curiosités.

Protection farouche du cornu qui refuse de voir les yeux se poser sur elle. Lui il avait l'habitude et était prêt à endosser se rôle.
Puis des bruits de pas qui descende les escaliers et Sheog qui relève la tête. Ce n’était pas normal. Il reconnaissait le pas de Mama, lent et appuyé. Elle ne venait jamais toquer à sa porte pour lui ordonner de monter, préférant l’appeler du haut des escaliers.
Un bruit sec à la porte qui s’ouvre sans demander l’avis du locataire.

Mama était là, un costume parfaitement cintré sur son corps, les yeux ne pouvant s'empêcher de refléter le dégoût de ses deux corps enlacés. Car la Bête refusait de lâcher son aimé. Au contraire, il voulait clamer haut et fort ses sentiments, que le monde sache qu'il avait été choisi par la plus belle créature qui soit.

- Je n'aurais pas besoin de vos services ce soir, je vous envoie chercher des articles. Articula la propriétaire en plongeant ses yeux dans ceux de la bleuté. Une voix sèche, dénué de toute sympathie alors qu'elle tend un papier. Mais n'oubliez pas que je vous demanderais à chaque entrevue avec nos invités dorénavant.

Si elle pouvait les séparer par la force, elle n'aurait pas hésité un seul instant, c'est en tout cas ce que l'on pouvait lire dans tout l'éclat de son regard. Puis il pivote, glisse sur le visage de son fils et un mince sourire étire son visage si tendu.

- Maintenant Sheog, il est temps.

Un mouvement de main vers le couloir pour l'inviter à suivre le chemin. Amadouer l'entité qui relâche son Etoilé et qui s'approche de Mama, battant des cils comme craignant de recevoir une punition. Mais il n'y eut qu'une main délicatement posée sur son épaule telle une caresse qui l'enjoint à monter, il se tourne brièvement vers l'Aimée pour capturer son essence de ses prunelles avant de monter les escaliers. Un dernier regard incisif vers la Malhar provenant de Mama avant qu'elle ne rejoigne son fils.
D'en haut, on entend déjà les acclamations des clients.


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Mar 7 Mai - 18:38

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.

TRIGGER WARNINGS:

Réassurances vides, qui, telles des échos creux, glissaient sur ses tympans sans parvenir à apaiser son cœur affolé. Leurs corps s'étreignaient, enlacés, attachés l'un à l'autre, et les mains bleues échouées sur le dos du captif resserrèrent leur étreinte autour de lui, comme si, de ses bras décharnés, elle pourrait le soustraire à son naufrage imminent.
L'orage grondait à l'horizon, exacerbant la terreur qui s'enroulait autour d'elle, l'étouffant telle une vipère enserrant sa proie. Tandis que celui qui bientôt serait emporté par les flots tumultueux lui murmurait qu'elle ne le suivrait pas là-haut. Il le refusait. Ses mains se crispèrent sur cette chair meurtrie, ses doigts se repliant sur eux-même, se serrant jusqu'à en faire pâlir ses phalanges.
Mais elle, elle désirait les voir. Leurs visages, leurs silhouettes. Elle voulait en apprendre davantage sur eux : leurs identités, leur lieu de résidence. Elle souhaitait ardemment qu'ils soient punis pour les atrocités qu'ils s'apprêtaient à lui infliger, que justice soit rendue, car aucun dieu, aucune autorité ne semblait s'opposer à leur dessein. Dans ses veines, bouillonnait le désir d'éradiquer leur cruauté, de restaurer un semblant de justice dans ce monde qui semblait les nourrir de rien d'autre sauf de sa propre asphyxie.
Ses pupilles tremblantes de rage, se hissèrent vers le géant d'argent. Bientôt, nul ne saurait retenir cette fureur qui, telle une torpille, ravageait les profondeurs de son être, transperçant ses entrailles, frappant son cœur, secouant ses membres et dévorant son esprit. Elle en avait assez, de souper son propre sang, de ses crocs déchiquetant sa langue et l'intérieur de ses joues à force de maintenir farouchement ses lèvres closes. Fatiguée de sentir ce goût douceâtre se déverser sur ses papilles dès que ses lèvres effleuraient les plaies de l'Adonis. Une soif inassouvie la tourmentait, une frustration lancinante l'enserrait. Non, ce sang-là n'était pas celui qu'elle désirait savourer.
Elle désirait plutôt goûter à celui de cette femme à l'allure austère, dont le regard dédaigneux les transperçait. Les braises vacillantes dans les yeux de la jeune malhar ne faiblirent pas. Celle qui, il y a peu, aurait pu baiser le sol qu'elle foulait, réprimait désormais l'envie de le souiller de son crachat.
Leurs regards se heurtèrent, l'un glacial, l'autre incandescent. Les doigts crochus de l'humaine se tendirent vers la silhouette azurée, qui traîna avant de saisir avec nonchalance le bout de papier qu'elle lui avait tendu. D'un geste indolent, elle le glissa dans l'une de ses poches, sans prendre la peine de le lire. Peut-être allait-elle feindre de l'oublier là, peut-être allait-elle le laisser choir au sol, voire le déchirer en mille lambeaux.
Puis, la matrone se détourna vers son fils, l'effleurant à peine, tandis que plus loin, l'azurée fulminait dans l'ombre de ces deux êtres qu'elle désirait voir séparés. C'était tout ce que cette mère consentait à octroyer à ce corps assoiffé de tendresse, avide d'amour : l'illusion d'une caresse, un geste autoritaire.
Et si elle croyait que sa colère, que ses nausées, ne pouvaient s'intensifier davantage, sa candeur la déserta prestement ; dès que les cris enthousiastes des convives heurtèrent ses tympans, elle sentit son malaise se décupler, s'enraciner plus profondément en elle. Et cette voix en elle, autrefois murmurante, hurlait désormais que viendrait le jour où d'autres cris, d'une tout autre nature, jailliraient des lèvres de ces ignobles individus.

Après une toilette hâtive, vêtue d'une énième robe aux teintes lugubres, Aksana quitta le manoir pour se rendre dans les ultimes échoppes encore ouvertes. Elle parvint à dénicher une lime à ongles, ou plutôt à griffes, habituellement destinée aux animaux. Hélas, aucun établissement ici ne s'accommodait des physionomies autres que celles des humains et de leurs compagnons à quatre pattes.
À peine eut-elle fait halte dans une échoppe, qu'un sentiment d'étrangeté l'enveloppa, tel un manteau de plomb, confirmant qu'elle n'était pas la bienvenue en ces lieux. Des regards scrutateurs se jetèrent sur elle, défiants, dès lors qu'ils devinaient, sous sa capuche, cette peau nocturne. Elle feignit l'indifférence, bien que son être tout entier palpitait à l'idée d'affronter ces corps hostiles. Par moments, sa fureur se révélait dans des regards acérés, aussi perçants que le fil de sa dague que ses doigts enfoncés dans son manteau effleuraient.
Au gré de ses déambulations, nul heurt ne vint troubler sa trajectoire. Même lorsque, mue par une hostilité vive envers ceux qu'elle considérait comme des vermines, elle leur déroba subrepticement quelques biens, quelques mets, sans que le moindre remords puisse émousser sa conscience. Depuis son enfance, ses doigts agiles s'étaient résolus à subtiliser pour survivre, pour lutter contre le froid, la faim... Ainsi, nul commerçant ne surprit ses petits larcins, bien que certains, devinant sa nature, la surveillaient d'un œil méfiant. Cette fois-ci, elle leur offrait une bonne raison de se méfier d'elle.
Alors qu'elle déambulait parmi les étoffes chatoyantes d'une boutique de tissu, ses sens captèrent les échos lointains d'une conversation, entre le marchand et un homme drapé de rouge. Au début, elle ne prêta guère attention, absorbée par l'envie de dénicher l'angle parfait pour ses manigances. Mais bientôt, elle ressentit les poids de leurs regards et le lourd silence qui s'ensuivit. Alors, Askana s'immobilisa brusquement, ses prunelles dévalant d'abord jusqu'à leurs pieds, puis remontant vers leurs visages scrutateurs. Dès qu'elle les fixa à son tour, le client détourna son attention du commerçant, reprenant leur échange comme si de rien n'était. Naturellement, la jeune malhar prêta une oreille plus attentive à leurs propos.

Le client confia alors l'existence d'une demeure, abritant une créature autre que celle qui arpentait les allées de la boutique. Une entité plus impressionnante, plus puissante, plus terrifiante. Le regard de l'elfe se figea sur un article, sans pour autant lui accorder une grande considération. Il parlait de Sheog. Une tension, sourde mais palpable, enserra sa mâchoire, son cœur s'éprenant à nouveau de cette colère enracinée.
Les dires de l'inconnu s'étalaient, prétentieux, affirmant avoir rencontré de ses yeux cette entité et qu'elle s'est prosternée à ses pieds. À nouveau, ses prunelles étincelèrent de haine, luisant dans les recoins sombres de la boutique. Le marchand, impressionné, lui demanda vivement des détails, et l'homme ignoble admit n'être pour rien dans cet exploit. Les sourcils d'Aksana se froncèrent, imitant ceux de l'auditeur, aussi fasciné qu'un enfant à qui l'on racontait un conte. Alors, les mots coulèrent encore, révélant qu'il travaillait pour une femme richissime, qui avait loué les services de la bête pour une nuit il y a deux semaines de ça. Un frisson glacial enserra Askana alors qu'elle comprit : il était au service de ce démon écarlate.
Puis, l'homme en rouge s'évanesça, abandonnant le commerçant qui balaya l'espace de ses yeux fatigués. La bleue, elle, s'était évaporée sans un murmure, s'en allant traquer l'ignoble séide.

