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LE TEMPS D'UN RP

The Anuirean Covenant (feat Jo')

Jo'
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Jo'
Ven 3 Déc - 8:56
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Une flammèche rose scindait l'aube bleutée ce jour-là et chacun y vit ce qu'il y souhaitait.

Bastes l'âme de ses fils rejointes dans le firmament.
Krah le souvenir de son ami et guide.
Pour les paladins, peut-être quelque chose de l'ordre de la destinée.
Mélampe y voyait surtout la mécanique naturelle d'une aurore qui progresse et annonce l'heure du départ.

L'ambition a besoin d'oeillères.

*

L'héritière vit le jeune homme installé devant l'éboulis de pierres, mine basse caressée par la finesse de ses boucles blondes, mains recentrées sur ses genoux. Tout le monde entrait dans l'effervescence des préparatifs et trois chevaux étaient déjà sellés pour la route qui les attendaient - personne ne sachant conduire une carriole comme Adeluvior, on lui préféra une monte individuelle - mais Krah demeurait interdit face aux éboulis qui bouchaient la veine qui menait, quelques heures d'exploration derrière, au cadavre calciné de son ami. Mélampe tentait de rassembler le groupe, à plus forte raison qu'elle avait eu vent de la rixe nocturne entre les deux paladins dont elle ne savait pas encore quoi penser, et elle était venue le chercher.

Elle observa d'abord un silence caverneux puis s'asseya à son tour par respect pour l'endeuillé. Elle savait comme les mots étaient futiles dans la tempête d'une disparition mais, qu'il se rassure, ce n'était pas du réconfort qu'elle venait lui apporter : elle endossa une fois de plus ce qu'elle pensait être l'attitude attendue d'elle et orienta la visite de courtoisie en dialogue d'affaires. "La mort de votre ami vous dissuade-t-elle de poursuivre le chemin que vous aviez emprunté en me délivrant de la prison ?" Il la dévisagea le regard embué puis replongea ses pensées par-delà les roches. Mélampe y compris qu'il l'envoyait au diable, hocha la tête pour elle-même et se releva. Tandis qu'elle tournait les talons elle fut cependant interrompue par le discours du jeune garçon.

"Je ne fais pas partie de l'Ordre, vous savez, entama-t-il."

Ca, elle l'avait deviné en le voyant maladroit à l'épée et trop adroit avec les explosifs.

"Je suis fils de paysans, un rien-du-tout, un moins que ça, même."

L'héritière se suspendit à ses propos - lui qui avait soigneusement évité les questions à la prison, qui se murait dans la dérision à tout moment y compris alors qu'Ethos rendait son dernier souffle, avait craquelé sa fine armure depuis que son vieil ami était en proie au péril, et s'ouvrait désormais en grand. Il avait vraisemblablement besoin de s'épancher par toutes les fissures dont le deuil le nervurait.

"Mes parents sont morts en fièvre quand j'avais onze ans. Je volais pour manger d'abord, puis je montais de vrais guet-apens pour piller les riches avec des copains. Puisque je créais des problèmes j'ai finis enfermé dans un orphelinat où Adeluvior prêchait le Feu pour nous tous qui étions sans éducation. Il se servait de ses tatouages. J'ai vu qu'il faisait ça avec vous aussi."

Mélampe ne s'expliqua pas pourquoi elle s'en sentit honteuse, comme si elle avait volé la complicité des deux hommes, en les séparant d'ailleurs pour de bon - quoiqu'elle en dise, et bien qu'elle se le cache encore, elle se sentait responsable des risques encourus par l'équipée.

"Il m'a convaincu de mettre ma fourberie au service de quelque chose de plus grand. Et je suis devenu un genre d'homme de main pour lui. Pendant dix ans - la moitié de mon existence ! C'était le seul à voir en moi plus qu'un voyou."

L'héritière contempla le monde qui la séparait de Krah. A défaut de trouver le bon mot, elle tenta quelque chose de lénitif.

"Je ne sais quelle valeur vous y accordez, mais personne ici ne pense que vous êtes un voyou. Malvo et moi vous devons la vie."

Sa stature ramassée se redressa alors ; il se leva et au moment de se retourner affichait à nouveau le rictus narquois qu'il arborait avant d'être rongé par l'angoisse pour son ami. Bien sûr la peine n'avait pas disparu dans ce maigre lot de consolation, mais cette considération lui avait suffit pour se décider à continuer à se comporter en homme de bien, à poursuivre le projet d'Adeluvior qui s'était engagé dans cette résistance politique, et lui attribua assez de confiance pour qu'il remette ce masque rieur qui le protégeait de ses fêlures. "J'en suis, si vous gardez tout ça pour vous, clama-t-il fiérot avant de rejoindre les autres à la sortie d'Erüne."

Mélampe désormais seule au plus près de la mort d'Adeluvior s'autorisa enfin un sentiment. Sondant l'éboulement qui ne dégageait rien, elle murmura "Merci." et ce fut tout. On ne lui avait pas appris à se délier dans la mélancolie.

*

La petite fille pleurait sans discontinuer depuis maintenant trois jours, où elle avait également cessé de s'alimenter et refusait tout soin que voulaient lui prodiguer ses domestiques. On fut si inquiet qu'on appela le Roi en personne afin de gérer la crise qui souciait pour ainsi dire davantage que les conflits armés. Mélampe, douze ans, venait de perdre un ami à la faveur d'une pneumonie qu'il avait attrapée précisément en jouant dans les champs avec elle - ce qu'on lui avait par ailleurs interdit, puisque le petit garçon en question était un fils de palefrenier, et qu'une princesse n'avait rien à faire avec lui, a fortiori les pieds dans la boue. Aymeric ne tergiversa pas en méthodes d'éducation bienveillantes et régla le problème d'une fermeté glaciale qui ne laissait pas d'espace à l'opposition : une gifle fit entrer l'enfant en sidération qui stoppa net ses pleurs, il boucha son nez pour la forcer à ouvrir la bouche, et il enfonça si loin la nourriture dans sa gorge qu'un réflexe émétique la contrit à avaler.

Tandis qu'il gavait sa fille toujours suspendue à la brutalité tranquille de son père, il décida d'en profiter pour lui enseigner une leçon de gouvernance. "Ma fille, le peuple n'attend pas du Roi qu'il soit un ami, mais un pilier, et un toit. Vois-tu les pierres avoir de l'empathie pour les autres ? Se morfondre dans la peine ? Non. Par contre, elle ne cillent pas dans les tempêtes. Elles remplissent leur rôle. Est-ce qu'on leur en veut pour cela ? Nullement." Il fit une pause et Mélampe fut parcourue d'un frisson nauséeux, mais cette fois elle était calme car toute attentive au discours de son paternel. "Si un jour tu me secondes, fais ce qui est dans l'intérêt de ton peuple, toujours. Mais gouverne comme un homme et ne te laisse pas avoir par tes humeurs féminines. Puis-je te faire confiance ?" Le poids de la succession s'écroula dans la nuque de la jeune enfant qui, addicte à la fierté de son père, s'empressa d'acquiescer et mangea d'elle-même retenant ses larmes. "Fais ce que tu dois, pas ce que tu sens. Ta pire ennemie, c'est toi-même."

Ce jour elle appris à déguiser sa peine en colère, ses angoisses en curiosité et ses déceptions en motivations.


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
Houmous
Sam 8 Jan - 14:53
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis mercenaire des Impavides et je m'en sors de moins en moins bien.

