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Les enfants de la lune. [PV Lulu] +18

Ezvana
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Ezvana
Sam 20 Jan - 22:57

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Un bijou. Non, une étoile. Féminité qui se pare de la beauté d'une divinité tombée d'une galaxie lointaine. Radieuse et luminescente, elle fait grandir quelque chose dans le cœur de Sheog, comme un aveu à peine perceptible, un récit dont il reconnaissait les échos pour les avoirs lus encore et encore sans les comprendre tout à fait. Étrange sensation qui le rend faible d'une douce manière, qui le rend fébrile à sentir son ventre se tortiller de façon agréable. C'était étrange de ce goût de nouveauté qui laisse perplexe, mais qui donne envie d'y retourner pour mieux connaître cette mélopée dont chaque notre résonne toujours un peu plus fort en lui.

Ce doux éclat froid apaise son malaise, ne le rend plus si nerveux d'apparaitre ainsi devant ses yeux. Aksana semble si belle face à lui, si détendue, qu'il agit par mimétisme. Si elle était bien, il devait l'être aussi.
Mais des rires lointains viennent perturber ce moment d'apaisement, voix basses tel des lutins maléfiques, des exclamations étouffées. Le moment vole en éclat, le visage de son amie se ferme brusquement et le cœur de Sheog se serre. Il la voit s'éloigner, grogner contre ces rires de hyène qui ne cessent de piailler.

Oreilles délicates qui tombent, tympans qui se froissent et le cœur qui s'arrête en entendant les paroles d'une domestique. Une boule manque de l'étrangler alors que la Gargouille de chair à un mouvement de recul. Son dos se colle au mur alors que ses sourcils se froncent, ses yeux perçants l'obscurité pour essayer d'apercevoir les mouvements et vérifier que personne n'entre dans sa chambre.

« En sécurité ? C'est ce que tu ressens ici ? »

Cela résonne dans ses pensées comme un marteau qui ne cesse de le troubler et d'affaiblir ses croyances. Alors qu'il était dans sa chambre, il ne devient plus qu'un animal acculé, une proie potentielle pour l'avidité de personne qui le côtoies depuis, pour certains, des années. La peur l'étreint et lui coupe le souffle.
Ses griffes crissent sur la pierre alors qu'il essaie de reculer toujours un peu plus, même si ce n'était que de quelque centimètre. La sueur vient perler sur son front alors qu'il essaie de reprendre une respiration normale tandis que des images viennent fusiller son esprit, des claquements de fouet et des cris résonne à ses oreilles, le vent rapporte des insultes et l'odeur du sang. Il voit rouge et un gémissement se fait entendre alors qu'il se met à trembler. C'est à peine s'il se rend compte que devant lui cela s'agite, les grognements sont devenus des bruits de combats.

Son visage se tourne vers l'entrée de sa chambre où il aperçoit brièvement des mouvements alors qu'une odeur presque imperceptible l'alerte.
Du sang.
Pupilles soudainement fendus, œil de fauve qui se braque vers cette porte qui semble brusquement se refermer en claquant, il entend des poids à l'arrière, des mains qui abîmaient le bois. Ses yeux s'écarquillent et il fait un pas en avant, perdu entre deux réalités, celle des cauchemars et celle bien plus cruelle qui se déroulait juste devant lui.

- Aksana…

Voix rauque, un bafouillement. Invocation pour repousser ses démons qui ne cessent de le martyriser. La Bête s'avance, trébuche et se retrouve à cette porte close.

- Ouvrez-moi.

Une demande blanche dit d'une voix lointaine. Il frappe de la paume, demande à nouveau qu'on lui ouvre. Il pousse, mais rien ne fait plier le barrage devant lui.
Le bruit de douleur d’Aksana hérisse le duveteux de son poil, agite sa queue et un grondement glisse de sa langue alors que sa gueule s’ouvre comme s’il était prêt à mordre le bois. D’un mouvement rageur il attrape la pointe du dard qui était enserré d’un étau de cuir et de ses longues griffes il s’érafle la peau pour arracher cette prison.
Une autre peur le fait frissonner, celle de ne pas savoir comment était Aksana. D’un autre grognement il lève une main et vient abattre les lames aiguisées qui s’enfoncent dans un bruit déchirant. Frénésie alors qu’il continue, encore et encore, éventrant l’obstacle d’un hurlement rageur. Des éclats de bois volent partout, ses paumes sont écarlates de perles sanguines qui glissent le long de ses lames de kératine, éclat rouge alors qu’il tranche deux doigts d’un domestique essayant vainement de le retenir.
Furie de l’animal prit en piège qui mord les barreaux de sa cage pour sentir le vent de la liberté alors que le hurlement de l’humain se fait entendre.
Mais dans l’esprit de Sheog, il n’avait aucune importance. La douceur l’avait quitté aussi vite que la peur de ne plus voir Aksana était monté, la Gargouille docile n’était plus qu’une machine parfaitement huilée prit d’un élan de rage.

Une silhouette qui se rapproche de la bleuté en plein combat, des mains qui se tendent pour l'attraper. Un mouvement vif et un dard aiguisé se glisse dans le couloir et vient happer une épaule, glissant à l'intérieur de la chair avec une aisance terrifiante. Un nouveau crie, le bruit d'un corps percutant un mur. Mais Sheog c'était déjà retourné, voyant Aksana au-dessus d'une domestique aux yeux vides. Elle tremblait de rage mal contenue, ses lèvres étirées en un rictus dévoilant ses canines. Félin bleuté qui était prêt à retirer la vie de sa proie.
Il essaie d'articuler quelque chose, mais il en est incapable. Alors il agit. Serpent gris qui se glisse prêt d'Aksana, il vient repousser la main son amie bleuté à s'ouvrir la paume sur la lame, son bras fait le tour du corps pour le tirer en arrière.
Elle se débat, remue contre lui tel un poison hors de l'eau. Etau qui se resserre alors qu'il la colle contre son torse alors qu'une ombre bloque la lumière en haut des escaliers et que son cœur rate un battement en voyant Mama.
La Bête ne se soucie pas d'Aksana retenue de l'un de ses bras, il se contente de s'accroupir en appuie sur ses coussinets, une main qui racle le sol et des ailes qui se redressent péniblement. Une position de défense qui pouvait très vite tourner dans la direction de l'attaque.
Le couloir était ensanglanté, des gémissements de douleur se faisait entendre. A n'en pas douter la scène les pointés du doigt comme des bêtes enragées.

Mama descend, le blanc oculaire de ses yeux devenant rouge à force de les écarquiller, sa mâchoire se serre et elle s'arrête en cours de route pour ne pas s'approcher de plus près du carnage.

- C'est eux…

- C'est assez !

Explications bien vite balayé d'un revers de voix sèche. Elle semble être en fureur, d'une colère sourde qui la fait presque trembler sur place. Shoeg a peur, car jamais il ne l'a vu ainsi. Mama était toujours impeccable, du bouton de manchette accordé à ses bijoux jusqu'à ses cheveux toujours parfaitement lissés sur son crâne, arborant son éternel sourire de politesse.
Son torse se recule, ses narines se plissent.
Et il presse un peu ce corps contre le sien.

- Vous pensiez pouvoir agir en toute impunité ?!

- Mais c'est eux !

- Ne blasphème pas !

Rappelle à l'ordre impétueux. Il n'était qu'une Bête et eux des Humains. Jamais il ne serait à la même hauteur, jamais sa vie ne serait égale à celle d'un simple domestique.
Une plainte résonne dans sa bouche, celle de l'animal profondément blessé et dont l'esprit se replie pour mieux endurer le calvaire sans oser répliquer.
Pourtant il ne recule pas plus, ne désire pas baisser son visage pour se soumettre à la brutalité d'un être Humain. Quelque chose s'allume dans son regard, sa prise se fait plus ferme.

- Ils ont voulu me mutiler pour de l'argent ! Ils ont voulu faire comme Mme Blondel !

Il éructe presque, sa voix caverneuse résonnant dans le couloir comme un avertissement. Il inspire profondément quand des domestiques s'approchent pour relever les blessés alors qu'il réalise doucement que finalement, ce n'était que son quotidien.

- Aksana n'a fait que me protéger.

- Cesse de vouloir défendre ton petit animal de compagnie ! Regarde ce qui vient de se passer, tu trouves cela normal ?

Les nobles traits de son visage étaient déformés pars quelque chose de venimeux, comme si la malveillance avait pris forme et apparaissait enfin. Ou alors c'était une femme profondément choquée de la situation, qui ne fait que réagir devant l'évidence.
Il ne se réfugie pas dans la facilité de cette pensée, ses sourcils se fronçant devant la façon dont elle nommait Aksana. Cela le trouble, le touche profondément et remue en lui quelque chose d'ancien qu'il préfère toujours museler pour ne pas avoir à réfléchir. Se cantonner à la Bête était une chose aisée quand il était maîtrisé par les années. La révolte, douce et acéré, n'était qu'un esprit trublion qui ne cesse de lui envoyer des piques pour le faire réagir.
Mais il ne supportait pas que l'on considère Aksana comme inférieure. Alors il musèle la furie de son amie quitte à ce qu'elle s'en prenne à lui, pour son propre bien.

- Ils seront punis car ils ont osé me porter atteinte en essayant de t'attaquer. Ils seront virés. Mais tu le sais, vous méritez une punition. Vous avez porté la main sur des Humains, cela ne peut rester sans correction.

Et alors Sheog réalise. Mama se moquait bien que la bleuté se retrouve attaqué, qu'elle soit blessée, que même lui n'était finalement que le reflet de son image, que l'attaquer c'était mettre à mal son trafique lucratif. Cela le touche en plein cœur avec la force d'un boulet de canon. Sa prise se relâche, alors que son corps s'affaisse et qu'une plainte vibre dans sa poitrine. La douleur se lit sur les traits de son visage et il serre les dents pour ne pas s'effondrer. Il aurait voulu lui parler, l'appeler Mama comme un enfant appellerait sa mère, entendre une tendresse qui pourrait adoucir la peine qui l'éreinte. C'était une évidence que ce n'était pas le moment et que plus jamais cela ne le sera.
Sans rien dire il prend Aksana contre lui et il retourne dans sa chambre, complètement sourd à ce que pouvait émettre l'elfe bleue. Déboussolé il voyait son monde s'effondrer lentement, les bases se craquelant et longeant les murs qui s'effritent sous la pression. Il n'entend pas non plus Mama dire à certains domestiques de trouver une autre porte à mettre sur les gonds, de nettoyer la zone de guerre. Il est juste affalé sur lui-même les yeux fermés, essayant tant bien que mal d'endiguer la douleur. De nouveau il était un petit enfant perdu, orphelin.
Mme blondel, la soirée, puis ça.
Quand est-ce qu'il va pouvoir respirer ?
Se reprendre, se redresser, se reprendre. Camoufler la souffrance d'un visage doux alors qu'il relève son visage et qu'il croise le regard inquiet de l'elfe.

- Tant que je peux supporter la douleur, je continuerai à dire que je vais bien.

Un sourire.
Parce qu'un jour, cela irait mieux. Dans une semaine, dans un mois, dans dix ans. Tout passe chez les Humains.
Peut-être même qu'un jour il connaîtra le bonheur.


Lulu
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Lulu
Lun 22 Jan - 1:54

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Leurs souffles courts s'entrelacèrent, tout comme leurs prunelles étincelantes d'émotions contraires ; la rage transperçant celles du dessus, la sidération noyant celle du dessous. Les ténèbres de sa colère se mêlèrent aux lueurs de l'incompréhension, dans une danse où la vengeance s'appropriait les atours de la justice. Rien ne retenait la main armée de s'enfoncer dans le cou de l'humaine, tout lui intimait de le faire. Une myriade d'excellentes raisons s'entrechoquaient, et la première en lice fut la sécurité de Sheog. L'humanité avait trop souvent piétiné, exploité et dupé, cette âme trop pure pour leur monde.