Armé d'une torche pour fendre l'obscurité des ruelles endormies de la ville, il fut assailli par le doute, lançant des regards inquiets jetés dans le néant, persuadé d'entendre les cailloux frémir sous des pas furtifs. Mais nulle âme en vue. Impossible se murmurait-il, qu'on puisse suivre ses pas dans l'obscurité sans chanceler, tant le sol était accidenté. Pourtant, il hâta le pas, pressé de rejoindre l'antre vénérable ; terrain de jeux pour certains, havre pour d'autres, pandémonium pour le reste. En un souffle, il atteignit le portail, et un instinct primal le poussa à refermer promptement la porte derrière lui.
Une ombre fugace lui sembla apparaître au loin. Ses yeux se plissèrent, ne captant que le balancement des frondaisons d’arbres séculaires. Sans plus attendre, il se laissa engloutir par les lueurs intérieures de cette demeure de cauchemars, tel un chien s’impatientant de retrouver le giron de sa maîtresse.
Aksana l'avait traqué sur toute la longueur du chemin. Tout le long de celui-ci, la tentation de commettre l'impardonnable avait martelé son esprit, excitant ses pensées d'une sombre férocité. La lame aiguisée de sa dague, telle une déesse infernale, avait dansé devant ses yeux, lui susurrant des promesses de vengeance, de justice. Et jusqu'ici, elle avait su lui résister.
De ses yeux azur, elle scrutait la façade de la demeure, telle une panthère curieuse ondulant autour du repaire de sa proie. L'adrénaline affluait dans ses veines, son cœur martelait sa poitrine avec violence, son souffle se faisait court, ses pupilles dilatées trahissaient son état fébrile. Elle hésitait, encore et toujours. Pourquoi n'osait-elle pas franchir le seuil ? Craignait-elle de souiller ses mains de leur sang ? Eux n'avaient pas hésité à verser celui de l'ailé. Non, elle avait plutôt peur pour elle-même, craignant de se perdre à jamais dans ces flots vengeurs.
Mais les souvenirs du retour funeste de l'être aimé s'abattaient sur son esprit tel un tourbillon, imprégnant de nouveau ses papilles d'un goût ferreux. La rage, la terreur, la rébellion enflammaient son être, chaque battement de son cœur résonnant comme un appel à la vengeance. Blondel aurait pu le tuer, elle en aurait été capable, et elle le serait de nouveau, elle n'en avait pas le moindre doute. Il fallait que cela cesse. Les échos lugubres des rires des convives résonnaient en elle, le spectre de l'agression de la veille la hantait avec une cruauté insoutenable. Si elle ne faisait rien, cela ne cesserait jamais. Son esprit se tournait alors vers ce frère disparu, qui avait pris sa défense malgré ses protestations. Grâce à lui, les autres enfants l'avaient laissée en paix, du moins jusqu'à son adoption. Peut-être était-il temps, à présent, pour elle d'agir à son tour.

L'âme éteinte, le cœur en ébullition, Aksana se lança vers le domaine, laissant derrière elle ses acquisitions, ou plutôt ses rapines, afin de se frayer un chemin entre les barrières. Elle les récupérerait une fois sa quête accomplie. Dès qu'elle pénétra dans le jardin, elle se pressa contre les murs de la demeure, s'approchant furtivement d'une fenêtre pour scruter l'intérieur. Il n'y avait aucune présence, et pour l'instant, aucune chevelure blonde en vue. Cette dégénérée devait forcément se tapir quelque part, et la malhar était prête à la pourchasser jusqu'au tréfonds d'un terrier.
Au gré de son avancée, elle découvrit une fenêtre entrebâillée ; celle des cuisines. Sans plus tarder, et en se contorsionnant avec agilité, elle parvint à s'y glisser. Dans son enfance, elle s'était déjà insinuée dans des passages bien plus étroits. Une fois à l'intérieur, dans une pièce déserte, elle enlaça sa dague dans sa paume, puis, tel un félin, elle progressa silencieusement vers la porte. Son oreille collée contre le bois, elle ne perçut aucun bruit de pas. La nuit était déjà bien avancée, les corps devaient être consumés par la fatigue. Après s'être assurée que les couloirs étaient déserts, elle quitta les cuisines, s'engouffrant dans l'une des artères de la demeure.

Au gré de ses pérégrinations, elle parvint jusqu'à une pièce qui semblait être un salon, où l'homme en rouge se tenait dos à elle, assoupi dans un fauteuil moelleux. Sa main enserra fermement le manche de sa dague, se remémorant les propos acerbes qu'il avait proférés à l'encontre de son bien-aimé, sa fierté déplaisante, son enthousiasme odieux. Lui aussi méritait de sentir la caresse froide de sa lame.
Consumée par la colère, elle se faufila silencieusement dans la pièce, négligeant son environnement. Sans plus attendre, elle se dissimula derrière un canapé, puis un autre meuble, s'approchant furtivement du fauteuil. Le moment était venu, sans plus tarder ; la moindre hésitation, la plus minime réflexion, pourrait lui être fatale. Son esprit se vida, ses pensées se figèrent, ne laissant place qu'à l'action. Un vieux tourne-disque grésillant diffusait une musique jazzy, masquant le bruit de ses pas, mais ne parvint pas à étouffer le cri déchirant de l'homme, lorsque la lame transperça soudain son épaule. Ses yeux exorbités se tournèrent vers son assassin, qui n'arracha pas le couteau de son épaule.
La main de la jeune malhar tremblait, tout son corps tremblait, sous l'emprise de la terreur et de l'adrénaline. Il méritait son châtiment, il l'avait mérité, il avait jubilé en voyant son doux ensanglanté, agonisant. À présent, c'était à son tour de goûter à cette sensation, chasseur devenant la proie.
Elle avait fait le bon choix, elle agissait pour le bien de son ultime trésor, se répétait-elle inlassablement.
Et alors que ce fut la première fois, oui, la toute première fois qu'elle plongeait la lame dans la chair d'autrui, que son geste portait le sceau funeste de l'irrévocabilité, un autre visage que celui qu'elle avait traqué se révéla à elle, et avant qu'elle ne pût mesurer toute l'horreur de son erreur, une douleur aiguë transperça le flanc droit de son visage, la projetant avec violence vers le sol.
Tel un félin traqué, elle se redressa promptement, s'extirpant de l'emprise de la surprise. Elle devait combattre, avancer sans fléchir, même si cela signifiait griffer le vide, elle ne pouvait rester immobile. Lorsque le visage de l'homme qu'elle avait suivi se découvrit enfin, il se précipita soudainement vers son collègue agonisant, arrachant le poignard qui empêchait son sang de jaillir. Son visage, empreint de rage et d'indifférence aux gémissements de l’ensanglanté, se tourna ensuite vers la jeune femme, à peine relevée de sa chute.
S'ensuivit un combat perdu d'avance, l'homme, robuste et agile, maniant le poignard avec une adresse mortelle, réussit à lui infliger plusieurs coups malgré les griffures, malgré les morsures. D'abord à l'épaule gauche, puis au ventre, jusqu'aux cuisses, il la transperça de part en part, hurlant sa victoire, tandis que d'autres pas retentissaient au loin, annonçant une issue inéluctable.
Dans l'horreur crue et la violence brute, l'azurée délivrait des coups de plus en plus erratiques, tandis que la moquette, témoin muet de son agonie, s'imprégnait peu à peu de son sang. Les larmes montèrent, sa panique s'accentua, la mort se mit à la lorgner au loin. Des sanglots de terreur s'échappèrent de ses lèvres exsangues, pourtant, l'orpheline tint bon, insoumise, dans un combat désespéré. Il lui était impensable d'abandonner, de céder, de ne pas au moins tenter de s'arracher à cette destinée funeste. Hélas, elle n'en eut pas l'occasion, d'autres mains vinrent arracher le bourreau et sa proie, les séparant, pendant que d'autres encore se précipitaient sur le corps de la première victime.

— « Allez avertir Madame Blondel, immédiatement ! » vociféra un majordome, s'affairant à prodiguer les premiers soins aux sbires meurtris.
— « Mais... Elle se rend actuellement au manoir de... Enfin, elle pourrait déjà être en entretien, et elle nous a expressément priés de ne pas la déranger même en… »
— « Assez ! Prévenez-la sans plus tarder, et si nécessaire... Dites-lui qu'elle trouvera un autre divertissement ici... Allez, appelez là de suite ! »

Soudain, un juron s'échappa des lèvres blêmes d'un domestique. Des regards inquiets convergèrent vers lui, puis vers le bout de chair ensanglantée gisant sur le sol. Un doigt humain, et des lèvres bleutées empourprées, visiblement, elle n'avait pas abandonné l'espoir de s'évader de ce cauchemar.
Profitant de l'étreinte relâchée, elle se précipita vers une fenêtre, la frappant d'un geste féroce. Le verre éclata sous l'assaut de sa main, quelques éclats s'enfonçant dans sa peau déjà pourpre, teintée autant par son propre sang que par celui des sbires. Son souffle se fit court, le liquide vital jaillissant de ses entrailles, et elle s'efforça de s'élever vers l'extérieur, mais fut vite ramenée en arrière par deux autres serviteurs, qui la jetèrent rudement au sol.

— « Endormez-la, vite ! » ordonna une voix autoritaire, suivie du rythme précipité de pas obéissants.

Un mouchoir fut pressé contre son visage, et elle se débattit, jusqu'à ce que ses muscles se muent en ouate, ses coups devenant chétifs, ses paupières s'alourdissant. Peu à peu, les ténèbres grignotèrent son champ de vision, les formes floues qui l'entouraient s'évanouissant une à une. Comme ses douleurs, ses spasmes, ses gémissements. Le monde lui échappait, et il ne lui restait plus rien pour freiner sa chute vers le néant. Ses ongles griffèrent le parquet dans une lutte désespérée pour s'agripper à quelque chose, mais le voile finit par tomber, terrassant la créature bleutée qui cessa enfin ses convulsions. Mais avant le noir total, une silhouette floue et lumineuse dansa devant elle ; son cœur se serra douloureusement, et un ultime soupir, plus mélancolique que les précédents, franchit ses lèvres.
Et tout autour, une fois assurés que l'intruse était bel et bien endormie, on s'affaira à la déplacer et à l'enfermer, à l'endroit même où l'argenté faillit rendre son dernier soupir.
Ezvana
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Ezvana
Jeu 9 Mai - 0:08

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.



TW : Violence, sang, humiliation.


Entité qui offre son corps spectaculaire à la lumière tamisée des chandelles, cette apparition des enfers prenant forme dans un salon d'un manoir isolé. Et comme d'habitude, la symphonie des exclamations se font entendre, résonnent dans le petit salon ou c'était entassé bien trop d'Humain venant admirer la Bête. L'incube. Le fils du Diable lui-même.
Frémissement de ce monstre qui aperçoit dans les prunelles bien trop d'éclats différents, de la simple admiration jusqu'au tréfonds de la vilenie qui suinte dans des prunelles trop brillantes.
Il s'avance, fait cliqueter ses griffes sur le parquet qui grince sous le poids, fend la foule de sa hauteur jusqu'à ce pentagramme fait à la craie. Les narines qui se dilatent alors que la peur le fait renâcler un instant en apercevant là des attaches fixées au sol, brillant d'un éclat froid, qui n'ont jamais été présentes auparavant.

