Le Temps d'un RP
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LE TEMPS D'UN RP

The Anuirean Covenant (feat Jo')

Jo'
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Crédits : William Turner & Alfons Mucha

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Jo'
Dim 28 Aoû - 16:59
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Se hâter vers la sûreté des pierres avait été la bonne décision - le joli ciel aux moires lactées s'était alourdi d'un vent plus nourri au fil des heures, et lorsque la nuit était tout à fait tombée, le givre qu'il transportait obstruait totalement la vue. L'attention concentrée à déceler des mouvements dans les ombres chahutées tendait Mélampe de tout son corps, la colonne élargie sur l'expectative d'un tir de flèche, les pieds resserrés dans leurs bottes et les paupières plissées sur les profondeurs de champs brouillées. Plus il faisait noir, plus la tempête saignait le paysage à blanc ; barrage furieux qui criait en lézardant dans les interstices et qui recouvrait tout, sauf le ronflement régulier du paladin assoupis et quelques crépitements timides du feu. Non, l'héritière n'était pas prête de s'endormir. Tout son être était dans l'alerte de son pressentiment et - à raison - elle se rongeait de superstitions quant au changement de météo.

Chaque son qui s'élevait un peu plus haut que les bourrasques effarouchaient l'héritière - elle s'attendait à ce qu'à tout instant, une bête telle que les fauves de Faramond pénètre leur abri par la lucarne, lui lacère le visage, dévore les entrailles de Malvo et s'échappe en laissant traîner tout le nauséabond de son humeur caustique. Ou bien qu'une pryste surgisse depuis le fond des montagnes pour vider leurs peaux et prendre possession d'elles. Les hennissements angoissés des chevaux, pourtant habitués à ces violents climats, ajoutaient au frisson bilieux de la princesse. Il y avait quelque chose dans l'hystérie de ces cris aigus qui vous paralyse les tripes, a fortiori après des heures d'attention qui martèlent le crâne, larmoient les yeux fixes, et harassent les reins. Mélampe hésitait à sortir pour s'assurer de l'état de santé des chevaux - sans eux, la traversée serait d'autant moins agréable qu'elle était déjà préoccupante, et ce sont des bruits sourds venus de la grange qui achevèrent de la décider à enquêter.

Peut-être cherchait-elle en réalité à provoquer la source de sa peur, là dehors poussée par les bourrasques, dans le noir complet hachuré neige, proie facile à tous les démons que sa solitude imaginative l'avait poussé à inventer. Elle ne tenait plus l'angoisse de voir quelque chose arriver et s'exposait à un dénouement quel qu'il soit, un peu comme lorsqu'on appelle les esprits pour qu'ils cessent de nous torturer en demi-teintes. Emmitouflée dans une fourrure comme on le serait dans du courage, elle pressait contre la résistance du vent courbée  vers l'avant, genoux repliés pour s'extraire du manteau de neige, le visage perclus de rougeurs glacées. Au moment où elle approcha enfin de la grange, le souffle parvint à s'engouffrer sous son toit et le souleva en un craquement sourd qui tint interdit jusqu'aux hurlements de la tempête. Les chevaux se déchaînèrent et dans la fragilité de la bâtisse prirent la fuite, renversant Mélampe dans la neige qui ne vit pas le débris frapper sa tête et l'étourdir au froid.

*

Aymeric a écrit:
"Hâte-toi,
hâte-toi de transmettre
ta part de merveilleux, de rébellion, de bienfaisance.

La vie inexprimable,
la seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir,
celle qui t'es refusée chaque jour par les êtres et par les choses,
dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés
au bout de combats sans merci.

Si tu rencontres la mort durant ton labeur,
reçois-la comme la nuque en sueur trouve le bon mouchoir aride :
en t'inclinant.

Offre ta soumission,
jamais tes armes.
Tu as été créée pour des moments peu communs."

Le poème était daté du jour de la naissance de Mélampe.
Elle l'avait lu dans un carnet de son père après son départ.
Elle aurait monté un coup d'état juste pour pouvoir récupérer son âme entre les pages, et relire ces lignes.

*
Spoiler:

On l'avait débarrassée de ses multiples couches de vêtements trempés - la fourrure sur ses épaules, la cape de laine qui couvrait ses cheveux, les rembourrages velus qui abritaient ses articulations, chacune des pièces de cuir qui lui collaient au corps et jusqu'à la moindre pudeur du lin sur sa peau - les heures passées ensevelies sous les tourbillons de poudreuse l'avaient noyée jusqu'aux os. Ils en profitèrent pour lui confisquer ses armes, et substituèrent pour toute protection la chaleur du feu du temple et une tunique de coton épais qui lui léchait les genoux.

Elle ne s'éveilla qu'après quelques heures, enflammée par une douleur lancinante dans ses jambes jusqu'alors assoupies par le froid, mais dont la vie coulait soudain comme un torrent de lave. Une large inspiration d'air chaud et musqué de feu creusa son ventre comme une première goulée après une absence millénaire, et très vite ses bras aussi s'embrasèrent d'une flambée de vie. Il lui semblait en particulier que le moindre mouvement de ses doigts brisaient ses phalanges en crevasses saignantes, et la peau de son visage s'était gercée jusqu'aux paupières, aussi se crut-elle d'abord prisonnière d'un argile sec qui se morcelait dans toutes les commissures de sa chair.

Elle n'eut néanmoins pas le temps de diagnostiquer l'état de son tégument car elle réalisa bientôt qu'elle était en terrain inconnu et tout à fait dépossédée - les souvenirs lui revinrent à la hâte : la tempête, la grange, les chevaux et l'ombre qui les suivaient. Elle se dressa sur ses jambes qui manquèrent de céder sous son poids, toujours léthargiques, et s'attrapa à la table - qui donnait plus l'air d'un autel - sur laquelle on l'avait allongée. Face à Mélampe, une silhouette semblait aussi étonnée qu'elle de la voir, et leurs regards se suspendirent un instant.

L'héritière sentait l'adrénaline pousser le sang dans ses cuisses et sa respiration se saccader à son affluence, ses yeux cernaient les environs pour repérer une issue, mais alors qu'ils roulaient sous ses paupières encore fraîches, elle s'arrêta sur la gravure irrégulièrement illuminée par le brasier. Elle eut grand peine à remettre dans ses souvenirs le dessin que dévoilaient les reliefs, mais lorsqu'elle le resitua face à un conte ancien qui parlait d'un peuple voyageant avec le froid et les vents, capable de dompter les blizzards, elle crut être en rêve. Elle était néanmoins moins à tendue à mesure qu'elle accrochait cet élément pour faire du sens, et constatant le jeune âge du témoin face à elle, elle abandonna son agressivité.

"Qui es-tu ?"

Spoiler:


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
Houmous
Lun 29 Aoû - 21:40
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Mana-Nalin
J'ai 16 hivers et je suis de la tribu Palan-Palan. Dans la vie, je suis la plus jeune Mana.


copyright: Fate/Grand Order Gray
Jamais, de mémoire de Mana, nul n’avait résisté à la force herculéenne de l’Alun lorsqu’il la déchainait. D’ordinaire, les haks et les raksis qui étaient pris dedans disparaissaient simplement, de même que les Palan dévoyés. Même les plus braves du clan qui étaient pris par ses bras n’en revenaient pour parler des sensations que cela procurait. La shamane fut naturellement rendue curieuse par cette étrange occurrence et approcha de la jeune femme pour l’examiner. Il y avait une fougue dans Nalin et un naturel qui la rendait tant inattendue qu’imprévisible. Elle approcha sa main mais n’osa pas la toucher, ses yeux d’ambre la maintenant au respect. Ces derniers ne pouvaient être qu’un cruel rappel des reflets du feu qui lèche la congère endurcie, leur demeure.

Nalin se recula alors et quitta le couvert de sa capuche pour libérer ses sens et la courte chevelure de neige qui ornait son visage comme un laurier de tempête. Elle avait un étrange physique pour les habitants des vallées, à vrai dire. Tant pâle qu’elle était, elle en semblait presque fantomatique, les reflets du soleil au sol ne parvenant jamais à pénétrer ses multiples capes et manteaux sombres et élaborés. Elle avait également des yeux d’une couleur aussi peu naturelle, rappelant le jade dans sa complexe verdure lactée.

Après de longs instants encore à la fixer pour l’étudier sous toutes ses coutures, elle semblât plus troublée encore. Les engelures qui avaient attaqué la peau de la jeune femme jusqu’à la blesser s’étaient grandement rentrées déjà. Cette observation contradictoire avec les plaies qu’elle soignait habituellement sur les chasseurs cueilleurs du clan acheva de l’alerter. En désespoir de cause et en dernier recours, elle tira d’une poche de sa cape un petit paquet d’osselets de cerf. Après une prière chuchotée aux esprits des songes, qu’elle lui fit signe de ne pas interrompre, elle les lâcha au sol pour les voir sautiller à des distances plus ou moins longues. Dans une concentration intense, elle prit le temps de pondérer les symboles gravés sur les faces visibles et d’en construire une interprétation hésitante, basée sur ses talents limités de divination.