—  « Je t’en supplie… » supplique portée par une voix tremblante, aux sonorités presque enfantines.

Les traits de l'Ange de la Mort se décomposèrent soudainement. La supplication la rappela à la surface, l'extirpant peu à peu des abîmes rageurs et rancuniers. Choquée de sa propre froideur, la silhouette de la malhar se détacha abruptement de ce visage où se miroitait la terreur qu'elle avait su instiller. Un reflet qu'elle s'était toujours interdit d’inspirer.
Toutefois, la méfiance subsistait, les humains l'avaient trop de fois trompée par le passé. Ainsi, sa poigne resserra le manche, et ses sourcils se froncèrent de nouveau... L'hostilité s'insinua doucement sur sa mine, obscurcie par ses propres peurs qui scintillaient puissamment dans ses yeux.

— « Qu’est-ce qui me dit que tu ne vas pas essayer de t’en prendre à lui ? » murmura-elle, ses prunelles désespérées implorant une réponse, une assurance qui dissiperait son angoisse profonde.

Cette gamine qui aurait jadis promptement abandonné le poignard, dévastée par la terreur et la honte, périclitait graduellement. Ils la tuaient, ce lieu était sur le point de la tuer. Seule une appréhension frémissante, celle de se métamorphoser à l'image de ses ancêtres, maintenait à peine en vie cette gamine, et la moindre éraflure infligée à Sheog pourrait suffire à l'anéantir. Pour céder sa place à quoi ? D'autres angoisses, plus accablantes, menaçaient de la faire sombrer à jamais, mais elles n'eurent pas le loisir de triompher, car une force extérieure repoussa soudainement le corps de la malhar loin de celui de l’humaine.

Plongée dans une obscurité et une surdité nées de l'horreur qu'elle avait failli déclencher, Aksana ignorait que Sheog avait réussi à traverser le rempart de domestiques.
Son être n'était qu'une symphonie de terreurs et elle s'efforça frénétiquement de se libérer de cette geôle de chair, redoutant que son assaillant fût parmi ses adversaires. Ce ne fut qu'au son strident émanant du sol qu'elle cessa son combat, troublée par cette note singulière. Quelques instants plus tard, alors qu'elle cherchait l'origine du bruit, elle remarqua les griffes de Sheog, et comprit que c'était lui qui l'avait éloignée du pire.
La jeune elfe suspendit tout mouvement, ses yeux écarquillés par la panique eurent à peine le loisir d'explorer les environs maculés de rouge, car une voix s'éleva plus haut, capturant toute son attention. Mama.
Mama, tout aussi agitée que la perturbatrice, n'était pas encline à ressentir la moindre compassion pour ses deux créatures monstrueuses. Certainement pas après qu'ils eurent insufflé vie aux craintes de leurs détracteurs.
Son cœur, battu par l'adrénaline, déclenchait en elle une mélodie assourdissante, tandis que la  sidération suscitée par ce qu'elle avait frôlé, plongeait son esprit dans une brume opaque. Ainsi, la domestique contempla cette silhouette, que pourtant ses prunelles avaient coutume de maudire, d'un air hagard.
Ce ne fut  que lorsque les lèvres de Sheog murmurèrent son nom que Aksana parvint à recouvrer quelque peu ses sens. Ses cils, telles des ailes fatiguées, battirent à maintes reprises dans le néant, et son regard, jadis éteint, retrouva une lueur chancelante.
L'offense proférée par Mama à son égard ne demeura pas ignorée par l’intéressée, mais ses lèvres, pareilles à des portes verrouillées, conservèrent leur mutisme. Seul son regard s'endurcit en réponse à ces dires, une force irrépressible qu'elle ne put contenir, bien que les mots demeurèrent captifs dans sa gorge. Non pas par crainte, mais par égard pour Sheog. Car elle avait ressenti le corps de celui-ci se raidir, comme si les paroles de Mama étaient des projectiles de plomb.
La maîtresse des lieux cracha sa dernière volée d'opprobres sur le corps de l'être ailé, l'incitant à absorber une réalité déchirante ; il n'était qu'une vulgaire possession à ses yeux. Aussitôt, le regard de l'azurée se tourna vers son ami, la mine ombragée par l'inquiétude, tandis que sa gorge se contracta au moment même où une plainte résonna au creux de sa poitrine.

—  « Sheog… » chuchota-t-elle, sa douleur pesa si lourdement sur elle qu'elle réduisit presque sa voix au silence.

L'orpheline était coutumière du rejet, de l'absence d'amour et de la solitude, trois sœurs qui avaient marqué chaque jour de sa vie depuis sa venue au monde. Tout comme elle avait dû affronter les coups cuisants de la désillusion, ceux qui vous propulsent brutalement dans le vide, vous précipitant vers des abîmes à la fois étranges et hostiles. Elle était intime avec cette détresse mordante, et l'idée qu'elle puisse dévorer le cœur de son ami réduisit le sien en lambeaux. C'était comme revivre pour la seconde fois cette douleur insoutenable. Pire encore, car elle connaissait l'âme de l'argenté, si douce et généreuse, et aurait tout sacrifié pour le préserver de cette misère. Hélas, Aksana était impuissante face au venin de la vipère, maintenant qu'elle avait réussi à enfoncer profondément ses crocs en lui.
Sa main s'égara en quête de l'entrelacs de celle de Sheog, pour lui offrir silencieusement son soutien. Son regard s'ancra sur son visage, mais le lointain demeurait insaisissable. Il ne fit que se retirer dans l'enceinte de sa chambre, et même dans ce chaos, il avait toujours une pensée pour elle ; l’emmenant avec lui dans son sanctuaire, au lieu de la laisser derrière. Et alors, sa peine, loin de s'apaiser, s'amplifia, pulvérisant les ultimes lambeaux de son cœur émietté.
La douleur vorace qui le rongeait parvint à métamorphoser sa silhouette jadis majestueuse et éclatante en une forme diminuée et obscure. À nouveau, elle se maudit de ne pas être d'une stature gigantesque, capable d'envelopper l'angelot de ses bras protecteurs, de le préserver des tourments de ce monde. Tout comme elle souhaita ardemment posséder un cœur suffisamment colossal, dans lequel il pourrait noyer ses peines.
La silhouette de ce dernier s'anima légèrement, et aussitôt, le regard de l'elfe se hâta de croiser le sien, comme pour lui signifier sa présence, et surtout, son soutien Cependant, ses paroles suggérèrent qu'il n'avait pas besoin de cela, qu'il se portait bien. Il couronna même son énoncé d'un sourire, qui ne fit qu'aggraver la fracture au cœur de la fille aux yeux azur.

— « Mais tu ne mérites pas cette souffrance… » sanglotèrent ses lèvres, une fois de plus entraînées par l'impulsion du moment.

Instantanément, ses lèvres se scellèrent après avoir laissé échapper ce cri du cœur. Elle redoutait les répercussions de ses paroles sur une âme aussi fragile, mais malgré ses appréhensions, elle ne parvenait pas à les contenir. Comme sa main enserrant le couteau. Sa mâchoire se crispa, frappée de plein fouet par le souvenir à peine gravé dans son esprit. Aksana détourna son regard de la silhouette de Sheog... Cependant, la honte n'envahit pas son être. Ses sourcils se froncèrent brièvement, surprise par son indifférence. Le venin malhar avait-il réussi à empoisonner son cœur ? Pourtant, malgré cette apparente indifférence, son cœur suffoquait sous le poids de l'angoisse. Elle ressentit le poids oppressant sur sa poitrine, ses respirations se faisant plus laborieuses, jusqu'à ce qu'une douleur irradia sa gorge, la tirant de ses tourments. Elle avait momentanément oublié ses blessures.
Et ainsi, elle se dirigea vers l'endroit où reposait la trousse de secours, prête à panser les plaies qui marquaient sa chair et à étouffer les souffrances qui faisaient saigner son cœur. Mais au moment où elle s'apprêtait à saisir le nécessaire médical, elle se rappela qu'elle n'était pas la seule à avoir été marquée lors des affrontements, et son regard préoccupé se porta alors vers Sheog.

—  « Je vais te soigner » assura-t-elle, s’avançant d'un pas calme vers la silhouette de son ami, scrutant attentivement les stigmates qui marquaient sa chair. Là au moins, elle disposait du savoir nécessaire pour atténuer ces maux. « Tu acceptes que je te touche ? » le questionna-t-elle, relevant son regard bienveillant pour le plonger dans celui de l'argenté.

Aksana avait momentanément négligé que son être avait le pouvoir de cicatriser ses blessures instantanément. La soirée tumultueuse avait semé en elle un sentiment de confusion, comme si elle errait graduellement dans les méandres du brouillard.

— « Tu dois être affamé… » se soucia t-elle, ses doigts s'emparant du flacon de désinfectant.

S'élever vers les hauteurs, fouler le sol des mortels après l'événement récent, tenait de l'insouciance la plus totale. L'elfe, bien consciente des périls, ne pouvait toutefois se résoudre à négliger les besoins essentiels de son compagnon. Cette fois-ci, elle adopterait une attitude effacée. Ou du moins, elle se fondrait dans l'ombre, aussi discrète qu'un rongeur, veillant à ce que les humains ne prêtent point attention à sa présence.
Aksana s'agrippait à ses devoirs autant qu'à l'instinct protecteur qui l'unissait à Sheog. C'était pour elle une bouée de sauvetage, une échappatoire cruciale pour éviter de sombrer dans les abîmes de ses terreurs. Ce n'était pas simplement une diversion, mais également un point d'ancrage. Jamais elle n'avait ressenti une telle harmonie intérieure que lorsqu'elle veillait sur lui.

—  « Et… Pour revenir à ce que tu as dit… » elle ne pouvait ignorer sa douleur. « Tu n'as pas besoin de prétendre devant moi… Ignorer ce qui te fait mal ne le fera pas disparaître, au contraire » son regard s’adoucit pour tempérer ses paroles. « Si un jour tu décides d’affronter tes douleurs, je serai là pour t’aider. »

La malhar désirait ardemment déployer toute son énergie pour ne pas l'abandonner à ses tourments, et mieux encore, pour l’en préserver. Comme elle l'avait fait ce soir, quand bien même elle se sentait hantée par ce qu'elle avait presque osé. Mais elle pressentait, au plus profond de son être, qu'elle serait capable de donner vie à ses cauchemars, s’ils lui permettaient de le protéger.
Ezvana
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Ezvana
Ven 26 Jan - 17:01

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Son cœur se froisse et la ligne des épaules se courbe alors que les paroles s'enroulent autour de lui et le blesse de ses replis. Le menton se rentre, le sourire disparaît de son visage pour ne laisser qu'un pli soucieux entre ses deux sourcils. L'éclat dans son regard s'évanouit et il ne peut masquer la douleur que ses mots provoquent en lui.
Qui était-il pour savoir s'il méritait cette souffrance ou non ?
Bien des fois il a trouvé cela injuste. Il en a hurlé de colère étant enfant et on la punit si sévèrement que désormais il n'osait plus entendre le son de sa voix naturelle. Il en a pleuré pendant des heures, seule au fond de son lit au confort militaire. Comment déconstruire une éducation basée sur des décennies ? Depuis toujours, on lui inculque que les Humains étaient différents de lui, plus complexe. Supérieur. Jamais il ne pourrait atteindre leurs beautés, leurs puissances. Lui était un symbole de péché. C'était ce que lui avait dit la domestique sans cesse, en boucle infinie pendant les punitions et les leçons si strictes qu'il en eu peur pendant des années.
Si quelqu'un s'intéressait à lui, c'était là l'œuvre de Dieu, une bénédiction accordée à l'engeance des enfers. Alors il pouvait bien souffrir, c'était le minimum pour pouvoir fouler la terre des mortels. Il n'avait qu'à laisser sa bouche close et se soumettre.