Docilité flagrante de celui qui offre un regard apeuré vers sa mère qui l'enjoigne à avancer d'un mouvement sec du menton. Alors il prend place au milieu du dessin, garde les yeux baissés comme il devait le faire. La queue basse, immobile, mèches de cheveux sombres camouflant l'éclat argenté de ses billes froides. Car ici, il n'y avait pas la douceur du bleu pour arrondir les angles rugueux de la dure réalité. Elle était trop loin son amie qui pouvait le soutenir, de ses caresses murmurantes qui ne font que réciter des écrits d'amour, de ses yeux à l'éclat de nuit, ce sourire si délicat qui ourle la magnificence de sa peau d'azur.
Loin, loin l'esprit de l'esclave qui ne pense qu'à son aimé, pense à ses paroles et à son touché alors qu'un cliquetis dérangeant sonne. De ses chaînes d'ornementations, on les transforme en prison portative. Attachée au sol, la Gargouille est dans l'incapacité de réagir. Seulement la peine qui un bref instant l'accable, ce dernier regard vers Mama pour comprendre ce geste. Mais ce n'était que le fruit de son insurrection, résultante de son comportement la veille.
Fermer les yeux, les plisser fort pour faire taire la plainte en travers de sa gorge, tandis que des mains s'approchent et que son corps ne lui appartient déjà plus.

Des doigts caressent sa peau et dans l'esprit prisonnier de Sheog, c'étaient ceux de la domestique sauvage qui l'apaise. Quand on relève sa chevelure, ce n'était que de nouvelles tresses magnifiques qui orneront son crâne comme une couronne de mèches d'encre. On marche sur sa queue, on s'amuse à titiller la base sur le bas de son dos, mais rien ne franchit ses lèvres. Emporté par les songes, on ne pouvait pas l'atteindre, sur un nuage près d'une étoile scintillante.
Araignée de chair qui s'immisce sous le pagne, on dérange les tissus pour tâter un peu de cette virilité si exaltante. Plisser plus fort les yeux, serrer les dents à en avoir mal aux mâchoires. Ce n'était que ses rêves peuplés de fantasmes d'un fauve de nuit contre lui dans un lit immense ; rien d'autre ne devait franchir la barrière de l'amour, le seul véritable désire qui a flamber dans sa poitrine.
Trop imperturbable le Démon, on veut en savoir un peu plus sur lui. Comme un seul homme, on vient faucher l'arrière de ses genoux pour qu'il tombe de toute sa masse sur ses genoux. Bruit lourd d'un corps qui chute, pourtant pas un geignement de celui qui est soumis par la force. On saisit ses cornes, joyaux de noirceur qui surplombe son visage, on fait plier cette nuque pour qu'il redresse le visage, expose les traits d'ange déchus crispés.
Garder les yeux fermés, tout ceci passera. Garder les yeux fermés et il sera libre.

On caresse cette marque violette sur sa joue, cette marque si nette que l'on pouvait remarquer les angles d'une cravache. Cela piaille, s'extasie et marchande déjà sur l'acquisition de cette formidable créature. La voix de Mama tonne, mais il ne l'entend pas. Les oreilles vrombissent de paroles douces et agréables, de mélopée qu'il emmène dans ses rêves les plus précieux. Groggy, endormie le fils de Satan ce qui ne semble pas plaire à certains invités. On lui ordonne d'ouvrir les yeux, mais rien ne se produit. Agar, on suspecte qu'il soit drogué et cela pose un problème. Que ferait-on d'une créature addict ? Alors un claquement sec retentit quand la cravache s'abat, nouvelle marque rouge qui s'aligne sur l'hématome violet. Un geignement, les yeux qui s'ouvrent subitement et dévoilent l'argenté brillant de peur.

Cela rassure et les affaires reprennent avec leurs frénésies habituelles. On s’éloigne un peu de lui, alors Sheog tente de se redresser. Bruit du métal qui résonne, il peut à peine tenir debout, tout de droiture austère pour faire bonne figure. Vaguement, d’un air morne, il détaille les visages qu’il oubliera aussitôt. Ils étaient tous identiques, avides et tremblants. Pourtant, son regard s’arrête sur une silhouette, celle de Mr Tyndall. Un mouvement de lèvres, à peine un tremblement qui ressemble à une menace silencieuse. Mais l’homme qui ne le quittait pas des yeux et portant même un sourire aux lèvres.

Se désintéresser aussitôt de l’Humain. Il n’avait aucun pouvoir ici, il se devait de rester obéissant. Alors le temps s’écoule sans qu’il ne bouge, sans que rien ne trahisse quelconque émoi intérieur. Peu à peu, les Humains s’en vont, le brouhaha se fait ténu et bientôt, il n’y avait presque plus personne. Pourtant, on ne le détache pas. L’agitation commence à loger une pierre froide dans ses tripes, la queue bat doucement l’air et la déglutition est bruyante. Relever timidement le visage pour apercevoir Mama se diriger vers l’entrée, laissant venir une personne dans le Manoir. Qui cela pouvait-il être ? Il n’y avait plus personne, hormis ce Tyndall qui restait dans son coin. Un invité de marque ?
Ce n’était pas bon signe. Piétinement, les oreilles qui s’abaissent un peu plus.
Des bruits de pas, des talons claquant sur le sol, les pans d’une robe fluide qui se laisse apercevoir.

Alors l’Incube s’étrangle, recule d’un mouvement brutal. Cliquetis alors que le Démon tente de s’extraire. Vaine tentative alors qu’il en teste la solidité d’un mouvement du poignet, jusqu’à que la chair s’abîme sous l’assaut. La terreur, pure et terrible, s’infuse dans son regard d’Opale, la bouche s’ouvre dans un cri silencieux alors qu’il glisse sur le sol, manque de s’empêtrer et de chuter.

- Allons, on n’accueille pas une amie ainsi.

Un sourire trop faux. Et du rouge, du rouge soulignant l’éclat pâle d’une chevelure blonde.
La sueur maculant le dos du Géant, coulures qui se glissent entre les blessures encore trop ancrées à sa chair pour être oublié. La panique qui le fait renâcler, mouvement en arrière du cou subitement arrêter par la chaîne tendue.

- Calme-toi et reste à genou, obéit.

La voix claire de Mme Blondel tranche l’air et impossible pour lui de résister à l’ordre. Alors lentement, tremblant si fort que ses dents claquent, il se met à genoux, mains posées sur ses genoux et paumes vers le haut, la tête baissée. Figé le Démon, ou son esprit lutte dans une bataille ou le rouge prenait trop de place. Les yeux écarquillés à fixer le tracé à la craie, immobile dans une attention dévorante ou la peur lui prenait aux tripes. Nauséeux, il peine à ne pas libérer le fond de son estomac.

- J’ai contacté Mme Blondel car tu t’es mal comporté et je pense qu’elle est apte à savoir te punir.

Un regard plein de souffrance qui se pose sur la propriétaire des lieux. Elle savait pourtant. Elle a vu son fils dans cet état ce soir-là. Et pourtant, elle l'avait trahi. Tout à son besoin de contrôle, elle a convié le véritable Monstre pour punir sa possession. Une lamentation d'un animal mourant qui glisse entre les lèvres et, résigné, le visage s'abaisse, les cornes érafles le sol et les bras sont tendus en arrière comme s'il proposait sa nuque au bourreau.
Impossible pour lui de voir se sourire mauvais, cette démarche assurée vers la cheminée flambant vivement dans le grand salon, mais il entend deux personnes venir tendre les chaînes de ses bras. Odeur de métal chauffé qui arrive à ses narines alors que Mme Blondel s'approche, un tison vibrant de chaleur.

Frémissement de l'animal qui anticipe, cette respiration sifflante alors que la peur vient se glisser dans ses veines alors qu'il ne comprend pas. Qu'allait-il lui arriver ?

Un talon s'enfonce dans son dos, fissure des croûtes sèches. Oh, il pouvait deviner ce rictus déformant la beauté naturelle de cette femme, il l'avait imprimé avec horreur pendant des heures. Les secondes s'écoulent comme si elle prenait le temps de savourer, avant d'avancer cette barre à l'embout étrange. Ce n'était visiblement pas un tisonnier classique.
Chaleur que la Bête sent, trop vivement pour être rassurante.

Puis cela touche sa peau et s'enfonce dans la chair avec un grincement de couenne cuisant sous la chaleur. Un cri qui s'arrache de cette gorge, ce corps qui se tend en avant avec la puissance d'un animal essayant d'échapper à la fatalité. Pourtant il est stoppé net, retenu au sol par Mama et l'homme qui tiraient sur les chaînes en vociférant, tandis que Sheog se débattait, criant encore et encore alors que sa peau propre peau fond sous l'assaut du métal brûlant.
Mais rien ne dérangeait Mme Blondel qui reste appuyée bien trop longtemps, bien plus qu'il n'en fallait pour marquer à jamais cette chair grise. Satisfaction immense quand elle voit ce pentacle gravé d'un rouge sanguinolent aux bords noircis près de cette chevelure qu'elle aurait voulu couper net.
Enfin, elle recule et un bruit de succion écœurant se fait entendre quand le métal arrache un peu plus de chair. Tremblement de l'entité qui ouvre la bouche en grand pour mieux respirer, dans un énième hurlement silencieux. Essayer d'endiguer la douleur pour ne pas craquer, pour rester digne. Pour les beaux yeux des Humains il se devait d'être exemplaire, n'est-ce pas ? On s'éloigne de lui, on relâche la pression de ses chaînes.
Replié sur lui-même, il n'entend pas les pas de Mr Tyndall qui c'était approché, ni le mouvement de lancer. Vision trouble qui ne comprend pas alors cet objet glissant près de lui. Rien qu'une masse informe et sombre.

- Cela ne m'étonne qu'un être tel que toi se soit acoquiné avec une telle créature.

Réaliser. Réaliser que face à lui, si près, se tenait le corps d'un félin au pelage sombre. Les yeux étaient ouverts, mais totalement vide. De sa truffe noire coulait du sang qui commençait à sécher.

Billes d'argent qui s'écarquillent, le tremblement des lèvres sombres qui balbutient un seul prénom en boucle.

- Chat.

Un murmure, presque du bout du souffle. Les griffes tremblantes, il veut s'approcher, toucher du bout des doigts ce petit corps qu'il devinait encore chaud, caresser la fourrure pour rassurer Chat que tout irait bien. Il tend les mains, mais il est bien vite retenu, bruit métallique qui le garde prisonnier. Pourtant, il insiste, tend de plus en plus ses chaînes jusqu'à que ses poignets bleuissent, jusqu'à ce que la peau se déchire. S'approcher, toujours un peu plus, tenter d'offrir à Chat ce qu'elle méritait depuis toujours, de l'amour. Malfaisance dans ce placement, de ce lancer de cadavre, juste pour que le Démon puisse le voir sans jamais pouvoir le toucher.

