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 Quand tu seras grande, si tu éprouves encore de la haine pour moi, tu me trouveras

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Ritsuko
Takeshi

J'ai 26 ans et je vis à Tokyo, Japon. Dans la vie, je suis la main droite du diable et je m'en sors à merveille. Sinon, grâce à ma hargne, je suis en quête de vengeance et je le vis plutôt bien.

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Dans les méandres maniérés de la jeune femme, la seule vérité perceptible était que de cette figure austère s'exhalait une aura meurtrière. Sous ses airs impassibles bouillonnait en elle une rage silencieuse qui transcendait avec son naturel calme.



The 4 Underdogs

Quand tu seras grande, si tu éprouves encore de la haine pour moi, tu me trouveras - Page 4 4under10
Il s'agit de quatre rescapés de la Vipère à deux têtes, recueillis par Ritsuko et entraînés dûment. Elle se sert de leur haine pour arriver à ses fins. Ils lui sont tous dévoués et loyaux. Yuri (16 ans), Eiji (19 ans), Hajime (25 ans), Hideo (26 ans)




Chanson thème (Ritsuko)

Effigie : Mika Schneider


"Nous sommes tous condamnés à la perte et au silence."

— Tu fais de la fièvre Maruo. Ce n’est pas bon signe… »

Elle avait changé avec toute la douceur que sa tendresse versatile le lui portais à le faire, le bandage sur son torse tumescent de l’infection qu’elle lui avait appliquée la veille. Non pas sans remarquer que son état s’était aggravé. Même si à force d’habitude et de répétition pour ce genre de scène Ritsuko avait fini par acquérir quelques aptitudes en premiers soins bien pratique à son mentor qui faisait cavalier seul la plupart du temps, il n’en demeurait pas moins qu’elle ne pouvait faire de miracle. La suite des choses appartenait à Maruo qui refusait obstinément de se rendre à l’hôpital ou de voir franchir sur le seuil le moindre toubib, même lorsque ses blessures les plus graves le nécessitaient. Il l’a laissait être la seule complice de son supplice. « Toutes ces balles que tu me rapportes… Ça devient une sale habitude, tu sais…» Elle avait esquissé un petit sourire qui grimaçait sa crainte de ne pouvoir en faire plus. Elle voyait bien à son corps qui se crispait au contact de son toucher et des frissons qui le prenait de façon incontrôlé que cette blessure là n’était pas à prendre à la légère. C’était dans ces moments de vulnérabilité que lui offrait Maruo, que Ritsuko abandonnait un peu d’elle-même. Elle se perdait à le rendre humain, à se demander si Maruo n’avait jamais souffert d’autre chose que la déchirure provoquée par le plomb ? Connaissait-il les souffrances de l’âme où en était-il entièrement imperméable à défaut des balles ? Savait-il que c’était dans ces moments-là qu'elle se sentait le plus proche de lui, parce qu’elle avait le sentiment qu’ils souffraient en ces instants ensemble ? Chaque fois qu’il lui revenait en cet état et qu’il la confrontait à l’idée de sa perte, elle comprenait un peu plus que ni la continuité de son existence, ni son trépas ne pourrait jamais véritablement apaiser ses souffrances. Elle comprenait tortueusement qu’avec l’affection inusitée qui l'accablait, elle ne pourrait supporter sa mort de la main d’autrui, ni de le voir vivre. Et préférait-elle être seule responsable de son malheur, l’adolescente se promettait chaque jour d’être celle qui le poignarderait en plein cœur. En attendant, elle s’était contenté de poser un doigt sur celui-ci, sur lequel elle avait tracé un x imaginaire.

— Un jour, je mettrai fin à tout ça. » lui avait-elle lancé sans équivoque, tandis qu’elle s’appliquait à éponger délicatement tout le mélange de pus et de sang qui s’échappait de sa plaie. « Ces incapables ne savent pas viser, visiblement, mais moi je saurai t’accorder une mort propre. Tu verras. » Et depuis le temps, la menace était devenue une promesse tacite qu’elle ne se lassait pas de rappeler. À lui, comme pour elle. Pour qu’ils n’oublient jamais d’où elle venait et où elle allait.