Je suis un rescapé, quelqu'un qui avait de l'importance.


copyright: aenaluck


Ce matin-là, les préparatifs pour le voyage se firent rapidement. Le groupe de son Altesse n’avait plus réellement quoi que ce soit à faire dans ce coin et bien que la reconnaissance forçait une certaine forme de respect chez les locaux, il fallait avouer qu’ils attendaient certainement avec impatience l’occasion de pleurer leurs morts dignement et de lécher leurs plaies en l’attente de nouvelles épreuves. Malvo avait brisé son arme et en cela, il s’en trouvait en incapacité relative à s’acquitter de sa charge habituelle de chasseur de monstres. La raison pour laquelle son arme s’en était allée de son côté, il n’en discuta avec personne et on spéculait sur le sujet à voix basse alors qu’il passait suffisamment loin. Les quelques soldats restants de sa compagnie des Impavides le savaient particulièrement mais il n’était pas homme à plaisanter même dans ses meilleures humeurs alors lorsqu’il avait de bonnes raisons d’être maussade…

Comme il était agréable de voyager tôt le matin, dans la fraicheur du lever, la petite troupe ne prit pas outre mesure son temps avant de se lancer sur les chemins rocailleux. Malvo s’affairait à préparer les harnachements de quelque charrette alors que le Seigneur de ces terres vint à sa rencontre.

- Sieur Malvo, malgré le chagrin qui nous frappe, nous nous devons de reconnaitre vous devoir une fière chandelle, déclara-t-il tout d’abord avant de poursuivre vu qu’il ne recevait guère de réponse. Vous vivez vraiment en portant haut les couleurs des membres de l’Ordre… bien que force soit de constater que vous n’en fassiez plus partie. Nous n’avons point pu ne pas remarquer que vous aviez eu quelque souci avec votre épée la nuit dernière lors de vos « entrainements ». Nous voulions vous offrir une nouvelle alliée pour vous accompagner sur la voie. Puisse-t-elle vous accorder la victoire inlassablement car elle manqua de nous coûter à tous la vie, fit-il sombrement, prenant de la main de son suivant l’arme encore emballée dans son drap brunâtre avant de la présenter sans cérémonie.

Malvo se saisit de l’épée et en apprécia tour à tour l’équilibre, le tranchant, le poids et toute une variété d’autres propriétés que seuls les experts peuvent remarquer. Elle était effectivement bien ouvragée, sans surprise, bien qu’il soit de bon ton de le noter. Elle avait semblait-il, quelque chose de singulier en comparaison de sa prédécesseur. Outre le fait qu’elle ne porte le médaillon symbolique de l’Ordre sur le pommeau mais la face d’un ours rugissant, elle était plus lourde et les reflets sur le fil rendaient une teinte de rouille. Il hocha finalement de la tête, l’air satisfait et remercia l’homme en charge avant de poser le drap dans les rangements de voyage et de s’armer à nouveau. Malgré la lourde colère qui lui vrillait la tête, il adressa des remerciements polis, se figurant qu’il n’aurait pas le temps dans tout ce qu’il lui restait de vie de pouvoir la briser comme la précédente.

- Les minerais qui ont servi à la former sont tâchés du sang de notre communauté… Si vous n’aviez pas été là, ç’aurait été la dernière qui serait sortie des forges d’Erüne. Mon fils… Enfin, vous comprendrez que ce n’est pas une épée comme les autres mais qu’elle est le fruit ultime de nos sacrifices, acheva-t-il solennellement en retenant son chagrin.

- Je vous remercie sincèrement. En votre honneur, je l’appellerai « Gloire d’Attano », dit-il en posant une de ses lourdes mains sur son épaule.

Le convoi ne tarda pas à démarrer de ces terres maudites. Avançant, comme toujours, sans se retourner, Malvo marcha aux côtés de Mélampe. Il ne fit référence à rien de la nuit et se contenta pendant les heures qui suivirent de garder l’œil ouvert sur les menaces nombreuses qui pouvaient viser un convoi tel que le leur.

Alors que la journée était largement avancée et que le soleil atteignait son zénith, la décision fut prise de s’arrêter au bord d’un ruisseau pour laisser aux chevaux l’occasion de se reposer un peu et profiter de l’ombre quelques temps avant de se remettre en marche. Toujours alerte et en maitrise de lui-même, Malvo regarda autour pour s’assurer qu’il était propice de marquer une halte dans ce petit sous-bois. Alors qu’il mit pied à terre un détail le frappa. Une faible vibration faisait bouger l’herbe proche. Posant sa main sur le sol, il put sentir le phénomène avec plus de précision. L’intervalle régulier des ondes lui fit penser à quelque chose.

- Malvo, tu l’as remarqué ? demanda Titus qui s’approchait de lui vivement.

- Oui, il faut qu’on se cache dans les bosquets. Fais prendre le nécessaire et lâche les chevaux, ordonna-t-il directement en faisant de grand signe à l’ensemble de la troupe pour venir se dissimuler au mieux non loin de là.

Peu après, Titus se précipita à leur rencontre et vint se cacher au plus près d’eux, cachant toute partie métallique de son armure avec ses fourrures pour éviter au plus d’être visible. Malgré l’interrogation ambiante, Malvo resta silencieux jusqu’à temps que l’origine du bruit soit visible : une armée avançait en colonne sur la voie qu’ils empruntaient peu avant. Malvo fit signe à Mélampe de prendre le temps d’observer les oriflammes des porte-drapeaux en tête de ce grand groupe qui passait devant eux.

- J’ai l’impression que nos petites incursions ont commencé à attirer l’attention de vos admirateurs, princesse, fit-il, l’air cynique. Cette légion de l’armée royale est soit là pour nous, soit pour le Seigneur Vergile qui règne sur Valanne. Je ne sais ce qui est le plus souhaitable… Vous avez un autre plan de secours au cas où un incident de ce type venait à avoir lieu ? attendit-il, espérant ne pas avoir à se tailler un chemin à la pointe de sa nouvelle épée.

Jo'
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Jo'
Mer 12 Jan - 8:45
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

La vue de la princesse était hachée par la végétation qui les abritait, le bosquet avait une odeur de terre mouillée et de faune sibylline grouillante. Elle tenta de reconnaître l'homme à la tête de ce détachement et fut frappée par l'image de son plastron. C'était un homme de guerre que son père réprouvait, assez mauvais stratège au demeurant, mais spécialiste de la terreur. Il était connu pour utiliser les méthodes les plus cruelles et le Roi ne l'envoyait que dans de rares excursions d'intimidation, mais connaissant l'inclination naturelle du Maréchal pour le sadisme efficace, il n'aurait pas été étonnant qu'il devienne une sorte de bras droit sous le nouveau gouvernement.

Etait-il ici pour elle ? Mélampe s'emmurait dans le silence pour y réfléchir. Il était présumable qu'ils se déplaçaient pour harasser Vergile, celle-ci étant en guerre tacite mais sempiternelle contre Faramond, et possédant suffisamment de troupes pour initier une menace. D'autre part, l'héritière avait fait parler d'elle à Pontblanc, des bruits de couloir auraient pu remonter au château, et quoiqu'elle eût pleine confiance dans le mutisme de Bastes, ce furieux général aurait pu faire chanter des villageois pour qu'ils bavent la direction prise par le groupuscule. Tout de même, toutes ces gentes pour deux paladins reprisés, deux paysans, et deux grands enfants ? Les supputations étaient trop hasardeuses pour se dessaisir du soutien - précieux et ambitieux - de Valanne.

"C'est une dérobade qu'il vous faut ? intervint alors Krah, arrogance plue au coin des lèvres."

*

Le jeune chapardeur prit cette fois la tête du groupe et ils quittèrent les sentiers à travers fougères léchant les jambes et dédale de troncs - une chose était certaine, la formation symétrique, rythmée et surtout montée de l'armée royale ne risquait pas d'accéder par ici. Leur escapade accoucha sur une cascade blanchie par l'écume de sa propre émulsion.

"S'ils ne l'ont pas rebouché, il y a un passage derrière la cascade. Le reste sera sans moi.
- Bah viens gamin, t'vas pas rester seul, si ?
estoqua le loyal Tili."

