Le Temps d'un RP
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LE TEMPS D'UN RP

The Anuirean Covenant (feat Jo')

Jo'
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Région : Grand Est
Crédits : William Turner & Alfons Mucha

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Jo'
Mar 4 Oct - 10:22
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Elle pénétra une tente dans laquelle une étouffante chaleur régnait. Le feu était particulièrement riche et l'espace restreint, une large écuelle d'eau était presque posée à son contact et libérait une épaisseur humide à en faire fondre les bronches. Une odeur de médecine, comme d'un bouquet floral éthéré, imprégnait chaque peau de l'environnement. Sur une couche bien plus nourrie que celle sur laquelle Mélampe avait dormi, épaisse de fournis rembourrages et vomissant par endroits des plumes de faisan, un vieillard paraissait aussi endormi qu'éveillé. Ses yeux vitreux s'ouvraient entre les plis parcheminant son visage, mais il ne donnait aucun signe de conscience, pas plus qu'il n'eut de réaction à l'arrivée de l'héritière. Quand elle eut finit de s'habituer au changement d'hygrométrie et au voile de vapeurs, elle prit avec hésitation la parole.

"... vous êtes Ulwazi ?
- Non !"


Ce n'était manifestement pas la réponse du vieil endormi, mais celle d'une voix plus jeune et vive venue de derrière la princesse. Un Palan, qui pouvait avoir son âge, venait d'entrer dans la tente avec un baquet de viandes et baies et s'installa au chevet du vieillard. Il entama de déchirer la chair avec deux pics en os, son regard lumineux pointant au-delà des brumes et plissé d'un sourire enthousiaste.

"C'est moi Ulwazi, annonça-t-il. Ca c'est mon grand père, Lakos. Tout le monde l'appelle doyen." Puis, très rassurant en la voyant incertaine. "Tu es la nouvelle, n'est-ce pas ? Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi ?" Il haussa une fraction de seconde son sourire vers elle mais demeurait concentré sur son ouvrage qu'il poursuivait maintenant au pilon. Il émanait de lui une douceur, des airs irréels parmi les odeurs médicamenteuses, comme si l'angoisse de la tribu lui glissait dessus avec philosophie. Mélampe reprit un peu de contenance face à sa bienveillance.

"En fait, Paruka m'envoie te voir. Apparemment, je fais office remplaçante jusqu'à ce que Nalin se sente mieux, donc j'ai des choses à apprendre." Elle notifia sa plaisanterie d'un sourire enjoignant et fut soulagée de voir son interlocuteur surfer sur la même humeur. Il se leva pour prendre une cuiller en bois et se mit à mélanger la mixture qui, grâce aux baies, avait rendu suffisamment d'eau pour se liquéfier. "Quelle ascension fulgurante, brocarda-t-il à son tour. Regarde sous les nattes tressées."

Mélampe suivit son regard pour identifier l'endroit et s'exécuta tandis qu'Ulwazi s'était mis à nourrir le doyen - qui, de fait, ne dormait pas. La mastication était imperceptible dans sa bouche édentée, et il semblait que c'était davantage l'accumulation de cuillerées de bouillie qui poussaient les précédentes dans son oesophage, qu'une déglutition en bonne et due forme. La princesse reconnut dans ce corps en déclin celui dépendant de son frère mais détourna son attention sur ce qu'elle venait de dénicher :  des dizaines de liasse de peaux réunies par de la corde. Était représentée sur la première face de l'un d'elles une chose difforme aux multiples mâchoires et des yeux dans le dos, mais l'héritière se heurta à une difficulté dès le titre.

"Il y a un problème Ulwazi.
- Je t'écoute.
- Je ne sais pas lire ton alphabet."


*

Après le nourrissage du doyen, le jeune homme consentit à l'accompagner dans ses lectures. Ils sortirent de la tente pour laisser au vieillard le repos qui lui était nécessaire et profiter de la lumière cristalline de la fin de matinée. Mélampe eut plus de facilités à détailler son visage, légèrement plus mate que ceux des autres Palan qu'elle avait rencontrés, quelques boucles ébènes rebondissant sur son front, et des pupilles profondément noires qui exprimaient toute la lueur qu'elles absorbaient. La finesse de son visage s'angulait légèrement à la mâchoire et aux pommettes réhaussées par un sourire entier.

"Qui a écrit tout ça ?" Plusieurs livres inégaux s'étalaient sur la natte devant laquelle ils s'étaient installés. Une bonne dizaine, aux dimensions diverses et bigarrés, montrant que leur rédaction s'étalait sur quelques années.
"Moi ! répondit-il d'une candeur simple. Lakos était conteur lorsqu'il pouvait encore parler. Quand sa locution est devenue difficile, je me suis rendu compte qu'il y aurait des choses qui se perdraient si on ne les inscrivait pas quelque part."

La princesse contempla l'idée que la plupart des personnes ici ne lisaient pas, et aperçut dans le brin de nostalgie de sa voix, l'effort vain de préserver l'identité de l'homme dont la flamme s'éteignait au fil des jours. Elle n'insista pas.

"Je ne connais rien des Palan, j'ai quelques notions du bestiaire des environs mais je suis totalement ignorante sur les raksis." Il hocha la tête comme pour lui-même et ouvrit le même ouvrage que celui qui avait interpelé Mélampe dans la tente. Il lui expliqua - tour à tour de mémoire et en lui présentant les illustrations - que nul ne savait à quoi ressemblaient ces créatures "au naturel", mais qu'elles étaient capables d'agencer leur apparence comme il leur plaisait en absorbant leurs proies. Si on leur connaissait des formes humanoïdes plus ou moins monstrueuses, rien ne les exemptait de voler des morceaux de tout être organique, si bien que - et un dessin issu des souvenirs de Lakos l'exposait - certains portaient des oreilles animales ou encore des écailles. Pour une raison inconnue, ils semblaient néanmoins plus inclinés à chasser le Palan - et peut-être les haks. Probablement que l'assimilation était plus aisée. "Ces créatures nous échappent parce qu'on ne peut pas les approcher et qu'elles semblaient avoir disparu depuis longtemps. Les autres bêtes de la montagnes, nous savons y faire. La différence des raksis tient au fait qu'ils sont ... civilisés." Les similitudes avec les prystes semblaient s'épaissir, chaque horreur profitant d'atouts différents - les premières capables de ressusciter leurs guerriers, les seconds protéiformes.