- Chat.

Non, cela ne pouvait pas être vrai. Il ne pouvait pas le concevoir. Le corps est tendu à l'extrême vers l'avant, les pieds raclent le sol et glissent. Larmes qui s'écoulent sur les pommettes saillantes et dégringolent jusqu'au sol.

- Chat.

Le souffle est court, le cœur manque d’exploser sous la douleur. Aucune respiration ne venait soulever les flancs du chat, aucune vibrisse ne vibrait sous un ronronnement doux. Aucune lueur dans les prunelles vides. Déjà, ses pattes se raidissaient.

- Non, pas Chat. Pas elle. Pitié. Pas elle. Pitié.

Bafouillement de celui qui ne comprend pas. Mais aucune consolation pour apaiser l’enfant trop grand qui venait de perdre sa meilleure amie. Rien que des mains qui entourent son visage, ce masque de la honte qu’on lui enfile sans qu’il ne se débatte, trop aspiré pour la souffrance pour réagir. Les domestiques agissent vite et en silence, sans un mot de compassion.

- C’est de ta faute si ce chat est mort, Sheog. Tu n’avais pas à nourrir un animal errant, qui plus est un chat noir. Cela aurait pu nuire à notre travail.

Supplicié qui lève le regard vers le seul repère qu’il possédait depuis toujours. Menton tremblant et la culpabilité qui le foudroie de part en part. Sanglot audible cette fois, prenant vraiment conscience qu’il n’y avait plus de vie dans ce petit corps. Des pleurs terribles qui résonnent dans sa large poitrine, cette salive qui coule de la commissure de ses lèvres alors que le mors lui bloque la mâchoire. C’était lui le fautif. Et les chatons mourront seuls dans la nature, car personne ne viendra les sauver.

Mme Blonde s’agite alors qu’un son résonne dans la pièce et qu’elle dégaine un téléphone portable. La mine revêche, elle semblait furieuse, mais rien ne peut extirper le Gargouille de l’infini tristesse dans lequel lui était plongé. Ce petit corps semblait étrangement arqué, comme si des os avaient été brisés, la colonne sectionnée en deux. Du sang, aussi, sortant de la bouche et coagulant sur ses canines blanches. Chat avait été battue à mort.
Pique de glace qui s’insinue dans le cerveau endolori. Une vérité qui monte lentement, mais avec une clarté saisissante. Les yeux remontent, se détachent du corps refroidi pour se poser sur l’Homme qui le fixait intensément. Un mince sourire, des doigts qui remuent.
Ils sont rouges.
C’était lui. C’était lui qui avait tué Chat.

- Pourquoi ?

Un murmure presque inaudible et inintelligible, mais qui ne fait que remonter un peu plus les commissures des lèvres de Tyndall. Un mouvement vers le haut et à nouveau le Démon est immobilisé, mais le visage stupéfait, il tente une nouvelle fois de s’extraire sans force, mue par une volonté de nuire, d’enserrer ce visage entre ses mains jusqu’à voir la souffrance s’y lire.
Pourtant, c’est Mme Blondel qui l’interpelle. Elle crie au téléphone, ce petit boîtier que ne comprenait pas Sheog, hormis son utilité. Il savait très bien qu’il y avait quelqu’un de l’autre côté, tel un mini portail, qui pouvait lui répondre.

- La Malhar ?! J’arrive. Presque un crachat venimeux alors que son regard se pose sur Mama. A croire que vous êtes incapable de tenir vos sujets.

Mama est agacée, mais surtout, ses yeux fonds des allées et retour entre son invité et son fils, comprenant que la situation pouvait déraper à tout moment. La presser de sortir, de presque s’enfuir. Mais la Lune ne quitte jamais cette silhouette du regard, balayant de ses rayons argentés ce tissu rouge qui s’efface, passant outre le corps de Chat. Étincelle bleue qui balaye la surface de ce lac d’ordinaire si lisse. Ondoiements, rides qui parcourent l’eau, à force de tremblement d’un rugissement intérieur qui prend forme, s’amplifie, jusqu’à que l’étincelle allume un brasier, un brasier qui devient hautes flammes. Folie profonde qui vient entourer le cœur de l’Adonis, le caresse et l’enserre précieusement pour le protéger du monde extérieur. Une nouvelle armure qui l’éloignerait des autres. C’est dans le regard que se lit cette tempête bleutée, cette rage soudaine qui envahit le corps et s’infuse dans les veines et dans les muscles qui se tendent à l’extrême. Prêt à exploser le Gris, qui gronde. Un grondement tout d’abord bas, qui fait vibrer le sol à ses pieds, qui monte en puissance jusqu’à devenir dérangeant, jusqu’à devenir un hurlement de haine pure qui jaillit d’un lac insondable. Embrasser ce feu, écouter cette voix qu’il refoulait. Haine et folie s’entremêlent et le doux Géant devient rejeton des enfers.

Corps formidable qui se gonfle, de ses griffes qui s'allongent jusqu'à en rayer le parquet, cette mâchoire garnie de crocs qui éraflent le mors qui manque de se briser sous la puissance des mandibules. Une paire d'ailes qui claquent dans l'air et manque d'arracher une souffrance supplémentaire au niveau de ce morceau de chair brûlée. Mais rien ne pouvait détourner l'Esclave de son envie furieuse de s'évader, d'arracher la vie de ses mains et de s'enivrer de la vengeance, de courir le plus vite possible pour retrouver la seule personne au monde qui lui restait.

Filet de salive qui s'écoule à travers le masque alors qu'il ne cesse de hurler, sa rage, sa peine, sa souffrance, son envie de meurtre. Ses bras qui se soulèvent, tirent sur les attaches qui grincent sous l'impitoyable puissance du Monstre qui prenait vie. C'était comme si le Manoir hurlait de douleur, que ce son démentielle passe à travers les murs et les fenêtres, emplit l'espace d'une épaisseur terrifiante. On a peur, on se terre. Le Diable avait pris vie, là, dans ce petit salon d'un Manoir bien trop isolé. Dans la forêt, les animaux s'enfuient, d'autres créatures plus sensibles pleurent devant la détresse évidente de ce Monstre.
On se souviendra pour toujours de l'écho qui hantera les lieux à jamais.

Grincement sinistre du parquet s'arrachant sous la traction alors qu'une main s'élève haut, enfin libérer de sa prison. Pourtant nulle satisfaction vient étreindre l'Argenté, qui lui ne fixe que les Humains faces à lui, ivre de colère. D'une main, il vient arracher cette gaine de cuir qui enserre à peine sa queue, délivre ce visage du masque de torture pour dévoiler le visage de Lyssa dans une frénésie avide de hurlement. Incarnation sauvage de celui qui veut retrouver l'aimée, perds pied en imaginant ce qu'elle pouvait subir là-bas, dans l'antre du monstre rouge.

Tyndall s'avance, comme pour essayer d'arrêter la machine en marche. La queue, serpent sifflant, balaye l'air et vient planter l'épaule de l'homme avec un bruit mat jusqu'à s'enfoncer jusqu'au mur derrière lui, le plantant tel un papillon encore vivant. Un hurlement se fait entendre et camoufle le bruit de pas précipité de la doyenne qui se rapprochait pour aider.
Une oreille qui frémit et une main géante qui vient balayer ce corps, emprisonne ce visage dans le creux de la paume et vient écraser ce crâne contre le mur qui explose dans un craquement sonore.

Sang et matière grise qui s’écoulent entre les doigts du Gris qui regarde ses mains. Aucun regret dans les prunelles d’opales, rien qu’une détermination farouche.
Le Hurlement de Mama le fait reculer, lui fait relâcher sa proie qui glisse contre le mur en laissant une traînée rouge. Se tourner vers elle, tout l’amour qu’il lui portait s’étant envolé loin, si loin que les rives étaient invisibles. Terrifiée, la propriétaire bafouille en reculant, manquant de tomber plusieurs fois en se prenant les pieds dans le tapis alors qu’ils se retrouvent dans le grand et fastueux salon.
Vision démoniaque de cette entité qui s’avance d’un pas lourd, les ailes tombant dans son dos comme mortes, cette lueur farouche qui semble cisailler tout ce qui croise son regard. Cette mâchoire qui tremble sous l’envie de mordre. Faucheuse ayant pris forme d’un déchu.

- Où ? Où est-ce qu’elle vit ?!

Mots qui n’arrivent pas à être articulés par Mama, avant de lâcher l’information du bout des lèvres. Il suffisait de suivre la grande route au croisement, d’aller en ligne droite jusqu’à la rivière. Là, se tenait la bâtisse.
Elle tremble alors qu’une odeur d’urine se fait sentir et qu’une auréole sombre vient tacher son si beau costume. Tenter d’amadouer son fils, en lui disant qu’elle ne referait plus jamais cela, qu’elle avait compris. Elle pensait d’abord à son bien après tout.

- J’ai ouvert les yeux. Tu n’es rien. Plus rien à mes yeux. Tu n’es qu’une Humaine de plus, pétrie de mensonge et de lâcheté.

Une main fébrile qui lui touche l'avant-bras. Réaction violente de cette main qui se relève avec la rapidité d'une dague, ses griffes qui labourent le visage de Mama, arrache de son orbite un œil qui retombe d'un bruit humide. La moitié du visage parcourut de sillons profonds, elle était défigurée à vie.
L'observer, comme on regarde un rat de laboratoire couiner sous l'injection d'un produit. Son cœur c'était refermé avec un bruit sourd qui résonne jusqu'au tréfonds de son âme. Tous ces sons, tous ces hurlements ne l'atteignaient même plus. Aucun plaisir à tout cela. Son unique but était de retrouver Aksana. Alors il se détourne d'elle comme s'il ne l'avait jamais connu.

Ne pas ouvrir cette fameuse porte qui le retenait depuis des décennies enfermées, mais plutôt l'enfoncer de son corps massif alors qu'il se met à courir. Le vent, de ses mains invisibles, frappe sa peau, tire en arrière sa longue crinière d'encre, emplit ses poumons d'un courant froid. Aucune joie sauvage dans ce droit arraché, à sentir l'herbe sous ses pieds, à parcourir un terrain en toute liberté. Maladroit le Gris, qui n'a presque jamais couru de sa vie. Pieds qui ne fixaient pas au sol, cette perte d'équilibre qu'il tente de maîtriser avec sa queue. Pourtant, à chaque pas supplémentaire, la plante de ses pieds s'enfonce un peu plus dans le sol, la puissance de ses cuisses se démultiplie pour lui donner plus de force. Alors le corps se penche en avant et il court, tantôt sur deux pieds tantôt à quatre pattes, balayant tout ce qui l'entourait de ses chaînes cliquetantes, de ses ailes qui s'éraflent durement sur le goudron alors qu'il rejoint la rue.

