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Les enfants de la lune. [PV Lulu] +18

Ezvana
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Ezvana
Lun 11 Déc - 15:01

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Quand la menace tombe, Sheog relève son visage et à grande peine réfrène une envie de grogner. Comme si elle avait appuyé sur un interrupteur, il ne supportait pas que l'on puisse envisager de blesser Aksana d'une quelconque manière. Pourtant, mater depuis des années, il se contente de se taire et d'observer le regard acide de Mama avant qu'elle ne reparte dans les ombres du Manoir. Une fois seul avec son amie, il pousse un soupir, relâche la pression sur ses épaules et s'affaisse un peu. Il tousse, essuie la salive encore légère rougit d'un revers de main.
Les oreilles se redressent en entendant Aksana parler. Yeux d'argent qui se plissent d'affection et même un sourire étire ses lèvres grises.

- Merci. Merci pour tout Aksana.

Il voit cette main tendue et il en comprend la signification malgré l'évidence qu'elle ne pourrait pas le soutenir de tout son poids. Il fait l'aller et retour entre ses yeux bleuté et cette main, le cœur tambourinant soudainement dans ses longues oreilles. Cela lui donne des vertiges alors que le manque d'hémoglobine se fait ressentir. Cela lui touche en plein cœur tel une flèche parfaitement ciblée.
Avec douceur il glisse sa main dans la sienne, fait attention à ce que ces griffes arrachées ne rayent pas la paume délicate de son amie. Un grognement alors qu'il se redresse, bat des cils pour chasser les étoiles dansant devant ses yeux. D'un mouvement il attrape le reste des bandages, ces baumes scintillants qu'avait laissé le médecin. Relever la queue pour qu'elle ne frotte pas sur le sol, faire un ou deux pas seul pour savoir s'il avait la force nécessaire dans les jambes pour le soutenir. Mais jamais il ne lâche cette main, telle un phare dans cette nuit sans lune ou l'horizon ne semblait n'être qu'orage.

- Non, je ne veux pas être dans le silence total. Et si toi tu désires être tranquille, juste entendre ta respiration me réconfortera. Je veux bien la suite du livre.

Un sourire timide vite effacé par une grimace de douleur. Il avait l'impression qu'on lui avait roulé dessus, que ses os avaient été tous brisés et que ses muscles étaient moulus. Même respirer lui était pénible par moment. Alors il avance lentement, s'agrippant sur le moindre bord ou mur pour se soutenir, n'osant pas s'appuyer sur l'elfe bleue de peur de l'écraser. S'il devait la blesser il s'en voudrait éternellement et s'il devait chuter il n'aurait pas la force de se relever.
Avec peine il arrive à sortir de la cuisine des domestiques, se retrouvant dans le couloir. Un faux mouvant et il glisse, se rattrape au mur au moment où un domestique passe. Celui-ci pour un cri et l'insulte à demi-mot sur les dégâts qu'ils devront nettoyer derrière lui.

Confus, la Bête s'excuse en bafouillant mais la personne était déjà partie sans lui adresser le moindre regard. Sheog pince les lèvres et fait taire ses plaintes pour ne déranger personne à cette heure tardive. Il avait été suffisamment un poids aujourd'hui, il ne voulait plus embêter qui que se soit. Ils avancent à une vitesse beaucoup trop lente pour une personne comme cette Gargouille qui avait l'habitude d'avoir une maîtrise absolue sur ces moindres mouvements. Il lui était pénibles de se rendre qu'il n'était qu'un poids, qu'il n'était capable de rien seul en cet instant. Psychologiquement, il était détruit. Les paroles tournent en boucles, celles de cette femme. Non de ce monstre.
Rouge. Rouge. Rouge.
Il avait envie de plaquer ses mains contre ses oreilles pour faire taire ce supplice invisible. Il n'y avait que la présence d'Aksana qui arrivait à le maintenir à peu près stable.
Arrivé devant la chambre il relâche sa main avec appréhension mais affiche un semblant de sourire.

- Je te laisse ramener tes affaires. Je t'attends dans la chambre.

Sans attendre de réponse il se dirige vers sa propre chambre et se permet de grimacer en chemin vu qu'il était seul. Le moment le plus difficile fut de passer la porte et de se diriger vers le lit sans appuie. Avec lourdeur, le lit grinçant, il réussit à s'asseoir. Epuisé, sa première envie fut de s'allonger sur le lit puis en se souvenant que c'était là que les blessures étaient les plus profondes, il se retient. Par dépit, ne sachant comment réagir, il ouvre un des pots du médecin et s'applique la concoction de ses doigts tremblants sur les blessures sur le haut de ses bras, entoure de bandage ses larges muscles pour retenir le baume sur les plaies.
Il observe les allées et venues d'Aksana, la pointe de ses oreilles basses quand il la voit en difficulté avec le matelas. Mais il se garde bien d'agir, pour éviter de froisser l'égo de la femme bleue ou de s'infliger d'autres souffrances. Il devait rester à sa place, cela il le comprenait.

Alors qu'elle termine de s'installer, l'Animal s'agite, essai tant bien que mal de retirer les brassards de cuir qui ceignaient toujours sa peau. Maladroitement il arrive à détacher des lanières grâce à ses ongles raccourcis, mais il abîme l'objet par sa gaucherie.
Penaud, il pince les lèvres et relève son visage vers Aksana.

- Je suis désolé, mais tu peux m'aider à retirer ma tenue ? Elles me gênent, je pense que du sang à sécher en dessous.

Une fois débarrassé de ses bandeaux de cuirs et qu'il put se nettoyer la peau d'une serviette humide il eut un peu plus l'impression d'être en sécurité. Sa chambre, son odeur. La voix douce d'Aksana le berçait alors qu'elle lisait le début de la nouvelle histoire, celle de l'homme amoureux qui recherche son âme sœur perdue. Il se laisse porter par l'histoire et le temps passe, dans une quiétude bienvenue.
Mais plus le grain du sable s'écoulait, plus la fièvre montait. Imperceptiblement, Sheog avait l'impression d'avoir chaud, de ce confort ouaté et sécurisant d'une couverture enveloppante. Si ce n'était qu'il était toujours assis sur le rebord de son lit. Puis la sueur perle à son front, la bouche s'entrouvre pour mieux respirer. Sa conscience divague, perd pied avec la réalité.

Alors que son amie était à ses côtés, son esprit était emprisonné dans une tourmente infernale, cette impression que jamais cette nuit ne finira et que le monstre reviendra le punir pour sa mauvaise conduite. Les poils s'hérissent, Sheog se met à trembler alors que ses yeux se perdent sur le sol, plongé dans le tourbillon de douleur. Du coin de l'œil il aperçoit un mouvement et par réflexe il se replie sur lui-même, enroule sa queue que le bas de ses jambes, ses bras qui se croisent et se plaquent sur son ventre encore durcis par l'inquiétude. Tel un enfant à qui on a raconté que le père fouettard allait le punir de sa mauvaise conduite, Sheog ne voyait que Mme Blondel comme inscrite au fer rouge dans son esprit. Il était terrifié à l'idée qu'elle puisse passer le pas de la porte.

- Ne me laissez pas seul… je vous en prie…

Un chuchotement à peine intelligible. La peur fouaille son estomac, un frisson glacé lui lèche les reins alors qu'il était bouillant. Il entend un bruit qui n'existait pas, son visage se relève et la terreur déforme les traits de son visage. Elle était là. Toute de rouge vêtu, des tâches sombres salissant sa robe. Mais ce n'était pas lui qu'elle regardait mais plus loin dans la chambre.
Aksana.

Une colère primordiale embrasse tout, un torrent de flamme qui détruit toute barrière de retenu. Il se relève d'un bond, les doigts écartés comme s'il allait devoir égorger de ses griffes arrachées cette gorge blanche. Il gronde, un son mi animal mi humain alors que ses yeux lancent des éclairs. Jamais elle ne pourrait toucher son ami. Jamais elle ne subirait ce qui l'avait presque achevé. Personne ne pourra blesser celle qui était sa lune dans ce ciel trop sombre. Un pas en avant, la queue relevée, menaçante. Il s'apprête à saisir cette gorge d'une poigne de fer et un voile se retire de son regard sauvage, d'un seul coup la réalité reprend vie et il voit Aksana face à lui, visiblement effrayé par son attitude. Pourtant elle était là, devant lui, n'avait pas fui la menace.
Sidéré, la Bête devient docile, les traits de son visage s'adoucirent et la surprise se lit sur ce visage aux traits tirés.

- Je suis désolé… Elle était là. Elle était là pour toi, je…

Il bafouille, un sanglot coincé dans la gorge. Son cœur balance sur la peur d'avoir pu la blesser de sa propre main et d'être rassuré de ne pas avoir le monstre dans sa chambre. Les sourcils se froncent et tremblent, un pli amer déforme les lèvres sombres. Dans un élan il attrape le bras de l'elfe et la plaque contre lui alors qu'il l'entoure de ses bras. Il avait besoin de sentir son cœur battre, de sentir l'odeur de sa peau et la chaleur de son corps contre lui. De croire que c'était cela la réalité.
Cette main grise qui appuie sur la chevelure d'Aksana, l'autre qui tient sa taille et l'entoure d'une barrière de chair. Il pose son nez sur le sommet du crâne, hume son odeur puis il colle son front en fermant les yeux.

- J'ai cru qu'elle allait te faire du mal. Et je ne l'accepte pas.

Il tremble toujours, de frissons désagréables qui hérissent le duveteux de son poil. Il tenait debout avec cette force primaire qui avait prit le dessus. La psychose était passé, mais peut être qu'il en aurait d'autre, la fièvre n'aidant pas. Mais sa présence le rassure.
Reculer lentement son visage, observer de sa vision trouble le visage de l'elfe. Il craignait de rechuter.
Mais son ancre, c'était elle.
Son point de repère, c'était elle.

Lulu
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Dim 17 Déc - 19:22

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
AKSANA'S POV. La mort avait été évincée, mais la souffrance, telle une ombre tenace, persistait. Elle s'enroulait autour des gestes chancelants du colosse épuisé, pesant lourdement sur son corps crispé et maculé de sang. Et elle, démunie, ne pouvait opposer aux cruautés des domestiques que des regards hargneux et ses propres mains, encore tremblantes, pour le libérer des ultimes chaînes.
Un sentiment d'impuissance accablant pesait sur sa poitrine, mais il n'était pas assez oppressant pour la faire sombrer dans les abysses du désespoir. Aksana demeurait vigilante, prête à défendre et à protéger son ami affaibli, déployant une ferveur similaire à celle d'un fauve veillant sur sa progéniture. Montrer les crocs et exhiber les griffes n'étaient plus source de honte ni de crainte pour elle, tant que cela signifiait le préserver des atrocités. L'agressivité s'était métamorphosée en un refuge, une forteresse érigée non par choix, mais sous la pression implacable que l’humanité avait exercée sur l’orpheline.
Et cette effervescence nouvelle se dissipait aussitôt que ses doigts éthérés frôlaient la peau d'albâtre de l'argenté. À l'instant où ses prunelles se posaient sur sa silhouette vénustée, où ses narines s'emplissaient de sa fragrance tant adorée, et où ses tympans étaient délicieusement caressés par sa voix aux notes veloutées.
Ainsi, d'une voix aussi suave qu'une brise rafraîchissante en plein été, la jeune malhar souffla aux oreilles de l'Adonis le prologue de cette petite histoire empreinte de tendresse et d'espoir.
Chaque mot glissait des lèvres de la bleutée avec une douceur presque murmurée. Sa lecture était un cours fluide, une narration qui s'écoulait de sa bouche avec la même aisance qu'une rivière serpentant dans le lit qu'elle avait tracé depuis des éons. Incontestablement, cette histoire avait maintes fois emprunté le chemin de ses lèvres, car l'âme jumelle, désormais disparue, avait toujours chéri ce conte. Peut-être parce qu'elle s'y était identifiée, à ce héros infatigable en quête d'une âme dont il avait été arraché alors qu'il n'était qu'un nourrisson.
La sœur, bien que légèrement moins curieuse, demeurait toutefois soucieuse au sujet de cette âme. Aksana, elle, avait simplement choisi de focaliser son attention sur l'instant présent et l'avenir, sur sa propre survie. Peut-être était-ce ce que cette étrangère qui lui avait donné la vie aurait souhaité, sinon, pourquoi aurait-elle déposé ses progénitures sur les marches froides d'un orphelinat là où elle aurait pu les abandonner au milieu de nulle part ?

Absorbée par sa lecture qui agissait comme une source d'apaisement, la jeune malhar détecta le malaise qui rongeait son ami au moment où des tremblements le saisirent. Inquiète, ses prunelles se précipitèrent vers la silhouette frémissante qui se replia sur elle-même peu après qu'elle eut quitté la couche.

— « Sheog… »

L'inquiétude marqua les traits de la démunie, et ses mains abandonnèrent le livre sur le lit. Libres, elles s'approchèrent du corps terrifié, qui murmurait des paroles indistinctes malgré leur proximité. Aksana se prépara à le saisir avec délicatesse, à le ramener à elle, dans ce moment où ils n'étaient que deux, où le monstre n'était plus là. Et même s'il avait été présent, elle l'aurait chassé à coup de griffes et de crocs, à coup de cris et d'insultes, comme on repousse un hideux nuisible.
Hélas, le parasite était hors de portée en cet instant, niché dans un recoin de l’esprit hanté du pauvre argenté.

— « Sheog ! » s'écria celle qui fut soudainement assaillie par cette masse maculée de pourpre.

L'esprit souffrant ne parvenait plus à discerner le réel du cauchemar, et les griffes de son compagnon d'infortune s'arrêtèrent à quelques centimètres à peine de sa gorge.
Les battements précipités de son cœur résonnaient violemment dans ses tempes, l'organe vulnérable secoué par une terreur soudaine. S’il ne s’était pas ressaisi rapidement, elle aurait pu y passer. Une fin qui, peut-être, aurait satisfait quelques âmes hostiles, mais la raison avait prévalu... de justesse. La surprise et l'effroi se peignaient sur les visages des deux créatures, pourtant, Aksana s'empressa de les chasser dès qu'un sanglot menaça d'ébranler la voix de son ami.
Elle désirait l'enlacer, le serrer contre elle de toute ses forces, et lui murmurer que tout allait bien, que tout irait bien.
Ses mains se portèrent vers lui, avec un élan moins délicat que d'ordinaire, tant l’envie résonnait puissamment en elle. C'était une envie irrépressible de le recueillir contre son sein, de le consoler, et de l'envelopper de toute la tendresse qui jaillissait de son cœur. Comme l'envie de le rapetisser pour l'abriter dans son cœur flamboyant de tendresse, et de le dissimuler pour toujours à cette humanité cruelle.
Cependant, ses mains suspendirent leur progression, freinées par la crainte de raviver les terreurs, de projeter de nouveau son esprit dans les ténèbres de l'angoisse. Heureusement, Sheog fut saisi par un élan similaire, et elle le prit également dans ses bras. Avec la même ardeur qu'une amante, résolue à retenir son époux marin pour le protéger de la furie d’une tempête. Elle le maintint contre elle de toutes ses forces, priant pour qu'il ne soit pas englouti par les flots tumultueux qui heurtaient son esprit tourmenté, puis elle lui susurra qu’elle était prête à tout pour le préserver du danger.