Plus tard, lorsque la lutte contre la douleur et la fatigue eut raison de Maruo qui s’était assoupi sur le canapé, Ritsuko passait de temps en temps dans le salon à veiller son sommeil agité et à changer les linges froides qu’elle posait sur son front brûlant. Elle-même avait fini par s’endormir à même le sol tout près de lui et s’était réveillée au beau milieu de la nuit en sursaut, affolée d’avoir laissé Maruo à lui-même quelques heures. Avec la pénombre qui s’était installée, son corps lui était apparu tout à fait immobile et Ritsuko avait été prise de panique.

— Oh non, non..! Maruo… Maruo ! Réveille-toi, je t’en prie ! »

Cette nuit-là, elle aurait pu le finir d’un simple coup de couteau enfoncé dans la jugulaire. Il n’aurait probablement manifesté aucune résistance en vue de son état et peut-être se serait-elle suffit de sa mort seule. Elle aurait peut-être pu tirer un trait sur ce passé trouble qui surgissait chaque fois que lui apparaissait son visage. Mettre fin en des actes d’une violence sinistre perpétrés à ses côtés. Décomposer la haine qui recouvrait son cœur et composer avec ce qui lui restait encore d’humain. Oui, c’est ce qu'aurait fait Ritsuko si elle ne s’était pas condamnée, dès lors qu’elle avait décidé de survivre de sa morsure 7 ans plus tôt, aux inclinations de l’existence. « Mourir est une chose bien insignifiante et si facile. De toute évidence, nous sommes tous condamnés à la perte et au silence. Vivre en revanche… » Aussi, le croyait-elle déjà parti lorsqu’elle s’était penché au-dessus de lui et avait pressé ses lèvres contre les siennes.



***

— Ils t’en ont fait baver à ce que je vois… Ils ne sont pas à sous-estimer. » avait lâché la Mante lorsqu’elle rejoignit Maruo tout juste sortie de la voiture et qui avait remarquée avec quels efforts la Vipère s’appliquait à respirer et se tenir droit. Elle affichait un mince sourire indéchiffrable qui aurait pu se traduire par de la taquinerie à son égard, lui qui se moquait autrefois des familles yakuza. Elle garda toutefois la même humeur lorsqu’elle devina la blessure qui devait être la cause de cet épuisement prolongé. « Elle n’est pas sortie, n’est-ce pas ? » s’était enquis à voix basse Ritsuko pour ne se faire entendre que de lui. Elle lui reconnaissait son endurance et son mental d’acier, mais savait aussi d’expérience qu’une balle qui n’était pas ressortie n’était pas chose que l'on faisait traîner. Il lui fallait l'extraire et au plus vite. « Je t'enverrai quelqu’un ce soir, il te l’a retirera. » Cependant bien aux faits qu’il n’était pas du genre de Maruo d’accepter les soins de quiconque, elle ajouta : « Libre à toi d’accepter ses soins ou non. » Hideo qui les espionnait furtivement du coin de l'œil les interrompit, faisant savoir à sa maîtresse que tout ne s’était pas passé selon ses plans. Elle se détacha alors de Maruo pour rejoindre les trois jeunes hommes postés plus loin s’enquérir des détails et arqua simplement un sourcil lorsqu’elle apprit pour l’embuscade manquée de Gomou. C’était en effet prévisible. Un risque auquel Ritsuko avait songé, mais aussi contrebalancé par la présence de Maruo dans l’entreprise à qui elle glissa un bref coup d'œil. Il fallait le lui concéder, son excellence et ses prouesses changeaient la donne. Ses chiens manquaient quant à eux d’expérience et ne pouvaient apprendre de la moindre faute, au risque d’y laisser leur peau. Elle devina à leur vêtements imbibés du sang de leur ennemis que l’entreprise n’avait pas dû être une partie de plaisir. Aussi, ne manqua-t-elle pas le regard fuyant d’Eiji et celui d’Hideo qui était teinté d’une colère contenue à son égard. Le jeune homme bouillonnait en son fort intérieur que de la voir échanger avec Maruo après ce qu’il savait désormais de leur relation passée. Les chiens ne connaissaient rien de celle-ci et Ritsuko avait dit n'avoir été qu'entraîné par l’assassin de leurs parents. Non seulement parce qu’il s’agissait là d’un détail que Ritsuko trouvait tout à fait impertinent de leur raconter et qui ne concernait qu’elle, mais surtout parce qu’elle niait elle-même la nature du sentiment qu’elle avait pu autrefois lui tenir. Hideo qui craignait de voir surgir des sentiments qu'elle leur tenait cachés, comptait bien confronter sa maîtresse à ce sujet. Toutefois, celle-ci ne lui en laissa pas le temps.
— Hideo. Ramène Maruo à son appartement, veux-tu ? Vaut mieux ne pas prendre le risque qu’il se fasse remarquer dans les rues. Il va nous falloir faire profil bas pour un temps. Ça vous laissera le loisir de récupérer… » elle se défit de sa combinaison motarde pour se revêtir de sa veste longue qui lui donnait cette allure si distinctive chez les yakuzas. « Je serai auprès des Yamaguchi-Gumi pour les prochains jours. »  
Hideo enfla de rage à son ordre, mais ne laissa rien paraître. Ritsuko confronta son regard, impassible. Le jeune homme le reçût en plein cœur. Pire que la haine, il y avait l’indifférence. Il aurait préféré mille fois que ses yeux s’enflamment en se posant sur lui comme il la surprenait à le faire pour Maruo. De son côté, Ritsuko se doutait des tensions qu’elle causait, mais cherchait-elle avant tout à aseptiser Hideo de la présence de la Vipère.