Chien des enfers, la bouche écumante, il court sans se soucier des cris sur son passage, grimpant les voitures à en arracher le métal, plantant ses griffes dans un arbre pour mieux prendre appui et tourner, la queue en éventail lui permettant de se diriger avec plus de facilité. Jamais encore son corps n'a été mis a telle épreuve d'endurance. Son cœur battant à ses tempes, le souffle court lui brûle la poitrine. Mais à aucun moment il ne s'arrête. Flèche d'argent lancé à vive allure dans la ville, la panique et la détermination rassemblant tout ce qu'il avait de force.
Il suit les directives et trouve rapidement la rivière. Tourner son visage de droite à gauche, perdu, avant de repérer cette façade qu'il aurait préféré retrouver sans ses cauchemars.
Aucune hésitation alors qu'il grimpe le muret d'un simple élan, retombe de l'autre côté sans se soucier de la douleur de ses ailes raclant la pierre. Courir et bondir à travers une fenêtre, les éclats ouvrant un peu plus cette peau grise, s'enfonçant dans ses chairs.

Il entend des cris, des avertissements. Mais rien ne pouvait arrêter le Diable qui savait très bien où aller. Bruit assourdissant de ses pas qui se précipite vers cette cave, un grondement de douleur alors qu'on lui blesse une aile. Le corps qui percute les murs, manque de dévaler les escaliers. Cette porte qu'il arrache presque d'un cri, les yeux fous.
Là. Elle était là. Corps inerte au sol entouré de plusieurs personnes, des Hommes et une Rouge. L'un d'entre eux avait le pantalon déboutonné et la ceinture pendante.
Ce fut le premier à mourir. Transpercé par des griffes, il en a le souffle coupé alors qu'il observe cette main enfoncée dans son ventre. Il rend son dernier souffle avant même de toucher terre alors que le Monstre s'activait. Délétère, il agissait comme s'il avait toujours été une arme de destruction. Rugissant, il saisit une nuque de sa mâchoire qu'il serre d'un brusque mouvement jusqu'à ce que la colonne se brise. Arracher un autre son bras trop tendu devant sa gueule. Cette queue qui harponne et découpe, cisaille et ouvre la chair.

Une dague s'enfonce dans l'épaule du Gris qui hurle de douleur avant de sauter sur son agresseur pour lui arracher le visage d'un mouvement ample de la main. Tourbillon de mort, le sang et les viscères maculant le sol et les murs. On lui arrache un morceau de cuisse, il répond d'un mouvement brutal.
Haletant, à bout de nerfs, Sheog tente de ne pas sombrer trop loin, trop profond dans ce lac, pour rester concentré sur son objectif. Sa priorité, c'était sauvé son étoile. C'est seulement quand le calme l'entoure qu'il réalise qu'il avait tué toute personne s'approchant de près ou de loin du corps de la Malhar. Hormis une silhouette blottis contre un mur, drapé de rouge.

Peut-être qu'il y avait d'autre Humain au-dessus d'eux. Peut-être qu'il y avait d'autres dangers. Il surplombe de son corps massif son aimée, a quatre pattes, grognant comme un furieux face à ce démon blond qui gémit de peur. Mais elle ne pourrait plus rien faire. Désormais il savait qu'il pouvait tuer s'il le désirait comme tout animal sauvage.
Alors il s'accroupit près d'Aksana, la saisit dans ses bras et la colle contre lui sans prêter attention à l'hémoglobine tachant sa propre peau, fronçant des sourcils quand il la voit enchaîné au sol, comme lui auparavant.
La bercer, tout près de son cœur, d'une griffe qui ayant éventré un Homme, il repousse une mèche de cheveux sombres, de cette bouchée maculée de sang, il embrasse le front avec délicatesse, l'appelant par son nom d'un murmure doucereux. Il ne vérifie pas son corps, ne veut pas voir les potentielles séquelles de cette captivité. Il veut juste la ramener à lui, qu'elle arrive à l'ancrer de nouveau dans le réel.
Mais elle ne réagit pas.

- Pourquoi ne se réveille-t-elle pas ?

La peur qui fouaille ses entrailles, la terriblement sensation qu'elle était peut-être comme Chat. Écouter la respiration lente de la Bleuté, vérifier que son cœur bat. Un regard incisif vers le Monstre.

- On l'a sûrement endormi avec du Chloroforme je… Il y a un moyen de la réveiller.

Genoux tremblants, elle se lève et cherche dans un tiroir une bouteille qu'elle tend à Sheog sans oser le regarder dans les yeux.

- Fais-le et s'il lui arrive quelque chose, je te détruis.

Des gouttes posées sur la lèvre supérieure, proche du nez. Un mouvement de menton et l'Humaine recule à sa place.

Le visage de l'Adonis qui se penche un peu plus, frotte son nez contre le sien.

- Je t'en prie, réveille-toi.

Voix trop rauque d'avoir hurlé, articulation difficile par ses crocs proéminents. Mais la fureur devient amour tandis qu'enfin, il était proche d'elle.
Elle était vivante.


Lulu
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Lulu
Ven 10 Mai - 14:43

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.

TRIGGER WARNINGS:

Esprit voguait tel un navire perdu, tandis que les flots caressaient doucement ses flancs. Ici, il n'y avait plus de secousse, les cris et les pleurs s'étaient tus. Parenthèse embrumée, l'éloignant des tourments qui l'avaient jadis assailli, conduisant la maîtresse de ce vaisseau chancelant, à travers des horizons incertains, voilés de douceur et de quiétude. Ce calme trompeur balayait ses tumultes intérieurs, dissolvant ses angoisses dans l’onde, les abysses absorbant toutes ses souffrances. Elle se trouvait bien ici, perdue au sein du néant, n'ayant pour compagnie que les doux murmures des vagues.
Mais elle le savait, elle le sentait, que cette douce quiétude n'était qu'illusion, que chaque onde tranquille n'était qu'un leurre. Car au fond des eaux, là où sa vue s'obscurcissait, ondulaient les démons qui festoyaient de son inconscience. Elle les devinait, consciente que quelque chose clochait, car la paix n'avait jamais fait et ne ferait jamais partie du destin d'une enfant à la peau bleue, à la rage mal contenue.
Le doute se mit à ramper en elle, distordant peu à peu sa vision. Jadis paisibles, les eaux se muèrent en gouffre abyssal, les cieux limpides se voilèrent de sombres nuages, et le vide béant s'étendit comme un miroir dénué de reflet. Et alors, une peur sourde, insidieuse, étreignit lentement son esprit.
Sous la surface lisse, les créatures s'agitaient, leurs tumultes faisant onduler les flots. Tels des requins voraces aux mâchoires acérées, ils rôdaient en silence, prêts à engloutir l'égarée. L'océan, encore doux et caressant il y a quelques instants, se métamorphosa en un cauchemar sans fin, engloutissant l'orpheline dans ses eaux agitées, lui refusant toute évasion, toute perspective de retrouver les rivages de la conscience.
Peut-être, hélas, ces rives ne se dévoileraient plus jamais à elle, si les démons voraces réussissaient à la happer, déchirant son corps avant même qu'elle n'aperçoive les premières lueurs de l'aurore. Ainsi se conclurait son existence courte et modeste ; dans l'ignorance des sévices infligés à sa pauvre dépouille, sans savoir pourquoi elle errait sur cette mer infinie et surtout, sans avoir pu murmurer un dernier adieu à son étoile bien-aimée.
Égarée dans les limbes, elle errerait pour l'éternité, son cœur lourd de remords, de chagrins, seule avec ses innombrables non-dits, maudissant celle qui, de son vivant, avait préféré les silences aux confessions.

Et alors que son cœur chutait, comme une feuille précipitée vers le vide, un halo de lumière vint soudainement enluminer l'horizon. L'obscurité, à la manière d'un prédateur traqué par plus imposant que lui, se dissipa subitement, laissant les cieux se parer d'une teinte bleutée, qui gagnait en clarté à chaque instant.
Ses sens, engourdis, émergèrent timidement, tels les étoiles naissant au crépuscule. Elle perçut la fraîcheur de l'air, caressant seulement ses jambes nues. Son corps meurtri semblait être enveloppé dans un drap de soie, d'une chaleur excessive pour une simple couverture. Peu à peu, les douleurs affluèrent, l'obligeant à faire face à ses souffrances. Les brûlures, les coupures, les plaies béantes, tous ces stigmates gravés dans sa chair bourdonnaient autour d'elle, tel un essaim d'insectes affamés. Son être n'était que le reflet de batailles perdues, tandis que la douleur s'immisçait dans chaque repli de sa peau.
Ainsi s'éveilla-t-elle enfin sous les lueurs de cette aube assombrie, dans ce corps dépourvu de tout pouvoir, de toute vigueur, de toute victoire. Un soupir léger s'échappa de ses lèvres, autrefois teintées de bleu, désormais rougies par le sang, avant que ses paupières ne se relèvent enfin.
Puis dans la brume,  des formes familières s'esquissèrent. Telle une apparition céleste, le prélude d'un doux rêve, Sheog se tint là, majestueux. Elle le vit, le reconnut, le ressentit tout près d'elle, et une douce lueur se mit à danser dans ses prunelles à peine éveillées. Et son cœur s'embrasa, insouciant et profondément comblé de retrouver cet autre palpitant auquel il était lié par un amour aussi infini que le firmament, aussi ardent qu'un feu dévorant qui réduisait en cendres tout sur son passage, anéantissant ainsi le moindre obstacle à leur fusion.
La jeune malhar s'enveloppa avec délice dans ses bras, où éclosait aussi bien l'amour que la vie, ignorant le pourpre souillant la peau argentée. Elle-même était couverte de cette teinte, ne sachant si c'était son ichor ou celui de l'être ailé. En cet instant où elle retrouvait la vie, ses douleurs et ses craintes s'évanouirent autant que l'horizon impitoyable, l'espace et le temps se concentrant désormais dans le corps de l'Adonis.
Son visage se nicha alors contre son cou, ses lèvres affamées de lui ne pouvant résister à l'envie d'embrasser cette peau qu'elle avait redouté de ne plus jamais pouvoir caresser. Ainsi, elle l'embrassa avec folie, encore et encore, jusqu'à ce que ses lèvres fussent engourdies et teintées de ce rouge, dont elle ignorait toujours la provenance.