- L’Alun semble dire que nous ne devons pas te voir telle que tu es, annonça-t-elle triomphalement à son interlocutrice. Que caches-tu donc sous ta peau, hak ? Es-tu au moins faite de chair et de sang ? risqua-t-elle, mal assurée de ce qu’elle ferait dans chaque cas.  

Musique:

Elle se redressa alors et se saisit d’une plante aromatique au plafond. L’espèce de liane épineuse prenait racine à même la glace, la fissurant légèrement sur l’élan de son passage. La tirant fortement, elle en arracha deux feuilles. La forme en était allongée et légèrement repliée, comme pour en protéger l’humidité centrale. On aurait dit deux petites aiguilles creuses en leur centre, pareilles à des plumes taillées pour l’écriture. Une surprise s’y dissimulait, cela dit, en la présence de deux petites clochettes d’un pâle azur, au milieu du pédoncule. Elle se rassit face à la suspecte, laissant ses vêtements trainer sur le sol de givre.

- Les raksis ne peuvent pas manger de feuilles de viriale. Prouve-moi au moins que tu ne risques pas de massacrer tout mon peuple si tu veux savoir mon nom, prescrivit-elle, l’assurance d’une cheffesse dans la voix.

La première, elle déposa la teneur de l’épreuve sur sa langue avec délicatesse avant de refermer sa mâchoire autour. On pouvait remarquer à l’occasion qu’elle possédait une dentition particulière, comprenant plus de paires de canines que la norme et aucune prémolaire. A vrai dire, sa mâchoire aurait pu appartenir à un prédateur quelconque. Un loup, un ours ou même un renard pourrait être doté d’attributs similaires. Elle prit quelques instants à passer en profondeur la feuille dans son gosier avec une extrême délicatesse avant de la croquer à quelques reprises et d’en cracher le contenu dans un pot. De manière surprenante, une partie de la plante avait libéré un jus jaunâtre à l’odeur mentholée.

- Montre-moi donc de quoi tu es capable, fit-elle en lui tendant son ordalie.

Nalin connaissait particulière bien la viriale. Le goût étrange de la plante était à la fois doux et corsé. Elle commençait par une longue sensation sucrée et anisée. Ces premières saveurs ne parviendraient pas à mettre mal à l’aise le goûteur et lui donneraient une fausse sensation de sécurité si tant était qu’il avait déjà eu contact avec des plantes médicinales par le passé. A mesure que ce goût progressait et se dévoilait, une sensation plus inquiétante gagnait en importance et la perception globale s’en voyait bouleversée. En effet, les petites baies bleues dissimulaient une drogue qui changeait la perception du goût en des vagues abstraites et contradictoires. La feuille prenait tantôt le goût d’un épice puis celui des pommes avant de se métamorphoser à s’y méprendre en fumet d’abats. Lorsque l’effet atteignait son paroxysme, une fois les clochettes broyées pour en libérer le jus safrané, même l’air ambiant prenait des saveurs et des odeurs qui valsaient loin de sa glaciale neutralité originelle. Le voyage gustatif s’apparentait bientôt à une fuite cauchemardesque et dégoûtante.

L’épreuve des baies était connue comme étant difficile. Elle avait pu faire le tri des véritables graines de Mana de l’ivraie à maintes reprises. Pour la considérer comme réussie, en principe, le participant devait résister jusqu’à tant que les graines ne relâchent plus de jus. Dans le cas d’une hak, Nalin n’attendait pas plus que le courage de croquer les graines. Elle savait, comme tous les érudits du clan, que les raksis mourraient s’ils mangeaient de la viriale. Au moins serait-elle sûre que l’égarée ne se relèverait pas en pleine nuit pour quitter sa peau et révéler une bête sanguinaire… A vrai dire, elle espérait avoir raison en la prenant pour une hak car elle n’aurait jamais été capable de combattre un raksis dans une grotte. Elle l’observa donc attentivement, suspendant son jugement à la manière dont elle se débrouillait face à cette épreuve. Elle lui donnerait son nom de Mana si elle parvenait à la satisfaire, mais pas son nom véritable.



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Jo'
Mer 31 Aoû - 9:55
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Sa complexion éthérée se laissait traverser par les lueurs du feu par-delà lequel d'ondoyantes prunelles la fixait. Elle était assez petite, informe dans ses couches multiples et épaisses de manteaux, deux jambes en dépassant comme des brindilles agiles et malgré sa manifeste jeunesse, était couronnée d'un halo blanc de cheveux vaporeux - Mélampe se figura que c'était le cas chez les jeunes enfants dans les peuples de l'extrême Nord qui, parfois platines, jaunissent en vieillissant ; mais ça ne faisait pas davantage de sens qu'elle se retrouve dans les montagnes frontalières. Son absence de sillon naso-labial laissait penser qu'elle cachait une dentition large dans sa bouche.

L'héritière ne s'inquiéta néanmoins pas beaucoup d'elle, et tandis que l'adolescente manipulait ses osselets, Mélampe regardait nerveusement les alentours pour y trouver de quoi se couvrir. Elle aurait pu cent fois sortir de la grotte, mais l'étendue nivéenne qu'elle voyait depuis l'intérieur la privait de sa liberté. Les boursouflures mauves mouchetant ses orteils lui suffisaient à craindre qu'ils ne finissent par lui tomber si elle les astreignait à un nouveau coup de gel.

La voix de la jeune fille bruissa pour la première fois depuis leur rencontre et manqua de faire sursauter l'héritière toute occupée à balayer les lieux du regard. "L’Alun semble dire que nous ne devons pas te voir telle que tu es. Que caches-tu donc sous ta peau, hak ? Es-tu au moins faite de chair et de sang ?"

L'aînée soupira et tendit ses mains givrées vers elle, serpentées de plaies trop froides pour saigner, mais dont on voyait la pulpe pourpre poindre dans le vif. "D'après toi ?" La patience n'était pas pour la caractériser et moins elle se sentait en contrôle, plus elle s'agitait, blessée dans son égo que ce qu'elle prenait pour une presque-fillette puisse ainsi la tenir en respect. Elle n'aurait jamais pris le temps de l'écouter si elle n'était pas au piège du givre et dépouillée comme elle l'était.

En regard de tout cela, l'entendre parler d'Alun secoua quelque chose de sa mémoire. La gravure et la présence inhabituelle de cette enfant dans les montagnes y faisaient écho, et quoiqu'on lui avait toujours dit que le peuple des neiges n'était qu'un conte inspiré de nomades assez communs, les spectacles surnaturels auxquels elle avait assisté ces derniers mois ouvraient le champ des possibilités. Malheureusement, elle n'avait jamais accordé trop d'importance aux histoires de ses nourrices, et ne parvenait pas à se remémorer l'entièreté de leur histoire ou de leurs aptitudes.

La jeune fille était droite dans sa mission de protection des siens. Elle s'obstina à soumettre l'héritière à un genre de rite de passage en bandant la tige qui lézardait au plafond jusqu'à ce que lâche son fruit. "Les raksis ne peuvent pas manger de feuilles de viriale. Prouve-moi au moins que tu ne risques pas de massacrer tout mon peuple si tu veux savoir mon nom."

Mélampe devait reconnaître la rationalité consciencieuse de son hôte et son application à faire ce qu'il fallait ; dans la neutralité décidée de sa posture, elle avait reconnu un peu d'elle-même. Néanmoins, elle était à peine couverte, dans une grotte au milieu de nulle part, sans aucun de ses effets personnels, venait d'échapper à la mort par hypothermie, commençait à s'angoisser pour son ami qui peut-être était déjà mort dans la tempête, et peu décidée à coopérer avec une enfant qui souhaitait lui faire avaler un fruit qu'elle ne connaissait pas. Elle assista d'abord subjuguée au spectacle de l'adolescente dévorant son fruit pour en recracher le jus, mais lorsqu'elle vit la rangée de dents s'ouvrir sur sa perle et fit le rapprochement avec l'ombre qui les suivait, elle s'impatienta pour de bon.

"Ecoute, tu n'as pas à t'inquiéter de ce que je vais faire à ton peuple parce que je m'en vais. C'est très gentil de m'avoir sortie de la neige mais je ne suis que de passage dans la montagne, j'y ai perdu un allié que je compte retrouver et ensuite tu ne me verras plus. Rends-moi mes affaires et tu oublieras jusqu'à mon existence même."

Elle s'écrasa cependant sur l'indifférence marmoréenne de son interlocutrice qui ne démordait pas de son processus. Après tout, l'Alun l'avait sommée de percer à jour la princesse qui se trouvait là, et elle devait bien s'assurer qu'il ne s'agissait que d'une humaine - d'ailleurs, Mélampe ignorait ce que pouvait être un raksis, mais en déduisit qu'il s'agissait probablement d'un humanoïde particulièrement violent pour qu'elle soit confondue avec eux. Elle ne théorisa pas la possibilité d'un change-forme car elle voulait en finir au plus vite.

"Montre-moi donc de quoi tu es capable."