— « Jamais elle ne me fera de mal », ses yeux se levèrent vers lui, sans pour autant desserrer leur étreinte. Le contact, comme un point d’ancrage, comme leur point de repère. « Et jamais plus elle ne te causera de tort », affirma la malhar, un étrange feu illuminant ses prunelles azurées. Un feu singulier, et surtout, féroce. « Ils ne nous atteindront plus. »

Une promesse qui résonnait tel un avertissement, proférée avec une détermination désireuse de faire frémir d’effroi les nuisibles. Désormais, elle n'hésiterait plus à mordre, même si une partie d'elle-même nourrissait une profonde aversion pour cette triste éventualité.
Dans les prunelles du doux, Aksana discerna les ombres de ses craintes virevolter timidement. Animée par le désir de les chasser, la jeune malhar laissa son instinct gorgé d'affection s'exprimer. Ainsi, avec une délicatesse extrême, elle déposa un baiser tendre sur la joue de Sheog. Pendant plusieurs secondes, elle aspira à imprégner sa peau de son affection, à la marquer plus profondément que ne le faisaient les coups. Le geste fut purement instinctif, dépourvu de toute pensée parasite qui aurait pu en atténuer la puissance. Pour une fois, l’orpheline ne s’était pas battue contre elle-même pour savoir comment exprimer son affection.

— « Ensemble, nous sommes intouchables », susurra-t-elle à quelques millimètres de sa peau, redressant légèrement son visage pour contempler son semblable. « Je serai toujours à tes côtés, Sheog. Que ce soit maintenant, plus tard, pendant tes absences, ou dans tes rêves. Je veillerai sur toi. »

Tout comme les étoiles tapissaient le ciel, même lorsque celui-ci était embrasé par les lueurs de l'astre solaire. Elles étaient présentes, quelque part, indifférentes aux typhons, aux brumes, aux lumières aveuglantes et aux ténèbres les plus denses.
Seuls les mots de Sheog pourraient l’éloigner. Jamais un tel souhait n'aurait le pouvoir d'envahir le cœur de l'orpheline, toujours en quête d'une âme à laquelle se raccrocher. Peut-être, finalement, pouvait-elle comprendre le héros que son frère admirait tant. Sa main droite se nicha contre sa joue, qu'elle caressa délicatement de son pouce.

— « Et tu pourras toujours trouver refuge dans mes bras... Dès que tu en éprouveras le besoin. »

Ainsi, près de ce cœur maintes fois ébranlé par l'humanité, mais qui n'avait jamais fléchi sous l'assaut des épreuves, préservant tout l'amour qu'il avait à offrir, amour qui ne faisait que s'accroître au fil des épreuves. Elle avait su le défendre, convaincue qu'un jour, une âme digne aurait besoin de s'abreuver à cette source infinie de tendresse.
Ses doigts descendirent avec douceur, glissant sur une mèche sombre de sa splendide chevelure.

— « Alors, ne crains rien », lui conseilla-t-elle, un sourire tendre aux lèvres. « Et surtout, repose-toi. La fatigue n'apporte rien de bon... Si tu le souhaites, je peux tenir ta main pendant ton sommeil. Est-ce que ça pourrait te soulager un peu ? » s'enquit-elle, tandis que ses gestes suivaient sa proposition, sa main trouvant refuge dans celle de Sheog.
Ezvana
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Ezvana
Mar 19 Déc - 16:56

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Quand le baiser toucha sa joue, Sheog fut surpris. Pas du geste en lui-même, délicatesse d'une plume emportée par le vent. C'était plus ce qu'il ressentait qui était inconnu. Ce n'était pas le simple désir physique qui électrisait la peau et faisait dilater les pupilles, chose qu'il a déjà ressenti lors de soirée privée, mais c'était autre chose, quelque chose qui remue dans son estomac, des fourmillements agréables, mais qui n'avaient rien à faire là. Il espéra que ce n'était pas un autre symptôme de fièvre. Parce que Aksana était dans ses bras et cela lui faisait un bien fou. Malgré la souffrance et les tremblements, dans les mirages de la fièvre il y avait sa présence qui lui permettait de ne pas perdre pied. Ses paroles glissent en lui, enveloppe son cœur d'une douceur infinie, apaise son esprit enfiévré et perturbé par les terreurs qui dévorent sa raison. Il était dur de lutter contre la peur, de ces questions qui le tourmentent.

Sheog voulait croire aux paroles d'Aksana plus que tout. Que jamais ce monstre rouge ne puisse l'atteindre. Lui qui d'ordinaire croit tout ce qu'on lui dit, devient incertain. Non pas que son amie puisse être pétrit de mensonge, plutôt qu'un monstre avait toujours plus de réserve que prévue. Si Mama ne l'avait pas chassé du Manoir, elle pourrait revenir. Si la porte d'entrée n'était pas fermée à clé, elle pourrait se glisser dans le manoir tel un serpent venimeux qui s'insinue dans les replis des draps. Puisque Mme Blondel était en vie, il y avait un risque.

La paume chaude sur sa joue le détourne de ses pensées. Il bat des cils, baisse son regard sur le merveilleux tableau de ce visage bleuté. Elle était belle au-delà de toute mesure, un mélange doux et féroce qui lui faisait rater des battements de cœur. Elle irradiait d'une puissance que lui ne connaissait pas, qu'il ne possédait pas. Il l'admirait.
Ne sachant pas comment la remercier d'avantage, de mettre des mots sur ce qu'il ressentait, il baisse son visage pour lui embrasser le front, juste au-dessus de sa pierre merveilleuse. Un geste plein de tendresse, de reconnaissance tout en prenant en compte le malaise de l'elfe sur l'intérêt que l'on porte au milieu de son front.

La Gargouille hoche la tête quant à sa proposition, se retourne tremblant vers son lit. Soudainement, sa formidable force l'avait quitté et il redevient ce corps encore rougit par le sang et à la peau devenue violacé sous les hématomes. Il était épuisé, physiquement et mentalement, ayant l'impression que s'il fermait les yeux il allait faire un coma d'une semaine. Avec lourdeur il s'installe dans son lit, pousse un cri de douleur quand il s'allonge enfin, que les blessures sont pressés et s'appuient sur les draps. Se mettre sur le côté d'un gémissement, froncer des sourcils en fermant les yeux pour endiguer les vagues de souffrances. Enfiévré, il avait froid même mit en boule sous son drap. Pourtant il sort un bras de l'entre chaude, tend sa paume vers Aksana pour qu'elle puisse y glisser sa propre main.

Son sommeil fut parcouru de cauchemars, de mirage suintant, d'espoir bien vite balayée par un monstre aux cheveux blond. Il revit ses tortures, repasse chaque moment où il eut l'impression que son esprit était sur le point d'imploser. Il était agité de tremblement, des spasmes contractant ses muscles l'empêchant de se détendre. Il n'y avait que cette main dans la sienne, cette pression douce qu'il pouvait sentir malgré le délire de la fièvre quand il s'agitait trop ou que des paroles se glissaient en dehors de ses lèvres. Cela lui faisait reprendre contact avec la réalité, lui permettait de sortir d'un nouveau tourbillon d'angoisse. Parfois il entend sa voix même s'il ne comprend pas tout, l'esprit trop embrumé pour analyser les détails.

Il dort jusqu'à la nuit suivante ou Aksana le force à se réveiller pour prendre soin de lui. Il fallait qu'il se nourrisse pour qu'il ne perde pas le peu d'énergie qui lui restait, de plus il fallait nettoyer sa peau encore parcourut de cratère de sang séché ainsi que ses plaies.
Obéissant il se laisse faire, se contente de suivre les directives sans omettre la moindre résistance. Les jours passent ainsi, Sheog se contente de faire ce qu'on lui demande et de dormir. Une fois il c'était levé, parcourant d'un pas lent sa chambre pour atteindre le coffre contenant ses tenues. Il avait commencé à enfiler ses brassards, vite interrompus par son amie inquiète qui le remet sur le droit chemin. Pourtant il était persuadé que Mama était intervenue.
Rapidement la fièvre disparut et les psychoses avec, la respiration est moins sifflante et les muscles plus détendus. Son corps se révoltait contre cette injustice et combattait le moindre virus essayant de l'atteindre, le laissant affaiblis. Il ne se levait que pour ses besoins et se nourrir. Une fois Mama est venue dans sa chambre pour l'observer, se contentant de rester sur le pas de la porte et de détailler froidement le corps de son « enfant ». Sheog s'en rend compte et s'agite sur son lit, elle se contente de lever la main pour l'immobiliser et de repartir sans faire de commentaire sur l'installation d'Aksana.

Une semaine passe et il peut à nouveau tenir une conversation normalement, se tenir droit assis sur son lit et l'appétit est revenue. Le plus gros des plaies sont toujours bien visibles mais les plus petites ont déjà commencé à cicatriser, aidé par le métabolisme rapide de cette créature grise et des baumes laissés par le médecin. Parfois Aksana doit s'éclipser, faire son devoir de domestique. Il n'était plus en danger de toute façon, il pouvait de nouveau être seul sans prendre de risque. Mais une fois ou deux, il sent une autre odeur autour d'elle, masculine, qui lui rappelle quelque chose, pourtant il ne pose aucune question à son amie. Cela l'intéressait, mais ne le regardait pas, si elle voyait d'autre personne cela ne le concernait pas.
Mama intervint à nouveau, se glissant dans les couloirs du sous-sol et ouvrant sans demander cette porte qui s'ouvre sur les deux créatures tapis dans la nuit. Elle entre et s'arrête, les mains jointes et l'œil vif.

- Dans quatre jours il y aura une prestation. Ce soir-là, je veux que tu sois là-haut Aksana, pour m'aider à la soirée. Monsieur Tyndall sera présent.

Un pincement de lèvre alors qu'elle fixe l'elfe bleue avec persistance. Elle n'était pas dupe, elle savait très bien qui passait le pas de la porte de son manoir et les murs avaient des oreilles. Même si elle n'était pas au courant des échanges privés, Mama devinait bien que cet homme avait un intérêt pour sa domestique. Voulait-elle la manipuler pour la punir ou la redresser sur le droit chemin ? Ou voulait-elle faire comme avec Sheog et vendre les services d'une de ses créatures ?
Elle n'en dit pas plus, laisse planer la menace avant de repartir tel un fantôme.

Les derniers jours passent dans l'angoisse et l'appréhension de ce qui pouvait arriver, entre l'état moyen de son corps et le fait que Aksana soit présente il ne savait pas comment réagir. Bien qu'elle cache ce qu'elle pensait, il pouvait lire dans la ligne de ses oreilles et l'éclat de son regard que cela l'avait atteinte d'une manière ou d'une autre. S'inquiétait pour lui ou pour la présence de cet homme ? Peu importe, la voir inquiète lui nouait l'estomac.
Ses yeux de lune se lèvent vers les barreaux du semblant de fenêtre alors que le rideau avait été tiré, il s'agite sur place avant de se tourner vers son amie.

- Il est l'heure, Aksana.

Un doux murmure et un faux sourire.
Leur pause était terminée.
Lulu
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Lulu
Mer 20 Déc - 15:23

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
AKSANA'S POV. Une quinzaine de jours s'écoula, période de sursis dédiée à une activité singulière pour une enfant aux tréfonds si sombres ; celle de veiller sur une autre créature. Peut-être que le fluide qui coulait dans ses veines n'était empreint que de viles intentions, peut-être que l'humanité et les êtres surnaturels s'étaient fourvoyés sur ces souillures. Le doute persistait, elle se remémorait l'épouvante qu'elle avait suscitée chez la vieille servante. Avec quelle aisance elle s'était glissée dans l'ombre du monstre. Avait-elle seulement réussi à en émerger ? Là encore, l'incertitude. Le doute s'épaississant à chaque expiration empoisonnée par la présence de Monsieur Tyndall et son attitude déroutante.
En la présence de cet homme, Aksana se sentait perpétuellement sur le qui-vive, prête à déployer ses canines à tout instant. Et malheureusement pour elle, les visites de Monsieur Tyndall n'avaient pas diminué, même si la jeune malhar sortait rarement hors de sa petite tanière. Étrangement, l'homme ne s'aventurait plus dans les abysses de la cave, se contentant plutôt de la surprendre dans la cuisine, lorsqu'elle s'affairait à préparer le repas de Sheog. Comme s'il se méfiait de ce dernier... Pour la domestique cette hostilité ne le distinguait pas des autres mortels — n’était peut-être pas si étrange. En tout cas, elle ne faisait que nourrir son propre ressentiment à son égard. Il ne valait pas mieux que Blondel, que Mama ou que la directrice de l’orphelinat.
Au-delà de la suspicion que Tyndall vouait à son ami, subsistait une étrange intensité qui creusait son regard chaque fois qu'il effleurait sa silhouette azurée. Il y avait également cette obsession à ne converser que sur son espèce. Malhar, malhar, malhar, toujours à la lisière de ses lèvres altérées par un sourire inquiétant. Aksana aurait pu consacrer de longs moments à se pencher sur son malaise, si seulement le doute ne la rongeait pas aussi profondément. Et si, en fin de compte, elle était le problème ? Malmenée par les abandons, la solitude et les maltraitances, il lui était difficile de se persuader du contraire.
Aksana avait pris l'habitude d'écarter ces pensées intruses dès qu'elle pénétrait dans le sanctuaire de Sheog. Comme si cet espace était devenu, au fil des jours passés loin de l'humanité, un lieu sacré qu'elle ne souhaitait en aucun cas souiller de ses rêveries anxiogènes, ni son occupant d'ailleurs. L'argenté, par quelque prodige, parvenait à disperser les ténèbres qui la rongeaient, et elle consacrait une part considérable de son temps et de son énergie à veiller sur lui. Cela ne lui déplaisait nullement, bien au contraire. Son cœur débordait d'affection, et elle avait découvert une âme avide d'explorer ces abysses sans fond, préservée de la moindre impureté. Elle ne pouvait que s’en régaler.