"Comment ont-ils disparus ? questionna naturellement Mélampe, qui s'entretenait avec lui davantage pour trouver comment débarrasser les montagnes des bêtes que pour le folklore.
- Les Manas les ont combattus et repoussés grâce à l'Alun, mais le fait est que nous ne nous sommes jamais sentis en sécurité." Ulwazi déroula une large peau sur laquelle il avait peint les silhouettes en caravane de Palans voyageurs. "Les Anciens disaient que les raksis ne cessaient jamais leur traque. Que le seul moyen de les distancer était de ne jamais s'arrêter. Alors nous avons des générations durant suivi les vents." Ce pan de leur histoire reconnectait avec ce que Mélampe en avait entendu dans ses jeunes années.
"Pourquoi vous être arrêtés, alors ?
- D'après mon grand-père, les Palan ont été gênés dans leurs migrations. Certaines tribus descendues des hauteurs pour suivre les zéphirs du Sud avaient été confrontées au monde des haks. Voyant ce qu'ils en faisaient ... ils ont pris peur. Ils sont remontés dans les hauteurs pour veiller sur les territoires sacrés. Ils se sont dispersés dans les altitudes, tous animés d'une volonté de garder ce qui leur était cher d'un adversaire qui, à l'époque, leur semblait pire encore que les raksis.
- Je suis prête à parier qu'on n'aurait pas cherché à vous dévorer,
pourtant, ironisa l'héritière.
- A ce moment, les Palans qui avaient connu les raksis étaient morts ou presque, le danger devait leur paraître moins pressant que celui que représente ta race."

Les yeux de Mélampe se perdirent sur le travail d'Ulwazi. Tout se défilait en camaieus de rouge et de noir, teintures de charbon qui ne devait pas manquer au vu des multiples feux qui assuraient leur survie, et quelques décors carmins de cochenilles écrasées. "Comment faire pour les tuer ?
- La viriale leur est toxique, ils en sont terrifiés, c'est pourquoi on s'assure de se terrer en des endroits où elle est plus abondante. Mais très honnêtement, je ne crois pas que ça change grand-chose. Nous ne sommes pas des guerriers, nous les Palans. Nos Manas sont fortes du blizzard mais soyons réalistes : nous n'en mènerions pas large face à un groupe de raksis suffisamment équipés pour le combat, surtout dans une caverne."
Par "équipés", il entendait bien sûr agglomérés de quoi tuer. "Toutes les autres tribus ont peut-être disparu. Si ça ne tenait qu'à moi, je dirais que nous devrions marcher, quitte à se confronter aux haks. A quoi serviront nos autels une fois que tout le monde sera mort de toutes façons ?"

L'affliction se lisait enfin sur ses traits jusqu'alors rêveurs et concentrés pour l'exposé, et une anxiété passablement révoltée emplissait sa voix. Mélampe se tut parce qu'elle n'avait rien à ajouter, son regard oscillait dans les yeux d'Ulwazi qui observait avec amertume la représentation de ses ancêtres voyageant.

*

Puisque Nalin lui avait demandé de s'investir et de veiller sur la tribu, l'héritière participa aux expéditions de chasse des Palan. Récemment, les créatures étaient perturbées et la faune si déséquilibrée que les chasseurs devaient descendre bas pour abattre leur pitance. Ils ne rentraient bien souvent qu'avec des lièvres et des martres, des mets insuffisants pour résister au blizzard persistant qui fouettait la caverne autant qu'il la protégeait des attaques de raksis. Plus rarement, ils remontaient avec des caprins qui leur duraient parfois deux jours - la force des Palan tenait en leur capacité à survivre dans les climats les plus hostiles, capables de préparer et digérer les carcasses jusqu'au cartilage. Conformément au protocole instauré par la chamane, ils restèrent groupés.

Une équipe s'attelait au relevé des collets tandis que l'autre partait en traque d'un plus gros gibier, et Mélampe fit partie du second groupe qui se dispersait moins - elle était la plus à risque d'être imitée par un raksi. Elle respirait mieux à mesure qu'ils quittaient le pic et le blizzard, et le froid des plateaux paraissait insulaire en comparaison des crevasses caverneuses du sommet. La végétation roide miroitait de givre, les pins comme des émeraudes dressées vers le ciel avec leurs troncs éternels. Par endroit, des arbres morts étaient grignotés par les champignons et les insectes, abrités dans les entrailles sylvestres, qu'une prochaine expédition viendrait probablement récupérer.

Mélampe se révélait être un poids pour l'équipe. Elle qui dans le monde humain chassait comme personne était bien inférieure aux Palans qui, quoique moins sauvages que leur chamane, étaient fait pour cet écosystème - flair perfectionné, corps conçu pour être tapis, et une évaluation des distance plus acérée encore que celle de l'archère. Ils devaient bien souvent s'arrêter, forts de soupirs excédés par cette intruse qui déjà ne faisait pas l'unanimité, alors qu'elle s'empêtrait dans la neige jusqu'au genou. Plus droite et grande, elle pénétrait la poudreuse à chaque pas où les Palan semblaient glisser sur elle.

Au détour d'un sous-bois, le pistage d'empreinte devint néanmoins la source de toute l'attention. Dans la neige fraîchement tombée se trouvaient les traces manifestes de bottes qui galvanisèrent la troupe.

"Il faut rentrer, ou remonter. On ne peut pas rester là, s'angoissa l'un des chasseurs.
- C'est largement plus grand que nos pas. Soit c'est un hak, soit ...
réfléchit un second.
- ... soit c'est un raksi ! Allons-nous en !"