Elle lui tendait la sentence et l'héritière n'hésita plus à croquer dedans, cependant, elle se refusa à en avaler la moindre goutte, incertaine d'être empoisonnée. Elle eut le temps d'en analyser le goût inconnu. D'abord souple en bouche, légèrement édulcoré comme un fruit qui doit encore mûrir, il prit des accents de réglisse puis vira tout à fait vers un relent de chair faisandée. Loin d'avoir l'éducation de percevoir cette grotte comme un lieu d'habitation, voire de culte, et réduisant l'endroit à ce qu'il était dans son état sauvage, elle cracha à terre le jus et morceaux de baie écrasés dès qu'ils furent infects.

"C'est répugnant !" Elle s'essuyait la bouche vivement sur la manche de la tunique qu'ils lui avaient enfilée. "Bon, tu vois, tu ne crains rien. Je veux juste m'en aller."


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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Houmous
Sam 3 Sep - 16:26
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Mana-Nalin
J'ai 16 hivers et je suis de la tribu Palan-Palan. Dans la vie, je suis la plus jeune Mana.


copyright: Fate/Grand Order Gray
Nalin observa le déroulement de toute l’épreuve avec attention. Elle n’avait pas triché et avait effectivement senti l’étreinte de la baie sur sa langue. Outrée, elle la vit recracher tout au sol sans cérémonie. Lorsqu’elle entendit la femme des vallées parler de s’en aller sans rien avoir à voir avec la tribu, elle haussa un sourcil amusé avant d’éclater d’un rire clair et franc. Elle avait passé avec succès l’épreuve de la viriale et souhaitait s’en aller aussitôt sans même ses affaires. Elle s’ôta de son chemin et lui offrit la voie vers l’entrée du temple de Mana, lui emboitant le pas sans rien dire de plus. Une fois la tenture de peau écartée, elle ouvrait la vue sur une vaste caverne cristalline où plusieurs dizaines de huttes étaient entassées et ouvertes les unes vers les autres.

Des scènes d’une vie foisonnante tranchaient avec la rigueur de l’environnement. On voyait qu’une civilisation bien établie florissait ici, avec ses rites, sa hiérarchie et ses mœurs. D’autres membres du clan, pareils à Nalin, y vaquaient à leurs occupations diverses et variées. Ils portaient tous des vêtements en quantités évidentes pour se protéger de l’hiver et étaient assez petits. Toutes sortes de couleurs de pilosités se côtoyaient, à l’exception du blanc floconneux qui couronnait la shamane. De partout, des feux brûlaient paresseusement dans des puits creusés à même la glace. Ces mêmes foyers avaient creusés, à force, le plafond de la caverne de givre, permettant à la fumée de s’en échapper et offrant une chaleur toute relative et une luminosité réverbérée. L’ambiance onirique d’une telle vision avait de quoi surprendre l’œil étranger car les lieux semblaient baignés d’un soleil bleu contenu dans la glace. La jeune fille mena l’intruse jusqu’à l’un des puits et lui pointa son contenu dans un grand sérieux cérémoniel. On pouvait y voir les vêtements et effets de Mélampe achevant de s’y consumer, exception faite de son arc, quelques mètres plus bas.

- Mon peuple, dans sa grande sagesse, a pour habitude de ne rien accepter qui vienne des vallées dans ses campements. Vos habitudes dévoyées corrompent vos outils et imprègnent vos vêtements, ajouta-t-elle en s’accroupissant un peu pour profiter de la chaleur, tout comme d’autres. Les raksis suivent votre salissure à l’odeur… Si tu veux partir, rien ne te retient mais pour survivre aux rires des esprits du vent, il va te falloir plus que cette petite tunique. Rien ne se donne sans retour dans la tribu : si tu veux avoir de quoi vivre, il va falloir être utile au camp, déclara-t-elle sous le ton de l’ordonnance. Sinon, tu es libre de nous quitter, proposa-t-elle en indiquant l’autre bout du camp, qui semblait être une sortie vers le blizzard qui dissimulait les Palan.

Elle observa autour d’elle quelques instants et vit que leur présence avait attiré l’attention de plusieurs adultes. L’un d’entre eux avait cessé de s’occuper des enfants et de leur apprendre à tailler la pierre en pointe de flèche. Un autre tenait son couteau d’obsidienne encore trempé de sang, interrompu dans un équarrissage de lapin. Une femme portait l’enfant d’une autre à bras alors qu’il tirait goulument sa subsistance. Sur leurs visages, on lisait facilement l’inquiétude et la suspicion. Il n’y avait pas réellement de légendes Palan sur le fait de revenir à la vie après avoir été dans le Grand Au-delà mais même sans de tel guide, la situation était bien assez singulière pour qu’on s’en soucie volontiers. Elle affecta un plus grand charisme avant de s’adresser à eux et de bomber le torse fièrement.

- La hak a prouvé sa valeur en gouttant le jus de la viriale, parla-t-elle plus fort pour que tous puissent la comprendre dans l’écho de la caverne. Elle a été acceptée par l’Alun et en cela, elle fera dorénavant partie du clan ! Du moins, pour le moment… ajouta-t-elle, plus pour elle-même. Je veux que vous l’accueilliez comme un enfant nouveau ! Une fois que tu auras rencontré tout le monde, tu auras un manteau, acheva-t-elle, intraitable auprès de « l’invitée ».

Tout de suite après, elle tourna sa cape et s’en alla pour revenir au temple. Là, elle s’installa calmement et prit plusieurs feuilles de différentes plantes sacrées dans un arrangement précis avant de les ajouter à une coupelle de bronze. Lentement, elle prit un fragment d’un des différents crocs de glace qui pendaient de la pierre au plafond et l’ajouta au contenu de son mélange végétal aux côtés d’un morceau de bois ardent. Pour finir sa préparation, elle offrit un peu de son sang qui bouillonna sans attendre et prit la forme d’une pâte brunâtre. Elle déposa l’offrande sur l’autel avant qu’il ne soit trop chaud pour pouvoir être porté et s’assit face à lui pour entrer dans une transe méditative, toute cachée dans ses habits. Elle savait que l’étrangère prendrait du temps avant de faire le tour du village et voulait recevoir les conseils des ancêtres sur le sort à réserver à cette nouvelle bouche à nourrir. Bientôt, les volutes d’une fumée épaisse se répandaient pour envahir le temple tout entier, allant même jusqu’à filtrer au dehors. La glace qui fond et le feu qui l’évapore se complétaient parfaitement, ne cessant jamais leur course qui extrayait des plantes leurs essences. L’odeur douce et épicée se faisait sentir alors que le palais de la jeune prêtresse retrouvait sa normalité.

Bientôt elle sombra dans des songes où les images se succédaient les unes aux autres. L’Alun se relevait enfin en s’appuyant de ses bras de tempête pour révéler sa douleur. Partout sur son corps puissant des raksis et d’autres bêtes grouillaient en se nourrissant de sa substance divine. Il hurlait et tombait alors sur les montagnes sacrées pour en détruire jusqu’aux fondations. Le village se trouvait être isolé et enfermé, ne pouvant fuir puis que dans les profondeurs pour n’en jamais ressortir. Il trouvait finalement sa fin face à un démon du feu intérieur qui rongeait les esprits des glaces avant même qu’ils ne puissent trouver leur chemin jusqu’à l’existence, au milieu des quatre vents. Elle se réveilla en sursaut, couverte d’une sueur prégnante et les pupilles contractées et injectées de sang. Le retour de son âme dans son corps était plus dur qu’à l’accoutumée alors elle prit un peu plus de temps avant de se relever et de sortir pour tomber nez à nez sur la nouvelle.


The Anuirean Covenant (feat Jo') - Page 7 1653241536-6The Anuirean Covenant (feat Jo') - Page 7 1653241536-1The Anuirean Covenant (feat Jo') - Page 7 1653241207-8
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Jo'
Mar 6 Sep - 10:18
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Paruka
J'ai 52 ans et je suis de la tribu Palan-Palan. Dans la vie, je suis tanneuse et je m'en sors bien.

(c) Sara Scmp

Un grand baquet d'eau pourpre à ses pieds, elle grattait les lambeaux de chair encore accrochés à la peau de chamois qu'ils avaient consommé la veille : elle tenait une planche à laver entre ses cuisses épaisses et y passait énergiquement un hachoir à lame plate. A force, elle n'entendait plus le son régulier du frottement. Seules comptaient les bouloches de viande se détachant sous son outil et indiquant que cette étape serait bientôt achevée.

Paruka ne s'intéressait pas à l'agitation suspicieuse jusqu'à ce que le discours de Nalin ne baptise Mélampe pour toute la tribu, et ce n'est qu'alors qu'elle détailla sa constitution étonnante pour les gens de ce peuple - elle était plus grande que les femmes d'ici, plus fine également, et totalement désemparée face au froid vu le rien dans lequel on l'avait enveloppée. La tanneuse poursuivit son observation lointaine tandis que la hak tentait de justifier sa position face à la glaciale - sans mauvais jeu de mot - Nalin. Il était évident qu'elle contenait du mieux qu'elle pouvait la rage d'avoir vu tous ses effets personnels réduits en cendre, la détresse dans laquelle la plongeait son hypothermie persistante (et de laquelle on ne semblait pas décidé à la sortir), et l'inquiétude d'être dans cet endroit tout à fait nouveau qui - les Palan-Palan le savaient - appartenait normalement aux contes.