Les cloches annonçant la fin de leur insouciance retentissaient avec une clarté de plus en plus assourdissante, et la sonneuse s'épanouissait, prenant l'apparence d'une Mama impatiente. Cette dernière fit une déclaration qui ne surprit pas l'elfe bleue : dans quatre jours, elle devrait se présenter là-haut.
Ce serait la première fois qu'elle participerait à ces mystérieuses soirées, où nombre d'individus se pressaient pour contempler Sheog. La méfiance avait neutralisé tout enthousiasme ; là où elle aurait autrefois ressenti une flatteuse reconnaissance, elle arborait désormais un visage aussi sombre qu'un condamné à mort marchant vers l'échafaud. Aksana n'avait nulle envie d'être témoin des éventuelles atrocités que les convives infligeraient à son ami. Elle ne désirait pas davantage le voir retourner à la surface, là où l'humanité l'attendait telle une meute de chiens affamés guettant l'entrée d'un terrier.
Peut-être alors, pensait-elle, que sa présence pourrait être bénéfique, que les monstruosités qui l'habitaient pourraient se révéler utiles à son ami. Aucune fierté ne vint soulager cette réflexion, qui s'effondra plutôt sous le poids de la déception. Depuis quand la violence était devenue une option ?
Et Mama parvint à imprégner d'une noirceur plus profonde encore la perspective de la prochaine soirée en précisant que Monsieur Tyndall serait de la partie. Un sursaut de terreur agita alors les traits de la jeune malhar, terreur qu'elle s'efforça d'apaiser aussitôt qu'elle surprit le pincement des lèvres de la maîtresse des lieux. Les extrémités de ses mains griffues frémirent, et sa bouche sembla soudainement trop exiguë pour contenir ses crocs acérés… puis Mama s'éclipsa, fuyant loin du chaos qu'elle venait de déchaîner dans ce sanctuaire.

Simuler l'indifférence, s'élever au-dessus des soupçons, devenir intouchable — vide. Un instinct de survie qui l'avait accompagnée depuis l'orphelinat, occasionnant parfois des ravages. Mais, égoïstement, elle ne ressentait pas de douleur. Du moins, pas sur le moment.
Plus que jamais au cours de ces derniers jours, Aksana se montra remarquablement attentive aux besoins de Sheog, au point d'oublier les siens. Une manière de perpétuer le vide, de s'éloigner de ce qui la consumait, de l'angoisse.
Cette angoisse qui prenait forme dans son cœur, atteignant son paroxysme lorsque les rideaux s’ouvrirent, révélant une demi-lune qui assisterait impuissante à la déchéance de ses enfants. Une fois de plus.
Aksana s'était métamorphosée en une minuscule sphère de nerfs, une fragilité que le moindre incident pouvait froisser, ébrécher. Son calme apparent était aussi délicat qu'un flocon, ses entrailles aussi nouées qu'un buisson de ronces. Et justement, elle éprouvait la sensation d'être prise au piège au cœur de ronceraies.
C'est alors que Sheog lui fit part que l'heure était venue.

— « Je sais », répondit-elle d'un ton un peu trop sec. Elle en prit conscience. « Je sais… Pardon », se corrigea-t-elle, adoucissant sa voix.

Lui non plus n'était pas épargné par cette soirée abjecte. Peut-être même souffrirait-il davantage qu'elle. Combien de fois avait-il enduré ces atrocités ? Sa mâchoire se crispa, et son dégoût envers elle-même s'amplifia — sale égoïste.
Honteuse et redoutant de n'offrir à son ami que des paroles désagréables, Aksana demeura silencieuse durant de longues minutes. Pendant ce silence, elle prépara la tenue de Sheog, et à mesure qu'elle entrelaçait ses mains de chaînes, son cœur se déchirait un peu plus.

— « Tu n’as jamais pensé à t’enfuir ? » lança-t-elle précipitamment, peut-être avec trop de rudesse. « Excuse-moi, si… Enfin… Tout ça n'est pas juste », murmura-t-elle, soulignant l'évidence en agitant légèrement les chaînes et les lanières qui pesaient lourdement dans ses mains. « Tu pourrais facilement t'en débarrasser, te rebeller… »

Vivre une existence meilleure, ailleurs. Il devait exister quelque part un havre, une terre promise pour des êtres tels qu'eux. Un endroit où la dignité serait un droit acquis, où ils pourraient épanouir leurs désirs, où certains de leurs rêves pourraient prendre vie. Et même si un tel lieu n'existait pas, Aksana serait prête à le créer pour eux.
Cependant, la réalité amère la rattrapa au galop dès qu'elle se remémora qu'ils n'étaient pas si différents. Pourquoi, elle, ne partait-elle pas ? Pourquoi s'était-elle précipitée dans un second enfer alors qu'elle avait eu l'opportunité de fuir le premier ? Ses doigts se serrèrent sur les chaînes, et son visage s'assombrit.

— « Peut-être… Peut-être que nous pourrions trouver un refuge quelque part… » murmura-t-elle, relevant ses prunelles hésitantes vers son ami. « Tu penses pouvoir… quitter Mama ? »

Lui demander s'il était prêt à sauter dans le vide, ou s'il préférait la sécurité de son nid, même s'il était infesté. En attendant sa réponse, la jeune malhar orna le corps de Sheog de chaînes, de lanières, et d'autres accessoires visant à le maintenir soumis.
Jamais elle ne se permettrait de le juger s'il choisissait de rester, puisqu'elle-même n'avait pas eu le courage de s'extraire de cet enfer, malgré l'opportunité qui lui avait été jadis offerte.
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Dim 7 Jan - 12:11

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Pas un mot ne glisse en dehors de sa bouche quand Aksana lui répond d'une manière particulière, il ne relève pas cette froideur soudaine qui semblait irradier de son cœur même si elle tentait vainement d'être d'une douceur réconfortante à ses côtés. Comment lui en vouloir ? Il voyait bien, a cette façon dont son regard se perd parfois dans la vide, la pointe basse de ses oreilles délicates, cette angoisse qui semble la ronger depuis quelques jours.

A ses yeux, c'était de sa faute. Il n'a pas été asse présent pour elle, il s'est contenté d'accepter sa présence et sa douceur comme un cadeau acquis, profitant de sa propre faiblesse pour user la patience de l'elfe à la peau bleue. Sheog n'a pas eu un mot apaisant, une parole consolante quand elle avait l'odeur de cet homme autour d'elle alors qu'il avait bien remarqué qu'elle était perturbée par tout cela. Il a préféré la laissé libre d'être sans être sur son dos, mais finalement il l'a délaissé.

Aussi sa propre peur était fluctuante, lointaine et sourde comme une douleur au cœur. Il ne voyait que Aksana, que ses traits tirés par une soudaine peur en prenant conscience qu'il était temps de reprendre le contact avec la réalité. Et à chaque lanière de cuir ceignant sa peau grise, il sent une prison prendre forme et une distance s'installer avec sa précieuse amie. Son silence lui est pesant, mais il n'ose pas ouvrir la bouche, même pour murmurer. Avec peine il essaie de contrôler son propre corps, tente de contenir cette queue agitée, les picotements sur le bout de ses doigts qui lui donne envie de serrer le poing.
Puis les paroles le percutent de plein fouet et il en a le souffle coupé. Il bat des cils alors qu'il ne comprend pas, que son esprit est confus et alors ses yeux se baissent et regardent ses avant-bras ceinturés de cuir et de chaîne. Ils les voient comme il les a toujours vus, de simples accessoires de travail, de quoi satisfaire l'appétit des Humains pour le spectacle et les histoires mystérieuses car il était bien plus facile de croire qu'il n'était qu'une bête stupide qu'un être doué de sensibilité. Il regarde, observe les détails qu'il connaissait par cœur. Pendant quelques secondes ses prunelles se voilent et il n'y voit plus que des menottes, des liens qui l'ont tenu fermement dans cette cave pour le maintenir prisonnier de l'influence d'une humaine atteinte de folie.

Il renâcle, plisse son nez comme si une mauvaise odeur c'était infiltré dans la pièce. Une ride plisse son front alors qu'il est mal à l'aise, que l'inquiétude teinte ses prunelles d'argent de nuages sombres. Parce que c'étaient des questions qu'il avait fait taire il y a bien longtemps, se pliant aux ordres pour survivre comme on lui a inculqué depuis toujours, matant son esprit rêveur et ses ambitions d'aventures. Car à quoi bon se rebeller ?
Pour aller ou … ?
Sheog baisse ses bras, perdu dans ses pensées incohérentes. Soudainement son cœur est pris dans un raz de marée, balancé entre l'incertitude et la tristesse. Son esprit est balbutiant, partagé dans bien trop d'émotion pour être ordonné. Par une simple parole, Aksana venait de mettre à mal les bases même de son existence.
Son premier réflexe après sa séance chez Mme Blondel, c'était de rentrer chez lui, de retrouver le confort de sa chambre et la présence d'Aksana. Mais qui aurait pu l'arrêter s'il n'était pas entré dans cette maison, s'il était sorti du véhicule pour simplement s'enfuir ? Pourtant son seul apaisement c'était de retrouver son amie, elle qui lui avait promis d'être là son retour.

Une pression soudaine le ramène à cette chambre plongée dans la pénombre, à cette femme qui le regarde comme si elle attendait un aveu, une bénédiction. Mais Sheog est incapable de répondre sur le moment, bien trop bouleversé pour arriver à modeler ses paroles. Rêvait-il encore de liberté ? Mama lui a toujours dit que le monde extérieur essaierait de le tuer. Que lui-même était un danger pour l'Homme. Que ferait-il ? Il ne savait rien faire. Et Mama était… Mama.
Et pourtant son cœur se gonfle d'une respiration profonde, son cœur palpite plus fort en imaginant enfin ce qui pouvait se trouver derrière les barreaux de sa fenêtre. Il pourrait mettre des images sur les mots de ses romans, il pourrait enfin voir de ses propres yeux ce qui le faisait rêver depuis toujours. Il pourrait vivre. Mais pas seul.
Jamais il ne pourrait l'abandonner. Car il se devait de la protéger.
Baisser son regard, attraper les coudes bleus d'une douce pression. Ses yeux semblent presque briller tant l'émotion qui l'étreignait était puissante.

- Avec toi, je pourrais aller au bout du monde.

Un doux sourire qui plisse son regard emplit de tendresse. Mèches de cheveux sombres qui glissent sur son corps alors qu'il semble se pencher en avant pour se rapprocher d'elle, mais abruptement un bruit résonne en haut des escaliers et un nom se fait entendre : Aksana était demandé.
La Gargouille laisse son amie partir, fait glisser doucement ses mains sur ses bras comme pour appuyer sa promesse alors que le manoir et ses obligations l'appellent.

Il reste seul un temps, le bout de sa queue se tortillant en tous sens, faisant les cents pas pour calmer l'énergie qui électrisait ses sens. Brutalement, comme une montée de flamme, un grognement vient déformer son visage, une envie subite d'arracher ses liens de cuir le démange, de libérer sa queue de cette étreinte, de se libérer de ces chaînes qui teintait doucement depuis trop longtemps. Il avait besoin de hurler au monde que lui aussi avait le droit de vivre, que lui aussi pouvait être dehors. S'il existait une autre personne différente comme Aksana, il devait y en avoir d'autre !
Son regard se lève vers la lune pour s'apaiser, pour faire taire cette vague qui était muselée depuis des années. Car au fond de lui, ce qu'il voulait c'était être avec elle. Si elle refusait de partir, il resterait cloîtré dans cette chambre jusqu'à ce que la mort vienne prendre Mama dans ses bras et qu'un remplaçant prendra sa place et son autorité sur le manoir.

C'était un sentiment étrange, de vulnérabilité et de force de pouvoir compter sur quelqu'un d'autre. La Bête ne savait pas vraiment comment gérer cette sensation tournoyante, son esprit et son corps se remettant doucement du traumatisme vécut il n'y a pas si longtemps.
Son nom résonne dans le couloir, c'était à lui de faire son entrée.
Comme à son habitude il monte les escaliers, baisse sa tête pour ne pas abîmer le bois de l'encadrure de porte et s'avance vers ce pentagramme sur le sol fraîchement repeint. Timidement il prend place, évite le regard de ses humains qui le dévorent des yeux, cherche vaguement son amie qui ne devait pas être très loin.

- Il est abîmé, non ?

Une voix masculine s'élève, recouvrant le murmure ouaté des convives extasié devant cette monstruosité. Mama s'avance, son costume gris soulignant le froid de son regard, Aksana à quelques pas derrière elle.

- Ce ne sont que des égratignures pour un être tel que lui. Celles-ci ne sont que le reflet de sa robustesse et n'entache en rien ses capacités.

L'homme se retourne, observe la domestique en haussant un sourcil.

- Et elle, on peut louer ses services ?

Sheog tourne brusquement son visage vers lui et pousse un grondement sourd. L'idée même qu'elle puisse être touché comme lui par ses Humains le dérangeait profondément. Jamais encore il n'avait mit en doute les décisions de Mama ou sa propre condition. Il n'était rien face aux Humains et il les respectait. Mais la simple pensée d'imaginer Aksana à sa place le mettait en colère comme s'il réalisait que ce qu'il vivait n'était pas normal.

Mama prononce son nom ce qui le fait taire, mais il ne lâche pas de son regard incendiaire cet homme qui avait osé émettre une telle hypothèse. Cette attitude agace la propriétaire des lieux, mais elle ne dit rien, tandis que l'homme ne le quitte pas du regard comme outré de ce comportement animal. Sheog, docile, baisse la tête, se soumet à l'autorité souveraine en serrant les dents alors que sa propre colère semble déraisonnable.
Et alors que le spectacle attire tous les regards, il y avait un autre homme qui se détourne avec dédain pour s'approcher discrètement d'Aksana.
La nuit ne faisait que commencer.