Mélampe demeurait dubitative. Si les raksis étaient capables de se changer en hommes, ils étaient probablement assez futés pour voler leurs vêtements d'où la trace de semelle et non de pied, mais un doute persistait en elle depuis son arrivée. Ne pas avoir vu le cadavre de Malvo, quoique ses chances de survie étaient maigres, la rendait volontiers paranoïaque. Elle s'imaginait tomber sur lui mort ou vif au détour d'un sapin ou le voir ramené comme elle l'avait été entre deux eaux au camp. Au-delà de l'amitié qu'elle lui portait se nichait en lui la perspective d'avoir un conseiller informé et béni lors des futurs affrontements face aux créatures du chaos. Il était essentiel à la réussite du coup d'état et aux difficultés qui pointaient et si la princesse ne doutait pas de sa propre pertinence sur le trône, elle savait cela être tâche plus aisée avec Malvo auprès d'elle.

Ainsi, de voir les marques de semelles de bottes disséminées dans la neige fraîche lui donnait autant d'espoir de le savoir en vie que de tomber sur un raksi prenant sa forme. Elle hésita. Il était hors de question de risquer la survie du groupe en suivant ces marques, mais il était tout aussi exclus de laisser la question en suspend.

"On devrait rejoindre l'équipe des collets et tous remonter, trancha un troisième chasseur."

Chacun acquiesça et se mit en route. L'héritière les rejoint un fraction de seconde plus tard, après avoir pris le temps de graver au couteau la silhouette simplifiée d'une couronne. L'espoir lui était qu'il sache qu'elle était en vie, sans donner d'indication à de potentielles menaces de sa position.

*

Trois jours s'étaient écoulés depuis que Mélampe était dans la tribu et Nalin en convalescence. Elle avait rejoint d'autres expéditions dans l'expectative de retrouver un signe de vie de Malvo, en vain. Elle avait constaté à quelle vitesse la situation des Palans se précarisait et y reconnaissait la descente vertigineuse de son propre royaume. En l'absence de nouvelles manifestations de raksis, elle envisageait de livrer la tribu à son sort et de poursuivre sa propre quête pour laquelle elle prenait déjà du retard. Plutôt que de réfléchir à endiguer la menace, elle se planchait secrètement sur les solutions qu'elle pourrait proposer à Holt pour leur éviter de se faire avoir par les métamorphes - se déplacer en possession de viriale qu'elle avait appris à reconnaître et cueillir, imaginer un signe reconnaissable comme un mot de passe, voire changer d'itinéraire. En parallèle, la princesse surveillait Killik qui, taciturne, suscitait la sympathie de ses pairs mais peu leur compagnie. Il sortait parfois dans le blizzard aux heures les plus froides et on disait qu'il était appelé par les fantômes des siens pour les retrouver. Chaque fois qu'il revenait, on lui faisait goûter la viriale, et il validait son droit de passage. Mélampe le voyait malgré tout d'un très mauvais oeil, mais pouvait assez peu le lui reprocher, envisageant elle-même de tous les laisser sur le carreau. Elle était si convaincue qu'il n'était que question de temps pour les Palans qu'elle décida de se désintéresser des fomentations du boucher.

Au petit matin, une équipe de chasseurs fit pourtant une découverte qui changerait le fatalisme de Mélampe. Une découverte telle que Nalin en fut immédiatement mise au courant, alors que les nouvelles s'échangeaient plutôt à son secret et par le filtre de Mina afin que l'adolescente ne s'inquiète pas trop. Lorsqu'elle arriva dans la tente avec le descriptif de Malvo, la princesse s'anima d'une hâte anxieuse.

"Oui, exactement, acquiesca-t-elle. Dis-moi que vous l'avez retrouvé."

Mort ou vif, le deuil lui était plus évident que l'inconnu.


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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Houmous
Mar 18 Oct - 22:00
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis au service de la Flamme et je m'en sors bien.

Je suis un protecteur qui trouve du sens.


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Malvo constata la chute du saint fort de ses propres yeux. Il put voir aussi les miliciens de l’Ordre et les paladins qui les dirigeaient tomber dans un abîme vorace et insatiable. Les chevaux et les pans de mur d’enceinte ne valaient pas mieux… Il ne savait où cela mènerait mais lui-même avait la sensation qu’il les y rejoindrait tout aussi vite. Les ténèbres s’emparaient du monde dans ce dont il était témoin et cette vision avait quelque chose de terrifiant. Il fallait également qu’il s’avoue que la peur avait encore emprise sur lui, ce qui n’était plus exactement une évidence à ses yeux. Les années de guerre et la lutte contre les monstres qui sortaient de l’éther mystérieux l’avaient rendu insensible à bien des images et idées. Pourtant, il avait la sensation que cela viendrait à changer du tout au tout. Il y avait quelque chose dans ces visions de destruction qui s’emparait de lui à un niveau qu’il n’avait pas réellement soupçonné. Peut-être se voyait-il comme l’une des pierres civilisatrices de ces remparts ? Froid, solide et part d’un grand tout, il s’y comparait aisément et voyait à quel point la chute de l’une pouvait entrainer toutes les autres avec une certaine déconcertation.

 
Il ne s’avouait pas vaincu. Il avait été un membre éminent et savait qu’il avait la force et la sagesse nécessaire à tout rebâtir même s’il venait à être seul. Et encore, il n’était pas seul car il avait encore Mélampe à ses côtés pour l’aider à tout reconsolider, même en partant de zéro. Son regard ne pouvait se déplacer pour balayer ses alentours et une nouvelle crainte établit son empire sur son cœur. Etait-il réellement seul désormais ? Il ne sentait plus la présence de l’héritière et ne comprit pas d’où venait cette intime conviction que plus personne n’était là. Les images se déformaient sous ses yeux et il réalisa que ce n’était pas le monde qui était en train de sombrer dans une vaste crevasse mais bien lui. Ses yeux n’y voyaient pas clair et pourtant, il réalisait graduellement la situation dans laquelle il se trouvait. Le choc lourd sur ses épaules confirma ses craintes puis les chutes innombrables de matériaux autour de lui. Ramenant son seul bras valide contre lui pour se protéger le visage, ce réflexe lui sauva la vie. Une brique de construction rebondit mollement sur son poignet, le frappant au nez.
 