Krah insista pour ne pas suivre le groupe à Valanne et le boiteux décida de rester à ses côtés - si les choses tournaient mal, ils se feraient passer pour parents en quête aux champignons, ou quelque chose de cet acabit. Tili en voulait toujours à la princesse d'avoir été prête à condamner ceux qui avaient bravé les dangers de la mine et craignait de se trouver à ses côtés - il fomentait d'en parler lourd d'inquiétudes à Malvo, son capitaine des Impavides, une fois réunis seuls. Inexpérimentée, Mélampe n'avait pas perçu cette plaie de confiance dans cet homme autrement très apprécié du groupe et ne perdit pas de temps en boniments.

Ils se faufilèrent donc désormais quatre derrière le rideau d'eau pour s'éviter de rouiller - une faille s'y trouvait en effet creusée par les flots dans une pierre bien plus tendre et sage que les roches difficiles d'Erüne. La tanière défendue n'avait néanmoins plus rien de naturel. Ses flancs étaient renforcés par des tréteaux de bois, de larges coupes d'argile récupéraient l'eau douce qui gouttait depuis le plafond, aux endroits plus larges reposaient brouettes et charriots et le sol avait manifestement été tassé. Des cagettes vides et une poulie en dormance emportaient le regard vers une échelle qui menait à un petit plateau baigné d'une lumière diurne qui indiquait qu'on rejoignait l'extérieur par l'étage.

"Ils ont aménagé un chemin de ravitaillement, commenta Titus.
- Ils doivent se préparer à subir un siège, déduisit Mélampe.
- L'armée en aurait donc plutôt après Vergile.
- Ou bien le Maréchal pense qu'elle nous cache."


Lodeth arrêta le groupe dans sa réflexion.

" 'tendez, Vergile c't'une demoiselle ? C'est pas interdit de gouverner pour une dame ?
- Elle a survécu à ses trois époux, donc par la force des choses ...
éluda le paladin tout en installant l'échelle.
- Si j'avais su que c'était si facile ! plaisanta l'héritière."

Malvo restait fidèle à lui-même, posé, concentré et maussade. Il avait toujours ce calcul dans le regard, une affliction noble qui le voilait. Son collègue quant à lui tentait également d'éviter d'évoquer la douleur au foie qui le broyait chaque fois qu'il levait le bras. Mélampe espérait pouvoir confronter les deux hommes aux comportements dont elle avait eu vent. "La rivalité est la gangrène de ton armée. Deux amis se détesteront bien au-delà d'adversaires." C'était là les conseils de son père. Faramond était loin d'être un ami, et pourtant c'est lui qui fut fatal au Roi. "La haine, c'est toujours une forme d'amitié." Elle aurait aimé quelques compléments d'instruction et réalisa avec vertige qu'il y aurait des tonnes d'expertises paternelles dont elle ne verrait jamais la couleur. Elle chassa la solitude de son orphelinat en gravissant l'échelle.

*

La faille s'ouvrait en plein Valanne, dans une arrière-cour où une grange avait été apprêtée en hangar de vivres. Deux gardes, qui n'attendaient pas de livraison puisque le siège n'était encore qu'une hypothèse, et le ravitaillement une solution de secours attendant d'être sortie du chapeau, furent surpris de voir quatre individus aussi dépareillés y débarouler. Ils se regardèrent dans l'angoisse que le stratagème dissimulé fusse découvert et pointèrent leurs lances vers les vagabonds.

"Vous ! Comment êtes-vous entrés par ici ? s'écria l'un d'eux."

Mélampe tempéra.

"Pas de panique. Je ... J'ai des informations : un détachement de l'armée royale est en chemin dans votre direction et j'aimerais en informer sa Seigneurie."

L'autre suppléa son collègue.

"Répondez à la question !
- Un guide. Un guide nous a conduits par ici. Moi non plus, je ne m'entends pas avec le régent."


Ils hésitèrent à les envoyer au cachot plutôt qu'à accéder à leurs doléances, ce que la princesse vit dans leur regard.

"Imaginez que Dame Vergile apprenne que des informateurs soient venus l'avertir, mais que vous ayez décidé de maudire ceux qui ont fait le chemin jusqu'ici. Imaginez, désormais, que cette information soit déterminante pour la survie de Valanne. Je ne donnerais pas cher de votre peau. Alors que si vous nous y accompagnez, vous pourrez nous tuer au moindre faux pas : le pari est à votre avantage."


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Houmous
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Houmous
Sam 5 Fév - 8:41
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis mercenaire des Impavides et je m'en sors de moins en moins bien.

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Malvo suivit le mouvement, non pas qu’il ait réellement d’autre choix. De ce dont il se rappelait, Dame Vergile n’avait jamais lancé de véritable guerre de conquête mais avait déjà présidé aux défenses de sa cité avec un certain succès. A vrai dire, ce n’était pas la première fois que les armées royales venaient tenter un siège sur le château forestier de Valanne, la préparation de chemins secrets menant à l’extérieur en étant la première preuve. Le chemin que venait à connaitre le petit Krah était surprenant cependant car, étant donné que la ville était séparée franchement entre haute ville et basse ville, arriver directement au pied de la demeure du lige en dénotait l’importance.

Encore une fois, Mélampe prenait les choses en main. Cette jeune femme avait un talent étonnant dans son oration car il était évident que sa demande n’avait rien de raisonnable et pourtant les gardes se voyaient frappés d’un doute suffisant pour qu’ils prennent le temps de demander conseil à leur supérieur avant de simplement les envoyer au cachot. Malvo prit le temps d’observer un peu plus les alentours histoire d’avoir des alternatives en cas de situation difficile. Il remarqua en même temps que Titus et Krah que quelques échafauds pourraient permettre de fuir vers les toits si toutefois la situation venait à le requérir.

Un peu plus loin, l’un des deux gardes s’entretint avec un officier qui portait un casque à la plume unique et rouge vive. Ils se tournèrent vers le groupe, faisant quelques gestes alors que la discussion continuait avant de venir à leur rencontre. Vu de plus près, le vieux soldat semblait être un grand vétéran. Son visage était lardé de quelques blessures et balafres, récentes pour une partie d’entre elles. Malgré le regard voilé de l’un de ses yeux, il prit le temps de les observer avant de prendre la parole d’un ton autoritaire et direct.

- Vous prétendez avoir besoin d’une entrevue avec Sa seigneurie Vergile ? Pourquoi passer par des chemins de traverse comme une bande de brigand si tel est le cas, alors ? fit-il, suspicieux.

- C’est ridicule et vous le savez, rétorqua Titus en croisant les bras. Vous avez vu les feux de camps des soldats qui s’apprêtent à prendre d’assaut votre forteresse ?

- Votre bluff ne marchera pas avec moi, asséna l’officier en fronçant les sourcils. Vous allez vous rendre bien sagement et aller dans le donjon si vous savez ce qui est bon pour vous. Puisse le feu éternel avoir pitié de vos âmes.

Malvo serra le poing en l’entendant entonner une prière au feu. Au fil du temps, il se trouvait de plus en plus nerveux lorsqu’il venait à entendre des références faites à la foi quand il s’agissait de condamner. Dans les premiers temps de ses séminaires, on lui avait appris avec beaucoup d’ardeur que le feu était amour pour sa descendance et qu’ils devaient être fiers de pouvoir se battre pour protéger toute l’existence de l’humanité passée et future. Il repensa également à Adeluvior et au sacrifice absolu de sa propre chair qu’il avait fait pour protéger ces ingrats. Lorsqu’il sentit la main de l’un des deux gardes se poser sur son épaule, c’est dans un réflexe qu’il rétorqua. L’une de ses mains partit directement à la gorge dans un coup sec qui aurait pu briser sa pomme d’Adam et de l’autre, il se saisit de l’arrière de sa tête pour l’envoyer valser au loin. Il y eut un moment de flottement tant sa réponse avait été imprévisible et puis, le fer fut tiré.