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Lulu
Mar 9 Jan - 13:50

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
AKSANA'S POV. Sous le souffle curieux, une tempête s'engendra, tourbillon féroce qui s'abattit implacablement sur le pauvre captif. Durant ces quatorze lunes, les prunelles d'Aksana n'avaient dévié que rarement de la silhouette de Sheog. Non seulement pour la flatter d'une admiration manifeste, mais aussi pour apprendre à déchiffrer les moindres frémissements qui la traversaient.
L'apprentissage s'était révélé aisé, car il s’était dévoilé à elle tel un livre ouvert. Ce qui permit également à cette dernière, de vivre sa plus belle épopée affective. Ce fut par cette transparence émotionnelle qu'elle put discerner à cet instant, la confusion qui se mit à obscurcir son regard, puis l'angoisse qui rongea son corps, et enfin, l'espoir le conquérir peu à peu.
Et alors, lorsque les traits tourmentés de Sheog s'illuminèrent d'un espoir fragile, les prunelles d'Aksana s'emplirent d'étoiles. Une admiration fervente naquit en elle, pareille à une étreinte invisible mais puissante, enflammant son être tout entier. Son cœur, autrefois engourdi par les doutes, se souleva d'un bonheur inattendu. Les rêves, jadis perçus comme des astres inatteignables, se révélèrent soudainement à portée de main.
Dès que les doigts délicats de Sheog se glissèrent sur ses coudes, Aksana ressentit alors une énergie nouvelle pulser dans ses veines, et une nuée d’ailes diaphanes caresser les parois de son ventre. C’était doux, exceptionnel et étrange — elle n’aimait pas seulement ces sensations, elle les adorait.
Les scintillements qui firent briller les prunelles argentées de Sheog, se reflétèrent dans celles de la bleutée tels des éclats de lune dans la nuit noire. Des étoiles vinrent s’y ajouter, dès que le regard d’Aksana se mit à scintiller de la même intensité. Leurs regards, furent désormais égaux dans leur éclat, vibrant d’espoir.

« Avec toi, je pourrais aller au bout du monde. »

Ces paroles, déposées comme des perles précieuses, résonnèrent dans l'âme d'Aksana avec une douceur insoupçonnée.
L'admiration qu'elle ressentait pour lui se mua en une affection profonde, puisqu’elle réalisa que, peut-être cette fois-ci, elle ne serait pas laissée derrière. Un élan inattendu, une étreinte chaleureuse, s'empara de son cœur. Jamais elle n'avait entendu une déclaration aussi belle, jamais les mots n'avaient sculpté une telle symphonie dans les recoins les plus intimes de son être.
Elle, qui avait toujours été reléguée à l'ombre, abandonnée à la froideur d'un orphelinat austère, se trouvait désormais enveloppée par les douces notes d'une promesse d’aventure commune.
Les mains d'Aksana glissèrent avec une délicatesse presque imperceptible le long des bras de Sheog, remontant progressivement vers ses épaules. Leurs regards, qui scintillaient telles des étoiles jumelles dans le firmament nocturne, échangèrent des promesses muettes alors que leurs âmes se rapprochaient, prêtes à sceller leur serment.

Hélas, une voix froide résonna au loin, perçant comme un glaive la bulle enchantée qui les enveloppait. L'appel rappela Aksana à la dure réalité, et un frisson glacial traversa son échine… Mais la légère pression des mains de Sheog sur ses bras la rassura silencieusement. C'était comme s'il lui murmurait, sans un mot, de ne pas oublier leur promesse.
Aksana hocha la tête en signe d'assentiment, un sourire timide flottant sur ses lèvres. Cependant, au-delà de l'éclat dans ses yeux, ses craintes s'éveillèrent lentement. Elle redoutait ce qu'ils pourraient affronter là-haut, et plus particulièrement, ce que Sheog risquerait de subir.
Le poids du monde pesant sur son cœur, Aksana s'éloigna de la silhouette réconfortante de l’argenté pour rejoindre la sortie obscure. Le chemin vers la réalité était pavé d'ombres, et chaque pas semblait alourdir davantage le fardeau qu'elle portait. Cependant, avant de disparaître dans l'obscurité, elle se retourna une dernière fois vers Sheog. Son regard, autrefois empreint de tendresse, brillait désormais d'une assurance nouvelle.

— « Tu es infiniment meilleur qu’eux, et plus puissant qu'eux. Ne laisse pas ces monstres te broyer. »

Ces paroles résonnèrent comme une incantation, une offrande de force dans l'obscurité imminente. Même séparés, les mots de la jeune malhar portaient l'écho d'une confiance partagée, une conviction que Sheog avait en lui la puissance nécessaire pour résister à l'adversité. Elle disparut finalement dans l'ombre, le laissant seul avec cette certitude qu’elle venait de lui confier.

Aksana pénétra dans une pièce froide, où l'air était chargé de mines austères et de regards scrutateurs, luisant d'une attention malsaine. Elle prit sur elle, luttant pour arborer une façade impassible, mais son visage sévère trahissait un inconfort palpable.
Se plaçant derrière Mama, elle évita soigneusement les regards des humains présents, se perdant plutôt dans l'observation silencieuse de la salle. Son regard s'attarda sur un dessin mystérieux tracé au sol, un pentagramme. Elle le reconnut instantanément, car dans l'orphelinat où elle avait été reléguée, profondément imprégné de dogmes religieux, ce signe avait été régulièrement inscrit sur ses affaires. Elle-même, considérée comme une abomination, en avait été la malheureuse porteuse.
Un frisson d'indignation traversa son être alors que la colère grondait en elle, alimentée par le rappel brutal de la façon dont les humains perçoivent Sheog. Le pentagramme, autrefois utilisé pour marquer son exclusion, était à présent inscrit dans le décor de cette salle inhospitalière, destiné à enfermer un peu plus l’argenté dans un rôle qui ne reflétait en rien sa véritable nature.
Ça devrait être eux, piégés à l’intérieur de ce cercle infernal, se susurra-t-elle, les crocs serrés.

Sheog fit son entrée dans la pièce, et le regard d'Aksana s'accrocha immédiatement à lui, comme si sa présence était la seule oasis dans un désert d'austérité. Les yeux d'Aksana couvraient Sheog, transmettant toute la tendresse dont elle était capable, une étreinte silencieuse pour l'encourager à affronter les regards inquisiteurs et les paroles acerbes des humains.
Malheureusement, l'un des invités humains, animé par une insolente curiosité, osa une réflexion sur Sheog. Les prunelles de la malhar fusèrent vers cet impudent, un regard de feu qui aurait pu carboniser ses mots avant qu'ils n'atteignent l'air. La colère, éveillée telle une bête sauvage en elle, gronda dans les recoins les plus profonds de ses entrailles.
Comment osait-il parler de Sheog comme s'il était un objet défectueux ?  Aksana détestait cette façon de réduire l'essence même de l'être à un physique. Les échos de son indignation résonnèrent dans son regard, une protestation muette mais puissante contre cette réduction cruelle de son ami à une simple altération. Elle aurait voulu rugir sa fureur, mais la retenue la maintint dans un silence glacial, laissant ses yeux fustiger l'importun d'un mépris silencieux.
Aksana n'était pas au bout de ses peines, car le même homme détourna son attention vers elle avec une demande oscillant entre la vulgarité et l’arrogance, qui fit frémir son âme. Un frisson de dégoût et de crainte serpentait dans le ventre de la concernée. Elle ne pouvait déchiffrer précisément les sinistres intentions qui se dissimulaient derrière ces mots, mais elle ressentait dans son être que rien de bon n'en émanait, un pressentiment confirmé par le grognement sourd de Sheog. Celui-ci résonna comme un avertissement guttural, une menace implicite pour dissuader l'humain de donner vie à ses fantasmes malsains.
Si, l'espace d'un instant, Aksana avait ressenti une vulnérabilité poignante, l'intervention sonore de Sheog agit comme une bouclier. Grâce à la prestance menaçante de l’argenté, elle retrouva une partie de son aplomb, plantant ses prunelles dans celles de l'humain téméraire, le fustigeant de nouveau du regard. Tout comme elle s’assurerait que personne n’abîme davantage la dignité de Sheog, personne ne la dépouillerait de la sienne.

Une présence indésirable s'invita à ses côtés ; Monsieur Tyndall. Elle reconnut son parfum aux notes hespéridés, sa silhouette imposante se dressant comme une ombre menaçante. Ses prunelles se dirigèrent droit devant elle, faisant de son mieux pour contenir ses craintes grandissantes. Tyndall, quant à lui, ne quitta pas des yeux Sheog, qu’il observait avec un air dédaigneux. Légèrement, il s’abaissa pour chuchoter à l’oreille de la bleutée, des mots teintés de menace.

— « Laissez-moi vous aider à sortir de cet endroit... Autrement, vous finirez comme lui », susurra-t-il, appuyant son regard méprisant sur Sheog.

Une menace à peine voilée, lourde de sous-entendus perfides. La colère, telle une tempête naissante, gonfla le cœur d'Aksana.

— « Je resterai avec lui. »

Une réponse cinglante qui arracha un sourire méprisant à son interlocuteur.

— « Eh bien... Vous ne manquez pas de caractère. Je suis certain que Mama et les autres invités frétillent d'impatience à l'idée de vous l'arracher, pour vous rendre aussi docile que votre précieux Sheog », souffla-t-il, une pointe d'aigreur teintant le mot "précieux".

L’intéressée sentit l'énervement monter de plus en plus, et finit par diriger son regard vers Tyndall, ne dissimulant plus son irritation.

— « Si vous le pensez si docile... Je vous invite à lui répéter ce que vous venez de me dire, je suis certaine qu'il s'empressera de vous montrer à quel point vous vous méprenez à son sujet », cracha-t-elle avec une férocité froide.

Cependant, l’homme préserva son sourire arrogant, et son air dédaigneux persista, comme si la confrontation était un divertissement insignifiant.

— « Je l'observe depuis longtemps... Et je crains que ce soit vous qui vous trompiez à son sujet. Je suis certain que nos chers invités n'hésiteront pas à vous prouver ce soir que peu importe vos efforts pour l'aider à s'extraire de sa situation, il ne changera jamais... L'amour de Mama est bien plus important à ses yeux que le vôtre, jeune malhar. »

Son ton, empreint d'une arrogance, se mêla aux prunelles glaciales qui fixaient les siennes. Aksana ressentit une douleur poignante à la poitrine, une plaie que Tyndall avait réussi à atteindre. Sa mine, déjà hargneuse, devint encore plus sombre, et ses dents aiguisées se dévoilèrent au-delà de ses lèvres.
Aksana s'apprêtait à répliquer, à lancer ses propres flèches empoisonnées, mais Tyndall la coupa sèchement en levant son doigt, le plaçant face à ses lèvres sans les toucher.

— « Oh, pardonnez-moi... J'ai d'autres échanges bien plus intéressants à avoir ailleurs… Avec des individus bien plus civilisés », déclara-t-il avec un dédain délibéré, détournant son regard sans accorder une once d'importance à la rage qui bouillonnait dans le regard de l’elfe.

Aksana resta là, la poitrine compressée par un mélange de colère et de douleur. Le regard de Tyndall, froid comme l'acier, s'estompa dans la pénombre de la pièce, laissant derrière lui un arrière-goût amer.
Elle ne le lâcha pas du regard, l’observant serpenter jusqu’à une autre silhouette qui s’était déjà faite remarquée un peu plus tôt dans la soirée. Il échangea quelques paroles avec cet homme qui avait insulté les deux créatures de Mama, et des regards furtifs furent adressés à la domestique. Une lueur étrange se mit à briller dans les yeux de l'interlocuteur de Tyndall, ils scintillaient d’une intensité familière… Celle-là même qui la mettait si mal à l'aise, celle qu'elle avait déjà croisée dans les yeux de Tyndall.
Son angoisse devint de plus en plus difficile à contenir. Son palpitant s'emballa, pulsant au rythme d'une mélodie discordante. Ses cils battirent avec une cadence fiévreuse, et sa silhouette se crispa, sa mâchoire tendue révélant l'agitation qui la tourmentait. Une sensation d'imminence pesante planait dans l'air, une incertitude oppressante qui la maintenait en état d'alerte constant. Elle pressentait que quelque chose se tramait, mais demeurait dans l'ignorance quant à la nature exacte de cette menace.
Dans un élan désespéré, elle tourna son regard vers Sheog, cherchant un refuge. Cependant, le pauvre argenté, dont la sensibilité était certainement aussi aiguë que la sienne, devait aussi ressentir les ondes perturbatrices qui se propageaient dans l'atmosphère. Elle n’était pas la seule à subir les fantasies perfides des invités de Mama.
L'interlocuteur de Tyndall se détacha de l'ombre de ce dernier, glissant dans la clarté pour s'approcher de Mama. Ils échangèrent quelques paroles courtoises, l'atmosphère teintée d'une politesse feinte. Leurs murmures secrets semblaient danser dans les recoins de la pièce, se mêlant aux vapeurs d'encens qui emplissaient l'air.

— « Combien pour une nuit avec votre malhar ? Je serais très intéressé… Et je suis prêt à mettre le prix. Tout comme je suis prêt à mettre le prix pour votre autre créature… Mes enfants seraient ravis d’observer un tel spécimen… Alors, combien ? », souffla-t-il à la maîtresse des lieux.
Ezvana
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Ezvana
Ven 12 Jan - 20:47

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Le contact d'une main le fait frémir, là dans le creux de ses reins. C'était délicat comme le froissement d'une aile d'oiseau, presque doucereux. Une femme c'était approché, voulant toucher de ses propres doigts la formidable créature face à elle. Instinct de survie discutable alors qu'elle avait franchi le cercle derrière le dos de Sheog, enjambant sa queue comme si ce n'était rien. L'Animal reste immobile, sa peau tremblant sous le touché du bout des doigts chauds, épiderme sensible qui réagit aux stimulus. Du coin de l'œil il aperçoit la femme, une blonde ainsi que son tee-shirt rouge. Cela le pétrifie et le rend aussi dur qu'une statue d'albâtre alors qu'il cesse presque de respirer. Son cœur bat sourdement dans ses oreilles alors qu'il frémit enfin, qu'il a un mouvement de côté délicat. Monstre de chair qui s'écarte seulement de quelques centimètres juste pour ne plus sentir cette main qui le parcourt.

Une envie brutale de fermer les yeux, de se plonger dans le noir pour ne plus rien apercevoir du monstre qui tournait autour de lui. Ses oreilles sont sensibles, frémissent comme s'il était sur le point d'entendre le claquement d'un fouet qui allait s'abattre sur son cuir. Pourtant, il est incapable de fuir, comme cette nuit où il fut enchaîné à même la pierre, incapable même de se débattre juste pour se soustraire à la douleur, trop faible pour se rebeller contre un humain.
Même en cet instant, il n'ose pas bouger, pour éviter que la langue vipérine puisse le flageller mentalement, se pliant aux désirs de Mama qui souhaitait qu'il reste sage.

La femme fait le tour et il put y lire sur son visage un doux sourire. C'était bienveillant quoi qu'un peu lubrique, mais nulle trace de folie brillait dans son regard brun. Elle semblait juste en extase de pouvoir ainsi approcher une force de la nature, imaginant plutôt une nuit de râle et de gémissements de plaisir plutôt que des hurlements de douleur.