"Attendez, je ne peux pas rester. Vous ne comprenez pas : mon ami est toujours dans la neige !"

Nalin ne se retourna pas et Killik se mit à rire grassement en poursuivant son ouvrage sur le lapin.

"Ton ami est mort depuis longtemps ! Personne ne survit à l'Alun, remarqua-t-il avec satisfaction grasse."

Après un instant qui la suspendit dans l'estocade, elle vrilla vers lui gonflée d'une détermination rageuse.

"Je vous interdis de le condamner ! Je suis là, moi, pour vous prouver le contraire !"

Il lui décocha un regard irrité et prêt à en découdre - Killik avait perdu beaucoup dans les neiges de l'Alun par le passé et se révulsait de voir une hak survire à une tempête invoquée pour la faire disparaître ; s'il avait toute confiance dans le jugement de Nalin qui seule conversait avec les esprits, il n'en n'était pas moins dévoré par le ressentiment. Fidèle à elle-même, Mélampe soutint la confrontation mais Paruka interrompit leur interaction avant qu'elle ne s'échauffe. Sa voix rauque et tapissée de beuveries s'éleva dans la caverne.

"Hé, la nouvelle ! Viens donc par là j'ai quelque chose pour toi."

*

"Tu dois rencontrer les gens d'ici c'est ça ?
- ... si je veux espérer un manteau, il paraît."


Elle était ironique mais grelotait si fort que son ton n'y paraissait pas réellement. L'épuisement de ses vaines protestations l'avaient privée de son feu, sans parler du froid qui l'ét(r)eignait tout à fait.

"Ecoute, fais mine basse et estime-toi heureuse de respirer notre air. Oublie pas quel peuple t'a sorti de la neige, hm ?"

Mélampe ne savait pas encore que c'était ce même peuple qui l'y avait mise en appelant aux dieux des vents, et cette réflexion eut le bénéfice de changer son état d'esprit. Il était vrai que si elle n'avait pas été amenée ici, déshabillée et présentée à un feu nourri, elle n'aurait eu aucune chance de survivre. Mais à la lumière de la fortune qu'elle avait eue qu'on la retrouve se balançait l'ombre d'imaginer le sort de Malvo. La seule chose à laquelle elle s'accrochait était de savoir que lui avait été à l'intérieur au plus fort de la tempête.

"Allez, couvre-moi ces brindilles qui te servent de jambes ! On n'agite pas ça au camp." Le ton mauvais de Paruka contrastait avec la sincérité de ses actions alors qu'elle jeta à l'héritière un pantalon de sa confection et une paire de bottes. "Tu risques pas d'abattre beaucoup de boulot ici en grelottant, aboya-t-elle. Si la chamane te le reproche, tu me l'enverras !" Cette tanneuse de cinquante deux ans avait la réputation d'être un électron libre à fort caractère et en cela, humaine et Palan partageaient un point commun. Mélampe bégaya un remerciement entre deux grelots que Paruka balaya d'un haussement d'épaule, puis la princesse se présenta d'une voix enfin plus posée et souriante - ces têtes dures dont la tendresse était sincère, elle en avait côtoyé suffisamment pour les reconnaître.

"Je m'appelle Mélampe."
Paruka rétorqua brutalement. "Vraiment pas d'ici, hein ?" Puis retournant à son ouvrage éreintant, "Moi c'est Paruka. Maintenant va en déranger d'autres."


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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Ce qu'on lui avait offert n'était pas suffisant pour affronter le gel au dehors mais lui évitait de crever à l'intérieur, aussi, lorsqu'elle ressortit de la tannerie le boucher et sa lame d'obsidienne étaient rentrés et hors de vue. Le village avait quelque peu émoussé sa surprise mais la suspicion en revanche n'avait pas désépaissi - Mélampe sentait sur elle le halo des murmures, une sensation à laquelle elle n'était pas tout à fait étrangère, mais qui s'adressait généralement plutôt à sa mère qu'à elle en Anuire. Il fallait qu'elle profite du temps mort pour comprendre où elle était et surtout avec quel genre d'êtres.

Des enfants lui coururent dans les jambes tout en hâte de lui poser des questions qu'elle se posait à leur propre égard : d'où lui venait cette dentition si plate, ces genoux droits là où eux les avaient symétriquement courbes, et sa résistance miraculée face à l'Alun ? Ils se pressaient l'un l'autre de se couper la parole pour renchérir de questionnement avant d'être interrompus par leur mère. "Allons, allons, laissez-la atterrir." Elle portait à son sein un bambin endormi de sa propre tétée, et les deux enfants devaient avoir sept et onze ans. "Viens donc manger quelque chose." La chaleur doucereuse de son être rayonnait comme un foyer de braise pour la nouvelle arrivée.


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Mina
J'ai 33 ans et je sui de la tribu Palan Palan. Dans la vie, je suis femme au foyer et je m'en sors bien.

Aerith (c) Gavaath

Derrière un rideau de peaux épaisses se creusait une énième cavité enluminée par du feu. Mina y élevait ses deux fils et nourrissait le nouveau-né de sa voisine dont la poitrine ne pleurait pas de lait - le sien était pour l'heure profondément assoupi dans un berceau de fourrure. "Tu sais, expliqua-t-elle en débarrassant la grille au-dessus du foyer de deux miches épaisses et reluisantes de beurre, ta situation est nouvelle pour nous tous ici." Elle distribua un pain à chacun des garçons puis un troisième à Mélampe qui s'empressa de la remercier ardemment. "Jamais une hak n'avait survécu au blizzard, alors que tu sois acceptée par l'Alun en plus de ça ..."

Elle paraissait inquiète mais était l'une des rares à ne pas faire porter sur les épaules de l'héritière la responsabilité de sa propre survie inattendue. Cette dernière, quant à elle, l'écoutait tout aussi avidement qu'elle engloutissait le pain croustillant et fumeux qu'on lui avait offert. Il lui semblait enfin quitter le glas dont elle était percluse jusque là tandis que la chaleur sur ses mains paraissait capable d'y refaire couler le sang depuis leurs crevasses. "... mais si Nalin a décrété que tu faisais partie de notre clan, alors je respecte sa décision." Mélampe déduisit que la jeune fille qui l'avait mise à l'épreuve se nommait Nalin et avala sa bouchée goulûment pour répondre.

"Vous prenez vos ordres d'une adolescente ?" Elle était bassement prise dans les préconçus du monde humain. En posant cette question, rhétorique au demeurant, elle réalisa toutefois qu'elle jouait le même jeu que ses détracteurs du bas-relief : de la même façon dont elle se concentrait sur la jeunesse de Nalin pour discréditer ses positions, on appuyait ardemment sur le fait que l'héritière était une femme pour lui refuser le règne. Elle n'eut pas à temporiser son arrogance néanmoins car Mina l'appréhenda avec philosophie. D'un sourire bienheureux, elle continua sa didactique.

"Il n'y a pas réellement d'ordres à recevoir, ici. Chacun oeuvre au bien de la tribu dans la mesure de ses capacités. Nalin fait pour nous le lien entre les esprits du vent et les Palan-Palan et ce sont eux qui nous guident.
- Qui sont les Palan Palan ?
- Nous, voyons !"
Elle sourit franchement sur une rangée de crocs similaires à ceux de leur prophète. Mélampe encaissa les informations et ne put s'empêcher de comparer leur système politique à celui que son père avait mis en place : chez elle la Flamme avait peu d'impact sur la gouvernance et l'Ordre ne s'occupait guère du Royaume hormis pour les questions qui le concernait directement. Ici, leur dieu était tout l'inverse - un vent gelé en lieu et place d'une Flamme Eternelle - mais imprimait chaque parcelle de leur existence. Et surtout, leur dieu avait un nom - Alun - là où la Flamme n'était rien d'autre qu'une flamme. Elle avait finit son pain et se risqua à de nouvelles enquêtes.

"Pourquoi pensez-vous que je puisse être une menace ? Que sont les raksis ?" Mina s'assombrit. Ces monstres change-forme avaient prit des apparences familières pour s'attaquer aux troupeaux d'abord, puis aux membres du clan. Les gens ne se risquaient plus à quitter la caverne sans être lourdement armés et ne voyageaient qu'au milieu du brouillard auquel ils étaient plus résistants. L'aspect protéiforme de la menace élevait un vent de paranoïa dans ce peuple autrefois nomade et qui se méfiait désormais de l'extérieur comme de la peste. Les raksis, en plus de leur avoir enlevé des proches, leur avait soutiré une part de leur identité.

"Ce sont des créatures horribles qui se transforment en des alliés pour nous tuer. C'est ... différent de tout ce que vous pouvez connaître." Mélampe songea aux prystes puis aux expériences de Faramond.
"Au contraire. J'ai vu des créatures prendre possession de corps humains, et des humains se changer en créatures."

Elles échangèrent un regard enveloppant.