Après ce qui semblât une éternité, ses yeux se rouvrirent. Il n’avait pas le souvenir de les avoir fermés. Son visage était étrangement engourdi aussi et l’un de ses yeux ne percevait aucune lumière contrairement à l’autre. Un examen attentif lui apprit qu’il était bloqué dans une position à demi allongée et que son nez avait pas mal saigné déjà. Il n’entendait pas le vent et ne percevait que peu de lumière ce qui le fit réaliser qu’il avait dû tomber dans une faille. Comment cela était-il possible ? Il l’ignorait et se résolut à d’abord trouver le moyen de se décoincer avant de procéder à un examen plus complet de la chose. En secouant un peu les épaules, il put se dépêtrer d’un peu de poudreuse et de débris. Ses yeux trouvaient un peu plus à observer dans cette position. Autour de lui, des choses et d’autres avaient trouvé place et s’étaient installées patiemment en attendant son réveil. Miraculeusement, il ne semblait pas plus s’être blessé que par les contusions dues à la chute et à la pierre qui lui était tombé dessus. Ses orteils, bien que pénétrés par le froid, avaient encore un attrait certain pour leurs mouvements habituels.
 
Son esprit était embrumé par tant de temps passé dans l’étreinte glaciale de la montagne. Malvo était tenté de se reposer pour reprendre des forces avant d’achever de se libérer des glaces mais il savait aussi que son esprit lui jouait des tours en lui présentant ce genre de désirs. S’il venait à s’endormir, il ne se réveillerait pas et s’il cessait de gigoter, il n’était pas sûr d’être capable de recommencer. L’engourdissement le menaçait de subrepticement lui ôter les dernières forces qui lui restaient. Il serra lentement le poing, constatant que l’infiltration des neiges dans son gant avait eu des conséquences désastreuses pour lui. Il n’avait que peu de mobilité et encore moins la capacité de sentir quoi que ce soit. S’il avait été en pleine possession des moyens, il aurait pu remarquer que plusieurs os de son poignet étaient déjà fragilisés. Il aurait compris que plutôt que de tenter de forcer, il aurait bien fait d’essayer de glisser dans la neige. Il aurait su que plutôt que de tenter d’imposer sa volonté aux éléments, il aurait été avantageux de se lancer dans une patiente et langoureuse danse avec sa roide geôlière.
 
Les larmes lui montaient aux yeux alors qu’il était presque libre. Sa main s’était murée dans une sourde douleur qui attendait son heure. Mais maintenant qu’il était presque libre, il avait la certitude que cette heure surviendrait. Il observa ses jambes et remarqua qu’une planche de charpente était tombée à proximité pour glisser sur lui par la suite. En se remuant frénétiquement, il acheva son évasion. Simplement s’appuyer sur lui pour se relever dans son inconfortable enchainement de couches de vêtements prouvait ses craintes sur la douleur qui s’était saisie de sa main. Avec le lever du soleil, la scène se dévoilait, plus irréelle que ce qu’il avait cru percevoir jusqu’ici. S’il avait pu s’attarder sur cet enfer de restes du refuge qui avait failli ne pas lui laisser la vie sauve, il aurait remarqué surtout cette superposition entre la bâtisse et le gel incontrôlable qui régnait sur la région qui se faisait à grande vitesse.
 
La progression était parfois peu aisée dans ce goulet d’étranglement mais étrangement, cela n’était pas désagréable. Le paradoxe d’être entouré de glace et de s’y sentir plus au chaud que sur les plaines battues par les vents se fit sentir à mesure qu’il avançait. Loin de s’en amuser, Malvo était plutôt focalisé sur le fait de trouver quelque chose pour se réchauffer. L’idéal aurait été de pouvoir faire un feu, la perfection aurait été de retrouver son épée égarée dans la chute. Aussi étrange que cela puisse paraitre, les différents effets provenant du relais de montagne s’étaient éparpillés sur une longue distance autour de lui. Il retrouva, côte à côte, une partie d’un cheval à côté de la vieille casserole en fonte dans laquelle ils avaient cuisiné les lapins de Mélampe. Il parut que la bête avait eu moins de chance que lui. Elle avait été arrachée en deux par une plaque de tuiles arrachées par l’avalanche. Malvo n’avait pas le temps de s’y attarder. Il préleva quelques morceaux qu’il pourrait emmener avec lui et cuire à un moment ou un autre s’il avait de quoi faire un feu.
 
Son voyage troglodyte ne cessa pas de sitôt. Malvo finit par retrouver son arme piégée dans un peu de glace et dut bricoler une torche pour réussir à l’en décoincer. Le bois ne manquait pas, à vrai dire, mais en avoir du suffisamment sec pour déclencher un feu s’avéra plus complexe qu’il ne l’avait escompté. Heureusement, une boite à amadous qu’il avait préparé pour le trajet servit son usage. De mémoire, Malvo ne se souvenait pas d’un feu qui soit plus agréable que celui-ci. Même si la glace fondait graduellement et que l’assise sur laquelle il s’était posté était de plus en plus glissante, il s’y sentit particulièrement bien. Dans cette attente, il avait toute la largeur nécessaire pour repenser à des choses et d’autres. La vision du cheval se superposait, malgré ses meilleurs efforts, à une vision de Mélampe. Défaite par la violence de la tempête et des éléments, son chemin se terminait ici-bas, sans espoir de connaitre son véritable terme. Quelques chapitres trop tôt, elle succombait sans avoir mis la main sur le trône et sa vengeance…
 
Lorsqu’enfin la glace commença à craquer, il put lui reprendre des mains l’épée. Sans elle, il n’était nullement question de secourir l’héritière et moins encore de survivre à cette nouvelle épreuve. Malvo avait conscience et acceptait pleinement le fait que sa vie ne tienne qu’au fil de cette lame. Il poussa un léger soupir de soulagement en la posant sur son épaule et reprit sa route, pareil à toujours. Les lumières du jour s’offraient rapidement à lui et, avec elles, la liberté de pouvoir reprendre sa route sous des cieux plus propices. L’éblouissement de se trouver enfin au dehors rappelait une seconde naissance… Baigné à nouveau dans la lumière de la Flamme, il ne put s’empêcher de sourire légèrement.
 