- Tu es formidable.

Sa main se pose sur son torse car Sheog refuse de baisser son visage pour qu'elle puisse l'atteindre. Il s'apaise devant ce contact bien différent de ses cauchemars, mais pour autant il n'apprécie pas ce rapprochement. Avant, cela n'avait pas d'importance, il était seulement un outil au service des Humains et il préférait avoir un rapport sexuel plutôt que d'être maltraité.
Mais du coin de l'œil il voyait un être à la peau bleue qui lui avait prodigué une tendresse qu'il ne pouvait pas oublier.

Son regard se détourne un instant de cette femme, fantôme d'un monstre encore loin cette nuit, se pose sur son amie qui était en pleine conversation avec un homme. Il fronce du nez, fait vibrer ses narines alors qu'il essai d'identifier son odeur, mais c'était impossible vu les parfums capiteux qui l'entourait. On lui parle, on le touche mais soudain plus rien n'avait d'importance. De ses billes d'argent il observe son amie, voit la façon dont s'exprimait cet homme sans l'entendre. Et il sut à la façon dont le corps d'Aksana réagissait que c'était ce Mr Tyndall. Il fronce des sourcils et quelque chose remue en lui, un malaise grandissant qui lui laissait un goût acide dans la gorge, comme le rappel de Mme Blondel.
Il était mauvais.
Quand celui s'écarte enfin, il ne faisait aucun doute que la bleuté était contrariée d'une façon encore inconnue. Pourtant il respire un peu mieux, la ligne de ses épaules s'abaisse et son regard est moins froid. Il cligne enfin des yeux lui qui était figé dans la même position.

- Sheog, montre-toi.

C'était la voix de Mama, claire et sèche comme un coup de trique. La Gargouille relève son visage et voit le demi-sourire qui étirait son visage d'un air presque mauvais alors que celle-ci ordonnait à l'elfe bleue de regarder d'un ordre cinglant. Il s'agite fait des allers-retours entre Mama et Aksana, le sang affluant dans ses veines avec la tant de force que cela résonne à ses tempes.
Avait-il fait quelque chose de mal ?
Battre des cils pour chasser le voile qui obscurcit sa vision. Un bruit semblable à une plainte résonne dans sa large poitrine alors que les clients sont subitement devenus silencieux, comme s'ils étaient sur le point d'apercevoir un tout de magie, reculant par précaution.
Pourquoi était-il punis ?

- Sheog, obéit.

Cela tombe comme un couperet et lui fait plier l'échine. Il ferme les yeux pour ne plus voir Aksana, pour ne pas voir ce qu'il pourrait lire dans son regard. Pendant quelques secondes il n'y eu rien d'autre que le silence troublé par les respirations lourdes, puis il y eut comme un craquement, un bruit de chair qui remue. Obéissant aux règles données pour son spectacle, Sheog écarte les bras, les doigts tendus comme des serres. Et illuminé par les lumières tamisées des bougies, il change. Se transforme.

Tel un serpent invisible qui coure sous sa peau les muscles se tendent à l'extrême sous l'épiderme gris pâle, de ses griffes cassées il en pousse des nouvelles, qui grandissent encore et encore, bien plus longues et acérées que celle qu'il possédait habituellement. Un gémissement ouvre cette gueule, dévoile des dents qui poussent là où il en manquait, de monstrueuse canines viennent orner sa mâchoire. Dans un tremblement à peine maîtrisé, la peau se referme là où il avait des cratères déjà en voie de guérison, ne laissant que des traces blanches qui soulignent la puissance des muscles. Le corps se plie en deux, le visage grimace alors que le dos s'arrondit. Dans un claquement sonore, une formidable apparition prend vie, une paire d'aile de cuir qui se déplie de son dos, longues épines qui habillent les angles. Symbole de force, de liberté. Quintessence du prédateur prenant vie devant des yeux ébahis. Pourtant pour celui capable d'observer, on pouvait voir la ligne basse de ses ailes, qui pendent presque lamentablement sur son dos, comme incapable d'être surélevé.

Ce n'était que le fruit des années de soumission. Incapable de les déployer et de les renforcer, elles ne sont que le reflet de sa prison terrible, lui qui pourrait s'envoler bien loin. Ses ailes n'étaient que des menottes supplémentaires, aussi belles que tristes.
Honteux, Sheog détourne le visage, affiche une grimace de douleur alors qu'il est obligé d'être ainsi devant Aksana. Depuis toujours, depuis sa plus tendre enfance, cette forme n'était qu'une punition administrée par Mama. Ce n'était que le reflet de son identité, une facette de sa part de monstruosité. Il était laid ainsi, il faisait peur. C'était enfoncé dans son esprit tel des fils barbelés qui ne cessent de le tourmenter.
Adonis incapable de se rendre compte de sa propre beauté sauvage.

Le cœur meurtris, il sent une vibration autour de lui, provenant de ces humains qui étaient si prêts de l'enfant des enfers.
Il y avait un fond, un murmure qui s'échangeait entre les clients. Comme une vague qui ne cesse de prendre de l'ampleur, un vent qui balaye les retenus et débride l'imagination. D'autres mains s'approchent, certaines parcourent les courbes de ses muscles, d'autres repasse sur les lignes de ces cicatrices, pincent le bord des ailes, tirent sur la longue crinière d'encre. Certaines sont douces, d'autre encore rudes. On le convoite, on désir le posséder. Objet de plaisir que l'on souhaite utiliser à toutes les fins possibles, retirant à cet être vivant le droit d'avoir une personnalité. Il était Démons, Incube, Arme, Monstre.
Mama semblait être satisfaite de cette apparente frénésie qui ne cessait de grandir et de cette avidité qui ne feront que remplir ses comptes et feront sa renommée. Et au fond d'elle-même elle était tout simplement satisfaite d'avoir donné cette fameuse leçon à sa domestique. Sheog n'avait jamais été en grand danger puisqu'il pouvait se régénérer. C'était elle qui maîtrisait la situation depuis le début.
L'échine ployée, la Bête se laissé faire, pleurant intérieurement d'être ainsi dévoilé aux yeux des autres, aux yeux bleutés de son amie. Il n'osait pas croiser son regard. Il serait certainement foudroyé par son expression. Humilié, il ne réplique pas quand une main se glisse sous son menton pour lui relever le visage, quand des mains peu habiles viennent tester la solidité de ses canines aiguisées, quand on essaie de tendre une aile molle pour en vérifier la musculature. Telle une marée on le tire on le pousse, on veut lui faire plier le genou pour mieux l'atteindre.
Gémissement d'un animal qui semble abandonné alors qu'il obéit à la demande, qu'un genou tombe à terre et qu'on le griffe, qu'on le caresse, qu'on le palpe en tous sens. C'était comme si les Humains avaient perdu leurs raisons, qu'approcher ainsi une créature du monde interdit ne faisait qu'exacerber leurs mauvais fonds.

Mais peu importe. Tout ce qui lui importait c'était cette présence non loin. Les sens en alerte il voulait entendre le moindre son provenant de sa bouche, de son souffle, savoir si elle était dégoutée de le voir ainsi, savoir si elle avait fui au loin pour ne plus jamais le revoir.
Et à exacerber son sens de l'ouïe, il entend un chuchotement.

Il relève la tête brusquement, voit l'échange entre cet homme et Mama, voit Aksana à côté qui semblait blême.
Colère, fureur. Tempête de flamme blanche qui illumine son regard qui est assassin, cette formidable carcasse qui se redresse malgré les emprises et fait un pas en avant. Une grimace déforme la beauté de ses traits, tel un loup qui déplie les dents il dévoile la longueur de ses canines protubérantes et un son résonne dans sa poitrine. Un roulement lointain qui prend vie, qui résonne dans sa poitrine avant de sortir de cette gueule qui s'ouvre tel un étau implacable. Cela résonne autour de tout le monde tel des vibrations de l'air qui font danser les flammèches des chandeliers. Les humains reculent, se protègent le visage alors que le démon prend réellement vie devant eux, partagés entre la terreur et l'excitation.

- Sheog, stop.

La voix Mama tonne à nouveau, serpent d'air qui siffle et veut canaliser la Bête.
Un nouveau pas en avant qui semble faire trembler le sol. Le Monstre continue d'avancer, la salive glissant de l'une de ses canines, les doigts écartés comme s'il était sur le point d'éventrer quelqu'un.
Et surtout, les paroles de sa propriétaire glissent sur lui, car dans son esprit était logé de douces paroles.
« Ne laisse pas ces monstres te broyer. »
Trop de fois, trop longtemps, il a plié l'échine. Il s'est soumis avec douceur, n'a jamais remis en cause les fondamentaux de son existence même dans cette cave aménagée. Parce que c'était lui le Démon et eux les Humains, les bons de l'histoire. Mais ce soir, c'était eux, les monstres.

L'homme qui avait susurré à l'oreille de Mama recule, empoigne par réflexe l'avant-bras d'Aksana
Les yeux flamboyants se plissent de fureur alors qu'un nouveau pas le fait franchir ce pentagramme semblable à une prison de peinture. Un cri de peur cingle l'air, alors que dans un froissement, une force merveilleuse vient éveiller ces ailes qui s'élèvent dans l'air avec lenteur, emplissent l'espace de leurs gigantesques dimensions, jusqu'à en racler le plafond de ce petit salon, rayure s'imprimant dans le bois comme une preuve intangible de sa puissance. Barrière de chair qui se tendent, Prince des enfers qui enfin s'affirme dans une beauté interdite pour la première fois de son existence.

- J'ai dit stop ! Et vous lâchez là !

Failure dans cette voix d'habitude si clair et nette. Un léger tremblement, d'une simple femme se tenant devant un être capable de la briser en deux d'une simple pression et qui cherche à calmer la fureur de l'animal pour ne pas sombrer.
L'homme la relâche brutalement, le dessin de ses doigts s'étant imprimé sur la peau d'Aksana. Sheog ne le quitte pas du regard alors qu'il rejoint cet autre homme mauvais, ce Mr Tyndall. C'était à son tour de lui jeter un regard plein de dédain, une force nouvelle l'empêchant de sentir inférieur. Un soufflet de forge, un semi-grognement qui glisse sur sa langue alors qu'il se détourne pour de nouveau se focaliser sur Mama.
Vainement elle tentait de maîtriser les émotions qui se lisaient sur son visage. Elle fait un pas en avant et tend le bras et d'un claquement terriblement vient abattre sa cravache sur la joue de Sheog. L'impact lui fait rejeter la tête en arrière, une zébrure violette ornant sa mâchoire. Pourtant il ne recule pas, refuse de paraître moins menaçant tant qu'elle ne l'avait pas entendu.

- Jamais.

Une voix gutturale, des mots difficilement articulés. Lui qui d'ordinaire ne faisait que murmurer, le son de sa propre voix l'étonne.
Un homme pousse un gémissement alors qu'il s'étonne à voix haute que cette Bête puisse parler.

- Jamais vous ne ferez ça à Aksana. Une de ses mains monstrueuses se pose sur son torse. Utilisez-moi comme vous l'avez toujours fait, mais ne la touchez pas.

Mama déglutit bruyamment, hoche la tête pour apaiser l'Animal. Sheog recule, refuse de croiser le regard de l'elfe bleu, toujours dans cette peur d'enfant qui a peur de se sentir rejeté. Mais peu importe, elle serait dans une relative sécurité, il s'était battu pour sa presque liberté. Mama avait dit oui, non ? Elle tiendrait parole n'est-ce pas ?
Le doute le ronge, mais il continue de reculer pour regagner sa place, les ailes tombant avec lenteur jusqu'au sol où elle racle le parquet. De nouveau docile, il retire cette menace de son visage, regarde ses pieds pour ne pas apercevoir les yeux des Humains.
Cela s'agite autour de lui, comme si on avait mis un coup de pied dans une fourmilière. Certains sont admiratif, d'autre sont rongés par la peur. On devrait l'abattre. C'est le tueur ultime. On devrait le décapiter ou enfoncer un pieu dans son cœur. Il était incroyable.

Pourtant Sheog ne bouge pas, comme inerte. Cette apparence lui donnait toujours une énergie folle, un arc électrique qui s'amuse à le doper à l'adrénaline. Il sentait fort et invincible. Toutefois il ne semblait n'être qu'une poupée de chiffon, comme vidé de toute essence vitale. Parce qu'il prenait conscience qu'il avait mit à mal la position de la bleuté, que peut être cela allait lui retomber dessus et qu'elle porterait un fardeau qui n'était pas le sien. Parce qu'il refusait obstinément d'échanger un regard avec elle. Elle devait avoir peur. Elle devait le trouver repoussant.
Tu es hideux. On aurait dû te tuer.
Seigneur qui n'attendait que le couperet tombe. Il avait mal agi, il serait puni. Et il tremble déjà de ce qui l'attendait dans sa chambre.

Mama fait semblant d'avoir la maitrise sur cette soirée, affichant un sourire léger, replaçant une mèche qui s'était échappé de sa queue de cheval, répondant d'une voix calme et polis alors que des échanges se font et que les clients veulent accaparer les capacités de la Bête. Beaucoup son partis, prenant brusquement conscience de la puissance face à eux. Les autres sont avides.
La soirée avance, s'écoule vite. Sheog n'était plus vraiment présent de toute façon. Et quand elle lui ordonne de descendre il s'exécute, la queue glissant sur le sol, ses ailes frottant les murs de l'escalier. En bas l'attendait deux domestiques, la mine fermée, tenant un objet de honte.

Une fois les derniers invités partis, Mama s'approche d'Aksana et lui ordonne de la suivre. Elle s'arrête en haut des escaliers et redresse son visage d'un air suffisant.

- Vous allez voir la deuxième leçon jeune fille. Retenez bien ces enseignements.

Puis elle part sans accompagner l'elfe bleue.
Dans l'angle du mur se tenait un monstre replié sur lui-même. Les ailes rabattues pour le couper du monde, le visage enfouis dans ses avant-bras, Sheog tremblait de tous ses membres, claquant des dents.
Face à lui se tenait un immense miroir, déposé par les autres domestiques. C'était sa punition. Celle de voir ce qu'il était réellement, de ne pas pouvoir échapper à la cruelle réalité. Ce miroir était toujours sa punition pour mal agir, depuis tout petit. Lui quoi n'était pas aussi beau qu'un humain se perdait dans la désillusion la plus totale en voyant son corps difforme, tremblant de peur et d'incertitude. Il était obligé de garder cette forme pour que la punition dure des heures, pour qu'il se flagelle mentalement suffisamment pour lui laisser une plaie béante dans son égo. Il serait obligé de se regarder de toute manière et on ne lui laissait pas l'opportunité d'agir autrement.