- Ah ! Tu montres tes vraies couleurs, maraud ! J’aurai ta peau pour ça, s’écria le capitaine en appelant ses hommes à les encercler.

Malvo tira son arme à son tour et la fit virevolter légèrement en la tenant à une seule main. Il savait que s’il offrait un peu de temps à ses alliés pour aller rencontrer la noble qui régnait sur ces terres, il pourrait éviter à tout le monde se retrouver en cellules sans raison. Il soupira, sachant que Titus l’avait lui-même compris et qu’il allait utiliser cette situation pour avancer avec Mélampe en la protégeant.

Le capitaine ordonna à quelques-uns de ses hommes d’encercler le paladin et de le passer à la lance. Le premier qui frappa fut surpris de voir Malvo parer avec adresse et détourner son attaque avec aisance. Les deux autres qui l’encerclaient y allaient alors à leur tour et il se contenta de virevolter parmi leurs assauts sans leur rendre réellement les coups. Certes, il s’approchait et les frappaient lorsqu’il en avait l’occasion mais il se refusa à la moindre effusion de sang dans cette situation. Abattre des gardes, en plus de limiter les protections du fief, pouvait gravement invalider les tentatives d’alliance de la jeune princesse.

- Ainsi, c’est là tout ce dont sont capables les gardes d’honneur de la régente de Valanne !? Vous ne valez pas plus que des ivrognes de la première taverne venue ! Attaquez vraiment ou mourrez de honte ! les provoqua-t-il largement, attirant plus l’attention sur lui que sur son groupe qui commençait à fuir tant bien que mal.

Les assauts se firent plus rageux alors et il eut plus de mal à éviter d’être frappé par les lances. A la fois, cet embrasement du combat lui permit de mettre au sol quelques gardes trop confiants dans leurs forces. Il soupira, repensant à la troupe et se figurant sans grand mal que le fief tomberait en quelques heures s’il ne s’agissait pas d’un siège…

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Mar 8 Fév - 12:25
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Krah
J'ai une vingtaine d'année et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis le valet du regretté Adeluvior et je m'en sors pas trop mal mais en deuil.

Spoiler:
Les deux hommes partageaient désormais un morceau de viande séchée dont les fibres solides rompaient mal, une soi-disant spécialité Erünienne de gibier fumé dans les vapeurs de fonderie et qui soulevait une forte exhalaison de métaux. Un calme alcyonien était venu se poser entre ces individus qui n'avaient pas grand point commun mais pas d'animosité non plus - le silence était rompu par la mastication malcommode et des piaillements enchanteurs. Le spectacle avait tout l'air d'un déjeuner entre fermiers venus en long de rivière se repaître d'une maigre pitance, avant un son d'Eglise qui tonnerait l'heure de s'arque bouter sur quelque travail agricole.

"Qu'est-ce t'aimes pas à Valanne ? finit par décramponner Tili.
- Le tourisme est à désirer."


Derrière la pitrerie de la réponse dansait un souvenir amer. Krah était né sur ces terres mêmes, dans la ville basse, celle des malades et des mendiants dont les épidémies lui avaient arraché ses parents. Il utilisait précisément ce tunnel naturel désormais défriché par l'humain pour conduire ses vols et entourloupes à la ville haute lorsque l'orphelinat l'avait tout à fait dépossédé. Il s'y dissipait comme dans un terrier de lapin - petit gabarit qu'il était ! -, crapahutait la roche avec un bagage plein de nourriture volée (et parfois de petites précieuseries) sur le dos, et ressortait au pied de cascade d'où il faisait un grand tour pour rejoindre le village en contrebas. Là ses semblables pouilleux le félicitaient et il emplissait son estomac avec un peu d'égo.

"Et toi, qui es aussi roide que cette carne, qu'est-ce qui t'a conduit ici ? Chasser les monstres avec Malvo ... Krah ricanna avec arrogance. Excuse-moi, mais avec une guibole qui traîne et une moitié de dentition, ça m'intrigue."

Tili haussa les épaules pour mieux laisser glisser la bave de l'importun. "J'aime vraiment pas ces bêtes. Elles sont sorties comme des champignons d'puis qu'le Roi est cané, constata-t-il d'un signe pieux." Le plus jeune garçon le guigna - avec cette mauvaise peau, cette boiterie, les chicots pourris de pauvreté et un vocabulaire de charretier, il pouvait avoir cinquante ans comme il pouvait en traîner vingt. La vérité se situerait peut-être entre les deux et Krah se fit la réflexion que sans l'intervention d'Adeluvior, il aurait fini ainsi. Illettré, dévoré de soleil et de beuveries.

Ce qui donnait ce masque d'enfer à Tili en réalité, c'était la perte de trois de ses enfants. A la paysannerie, on cumule les progénitures et on les fait tôt, un peu comme ces tortues qui pondent par millier puisque si peu survivront à leur première journée ; pourtant, rien n'efface l'attachement, précisément après le baptême. Lorsqu'ils ont un nom plus rien n'est pareil. Une espèce de porc qui n'avait rien d'un porc à chair et aux proportions hors-normes était rentré chez lui alors que Tili était aux champs et sa compagne au lavoir, et en toute tranquillité d'omnivore confortable, il avait mutilé Madeleine bientôt trois ans, Jules un an, et dévoré la toute minuscule Bernadette à même son berceau. Landau-linceul.

"Malvo, j'ai senti qu'on était un peu pareil. Et il fait attention à nous."

Krah se secoua d'hilarité. La comparaison entre un personnage de foi, bel homme, bien portant et érudit et le caractère grossier en tous points de Tili était la vulnérabilité de trop pour le voyou qui s'en protégeait comme il le pouvait. Il ne savait rien de cette plaie universelle par laquelle coule la dépeuplade de perdre un enfant. Tili ne savait rien non plus de la fille du paladin - et pourtant.

"Rigole, p'tit con ! riposta-t-il avec camaraderie. Moi j'ai pas peur d'une bourgade dirigée par une bonne femme."

Ils furent interrompus par un homme famélique qui semblait vivoter dans les bois.

"Eh ! Vous partageriez votre en-cas ?"


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Mar 8 Fév - 12:28
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Mélampe Hildegarde Gertrud
de Lanasthël

J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Perdre le contrôle. De l'exercice du pouvoir, Mélampe n'avait assisté qu'à l'autorité naturelle de son paternel, et de manière générale n'avait côtoyé que des décideurs âgés habitués à leur emploi et qui étaient en place depuis des décennies. Par observation, elle voyait la hiérarchisation des groupes comme quelque chose d'allant de soi, confortable, assis et indiscuté - bien sûr il arrivait que des rixes puissent éclater entre son père et Conseillers, mais tout ce qui se statuait passait par son aval et il avait fin mot même dans les compromis. La jeune femme, elle, partait d'un certain handicap quant à l'assise qu'elle avait sur ce groupe qui l'avait pourtant bon gré mal gré choisie pour le commander - Titus, Adeluvior et Krah ne l'avaient-ils pas délivrée pour cela ? Et Malvo, ne s'était-il pas mis en retrait à sa faveur ? Trop jeune, pas assez homme, et sans plus aucune distinction politique officielle, Mélampe avait à peine son sang et son cran pour endosser les responsabilités qu'elle se collait sur le dos avec orgueil. Et dans toute cette fierté écoeurante qui la caractérisait, le libre-arbitre de ses camarades était bien trop proéminant à son goût, et cette facilité avec laquelle les choses lui échappaient l'angoissait autant qu'elle la vexait. Aussi, de la perte totale de liberté en prison à la riposte physique de Malvo lorsque les matons tentèrent de l'entraver, il paraissait que plus la princesse se cramponnait à garder le contrôle, plus celui-ci lui échappait.