Tandis que leur idylle tissait un cocon autour d'eux, des échos de pas surgirent soudainement au loin. Un intrus ? À peine la féerie disloquée, que la jeune malhar fixa ses prunelles étincelantes de rage sur cette silhouette fuyarde, les lèvres retroussées, prêtes à mordre de ses crocs acérés - bien qu'un de ceux-ci semblait avoir été arraché, un trou béant se dessinant au creux de sa joue. L'identité du malheureux importait peu, il venait d'éclater leur bulle d'amour et menaçait inévitablement, par ses contours humains, sa douce étoile. Dans un tourbillon de colère, Aksana se dressa, se libérant, grâce à ce qui lui restait d'adresse, des bras de son aimé, ignorant ses douleurs et prête à se précipiter sur cette silhouette qui fuyait dans un élan désespéré, cherchant à trouver refuge là-haut, loin des créatures furieuses, souillées de sang humain.
Et alors, elle reconnut cette ombre lâche aux cheveux d'or, drapée de rouge. C'était elle, Elle. Monstre de couardise, de cruauté, dont la vue enflamma le cœur de la jeune malhar d'une colère indomptable. Némésis désireuse de se repaître autant de ses hurlements que de son sang, dont l'ombre furieuse se précipita vers elle, ses pas maladroits résonnant en tambours menaçants dans l'obscurité de la geôle souillée.
Dans une fuite désespérée, la vermine parvint à rejoindre l'escalier, et plus encore, puisque le destin, se mit à conspirer contre la créature nocturne, ordonnant sa chute abrupte, broyant son élan contre les chaînes qui enserrait ses chevilles, écarlates de sang frais. Aksana venait alors de chuter dans une mare macabre, dans un amas de viscères, de chairs lacérées et d'organes déformés au-delà de toute reconnaissance.
Blessée et avilie, elle gît un instant sur ce sol souillé, tandis que s'éloignaient les pas de l'humaine, emportant avec eux la symphonie lancinante de ses échecs répétés. Tu n'y arriveras donc jamais. Son cœur meurtri, sa proie envolée, ses prunelles parcoururent le champ de bataille qu'elle avait négligé jusqu'alors. Un charnier s'offrait à sa vue, tableau macabre où les entrailles s'épanchaient, où les corps démembrés jonchaient le sol comme des offrandes à quelque dieu sanguinaire. Les murs de pierre, témoins impassibles, portaient la marque des éclaboussures pourpres, souvenirs écarlates de la danse macabre qui venait de s'achever.
Dans l'air épais flottait une odeur de mort, tandis que les cadavres s'amoncelaient, vestiges muets d'une tragédie indicible. Parmi eux, des silhouettes jadis familières, revêtant les habits des majordomes, des sbires. Elle aurait pu ressentir le dégoût serrait sa gorge face à cette abomination, face à toute cette noirceur. Mais plutôt que le dégoût, c'est une anxiété sourde qui l'envahit.  Non pas pour ces êtres désormais inanimés, depuis des heures déjà, sa compassion pour eux n'avait jamais existé, mais pour celui dont l'éclat argenté se dessinait à quelques enjambées, inéluctablement lié à ce paysage macabre.
Dans un frémissement d'effroi, elle se redressa alors, s'appuyant sur ses membres meurtris et affaiblis, tandis que son sang continuait d'irriguer le sol, tel un ruisseau écarlate. Vacillante, son visage creusé par l'inquiétude, elle s'avança vers l'être aimé, traversant ce champ de mort pour s'agenouiller près de lui, s'affaissant lourdement sur le sol souillé.
De ses mains tremblantes, elle caressa sa peau avec une tendresse empreinte de souci, tandis que ses prunelles scrutaient chaque parcelle de son corps, découvrant çà et là l'étendue du carnage sur sa peau.

— « Je suis désolée… Désolée », murmura-t-elle, sa voix étouffée par une tristesse infinie, tandis que son front venait se lover contre le sien.

C'était à cause d'elle qu'il se trouvait là. Elle avait été imprudente, impulsive, stupide, et c'est lui qui avait été contraint de réparer ses erreurs et de subir les conséquences de ses actes irréfléchis.

— « Tu dois...  », susurra-t-elle, redressant son visage pâle, tandis que ses prunelles soucieuses le scrutaient. « Tu penses pouvoir te guérir ? Comme la dernière fois... » interrogea-t-elle, ignorant les étendues de ses pouvoirs, et s'il lui restait suffisamment de force pour simplement panser ses plaies.

Nulle secousse n'avait ébranlé son cœur en contemplant cette forme cauchemardesque, aux crocs acérés, aux griffes d'acier, aux ailes atrophiées. Elle le contemplait avec une préoccupation palpable, ébranlée par la possibilité de son trépas. Les blessures striaient son être, sa chair était déchirée, mais dans ses iris opalins vacillait encore une lueur, celle proclamant qu'il était toujours en vie. Soulagement, ils avaient un peu de temps.

— « Peut-être... Je pourrais... dénicher des soins là-haut... », balbutia-t-elle, cherchant désespérément une lueur d'espoir, ses yeux errant à la recherche d'une échappatoire parmi les ténèbres qui les assiégeaient.

Ses paroles, son regard, s'embrouillaient davantage, se perdant dans une confusion grandissante, tandis que sa silhouette chancelait, ses caresses s'amenuisant, son souffle se faisant plus court. Le remords, l'inquiétude, son amour la maintenaient en éveil, tandis qu'au loin, s'éloignait le grondement d'un véhicule, fuyant à toute allure loin de ce manoir, désormais teinté de rouge. La démone leur échappait, pour l'instant seulement.

— « Nous devons... Nous échapper au plus vite... Avant que Mama n'arrive... », murmura-t-elle, l'anxiété perçant ses lèvres ensanglantées par les coups.

Et qu'elle découvre l'horreur qu'ils avaient semée. Comme si Sheog n'avait pas fui le manoir, comme si cette femme possédait toujours son emprise sur lui. Égarée, l'azurée ne comprit pas que s'il se tenait là, à ses côtés, c'était qu'il avait renoncé à sa mère, osant briser ses propres chaînes pour la délivrer des siennes.

— « Ah... J'ai... acheté une carte, » murmura-t-elle, sans se rappeler si elle l'avait achetée ou dérobée, de même qu'elle ignorait à présent ses propres actes et paroles. « Elle nous aidera à… Elle est dehors, avec un tas d’autres affaires et des provisions… », souffla-t-elle, cherchant à le rassurer au cas où ils se trouveraient contraints à l'exil. « Mais nous devons... Nous devons nous échapper d'ici...  »

De cette fosse maculée où les corps commençaient déjà à se décomposer. Ce lieu ne deviendrait pas leur sépulture, car là-haut, la liberté tendait ses bras.

— « Partir… au plus vite » répéta-t-elle, le regard égaré dans le vide, épuisée.

Happée par ses pensées désorganisées, ses iris parcoururent de nouveau ces collines de chair sanguinolente, et ses doigts tremblants s'immergèrent dans l'une d'elles, ses griffes - plusieurs manquaient à l'appel - arrachant ce qui semblait être un trousseau de clefs. Le voici son sésame. Et alors, quand elle serait libérée enfin, elle pourrait apaiser les blessures de son doux aux mains écarlates, l'emporter avec elle vers les hauteurs, loin de cette humanité putride, là où il pourrait admirer la lune, là où aucun toit ne pourrait le priver des douces caresses argentées.
Il devait contempler de ses propres yeux cette beauté céleste, sentir les baisers de la nature sur sa peau ; celles du vent, de l'herbe, de la pluie peut-être.
Ainsi, elle réprima ses douleurs, puisant dans ses dernières réserves pour l'emmener vers les cieux, pour qu'il voie les étoiles de ses propres yeux.
À maintes reprises, elle dut se reprendre, les clefs lui échappant de ses mains maladroites, avant de parvenir à enfin libérer ses chevilles ainsi que ses poignets.
Pâle comme la mort, les muscles tremblants, elle réussit finalement à se redresser, tendant ses mains mutilées vers son aimé, l'invitant à les saisir.

— « Viens avec moi, là-haut... Je trouverai de quoi te soigner, je trouverai... » balbutia-t-elle, le souffle court.

Elle lutta pour rester debout, pour ne pas sombrer dans les limbes de l'inconscience, s'accrochant de toutes ses forces à la silhouette meurtrie de l'être argenté dès qu'elle le pouvait. Elle ne l'abandonnerait pas ici, même si elle devait ramper jusqu'à trouver de quoi le soigner, elle le ferait, mais elle ne s'endormirait pas. Pas tant qu'il était si près de découvrir le ciel étoilé de ses propres yeux, pas tant que la lune n'avait pas encore découvert cet enfant majestueux que l'humanité lui avait dérobé, Aksana se le jurait.
Ezvana
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Ezvana
Dim 19 Mai - 21:37

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Un soufflet de forge qu’est la respiration du Démon, bruit régulier qui fait trembler l’Humaine non loin. Puissance mal contenue, d’une force prodigieuse mit en pause le temps d’un instant, le temps que l’être aimé ouvre enfin les yeux. Attente insupportable de l’entité qui semble presque trembler, muscles nerveux brûlant de l’envie de se tendre pour dérober une vie supplémentaire d’un mouvement de main, d’une mâchoire terrible.
Fouaillement de la queue qui balaye le sol, repousse négligemment un viscère, un morceau de matière grise. Un bout de tissus ensanglanté était retenu sur là sa pointe effilée à l’éclat froid, tel un avertissement sur ses capacités.
Accroupis le Monstre, fixant cette créature à la peau bleue avec une intensité palpable. La Mort elle-même avait fait une pause pour se concentrer sur cette douce beauté tachée de rouge. Lové contre sa poitrine, il ne la quittait pas du regard, Prince des enfers capturant les grains du temps pour les suspendre, les pliants à sa volonté. Rien n’avait plus d’importance dans ce monde que la féline.

Un frémissement, le battement de cils. Et les pupilles de l’Esclave se dilatent de bonheur. Il entend sa respiration devenir plus marqué, il entend son cœur battre un peu plus fort. Ne pas réussir à entendre le souffle heurté et l’irrégularité du palpitant dû à la douleur, seulement prendre conscience qu’elle était là, avec lui. Elle n’était pas comme Chat, froide et rigide.
Tendrement il la blottit plus près de lui, niche son nez dans sa longue chevelure en ronronnant doucement, déposant çà et là de doux baisés.
Image étrange de cette douceur amoureuse dans un charnier révélateur de la nature profonde du Gris, touché de soie dans une enclave de souffrance. Beauté irréaliste de ses embrassades échangées tandis que l’Etoilé ce réveil tout à fait, horreur indicible de ses peaux rougis de sang et autres substances. Deux bêtes qui se lovent l’une contre l’autre en ignorant le monde qui les entoure.