Mais cela lui est difficile. Un combat intérieur épuisant qui ne cesse de le balloter en tous sens, oscillant entre les ordres et ce qu'il ressentait au fond de lui, au loin dans cet abîme dont il n'ose pas regarder le fond de peur de ce qu'il pouvait découvrir. Quand sa détermination fléchissait, il entendait une voix de là-bas. Une entité maléfique qui le terrorisait gamin. C'était peut-être cela qui le différencier des autres, qui le rendait mauvais. Etais-ce le diable lui-même qui voulait le tirer vers le gouffre et lui susurrer des maléfices ?
Il était si facile de se faire duper par les murmures. La rébellion est recroquevillée au loin, si profondément que parfois il en oublie son existence. Mais tel un gaz toxique qui se faufile par la moindre craquelure, son odeur éveil en Sheog des envies d'évasions. De briser les murs qui l'entourent et de pouvoir goûter le vent de la liberté. De rugir toute sa colère pour qu'enfin on le considère comme un être conscient. Parfois même, il y a un soupçon de plus, une saveur qu'il déteste apprécier. Celle de vouloir les faire plier, qu'ils se soumettent à sa suprême puissance. Que pour une fois ce n'est pas à lui de devoir courber l'échine et se plier en quatre pour le désir des autres.
Peut-être qu'il méritait cette souffrance à penser ainsi.
Et pourtant.
Pourtant, il voulait briser ses chaînes.

Relever la tête quand il entend les paroles d'Aksana, essayant de sortir de cet impact qui le meurtrissait de l'intérieur. Il hoche la tête, touché malgré tout qu'elle lui demande toujours l'autorisation de l'approcher. C'était apaisant et réconfortant, bien loin de ses entrevues habituelles où il se sentait objet.
Tendre la main où il s'était ouvert, regardant la plaie sans vraiment la voir. Son propre sang ne l'effrayait plus depuis longtemps. C'était celui des autres qui le mettait mal à l'aise, comme s'il sentait la faiblesse d'une proie et qu'il pouvait l'achever. Parfois c'était grisant, mais le plus souvent c'était terrible.

Un frisson le secoue et il prend conscience des ailes pendantes dans son dos. Mama ne serait pas contente, pourtant il ferme les paupières et se concentre. Un léger craquement peine à troubler la quiétude de la pièce alors qu'il reprend sa forme initiale, qu'il se sent plus proche d'Aksana de par son apparence. Il était incapable de prendre plusieurs fois de suite cette apparence monstrueuse qui lui permet de guérir sur l'instant les blessures les plus dérisoires, ressentant une énergie aussi dopante qu'épuisante sur le long terme.
Soulagé d'un fardeau il essai de passer au-dessus de ce qui lui serre le cœur. Il bat des cils pour chasser cette vision trouble qui le dérange et l'empêche de penser à autre chose.

- Il est préférable d'ignorer que de mettre fin à cette souffrance.

Bête qui laisse enfin apercevoir cette toile ténébreuse qui ne cesse de le hanter. De honte il baisse le regard cachant ses yeux d'argent ternit.

- Il faut que je me taise, que je torde ces pensées traîtresses. Mais parfois… oui quelques fois j'ai l'impression que je vais imploser. J'ai l'impression que je suis dans une boucle sans fin. J'ai envie de les aimer tu sais ? J'ai envie d'y croire ! Mais…

Les mains qui s'ouvrent alors qu'il regarde ces paumes et que de nouveau l'émotion vient noyer ses prunelles. Sa voix n'est que le souffle du vent, entrecoupé de respirations heurtées.

- J'ai peur d'eux, Aksana. On m'a toujours dit qu'ils étaient bons, bien meilleur que moi. Je fais mon possible pour leur plaire, pour satisfaire toutes leurs envies. Mais ce n'est jamais suffisant. J'ai l'impression qu'ils me dévorent Aksana. Encore et encore.

Les tremblements l'empêchent d'articuler correctement alors il reprend son souffle.

- Mes romans et mon imagination, c'est la seule liberté que je possède. Et depuis que je lis, je me rends compte que ce n'est pas normal tout ce que je vie. Que je… Je ne suis pas… Que Mama se sert de moi. Je ne suis pas son fils.

Un sanglot alors qu'il enfouit son visage dans ses mains et qu'il pleure à chaude larme. Il prenait la réalité de cette incartade avec Mama dans le couloir en pleine poitrine, il assimilait pleinement les paroles dont le venin, perfide et silencieux, s'insinuait dans son cœur. Il s'était aveuglé tout ce temps, avait simplement estimé que les choses devaient être ainsi. Tant qu'il recevait de l'attention de Mama tout était dans l'ordre des choses. Le mensonge était si important qu'il avait emprisonné l'entièreté de sa vie et la vérité avait percé cette brume avec une clarté saisissante.
Un reniflement bruyant alors qu'il se redresse alors qu'il vient mordre une joue avec intensité pour que la douleur puisse ternir les gouttes salées qui dévalent une nouvelle fois ses joues.
Ce racler la gorge et tenter de maîtriser sa respiration.

- Désolé. C'est la deuxième fois. Cela doit être épuisant pour toi.

Désolant, navrant, fatiguant.

Il s'agite sur place comme s'il voulait s'éloigner un peu de la présence de la bleuté et fuir pour cacher cette fragilité. Mais il se reprend en contrôlant les impulsions nerveuses. D'un geste délicat il vient prendre du désinfectant et des compresses stériles des mains d'Aksana, l'oblige d'une paume délicate à rester face à lui et de ne plus bouger. D'une méticulosité exacerbée il vient nettoyer les plaies visibles de son amie, nettoie avec douceur et tendresse les blessures. S'il avait pu, il les aurait effacés d'un baisé pour que sa peau retrouve sa netteté d'origine.

- Tu sais, toi aussi tu as des douleurs que tu caches. Je le vois bien.

Un sourire sans joie vient étirer la commissure de ses lèvres. Il comprenait que le poids que l'on pouvait parfois porter était si lourd que l'on préfère le garder pour sois.

- Je le vois à ta façon d'agir. De prendre soin de moi. Tu aimes prendre soin des autres parce que cela guérit la partie de toi qui a besoin de quelqu'un pour prendre soin de toi. C'est toi qui m'as fait ouvrir les yeux.

Une légère grimace qui plisse son nez.

- Désolé, c'est maladroit. Ce que je veux dire c'est que… Toi aussi tu peux affronter tes douleurs. Je serais là pour toi. Et c'est grâce à toi que j'ai réalisé. Que j'ai vu la vérité.

La main se baisse et il réfléchit aux mots qu'il pourrait employer. Il n'avait pas l'habitude de communiquer avec les autres, solitude écrasante qui l'entoure depuis si longtemps.

- Pense aussi à toi Aksana. Oublie se repas, laisse un peu de côté mon bien-être alors que toi aussi tu es touché. Moi aussi je m'inquiète pour toi.
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Lulu
Dim 28 Jan - 23:49

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Le corps du délicat se craquela, et le papillon redevint chenille. Il sembla se replier sur lui-même, comme pour se protéger d’assauts invisibles. Des assauts que ni les griffes, ni la férocité de la malhar ne sauraient déchirer. Mais cette dernière, loin d'incarner une créature assujettie au pessimisme lorsque les vents sinistres soufflaient sur Sheog, s'abaissa délicatement, cherchant ses prunelles anxieuses pour les fondre avec les siennes, plus douces. Lorsque sa rage ne pouvait plus le préserver, l'immense tendresse qu'il avait réussi à épanouir dans son cœur prenait le relais.
Dévotieuse rassembla les confidences pleurées par ce cœur qu'elle vénérait, alourdi par les peines. À nouveau, il confessa se retrancher derrière l'ignorance, pour chercher refuge contre les tourments qui alourdissaient son être. Ces aveux résonnèrent chez celle qui persistait à imposer le silence à ses propres tourments, déployant sa voix uniquement pour étouffer celles des autres, ou plutôt, à en juger son cercle étroit, voire inexistant, pour faire taire celles de Sheog.
Les prémisses de déjà-ressentis s'amoncelèrent, car de multiples confidences s’écoulèrent des lèvres de l'argenté. Ils n'avaient fait leurs premiers pas ensemble, et pourtant, ils avaient partagé les mêmes écueils, s'étaient égarés sur les mêmes sentiers, s'étaient échoués dans les mêmes impasses. L'elfe bleue, toutefois, avait pris ses distances avec l'enfant peureuse, au point que toute sa douleur ne convergea pas vers elle, mais vers l'Adonis. L'ignorance, telle une armure contre les tourments. Et ainsi, les déjà-ressentis ne connurent pas l'occasion d'éclore dans son cœur, ou se bornèrent à l'effleurer, pareils à une brise légère, une brise dont elle ignorait la provenance.
Un autre zéphyr s’insinua, mais suffisamment robuste pour ébranler l'âme de la jeune elfe. Il s'agissait du souffle chancelant, étouffé par la tristesse de son compagnon d'infortune. Une tristesse qui, tel un flot funeste, vint noyer les nacres argentées de ses yeux opalins. La main d'Aksana se hâta de trouver celle de son ami, la serrant délicatement, comme si cela pouvait le libérer des eaux voraces qui menaçaient de l'engloutir.  Cependant, ces ondes n'étaient pas nécessairement maléfiques, car elles autorisèrent le tendre à se dévoiler, à exposer toute l'ampleur de la douleur qu'il osa affronter.
Les tremblements s'accentuèrent, prêts à l'engloutir dans un silence oppressant. La malhar, d'un geste muet, lui renouvela son indéfectible soutien, exerçant une pression délicate sur sa main. Elle demeurait présente, à ses côtés. Il n'aurait pas à affronter seul ces vérités cruelles.
Et soudain, l'une d'entre elles fendit les lèvres de Sheog, tel un éclair déchirant le ciel d'une force tonitruante. Un coup retentissant, qui fit plier même la silhouette de la bleutée, sa tête s'inclinant sous l'assaut, tandis que les mains argentées se précipitaient vers son visage dévoré par les sanglots. Vérité venant frapper le cœur de la jeune malhar, y laissant une douleur persistante, puissante. Ses yeux d'azur scintillèrent même dans l'obscurité, tandis que ses tympans souffrirent des pleurs déchirants de son compagnon.
Une once de culpabilité menaça de l'enlacer, susurrant qu'elle portait une part de responsabilité dans cette souffrance. Toutefois, elle étouffa promptement cette voix venimeuse ; ce n'était pas elle qui, des années durant, l'avait maltraité. Non, ce n'était pas par sa faute qu'il endurait cette douleur. Aksana n'oublierait pas qui étaient les véritables ennemis qu'ils affrontaient. Plus jamais elle ne s'enliserait sous le poids des méfaits d'autrui, et plus particulièrement sous ceux de l'humanité.
Sa rage, telle une consolation, un bouclier, un fuel, l'amena à redresser la tête vers l'astre argenté, vers Sheog. Le désir vif de le rendre aussi intouchable que la lune la saisit. Ou du moins, accessible aux rêveurs, aux tendres, aux sensibles, à ceux qui aimaient la contempler sans songer à la posséder. Avec délicatesse, elle se redressa, glissant sa main sur la joue du doux, son pouce recueillant les larmes qui perlaient, préservant sa peau des morsures salées.
Puis ses lèvres émirent des paroles qui suscitèrent son étonnement ; il présentait ses excuses pour s'être livré à elle, pour avoir osé rassembler le courage de se dévoiler entièrement à ses yeux, là où elle-même n'était pas capable d'une telle audace. Les sourcils de l'intéressée se contractèrent, car ce n'était pas de lui qu'elle espérait des excuses. Pas après ce qu’elle avait vu ce soir, pas après les confidences qu'il venait de partager avec elle.