***

Ritsuko était entouré d’hommes de Saito. À leur tête, elle pénétra la première l’usine désaffectée dans laquelle elle y trouva les deux camions bourré de meth qu’elle avait détournés la veille. Tandis que les yakuzas s’occupaient de faire l’inspection des lieux et s’affairaient avec vigilance autour d’elle, la Mante s’avança vers la tête contorsionnée et grimaçante de Gomou qu’avait mis en scène Yuri et qui reposait sur cette montagne de cristal rouge. Entre ses dents était coincé un bout de papier plié en deux dont elle s’empara délicatement. Lorsqu’elle déplia la lettre pour faire mine d’en lire le contenu pour la première fois, elle se figea déconcertée de ne pas reconnaître là les premières lignes qu’elle avait pourtant elle-même écrites...


G.K. a écrit:
…Et telle vous serez, ô la reine des grâces,
Après les derniers sacrements,
Quand vous irez, sous l’herbe et les floraisons grasses,
Moisir parmi les ossements.

Alors ô ma beauté ! dites à la vermine
Qui vous mangera de baisers,
Que j’ai gardé la forme et l’essence divine
De mes amours décomposés !

- G.K.


Ritsuko ne parlait pas français, mais tout du moins le comprenait et le lisait parfaitement. Parce que quelqu’un le lui avait enseigné. Parce que ce quelqu’un qu’elle connaissait avait toujours pris plaisir au lyrisme du vocabulaire français et se divertissait entre deux meurtres, de quelques vers de poésie pour faire contraste à la souillure quotidienne de ses sombres activités. Mais ce quelqu’un affectionnait tout particulièrement ce poème dont il lui avait fait suffisamment de fois la lecture pour qu’elle puisse aujourd’hui le reconnaître à l’écrit.
— Gonzo... » pesta tout bas la Mante.
Ce qu’elle tenait entre ses mains n’était pas sa note et la signature n’en était pas son imitation. Ritsuko en savait qui était l’auteur, la menace était claire et ne visait qu’elle. Après un instant d'hésitation, la Mante déchira discrètement et proprement la partie supérieure de la note, qu’il n’en demeure que la signature de Kobata à remettre à Saito. Voila qui venait chambouler ses plans. Elle savait désormais devoir précipiter la suite des choses, car une course contre la montre venait d’être enclenché par nul autre que le véritable Kobata. Elle devait frapper avant que les deux clans ne réalisent le leurre et ensuite débusquer le diable avant qu’il ne lui apparaisse à elle. Ritsuko porta une main à sa poitrine, elle lui brûlait. Et lorsqu’il en était ainsi, c’est que son instinct lui criait que le danger était non loin.