Alors qu'il entend du bruit à la porte, il laisse sa tête dépasser de ses ailes, laissant apercevoir son objet de honte : une muselière. C'était un masque de cuir ceignant tout le bas de son visage, ouverte sur une partie de sa bouche pour laisser apercevoir une barre de fer glissé dans la bouche tel un mors de cheval.
Il tremble plus fort, observe les contours de ce corps bleuté. Ses yeux d'argents se plissent alors que des larmes, perles cristallines, viennent dévaler l'arc de ses pommettes saillantes et goutte sur sa peau grise.
Une voix se fait entendre, une articulation lente alors qu'il lui était difficile de se faire comprendre.

- Je. Suis. Désolé.


Lulu
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Lulu
Sam 13 Jan - 19:54

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
AKSANA'S POV. Dans l’ombre vespérale, les mortels aux yeux dégoulinants d'impuretés, furent témoins de l’éclosion d’une beauté altière. Parmi ses vénérants, deux joyaux azurés se distinguèrent… Mais une épine poigna son cœur délicat, et ils réprimèrent leur scintillement d'admiration dès qu'ils discernèrent les ailes déclinantes de l’Adonis.
Comment pourrait-elle encenser la beauté de son ami alors qu’il était en proie à une souffrance manifeste ? Lui, l'hybride céleste et souterrain, se trouvait captif dans une étroite enceinte, où des créatures bien plus vulgaires que lui s'agitaient autour de sa carcasse. Dans une réalité différente, ce sont eux qui devraient s'incliner, pas lui.
Chaque imperfection de son être divin semblait être une plaie infligée par la cruauté de ceux qui peuplaient la surface. Une mélancolie silencieuse s'empara d'elle, un chagrin profond pour une créature aux ailes majestueuses, trop tôt pliées sous le poids des turpitudes terrestres.
Une révolte muette, semblable à un souffle vicié, naquit dans les profondeurs de son être. Elle s'épanouissait silencieusement, chahutant sa poitrine tel un ouragan étouffé qui continua de croître, alimentée par la cruauté flagrante qui se déployait sous ses yeux.
Telles des entités désincarnées, uniquement animées par la cupidité, ils s'approchèrent de Sheog, étalant leurs petites pattes souillées sur son être fabuleux.
La mâchoire de la malhar se contracta, une tension électrique traversa ses bras, et ses poings se serrèrent avec une intensité croissante jusqu'à ce que ses griffes vinssent écorcher sa propre chair, y inscrivant des marques éphémères. Elle rêvait de voir ces humains misérables écrasés sous le poids de ses propres poings, transpercés par ses griffes acérées, de les réduire à néant comme autant de fourmis insignifiantes. Mais au lieu de cela, elle était témoin impuissante de l'humiliation infligée à Sheog par ces créatures pitoyables.
Le regard scrutateur de Mama, tel un aigle impérieux, pesait sur sa silhouette meurtrie par la colère. La fierté arrogante émanait de chaque pore de cette entité cruelle. Dans l'ombre d'un sourire, Aksana devinait la félicité perverse de Mama, un plaisir sadique à voir l’indocile confrontée à la conséquence inévitable de sa désobéissance.
Un raz-de-marée de rage tumultueuse s'abattit sur Aksana, menaçant de l'engloutir dans une écume haineuse. Elle se sentait au bord de l'asphyxie, submergée par la fureur qui grondait en elle comme une tempête dévastatrice. Tout en elle hurlait, criait contre cette injustice qui avait transformé le prince des enfers en une marionnette des mortels.
Pourtant, malgré le chaos intérieur qui la dévorait, Aksana ne pouvait soutenir le regard de Mama. Non, elle ne la craignait pas. Elle craignait plutôt de céder à l'impulsion sauvage qui la poussait à fondre sur cette figure malfaisante, à la déchirer de ses griffes affûtées comme une bête enragée.
Telle une statue pétrifiée, Aksana refusa de céder à l'explosion de sa colère et de sa rage. L'étau de la peur à l’idée d’hériter des traits cruels de ses ancêtres, enserrait toujours son être. Elle craignait de se laisser submerger par cette force sombre, de succomber à la bestialité qui avait jadis marqué son lignage. Elle refusait d'être réduite à une bête sauvage, hurlant sa fureur à la lueur des flammes de la vengeance.
L'écho des supplications muettes de Sheog résonnait dans le lointain. Contraint de s'agenouiller, le sublime, censé régner en majesté, se soumettait à l'humiliation infligée par ces vermines. Le silence d'Aksana persistait, une statique muettement lâche, alors que son monde sombrait. Elle ne voulait pas être comme ses ancêtres déchus, mais sa passivité la rongeait de l'intérieur. Lâche, lâche, lâche, répétait le parasite qui dévorait ses chairs.
Au plus profond de son être, une gorge nouée trahissait sa détresse. Ses prunelles, naguère luisantes d'admiration, scintillaient désormais de larmes retenues. Elle aurait voulu hurler, cracher le venin de sa révolte, mais elle resta figée, prisonnière de sa propre retenue. Cette colère refoulée menaçait de déborder, engendrant une nausée indicible qui aurait pu la faire vomir, si elle avait eu le ventre plein.

L'horreur de cette effroyable soirée n'était pas près de s'achever, car une nouvelle menace, une vermine avide, s'apprêtait à souiller les deux enfants de la lune, murmurant ses sombres désirs à l'oreille de Mama. Dans l'ombre du supplice imminent, un frémissement parcourut le corps de la bleutée.
Soudain, comme un titan se réveillant de son sommeil millénaire, Sheog déploya toute sa puissante stature. Un grondement, aussi inquiétant que le rugissement d'un orage lointain, résonna dans l'atmosphère.
Le souffle d'Aksana se coupa face à cette vision grandiose. Ses prunelles azurées s'arrondirent, contemplant cette rage majestueuse qui déferlait tel un raz-de-marée assourdissant. Sheog, par sa fureur incarnée, avait su intimider la bassesse humaine, faisant plier l'insolence de ceux qui osaient les défier.
Elle entendit au loin l'ordre étouffé de Mama, s'éteignant dans l'air chargé d'électricité. En cet instant d'éclat, ils étaient intouchables.
La poitrine d'Aksana s'éleva, plus légère soudainement, comme si toute la rage qui l'avait étouffée s'était évaporée. Sheog, par sa fureur magnifique, avait incarné leur révolte, les rendant momentanément intouchables, comme des entités divines ondoyant au-dessus de la mêlée, immuables face à la misérable humanité.
Alors que l'obscurité engloutissait la scène, Aksana se retrouva prise au piège par l'un de ces vils mortels, un être dénué de toute grandeur, qui empoigna fermement son bras. Sa silhouette s'insinua sournoisement derrière elle, comme pour se dissimuler, à l'abri de la majesté menaçante de Sheog. Cependant, la fortune de l'homme fut soufflée par le hurlement puissant de l'argenté.
Un cri déchirant résonna, faisant vaciller l'air chargé de tension. La silhouette d'argent, en un éclat d'éclairs, se transforma, révélant des ailes majestueuses qui se déployèrent et emplirent la pièce d'une envergure sublime. Elles s'élevèrent jusqu'au plafond, et ne se contentèrent pas de l’effleurer ; elles l’abîmèrent, au point de faire tomber quelques particules de peinture qui entourèrent la silhouette de l’ailé.
Pour Aksana, dans cet instant, l'univers se réduisit à Sheog. Plus de place pour les vermines, plus de place pour les mortels mesquins. Il n'y avait que Sheog, avec sa révolte incandescente et sa splendeur dévastatrice. Les échos de la lutte s'évanouirent dans le halo de l'argenté, laissant place à une transe où la seule réalité était celle du prince des enfers, transcendé dans toute sa magnificence.
Son esprit, autrefois assailli par les turpitudes des mortels, se purifia. Les entraves de la colère et de la frustration furent balayées par la présence de son ami. Dans cette communion silencieuse, Aksana se fondit dans la fureur incandescente de son compagnon d'ombre, et ils devinrent, dans l'éclat des ailes déployées, les souverains de l'instant, les maîtres de leur propre révolte.

La voix de Mama, d'ordinaire arrogante, se laissa envahir par une étrange fragilité, éveillant l'attention acérée de la malhar. Mama semblait flotter sur le fil ténu de l'inquiétude. Aksana, silencieuse, observa, cherchant à goûter la panique qui imprégnerait bientôt ses traits, elle l’espérait. Dans les mirettes de la bleutée, flotta une lueur de satisfaction, d'espoir et de fierté.
Cependant, son extase fut abruptement interrompue lorsque le fouet de Mama s'abattit avec une férocité inattendue, éraflant la joue majestueuse de Sheog. Un éclair de douleur transperça le cœur de la domestique, sa poitrine se serrant dans une angoisse involontaire. Elle détourna ses prunelles vers son ami craignant d'y déceler la moindre trace de souffrance. Mais lui, demeurait au sommet de sa puissance, une forteresse inaltérable face aux assauts des mortels.
Un frisson brutal parcourut le corps d'Aksana dès que cette vision se mêla à la voix rugissante de volonté, se mêla à l'air saturé d'électricité. Ce frisson, s'il était brutal, portait en lui une étrangeté jouissive, une harmonie envoûtante. Elle se sentait emportée par cette voix, une symphonie puissante qui la berçait dans un émoi réconfortant. Même au seuil d'une fin amère, elle trouva refuge dans cette voix, s'évadant brièvement de la réalité impitoyable pour se noyer dans un océan de sécurité. Un lieu suffisamment étendu, pour qu’il puisse également y trouver sa place ; elle ferait tout ce qui était en son pouvoir, pour l’y emmener.
Mama, acculée, capitula devant la furie dévastatrice et épargna la jeune malhar des désirs immondes de l'humain. Un soupir de soulagement parcourut Aksana, et un faible sourire effleura ses lèvres. Elle s'apprêtait à goûter à la satisfaction et à la fierté qui en découlaient, mais son regard fut attiré par une scène inattendue. Sheog, loin de demeurer dans la grandeur de sa puissance, se ratatina sur lui-même, la honte le dévorant.
La peine envahit le cœur d'Aksana, comme une lame tranchante qui fend l'air. Elle réalisa, avec une clarté cruelle, qu'elle n'était pas seule à craindre la fureur que l'humanité avait éveillée en elle. Elle n'était pas seule à redouter d'être perçue comme un monstre. La vision de Sheog, abîmé par la honte, fit naître en elle une compassion nouvelle. Elle ne l'avait pas considéré comme un monstre à cet instant, mais plutôt comme un être admirable, puissant, désirable, presque intouchable. Et si le moment était venu d'embrasser cette colère, de la laisser embraser ce monde qui les voulait à terre ?

Le reste de la soirée, la domestique fut captive de ses pensées, plongée dans une méditation profonde. Un silence empreint de mélancolie l'entourait, et ses prunelles ne s'éveillaient que pour observer Sheog, où se lisait la peine dans son regard. À ses yeux, il n'avait rien d'un monstre. Absolument rien, se répéta-t-elle inlassablement, comme si ses songes pouvaient l’atteindre.  
Les invités s'en allèrent peu à peu, Sheog regagna les tréfonds du manoir, et Aksana s'apprêtait à le rejoindre lorsque Mama l'arrêta, réclamant son attention d'un geste impérieux.
La malhar, déterminée à comprendre ce que Mama attendait d'elle, lui accorda de son temps. Elle la suivit, s'enfonçant dans les méandres de l'ombre, puis, loin de s’avouer vaincue, elle la mit de nouveau en garde.
Le regard glacial d'Aksana se fendit soudainement, dévoilant une fissure où la crainte s'insinua comme un serpent silencieux. De quoi parlait Mama ? Un frisson inquiétant dévala l'échine de la malhar. Ses pensées se précipitèrent immédiatement vers Sheog, une inquiétude profonde obscurcissant son regard azuré.
Sans prêter l'ombre d'une salutation à Mama, sans même attendre que cette dernière s'éloigne en première, Aksana se précipita vers les escaliers pour les dévaler avec une hâte empreinte d'urgence. Là, dans la geôle de son ami, elle découvrit une silhouette tremblante, une masse dissimulée sous une paire d'ailes déployées. Sa présence était à la fois imposante et déchue, comme une figure déchirée entre la puissance et les abysses de la honte. L’elfe, à la fois intriguée et inquiète, s'approcha avec précaution. Son souffle se mêlait à celui de Sheog, une symphonie soucieuse dans cet endroit où le moindre son semblait avoir un écho particulier.
Quand Sheog releva la tête, un sourire fugace, chargé de bienveillance, titilla les lèvres d'Aksana. Cependant, l'éclat s'évanesça promptement à la vue de la muselière enserrant le visage majestueux de son ami. Un sursaut de rage jaillit dans son cœur, et une exclamation empreinte de fureur, comme une malédiction proférée contre des divinités impies, s'échappa de ses lèvres.

— « Bande de saloperies... »

Aksana s'agenouilla aux côtés de Sheog avec précipitation, prête à défaire le joug infâme de la muselière, ses prunelles frémissant de colère qu'elle tentait en vain de réprimer. Cependant, son regard s'adoucit dès qu'elle capta le regard scintillant de son ami. Une peine profonde l'envahit, faisant frémir ses sourcils sous le poids du chagrin.

— « Excuse-moi... »

L'excuse s'échappa de ses lèvres, teintée de sincérité, comme si elle craignait de briser davantage l'être qu'elle chérissait. Mais la surprise s'empara d'elle lorsque des excuses s'échappèrent également des lèvres de l’ailé. Ses sourcils se froncèrent brièvement, étonnée, puis l'éclair de compréhension illumina son esprit, se remémorant la silhouette affligée de l'argenté après l'explosion de sa colère.

— « Non… Ne le sois pas… » implora-t-elle promptement, tel un cri du cœur.

Aksana redevint une gardienne farouche, déterminée à préserver cette âme innocente des remous de la culpabilité.

— « Tu as été... Exceptionnel, magnifique, même. Jamais je n'ai vu quelqu'un briller autant… », elle s'emporta, ballotée par la marée de l'admiration, ses prunelles bleutées scintillant.« Tu étais d'une beauté à couper le souffle... »

L'éloge jaillissait comme une offrande sincère, tandis que la malhar se laissait emporter par une passion qui la transportait dans un océan d'émotions. Son regard, captif de celui de son ami, s'y enfonçait comme une sirène happée par des profondeurs étincelantes de trésors somptueux.