Tout à sa dévotion, la Gargouille ne se rend pas compte que l'Humaine avait bougé. C'est seulement parce que son aimée réagi qu'il relève son visage. Figé, il n'ose pas bouger un muscle. Cela remue en lui, comme une envie de courir et de mordre, de s'élancer et d'arracher des hurlements qui résonneront dans la cave. Pupilles de vipères qui ornent ses billes d'opale tandis qu'il voit Aksana s'avancer, tituber et échouer. Jamais il ne l'aurait retenue de s'acharner sur son corps. Voix lointaines qui voulaient qu'au contraire, elle se fasse les crocs sur cette chaire blanche, qu'elle ôte la vie dans une rage indicible.
Pourtant, tout cela n'avait pas d'importance. Que la proie s'échappe, que l'Horreur se glisse à l'étage. Il semble vraiment apercevoir la réalité, ce voile de rouge glissant peu à peu de sa vision. L'amoncellement de cadavres s'impose à son regard, l'odeur vient s'insinuer dans ses sinus. Un haut-le-cœur qu'il peine à maîtriser du dos d'une main ensanglantée. La douleur aussi, infernale, vient brûler ses muscles, s'insinuer dans ses chairs telles des morsures douloureuses. Mais tout cela n'avait pas d'importance. Il voit le tremblement dans ce corps puissant face à lui, voit l'épuisement et la souffrance se lire dans ses yeux bleus.
Douleur. Douleur. Douleur.

Perdu le Monstre, qui ne sait pas comment réagir. Ses pires cauchemars avaient pris vie. La Rouge lui avait volé son Etoile et l'avait torturé. Des images viennent frapper sa mémoire, d'une lente agonie dans un tourbillon sombre ou rien ne pouvait l'atteindre pour le sauver. Connaissance inscrite à même sa chair, une façon de savoir lire la douleur de quelqu'un d'autre comme un aveugle lit le braille. Près de lui elle tombe, murmure des paroles qui n'avaient pas de sens. Des yeux d'argent l'observent tandis que les oreilles frémissent, que l'incompréhension fait pencher le visage sur le côté. Il retient dans sa mémoire cette blessure qui lui vrillait joue, cette façon dont sa chair avait été étirée en un sourire morbide, de cette canine manquante qui ne laissait qu'un vide sanguinolent.

Une main qui se tend, le bout d’une griffe qui caresse la pommette, fait le tour de cette blessure jusqu’à l’arête de la mâchoire. Tristesse insondable qui lui étreint le cœur, manquent de faire ployer ses sourcils. Mais c’était plutôt une rage froide qui l’enveloppe de ses bras incandescents, une détermination farouche. Il devait la soigner, ils devaient sortir d’ici.

Alors il ignore le carnage, il ignore ses propres afflictions. D’un mouvement il saisit le corps de sa protégée pour la mettre sur son épaule. Aucun grognement pour trahir sa peine, même quand les muscles de sa cuisse à vifs luisent de vermeil. Rien pour arrêter cet être convaincu, pas même cette aile qui pendant un peu plus que l’autre, de ses os sur la pointe qui se sont brisés sous l’assaut. S’avancer jusqu’à atteindre cet escalier, le monter en soufflant lourdement, mais l’œil vif. Rien ne pouvait échapper à ses billes d’hiver, pas même cette servante tremblante qui s’échappe furtivement dans le couloir.

Monstre sinueux qui fonce brutalement, prenant appui sur ses pattes pour bondir et saisir ce bras qu’il faillit louper. Violence dans ce corps plaqué contre le mur et ce bras en l’air, rendant prisonnière cette Humaine qui hurle de terreur. Farouche le monstre dont les yeux transpercent la servante sans la moindre once d’empathie. Un grognement s’extirpe de sa gorge, dévoile ses crocs trop longs.
Bien loin l’image du placide esclave qui ne fait que plier l’échine.

- Tu vas m'emmener là où vous avez de quoi soigner mon amie. Et vite.

Voix gutturale, la colère enrobant chaque parole d'une huile dévorante. Ne pas laisser l'opportunité à l'Humaine de s'enfuir tout en la poussant sans ménagement dans le couloir, la dominant de toute sa stature telle une épée de Damoclès qui menace de tomber. Craignant pour sa vie, elle n'hésite pas un instant pour les guider vers une salle de bain ou elle ouvrit un placard pour déloger une trousse de soin.

Avec douceur, la gargouille dépose le corps de son amie sur le sol froid de la salle de bain, balaye du regard sa peau bleue, terriblement inquiet. D'un regard incisif il ordonne à la femme d'agir. Elle balbutie qu'elle n'était pas apte à soigner une créature et encore moins une Malhar, elle n'était pas vétéri…

La pointe de la queue qui s'agite et siffle en se glissant sous la gorge telle une lame effilée.

- Prononce encore une parole et je te tue. Soigne là. Maintenant.

Elle saisit des tubes et des flacons, des compresses et autre ustensile. Un instant, la main du Géant se pose sur l'épaule de la bleutée pour la maintenir en place alors qu'elle découvre les crocs face à cette approche. Mais il ne lui laissait pas le choix. Qu'elle s'enrage, qu'elle l'insulte. Qu'elle le haïsse. Il la soignerait coûte que coûte.

Attentif, il regarde faire l'humaine, lui qui n'a jamais eu l'occasion de devoir soigner quelqu'un dans sa vie cloîtrée dans sa chambre. C'était presque mystique ce qui se passait, enrobé de choses inconnues. Il reconnut pourtant des odeurs semblables à ce que Aksana avait utilisé pour le guérir de ses blessures. Alors sans une hésitation, il vient sectionner ses griffes trop longues d'un coup de dents pour se saisir de compresses et de produit qu'il vient tapoter sur les blessures, avec une douceur maladroite. Lentement, il nettoie le sang, dégage les plaies. La pulpe de ses doigts qui caressent les jambes mises à nu, remonte parfois les pans du vêtement pour atteindre des zones plus intimes sans se soucier de pensées vagabondes. Il n'espérait juste qu'aucune attaque fût porté à son intimité, il savait que c'étaient les blessures les plus douloureuses à soigner.

La domestique sort une aiguille et du fils et referme les plaies les plus importantes, tremblant sous le poids de l’Animal qui semble prêt à mordre aux moindres faux mouvements. Quand elle veut s’approcher du visage, il grogne et repousse cette main. Il ne supportait pas l’idée que l’on puisse s’approcher de cette plaie si impressionnante, celle qui déformait le visage si parfait en une grimace permanente. Tapoter cette plaie de désinfectant après l’avoir nettoyé, sans que jamais son regard ne dévie. Peu importe comment elle était, la Bleuté était d’une beauté saisissante. Même cette balafre ne retirait en rien sa magnificence et en aucun cas il détournera le regard.

- Voulez-vous que je vous soigne également ?

Incompréhension avant de baisser son regard sur ses propres blessures. Désigner là où les lames se sont faufilées, le reste, il devrait juste le nettoyer. De toute façon, ils n’avaient pas le temps. Lourdement, prenant appui sur le mur, Sheog se redresse, saisit à nouveau ce corps pour le plaquer contre lui. Se détourner de la domestique tremblante alors que pesamment, il se glisse dans le couloir, parcourut de ses pattes félines ce sol jonché de débris.
Il fallait partir. Vite.
Mais pour aller où ?

La détresse fait tambouriner son cœur, le son monte à ses tympans. Ralentir le pas, observer à travers la porte d'entrée ouverte en grand l'extérieur. La liberté était là, juste à quelques mètres. Mais comment la saisir pleinement sans savoir ? On l'avait toujours mené, on l'avait forcé, on l'avait retenue. Il n'a jamais eu à réfléchir par lui-même, jamais il ne s'est débattu pour savoir où il devait aller. Il se contentait de rester cloîtrer dans sa chambre, de monter au salon ou de rentrer dans la fourgonnette. Le monde lui parut trop grand, trop incertain. Bien trop de danger et donc de possibilités.
Puis les paroles d'Aksana remontent telle une bulle d'assurance.

Sortir en fouillant le sol de ses yeux, cherchant avec ardeur les affaires laissées au sol. Les minutes s'écoulent et l'angoisse monte par vague. La sueur perle à son front, ses dents claquent malgré le fait qu'il tente de serrer la mâchoire. Sa longue chevelure se colle à sa peau grise alors que le malaise grimpe. Le contre-coup de tous ces événements montent et il tente de ravaler les couleuvres et de penser à autre chose.
Là. Il trouve ce qu'il cherchait. Saisir les affaires et les poser sur le ventre de son amie avant de coller son front contre le sien, la tenant toujours tout près de lui.

- Je suis désolé, mais je ne sais pas lire une carte. Il faut que tu me guides, mon étoile. Un dernier effort avant que tu puisses te reposer.

Et même s'il devait courir sans réfléchir, il protégerait son aimée coûte que coûte.
De son corps, de son âme.