***

Saito devait rejoindre dans un café privatisé du clan des Inagawa-kaï, leur chef afin de proposer une alliance. Lorsqu’il arriva dans les lieux, celui-ci déjà attablé et qui était en train de lire, posa l’ouvrage sur la table devant lui et se leva pour accueillir à bras ouvert Saito. Il se rassit et l'incita d’un geste de la main courtois à en faire de même.
— Tu es seul ? Je suis surpris de te voir sans ta lieutenante avec tout ce qui se passe ces temps-ci…
— Elle est trop occupée à chercher ce Kobata de mes deux. Il s’est joué de moi en me faisant croire au détournement de ma cargaison de meth, tout ça pour foutre la bisbille entre les Toa-kai et les Sumiyoshi-kai ! Je ne peux plus compter sur eux pour renforcer nos rangs, ce qu’il reste de ces rats c’est leurs queues entre les jambes ! »
Il s'emporta d’un rire gras qui se voulait surtout dissimuler sa contrariété à cet égard.
— Hum, je vois. Donc il s’agit bien de lui maintenant ? Je croyais que tu n’accordais pas tant d’attention à ces histoires de père fouettard. »
Le Boss des Yamaguchi-Gumi retira de l’une de ses poches la note aux coins déchirés que lui avait fait parvenir Ritsuko et la lui tendit.
— Je n’y crois pas. » affirma Saito. « Gonzo est un mythe mais quelqu’un prend un malin plaisir à se faire passer pour lui et n’en frappe pas moins fort pour autant. Je veux la tête de ce couard qui se cache sous son nom. » Il s’alluma une cigarette laissant tout le temps au chef des Inagawa-kaï d'examiner le bout de papier. Celui-ci lâcha un petit rire ce faisant.
— Et bien, qu’est-ce qui te fais rire ?
— Rien de particulier. Ne t’en fais pas, Saito, je connais la raison de ta venue. Les Inagawa-kaï prêteront main forte aux Yamaguchi-Gumi. »
Saito s’inclina légèrement en avant en guise de gratitude, quoique qu’il ne s’attendait nullement à une autre réponse que celle-ci. Étant le père des quatre familles, ils étaient sous-entendus que les clans lui devaient allégeance. « D’ailleurs, ne t’es-tu jamais interrogé si celui que tu cherches n’est pas quelqu’un de la famille ? » Demanda-t-il alors qu'il lui rendait la note.
— Ça me semble peu probable. Mes hommes savent se battre, mais lorsqu’il s’agit de penser par eux-même… Ce ne sont pas de fins stratèges.
— Tous ?

Saito soupira son ennui, cette idée ne lui avait jamais traversée l’esprit mais ne manquerait pas de le travailler. Distrait, il s’empara de l’ouvrage devant lui, réalisant qu’il n’en connaissait pas la langue et tenta d’y lire sa couverture.
— Que lisais-tu là, Tadashi ? C’est de l’allemand ?
— Du français ! On y parle d’hypocrisie, de la fatalité du péché… La langue française a une richesse dans son vocabulaire qui ne semble jamais se tarir. Je ne m’en lasse pas!
— Et je n’en doute pas ! Je dois y aller, mais nous nous reverrons très bientôt. La prochaine fois, feras-tu sûrement la connaissance de la Mante. Cette Ritsuko Takahashi est tout un phénomène... »
Satisfait de cette réunion avec le chef des Inagawa-kaï, Saito reposa le livre de son homologue pour libérer sa main et la lui tendit à serrer. Ce que fît Tadashi d’un sourire amical, avant de laisser repartir Saito entouré de ses hommes. Lorsqu’il se retrouva tout à fait seul dans la pièce, celui-ci joignit ses mains et croisa ses doigts devant lui. Le regard dans le vague, un sourire en coin s’était dessiné sur son visage.
— Je n’en doute pas… »