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Mélampe Hildegarde Gertrud
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J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Si Mélampe n'avait pas encore rencontré tout le monde - et elle n'allait pas tarder à y être confrontée de toutes manières - elle en savait assez pour se positionner vis à vis de Nalin. Elle comprenait mieux sa dureté et la lourdeur qui pesait sur ses épaules encore si jeunes, mais aussi, elle fomentait un moyen d'obtenir de la situation ce dont elle avait besoin. Ces gens étaient manifestement désemparés face aux raksis, or, l'héritière avait une conscience un peu plus fine de ce genre de phénomène en recrudescence. Il apparaissait que, si les créatures s'étaient déchaînées sur les peuples des plateaux et plaines depuis longtemps, elles ne faisaient que commencer ici dans les hauteurs.

La princesse rejoignit la chamane à l'orée de son antre pieuse mais, désormais consciente du degré de civilisation de cette société et de l'importance que la spiritualité avait pour elle, ne fit pas l'outrage d'entrer. Une expression affligée se vit sur son visage en l'apercevant de dos, haletante, manifestement secouée. Mélampe ignorait beaucoup de l'immatériel et tout du chamanisme, mais elle ne savait que trop bien comment les responsabilités volent l'enfance puis l'adolescence. Nalin était manifestement chamboulée au moment où, sortant de la cavité, elles se rencontrèrent.

"J'ai fais un peu connaissance, entama Mélampe désignant le bas et les chaussures qu'on lui avait offertes. On m'a parlé de ce qui vous secoue et je pense pouvoir vous aider. Ce genre de bêtes pullulent d'où je viens." Et ne la laissant pas protester en méfiance. "C'est quelque chose qui dépasse les proportions des Palan-Palan. Les Créatures du chaos originel se réveillent depuis le fond des mines et les caves des Hommes, bientôt elles nous tomberont sur la tête. Je peux vous alléger de celles qui vous menacent ..." Puis avec intensité dans le regard. "... mais pas sans celui que j'ai laissé dans la tempête." Anticipant une réponse roide et fixe - ce qu'elle aurait répondu en lieu et place de Nalin - elle flirta avec les affnités spirituelles de l'adolescente afin de la convaincre. "Pourquoi l'Alun m'aurait laissée en vie si ça n'avait pas été pour vous aider à le protéger ?"


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Houmous
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Mar 6 Sep - 20:36
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Mana-Nalin
J'ai 16 hivers et je suis de la tribu Palan-Palan. Dans la vie, je suis la plus jeune Mana.


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Nalin manqua de la bousculer en sortant du temple. C’était le seul bâtiment de pierre de toute la colonie, un lieu ancien qui avait été érigé bien des générations auparavant. Habituellement, c’était un lieu de pèlerinage que seules les Manas avaient le droit de fréquenter pour communier avec l’esprit de l’Alun qui s’y manifestait. Elles s’y massaient quelques jours avant le solstice d’hiver et repartaient peu après, chargées de la sagesse que les transes méditatives offraient chaque fois. Mais depuis que les raksis avaient commencé à affluer dans la région, Mana-Nalin avait pris les choses en main. Elle était la plus jeune Mana qu’on ait vu, et dirigeait une petite horde, les Palan Palan, depuis que Mana-Youn avait disparu dans le blizzard. Elle avait décidé de s’installer au temple avec les siens pour profiter de sa bénédiction et le protéger de l’envahisseur…

Elle s’était initialement imaginé que d’autres colonies arriveraient bien assez tôt pour grossir leurs rangs et organiser un plan de bataille pour leur peuple. Elle se sentait encore trop jeune et pas assez préparée pour que repose le destin de son peuple entier sur ses épaules mais elle s’était révélée dans la crise. Comme on pouvait l’attendre d’une enfant telle qu’elle, née des glaces, le frigorifique torrent courait dans ses veines. Elle avait pris tous les problèmes, les uns après les autres, et avait muri des grappes d’idées et de solutions pour faire face et survivre dans un calme alarmant. Bientôt, beaucoup comptaient plus encore sur elle qu’au départ, comme si elle pouvait tous les porter sur ses frêles épaules, et elle avait silencieusement accepté de prendre cette charge écrasante pour elle.

Elle avait commencé à arpenter les landes glacières en dernière sentinelle face à une invasion invisible qui passait de prophétie à subtilité. Elle avait vu les animaux la courir, joyeusement guidés par les vents, et des silhouettes menaçantes qui en approchaient graduellement. Elle les avait vu mener leur ascension jusqu’à des terres reculées qu’ils n’auraient jamais dû approcher… Elle avait à cœur de ne pas céder à la panique et rarement avait-elle usé d’appels désespérés à l’Alun. Dans son esprit, si les autres ne venaient pas à sa rencontre, c’est qu’ils avaient déjà succombé en chemin avant d’avoir pu rejoindre le sanctuaire. Killik était d’ailleurs pour beaucoup dans cette vision d’horreur. Il venait d’un autre clan, les Palan Awin. Selon ses dires, ils vivaient par-delà les pics qui bordaient la frontière Ouest des terres sacrées et avaient été attaqués en pleine nuit. Les monstres avaient pris peau humaine, affectant d’être égarés dans la tempête et s’étaient déchainés dès lors qu’on leur avait permis de passer le seuil de la caverne. Il avait fui aussi vite qu’il avait pu pour rejoindre les monts sacrés en laissant derrière lui amis, frères, enfants et femme… Son récit avait horrifié toute la tribu et on lui avait offert une tente et le droit de rester autant qu’il le souhaitait.

Les récits que Nalin avait déjà entendus d’autres Mana lui permettaient de prétendre sans risque que cela était les raksis de l’ancien temps. Les Palan avaient déjà fait face et avaient triomphé grâce à la protection de l’Alun. Ils avaient appris comment lui parler et l’appeler à la bataille et étaient devenus ses obligés. Sans lui, de toutes manières, ils n’existeraient déjà plus depuis des temps immémoriaux. Elle se rappelait de l’anecdote de ces monstres aux yeux d’une étrange lueur et leur dégoût infernal pour la viriale… Elle avait commencé à tester toute la tribu par l’épreuve du goût pour tenter de déceler des infiltrés qui seraient déjà installés parmi eux, en vain. Elle avait décrété que toutes les sorties se feraient avec armes et armures de peaux, que les groupes qui sortaient devaient rester proches les uns des autres pour ne pas être subrepticement remplacés par l’ennemi et avait interdit d’accueillir qui que ce soit dans la caverne sans la mettre au courant avant pour qu’elle puisse tester les nouveaux arrivants. La peur qu’elle avait ressenti en voyant se relever Mélampe était donc d’une origine hybride et l’inquiétude, que cette dernière générait, pas complètement apaisée sans qu’on n’ait pu la voir mâcher la viriale devant tous.

Elle observa la grande marcheuse des plaines alors qu’elle parlait des mots que Nalin ne saisissait pas pour une raison inconnue. « Je ne me sens pas très bien » articula-t-elle, presque dans un sanglot nerveux, en touchant son visage alors que son sang s’écoulait en sillons arborescents écarlates de son nez. Elle tituba un peu alors que ses yeux se voilaient et que ses oreilles s’emplissaient d’un vacarme assourdissant. Prenant le seuil du temple pour s’y rattraper, elle se stabilisa un peu puis chuta de suite après. Elle sentit une grande chaleur la happer alors qu’elle allait contre Mélampe. Elle comprit un peu tard qu’elle avait mal dosé les feuilles de blanche poudrée et peut-être qu’elle avait mis trop de glace à son mélange. C’est ce à quoi son esprit divaguait alors qu’elle était amenée soigneusement au sol par l’inconnue et que des membres de la tribu se précipitaient de l’entourer. Ses yeux injectés de sang paraissaient percevoir les mouvements en de longs enchainements d’images mal détaillées alors que ses oreilles entendaient des mots déformés, soufflés par des voix démoniaques. Était-ce la malédiction de l’Alun qui la punissait d’avoir douté que la mystérieuse hak soit destinée à les aider ?

Lorsqu’elle rouvrit les yeux, elle était allongée sur un vaste lit de peaux diverses. On lui avait fait quitter ses capes et manteaux pour s’assurer qu’elle respire correctement, un vrai déshonneur pour une Mana telle qu’elle... Elle se redressa brutalement, craintive que la nouvelle ait profité de son manque de vigilance pour fuir en emportant avec elle arc et victuailles. Aussitôt, sa tête tourna et tourna violemment, comme mélangée encore entre le monde des esprits et le monde des Palan. Elle soupira en prenant son crâne à pleines mains pour essayer de le maintenir en place avant de retomber de côté sur les peaux. Elle réalisa à quel point il faisait longtemps qu’elle ne s’était pas reposée réellement dans son lit. C’était peut-être pour ça qu’elle accusait autant le coup.

- Du calme, Mana-Nalin, fit doucement Mina qui la veillait dans un coin de la pièce. Tu n’as pas encore pris un repos assez long… Rien ne presse pour le moment, nous savons que faire pour protéger la tribu. Comment te sens-tu ? demanda-t-elle avec la même gentillesse maternelle.