Lulu
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Mar 21 Mai - 22:47

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Pâle fleur aux paupières lourdes, gisante sur ce sol maculé de son propre sang, et dont esprit vacillait entre la clarté et l’obscurité. Ses blessures béantes se déployaient en rivières carminées, du ventre au visage, tandis que son souffle chaud et court susurrait une panique naissante.
La créature, sentant des vagues froides et lentes parcourir son corps, perçut des mains sans visage effleurer sa chair incandescente, désireuses de résorber ces crevasses vomissantes d’écarlate. Son cœur, effrayé, pulsait avec une vigueur désespérée ; l’azurée prisonnière de l’étreinte de ces caresses pourtant pleines de sollicitude, se débattait avec la ferveur d’un instinct de survie irrépressible. Même lors des sursauts de sa conscience vacillante, la féline luttait avec pugnacité. Et ce, comme si l’Orphée aux crocs acérés et à l’esprit enfiévré par la rage ne veillait pas déjà sur le corps de son Eurydice, déterminé à l’emporter vers des rivages plus doux.
Ses forces lamentables et fragiles n’étaient plus que l’ombre d’elles-mêmes, et son agitation incessante devint une gêne pour ceux qui veillaient sur elle. Alors, des mains vinrent la saisir avec fermeté, métamorphosant ses mouvements désespérés en rêves évanescents. Prisonnière de ses entraves, elle fut forcée de diriger son énergie ailleurs, et sa conscience s'effaça d'un coup, lui permettant alors de goûter à un répit bienvenu qu’elle savoura brièvement. L'océan salin, jusqu'alors impitoyable, dévorant ses plaies sans relâche, se métamorphosa momentanément en une onde bienfaisante, un bain d'eau chaude et réconfortante.
Ses pensées, vagabondes et désordonnées, furent bercées par ces flots tranquilles, desserrant les traits crispés de son visage. Et alors, ses rêveries l’emportèrent vers un souvenir encore vif ; une peau diaphane, douce et tiède, qui caressait ses muscles noués avec une tendresse infinie, l'apaisant lentement et la guidant vers le royaume bienheureux de Morphée. Si toute l’essence de son existence devait se condenser en un seul souvenir, Aksana choisirait celui-ci, sans une once d’hésitation.
Et peu à peu, elle sentit une nuée de contacts fourmiller sur sa peau ; des doigts délicats mais insistants, explorant les tréfonds de sa chair meurtrie. Ces derniers la ramenèrent brutalement à cet enfer dans lequel elle s’était enlisée, les douleurs déchiquetant sa dépouille comme une nuée de limiers affamés s’acharnant sur leur proie. Soudain, ses râles de détresse et de protestations noyèrent de nouveau la salle de bain. Hélas, la suppliciée était incapable d’articuler le moindre mot, ces derniers étouffés par les sursauts secs et douloureux de son propre corps. Très vite, son esprit épuisé se résigna enfin. Ces mains avaient alors réussi à obtenir l’inimaginable ; la soumission absolue du fauve.
Une vague de peine l’engloutit – dernière sensation avant la chute, non pas pour elle-même, mais pour son astre adoré. Elle se sentit l’abandonner, le trahir, et une ultime excuse à son intention franchit le seuil de ses lèvres, oubliant que celui-ci l’avait secourue un peu plus tôt, et que ces mains, loin d’être celles de ses agresseurs, étaient celles de ses sauveurs.
Tandis que la noirceur l’absorbait peu à peu, une chaleur douce et enveloppante se diffusa autour de son corps fébrile. Soudain, des bras puissants et tendres la saisirent et l'emportèrent vers des lendemains plus doux, plus lumineux. À  travers le voile brumeux de sa conscience, Aksana reconnut l’étreinte de son amour, son Étoile. Il n’avait jamais quitté ses côtés ; cette présence qu’elle avait perçue plus tôt n’était pas le fruit de son esprit confus. Un profond soupir de soulagement agita sa poitrine, et son cœur se calma sous l’effet de cet amour incandescent qui ramenait la lumière là où l’obscurité s’était pourtant faite reine. Puis elle se permit de caresser en secret l’espoir que ses souffrances passées n’étaient, quant à elles, qu'une vaste illusion.
Les douleurs et les peurs se dissipèrent, balayées par cette étreinte bienveillante et les caresses d’une brise légère et fébrile. Le vent effleurait sa peau, signe évident qu’ils avaient fui la demeure des horreurs pour s’élancer vers des horizons plus cléments... et surtout incertains. Enfin, enfin ! À eux la liberté, à eux les étoiles.

Le cœur de la jeune malhar s’allégea, se gonflant d’espoir et de bonheur. Mais soudain, une mélodie funeste vint perturber cette jolie rêverie, semant une dissonance dans cette douce symphonie. Enlacée contre son doux, elle pouvait pressentir l’abîme dans lequel il avait été précipité ; ces pulsations fiévreuses qui agitaient sa chair moite, ces soupirs angoissés flottant comme des spectres, ces dents claquantes, ces muscles contractés trahissant sa terreur viscérale. Ces cris d’agonie s’emparèrent alors de son propre cœur, le vidant de toute joie, de toute félicité, mais ne parvint pas à étouffer ses espoirs.
Des formes floues se dessinèrent devant ses prunelles à peine éveillées, et Aksana s'efforça aussitôt de s'ancrer de nouveau dans la réalité. Elle voulait être là, tout près de lui, solide, comme lui l'avait été pour elle. Son regard errant fut attiré par les stigmates qui ornaient sa peau argentée, ces blessures béantes, témoins muets d'une violence inouïe. Les éclats du charnier éraflèrent alors son esprit ; elle n'avait pas rêvé de ces corps démembrés, de ces vies fauchées en masse. Ses mains si douces étaient maintenant souillées par ses propres crimes, et il courait, tel un fauve acculé et terrifié, vers une liberté incertaine. On l'avait brutalement expulsé de sa cage, contraint à déployer des ailes pour éviter une chute fatale, avant même qu'il ait appris à survivre dans ce monde aussi redoutable que la prison dont il venait de s’échapper. Et son cœur se serra, brisé par ce triste hymne.

Elle voudrait le sauver, l’arracher à son sort, ce désir ardent la consumant comme une flamme au cœur de son propre corps.
Elle voudrait le prendre dans ses bras, lui murmurer des mots doux, effacer les traces de l’horreur et l’emmener vers des cieux plus doux.

Puis une supplique s’éleva, déchirant le silence houleux. Lové tout contre elle, il l’implora d’un ultime effort, pour qu’ils puissent enfin s’éloigner de cet enfer, fuir à jamais les monstres l’habitant. Ses doigts, avec une tendresse infinie, effleurèrent la joue de Sheog, ses prunelles s’ancrant aux siennes pour lui murmurer ; je suis là, je suis là, et jamais je ne t’abandonnerai.
Bien que son corps était épuisé, son esprit, quant à lui, restait prêt à raviver un souffle de vaillance pour le guider jusqu’à un refuge où il serait en sécurité.

— « Je connais un endroit… Une cabane, près de l’orphelinat… », souffla-t-elle difficilement, sa voix encore éraillée par ses cris récents.

Telle une étoile guidant les égarés dans l’obscurité,  Aksana lutta contre l’obscurité qui cherchait à l’engloutir et à la précipiter dans les abîmes de l’inconscience, pour les conduire jusqu’à ce sanctuaire enfoui au cœur des bois profonds, à l’écart de toute agitation humaine.

Une marche, qui parut une éternité à son esprit fatigué, où chaque pas résonnait en écho sur la terre humide, sur les feuilles bruissantes, troublant timidement le silence de ce monde endormi. Elle n'osait imaginer ce qu'il en était pour l'ailé meurtri, obligé de supporter son corps affaibli. Les branches, telles des mains, caressaient leurs silhouettes faibles, comme pour les saluer avec tendresse, tandis que peu à peu, le vent se mit à murmurer aux oreilles de la jeune malhar des chants anciens, des mélodies d’enfance effacées par le temps.
Doucement, les souvenirs revinrent à elle, tels des fantômes du passé : les senteurs boisées, les promesses évanouies murmurées sous les grands chênes, les longues soirées d’été passées à contempler les étoiles filantes… Toutes ces douceurs et légèretés, qui transpercèrent douloureusement son cœur. Elle aurait pu garder ces réminiscences secrètes, comme tant d’autres souvenirs scellés dans sa poitrine, mais ses lèvres se délièrent, les libérant enfin. Non pas pour alléger sa propre peine, mais dans l’espoir de distraire l’esprit éreinté et confus de l’Adonis. Ainsi, elle partagea avec lui quelques fragments de son enfance, avec une cohérence vacillante, des bribes de jours heureux passés dans les profondeurs de cette forêt ancienne, et ce, jusqu’à ce qu’ils atteignirent enfin le sanctuaire oublié.

Et quand enfin, dans la pénombre, les contours écrasés par les denses frondaisons, se dressa timidement le vestige de ses instants d’innocence, les lèvres de la malhar laissèrent échapper un profond soupir de soulagement. La cabane était toujours debout, malgré les assauts du temps et de la nature.
Les planches qui faisaient office de murs étaient usées, marquées de fissures comme d’innombrables cicatrices. Les volets, clos et recouverts de mousse, dissimulaient les fenêtres brisées, dont les éclats gisaient peut-être encore à l’intérieur de la bâtisse chétive. Quant à la porte, entrouverte, les dépôts de poussière et de feuilles mortes sous-entendaient qu’elle n’avait pas été bougée depuis de nombreux mois, si ce n’est années. La saleté omniprésente renforçait cette sensation d’abandon. Aucun signe de vie animale, hormis quelques cadavres d’araignées, dont les carcasses étaient repliées ici et là, laissant derrière elles des nuées de toiles vides. Curieux comme le temps semblait s’y être arrêté depuis le dernier passage des enfants de la nuit.
Au milieu de la pièce, trônait un vieux fauteuil en cuir aux accoudoirs usés, témoins muets d’étreintes évanouies, et patientant là dans l’espoir d’en accueillir de nouvelles. Sur les étagères poussiéreuses s’alignaient des livres jaunis par le temps, dédiés à la cuisine et à d’autres sujets qui n’avaient, visiblement, jamais capté l’intérêt des jeunes visiteurs d’antan. Dans un recoin, une cheminée endormie, aux pieds jonchés de cendres froides, semblait prête à réveiller ses flammes pour réchauffer les entrailles de cet abri délabré, chahuté par les murmures d’un vent glacial.
Enfin, dans l’obscurité, se découpait la silhouette d’un vaste lit de fortune, en bois brut. Ses draps froissés et souillés, ses oreillers déchirés, sous-entendaient qu’aucune âme ne s’y était assoupie depuis des années. Pourtant, malgré sa décrépitude, cette cabane oubliée se dressait comme un sanctuaire éternel pour les âmes perdues.

— « Je connais cet endroit… Nous serons en sécurité ici… Je te le promets… », bredouilla-t-elle, le souffle faible.

Dans ce cocon caché des tumultes du monde, elle nourrissait l'espoir qu'ils parviendraient à panser leurs plaies, aussi bien celles visibles qu’invisibles.

— « Tes blessures… Je sens ton sang couler… », elle le ressentait en vagues brûlantes contre sa chair, moite de l'ichor ardent de son tendre.

Les yeux empreints d'inquiétude, ses doigts tremblants s'approchèrent d'une de ces entailles béantes. Mais son corps, affaibli par les coups et les pertes écarlates, s'était changé en une coquille fragile, vacillante. Elle n'avait pas la force d'apaiser l’adoré, et ce, bien que son cœur brûlait de désir de le guérir. Et elle haïssait profondément, la féline, cette enveloppe affaiblie et si docile, qui trahissait ce soir tous ses désirs, même les plus vifs.

— « Installe-toi sur le fauteuil… Je… vais te soigner… »

Indomptable était la soupirante, dont l'amour ignorait le repos et transcendait cette enveloppe faillible. Tant que l'inconscience ne l'emporterait pas définitivement, elle continuerait à défier ses propres limites, à les repousser sans relâche. Pour Lui, elle était prête à tout, même à se battre contre elle-même.
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