Les rêveurs vivent d' éternité

   
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Maruo Takeda
J'ai 42 ans et je vis à Sado, Île de Sado, Japon. Dans la vie, je suis mercenaire yakuza et je m'en sors aisément. Sinon, grâce à mon charisme, je suis concubin et papa et je le vis plutôt tortueusement.


Quand tu seras grande, si tu éprouves encore de la haine pour moi, tu me trouveras - Page 4 Captur16

On le connaît parmi tous les criminels et les autoritiés sous ce surnom : la vipère à deux têtes. Deux lames, un coup, et il coche ses victimes en plein torse d'une croix qui signe sa morsure. Une survivante, qui deviendra son élève, qui deviendra sa rivale. Qui toujours dans le vent sifflant, siffle avec lui l'agitation. Et l'angoisse pour l'homme qu'un passé guerrier ne dégouline son sang sur son présent marin.

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Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,
Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.
Mais si l'amer venin est entré dans tes veines,
Pâle de volupté pleurée et de langueur,
Tu chercheras en vain un remède à tes peines :
L'angoisse du néant te remplira le coeur.
Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,
D'un exécrable mal ne vis pas consumé :
Arrache de ton sein la mortelle vipère,
Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé !

- Leconte de Lisle


Sanada Hiroyuki :copyright: Jo'

"Deux sortes de roués existent sur la terre :
L'an, beau comme Satan, froid comme la vipère,
Hautain, audacieux, plein d'imitation,
Ne laissant palpiter sur son cœur solitaire
Que l'écorce d'un homme et de la passion ;
Faisant un manteau d'or à son ambition."
- Alfred de Musset

Les deux hommes n'avaient pas demandé leur reste pour prendre congé l'un de l'autre et Maruo céda au sommeil dans le canapé de l'appartement, en proie au sang perdu qui lui coupait les membres. Après un temps qu'il ne parvint pas à définir mais qui était de l'ordre d'une heure famélique, une présence dans la pièce lui décrocha un sursaut d'éveil - une femme d'une trentaine d'années chapeautée d'une crinière bouclée toute de jais s'affairait autour de lui, et le courant d'air qu'il sentit sur son visage l'informa qu'elle était entrée par la fenêtre. D'abord confus, il la reconnût enfin alors qu'elle se penchait sur lui et dévoilait son poitrail pour en déloger la balle.

"Ca a marché ? questionna-t-il sans préambule.
- Oui, Gonzo a mordu à l'hameçon.
- Alors ne déconcentre pas tes efforts, il y a plus important."


Ce disant, il fourra lui-même le canif dans la plaie pour en extraire le plomb. Il grimaça au moment d'y verser de l'alcool, l'âpreté du mélange cautérisant littéralement la chair resserrée par la brûlure, et arracha des mains le fil de pêche de celles de sa pèlerine pour réunir grossièrement les bords boursouflés du trou béant - comme on le lui avait appris d'une manière inqualifiable lorsqu'il avait huit ans : il fallait toujours laisser de l'espace à la suture pour que le pus s'en échappe si le besoin se présentait.

"Qu'est-ce que tu fais encore là ? grogna-t-il contorsionné sur son travail de couture. Retourne à ta veille et appelle-moi s'il y a du nouveau.
- Pour ça faudrait-il encore que tu saches lutter contre le sommeil
! plaisanta-t-elle.
- T'es pas en sécurité Maribel. Si on te surprend ici tu vas devenir une cible, alors fais-moi le plaisir de débarrasser le plancher.
- C'est fou c'que t'es dev'nu soucieux avec l'âge !"


Elle repartit comme elle était arrivée.