Ce que son père avait omis de lui apprendre, c'était que l'autorité se manipule la main ouverte, et qu'il suffit de fermer le poing pour qu'elle glisse entre les doigts.

Mais surtout, personne n'avait promis à Mélampe de lui demander son avis ou de prendre ses ordres et quoiqu'elle le savait, elle ne pouvait s'empêcher de le regretter.

*

Tout se déroula à tire d'aile : au moment où une joute physique s'installa entre le paladin renégat et les soldats malhabiles de Valanne, Titus empoigna la jeune fille par le bras et la précipita à grandes enjambées vers la cour. Ils s'arrangèrent pour éviter les tentatives d'arrêts des gardes interdits de surprise et s'achevèrent bloqués à l'entrée par les portiers. De hautes protestations montèrent de Titus qui tentait de scander qu'ils avaient toutes les raisons d'entrer, en vain, mais ce fut Vergile elle-même qui interrompit le conflit.

"Mélampe ? Par le chien ! Laissez-les entrer."

Titus, Lodeth (qui leur avait emboîté le pas) et l'héritière furent précédé d'un homme qui à la hâte paniquait des informations venues de plus bas.

"Un homme est en train de se battre avec nos forces, il vient du chemin de ravitaillement !"

Vergile haussa un sourcil à la princesse.

"Ils voulaient nous emprisonner, mais j'avais vraiment besoin de vous parler, justifia-t-elle incertaine.
- Il ne blessera personne,
surenchérit Titus.
- On l'espère en tous cas."


Mélampe avait prit un ton cinglant qui témoignait de l'inconfort et des remontrances qu'elle gardait pour le paladin, une façon aussi de faire savoir à Vergile qu'elle ne cautionnait pas cette bagarre et de ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. La maîtresse des lieux s'adressa à son second posté à ses côtés.

"Allez calmer le jeu et recevez ces gens comme il se doit."

Alors que l'homme s'en alla rompre la friction conformément aux ordres, l'héritière envoya Titus avec lui d'un regard, au cas où Malvo aurait besoin d'aide, ou d'un garde-fou.

"Et lui, c'est ton palefrenier ? désigna-t-elle du menton en direction de Lodeth.
- C'est une longue histoire.
- En tous cas, l'exil ne t'a pas fais de cadeau. Tu es maigre et cernée, c'est assez laid.
- Trop d'honneurs,
rétorqua Mélampe ironiquement."

Vergile quant à elle avait une cinquantaine d'années charmantes et dignes. Sa tête était couronnée d'une épaisse tresse de cheveux châtains qui dégageaient un regard aiguisé tout en vert, strié de pattes d'oies discrètes qui témoignaient d'une vie d'émotions. Un nez fort et une bouche serrée donnaient sur son port de tête assuré et dont l'arrogance de la gorge donnaient à sa posture l'air de régner sur tous ceux qu'elle regardait. Elle se tenait sur un genre de siège distingué, comme un trône, toutes proportions Valannaises gardées par ailleurs.

"Vergile, un corps d'armée royale est en route pour Valanne et j'ai vu qui était à leur tête, c'est loin d'être une visite de courtoisie.
- Dis-moi quelque chose que je ne sais pas déjà, parce qu'il n'en n'est pas à son coup d'essai. Je n'ai pas peur.
- Peut-être que vous devriez ! Aux dernières nouvelles, un seul de mes camarades est en train de tenir en respect vos soldats.
- Et que crois-tu ?"


Elle avait haussé le ton et s'était levée de son assise avant de poursuivre. Sa crispation témoignait d'une fêlure. "Ceux que tu as vus sont de vulgaires fantassins, apprentis, volontaires pour sauver les meubles. Mes véritables troupes ont été réquisitionnées à peu près au moment de la régence." Mélampe était incrédule - elle avait déjà été congédiée à ce moment. "Nous sommes fédérés, Mélampe. On garde nos coutumes et nos blasons, mais pour toute décision martiale ou économique, on se plie ou on entre en guerre. Presque toutes nos troupes entraînées se sont rendues au château conformément à la directive que nous avons reçue."

Vergile poursuivit, lancée dans une inertie digne mais coléreuse, le récit de son asservissement par le Maréchal. Si Faramond avait appelé les soldats de Valanne, ce n'était pas pour grossir son armée, mais pour en faire des prisonniers. En parallèle, il cherchait un moyen de déclarer une guerre ouverte à cette famille qu'il haïssait tant, et envoya des réclamations intenables à Vergile et son fils - des quotas agricoles impossibles sur la terre argileuse qui était la leur, entre autres choses. Au pied du mur, ils avaient refusé de prendre ces engagements que tout un chacun savait ne pouvoir honorer ... mais, fiers et teigneux, ils avaient été loin d'être diplomates. "Benedict l'avait anticipé. Il y a deux mois et après un échange épistolaire aussi ridicule que prévisible, ils sont arrivés devant nos portes une première fois. On a tout bouclé, campés sur nous-mêmes, ils voulaient que mon fils sorte." Après deux jours à réclamer que le dénommé Arthur se présente, ce qu'il ne fit pas puisqu'il pressentait ce qui allait lui arriver, ils installèrent un bûcher sommaire.

"Pour chaque heure supplémentaire passée à l'attendre, ils brûleraient un de nos soldats. Au bout du troisième, et contre mon gré, il est sorti.
- Et Arthur, ils l'ont toujours ?"


Sa posture changea du tout au tout, elle se ramassa sur elle-même, visage bas ; elle faisait enfin son âge. Elle signa à l'héritière de la suivre dans ses quartiers et elles entrèrent dans une chambre. A l'ouverture de la porte, une forte odeur de macchabée agressa Mélampe jusque dans le fond de sa tête. Sur le lit, Arthur autrefois trentenaire brillant, était allongé purulent, mutilé de ses bras où des bandages contenaient mal une infection et cachaient à peine des extrémités noires et rêches. Alors que la princesse restreigna une nausée, la mère du mourant ne sourcilla guère, témoignant du temps qu'elle passait à contempler l'agonie de son fils.

"La garde est partie avec lui et on ne l'a plus revu pendant des jours, puis ils ont largué son corps devant les portes, sans mains. Il y avait un mot avec : 'Tu ne tiendras pas plus de glaive que tu ne signeras de traités'." La gangrène avait ensuite fait le reste du travail et le pauvre homme que sa mère ne daignait pas laisser partir était grignoté d'un côté jusqu'au coude, de l'autre, entamé dans le biceps. La fièvre le privait de toute communication.

"Pourquoi est-ce allé aussi loin ?
- Nous avons toujours été en querelle avec Benedict, mais je ne peux pas croire qu'il s'agisse de cela. Quels que soient les griefs qui ont mené ces barbares à faire ça à mon fils, leur raison disparaîtra avec lui."


"Ils ont voulu faire de Vergile un exemple en cas d'incoopération, songea Mélampe. Il prévient les coups d'Etat par la peur et la culpabilité." Elle n'eut pas besoin d'ajouter quoi que ce soit que le second qui était allé adoucir les tensions vint l'appeler.

"Tout le monde est réuni dans le hall, Madame, le calme est revenu. L'armée Royale elle aussi, est revenue.
- Ils ne doivent pas savoir que la princesse est ici. Faites-les patienter."


Il repartit.

"Aidez-moi à tenir tête à Faramond, pria Mélampe.
- Vengez mon fils de ce Général et vous aurez tout ce dont je dispose."


Elles échangèrent un regard endeuillé du même responsable et quittèrent l'épaisseur malade de la chambre pour rejoindre le reste de l'équipe. Lodeth, qui n'était pas rentré avec elles, se réjouit de retrouver une compagnie qui lui était plus familière en les personnes de Titus et Malvo.