— « ... Et tu l'es toujours, Sheog. Peu importe ta forme. »

Un aveu final, une déclaration sincère qui jaillissait des lèvres d'Aksana, mais la conscience, telle une lame tranchante, déchira l'enchantement. Elle cligna des yeux, se reprenant, retrouvant la surface où la culpabilité l'attendait, mordante et implacable.

— « C'est moi qui suis désolée... Ce que tu as subi ce soir, c'est de ma faute... Pardonne-moi. »

Aksana implora la clémence de l'admiré, consciente que tout ce qu'elle avait causé n'était que souffrance et qu'elle n'avait su se démarquer que par sa lâcheté. Ses erreurs s’incarnant même, dans la muselière dont Sheog subissait l’étau.

— « Je... Si tu le veux bien, je vais t'aider, à te débarrasser de ça… » murmura-t-elle, la gorge nouée par la peine.

Longuement, elle observa la muselière, puis finit par trouver où elle s'attachait. Avec une délicatesse qui trahissait son affection, elle la lui ôta, la jetant loin de son ami.
Silencieusement, elle contempla la silhouette meurtrie de son ami, s'attardant sur la vilaine balafre infligée par le fouet de Mama. Son cœur se tordit de douleur, et elle s'apprêta à se relever pour trouver de quoi soulager ses blessures. Cependant, à peine debout, son regard fut captivé par un grand miroir jusqu'alors ignoré, dirigé droit vers Sheog comme une sentence, l'obligeant à contempler sa supposée monstruosité. Ses sourcils se froncèrent, et la douleur dans sa poitrine s'intensifia.
Aksana se rassit au niveau de Sheog, l'observant avec une tendresse infinie.

— « Quand je t'ai dit te trouver sublime... Je le pense profondément », murmura-t-elle, sa voix douce caressant l'atmosphère. « Ces crocs et ces griffes... Sont seulement plus longs que les miens. Et ces ailes... » son regard se porta vers elles, scintillant d'admiration. « Elles sont faites pour danser avec la lune... Et pour un tas d’autres choses, comme pour te protéger du froid mordant », le protéger tout court, lui offrir l'inaccessibilité des étoiles. « Toi qui est doté d’une grande curiosité, peut-être que tu pourrais t’intéresser à ce que ces particularités sont capables de t’apporter… » et non pas ce qu’elles pourraient apporter aux humains.

Les yeux d'Aksana revinrent sur le miroir, scrutant le reflet de Sheog plutôt que le sien.

— « Je ne sais ce que Mama espère révéler dans ce miroir... Mais moi, je n'y vois aucune monstruosité. Juste toi, Sheog. Et s'ils peuvent me permettre de t’admirer à l’infini, alors j'aimerais orner chaque coin de cette chambre de miroirs », souffla-t-elle tendrement, cherchant le regard de son ami dans le reflet argenté.

La malhar, d'une douceur infinie, poursuivit dans ce langage de tendres confidences.

— « Cependant, cette chambre est la tienne, et si tu désires te défaire de ce miroir... Alors, je t’aiderai à t’en défaire », affirma-t-elle, une fermeté doucement posée dans sa voix veloutée.
Ezvana
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Ezvana
Dim 14 Jan - 19:32

Sheog
Démon, c'est ainsi que l'on m'appelle. Personne ne me ressemble et je vis dans ma chambre, dans la cave de Mama. Depuis toujours, elle me marchande pour les lubies d'humains lors de soirées privés. Je me plie à ses ordres, ne connaissant rien d'autre, cherchant l'amour maternel et l'affection des humains que je croise.

Tant d'année se sont écoulés, je cherche toujours a savoir ce qui ce passe de l'autre côté de ces murs. Les livres ne suffisent plus à apaiser mon besoin de liberté. Depuis peu, Mama a engager une domestique si différente des autres. Aksana.


Gouttelettes traîtresses qui dévalent les joues de l’entité qui ne cesse d’être mortifié par ses actions, par son apparence. Impossible de retenir ces perles salées, comme un torrent que rien ne peut s’arrêter, un déversement de toute cette tension insoutenable, le cœur qui craque et la fatigue qui prend le dessus.
Griffes trop longues qui viennent érafler ses jambes alors qu’il se replie un peu plus sur lui, statue géante qui essaie de se faire le plus petit possible malgré la présence de l’elfe bleue à ses côtés et qui tentait de le rassurer d’une voix douce.

Billes d’argent qui dépassent de ses avant-bras repliés, cette façon dont il l’écoutait malgré les sanglots, les oreilles plaquées sur le crâne et la poitrine prises de spasmes. Peut importe son état, il était toujours terriblement conscient de la présence d’Aksana, comme si son souffle devait se calquer au sien, que sa position influait sur la sienne. Elle était devenue cette flamme bleue qui lui permet de mieux respirer la nuit, elle était la douceur dans cette vie bien trop lisse, elle était le songe qui prenait vie au quotidien.
Jamais encore une personne est venue le réconforter ainsi, c’était comme si elle était venue soulever les poids qu’il portait dans son cœur pour l’alléger, soulageant un fardeau qui alourdissait ses propres épaules menues. En aucune façon il n’a pu toucher du bout des doigts une telle tendresse, jamais on ne l’a décrit comme elle le faisait et surtout avec cette ferveur.

Le tremblement cesse de le faire frémir alors que ses ailes s'écartent avec douceur pour laisser son amie s'approcher pour retirer son objet de honte. Bonnet d'âne humiliant qui orne son visage, tel un animal enragé qui ne mérite que d'être mit en cage puis abattu. Baisser la tête, docile et sage, comme si on était prêt à le frapper si un son sort de sa bouche. Quand sa mâchoire est libérée il cache d'une main ses lèvres déformées par les larges canines et quand il se rend compte que l'on voit sa main griffue il se repli à nouveau sur lui. Cependant l'hésitation s'insinue en lui, tel un courant chaleureux qui vient chatouiller ses nerfs et apaise ses larmes qui cessent enfin de ruisseler. Aksana n'était pas humaine, donc elle ne mentait pas. Elle n'était pas pétrie de mauvaises intentions à son égard. Elle était douce et prévenante, elle était forte et plus solide que le granit. Si elle n'était pas effrayée par lui, peut-être que pour une fois il pouvait s'accorder le droit de respirer, de ne pas être cette Bête enchaîné au fond d'une niche.
Du dos d'une main il vient essuyer la salive sur sa bouche, les dernières traces de ces larmes sur ses pommettes. Pourtant la tristesse ne cesser de briller dans son regard aux paupières lourdes.

- Je suis laid, Aksana. Et ces particularités ne m'apportent rien.

Impossible de chuchoter et d'articuler. Il ne pouvait que posséder cette voix grave qui lui éreinte les tympans. Dans un mouvement souple les ailes s'écartent, se glissent dans son dos en frottant contre le mur de pierre, tend ses mains devant lui comme s'il présentait un terrible présent.

- Avec ça je ne peux même pas retirer les attaches en cuirs qui me ceignent la peau ou même écrire mon propre prénom. Elles ne sont faîte que pour éventrer et pourfendre.

Une paume vient balayer son visage, les sourcils s'arc sous le poids de la douleur.

- Et avec ça je dois mordre pour briser des os et arracher la chair. Je ne peux même pas articuler correctement.

Un soubresaut, un élan vers l'avant alors qu'il essai de relever ses ailes qui craquent, mais manquent d'une énergie cruciale.

- Et elles ? Elles ne peuvent rien faire. Hormis peut-être découper de la peau. Cela devait être une fierté, un étendard. Elles ne sont que mollesse et gêne.

Son visage se détourne, la mâchoire se crispe alors que ses yeux se ferment, se plissent sous la honte qu'il ressentait. C'était intime, particulier. Elles faisaient partie de lui comme un bras ou une jambe pour le commun des mortels et en lui il ressentait le besoin de les utiliser, des les muscler pour s'en servir. Tel un oiseau qui utilise ses ailes par habitude, il endurait un profond manque cuisant qui blesse son égo.
C'était un aveu terrible qui le fait frémir de rage, comme une révolte qui sonne et gronde dans son cœur depuis trop longtemps, mit de côté puis oublié pour se faciliter la vie et ne plus se poser de questions.

- Mais je ne peux rien y faire, Mama m'a dit que si je m'envole, je terrifierais tout le monde et que l'on me tuera par arme à feu. Ici je suis en sécurité.

Et il y croyait encore avec la ferveur d'un enfant qui avale toutes les paroles de son parent.

- Je ne suis qu'un poids. Je t'ai mis dans une situation délicate et à cause de moi les Humains penseront que tu es mauvaise comme moi. Toi tu es belle. Aussi belle qu'une nuit étoilée. Tu es lumineuse comme la lune. Tu es résistante comme le roseau qui plie, mais se relève toujours. Je ne me vois pas comme tu me vois.

Et parfois, je me dis que la vie ne mérite pas d'être vécut.
La colère s'estompe, ne devient que les contours brouillés d'une désillusion lointaine. Ses épaules s'affaissent et un soupir glisse entre ses lèvres grises. Jamais encore il ne c'était dévoilé ainsi, n'avait émit la moindre faiblesse dans l'amour qu'il éprouvait pour les Humains, jamais il n'avait ainsi énoncé qui qui se tramait dans son cœur depuis tout ce temps. Prisonnier autant dans cette cave que dans le temps, immobile et incapable de s'élever pour mieux respirer.

- J'ai toujours craint les miroirs. Je ne supporte pas de me voir.

Il tente de relever son visage, mais rien que le fait d'apercevoir une partie de son reflet le détourne aussitôt et lui hérisse le poil. Après tout, il aurait pu être battu, se faire fouetter comme l'a fait Mme Blondel. Mama ne voulait que lui donner une leçon car il a été menaçant. Cependant il avait encore un sentiment étrange qui agitait ses nerfs, cette sensation inconnue… de puissance. Pour la première fois de sa vie il n'avait pas craint, il avait imposé. C'était doucereux et réconfortant et il s'en veut d'ainsi savourer le fruit de cette soirée.

Aussitôt il fronce des sourcils et se mord la langue pour se punir de penser ainsi. Il était devenu une menace, cela n'était en rien glorieux. Mama lui avait dit qu'un jour il serait plein de ce genre de pensée pécheresse, juste une énième preuve de sa nature profonde et qu'il devait se repentir.
Le sang flatte ses papilles et glisse dans sa gorge avec ce goût de fer si typique.

- Si tu touches à ça, Mama ne sera pas contente. Et c'est toi qui seras punit.

Il serre les dents alors qu'il se redresse, glisse de hors de son lit en prenant appui sur ses pattes félines, attrape difficilement cette fine couverture sur son lit. Esquivant son propre reflet il s'approche de cet objet maudit, avant de faire glisser le tissu sur le dessus pour qu'enfin la lumière n'y apparaît plus et qu'il puisse ne plus apercevoir cette engeance démoniaque.
La Gargouille se secoue, s'ébroue comme s'il venait de passer sous un torrent d'eau alors qu'il semble reprendre une respiration plus normale. Rien que l'idée d'effleurer cet objet lui donne la nausée.
Rapidement il se détourne de sa peur pour faire face à Aksana, timidement, se frottant le coude, n'osant pas vraiment la regarder de face. Étrange créature qui ne sait pas comment aborder la douce elfe face à lui.

- J'aimerais bien me voir comme tu me vois.

Craintivement il aurait voulu chuchoter ses paroles, comme si le vent pouvait emporter ses mots et que cela reste une simple prière.
Avec une lenteur calculée il lève une main, vient repousser de la pointe effilé une mèche de cheveux, effleure cette peau veloutée qu'il ne voulait surtout pas abîmer. Douceur incalculable d'un monstre capable de tendresse, qui veut se prouver à lui-même qu'il était capable d'être plus qu'une machine meurtrière.

- Un jour tu te verras comme moi je te vois.

La tête se penche sur le côté, chevelure de nuit qui glisse sur son corps et accompagne son mouvement alors qu'il retire cette griffe pour laisser à nouveau une distance raisonnable. Sheog n'ose pas sourire de peur de paraître disgracieux, mais ses yeux se plissent comme s'il était illuminé de l'intérieur. Ferveur dans ce palpitant qui bat plus vite, cet éclat dans le regard preuve d'une sincérité déroutante.
Miracle d'espoir qui agite les ailes pendantes, cette façon dont elles remontent lentement pour prendre place dans son dos là où elles devaient être depuis toujours, se cale et s'immobilise enfin. La Gargouille semble prendre véritablement forme, ne semble plus amputé de quelque chose de primordial.
Mais il ne s'en rend pas compte car il entend des bruits de souris des domestiques qui s'agitent derrière la porte, des chuchotements plus du tout discret, commérant sur ce qu'ils pouvaient entendre de secret, sur les monstres qui osaient défier Mama, ricanant sur le fait que le zoo prenait forme. Qui sera le prochain punit ?

Lulu
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Lulu
Mar 16 Jan - 11:04

Aksana

Est la descendance oubliée d’abominations morales, fruits maudits de malhars, le temps a ravi ses traits juvéniles, pour qu'elle devienne l'image fidèle d'une mère sans nom, égarée dans les ombres de l'abandon. Palpitant vacant qui ne demande qu’à ronronner sous la moindre caresse, mais les rares curieux craignent d'être engloutis par les ténèbres qui l'entourent. Ces malheureux ignorent que l’âme de l’orpheline brille d'une lueur douce, condamnée à suffoquer sous le poids des préjugés. Domestique qui frise l'esclavage sans même s'en douter, convaincue que, grâce à ses efforts infatigables, elle lavera l'honneur terni de sa lignée. Dévouée qui s'échine, jour après jour, entre les murs du manoir de Mama, la lueur d'espérance continue de briller dans ses yeux fatigués.