Les choses s’entrainèrent les unes les autres rapidement comme elles le font toujours dans les régions montagneuses. Un signe, une main tendue, comme sortis de nulle part et présents depuis toujours. Sous le regard implacable des ancêtres, il observa cette silhouette encapuchonnée lui montrer une nuée de glace. Il ne savait d’où ceux-là sortaient ni s’ils étaient amis ou non, mais il remarqua l’impassibilité de la posture de l’homme. Il n’aimait pas cela, mais Malvo n’avait le choix. Il brandit son arme avec la ferme intention de s’en servir si l’homme ne stoppait pas la chose qui rampait sous la neige. Le plus dur était pour lui l’attente. A la distance qui les séparaient, il savait que la chose ne fondrait sur lui qu’après une bonne minute et qu’il ne devait pas s’impatienter. Perdre patience aurait été la pire chose : c’est ce qui lui avait coûté la vie à Valanne. Perdre sa concentration aurait un prix tout aussi élevé : il perdait des alliés chaque fois qu’il ne faisait pas preuve de la plus grande minutie. Alors, il attendit avec son arme sur l’épaule et une posture de combat alors que le temps se diluait dans un duel qui se conclurait en une seule frappe. Il n’y aurait pas de mêlée, de cris de rage ou de déchainement de violence, il n’y aurait que la victoire et la mort de l’un d’entre eux.
 
Lorsqu’enfin la neige sous ses pieds se mit à trembler, il savait que le temps était venu. Alors, il ferma les yeux pour pouvoir se jouer de cet adversaire invisible. Et au moment où le sol vibra une dernière fois, il abattit son bras d’une vengeance implacable. Le coup porté, il resta un long instant en silence et immobile pour apprécier de la qualité de son geste. Il avait senti son arme rencontrer la chair mais dans une mesure qu’il ne connaissait pas. Le corps qu’il avait entaillé, il aurait du le trancher et son arme aurait dû en ressortir presque propre. Au lieu de ça, il était là, face à une créature agonisante, le corps à demi sectionné et respirant à grand peine. Son arme n’avait cessé sa folle ondulation, frémissant encore et toujours de ne pas avoir vaincu comme il l’avait entendu. Pour réparer l’erreur et la clore, il approcha et frappa à plusieurs reprises la faiblesse qu’il avait créé, jusqu’à faire d’une chose deux. Son ouvrage fini, il releva le regard pour découvrir une plaine désertée et l’absence du mystérieux guide de la créature. Il soupira à nouveau et prit le temps d’observer ses alentours pour continuer à marcher dans les congères avec le feint espoir de tomber par le plus grand des hasards sur celle qu’il avait juré de protégé.


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Mélampe Hildegarde Gertrud
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Valla (Diablo) (c) Kyrie

Dans le secret de la tente de Nalin fut présenté à Mélampe le charnier qui avait été retrouvé. Devant son incompréhension, on la renseigna sur ce qu'elle était en train de voir : une partie découpée d'un raksi difforme. Dans la peau pointaient chaotiquement des globes oculaires, des fibres musculaires et autres caillot de sang, et l'héritière comprit alors que si on l'avait questionnée sur son ami, ce n'était pas parce qu'on avait découvert ses restes, mais ceux de sa victime. Nul doute qu'un homme qui parvint à abattre une telle ignominie devait être un soldat de renom. Dès lors, la princesse regretta de n'avoir pas suivi les traces de ses pas durant la chasse de la veille.

Mais elle pouvait faire autrement désormais. Il fallait qu'elle le retrouve. Au-delà de sa survie, sa quête portait sur la certitude, celle qu'il soit ou ne soit plus. La carcasse du raksi posait plus de questions qu'elle n'apportait de réponses et Mélampe ne supportait plus de manquer de contrôle.

Elle fit volte face et s'en retourna à la tente de Paruka afin de préparer des affaires d'excursion - Nalin, qui avait deviné ses intentions, tenta de l'en dissuader mais se trouva prisonnière de sa santé et dû s'astreindre à sa couche ; Mina s'en rendit comme souvent porte-parole et poursuivit l'héritière pour la raisonner. Au-delà de la survie de la jeune femme, il s'agissait de ne pas risquer la vie des Palans en attirant un raksi chez eux ou en laissant connaître leur position. "Fais-toi accompagner, au moins, finit-elle par implorer."

La princesse faillit en rire. L'autarcie de la malade et sa bienfaitrice était si épaisse qu'elles étaient ignorantes au climat toujours tendu entre la hak et les palans. En dehors des quelques bonnes âmes franches qui l'accueillaient plus volontiers, Mélampe rencontrait surtout un décalage culturel, physique et politique. Le fait qu'elle ait été choisie, l'étrangère, pour veiller sur le fonctionnement de la tribu avait rendu ses membres d'autant plus hostiles à sa présence. Et les commentaires désobligeants sur son inefficacité à évoluer dans le climat neigeux n'arrangeaient rien. Globalement, hormis quelques caractères atypiques, le village se passait d'elle ou s'en méfiait. Un rictus moqueur arqua ses lèvres. "Dis-moi Mina, qui dois-je emmener ? Qui serait prêt ici à risquer sa vie dans une excursion pour chercher un homme qui n'est pas des leurs ? Un second hak, qui plus est, qui aurait survécu à l'Alun ?" Sortir pour chercher de quoi substanter la tribu était une chose, mais poursuivre les chimères d'un potentiel ennemi probablement mort, il fallait être réaliste : personne n'était près à se sacrifier. Personne ?

"Moi, je viendrai." Attiré par l'agitation, Ulwazi décida d'intervenir, tout sourire. "Je ne servirai à rien si on se fait attaquer mais au moins je sais rentrer de la montagne." Mina ne pouvait plus objecter grand chose et Mélampe se satisfit de cet acolyte comme caution.