—  « Ce n’est pas épuisant… Au contraire », sa confiance nourrissait sa détermination, son affection, son admiration. « Ton courage et ta sincérité n’ont rien d’épuisant. Le silence, lui… »

Vipère distilla son poison dans sa propre bouche, plus nouée que celle de Sheog. Elle aimerait se libérer de ce silence, mais elle n’y arrivait pas.
L'argenté se contorsionna sur son siège, dérobant avec adresse l'attirail entre les doigts de la demoiselle. Il se hâta de la saisir dans sa paume, pour empêcher la féline de s’échapper d’entre ses doigts. Il eut la sagesse de faire résonner sa voix avant la sienne, car la furie aurait bien failli répliquer qu'elle n'avait nul besoin de ses soins.
Il l'avait observée méticuleusement, sondant les replis de son cœur avec la précision d'un rapace. Son regard était acéré, tout comme ses mots. Une plaie béante s'ouvrit dans la poitrine de la dénudée, qui, telle une bête acculée, s'empressa de fuir ce regard perçant. Jamais encore n'avait-elle été perçue avec une telle lucidité et tendresse, toujours réduite à l'état d'abomination. Ce, même après avoir dévoré la boue en quête de leur sympathie. Même après avoir enfoui ses crocs pour mériter leur amour. Même après s'être étouffée dans l'espoir de gagner leur respect. Tout cela, en vain.
Maintenant qu'elle s'était relevée, que sa rage avait chassé la poussière de ses poumons, et que ses crocs se découvraient au monde, des remparts s'étaient érigés autour de son cœur. Elle s'était jurée de ne plus être authentique pathétique.

Sheog, déposant comme un baume sur cette blessure, lui dévoila à nouveau son cœur tandis qu'elle s'efforçait de refermer le sien. Cependant, admettre qu'elle avait pu être bienfaitrice pour autrui, et surtout pour une âme qu'elle chérissait, lui était chose ardue.

—  « Tu devrais aussi reconnaître ton courage, ta propre force » assura-t-elle, désireuse qu’il ne s’appuie pas sur elle, car elle n’était pas suffisamment fiable… Contrairement à lui, elle en était convaincue. « Et ne t’en fais pas pour moi, ce ne sont que quelques égratignures. »

La désillusion la suivait tel un spectre, et celui-ci semblait s'être fondu à son être. L’argenté le devinait, elle le pressentait, qu’une dissonance résonnait en elle. C'était évident ; ce soir, ses mains avaient failli être maculées de carmin... Et le remords n’avaient pas effleuré son âme, même si elle s'était échinée à les débusquer jusque dans les replis les plus intimes. Aucune empreinte n'avait émergé, alimentant son trouble.  L'idée de s'assimiler à eux, de basculer, la plongeait dans l'inquiétude. Ce soir-là, ce n'était pas uniquement la crainte qui la tourmentait, mais aussi la facilité avec laquelle elle avait endossé leur peau, agi à leur image. Lors de cette altercation, elle n'avait pas voulu pu contenir les molosses, contrairement aux rixes précédentes.

—  « Dis-moi, qu’est-ce qui te ferait plaisir à manger ? Je ne sais pas pour toi… Mais une bonne viande me ferait plaisir » discret sourire qui releva ses lèvres, légèreté se mit à scintiller dans ses prunelles.

Affamée à l’idée de chasser l'inquiétude, de fuir l'effroi, une autre faim s’insinua. Et le temps qu’il accepte ou décline sa proposition, bleutée approcha ses mains de la peau meurtrie de son ami. La légèreté qui pétillait dans son regard s'évapora, laissant place à une gravité muette, s’enquérant silencieusement de son consentement. Une fois assurée de celui-ci, elle s'empara des compresses, soignant les plaies que sa forme précédente n’avait pas pu soigner.
Son comportement légitima les dires de l'argenté ; veiller sur autrui, en partie pour panser ses propres maux, mais aussi pour exprimer toute l'affection qui étreignait son cœur, celle que Sheog lui insufflait.

—  « Peut-être que tu as perdu une mère ce soir, mais tu m’as moi. Ça vaut ce que ça vaut, mais tu peux être au moins certain que je ferai tout mon possible pour te protéger d’eux. »

Ils ne le dévoreraient pas, pas tant qu’ils ne se seraient pas débarrassés d’elle. Elle les dévorerait avant.
Ses doigts délicats couvrirent les plaies de bandage, et une fois terminé, elle enferma la main argentée dans la sienne, la dorlotant avec précaution pour éviter toute écorchure.
Aksana se releva avec lenteur, prête à s'éclipser pour trouver de quoi se nourrir... Cependant, une pensée fugace s'insinua dans son esprit : peut-être n'était-ce pas là le désir de son ami. Cette pensée s’était insinuée dans son esprit quand elle découvrit la pile de livres en sa possession, et parmi eux, celui qu'elle lui avait offert. Un sourire délicat ourla à nouveau ses lèvres, toujours enchantée de constater qu'il en prenait un soin. Ses prunelles retrouvèrent le regard du doux, et ses doigts remontèrent inévitablement vers ses joues, y déposant quelques caresses discrètes. Elle le tenait alors comme un joyau, plus précieux encore que celui ornant le centre de son front.

—  « Tu n’as jamais pensé à écrire tes propres histoires ? Ça pourrait te servir d’exutoire » fit-elle remarquer, son sourire à la fois tendre et léger flottait toujours sur ses lèvres.

Avec une grâce infinie, sa main se délia de l’éclat de son visage, glissant avec une délicatesse qui évoquait le frôlement des ailes d'un papillon. Elle saisit la main de Sheog, ses yeux scrutant ses griffes plus proéminentes et acérées que les siennes.

—  « Peut-être que je pourrais te trouver un stylo qui te permettrait d’écrire sans que tu aies à t’abîmer les mains… » sans qu’il ait à s’amputer d’une partie de lui-même.
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Ezvana
Lun 29 Jan - 22:25

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


« Mais tu m'as moi »

Ces paroles sont doucereuses, s'insinuent en lui en une coulée froide qui apaise ses brûlures et ses incertitudes, apaise ses sens en ébullitions. De nouveau il a cette sensation dans le creux de son ventre, des fourmillements étranges et agréables qui lui arrachent un ronronnement qui résonne dans sa gorge. Cils qui balayent ses pommettes saillantes alors qu'il tente de comprendre ce nouveau sentiment, l'ampleur que cela pouvait prendre dans son cœur. Il avait un peu peur de cet inconnu qui lui enserre le palpitant tout en étant si attiré qu'il ne peut fuir, subjugué par le bien-être que cela lui procurait.

Son visage se colle à cette joue, mouvement de tête alors qu'il ferme les yeux un instant pour sentir la douceur de cette paume contre sa peau, de l'effleurement des griffes qu'ils trouvent délicat.

- Je te protégerais également. Ils ne t'atteindront pas tant que je serais là.

Je me dévouerais corps et âme.

Ferveur dans l'intonation de sa voix, emporté soudainement par une vocation en oubliant même d'adoucir le timbre de sa voix. Cela résonne autour d'eux tel une invocation, un pacte lié par la magie des sentiments.
Redresser son visage alors qu'une nouvelle détermination vient teinter ses prunelles d'un éclat d'opale. Âme qui renait de ces cendres après avoir été consumé par le désespoir et la désillusion, une dévotion presque effrayante et irrationnelle irradiant de son cœur qui bat soudainement plus fort. Comme s'il avait une nouvelle raison de vivre, une solution pour survivre une nuit de plus. La bleue ferait partie intégrante de son adoration, ses rêves ne seront qu'un camaïeu azuré. C'était pur, c'était puissant. C'était déraisonnable, c'était terrifiant. Créature incapable de mesurer ses sentiments et de se protéger de ses propres espoirs, recouvrant entièrement Aksana d'un amour maladroit et peut-être malvenue. En très peu de temps elle était devenue son étoile, sa raison de vivre. Il l'adore toute entière, peu importe ses défauts et ses absences, de celui qui est incapable de se restreindre n'ayant jamais reçu d'amour de qui se soit, reflet de l'amour qu'il portait à Mama. Elle pourrait l'utiliser, le garder à distance et ne jamais s'ouvrir à lui, jamais sa vénération ne sombrera. Il avait bien aimé Mama depuis des décennies en ne récoltant que des miettes de douceur.

Il sentait bien qu'il y avait une dualité au sein de son amie bleuté, il suffisait de voir l'éclat de son regard pour trouver les bourgeons de l'incertitude. Elle était féroce, telle une guerrière, et pourtant capable d'une grande douceur. Elle semblait être dans une dualité permanente qui la blesse de l'intérieur et la Bête tente comme il pouvait d'apaiser ses tourments. S'il pouvait la soutenir d'une quelconque manière il le ferait. Si elle avait besoin d'un compagnon d'arme, il sera là. Si elle avait besoin d'une épaule pour la soutenir, il sera là.
Peu importe, tant qu'il est à ses côtés.

Ses yeux se baissent sur cette main qui tenait la sienne en écoutant sa proposition. Ses oreilles pointues se redressèrent et le bout de sa queue se tortille. Jamais il n'aurait imaginé que l'on puisse lui proposer une telle chose.

- Je sais écrire, on me l'a inculqué quand j'étais petit. Mais je n'ai jamais écrit depuis, je suis incapable de tenir un stylo convenablement. On a dû couper mes griffes pour y arriver. Je peux les briser de mes dents s'il le faut.

Gargouille de chair qui ne voyait pas le mal de se déformer pour arriver à ses fins.

- Mais je n'ai pas le vécut pour. Je ne sais rien du monde.

Ses lèvres se plissent d'amertume et il renâcle à l'idée de s'écarter de cette elfe bleutée qui essai de lui mettre du baume au cœur alors qu'il est soudainement mal à l'aise de se dévoiler ainsi, tel un môme.

- Je ne sais même pas quelle est la sensation de la pluie sur la peau. Je ne connais pas l'odeur du feu de bois. Je ne connais pas les grands espaces, ni les forêts profondes. Je ne sais pas à quel point l'eau d'une rivière peut être pure, je ne sais pas vraiment à quoi ressemble la faune et la flore dehors. J'ai lu, on m'a montré des images. Mais c'est tout.

La honte lui chauffe les joues et il déglutit en esquivant les doux yeux de son amie. Il se sentait soudainement inférieur face à une personne, qui elle, savait à quoi pouvait ressembler le monde. Sa chambre c'était sa sécurité, mais sa curiosité ne l'empêche pas de rêver. Vite détourner son malaise en enchaînant sur autre chose.

- Pour la nourriture, je ne sais pas. Je… Je ne mange que de la viande crue depuis toujours. Mama m'a toujours dit que c'est cela mon régime alimentaire, de par ma nature.

Sheog se redresse brusquement alors qu'une idée lui traverse l'esprit et ses yeux brillent soudainement tel deux pièces d'argent.

- Tu pourrais me faire goûter autre chose ? J'ai toujours voulu savoir quelle saveur avait un fruit. Ou même le chocolat ! Il paraîtrait que c'est délicieux. Je ne connais presque pas le goût du sucre. Un jour Mama m'a donné un bonbon quand j'étais petit, mais depuis, je n'en ai jamais mangé.