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Houmous
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Houmous
Dim 13 Fév - 18:12
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis mercenaire des Impavides et je m'en sors de moins en moins bien.

Je suis un rescapé, quelqu'un qui avait de l'importance.


copyright: aenaluck


Malvo avait dû faire face tant bien que mal pendant de longues minutes. La petite dizaine de jeunes soldats et de conscrits qui lui faisaient face auraient pu l’abattre sans le moindre souci s’ils avaient été plus organisés et entrainés. De son côté, s’il n’était pas entravé par un devoir moral envers Mélampe, il aurait pu en emporter quelques-uns dans la morts avec lui. Il continua donc à parer du mieux qu’il pouvait et à repousser autant que possible en provoquant, entretenant ainsi leur attention sur sa personne. Ce qu’il ne vit pas en revanche, c’était un archer sur l’un des toits de baraquement proche qui se saisit d’un arc et le toucha à l’épaule. La flèche qui se ficha dans sa chair, malgré son armure de cuir, lui fit un mal de chien, une douleur qui irradiait dans tout son bras et sa poitrine. L’impact avait été traumatisant, principalement parce qu’il ne l’avait pas vu venir du tout. Il fit un pas en arrière et sentit une sueur froide dans son dos alors que ses tempes s’échauffaient. C’est à ce moment que Titus choisit d’arriver.

A deux, ils purent se couvrir l’un l’autre et la colère de Malvo se dissipa tant bien que mal, lui évitant quelque geste malheureux. Conscient du fait de pouvoir être pris pour cible, il se fit plus mobile et garda un œil autour de lui. Titus l’observait également avec attention. Il ne fallait surtout pas que Malvo se mette à les massacrer car même lui n’aurait pas pu l’arrêter sans le tuer. Heureusement, avant qu’ils n’en soient réduits à de telles extrémités, un officier fit cesser le combat. Il hurla sur ses hommes rageusement en toisant les paladins d’un œil mauvais. S’il n’en tenait qu’à lui-même, il les aurait fait capturer et interroger sans hésitation.

- Dame Vergile veut les voir, ce sont des invités alors faites place, bande d’incapables ! beugla-t-il pour lui-même s’en convaincre. Et quant à vous, ne tentez plus jamais rien d’idiot dans ce style ou je vous fais mettre au pilori !

Comme le combat se stoppa brutalement, les deux camps s’observèrent encore avant de se rentrer l’arme au fourreau et de quitter la posture active. Malvo fut l’un des derniers à remettre son épée. Il prit une seconde pour briser la flèche en grognant de douleur, sentant ses chairs se déchirer sous le fer froid et dur dans sa poitrine. Titus voulut l’aider mais ne fut accueilli que par plus d’agressivité. Les deux gagnèrent peu après le château alors que Malvo finissait de se dépêtrer du projectile, serrant le poing à en blanchir les phalanges.

Il était vrai que le château de Valanne n’avait pas grand-chose de spécial. Buté au sommet d’une colline retranchée dans une terre argileuse et brisée, il avait tout de la classique place forte anuiréenne. Cela dit, il y avait dans l’air comme une aura de rébellion et d’inflexibilité. On sentait plus qu’ailleurs au regard des hommes et des domestiques que toute la région était l’une de celles dont la loyauté était la moins assurée au Roi… ou au Régent. D’ailleurs, au sommet de la tour du bastion, le blason de la maison Denarri, celle de feu l’époux de Vergile, flottait au vent bien au-delà de celui représentant les armoiries unies à celles des Lanasthël. Soupirant, il comprit que compter sur de tels nobles n’allait offrir que plus de visibilité à leur action. Malheureusement, il fallait casser des œufs pour faire une tarte et des familles s’éteindraient à leur contact lorsque la guerre de succession débuterait. L’idée de secouer les fondations de la position du maréchal Faramond allait demander plus de conjurés que quelques localités semi-indépendantes.

Lorsque dans le hall, Lodeth vint les rejoindre et bafouilla quelques excuses du fait de ne pas être resté pour soutenir son capitaine, ils purent voir Mélampe arriver à côté de Vergile plutôt à la hâte. Il était vrai qu’elle faisait peine à voir tant elle ressemblait à une forestière à côté de son homologue. Qui pourrait lui en vouloir regagner les bonnes gens de son rang ?

- Alors voilà ton homme capable de tenir tête aux miens sans problème ? Mmh… Je l’imaginais plus… digne ? Te connaissant, je t’imaginais avoir convaincu un chevalier errant en armure étincelante de se joindre à ta quête, ironisa-t-elle sur son caractère obsessionnel. S’il en est capable, je jure de t’aider autant que possible. Cependant, je vais devoir te prévenir que l’homme en question a une escorte de combattants d’élite. Il doit s’attendre à quelque chose du style mais nous pense certainement trop faible pour pouvoir réellement répliquer. Après tout, nous ne pourrions pas forcément les retenir s’ils cherchaient à s’enfuir de la ville.

Malvo regarda Titus qui semblât réfléchir. Les assassinats ne faisaient clairement pas partie des prérogatives des adeptes de la foi en le feu éternel et moins encore des paladins. Il était arrivé trop loin pour éviter que ce genre d’action ne soit entrepris mais à la fois, il ne pourrait peut-être pas vivre sachant s’être rendu coupable de complicité envers ce genre d’actes. Ainsi, hésitant, il s’en alla retourner dans la cour pour prendre le temps d’y sonder sa conscience. Malvo hocha simplement de la tête, jetant un regard à Mélampe pour jauger sa compréhension de la situation et son ressenti de tout ça.

- Si Dame Vergile le souhaite, je serai le glaive de la vengeance qui s’abat sur les impies, déclara-t-il simplement, ayant depuis longtemps lâché nombre de ses convictions pour une morale plus utilitaire. Avons-nous la possibilité d’agir au sein de vos murs ou devons-nous faire en sorte que nul ne puisse remonter la trace jusqu’à vous ? demanda-t-il alors, espérant que la seconde option soit préférable.

- Comme il vous sierra, guerrier. Je souhaite simplement que ce porc périsse, fit-elle la voix emprunte d’une froide colère.

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Jeu 17 Fév - 19:45
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Mélampe Hildegarde Gertrud
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J'ai 24 ans et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis fille aînée d'Aymeric Mosse Gawen de Lanasthël, Roi d'Anuire décédé d'une crise cardiaque et je m'en sors bannie du Royaume puisque j'ai convoité le trône.

Valla (Diablo) (c) Kyrie

Mélampe ne manqua pas la douleur irradiant dans le bras de Malvo qui le soutenait par le coude pour soulager l'articulation de l'épaule - la compassion chassa de son regard le courroux qu'elle lui réservait jusque là. Elle ne manqua pas non plus la brûlure qui rampait dans la nuque de Titus lorsqu'il s'en alla chassé par des questions existentielles.

Le renégat avait la volonté de prendre part au combat et la jeune femme oscillait entre y voir de la bravoure ou une mise en danger volontaire. Pontblanc, Erüne, les gardes de Valanne et maintenant les guerriers royaux, il n'avait renoncé à aucune bataille. Elle s'en inquiétait d'une certaine manière, mais pour l'instant les élans suicidaires du paladin lui étaient plutôt utiles, aussi considéra-t-elle sa blessure qui, quoique douloureuse, ne le mettait pas en danger, avant de se positionner.

"S'il en est ainsi, déclara-t-elle lorsque Malvo et Vergile eurent terminé leur conversation, nous aurons besoin de tout le monde. Et d'un excellent plan. Vergile, pourriez-vous faire quelque chose pour le bras de Malvo ? Puis adressant un regard entendu à ce dernier. Je vais parler à Titus."