- Je me sens… Ecrasée et faible… La blanche poudrée m’a complètement écrasé la tête. Ai-je dormi longtemps, Mina ? Et où est Mélampe ? Appelle-la pour moi, s’il te plait.

- Mélampe, tu peux venir s’il te plait ? Nalin t’appelle, héla-t-elle après avoir penché sa tête de l’autre côté de la toile de la tente.


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Jo'
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Mélampe Hildegarde Gertrud
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Valla (Diablo) (c) Kyrie

Cela avait pris le temps qu'il fallait mais Mélampe était revenue à elle-même. Chassés les symptômes du débris fracassant sa tempe et de la nuit enfouie sous la neige, atterrie d'une situation dans un peuple dont elle avait tout à découvrir, elle était désormais certaine de ce qu'elle devait faire et affirmée dans ses positions. Elle profita de l'expectative des Palan-Palan tous rivés sur l'antre de leur chamane pour chercher son arc. Killik, qui demeurait en retrait, l'interrompit.

"Tu survis au blizzard puis Nalin est prise de malaise ... Tu n'es peut-être pas une raksi, mais es-tu humaine ?
- Il y a des humains bien pires que les monstres,
commenta-t-elle toujours affairée à dénicher son arme."

Elle posa enfin la main sur son trésor dans un relâchement soulagé : perdre ses moyens, voilà qui était comme perdre une partie de soi.

"Tu empoisonnes la personne qui te sauve la vie puis tu fuis ?" Elle se refusa de nourrir sa paranoïa et sentait que la question était rhétorique - quoiqu'elle puisse dire pour se défendre, il ne l'aurait pas crue. Il abandonna au sol un manteau. "Si ça peut te permettre de partir plus vite, ne te gêne pas, prends-le. On a assez de problèmes comme ça." Mélampe lui adressa une amère oeillade avant d'enfiler le vêtement, puis elle le toisa tout à fait. "Raté, je reste."

Elle s'était décidée à aider les Palan-Palan dans la mesure de ses capacités, pas tant par un élan de générosité altruiste qui la caractérisait sommes toutes assez peu, mais par logique. Les troupes de Holt devraient repasser par ici pour rejoindre Valanne, et quoi que soient les raksis, elle savait de son expérience avec les prystes qu'il était tout sauf désirable de se faire attaquer par des créatures anthropomorphes. Par ailleurs, si Nalin lui était redevable, elle et son peuple feraient de bons gardiens de leur passage dans les neiges, créatures dont les courtes jambes courbes savaient apprivoiser les pentes et la dentition profiter des proies. Quant à Malvo dont l'hypothétique survie motivait l'insistance précipitée de l'héritière jusque là, il était trop tard pour s'en soucier. Soit il avait été protégé des vents par l'abri et s'était remis en chemin, soit il avait péri. Elle décida de remettre cette pensée pour plus tard.

Et puis peut-être, une étincelle d'empathie l'autorisa à s'écarter de sa destination le temps de venir en aide à Nalin, dont la jeunesse frêle avait été si éprouvée par les responsabilités. Quelque part, elle deviendrait le temps de cette crise ce que le paladin avait été pour elle jusqu'ici.

*

Elle amena l'adolescente à sa couche, portant sans peine la légèreté de ce corps aussi volatile que la poudreuse fraiche.

"Il faut lui retirer son manteau, la fourrure empeste la fumée. Ses cheveux aussi : rincez les." C'était le protocole que lui avait enseigné son père en cas d'attaques de ce que les soldats appelaient les Pots Puants - arsenic et racines d'ellébore.

"Impossible, ce serait ... Nalin est une personne sacrée, s'angoissa Mina." Mais devant l'épaisse inconscience de la chamane, et le sang qui depuis ses narines rejoignait déjà sa gorge et sa nuque, elles n'eut pas grand choix. La jeune mère fit sortir tout le monde et prit sur elle de la déshabiller et de rincer sa tête.

*

"Mélampe, Povez-vous venir s'il vous plaît ? Nalin vous appelle."

Elle s'exécuta. Au dehors, il faisait déjà nuit et l'éclat aqueux du camp s'était mu en une aura améthyste, comme si une magie impénétrable s'était emparée du dôme de glace pour en faire des pierres précieuses. Pour maintenir la chaleur tant que possible, toutes les peaux avaient été rabattues, les cavités closes, et une partie du village s'affairait à entretenir des feux plus rondouillards. Les moires jaspées du foyer qui éclairaient Nalin teintaient ses cheveux d'un reflet mauve aux reliefs pourpres, leur blancheur servant de toile pour un camaïeu de crépuscules. Mélampe y entra toute équipée y compris de son arc qu'elle se jura de ne plus abandonner. Mina décida de les laisser converser non sans préciser un conseil à l'intention de l'héritière, tout bas. "Ne la fatiguez pas trop."

Elles observèrent un silence. La paisibilité de la pièce cachait mal la lourdeur sur la tête de la jeune fille et la princesse décida simplement de s'asseoir à l'endroit où Mina avait laissé sa place. Elle hésita quant à la marche à suivre : s'adresser à une gouvernante aussi jeune sur son propre territoire était d'un jamais vu pour elle. Il paraissait évident pour Mélampe que Nalin était désemparée dans sa position et que sous des airs intraitables se camouflait le coeur d'une presqu'enfant qui avait désespérément besoin de conseils. La chamane ne semblait pouvoir compter ni sur des parents, ni sur un gouvernement et s'en remettait jusqu'à la folie aux conseils flous d'un Dieu en douleurs. Si cela leur avait permis de survivre jusque là, ils n'étaient néanmoins pas dans les bonnes dispositions pour faire face aux raksis qui les terrorisaient, et ils ne risquaient pas de survivre si les créatures du chaos continuaient à se déchaîner de la sorte.

"J'ai récupéré mes affaires parce que je refuse qu'on me fasse du chantage. Mais je reste de mon plein gré."

Après avoir rassuré son homologue, l'héritière décida de la laisser parler, prête à être un réceptacle de ce qui se déverserait de ce corps épuisé par ses enjambées vaines et angoissantes vers l'Alun.


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Houmous
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Jeu 15 Sep - 19:12
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Mana-Nalin
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Elle avait encore un peu le souffle court de ses vertiges précédents quand Mélampe s’installa et commença à lui déclarer ses intentions. L’idée qu’elle soit en train de lui dire les choses avec autant d’honnêteté lui arracha un sourire amusé. Nalin aurait aimé garder un peu plus longtemps l’ascendant sur cette intruse qui avait peut-être beaucoup à leur apprendre mais qu’importe. Elle n’était pas encore sûre de pouvoir accorder sa confiance inconditionnelle mais elle savait avec certitude que Mélampe pourrait être déjà partie si elle le souhaitait. Les vents s’étaient un peu calmés à l’extérieur et un manque d’expérience aurait pu pousser à croire en une forme de sécurité… Sans même déposer son regard affaibli dans les prunelles d’ambre de la princesse, elle commença à lui parler.

- Les haks ne savent pas utiliser les arcs, sourit-elle avec malice. Ils ne comprennent pas les chants des esprits du vent… Ils n’écoutent pas le bois… Et ils ne pensent qu’à tuer… Mais tu n’es pas comme eux, rajouta-t-elle, versant un peu de ses propres sentiments dans le poncif local.

Elle prit le temps de se redresser un peu dans son lit. Un autre vertige. Elle ferma un peu les yeux, cherchant de l’air d’une gueule béante et amorphie. Pour mieux appuyer l’effort, elle quitta partiellement le couvert de la peau qui la recouvrait jusqu’aux épaules. Son torse et sa poitrine étaient protégés des yeux indiscrets par de larges plaques d’une pilosité fourrureuse du même givre que ses cheveux, lui évitant de frissonner aussitôt. Lorsqu’enfin sa tête retomba en place, elle dodelina vers son interlocutrice.

- Mon corps n’est pas une honte si je le montre à une hak, ironisa-t-elle, grinçante. Je n’aime pas ça mais je risque d’avoir besoin de toi quelques jours… Je n’ai pas complètement confiance en toi, avoua-t-elle, mais je ne peux pas montrer de faiblesse face aux miens…

Tout dans son corps et sa démarche, libérés des artifices civilisationnels vestimentaires les plus rudimentaires, appelait à un retour à la nature. Elle donnait à la fois l’impression d’être une louve piégée dans une humaine et une humaine piégée dans une louve. On lisait dans ses articulations droites, ses longues mains griffeuses et duveteuses et son regard glaçant des aspects purement animaux et humains à la fois. Elle semblait parfaitement à sa place dans cette grotte aménagée, cet environnement mi-humain, mi-sauvage. Probablement plus qu’aucun autre Palan elle portait la masse des traits séculaires et antiques. C’était pour cette raison qu’elle était devenue une Mana. Présente à la fois dans le monde des corps et dans celui des esprits, elle était capable de converser avec eux et de les ressentir. Pour un Palan, c’était une existence inviolable qui perdait de sa superbe à être dévoilée. De même, leur véritable nom, celui par lequel les esprits les appelaient, constituait un tabou absolu et bien plus important. Elle songea au fait que tant qu’elle ne révélait que sa chair et non son nom, elle était encore digne dans son rôle sacré.  