*

Il venait d'avertir Matsumoto qu'il ne reviendrait pas et d'accepter de venir en aide à Ritsuko ce soir-là. Il avait réfléchi longtemps. Il ne doutait aucunement des capacités de sa protégée à rivaliser avec tous les yakuzas du Nippon, car enfin n'était-elle pas aussi habile que lui, mais bien plus futée et entourée ? Sommes toutes, beaucoup plus dangereuse. Mais si Kobata était en effet de retour, et il savait que c'était bien lui pour la bonne raison qu'il n'avait rien fait d'exubérant, elle aurait besoin de sa protection. Pour ouvrir les voies de la révolte à son élève, et puisqu'il allait périr quoiqu'il en coûte, il décida qu'il ne pourrait jamais partir l'esprit tranquille si ce mastodonte était toujours en vie, planant sur l'existence de Ritsuko qu'il s'était malgré tout, et depuis leur rencontre, échiné à veiller.

Ce retour et ultime coopération signerait donc la fin de l'ensemble des mafias japonaises, mais aussi la chute de l'immense Gonzo Kobata. Maruo décida cette nuit là de jouer sur deux tableaux : agir à la faveur des réclamations de Ritsuko et oeuvrer à débusquer Kobata pour le mettre à mort - il ne prévint pas sa disciple car il voulait la tenir à l'écart des éclaboussures, mais il savait pertinemment que se grimer en Gonzo attirerait son attention. Et à choisir entre s'en prendre à la Vipère et à la Mante, il était évident que le second choix était le plus stratégique : car qui s'en prenait à elle savait interpeler le premier. Flirtant avec le danger d'exposer Ritsuko aux foudres de Kobata, Maruo avait prit le paris d'être en mesure de la protéger tout en le traquant.

Il l'utiliserait à son insu comme un appât. Mais il ne pouvait pas être seul sur tous les terrains. Il avait donc téléphoné à Maribel.

*

Maribel était chargée de la cybersécurité Colombienne, c'était par ailleurs une agente très corrompue qui avait des associés disséminés à travers le monde, des yeux et des oreilles traînant un peu partout et auxquels elle avait accès sur son ordinateur depuis la pulpe de ses doigts. Aussi impensable que cela puisse paraître, elle avait une dette envers Maruo : il avait travaillé pour le cartel qu'elle protégeait en démantelant la concurrence, sans quoi elle se serait probablement faite enlever, séquestrer, et assassiner, dans cet ordre ou non. Elle avait accepté de rembourser ses échéances en devenant une informatrice clef de la Vipère et s'ajoutait à un réseau docilement terrifié depuis l'épisode avec Hiroki. La Vipère, s'organiser et se renseigner avec tant de précautions ? L'âge l'a en effet rendu soucieux.

Toujours était-il que les membres clefs du crime Japonais étaient tous sous la surveillance de Maribel qui, venue d'ailleurs, était d'autant plus discrète.

*

Le téléphone de Maruo le sortit du sommeil d'un bond qui le serra sur ses côtes fracturées. La lumière du jour noyait l'appartement de reflets poussiéreux au milieu des déchets abandonnés à la faveur de rats ou de cafards, strates dorées du petit matin qui dansaient gaiement au-dessus de la face morne du mercenaire. Il décrocha enfin, entre deux mondes. C'était Maribel.

"On a identifié la personne qui a fait l'échange de mots dans la nuit d'hier. C'est un vaut-rien, son père a une boutique de chaussures et sacs à mains dans le quartier sous la tutelle Inagawa-kaï.
- Envoie les coordonnées. Autre chose ?
- J'ai intercepté des échanges scriptés entre les équipes de Saito et Tadashi, ils se sont retrouvés ce matin pour discuter.
- Une idée du contenu ?
- Les transmissions ont toutes été interrompues et brouillées. Quoi qu'ils se soient dit, ils ont pris des précautions.
- Logique vu le contexte."