*

Dans la cour, qui protégeait ce beau monde des campements qui s'étaient établis parmi les paysans tout proches, Titus observait la garde perchée dans ses remparts négocier de quoi gagner du temps avec le général sanguinaire. La tension était telle, la peur si épaisse en chacun de ces hommes mal entraînés, que le paladin s'effraya lorsque la princesse attira son attention d'une toux claire.

"Regarder dans le vague ne chassera pas l'armée Royale de Valanne, taquina-t-elle.
- 'L'épée ne sera que l'arme de ta Foi ; et ne pourfendra que tes doutes'."


Il récitait un passage du serment que prononçaient les paladins lors de leur adoubement pieux mais Mélampe ne comprenait pas cette infamie qui le traversait et le scrutait avec curiosité. D'une nature plus douce et ouverte que son ami soigné à l'intérieur, plus épargné aussi, il concéda à donner un morceau de réponse à l'héritière.

"Les paladins ne tuent qu'en dernier recours, pour défendre les esseulés et si toutes les options ont été épuisées. L'Ordre a mis un point d'honneur à ne pas mêler ses guerriers aux conflits territoriaux et politiques, ils sont la conscience de la Royauté mais pas son arme. S'engager dans une mission d'assassinat, c'est ...
- Et vous vous attendiez à quoi, au juste ?
coupa net son interlocutrice qui perdit patience. Vous venez libérer de prison la fille bannie du Roi assassiné pour la soutenir dans son coup d'Etat. Vous pensiez que j'allais renverser le Maréchal et mon frère en leur lisant des histoires ? Ou alors ..."

Elle se posta devant lui, l'égo piqué au vif, visage dur. "... ou alors vous pensiez que j'échouerais tôt.
- Le monde ne tourne pas autour de vous, Mélampe. Je suis fidèle à votre père c'est pourquoi je soutiens votre dessein. Mais j'ai fais assez de mal et assez de morts pour me lancer dans une telle entreprise l'esprit léger.
- Du mal, des morts ... C'est en rapport avec la dispute à l'auberge avec Malvo, n'est-ce pas ? Que lui avez-vous fait ? De qui n'avez-vous plus le droit de prononcer le nom ?"


Elle persifla le miroir des tensions qu'ils essayaient de lui cacher. Elle était désireuse de lui faire savoir qu'il n'aurait aucune issue, de défouler sur lui sa vexation, et de le convaincre car elle avait besoin de lui. La fatigue et une réelle implication pour la toile déchirée entre ces deux hommes sur qui elle se reposait largement l'enflaient de cette bassesse dont font preuve les ambitieux jusqu'au-boutistes.

"Ca ne vous concerne pas.
- Malvo vous fait peur, et culpabiliser, insista-t-elle dans l'inertie de sa provocation. Vous vous êtes battus et vous en souffrez encore. Juste là."


Elle enfonça deux doigts dans le flanc droit du paladin qui grimaça du coup de la veille. "Au nom de quoi est-ce que vous vous débinez ?" La douleur lui fit ouvrir les vannes de son remord.

"Sa femme et sa fille sont mortes par ma faute ! rugissa-t-il entre ses dents face à la peste."

Mélampe avait tout d'une imbécile. Cette information ne lui servait guère. Titus n'était pas plus rallié à la lutte qu'avant. Elle n'était pas soulagée et n'avait réglé aucun différent. Il s'essoufflait toujours courbé sur son propre buste tandis qu'elle contemplait sa douleur figurée et littérale, estomaquée.

"J'aurais pu les protéger de l'Ordre, et je ne l'ai pas fais. Pas à temps."

Il tendait une perche qu'elle ne manqua pas de saisir avec poigne.

"Pourtant, reprit l'héritière plus raisonnée, c'est en vertu de principes de l'Ordre que vous refusez de tuer des hommes monstrueux, qui en ont décimées, des familles. Rendez-vous à l'évidence : vous avez déserté l'Ordre le jour où vous avez envoyé Krah nous libérer. Il n'y a plus rien d'autre pour vous que notre groupe."

Il contint une nausée. Fautive et confuse d'avoir provoqué toujours plus de discorde, elle retourna à l'intérieur et on l'accompagna dans une pièce où Malvo qui faisait panser sa plaie, Vergile et Lodeth établissaient les pours et contres d'une confrontation.

*

"Il ne peut y avoir d'affrontement direct, décréta la princesse. Malvo est blessé, et manifestement, Titus souffre du flanc."

Elle évita de croiser le regard du paladin qui l'intimidait, honteuse. Son ami était resté dehors.

"Il faut qu'on trouve un autre moyen de se débarrasser de ces vermines."

Elle prit cette décision qui ne lui ressemblait guère de faire passer l'intégrité de ses alliés avant l'objectif de l'entreprise - quoique, certes, les issues auraient été tendues avec des guerriers amoindris. Peut-être apprenait-elle ce que signifiait la camaraderie. Mais comment régler le problème ? Contre toute attente, c'est Lodeth qui trouva la réponse.

"La symphorine, pardi !" Les yeux se tournèrent vers lui, suspendus. "La vermine, comme elle dit la mam'zelle, nous les p'tites gens, on la traite à la symphorine. Que'ques baies écrasées dans du gruau, ça crève les rats et les souris ! C'est qu'les chats, c'est efficace, mais ça s'barre souvent.
- Qu'est-ce que la symphorine ?
interrogea Vergile."

Habituée des forêts et de la cueillette, Mélampe répondit. "Des baies blanches, toxiques. Il y a un bosquet à l'orée du bois juste après la route de ravitaillement. Il en faudrait beaucoup pour tuer quelqu'un mais elles n'ont ni goût ni odeur, alors ... on les empoisonnerait ? Mais comment ?"

Vergile songea. "Ils voyagent avec une barrique de vin, des tonneaux qu'ils se partagent en cas de victoire : je les ai vus faire lorsqu'ils brûlaient nos ..." Elle n'acheva pas sa phrase.

"Alors c'est tout trouvé, tonna Mélampe qui croisa les doigts pour qu'on ne la voie pas trembler de peur, son ton flattant les aigus pour mieux la trahir. Je vais m'introduire dans le campement et empoisonner ces réserves de vin."

Oui mais. Il fallait perdre du temps jusqu'à la nuit où la discrétion est plus sûre, les attirer par une diversion à l'opposé des tonneaux, et leur offrir une fausse victoire à festoyer.


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Jeu 17 Fév - 19:48
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Krah
J'ai une vingtaine d'année et je vis où je peux, dans l'Anuire. Dans la vie, je suis le valet du regretté Adeluvior et je m'en sors pas trop mal mais en deuil.

"Oh la vache, s'exclama l'invité surprise en mastiquant goulûment la viande roide, c'est à se damner !"

Krah et Tili observaient pantois l'homme avaler sans état d'âme le sanglier séché d'Erüne. "La faim c'est la meilleure sauce, à c'quon dit, constata Tilli. Qu'est-ce vous faites là ?
- Il est de Valanne,
répondit Krah en lieu et place de l'autre."

Le glouton releva ses yeux hagards un instant en parlant la bouche pleine. "Comment vous chavez ?
- 'A se damner', c'est une expression d'ici.

- Bon ok z'êtes de Valanne, beh pourquoi z'êtes dans la forêt ?" L'homme observa un flottement avant de reprendre sa dégustation sans répondre. "Hé t'es en train de graille not' pitance alors y s'rait d'bon ton d'pas trop faire l'fier !" Tili avait le tutoiement, et l'emportement, faciles.

"... j'étais soldat, concéda enfin l'homme en avalant. Ici, dans l'armée Valannaise. J'me suis échappé du château et j'essaie de rentrer chez moi mais avec ces fous furieux sur le chemin j'avais pas d'autre choix que de passer par les forêts." Le trentenaire qui se nommait Allen raconta comment il avait été réquisitionné au château pour y être finalement enfermé aux cachots. Là, on les nourrissait peu et sa captivité puis son errance lui avaient fait perdre toute la superbe qu'il arborait fièrement dans son uniforme à plastrons, perdu à tout jamais.