Impossible de retenir ses paroles, comme s'il avait ouvert les vannes. Une excitation enfantine le faisait presque vibrer sur place alors qu'il tente de maîtriser son impatience. Ordres et directives de Mama lancé au loin, pour une fois il pense à lui et à ce qu'il pourrait découvrir.

- … Je pourrais te suivre en dehors de la chambre jusque dans la cuisine ?

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Mar 30 Jan - 19:04

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Confidences chuchotées avec timidité, portant en leur sein le fardeau d'une honte qui, à nouveau, ne devrait pas lui appartenir. Cette honte aurait dû, plutôt, empoisonner les lèvres de ceux qui l'avaient retenu captif, maudit à ne jamais contempler le monde autrement que par les yeux d'autrui. Yeux d'azur se sont raidis, s'éloignant de la mine de son ami ; ce n'était pas vers lui qu'elle nourrissait l'envie de jeter ses crocs acérés.
Mais la jeune panthère exhala cette fureur naissante dès qu'elle remarqua le doux se débattre nerveusement sur place. Elle refusa de souiller l'air de son courroux, désireuse de rendre l'atmosphère respirable pour celui avec qui elle avait pactisé. Elle le protégerait également de ses éclats de furie, ou plutôt ferait-elle de son mieux, car ces dernières avaient tendance à inhiber son esprit comme l’alcool embrumant celui d’un soiffard.
L'argenté murmura de nouveau, révélant cette fois-ci que son palais n'avait savouré que l'éclat carmin. Une confession qui ne fit qu'accentuer la réalité cruelle : on le désirait aussi sauvage qu'un lion en cage, négligeant délibérément ce cœur qui palpitait d’une sensibilité touchante.
Malgré tout, nul désespoir n'assaillit celui-ci, car au lieu de sombrer dans les abîmes, ses prunelles s'illuminèrent, et ses lèvres devinrent messagères d'une curiosité brûlante. Alors, il offrit un sourire sincère à la bleutée, dont le visage s'illumina d'une certaine innocence, celle de quelqu'un aspirant ardemment à donner vie aux désirs d'un être qu'elle avait pris en sympathie, et même plus encore.

— « Tu goûteras tout ce que tu voudras. »

Piétiner ces foules de fourmis humaines, prêtes à gronder à la vue de leurs armoires dénudées. À la jeune rebelle, cela importait peu ; son compagnon avait une faim de vivre ardente, et elle s'était résolue à la satisfaire.

— « Le chocolat est délicieux, on ne t’a pas menti… »

Confessions de l’expérimentée, se remémorant les serres jumelles qui, jadis, lui avaient subtilisé ce doux trésor, afin qu'elle-même puisse découvrir ces menus plaisirs, non pas exclusivement destinés à l'humanité.
Ce fut alors le tour d'Aksana de se muer en voleuse de délices, prête à s'envoler pour récolter autant de douceurs que ses bras pouvaient porter. Cependant, l’argenté formula une ultime requête qui suspendit son vol. Une fois de plus, ses lèvres se parèrent d'un sourire sincère, celui qui fit plisser même ses prunelles et les illumina d'une lueur tendrement amusée.

— « Tu n’as pas besoin de me demander mon accord… Si tu veux faire quelque chose, fais-le » hymne qui en rappelait sensiblement un autre, sérénade qui avait fait jadis trembler le monde. « Surtout si ça nous permet d’être ensemble. »

Chuchotement intime du cœur, abandonné jadis par l'amour, éclipsé depuis des lustres aux côtés de ce frère évanoui dont le retour était toujours espéré. Comme si, par miracle, elle l'avait retrouvé. Non pas ce frère regretté, mais cette émotion qui, telle une étincelle, ranimait son palpitant. Peu à peu, il se transformait en une bête affamée d'un appétit insatiable, en ogre émergeant lentement de sa léthargie, prêt à dévorer tout ce que l'argenté lui présenterait.
Orpheline n’était pas non plus un parangon de sobriété, en témoigne l'élixir écarlate qu’elle avait failli répandre, lesté par son désir de préserver cette autre âme qu'elle érigeait au statut de muse.

— « Allez viens », invitation de celle qui s’apprêtait à devenir vaurienne, et qui offrit sa main à celui qui pourrait devenir son partenaire de crime. « Fais attention à ne pas faire trop de bruit… Mais une fois qu’on sera dans la cuisine, ils ne pourront pas nous entendre » et ils seraient libres de rire, de découvrir, de vivre, de couronner l’insouciance pour qu’elle soit reine de leur nuit.

Ombres d'argent et d'azur s'insinuèrent hors de leur repaire, s'élevant telle une vague jusqu'à la surface, dont la dernière venait tout juste de maîtriser les dédales. Ses pas, aussi délicats qu'un fauve en chasse, entraînèrent son acolyte sur la terre des mortels, pendant que ses oreilles dressées s'assuraient qu'aucune menace ne rôdait à proximité. Ce ne fut qu'au moment où ses mains griffues poussèrent la porte, que ses oreilles s'affaissèrent, abandonnant leur vigilance. Elle s’engouffra à l'intérieur et emporta avec elle son ami, laissant ce dernier refermer la porte derrière eux.

— « Nous y sommes… » déclara la soulagée, oiseau de malheur qui se posa à l’abri des vautours.

Voleuse, prête à déployer ses griffes avides, libéra la main du bel Adonis pour s'aventurer vers les armoires prohibées. Nul caneva n'entravait leur accès, tant les humains croyaient leurs petits monstres incapables de transgresser de tels interdits. Ses pas aériens la menèrent vers les précieux, et ses prunelles s'élevèrent vers les cieux.
Les friandises étaient perchées à une altitude élevée, hauteur témoignant de leur rare consommation. Aksana avait appris que les recoins les plus accessibles étaient consacrés aux provisions fréquemment sollicitées, telle que viande et breuvage enivrant. Silhouette élancée, surpassant pourtant celle des simples mortels, se trouva contrainte de s'élever sur la pointe des pieds pour saisir le réceptacle de douceurs. Une fine poussière, accumulée sur le verre, menaça de le faire échapper à l'emprise de ses doigts agiles, mais la voleuse, d'une habileté experte, évita le désastre.
Dès que le coffret des délices fut consigné entre ses mains graciles, puis déposé avec précaution sur l'un des plans de travail, elle s'empressa de l’ouvrir. Et enfin, quand le couvercle fut ôté, elle dirigea ses prunelles en direction de Sheog, un sourire impatient illuminant ses lèvres.

— « Sheog, viens voir… » lui laisser le loisir de découvrir ce que renfermait le trésor de ses propres yeux, tandis qu’elle s’en éloigna de quelques pas pour lui en donner l’accès. « Et les fruits… »

Myriade de douceurs, qu'elle aspirait à moissonner pour les ramener à l’argenté, celui-là même qui en avait longtemps été privé. Et ainsi, silhouette agitée par l'euphorie de se sentir en mesure de le combler, se hâta de s'évaporer telle une brise véloce en direction des paniers débordants de splendeurs.

— « Des pommes, des poires, du raisin… » des fruits à perte de vue, comme s’ils venaient de se perdre dans un jardin d’Eden au cœur même de la géhenne. « Tu peux même goûter les deux en même temps. Je peux te faire fondre du chocolat, pour que tu puisses y tremper les fruits. Ça te plairait ? »

Prunelles scintillantes qui cajolèrent la silhouette de l’argenté, s'embrasant d'une candeur qui pourrait faire oublier que peu de temps auparavant, elles s'étaient drapées de rouge et de noir. La fureur s'était évaporée, laissant place à l'enthousiasme, car en elle palpitait le désir ardent de voir ce visage ne plus fléchir ni rougir de honte, face à l'entrave imposée par l'humanité. Son cœur portait en lui une volonté tout aussi ardente, celle de démolir les remparts de cette geôle afin que la pluie puisse caresser sa peau, que l'odeur du feu de bois réchauffe ses narines, que l'immensité des forêts l’engloutisse et que la pureté des rivières le nettoie de ses peines. Aksana était prête à lui offrir le monde, même si cela impliquait de souiller ses mains et d'incarner la furie malhar.
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Ven 2 Fév - 3:45

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Sans la moindre hésitation il vient saisir cette main qui l'emmène vers l'autre côté, ce monde presque inconnu qui n'était pourtant que derrière la porte de sa chambre. Il écoute ses paroles qui résonnent dans son crâne, cette injonction de faire ce qu'il désire, fait rouler l'envie de l'elfe bleu d'être à ses côtés.
Son cœur chante d'allégresse, batifole dans sa poitrine. Démarche féline de celui qui est toujours en appuie sur la pointe de ses doigts, cette queue sinueuse qui n'érafle aucun mur. Un instant il redresse son visage dans le couloir, ses yeux d'argent cherchant la moindre trace de l'escarmouche. Mais il n'y avait plus rien, plus la moindre goutte rouge pour salir le sol. On avait effacé toute trace.

Mais bien vite il passe à autre chose, les yeux fouillant chaque recoin autant par méfiance que par une curiosité grandissante. Jamais encore il ne c'était aventuré en dehors de sa chambre sans l'autorisation de quelqu'un et enfreindre l'interdit avec un goût de risque piquant sur la langue. Docilité pourtant dans cette aventure nocturne, les oreilles frémissantes à l'idée de capter le moindre bruit qui pourrait les trahir. Face à lui, Aksana était une plume, aucun son ne pouvait révéler sa présence, ses pieds foulant le sol avec légèreté. A croire que ce n'était pas la première fois qu'elle devait agir ainsi.

Une fois arrivé il ferme la porte derrière lui avec méticulosité exagérée. Naturellement ses narines frémissent pour trouver le moindre aliment et tandis qu'Aksana lâche sa main il s'aventure dans la pièce. Libéré de la peur il déployait sa curiosité avide pour assouvir ses questions qui ne cessent de le tourmenter depuis des années. La vie des autres, notamment des Humains, étaient un sujet de doute constant et d'admiration de la part de la Gargouille. Aucune crainte aux côtés de la bleuté, comme s'ils pouvaient franchir toutes les barrières imposées. A deux ils étaient invincibles.
Alors, il ouvre des placards, saisir délicatement sans éventrer des sacs où il est indiqué des noms qui ne lui disent rien. Lentille, riz, pâte. Un tube contenant une poudre l'interpelle, tel de la poussière lunaire mais sans éclat. Impossible de ne pas céder à la pulsion d'en verser dans le creux de sa paume. La pointe de sa langue vient récolter les petits grains blancs et aussitôt une grimace déforme son visage et il tousse comme pour recracher cette sensation désagréable. C'était salé, à l'extrême. Sortir et rentrer sa langue alors qu'il la racle pour retirer ce goût horrible. Vite, pour se détourner de ce récipient démoniaque, il le repose au même endroit.

Dans un placard il trouve des boules difformes jaunâtres, dans un sachet qui indiquait le mot pomme de terre. Intrigué, il se rappelle que le mot pomme est souvent revenue dans ses livres. Il en saisit une et vient la croquer sans hésitation. Il mâche et trouve tout cela étrange en bouche. Ce n'était pas mauvais en sois, mais bien loin de ce qu'il avait pu imaginer.
Il se redresse en continuant de mâchonner sa trouvaille alors qu'Aksana lui demande de s'approcher. Intéressé il observe cette espèce de jarre en verre, contenant des objets colorés qui attire le regard. Il approche son visage et coince son nez à l'intérieur pour venir renifler bruyamment pour identifier ce que cela pouvait être, tout en sachant qu'il ne pourrait pas les reconnaitre. Il tente de glisser sa main à l'intérieur, mais elle était trop grande, il tente alors de pincer entre ses griffes les papiers colorés. Avec difficulté il arrive à en attraper un et de ses crocs, arrive à l'ouvrir. Une odeur sucrée qui chatouille les narines et il voit des billes aux multiples couleur. Venir en récolter une du bout de la langue et alors qu'il croque, ses pupilles se dilatent. Sa queue se balance derrière lui et le plaisir se lit sur les traits de son visage.