Il y avait fort à parier que nombre de gens très savants et réputés du Royaume d’Anuire se gratteraient longuement la tête en ne sachant que faire d’êtres tels que les Palan. Etaient-ils assez hommes pour pouvoir se joindre à la marche du monde ou constituaient-ils une image de la corruption monstrueuse qui enserrait le monde ces derniers temps ? Etaient-ils une planche de salut car plus proches des formes immuables de la nature ou le début de la fin car hors de la nature et de l’image même d’homme ? Enfin, étaient-ils amis ou ennemis aux hommes dans leur lutte contre les monstruosités qui étaient parues récemment des entrailles de la terre ? Les débats feraient rage dès lors que l’existence des Palan serait révélée et ne ferait qu’empirer une fois qu’un spécimen serait placé à la vue inquisitrice de tous. Nalin était loin de se douter des implications de permettre à une hak de venir et partir de son monde. Elle ne sentait pas le risque que cela représentait pour les siens et ignorait tout de la civilisation déracinée des haks. Pour eux, êtres ancrés bien en terre, il n’y avait pas d’autre manière de vivre et de connaitre une relation au monde. Elle ne pouvait même pas imaginer qu’on abatte des forêts entières pour y bâtir villages et champs. Elle ne réalisait pas…

Mina rôdait à l’extérieur de la tente. Elle avait pris très au sérieux son rôle de protectrice et de responsable. Elle avait vécu un instant intense en émotions qui serait un jour ou l’autre source de nombreuses questions. Elle savait que, bien entendu, elle évacuerait ces questions d’un simple haussement d’épaules désinvolte mais les réponses la hanteraient jusqu’à la fin de son existence. Chaque fois qu’on lui demanderait à quoi ressemblait le corps d’une Mana, elle dirait qu’il faisait sombre et qu’elle n’avait rien vu. Cela dit, en son for intérieur, elle se remémorerait tout des finesses veloutées de la jeune Nalin. Elle se rappellerait tout de sa stature divine et de cet instant unique. Elle n’aurait jamais imaginé connaitre un jour les réponses à toutes ses questions les plus déviantes et pourtant elle les avait eues. Alors, maintenant qu’elle savait, elle s’employait à dignement dissimuler ces secrets aux yeux encore chastes de ses semblables. Elle tournait tant et tant en rond, à repousser enfants et curieux, que son sillon aurait pu se creuser dans la glace autant que les fumeroles du campement.

- Les Palan-Palan ont besoin d’un guide et d’un œil observateur, continua-t-elle doucement. Si ça ne peut être moi, autant que ce soit quelqu’un qui sait quelque chose du monde extérieur, haussa-t-elle des épaules. Il va me falloir rester alitée quelques jours alors j’ai besoin que tu sois mes yeux pendant ce temps… Tu accepterais de faire ça pour m-, pour les Palan-Palan ? se reprit-elle finalement.


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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Mélampe songeait. Qu'avait-elle de différent de cette descripition d'une hak, en réalité ? Elle se servait d'un arc, oui, mais Nalin n'avait pas l'air de savoir qu'il existait des escadrons entiers d'hommes entraînés à tirer avec pour faire la guerre. La princesse ne comprenait pas les esprits du vent et si elle tendait son oreille au bois, c'était pour mieux abattre son gibier. Elle qui pensait tuer pour le bien commun, ne pensait qu'à tuer au demeurant. Mélampe décida de garder pour elle jusqu'à l'ultime nécessité qui elle était et sur quoi elle travaillait. Nul doute que pour ce peuple tribal enterré dans sa neige maternante, les projets politiques et martiaux n'étaient que des artefacts de destruction. Oui, les humains font la guerre. Mais les Palan verraient qu'il est aisé de la critiquer jusqu'à ce qu'on ai besoin de la faire pour survivre. Si Nalin voulait se persuader que Mélampe était différente, c'était peut-être montre de son inexpérience, mais arrangeait les deux femmes - l'une devenant une alliée par défaut, l'autre pouvant se reposer sur elle.

La princesse ne s'attarda pas sur le corps de la chamane, peu inclinée à l'impudeur de manière générale. Elle ne put en revanche s'empêcher de voir de quoi il en retournait depuis les mains de l'adolescente jusque là couvertes de gants - des mains sur lesquelles une toison coruscante courait jusque sur les phalanges, serties de griffes courbes et anthracites comme on le voit chez les bêtes. Si Nalin partageait avec le reste de son peuple sa petite taille et une dentition acérée, elle était sans conteste bien plus mêlée à l'animal que quiconque ici. Mélampe se figura que l'adolescente devait avoir quelque équivalence de sainteté pour cette raison, et que comme on laisse mourir les prêtresses plutôt que de découvrir leurs cheveux, son corps était un interdit absolu pour les gens d'ici. L'héritière imagina le sentiment qu'on éprouve à avoir une apparence aussi différente de sa propre espèce. Puis elle se rappela l'épaisseur du silence tabou dans lequel son corps à elle s'était développé et réalisa qu'elles cumulaient un nouveau point commun.

Puisque le ton était sur la fin de la conversation, Mélampe se releva. "Je peux rester quelques jours mais je suis attendue. Repose-toi maintenant."

*
Spoiler:

Le lendemain déjà, l'organisation du village s'était changée pour mieux se mouvoir autour des besoins de leur chamane. Chacun s'en était retourné à sa tâche initiale mais se détachaient régulièrement des postes quelques âmes soucieuses qui lui ramenaient à manger, des infusions, des artefacts protecteurs ou simplement quelques prières. Mina ayant été la seule témoin du corps animal de Nalin, elle ne sortait presque plus de sa tente pour la veiller et lui tenir compagnie, et on amenait volontiers des choses pour elle aussi.

Du reste, le camp avait des airs de ruches : voix élevées pour discuter au-dessus des chants des enfants, dos fléchis sur des ouvrages en tout genre, livraisons de vivres entre les huttes qui faisaient se croiser les courtes jambes affairées. Une ébullition en bonne marche qui faisait vivre en totale interdépendance chaque âme ici, jusqu'aux enfants qui réunissaient entre deux chahuts des fagots de bois. Mélampe crut respirer pour la première fois lorsqu'on lui servit enfin un repas chaud - elle n'avait pas mangé depuis son arrivée.

Les mets du matin étaient, contrairement aux cultures des bas reliefs, particulièrement copieux. Ils avaient vocation à réveiller et réchauffer les corps éteints par le froid nocturne, à remplir les panses pour qu'elles s'attèlent mieux au travail. Les Palan n'ayant pas grande notion de la culture ou de l'élevage, et les sols enneigés ne le permettant pas par ailleurs, les mets tournaient beaucoup autour de ce qu'ils chassaient. En l'occurrence Paruka, chez qui elle avait passé la nuit, lui servit des cuisses de lièvre. Quelques noix qui avaient été ramassées plus bas où dormaient les pins l'accompagnèrent sur la table, cueillies en nombre par les femmes et enfants accompagnées de quelques hommes pour leur protection trois jours auparavant.

La tanneuse était encore plus taciturne au lever qu'en fin de besogne et tirait ses traits sur six pieds de longs devant une infusion de racines amères. Mélampe, qui engloutissait son déjeuner avec appétit, ne tarda pas à lui poser des questions importunes. "Combien de temps ça fait que vous vous êtes retranchés ici avec la tribu ?" Paruka plissa son visage pour se murer dans le silence, mais le regard insistant de la princesse lui tapa suffisamment sur les nerfs pour qu'elle consente à lâcher mot. "Quelques mois, j'dirais. Killik nous a rejoints il y a trois semaines, par contre." Forte de nouvelles interrogations, Mélampe reçut par la tanneuse le récit du boucher et de sa fuite. Elle en fut immédiatement sceptique. L'idée que de si petites jambes aient pu lui permettre d'échapper à une horde de monstres affamés, en abandonnant le reste des siens par ailleurs, ne semblait pas tenir la route. Elle commença à se méfier de lui autant qu'il avait l'air de le faire pour elle.

"Et les raksis ? Comment sont-ils ?
- Ben, comme toi ! Ils se changent en haks. Toutes les tribus plus basses se sont fait déchiqueter, nous, on a le blizzard. L'Alun est plus proche ici."
Elle regarda le plafond pour regarder le ciel.

"Ils ne se changent qu'en humains ?
- En humains ?
- En haks, disons.
- Jusque là, ouais. Mais j'sais pas lire alors j'connais pas tous les contes."


Mélampe avala sa bouchée le temps de contempler que dans des microcosmes comme ceux des Palan aussi, il y avait des gueux. Probablement que l'érudition était d'autant plus inaccessible que le peuple se fiait volontiers à une figure toute-puissante en la personne de Nalin, que la monnaie n'existait pas et n'exigeait donc pas qu'on sache la compter, et que les groupes étaient assez restreints pour que la transmission soit orale.