"Ils ont fait ça juste pour affaiblir les résistances de Valanne ? interrogea Krah." Il était peu probable que l'armée Royale ait pu avoir peur des défenses de Valanne, en effet. Le hurlement de l'échappé qui suivit témoigna de sa dévastation. "Je peux pas dire ce qu'ils ont fait !! Ils ont ... ils ont ..." Ils se mit alors à sangloter, le regard sondant l'invisible, et déballa ce qu'il avait contenu pendant de longues semaines conforté par la nourriture et deux pairs d'oreilles étrangères. "Ils ont répandu un genre de vapeur dans les cellules ! Y'en a qui sont morts, mais après il y avait des gars ... Putain, Sam ... Des trucs leurs ont poussé ... Des boules, sur le corps, et des couleurs, et leurs mains se sont allongées ..." Désormais, les deux autres étaient en sidération, suspendus au récit. Allen se calmait distrait par sa quête de mots et souvenirs. "Suffisait qu'un seul commence à changer et il tuait tous ses camarades qui étaient pas pareils. Ils ressemblaient ... vous savez, dans ces histoires de vieux, là ..."

Krah, qui connaissait certaines légendes d'Adeluvior et avait pensé à la panique du vieillard à Erüne à la mention des Prystes, éclaircit la quête du soldat. "A des créatures du chaos originel ?
- Oui !! Oui, c'est ça ! Des trucs difformes, incomparables, et méchants, hein ! Et tuméfiés, partout. Mais le chaos originel c'est des trucs à dormir debout, ça existe pas ! Alors, ils étaient quoi ?"


Krah et Tilli ne répondirent pas et s'échangèrent une oeillade.

"Faut qu'on prévienne l'capitaine.
- Oui, amène le soldat chez lui, je ... monte le guet."


Tilli prit le jeune garçon à part.

"Ecoute-moi bien m'sieur j'connais les expressions d'ici, j'vais t'en donner une bonne de chez moi : arrête de faire ta couille molle et viens avec nous !"

Tili persista encore quelques temps avant que Krah, excédé par l'insistance malpolie de son confrère, ne concède à ravaler fierté ou crainte pour fouler un sol qui avait vu sa perdition - mais qui ne le reconnaîtrait sans doutes pas.


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Houmous
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patrick
Houmous
Jeu 10 Mar - 10:01
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Malvo
J'ai 39 ans et je vis en Anuire. Dans la vie, je suis mercenaire des Impavides et je m'en sors de moins en moins bien.

Je suis un rescapé, quelqu'un qui avait de l'importance.


copyright: aenaluck


Malvo les laissa discuter du plan qu’elles voulaient élaborer. Il savait que malgré sa connaissance avancée de la tactique et le fait qu’il pouvait avoir quelques soldats sous la main pour tenter une défense, ce n’était pas là l’option qui serait favorisée par Mélampe. Après tout, si elle sacrifiait les soldats qu’elle était venue pour recruter, à quoi bon se battre et risquer sa vie en premier lieu ? La discussion engageant sur cette arme des lâches et des femmes qu’était le poison, Malvo eut un rictus de dégoût s’imaginant devoir prendre part à ce type de fourberie. Heureusement, ce fut Mélampe qui parla de prendre en main cette partie du plan.

- S’il vous faut une distraction et une victoire faiblarde à fêter, le mieux serait certainement de faire en sorte de perdre une bataille, songea-t-il à voix haute. Malheureusement, on ne peut se permettre de perdre des hommes sur pareille entreprise alors je vais servir d’appât. Je pourrais essayer de reproduire la fuite de Pont-Blanc, en quelques sortes… proposa-t-il naturellement.

Les voyant, il comprit qu’au final aucun plan ne pourrait être suffisamment solide dans cette situation. A une dizaine de minutes de l’arrivée du général ennemi, tout pouvait encore partir à vau-l’eau. Elles n’étaient pas réellement parées à toute éventualité et tout particulièrement à une confrontation contre des soldats entraînés et bien équipés. Heureusement pour lui, il ne refusait aucun duel et se porterait garant de la réussite de l’opération si le pire venait à survenir.

Permettant à l’adversaire d’approcher pour mieux lui asséner le coup fatal, on permit au limier sanglant de la couronne de venir entre les murs de la citadelle de Valanne avec ses plus proches hommes de main. Décision fut prise également que Malvo ne resterait pas trop en vue à l’arrivée du belligérant émissaire et de sa garde rapprochée par mesure de précaution. Au milieu des jeunes gens et des vieillards, il ressortirait trop, qu’il soit dans la fleur de l’âge ou non. Après tout, une vie de combats et de luttes acharnées forgeaient plus encore le regard que tout autre muscle, un regard qu’il serait aisé de reconnaitre pour un autre combattant du même calibre. Pour l’instant, il avait eu la chance de ne pas avoir à faire face à un véritable guerrier mais toute chance pourrait tourner court si jamais les conditions s’avéraient défavorables.

Bientôt, il vint se placer dans l’antichambre, parfaitement silencieux durant l’entrevue. Mélampe s’en était déjà allée pour gagner les abords du campement et Titus, lui, l’avait suivie pour la protéger sans quitter son ombre. L’objection morale étant pour lui trop forte, il se refusa à être le porteur de l’extrait de baies mortelles. De là où Malvo était, quant à lui, il n’avait qu’une idée relativement peu précise de ce qui pouvait bien avoir lieu dans la salle du trône. Cela dit, il pouvait tout de même reconnaitre un cri lorsqu’il en entendait un et lorsque plusieurs foulées de pas vinrent à sa rencontre, il tira lentement son épée pour qu’elle soit prête à faire chanter le vent et la peine. Regardant discrètement entre les planches de la porte le séparant de la cohue, il put apercevoir une silhouette recroquevillée, fuyante face à une autre bien plus menaçante. Il prit alors la décision d’intervenir, Vergile ne pouvant mourir avant d’avoir donné son accord.

Dans un grand coup d’épaule, il envoya valser la porte pour se trouver face à son premier adversaire qui s’avéra n’être autre que la dame à protéger, toute sanguine qu’elle était. Dans la confusion, et après une parade, il put voir l’homme qui devait être abattu fuyant à toutes jambes en direction de son escorte après avoir eu la peur de sa vie. Cette dernière se prépara à une âpre bataille. Plusieurs fois le sujet avait dû revenir sur la table lorsqu’ils furent recrutés qu’un jour, ils auraient peut-être à combattre de nombreux ennemis afin de sauver la vie de leur maitre et employeur. Ils s’y employèrent justement avec hargne, abattant rapidement la garde aux portes de la salle pour commencer à frayer un chemin au milieu des rondes et des patrouilles du château.

- Je l’avais, ce maudit rat !! beugla-t-elle, rageusement en le pointant de son poignard. Je ne sais pas ce qui m’empêche de vous tuer !

- Vous ne pouviez réellement pas vous contenir face à lui ?! Il a vraiment fallu que vous tentiez de l’assassiner de vos propres mains !! s’emporta-t-il en commencer à emboiter le pas de ses nombreux adversaires.

Sans plus de tergiversions, il se mit à la poursuite des fuyards. Malvo devait avouer avoir mal évalué le degré de haine que devait porter cette femme pour se lancer dans pareil combat sans expérience, éducation aux armes ou plan solide permettant de réduire l’écart qui les séparait. Il n’y avait pas à dire, il en fallait pour se lancer à corps perdu alors même que la réussite semblait impossible. Cela dit, elle n’était pas seule désormais car il l’aiderait à parvenir à ses fins.

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