- C'est comme quand j'étais petit !

Géant de chair qui est incapable de savoir quoi faire de son corps alors que le plaisir se diffuse sur sa langue et que son excitation monte encore d'un cran. Impossible de se tenir alors que ses griffes plongent à nouveau dans le pot et attraper autre chose. Quand il l'ouvre, son odeur est également sucrée, mais de couleur marron. Le porter à son nez avant de le croquer sans se retenir.
C'était si bon qu'il porte la main à sa bouche, les yeux grands ouverts, subjuguer par le délice qui saturait ses papilles. Incapable de parler alors qu'il a la bouche pleine et déjà Aksana lui présente d'autre mets à goûter. Discrètement il engloutit ce plaisir divin en le faisant rouler sur sa langue pour apprécier toutes les nuances.
Des fruits sont disposés devant lui, il n'avait plus qu'à se servir. Mais Sheog ne s'en approche pas aussi vite que les sucreries, intrigué par l'apparence de certains. C'était teinté de couleurs souvent vives et dans la nature c'était signe de danger. C'était ce qu'il avait lu. Du bout d'une griffe il en pousse un de couleur orange, fait tourner celui qu'elle appelle pomme. Il s'était donc trompé. Ce n'était donc pas un fruit qu'il avait dévoré juste avant. Poussé par la gourmandise il en attrape une, toute verte. C'était ferme sous la dent et étrangement croquant. Du jus lui coule sur le menton alors qu'il est émerveillé par la douceur de cet aliment, qu'il vient arracher de ses crocs un nouveau morceau jusqu'à le dévorer entièrement, trognon compris dans une précipitation typique de celui qui a manqué de diversité tout au long de sa vie.

- Je comprends pourquoi Eve a croqué la pomme. Et je veux absolument en goûter avec du chocolat !

L'émotion l'étreint subitement, c'est presque si les larmes ne viennent pas faire briller ses billes d'opales. Depuis tout ce temps, il était passé à côté de cette découverte, jamais on ne lui a permis de découvrir ce plaisir indicible, cachant aux yeux de la Bête une découverte culinaire qui aurait pu lui faire plaisir. Il prend de plein le fouet le fait que depuis tant de décennie, on lui interdit tout, le moindre accès de volupté lui était caché. Même cela on le lui a refusé. Sa main se pose sur son ventre comme pour vérifier qu'il n'avait pas de douleur digne des pires maléfices, presque inquiet de découvrir un rejet naturel pour ces délices de mère nature, lui qui n'était qu'un démon. Mais non, aucune souffrance. Rien.

- Merci.

Ferveur du cœur qui glisse en dehors de sa bouche, tendresse infinie dans cette voix troublée par l'émotion. Il vient dans un élan non contrôlé saisir les mains de son étoile qu'il presse doucement et qu'il caresse affectueusement, un baisé sentant la pomme déposée sur le haut de son front. Âme incapable de savoir comment s'exprimer, on ne lui a jamais inculqué la tendresse, seulement la soumission. Cette queue qui se glisse contre les jambes de l'elfe tel un chat se frottant avec amour. Cette envie de l'envelopper toute entière, de la presser contre lui pour sentir son cœur battre et nicher son nez dans ses cheveux d'azur.

- Avec toi, j'ai l'impression de pouvoir tout découvrir. Je veux tout voir, sans limite.

Les mots se bousculent dans sa bouche et il fait attention à ne pas entremêler toute son excitation pour rester clair. Il avait tant de choses à dire et si peu de mot adéquate qui ne sonnait pas correctement à ses yeux pour exprimer la dévotion qu'il lui vouait.

- Tu es l'inattendu que j'attendais.

Cils sombrent qui balayent les hautes pommettes, un délicat sourire qui fleurit sur ses lèvres boudeuses. Il la couve du regard comme une lente caresse voluptueuse. Pour lui, ce moment était incroyable, gravé à jamais dans sa mémoire. Cela grandit dans son cœur et lui permet d'ouvrir en grand sa cage thoracique et de pouvoir mieux respirer. Il n'avait pas peur alors qu'il était en dehors de sa chambre et qu'il était en train de braver les interdits. Il ne craignait rien puisque Aksana était à ses côtés. Il veut dire quelque chose, mais il reste bouche close. C'était trop fort, trop spontané. Il est des choses que l'on ne peut prononcer ainsi.
Mais il pouvait le montrer.
Il libère une des mains griffues pour poser la sienne sur son cœur dans un geste presque théâtrale et lentement un genou plie jusqu'à tomber à terre avec douceur. Paupière close il baisse le menton en un salue sincère, cornes longues remontant vers l'avant alors que sa chevelure d'encre glisse sur son corps. On lui a toujours appris à être asservit, modelant son esprit à être opprimé pour le bien-être des autres. S'il désirait l'affection de Mama, il se devait d'être reconnaissant. Incapable d'agir autrement pour mettre en exergue sa reconnaissance, son affection. A ses yeux il mettait en scène la beauté des descriptifs de ses romans, tel le chevalier qui s'agenouille devant le roi pour être adoubé. C'était terriblement maladroit mais authentique.
Il se mettait à ses ordres, il serait son soldat, sa créature, son ami, son bouclier.

- Merci d'être à mes côtés. Tu es la lune qui éclaire mon chemin.

Roi déchu incapable d'apercevoir que sa façon d'agir était d'une vérité crue, belle mais épineuse, teinté d'un fond de maltraitance latent. Lyrique dans sa façon d'aborder les choses, prendre exemple sur ses romans pour pouvoir interagir avec la seule personne qui désir le faire. Pour lui, cette simple escapade et ces découvertes étaient la plus belle des déclarations que quelqu'un puisse lui faire. Il voulait juste rendre ce qu'on pouvait lui donner lui qui ne possédait rien.

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Lulu
Sam 3 Fév - 1:24

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Fruit interdit, englouti par l'âme longtemps privée, et dont même le cœur fut dévoré. La pousse au crime n'avait pas eu pas le réflexe de lui déconseiller de grignoter le trognon, car la sauvageonne n'était plus vraiment ; à force d'observer l’humanité, elle avait assimilé leurs mœurs. Il était plausible que, s'ils s'étaient croisés plus tôt, elle aurait négligé ce détail. Et alors, l’amusement n'aurait pas éclos sur ses lèvres azurées, mais seulement une tendresse émanant de l’enthousiasme contagieux de son ami.

— « C’est comme si c’était fait ! »

Ses griffes avides saisirent plusieurs pommes, indifférente au compte précis, elle désirait simplement que ses paumes en débordent. Puis, elle les aligna sur le marbre du plan de travail, les installant pour les découper plus tard.
Alors que la jeune cuisinière s'apprêtait à se retirer pour concocter une mer de chocolat, elle fut brusquement interrompue par le geste soucieux de Sheog, celui-ci tapotant délicatement son ventre. Ses prunelles azurées, empreintes d'inquiétude, se perdirent en un va-et-vient entre le visage de l'argenté et son abdomen, tourmentées par la crainte d'avoir empoisonné ce dernier. Ainsi, lorsque ses lèvres s'entrouvrirent, la malhar agitée orienta toute son attention vers celles-ci... Et ce qui en découla, la bouleversa.
Ses tourments s’éclatèrent sur le récif de son cœur, englouti par les flots passionnés et redoutables d'un amour naissant. Il était le Neptune qui résidait en cet organe débordant, capable de maîtriser l'intensité des vagues pouvant tantôt le caresser délicatement, tantôt le frapper violemment. Elle, savourait le délice de sentir ce palpitant s’emboire de toute cette tendresse, elle qui, pendant des années, avait enduré la sécheresse.
Nul instant ne fut accordé au corps pour envier le cœur, tant de fois dorloté par les caresses de ces eaux cajoleuses, puisqu’il avait tendrement capturé ses mains et réchauffé son front d'un baiser sucré. La tendresse elle-même avait ondulé le long de ses jambes fuselées, se manifestant à travers ce que l'humanité, pourtant, percevait comme une arme redoutable.
Alors, le dieu des flots tumultueux s'efforça de tempérer sa propre passion, qui risquait de semer le chaos dans sa bouche avide de douceurs. De ses lèvres, jaillit à nouveau l'ambroisie vénérée, celle que son cœur palpitant chérissait se repaître, inlassablement ; prêt à succomber au péché de gourmandise, à faire éclater ses entrailles, jamais il ne consentirait à jouer les raisonnables.
Les azurs étincelants de la malhar frémirent délicatement, sans qu'elle ne s'en aperçoive. Désormais, elle abandonnait son être à la liberté, affranchissant son corps des chaînes humaines qui, sans répit, avaient cherché à étouffer toute vitalité en elle. Ses mains délicates se refermèrent sur celles de l’Adonis, la tendresse palpitant jusque dans les creux de ses paumes unies au splendide.

— « Sheog… »

Prénom câliné par ses lèvres en un souffle délicat, elle s'apprêtait à son tour à déverser ce miel qui inondait son cœur.
Cependant, la surprise la saisit de nouveau de plein fouet ; le sublime délaissant les cieux pour s'agenouiller devant la créature souterraine. La main posée sur son cœur, doux organe bien plus babillard que ceux que l’humanité pensait.
Les flots se mirent à frémir, une légère perturbation qui se répercuta jusqu'au fond des prunelles de celle qu'il avait élevée au rang de reine. Ce n'était pas sur lui qu’elle souhaitait régner, mais à ses côtés. Jamais encore ne s’était-elle sentie autant humaine, et en dépit des dogmes qui avaient maudit son enfance et son adolescence, nul plaisir ne s'y insinua. Comme si elle se découvrait étrangère à elle-même, parasite au sein des siens.
Légèrement blessée, elle n'autorisa pas que son désarroi, ni sa férocité, ne ternissent l'instant; admonester Sheog serait, à ses yeux, d’une cruauté pure, ce dernier ne faisant que se manifester avec les maigres outils que l'humanité avait bien voulu lui octroyer durant son emprisonnement. Néanmoins, cette offense ne se dissipa pas dans les sinuosités de son cœur gorgé d'affection, elle persisterait, alimentant cette fureur que les geôliers avaient insufflée en elle. Ces misérables paieraient pour l'avoir fait chuter, ainsi le promettait la fauve, avant de regagner sa tanière pour céder sa place à la douce.
Déclaration à la fois belle et mordante, parvint à trouver le sentier menant aux eaux douces, dès lors que les lèvres du géant réussirent à faucher les épines de cette vérité en demi-teinte. Et alors, les bleuets retrouvèrent leur douceur première, la lune se donna entièrement à son adorateur ; fléchissant les genoux pour s'abaisser vers la terre. Ici-bas, se dévoila une créature en réalité souterraine, que nul n'avait jamais hissée si haut. On l’avait toujours préféré à terre, rampante et agonisante, écrasée sous le fardeau d'un idéal supposé, qu'elle n'aurait jamais atteint. Un idéal qu'elle ne désirait plus, car la tendresse l'avait conquise, en dépit de ses traits.

— « Ne me remercie pas… Je le fais de bon cœur. »

Aksana ne désirait pas sa reconnaissance ni sa docilité. Quand bien même pour le dernier aspect, elle ne lui en tiendrait pas rigueur s’il n’osait pas le lâcher. Un nid demeurait un nid, fût-il infesté de vipères perfides, et elle n'entendait nullement l'en déloger. Pas tant qu'il n'aurait pas appris à déployer ses ailes, à s'élever seul dans l'inconnu. Ainsi donc, elle s'était courbée elle aussi, entrant dans son univers au lieu de l’observer de loin.