Il raccrocha, serra son torse dans des bandages, s'administra une dose convenable de morphine que le contact de Ritsuko avait déposé devant la porte, et sortit avec ses sabres pour rejoindre "Apparats Kitsune" - la boutique low-cost aux allures précieuses pour dames en manque de bourgeoisie. Maruo n'en attendait pas beaucoup : Gonzo avait tant de sous-traitants que ceux en bas de la chaîne ne savaient même pas pour qui ils travaillaient. Mais enfin, une piste, ça se remonte.

Il arriva une vingtaine de minutes plus tard sous un soleil colérique et qui frappait son dos et ses tempes avec autorité. Il sentait sa plaie pulser et les contusions de ses flancs gonfler avec la dilatation des vaisseaux. Lorsqu'il arriva, les rideaux du magasin étaient fermés, croisillons austères de fer descendus au devant de son chemin. Il contourna le bâtiment et força la porte arrière, celle du local à déchets, qui craqua sur un amoncellement incroyable de cartons et livraisons jamais déballées en tout genre. La Vipère sentit le coup fourré et apposa sa paume sur l'un de ses sabres. Du pied, il força la porte cette fois qui donnait sur l'espace de vente. Tout était vide et il récupéra sous le comptoir de caisse un pistolet témoin des embrouilles dans lesquelles ces commerçants avaient dû s'enliser.

Précautionneusement, il monta à l'étage depuis lequel émanait une puissante odeur de mort. Dans la salle à manger étaient éventrés les corps de toute la famille, une croix sur le plexus - la signature de la Vipère à deux têtes. Mais évidemment, il n'en n'était pas l'auteur. Maruo se mit à rire à gorge déployée, il reconnut là le message de Gonzo qui indiquait qu'il savait qu'il avait été l'auteur de la tuerie de l'entrepôt, et donc l'acolyte de Ritsuko grimée en Kobata. Oeil pour oeil, dent pour dent, ce dernier s'était à son tour joué de l'identité du mercenaire. Tout avait été fait pour le conduire ici, au constat.

Une double traque était ouverte.


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Chanson thème (Ritsuko)

Effigie : Mika Schneider


"De cette vie qui bouillonnait ici,
Des flots de sang qui ont ici coulé,
Que nous est-il resté, qu'est-il demeuré ?
Deux ou trois tumulus que l'on voit aujourd'hui..."
- Fiodor Tiouttchev


Ritsuko s’était introduit dans l’ancien appartement de Maruo sans préavis pensant l’y retrouver alors qu’il n’y était pas. Elle souhaitait le confronter au sujet d’une famille commerçante qui avait vraisemblablement trouvé la mort de sa main. Deux jours s'étaient écoulés depuis la découverte de leurs cadavres signés de sa croix dans un petit commerce se trouvant en territoire Inagawa-kaï. Ainsi, Ritsuko n’avait pas été la première informée et avait appris la nouvelle en même temps que Saito. Que le massacre ait été l'œuvre ou non de Maruo, rien ne permettait d’en démentir désormais quant à sa présence à Honshu. La Vipère à deux têtes était de retour et c’était un fait qu’elle ne pouvait réfuter désormais. Son nom courait sur toutes les bouches et tous craignaient que le mercenaire sorti de l’ombre ne soit impliqué dans l’offensive envers les clans enclenchés par Kobata dont elle usurpait le nom. Si Maruo n’était pas l’auteur de la tuerie à Apparats Kitsune - et elle en avait la conviction - le véritable responsable l’avait fait pour le pointer du doigt et l’exposer à la vue de tous. Et qui d’autre pour cela que Gonzo lui-même ? Ce diable les avait tous projetés malgré eux dans une course contre la montre avant que ne tombent fatidiquement les masques et Ritsuko craignait désormais que son passé ne la rattrape avant qu'elle n'ait pu mettre en action la phase finale de son plan. Car quiconque poussait le raisonnement un tant soit peu, serait découvrir que la Vipère était à l’origine de ses capacités meurtrières, tout comme responsable de l’esprit vengeur qu’elle était devenue. Autre chose aussi cependant, lui taraudait l’esprit. Pour quelles raisons Kobata s’en était pris à cette famille qui n’était nullement impliquée dans les affaires yakuza, outre le fait que leur commerce se trouvait en territoire Inagawa-kaï ? Pourquoi faire un tel choix avec une telle force de frappe ? La logique poussait Ritsuko à penser que Kobata avait non seulement décidé d’exposer le retour de la Vipère en l’affublant d’une menace dirigée à l’attention des Inagawa-kaï, mais aussi de condamner au silence cette famille pour d’autre motifs. Qu’est-ce que Kobata avait voulu étouffer et dans quelles circonstances ? Une information lui était manquante et elle comptait bien sur son ancien mentor pour la lui donner.