*

Il marchait d'abord cinq bons mètres devant elle puis, voyant qu'elle s'enterrait presque dans la neige, il ralentit le pas. Le vent était bas et discret ce jour leur permettant de parler, ce qu'ils firent tant qu'ils avaient une vue dégagée sur les environs. Par la suite, dans les noeuds forestiers coulant les menaces, il leur faudrait se taire.

"Alors, à quoi ressemble notre rescapé ?
- Il a une longue barbe et des cheveux sombres, un bras en moins, et il est plutôt grand.
- Tu veux dire, plus que toi ?"


Mélampe se fendit d'un éclat de rire aussi surpris qu'amusé. L'absurdité de la question dans la comparaison des gabarits du paladin et de la princesse dévoilait la méconnaissance des palans sur les humains, mais elle ne s'en moquait pas pour ainsi dire - elle riait de l'idée qu'on puisse l'estimer comme une référence de grande stature. Le jeune homme le comprit de bonne foi et se gaussa de lui-même avec elle.

"Mélampe ?
- Mh ?
- J'ai un millier de questions sur ton monde."


L'héritière manqua de s'illustrer en glissant sur du givre, quant à Ulwazi, il avait abandonné de sa candeur à des airs plus contemplatifs. Elle y perçut des projections qu'elle aurait elle-même entrepris à sa place. Auprès de la bienveillance brute de Paruka et des médisances de ses collègues de chasse, la princesse avait compris que le jeune homme évoluait en décalage avec le reste du groupe : le dos toujours courbé sur sa peinture, opposé à la sédentarité et par extension aux décisions de Nalin qui portait en elle tout un sacre, peu capable de confectionner des armes ou de chercher pitance, et un caractère guilleret et solitaire aux antipodes de codes de communication et d'interdépendance des Palan Palan. Il s'en retrouvait plus proche des ancêtres nomades qu'il idéalisait que des pairs qui vivaient avec lui. Ayant encore eu l'occasion d'échanger ces trois jours sur la civilisation Palan, il apparaissait à Mélampe que seuls la terreur de l'inconnu et le besoin de veiller sur son aïeul le retenaient dans les hauteurs. Pour l'heure, il s'était montré sur la réserve quant aux questions qu'il posait sur les bas-reliefs, qui se résumaient surtout à des histoires de paysages et animaux, et la jeune femme appréhendait qu'il cherche à politiser ses investigations. Le fait d'être enfin isolés, ou la réalisation auprès d'elle que les haks n'étaient pas (tous, du moins) ces dangers qu'on prétendait qu'ils soient, l'avaient probablement incité à s'ouvrir davantage sur ses perspectives d'avenir.

"Pose toujours, invita-t-elle s'agrippant à des buissons robustes qui tenaient nus dans la neige.
- A quoi ressemble la vie des haks ? Leur environnement ?
- Eh bien, ma vie ne ressemble pas à celle des autres haks. En fait les humains vivent tous très différemment. Il y en a qui meurent de faim et de maladie, et d'autres qui se rendent justement malades de trop manger."


Cette observation le laissa pantois, il s'arrêta et se tourna vers elle estomaqué, puis toujours absorbé par sa réflexion, revint quelque peu sur ses pas pour l'aider à extirper son pied d'une prison neigeuse. Alors qu'elle s'agrippait à son bras tout en se déracinant, la question redoutée vint enfin de son visage soucieux.

"Mais qui es-tu et qui cherchons-nous ?"

Elle soupira et hâta son pas comme de l'espoir de prendre de la distance avec lui, mais il ne lâchait rien et la héla plusieurs fois en vain. Il n'obtint de réponse qu'après un rappel de bienséance. "Je risque ma vie avec toi dehors, j'ai le droit de savoir !" Elle s'impatienta parce qu'elle l'appréciait et détestais renier cette identité pour laquelle même elle avait été déchue. Si elle avait pu faire preuve d'un semblant de légèreté depuis leur départ, elle ne se détachait pas de l'ombre qui s'appesantissait sur elle et que la tournure de la conversation invoquait. Malvo était-il vivant ? Allaient-ils mourir à sa recherche ? Que dira Holt de sa proposition à attaquer Faramond ? Son père était-il fier d'elle ? Que faisait-elle encore ici alors qu'elle ignorait où en étaient ses alliés de l'autre côté de la frontière ? Comment se déroulerait le passage des montagnes dans le sens retour, et possiblement avec des hommes ? Elle serra les dents, soudain obscure.

"Ecoute, si Nalin apprenait quoi que ce soit de mon identité ou des raisons de ma présence ici, elle se méfierait de moi et je ne peux pas me le permettre. On cherche mon ami, c'est tout ce que tu as besoin de savoir. Je ne t'oblige pas à rester, tu peux tout aussi bien remonter dans la montagne. Qu'on le retrouve ou pas, demain matin je partirai de toutes façons."

Elle reprit la route mais fut arrêtée par ses mots.

"Je veux venir avec toi."

Elle se retourna, miroir d'Ulwazi plus tôt, légèrement plus avancée sur la descente que lui et proprement interloquée. Qu'un Palan quitte pour la première fois en plusieurs générations ses hauteurs, même Mélampe appréhendait la dimension de cette décision qu'il justifia.

"La place de Nalin est auprès de l'Alun et du temple mais ce n'est pas la mienne. La stagnation pousse mon peuple dans le précipice et il faut bien que l'un de nous tente autre chose. Je ne sers à rien ici, c'est ma seule chance de nous venir en aide. Mais si je pars seul, j'ai peur que les haks me tuent parce que j'ai ... ce physique." Il ponctua ses mots d'une gestuelle faisant allusion à ses dents. L'héritière allait répondre sans trop anticiper le choix de ses mots lorsqu'elle fut interrompue par la main du Palan plaquée à sa bouche afin de la silencier. Elle s'accroupit à son exemple et observa dans sa direction pour voir en contrebas l'ombre d'un homme. Ils s'étaient laisser distraire et s'étaient rendus flagrants, aussi, celui qu'ils observaient se tourna vers eux.