— « Tu es tout aussi grand et précieux, Sheog » ils brillaient tous les deux dans ce cosmos qui était le leur. « Comme une autre lune si puissante, qu’elle n’a pas besoin de soleil, ou de quoi que ce soit d’autre, pour briller et resplendir. Ce sont toutes tes émotions, ta sensibilité, ta créativité et même tes singularités qui te constellent, qui font ta force, ton éclat » une nuée d’étoiles qu’elle avait découverte récemment, et qu’elle adorait contempler.

Silhouette azurée agenouillée devant le géant argenté n'aspirait nullement à le dominer, mais à l'admirer avec une tendresse criarde. Elle-même, qui inondait son regard et arrosait ses traits. Son cœur persistait à siéger sur ses lèvres, adoptant le langage du doux pour qu'il puisse la comprendre, espérant peut-être réussir à inonder le sien de ces eaux ravageuses.

— « Et je suis juste un peu plus bas… » minois se redressa délicatement, une lueur espiègle dansant sur ses lèvres en constatant le sens littéral. « en train de t'admirer, » ses doigts effleurèrent délicatement le menton de Sheog, comme pour inciter ses opales à descendre vers les siennes médusées. « te vénérer, » orpheline se revêtit d’audace, et approcha ses lèvres de la joue du délicat pour l’embrasser, non sans un brin de maladresse ; ses lèvres ne s’étaient pas encore habituées à embrasser. Elles laissèrent là une empreinte chaleureuse et tendre, avant de s’envoler pour que ses prunelles puissent le contempler de nouveau. « et à faire de mon mieux pour t’aider à te défendre de ceux qui veulent te faire chuter » car dans celles-ci, pétillait la ferveur de la dévouée.

Ses mains, telles des vagues éthérées, replongèrent en les paumes de l'astre adoré, puis s'y figèrent fugacement, le temps qu’un frisson embrasse sa peau. Puis, elle le saisit délicatement, comme à chaque fois. Le saisir sans vraiment le saisir, l’effleurer presque, le guider sans le forcer.

— « Qui dit vénérer… Dit faire des offrandes » quelques-unes sucrées flottaient dans sa tête, et il lui tardait de les souffler aux papilles de Sheog. « Je m’en vais là-haut t’en faire, ça te dit de m’accompagner ? » prunelles amicales se plissèrent d’une tendresse muette.

Alors, Aksana s'éleva de nouveau, le cœur vibrant d'une douce légèreté, ses doigts frétillant d'impatience. Ombre bleutée s'anima dans l'obscurité de la cuisine, fauchant avec ses griffes ingrédients et ustensiles. Une fois le nécessaire rassemblé, elle les disposa méticuleusement sur l'autel. Il ne restait plus qu'à entamer la préparation. Ainsi, elle s'employa à faire fondre plusieurs tablettes de chocolat dans une casserole, ses gestes empreints de souvenirs poussiéreux.
Désireuse de ne point infliger une longue attente à ce ventre qu'elle se préparait à réjouir, la jeune malhar s'employa, d'une main agile, à découper les pommes. Son adresse lui permit de les enchaîner rapidement, et elle s'autorisa même à adresser à son compagnon une oeillade tendre, ce, sans craindre de perdre quelques-unes de ses griffes.

— « Qu’est-ce que tu dis dis de découvrir ton fruit préféré ? » cuisinière relâcha le couteau, et s’empressa d’attraper divers fruits. « Attends une minute, je vais t’en préparer plusieurs… »

Orange, poire, raisin et nectarine, après avoir été lavés sous un filet d’eau, échouèrent gracieusement sur le marbre du plan de travail. D'un geste habile, elle les fendit délicatement, n'hésitant pas à dépouiller certaines de leur parure ou de leur cœur. Cette fois-ci, il ne se nourrirait pas de déchets.

— « Même si tu ne risques pas grand-chose en les mangeant… » ses doigts designèrent les pelures, les noyaux ou encore les trognons. « Vaut mieux les retirer, les fruits sont meilleurs sans » voix jumelle qui se mêla à la sienne, peine furtive lui enserra la gorge jusqu’à ce qu’elle la ravale. « Oh, et le chocolat est prêt ! » félicité évinça définitivement sa peine, et elle dégagea la casserole du feu. « Fais attention de ne pas te brûler… Mh… Je peux peut-être te trouver une pique pour t’éviter ça » et elle ouvrit un tiroir, y farfouilla quelques instants avant d’en sortir une. « Tu vas réussir à la manipuler ? » l’incertitude la guettait, mais elle n’était pas sans solution s’il venait à avoir des difficultés. « Sinon je peux toujours le faire pour toi, ça ne me dérange pas » petit sourire qui ourla ses lèvres, et tête qui s’inclina pour confirmer ses propos.

Une autre manière de lui témoigner de son affection, cœur qui se confiait même dans les détails les plus infimes.
Ezvana
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Ezvana
Mer 7 Fév - 16:58

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Il sut immédiatement que cela n'allait pas. Avait-il fait quelque chose de mal ? C'était presque imperceptible, cette crispation légère dans le creux de sa paume, comme si la bleuté c'était refermé d'un coup elle qui avait arboré cette expression si douce que le cœur de Sheog était en fête.
Ses oreilles s'abaissèrent et l'angoisse lui étreint le cœur. Aurait-il dû mettre les deux genoux à terre ? Ou peut-être que l'intonation n‘était pas la bonne.
Créature craintive qui ne craint pas la punition mais d'avoir blessé celle qui si importante à ses yeux. Silencieusement il s'insulte d'être si maladroit, de n'être qu'une bête stupide incapable de com-prendre le fonctionnement des autres. Peut-être que ses livres n'étaient pas de bon représentant
De l'attitude à avoir face à l'être adoré. Ou alors cela correspond aux humains pas au Malhars.
Se convaincre soi-même alors que son visage se redresse en douceur quand Aksana s'abaisse à son niveau.
Ses paroles sont de soie tissée, de ces filaments qui recousent en douceur les bords abîmés de son cœur bien trop grand. Jamais on ne lui a dit des choses aussi belles. A chaque interaction avec son amie aux oreilles pointues il entendait des compliments à foison qui le touchent en pleine poitrine, mélodie inondée d'enchantement qui le berce et remplissent sa nuit vide d'étoiles luminescentes. Pour une fois il ne se voyait pas comme une chimère déformée, les contours d'une personne qu'il ne connaissait pas prenant forme.

Le visage de la vénéré s'approche du sien et Sheog ne fuit pas ce rapprochement, cils sombres qui papillonnent un instant pour ne pas avoir la vision troublée, soudainement pleinement conscient des sens qui se réveillent avec vivacité. Lèvres délicates qui se soustrait à sa vision pour déposer un chaste baisé sur sa joue. La peau grise s'échauffe et le sang afflue subitement au niveau de ses pommettes et qu'un sentiment de plaisir l'inonde de vague chaleureuse. Un sourire niais vient étirer ses lippes et sa queue se relève dans son dos et danse dans le vide, signe de sa joie. Un frisson hérisse les poils de ses bras quand de nouveau il sent ses mains contre les siennes et un arc électrique embrase sa conviction.

- Je te suivrais où tu iras.

Véritable déclaration pour celui cloîtrais dans sa chambre depuis trop de temps, confiance aveugle en celle qui le guide dans ces péripéties d'interdits.
Alors que la bleuté s'active, Sheog observe à distance, trop curieux pour ne pas essayer de comprendre ce qui s'est passé. Cette flamme presque magique qui vient lécher le bas d'un ustensile l'intéresse tout particulièrement. Avide d'en savoir plus il s'approche, les narines pleines d'une odeur sucrée et presque duveteuse. Le chocolat pouvait donc fondre et prendre un aspect lisse et brillant. Expression presque comique qui se lisent sur son visage, cette façon dont ses oreilles tressautaient sous ses remarques silencieuses, ses pupilles qui se dilatent quand il trouve des réponses à ses questions. Il avait envie de plonger ses doigts dans la mixture, mais il se retient, la salive emplissant sa bouche devant les délices que préparent l'elfe. Les fruits sont déshabillés, dévoilant leurs chairs aux yeux avides. Hocher la tête en écoutant les explications de son amie. Lui il aurait tout engouffré dans sa bouche sans se poser de question et son ignorance lui fait pincer les lèvres.

Sheog est incapable de se retenir et approche sa grande main vers l'un des fruits, le plus petit. Il roule entre ses griffes, refuse de se laisser attraper. Avec une précision presque chirurgicale, la Bête plante le raisin et l'empale sur sa griffe pour venir le porter à sa bouche. Ce n'était pas mauvais, mais le fruit ayant explosé sous l'impact il n'avait plus aucune fermeté. Il en fallait d'énorme quantité pour satisfaire l'appétit de l'ogre argenté.
S'attaquer à l'orange d'un mouvement de poignet, racler ses griffes sur la surface pour le faire glisser jusqu'à sa paume. Presque sans attendre il attrape ensuite la poire qui croque sous ses dents. La nec-tarine lui fait dilater les pupilles d'allégresse. C'était fondant et juteux, un mélange aussi doux qu'une sucrerie divine.
Entre ça et la pomme, il ne savait pas ce qui pouvait lui plaire le plus.
Dents qui viennent s'imprimer sur la lèvre inférieure alors qu'il vient planter un morceau de pomme du bout d'une griffe et qu'il le fait glisser dans la casserole fumante.
Il n'a jamais vu quoi que se soit cuire de sa vie, des aliments chauds lui était totalement étranger. Il savait que le feu pouvait brûler, il en a déjà fait l'expérience enfant quand il avait encore le droit d'assouvir sa curiosité. Il s'était approché d'une bougie et c'était brûlé un doigt en l'approchant. Sheog se souvient encore de la cloque et de la douleur. Mais il voulait absolument savoir ce qu'était un produit chaud sur la langue.
Aussi, quand Aksana lui fait la remarque de ne pas se brûler, il est méfiant. Il n'y a qu'un seul doigt qui descend dans la casserole pour essayer d'attraper le morceau de fruit qui était tombé dedans. Il ente plusieurs fois de le faire glisser, mais englué dans la mixture brune, le fruit ne se décollait pas. Les sourcils se froncent et une grimace déforme son visage d'un air comique et il se rabat sur la pique qui était difficile à manier avec la longueur de ses griffes.
Oreilles qui attrapent au vol la proposition.
La surprise se lit nettement sur ce visage incapable de cacher ses émotions sincères quand il était si plongé dans la satisfaction de découvrir des nouveautés.

- Comment refuser une telle proposition ?

Un sourire qui étire lentement les lèvres d'un air gourmand. Il n'allait certainement pas refuser de l'attention d'Aksana.
Billes argentées qui suivent le tracé délicat de cette main bleuté, cette façon dontelle a d'adroitement attraper le fruit au bout de la pique. Il était admiratif de son habileté malgré la présence de ces griffes, l'envie de sectionner les siennes d'un coup de croc le chatouillant.

- Est-ce que je peux te poser des questions sur toi ? A vrai dire, je ne sais presque rien de toi.

Hésitation qui se traduit par un regard fuyant, cette façon de triturer ses mains et de faire glisser ses griffes les unes contres les autres. Il n'avait pas le droit de poser des questions à Mama et les domestiques le rejette de toute façon. Il ne savait donc rien des personnes qui pouvaient l'entourer.

- C'est quoi ton fruit préféré ? Ou ton repas favori ?