Voilà à peu près un an ou plus que les bêtes et les plaies avaient commencé à ruiner Anuire : attaques des villages, des champs, intempéries, terres stériles, crises de folie endémiques, faune dévastée - tout vrombissait du désespoir de la nature, de sa détresse d'être violentée par un nouvel écosystème venu d'imaginations les plus féroces. Ici, tout avait commencé à se défaire plus tard, il y a quelques mois donc. Pour l'instant, seuls les raksis semblaient harceler ces gens et les Seigneurs des environs ne faisaient pas cas d'observations étranges dans les montagnes. Cet endroit était au départ d'une pente descendante et ce peuple manifestement peu enclin à la violence craignait de s'éteindre lorsque les choses s'envenimeraient. Après tout, c'était le cas pour toutes ses autres tribus, décimées jusqu'au dernier Palan. Bientôt, ils verraient eux aussi les animaux qui les nourrissaient s'éteindre ou leur chair se vicier de leur vivant comme le racontaient beaucoup de chasseurs sur les plaines ; bientôt, le blizzard ne serait plus le protecteur aimable qu'ils vénéraient mais deviendrait leur pire cauchemar - ainsi que la pluie avait dévasté les récoltes en basse terre ; bientôt, les monstres leur viendraient depuis l'extérieur et les entrailles de leur propre caverne. Leur foi pieuse avait quelque chose de touchant, comme des enfants qui en famine sont toujours convaincus que leurs parents trouveront un miracle dont se nourrir, mais semblait confirmait à Mélampe que la spiritualité et la gouvernance étaient incompatibles.

"Qui peut me donner plus de détails sur les raksis à part Nalin ?" Elle tenait à ce qu'elle se repose.
"Va donc voir Ulwazi, troisième tente sur ta droite en sortant d'ici."

Et elle s'exécuta.


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Houmous
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patrick
Houmous
Mar 27 Sep - 18:37
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Mana-Nalin
J'ai 16 hivers et je suis de la tribu Palan-Palan. Dans la vie, je suis la plus jeune Mana.


copyright: Fate/Grand Order Gray
Nalin avait été forcée de prendre du repos. Chaque fois qu’elle tentait d’y transgresser, Mia ou les vertiges l’y replaquaient inlassablement. Elle combattait parfois, soupirait souvent, sans résultat concret. Se rendant compte de son inutilité pour son clan et son incapacité à le protéger d’une quelconque manière, elle bouillonnait pour la première fois de son existence. Elle aurait dû être au dehors, à arpenter et observer plutôt que de laisser les chasseurs se charger de cette tâche dangereuse. Personne d’autre qu’elle, et elle le savait d’expérience, ne passait aussi inaperçu dans les terres de l’Alun. Et puis, elle craignait de perdre une chance de pouvoir sauver d’autres membres de tribus amies. Et à la fois, plus elle se morfondait de son inaction, plus elle se sentait fatiguée et incapable de se relever. C’était une véritable malédiction qui l’avait frappée et elle devait y faire face avec bravoure pour en repousser les effets.

Quelques jours passèrent malgré son impatience croissante. Au dehors, le temps ne semblait pas se calmer. Au-dedans, l’ambiance était morne et de plus en plus tendue. Le blizzard hurlait dans tous les interstices craquelés de leur tombeau de glace, comme autant de râles d’un Dieu en appel, alors qu’eux restaient silencieux et discrets. Les Palan avaient appris à se rendre plus petit encore pour mieux tromper la vigilance de leurs poursuivants… Nalin était encore une fois prise de violents maux de tête et ne se sentit pas assez en forme pour se relever. Elle était prisonnière de son propre corps et n’était pas capable de le quitter pour aller observer ce qui pouvait se passer autour de sa simple tente. Faire quelques pas au dehors semblait une impossible tâche tant sa tête était embrumée de sensations crues et dures. Mina s’occupait d’aller aux nouvelles, discutant avec divers membres de la tribu. Elle lui rapportait tout ce qu’elle pouvait avoir appris au cours du temps, de la moindre pénurie de lapin aux observations les plus singulières des explorateurs qui osaient se heurter au froid et au danger. Une routine inconfortable s’était installée avec l’attente de voir quelque chose se produire.

Ce matin-là, Mina apporta une information étrange avec elle. Elle arriva un peu plus tôt qu’à l’accoutumée, avant que Mélampe n’ait l’occasion de se présenter. Habituellement, Mina commencerait par éponger la sueur sur tout son corps et la masser pour réveiller les membres engourdis par l’hibernation nocturne avant d’avoir l’occasion de bavarder et de la renseigner sur les nouveautés en la nourrissant. En temps normal, elle arriverait avec un grand sourire pour la motiver à faire face à la souffrance de mobiliser à nouveau son corps. Cela dit, Mina avait l’air plus préoccupée qu’à l’accoutumée. Elle était venue plus chargée, et déposa soigneusement une fourrure fermement scellée. Même l’esprit confus de Nalin le remarqua et ne put plus faire abstraction de cet étrange état de fait. Elle se pencha vers elle et commença sur un ton confidentiel.

- Mana-Nalin, commença-t-elle gravement, un groupe de chasseurs a trouvé quelque chose dans les reliefs de l’Alun… Je sais que ça ne va pas te plaire mais j’ai besoin de ton avis pour leur dire quoi faire avec ça.

Elle se tourna un peu sur elle-même, pour vérifier que personne ne risquait d’entendre ou de voir ce qui allait suivre. La tension dans sa posture et ses paroles était palpable alors Nalin fut alerte dès lors qu’elle fit quelques pas en arrière pour aller récupérer le paquetage en peaux. L’objet devait faire la taille d’une souche coupée trop longue. La neige y était encore maculée, comme imprégnée directement entre les poils, signe de la fraicheur du lot. Avec prudence et patience, elle libéra l’objet pour que Nalin en voit l’intérieur. Elle aurait pu s’attendre à tout sauf à ce qu’elle finit par voir.

L’objet était un assemblage de chaires insensé. Des parties de différents corps y étaient agglutinées à l’intérieur d’un membre de grande taille. On y lisait ici un ersatz de nez, là un artefact de vertèbres. C’était, d’une manière étrange, parfaitement similaire à un corps de hak et, plus particulièrement, exactement celui de Mélampe. Nalin n’eut pas besoin d’aide ce matin là pour se relever. La douleur ne la tenait plus clouée dans son lit, pas plus que l’engourdissement et les faibles sensations que lui faisaient parvenir ses jambes. Elle approcha de la chose et planta ses griffes dedans pour en déchirer la fine peau et l’examiner de plus près. L’extérieur semblait factice, un simple artifice qui dissimulait la véritable nature de ce qui se cachait à l’intérieur. Elle fixa un long moment le regard vide d’un œil isolé qui sembla émerger de la plaie. Elle continua à ouvrir une plus large plaie pour pouvoir observer d’autres morceaux de corps mal identifiables.

- Les raksis ne courent pas, chuchota-t-elle lentement. Ils savent exactement où se trouvent leurs proies en permanence… Mais selon les chroniques, ils marchent sans arrêt. Mina, sais-tu où se trouve le reste ?

- Ils sont en train de le récupérer, ajouta-t-elle, prête à cette question. Les chasseurs ont dit qu’ils l’ont trouvé prêt de l’Alun, déjà tranché.

Leurs regards inquiets se rencontrèrent. La seule possibilité était que l’Alun ait décidé de répliquer directement. Les palans n’étaient pas assez forts pour infliger de si lourdes blessures et les haks ne pouvaient pas survivre dans ces montagnes. Elle observa plus avant les plaies pour comprendre ce qui avait bien pu les infliger. Elle remarqua que l’ouvrage avait été fait en plusieurs coups réguliers au même endroit. La force et la précision qui devaient être nécessaires pour cela était improbables… Nalin se rappela du démon dont elle avait rêvé dans les visions de l’Alun. S’était-il finalement déjà réveillé ? Elle ne pouvait pas en rester là, elle devait en avoir le cœur net pour parvenir à protéger son peuple. Sans attendre plus, elle se saisit de ses capes et vêtements et s’en couvrit en hâte. Sa tête ne tournait certes, mais elle n’était plus que l’outil pour fournir des réponses à ces questions.

Une fois au dehors, les Palans la regardaient avec admiration. La mana avait survécu au poison, songeaient-ils tous. Elle ne prit pas le temps de discuter avec eux ou de leur adresser un mot mais se dirigea en toute hâte vers la tente de Paruka pour y trouver Mélampe. On lisait la douleur sur son visage mais aussi la détermination d’aller jusqu’au bout de son devoir, quel qu’en soit le coût. Elle connaissait assez son peuple pour savoir que c’était l’endroit le plus probable pour qu’elle y trouve refuge. Ainsi, quand elle arriva à son contact, elle ne prit pas le temps de s’annoncer et ouvrit rapidement la peau. Les deux femmes la regardaient, interloquées.

- Mélampe, il faut qu’on parle, dit-elle, la voix raccourcie par les vertiges qui la frappaient de plein fouet. Comment est ton ami ? Est-ce un puissant guerrier ? ajouta-t-elle en toute hâte.
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