Mélampe crut d'abord halluciner : l'ombrage de cheveux longs et d'une barbe qui le couronnaient de crinière lui étaient au moins aussi familier que sa forme amputée d'un membre et compensée par une épée sensationnelle ; elle se gonfla d'un soulagement ensoleillé en le reconnaissant avant de se rappeler les stratagèmes des raksis.

Puisque les deux jeunes gens étaient repérés, ils décidèrent de se relever et d'approcher, mais l'héritière banda une flèche en direction de la tête du suspect. Il fallait s'assurer de l'identifier et elle était tendue d'une sensation étrange de le menacer tout en étant troublée de la réjouissance de le voir, si c'était lui, en vie.

"Malvo j'espère que c'est vous mais je dois poser la question. Comment s'appelle votre fille ?"

Elle savait qu'il n'en parlait que très peu et qu'un raksi déguisé en âme en peine n'aurait jamais réussi à lui arracher cette information.


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Houmous
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Houmous
Mer 16 Nov - 13:14
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis au service de la Flamme et je m'en sors bien.

Je suis un protecteur qui trouve du sens.


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Malvo continua à toiser un long moment la position d’où venait la voix de Mélampe. Avec ces créatures change-formes, il valait mieux être prudent pour éviter d’être pris en traitre. Cela dit, le fait que soit mentionnée sa fille l’inquiétait un peu. Et surtout, ça le frappait en plein cœur. Il ne se souvenait même pas l’avoir mentionnée. Elle n’avait jamais quitté ses pensées mais jamais elle n’avait passé le seuil de ses lèvres, de peur qu’elle n’en disparaisse à jamais. Certes, il y avait eu l’incident avec Titus mais il l’avait empêché de prononcer le nom… A sa connaissance, Mélampe n’avait pas connaissance du nom de Lanaël alors il s’étonnait que cela soit la chose vers laquelle elle se tourne pour vérifier son identité. Il soupira en posant la main à sa hanche pour essayer de distinguer dans l’ombre ce qu’il pouvait et vérifier avant de dire quoi que ce soit. Forcément, il n’y voyait rien à part une forme sombre et statique.

 
- Ma fille s’appelait Lanaël ! s’écria-t-il avec force écho, la poitrine serrée. Elle s’appelait Lanaël mais j’aimais l’appeler Lana…
 
Sans attendre qu’on l’y invite, il se contenta alors d’avancer dans l’ombre pour découvrir ce qui se cachait à son regard. S’il s’avérait que ce n’était pas Mélampe qui l’attendait là, il prendrait son arme et se débrouillerait pour réparer la méprise et l’injure au plus vite. Mais malgré l’étrangeté de la situation, il n’arrivait pas à s’ôter l’espoir stupide que Mélampe l’attende réellement en haut de la corniche glacée. Quand il parvint à remonter un peu la pente, en enfonçant ses lourdes bottes dans la neige, il remarqua que c’était bien sa protégée qui lui faisait face. Il ne put s’empêcher de ressentir une surprise absolue malgré qu’il se soit persuadé du début qu’elle survivrait très bien de son côté. Cela dit, les quelques derniers jours n’avaient pas dû être cléments avec elle. Elle ne portait pas les mêmes vêtements que ceux dans lesquels il l’avait vue pour la dernière fois, dans le relais, et son équipement semblait réduit à peau de chagrin. Loin de se soucier de quoi que ce soit d’autre, il avança jusqu’à sa hauteur pour la prendre à son bras et la plaquer contre sa poitrine. Malgré tout ce qu’il aurait pu prétendre, la peur qu’elle ait quitté cette terre le hantait. Qu’aurait-il fait si elle n’avait pas été là, dans ces montagnes, à l’attendre ? Comment aurait-il pu continuer à avancer en sachant que les fils du destin avaient été défaits et que la marche du monde était maintenant brisée ? Heureusement, il n’en était rien et il en était heureux. Il se rendit finalement compte que ses gros doigts pleins d’engelures grattaient la nuque de la jeune femme de manière importune alors il cessa et parut faire comme si de rien n’était.
 
- J’ai installé mon campement dans une grotte proche d’ici. Allons-y pour nous raconter nos périples respectifs, suggéra-t-il. J’ai l’étrange impression d’être observé et suivi depuis un moment déjà…
 
Malgré son grand sourire aux lèvres, il prit le temps d’observer les alentours du mieux qu’il pouvait pour simplement remarquer les silhouettes des arbres danser dans la brise hivernale. Du haut de sa stature de paladin, il n’avait même pas encore remarqué la présence du palan qui accompagnait Mélampe. Bientôt, elle lui présenta la chose sous le nom d’Ulwazi et en tant que membre du peuple Palan. Malvo était fort surpris que d’autres choses civilisées puissent encore subsister dans ces froides chaines de montagnes. Mais si Mélampe était prête à jurer de son nom que le petit Ulwazi ne tenterait rien de stupide, il était prêt à y croire lui-même. C’était tout de même fascinant : le Palan faisait peut-être moins de la moitié de sa taille et physiquement, on reconnaissait tout de même une ascendance commune aux deux peuples. On voyait ça et là un trait qu’il pouvait réussir à identifier comme humain. C’était d’ailleurs l’une des meilleures raisons de faire preuve de confiance car jamais les monstres ne parvenaient à se camoufler aussi bien. Il subsistait toujours quelques preuves de leur étrangeté… Bien que le petit Palan soit tout poilu et un peu plus animal qu’homme, il fallait avouer que ses réactions, ses regards, n’évoquaient pas une bestialité animale.
 
Dans les landes enneigées, la solitude ne semblait plus tant imposante qu’elle ne l’avait été. Lorsqu’il était seul, il avait aussi l’impression que l’air était plus frais et moins supportable. Et pourtant, il n’avait pas autant envie que maintenant de prendre du repos. C’était donc ça d’avoir à nouveau quelqu’un sur qui compter et à protéger ? Il retrouvait les sensations qui faisaient de lui ce qu’il était jadis. Il retrouvait la force et la faiblesse de son rôle de protecteur des faibles, ce qui faisait de lui ce qu’il était. 