Commencer en douceur pour ne pas brusquer le fauve bleuté qui pourrait montrer les crocs. Il avait très bien compris que Aksana était sensible sur ce genre de sujet, réticente à se dévoiler elle pourtant si belle de l'intérieur. Elle était un peu l'animal sauvage que l'on tente de maîtriser et qui se rebiffe capable pourtant d'une grande douceur. Cet aspect là ne le dérange pas, au contraire, c'était nouveau et rafraîchissant. Symbole d'une liberté que lui apprend encore en balbutiant. Il devait prendre exemple et appliquer.

- Tu écoutes de la musique ?

Visage qui s'abaisse soudain vers le visage de la bleuté, les oreilles remontant le long de son crâne alors que sa chevelure de nuit danse sur son corps.

- J'ai déjà entendu Mama en écouter là-haut. Quand ça arrive, je colle mon oreille contre la porte pour mieux entendre. Je ne sais pas comment cela fonctionne, c'est de la magie ?

Innocence de lui qui ose parler et poser des questions sans attendre le moindre jugement.

- Et dehors… il y en a d'autres comme… nous ?

C'est presque s'il ne la transperce pas de son regard alors qu'il attend une réponse qui pourrait bouleverser sa vision de l'univers. Touchante déclaration de se mettre dans le même groupe qu'elle, lui qui se trouve bien plus monstrueux alors qu'elle était si belle. C'était encore maladroit, mais il faisait des efforts.
Un pas après l'autre, il avançait.


Lulu
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Jeu 8 Fév - 22:58

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
Azurées, tendrement amusées, observaient discrètement celui qui, tel un prédateur avide, transperçaient de ses griffes les fruits juteux reposant innocemment sur la table. Sous ses doigts voraces, certaines de ces friandises naturelles se voyaient déchirées en lambeaux sucrés, avant même d'avoir touché les lèvres du glouton argenté. Prunelles attentives délaissaient ses propres mains pourtant occupées, ne pouvant se détacher de son ami. Elle était prête à délaisser ses occupations pour alléger les siennes. Mais l'ingénu était opiniâtre, et nul fruit ne put échapper à ses crocs voraces.
Mirettes avides s'égarèrent ensuite sur le chocolat fondu, se satisfaisant probablement de sa lueur appétissante, mais qui était toute aussi redoutable. Et bien sûr, prudente se hâta d'en avertir le tendre, celui-là ayant déjà assez souffert pour la soirée. Ainsi, elle observa la patte du géant s'enfoncer avec précaution dans le liquide fumant, mais sa récolte ne fut pas fructueuse. Aksana reporta alors son regard complice vers la mine de l'argenté, curieuse de découvrir quelle émotion animerait le visage bavard du vaincu, et un rire frôla ses lèvres.
Instinctivement, la jeune malhar lui proposa son soutien et s’empressa de s'armer d'un pic de bois pour capturer le trésor convoité. Et sans étonnement, le gourmand se dépêcha tout autant d'accepter cette opportunité.

— « Le contraire m’aurait étonné… » complicité enroba joliment sa voix, comme le chocolat avait délicieusement enlacé le fruit.

Les doigts agiles de la chasseresse manièrent avec adresse son arme,  transperçant le fruit jusqu'au cœur, suspendant enfin sa fuite éperdue. Et tandis que la victorieuse ramenait sa prise à la lumière, l’interrogation du doux l'arrêta net dans son geste.
Orpheline s'était résignée à condamner à l'ignorance les âmes gravitant autour d'elle, tant leur indifférence l'avait profondément blessée. Aksana ne réalisait pas les dégâts du mutisme qu'elle infligeait autant à elle-même qu'à autrui, ni même l'étendu des blessures causées par une enfance déchirée par la froideur et le dédain.

— « À quoi ça te servirait de le savoir ? »

Véhémence tranchante, émanant de la féline, qui, de nouveau, n'a su ménager le doux de ses crocs. Hélas, la jeune malhar, plus malhabile avec sa langue qu'avec ses griffes, laissait échapper son manque flagrant de tact. Mais ce défaut ne dérobait pas à sa question son authentique curiosité ; celle d'une gamine s'interrogeant sincèrement sur les raisons profondes pour lesquelles quelqu'un daignerait s'intéresser à ses plaisirs... Si ce n'était que pour les lui ravir ou pour s’en moquer.
Et alors, perles ardentes de méfiance, se précipitèrent sur cette silhouette aux éclats singuliers, dépourvue d'humanité. Soudainement, la froideur s'évanouit, annihilant dans sa chute toute animosité. Bleutée avait alors oublié l'identité de celui qu'elle venait tout juste d'assaillir, et le poids de la culpabilité s'abattit si lourdement sur elle qu'elle réussit à faire baisser ses prunelles, noyées dans l'océan de la honte.

— « Excuse-moi… » excuses menues livrées aux pieds de l’estimé. « Je ne suis pas habituée à ce qu’on m’en pose » explications toutes aussi frêles, livrées par des lèvres maladroites. « Ne te blâme pas, c’est moi qui ai mal réagi… » besoin brûlant de le souligner, consciente des bonnes intentions de l’argenté.

À elle désormais de les embrasser sans peur, bien que la tâche se révélait être ardue pour un cœur toujours meurtri par son passé. Mais aucune peine ne saurait justifier son acrimonie, et Aksana en était douloureusement consciente.
Ses yeux azur, empreints de honte, se posèrent sur ses doigts graciles, qui n'avaient pas lâché la gourmandise. Alors, dans un geste empreint de silence, elle offrit une nouvelle excuse aux pieds de Sheog, déposant silencieusement le fruit chocolaté devant lui.

— « J’aime bien les myrtilles… Ce sont des petites baies à la fois bleues et noires » remembrances caressèrent son esprit, celle d’après-midi ensoleillées passées à en débusquer. « Et le pain perdu » restes dérobés par des petites mains bleutées, puis changées en délice. « C’est des tranches de pain trempées dans du lait et des œufs, puis cuites. Personnellement, je les aime couvertes de chocolat fondu » il n’y en avait jamais trop pour ses papilles. « Je peux t’en faire, ça te dit ? » sourire timide ourlant les lèvres de celle qui avait poli ses crocs, se doutant déjà de la réponse du curieux.

Avant de s'adonner à la confection d'une nouvelle gourmandise, elle s'appliquerait à enrober chaque fragment de pomme, et peut-être même de poire, persuadée que cela flatterait le palais du gourmand.
D’ailleurs, le doux était tout aussi avide à l’idée de sonder ce cœur qui lui demeurait mystérieux.  Il osa l'interroger sur ses préférences musicales, tout en partageant les maigres liens qu'il entretenait avec cet art. Sa remarque innocente, comme une caresse légère, parvint à lui arracher un sourire, tendre et amusé. Aksana inclina la tête de gauche à droite, avant de livrer sa réponse.

— « Je ne saurais pas t’expliquer comment ça fonctionne… Les humains ont su développer leur propre magie, d’une certaine façon. C’est ce qu’ils appellent la technologie » elle ne lui était pas inconnue, mais l’orpheline n’était pas non plus très rodée en la matière, ou du moins, elle ne possédait pas les connaissances nécessaires pour lui détailler le fonctionnement. « J’ai pu écouter un peu de musique, oui… Mais surtout des vieilles musiques, et beaucoup de leurs chants religieux. »

Poils frémissants de répugnance, se souvenant des heures entières de pénitence subies entre les murs austères de l'orphelinat... Pour purifier son âme infâme, tels étaient leurs termes. Si infâme signifiait résister à la tyrannie des humains, alors la créature bleutée était véritablement le démon qu'ils redoutaient depuis toujours. Et elle savait qu'elle n'était pas l'unique diablotin à faire frissonner les corps mortels.
Lorsque Sheog l'aborda à ce propos, son regard la transperçant tel un glaive, Aksana comprit que sa réponse pourrait causer une profonde secousse en celui qui, depuis toujours, se sentait isolé par sa supposée monstruosité. C'était peut-être l'instant propice pour ébranler les démons intérieurs qui le rongeaient. Devant cette opportunité, l'hésitation s'effaça comme une brume au souffle du vent. Perturbatrice aux intentions pourtant empreintes de douceur, elle tourna toute sa silhouette féline vers lui, relevant son menton pour que leurs regards se fondent.

— « Oui, il y en a d’autres. Nous ne sommes pas seuls » hors de ces murs, nous ne sommes pas anormaux. « J’ai lu dans différents livres humains que le monde était peuplé d’espèces différentes… Et que d’autres n’avaient même pas encore été découvertes, qu’elles n’étaient que des mythes mais qu’elles finiraient pas se révéler un jour ou l’autre » de gré ou de force, les malhars étaient un excellent exemple. « Toi et moi nous ne sommes pas nés sur le bon côté du globe, j’imagine… » voudrait croire qu’ailleurs ils ne seraient pas en danger permanent.

Dans cet ailleurs, où l'âme jumelle s'était évanouie, laissant la sienne en suspens. L’abandonnée ne voulait pas creuser de trop ce sujet, de crainte de tomber dans une fosse aux serpents. Pendant longtemps, rien n’avait été plus douloureux pour elle que d’ignorer le sort de son frère. Un sort potentiellement si contraignant qu'il l’avait empêché de réaliser son ultime promesse, lui qui n’en a jamais bafoué une seule.
Peut-être devait-il s’épanouir dans un ailleurs plus clément, où les tourments du passé s'étaient effacés de sa mémoire, et où elle-même avait été emportée avec eux dans l'oubli.
Dans les profondeurs de ses prunelles, l'ardeur s'était éteinte, tandis que le doute se glissait parmi les brumes. Consciente qu’elle n’était pas seule, elle se ressaisit rapidement, redécouvrant les opales apaisantes. Puis en douceur, elle saisit délicatement l'une de ces grandes mains griffues.

— « Tu as dit que tu m’accompagnerai jusqu’au bout du monde… » azurées se plissèrent, soulignées par un tendre sourire. « Je n’ai jamais voulu quitter cet endroit, pendant très longtemps… Je pensais que les habitants n’étaient pas si horribles… et puis j’ai vu comment ils te traitent » mâchoire se crispa, et mirettes s’emplirent de rage, s’échouant sur le sol de la cuisine. « J’aimerai partir d’ici avec toi, trouver un endroit où tu seras en sécurité. C’est peut-être au bout du monde, mais je veux le trouver. »

Trouver cet éden, ou le bâtir de toutes pièces si d'aventure ce havre de quiétude se révélait chimère.
Bien qu’elle n'avait jamais exploré le monde, elle le savait trop vaste pour être enfermé dans les pages d'un livre. Aucun ouvrage ne pourrait prétendre, avec justesse, dépeindre l'ampleur de sa beauté et la majesté de ses horizons, Aksana en était intimement persuadée.

— « Mais nous partirons que lorsque tu le voudras… Même si ça signifie rester encore des années ici » et perdre sa sanité, car elle la sentait déjà décrépir. « Même si ça signifie mourir ici » que sa dépouille soit le festin de ces essaims de rongeurs qu'elle s'acharnait à chasser de leur antre. « Je ne partirai pas d’ici sans toi, je n’en vois pas l’intérêt. Je t’ai promis de ne pas t’abandonner, et je m’y tiendrai » prunelles s'entrelacèrent tendrement aux opalines, ferveur d’une orpheline qui ne ferait pas les mêmes erreurs que les siens.

Si l'un d'eux prenait son envol, ce ne serait pas sans l’autre. L'idée même de s'éteindre dans ce manoir des horreurs lui semblait moins insoutenable que de trahir le serment qu'elle avait scellé avec l'adoré. Car dans sa fidélité, palpitait non seulement la fierté, mais aussi une tendresse infinie. Jamais elle ne consentirait à lâcher la main de celui qui était devenue son ancre, sa lumière dans l’obscurité. Même si leurs adversaires la lui arracherait, dévouée trouverait un moyen de ne jamais rompre leur union.
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