Enfin, le monde m'offre une main secourable, une opportunité d'ériger la preuve que mon lignage n'est pas aussi vicié que l'insinuent les sinistres murmures. Mes mains, maculées du bleu de l'infamie, sont prêtes à démontrer au monde qu'elles ne furent point créées pour disséminer que mensonges et tourments. En ce sanctuaire, j'ai trouvé asile, un rayon d'espoir scintillant faiblement... Et une étrange compagnie, dont la singularité miroite dans le miroir de la mienne. S h e o g, est son nom.
AKSANA'S POV. Azurs impuissants contemplèrent la chute de l'adoré, regrettant amèrement de ne pas s'être égarés plus tôt dans les dédales de ce manoir des horreurs. Pour l'extirper des abîmes, le préserver du venin des impies, afin qu'il grandisse en paix et soit chéri. Peut-être, alors, aurait-il pu se percevoir tel qu'elle le percevait. Tel qu'il était véritablement. Cependant, la malhar ne perdait pas espoir, même si d'infâmes entités s'échinaient à le lui ravir. Jamais ils n'obtiendraient gain de cause, pas après ce qu'elle avait vu et vécu ce soir.
Ce soir-là, Sheog avait sut démontrer que, même immergé dans les ténèbres durant des années, la lumière demeurait indomptable. Dans l'alcôve intime de son cœur, au détour d'un songe ou d'un mot, glissant le long d'un geste délicat ou se frayant un chemin sur des ailes affaiblies, l'éclat persistait.
Dans un élan spontané, elle souffla une remarque à chaud :

— « Si un certain plafond pouvait parler, je ne suis pas certaine qu’il les qualifierait de molles… »

Ses paroles, tel un souffle irréfléchi, caressèrent l'atmosphère d'une impertinence légère, tout en faisant frémir le coin de ses lèvres d'un sourire complice.
Cependant, ce sourire s'éteignit rapidement, comme une flamme sous l'effet d'une bourrasque. Sa mine redevint très vite sérieuse, captant l'urgence et la gravité dans le ton solennel employé par son ami.
Une légère appréhension effleura son être, celle de l’avoir blessé avec une réflexion malhabile. Elle se savait parfois impulsive, maladroite dans ses paroles. Une ombre émergea brièvement dans sa conscience, celle d’une gamine abandonnée, maniant difficilement les codes sociaux.
Le spectre de l’enfant se dissipa, laissant place à la lumière vacillante qui dansait dans les prunelles de Sheog. Elle décela également un frémissement dans sa silhouette, éveillant en elle une curiosité attentive.
La malhar l’écouta alors qu’il avouait être convaincu par les dires de Mama, mais elle ne put s’empêcher de relever intérieurement une pointe de frustration chez lui, aussi léger qu’un murmure ténu. Ses sourcils se froncèrent imperceptiblement, les mots résonnant dans son esprit comme un écho désagréable.

— « En sécurité ? C’est ce que tu ressens ici ? » le questionna-t-elle, un mélange de surprise et de préoccupation dans sa voix.

Une sensation désagréable, un frisson dérangeant, se glissa insidieusement dans le creux de sa conscience. Aksana resserra légèrement la mâchoire, sentant la tension monter comme une vague insoupçonnée. Les murmures du passé s’élevèrent en elle, une mélodie dérangeante, semblable à un déjà-vu qui avait laissé son empreinte dans les replis de sa mémoire. Elle sonnait comme Monsieur Tyndall.
Son regard, auparavant perdu dans le vide, empoigna le regard de Sheog comme un talisman salvateur. Un sursaut de réconfort agita son être à sa vue, et elle saisit avidement cette bouée d'échappatoire. Avec une détermination feinte, elle reprit le fil de sa pensée, repoussant du revers de la main cette étreinte invisible qui avait menacé de l'engourdir. Comme une actrice habile dissimulant son trouble derrière un masque d'indifférence, elle poursuivit.

— « Mama peut dire ce qu’elle veut, mais tu n’es pas destiné à rester confiné ici comme un oiseau en cage » ajouta-t-elle, la voix ferme.

Sous la lueur incertaine du regard de Sheog, la fermeté qui habitait son regard s'estompa progressivement, et alors, il se qualifia de fardeau. À ce triste constat, le cœur de l’elfe se fendit, une douleur silencieuse s'insinuant en elle. Elle le fixa intensément, implorant silencieusement qu'il ne se considère pas ainsi. Elle comprenait la lourdeur de la culpabilité qu'il portait, mais elle refusait de laisser cette culpabilité l'engloutir.
Prête à le contredire, ses lèvres s'entrouvrirent pour laisser s'échapper le fond de ses pensées. Mais avant qu'elle n'ait pu les prononcer, Sheog la surprit en la complimentant sur sa beauté et sur sa force.
Jamais personne n'avait osé qualifier Aksana de belle, du moins sans arrière-pensée. Une surprise fugace se peignit sur son visage, puis une étrange sensation commença à réchauffer son cœur avant de se propager à sa peau, enflammant délicatement ses joues. Touchée au plus profond d'elle-même, elle se retrouva muette, comme pétrifiée. L'expression d'une gamine vulnérable se dessina sur son visage, son sérieux s'évaporant subitement. Pour la première fois de sa vie, elle se sentit étrangère à elle-même, mais d'une manière qui ne la terrifiait pas.
Mais ce moment fugace de vulnérabilité fut de courte durée. Sheog, reprenant la parole, partagea son aversion pour les miroirs. Cette confession sembla la réveiller de sa brève torpeur. Comme une poupée mécanique reprenant soudainement son mouvement, elle se remit en marche. La fragilité momentanée fit place à une nouvelle résolution.
Telle une figure de dévotion, Aksana, dans un élan de détermination, s'apprêta à se redresser, prête à libérer la chambre de ce miroir qui semblait tourmenter son ami. Avant qu’elle ne puisse faire quoi que ce soit, Sheog lui exprima son refus catégorique qu'elle soit punie par Mama pour s'être attaquée à ce maudit objet, et un sursaut de surprise saisit ses traits. Il se souciait d'elle, là où nul autre avant lui n'avait songé à veiller sur son bien-être.
Mais cette tendresse naissante était teintée d'amertume ; la jeune malhar ne voulait pas que sa sécurité se transforme en un fardeau douloureux pour l’ailé.

— « Je n’ai pas envie qu’elle te punisse non plus… » confia-t-elle, la voix minée par le souci.

Cette douloureuse réalisation réactiva les flammes de sa colère envers Mama. Le dégoût qu'elle portait à cette figure maternelle défaillante s'intensifia. Alors soudainement plongée dans des pensées brûlantes et haineuses, les paroles réconfortantes de son ami réussirent toutefois à l'extraire de ce tumulte intérieur. Comme une brise bienfaisante, ses mots la ramenèrent à la réalité immédiate.
Reposant son regard sur lui, Aksana se laissa surprendre par la proximité entre leurs êtres. Dès qu’il évoqua le désir de se voir un jour à travers ses yeux, la colère qui assombrissait son regard se dissipa subitement. Un sourire léger flotta sur ses lèvres, dévoilant les pointes acérées de ses crocs. Dans un murmure tendre, elle répondit :

— « Ça viendra… J'en suis certaine », et son regard empreint de douceur dissipa définitivement les ombres qui planaient dans la pièce.

Sa tendresse atteignit son apogée lorsque Sheog effleura délicatement une de ses mèches. Dans un geste gracieux, elle dirigea sa main griffue vers la sienne, prête à sceller ce moment unique.
Il poursuivit, lui confiant son désir de se voir un jour comme elle le percevait. La surprise éclaira le visage de la domestique. La confidence, tel un courant puissant, la balaya. Restée muette, elle laissa sa main redescendre lentement, une lueur d'impatience et d'admiration crépitant dans son regard.

— « J'ai hâte... Hâte de découvrir ce jour », confia-t-elle, son excitation vibrant dans sa voix.

Dans l'éclat envoûtant des prunelles de Sheog, elle se plongea, son cœur frémissant délicieusement, sans la moindre douleur. Un sourire resplendissant éclata sur ses lèvres, dévoilant pleinement ses dents acérées pour la première fois. Jamais n'avait-elle arboré une telle splendeur... Ni un tel éclat, puisque des lueurs faibles naquirent çà et là sur sa peau azurée, comme si elle se muait progressivement en un firmament d’étoiles.
Mais la jeune malhar perçut un changement subtil dans les prunelles de l’argenté, et les scintillements cessèrent. Une ombre, voila progressivement son éclat naissant, et ses lèvres bleutées, jadis fièrement élevées, s'affaissèrent avec une mélancolie soudaine. Une inquiétude se logea dans son cœur encore tiède, avait-elle fait quelque chose de mal ? Naturellement, ses lèvres se scellèrent, craignant que ses crocs acérés aient déchiqueté cet instant de légèreté.
Soudain, un tumulte à l'extérieur attira son attention ; insultes et rires des domestiques emplirent l’air. Toute tendresse, toute douceur, toute délicatesse s'éteignirent brutalement en elle. Sa mâchoire se serra, et une colère féroce, mêlée à une pointe de douleur, éclata dans ses yeux. Sans adresser un regard à Sheog, elle se précipita vers la porte, l'ouvrit violemment pour faire face à cette bande de vipères qui venait de leur dérober un moment de répit.
Haute silhouette malhar qui se trouva soudain nez à nez face à ces visages au rictus moqueur, et aux yeux trahissant une cruauté bien trop humaine. Les éclats de rires lascérèrent son coeur, et sonnèrent comme des mélodies tristement familières. Face à ce tableau aux relents de déjà-vu, la bleutée, submergée par un mélange d'indignation et de confusion, laissa éclater sa fureur.

— « Partez d’ici ! »

L’ordre fusa de sa bouche, non sans une pointe de maladresse. Loin de se résorber, le rire des domestiques se mua en une cacophonie jubilatoire qui fit écho dans la cave du manoir. Humiliée, Aksana serra ses poings mais releva la tête, elles n’auraient pas sa dignité.

— « Je vous ai… »
— « On t'a entendu, oiseau de malheur »
, siffla l’une d’elles, son visage s'étirant dans un rictus supérieur.

Ses yeux déversaient le mépris telle une fontaine vireuse, et la vénéneuse se permit un geste théâtral en relevant son menton. Le silence pesant qui accompagna ce geste amplifia l'aura dédaigneuse qui émanait d'elle. L’elfe soutint le regard de la rivale, une étincelle de défiance flottant dans ses yeux.

— « Si on est là, c’est pas pour toi… Même un rat a plus de valeur que toi, malhar. »

L'inquiétude monta en la moins-qu’un-rat, tel un serpent insidieux s'enroulant autour de son cœur. Elles étaient là pour Sheog. Faunique dévoila ses crocs acérés, que sa bouche ne pouvait plus contenir. La fureur, telle une bête enchaînée, tournoyait sur ses traits, prête à être relâchée.

— « J’ai entendu dire que Madame Blondel avait réussi à avoir une dent du monstre… Et que ça vaut une fortune ! Alors j’me demandais… Si moi aussi, j’pouvais en avoir une. »

Ses entrailles, agitées par une nausée profonde, se retournèrent brutalement. Elle jura, que ces humaines étaient pires que les plus vils ascendants qui ont sali le sang de sa lignée. Les battements de son cœur, autrefois réguliers, s'emballèrent, résonnant si puissamment qu’ils firent vibrer ses tempes.
Bien que son aspect imposant annonçait sa fureur, sa silhouette frissonnait telle une feuille au gré du vent ; jamais encore ne s’était-elle battue, surtout avec l'estomac creux et les nerfs éprouvés. Mais il est des premières fois inévitables, et elle ne pourrait se résigner à l’abandonner aux serres de cette nuée de harpies.
L'instinct évoqua les songes révolus, des fragments d'un passé où l'enfant au teint bleuâtre retenait ses côtes fracturées, un arrière-goût de terre flottant dans sa bouche, gisant aux pieds d'adolescents auto-proclamés faucheurs de mal. Le Mal, à la silhouette amaigrie, au souffle étouffé par la douleur, et aux prunelles implorant leur clémence. Puis les songes se fixèrent sur cette ombre fraternelle, non plus robuste que la sienne mais aux cheveux plus courts, se précipitant pour châtier avec férocité, telle une bête hargneuse, ceux qui avaient osé s'attaquer à sa lignée. Une ombre, qui lui en rappela une autre qu'elle avait vu étinceler ce soir. Elle se nourrirait de leur fureur pour la terrasser.

— « Viens la chercher… »
— « Tu l’auras voulu ! »


Main humaine, luisant d'une étrange lueur, venait de dévoiler une longue lame où dansaient des runes elfiques. Une lame affûtée, destinée à crever l’increvable, tel que l'épiderme d'un malhar. À sa vue, les oreilles de la bleutée s'affaissèrent brusquement, réalisant la détermination de cette furie humaine. Et celle-ci s'abattit dans un grondement sourd sur la gardienne.
L’humaine esquissa un mouvement agile et parvint à précipiter Aksana vers le sol froid et dur. Des lèvres d’Aksana, s'échappa un soupir ténu, aussitôt étouffé par l'étau du combat. Contrainte à lutter sous le poids de sa rivale, elle se débattit avec véhémence pour échapper aux lames acérées qui menaçaient de la transpercer.  Tandis que d'autres servantes, témoins silencieux de cette lutte effrénée, arboraient des visages empreints de souci face à la descente de leurs consœurs dans les abysses de la violence.
Entre les assauts véloces et impitoyables, des râles enfiévrés émaillèrent la scène. La malhar, agile et habile, esquiva avec adresse les frappes acérées de la domestique en furie, galvanisée à l’idée de massacrer une créature diabolique.
À plusieurs reprises, la lame coupa la malhar sans accomplir son désir funeste. Elle parvint néanmoins à entailler la gorge de l'elfe, motivant ainsi l'une des servantes à s'enfuir précipitamment, décidée à chercher de l’aide pour mettre fin au tumulte qui venait d'éclater dans les recoins de son manoir. Le reste, quant à lui, se hâta de barricader la chambre de Sheog, cherchant à empêcher la bête de faire irruption.
Le cœur agité, la gorge brûlante, le corps éreinté, Aksana ressentit les assauts de sa rivale s'intensifier. Cependant, elle n'était pas non plus imperméable à l'usure, comme en témoignait son souffle qui devenait de plus en plus bruyant. Relevant ce détail, la malhar prit la décision de ménager ses propres forces, laissant l'intruse s'épuiser dans sa frénésie.
Le moment de vulnérabilité finit par poindre ; les coups se firent moins insistants, offrant à Aksana l'opportunité d'implanter ses doigts griffus dans les orbites de son adversaire. Un cri de douleur s'échappa des lèvres de l’éborgnée, qui, par un réflexe involontaire, relâcha sa prise autour du corps de la créature. Prompte à saisir l'occasion, cette dernière inversa leurs positions. Désormais dominante, elle s'empara du poignet de l’humaine, et dirigea le couteau vers la gorge de celle-ci. La pointe s'enfonça légèrement dans sa peau, sans toutefois la transpercer.
Des pas résonnèrent au sommet des escaliers, et le teint de la domestique vira au blême dès que ses prunelles se posèrent sur la silhouette perchée là-haut… Et la mine de la malhar, déformée par la rage, ne perçut pas l'ombre planante au-dessus d'elles.
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