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Jo'
Mar 22 Nov - 18:15
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

C'était une évidence à s'y refuser des quatre fers : quoique Malvo eût répondu à la question, quoiqu'il eût décidé de faire, fût-ce de les charger, quoiqu'il fût lui-même, un raksi ou toute autre chose encore, Mélampe n'aurait jamais pu décocher cette flèche. Elle aurait pénétré sans ennui son oeil, se serait lovée sans trop de douleur dans sa tête pour l'abattre, et la menace aurait disparu. Mais il lui était physiquement impossible de lâcher la corde qui mettrait fin à ce qu'elle prenait, à tort ou à raison, pour lui. Elle aurait pu se rassurer - "Il a répondu correctement, tu savais bien que c'était lui." - mais elle sentait tout en relief la silhouette de sa faiblesse à faire ce qu'il faut et se trouva pour la première fois de son existence illégitime au trône, puisqu'elle avait faillit au sermon d'insensibilité de son père. Malvo avait initié en elle un sentiment qu'elle ne savait pas dompter et pour cause, elle ne savait pas même le reconnaître.

"Comme c'est drôle, une odeur." Elle s'en était faite la réflexion alors qu'il la pressait contre lui, et qu'elle entendait son soulagement. "On n'a pas idée que ça rassure ainsi."

*

Le refuge de Malvo témoignait de jours difficiles et aux abois, en lisière des landes et de la taïga plus dense, dans une cavité humide dont le froid se voyait chassé par un feu hardi. Les circonvolutions de fumée s'échappaient par l'ouverture béa(n)te de la grotte pour ne pas étouffer une couche sommaire installée plus en retrait. Sur un pic, manifestement, le repas du soir.

Chacun s'échangea son périple : Malvo conta comment les crevasses neigeuses avaient accouché de sa survie et les monstres qu'il avait abattus, Mélampe, sa rencontre avec les Palans Palans et ce qu'elle savait des raksis. Tous deux convinrent qu'il était nécessaire de tirer cette affaire au clair avant de ne serais-ce que songer à demander à Holt de risquer la vie de ses hommes dans les montagnes où rôdaient des monstres dont personne ne savait rien. Mais ils étaient épuisés et grisés de leurs retrouvailles et repoussèrent quelque peu les mondanités stratégiques. Le lendemain, ils iraient rencontrer ensemble Nalin et la princesse se questionnait sur la transparence ou l'opacité qu'elle devait continuer à lui réserver ou non de sa personne.

Au dehors la nuit s'était alourdie sur les paysages les rendant tout à fait impraticables, et la neige qui absorbait les sons du jour semblait les hurler dans le silence lunaire. Le moindre craquement, fût-ce de leur propre feu, installait l'alerte entre les comparses. Chacun d'eux savait, d'expérience plus ou moins proche, la violence d'une terre défavorable aux intrus au cours d'une attaque. Mélampe se recroquevillait nerveusement près des flammes, fondue semblait-il par le froid, toute en os. La lueur contre-plongée du foyer ne faisait que la creuser davantage et tous ses empourprements peinaient à cacher la pâleur de l'héritière. Il fallait croire que la ration des Palan, demi-hommes, et les multiples expéditions dans les glaces avaient fini par l'entamer. Plus elle prenait le froid, plus elle devenait frileuse.

Ulwazi quant à lui, inaccoutumé à sortir du confort de sa tribu, s'était vu assommé par la journée de marche et s'était endormi à même le sol tel un animal. Les deux compères l'avaient couvert et avaient profité de son sommeil pour être plus confidents.

"Je suis navrée d'avoir mentionné ... enfin ... Je cherchais à vous identifier, concéda-t-elle finalement. Vous aviez prononcé son nom lorsque vous étiez convalescent, et j'étais à peu près sûre que même sous la torture, un raksi ne vous aurait pas arraché cette information."

Elle s'en voulut un peu de parler de sa fille en des termes si militaires et de la réduire à un outil de différenciation. Que dit le prénom d'une personne, sinon l'attente de ses parents ? Mélampe était un prénom masculin, inspiré des poètes anciens qui contaient l'histoire d'un jeune homme capable de comprendre les oiseaux, et par eux, de prédire l'avenir. Née femme et noyée d'incertitudes, elle paraissait au contraire tout à l'opposé. En ce soir particulier l'habitait le cafard de se sentir échouer. Elle n'aurait pas réussi à tuer Malvo s'il s'était avéré être un raksi, et elle ne pouvait se l'extraire de la cervelle. Que dirait son père s'il la voyait ?

Elle n'ajouta rien sur les délires comateux du paladin, l'étreinte enlarmée dont il l'avait gratifiée, les cauchemars qui semblaient l'avoir secoués, et encore moins les heures passées à laver son front et à se demander si quelqu'un le ferait en son absence, partie quérir le Sieur Warton. Elle se contenta de maîtriser sa respiration hachée de grelottements en quête d'elle-même.

*

Au lever du jour néanmoins elle s'en trouva les idées bien plus claires : ils allaient rentrer avec Malvo, elle allait exposer toute sa situation à Nalin et les implications qui en découlaient, ils règleraient ensemble le problème des raksis et dans deux jours, ou peut-être moins, ils seraient de retour sur les rails du coup d'Etat. Ils n'étaient pour l'instant pas trop retardés et les choses semblaient poindre lumineusement avec l'aube qui les éveilla. Alors qu'elle empaquetait des affaires, elle faisait l'état des lieux de son discours de persuasion auprès de l'adolescente : comment ce qui risquerait d'advenir pourrait tuer tous les Palans si elle n'accédait pas au trône, comment le peuple humain et le leur pourrait fonctionner si elle recevait leur aide et bien sûr, si elle bénéficierait de la bénédiction de l'Alun pour traverser la montagne avec des soldats. Retrouver Malvo la sortait de la paralysie d'attendre son retour et elle n'hésitait plus à bousculer les choses comme elle avait l'habitude de le faire.

Surtout, elle s'affaira à ne pas repenser à l'émotion qui avait figé ses doigts sur son arc. Ulwazi s'était levé avant eux et était parti, connaisseur du territoire et de ses monstres, faire le plein de viriale.


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