La yakuza pensait attendre patiemment le retour de la Vipère dans son coin de la pièce, mais ne put résister à la tentation de sillonner les lieux qui lui était autrefois si familier. Elle commença par la cuisine, lieu malmené du temps où elle avait à plusieurs reprises manqué de mettre le feu à l’appartement tout entier dans des tentatives culinaires douteuses... Elle s’avança ensuite vers le salon où elle put constater aux tâches brunâtres et séchées sur le canapé que celui-ci avait dû servir dans les derniers jours de table d'opération chirurgicale bancale à Maruo… Puis, elle se dirigea vers la chambre y constater là pour seul mobilier délaissé du passé, leur vieux matelas miteux et poussiéreux dépossédé du moindre drap. Un instant, elle se perdit à se remémorer ce temps où elle parvenait encore à fermer l’œil et dormir paisible sur ce lit, pourtant en proie chaque nuit à un passé morbide, et le jour, à un présent qui menaçait son existence d’une mort violente. Elle s'appuya contre l’encadrement de porte de la chambre, sans vouloir l’outrepasser et y risquer de se perdre davantage dans les souvenirs. Pourtant, Ritsuko demeura dans cette position pendant de longues minutes. Son esprit était tout autant torturé qu’à l’époque, peut-être l’était-il même moins, mais le sommeil lui était devenu parasite désormais. Alors quoi ? Qu’est-ce qui avait donc changé ? Puis réalisant doucement qu’à cette époque c’était une présence qui lui avait permis d’en faire autant, elle chassa ces douces et amères remembrances en même temps que son excès de curiosité et retourna dans le salon attendre Maruo.

Lorsqu’il arriva, la Mante se tenait entre deux rayons de lune luminescents qui traversaient les fenêtres, tapi dans l'ombre. Appuyée contre le mur qui faisait face à la porte d’entrée de leur ancien appartement et la tête accotée contre celui adjacent, l'attente l'avait rendue lasse. Elle commençait à croire qu'il n'arriverai jamais. Elle tira un trait sur les salutations, bien qu’ils ne s’étaient pas revus depuis au moins une bonne semaine et se redressa.

— Je sais que tu n’es pas responsable de la tuerie à Apparats Kitsune, mais que tu aurais pu l’être si on ne t’avait pas devancé… » Déclara Ritsuko sans détour, le targuant du regard. Celui-ci se glissa sur le t-shirt qu’il portait et qui était partiellement imbibé de ce qui semblait être de son sang. À sa couleur, pas tout à fait frais ni tout à fait sec elle en déduisit ; récent, donc. Elle comprit que la blessure qu’il gardait de l’altercation à l’usine des Sumiyoshi-kais avait dû se réouvrir, confirmant du même coup les activités douteuses de ces derniers jours qu’avait entrepris Maruo dans son dos. « Qu’y cherchais-tu, Maruo ? » Elle se décolla du mur pour le rejoindre à l’entrée, droite et impassible, ses mains plongées dans les poches de sa veste, elle ne lui offrit qu’un regard implacable.



Les rêveurs vivent d' éternité

   
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Maruo Takeda
J'ai 19 ans et je vis à l'ombre, Japon. Dans la vie, je suis l'homme de main de Gonzo Kobata et je m'en sors avec brio. Sinon, grâce à mon indifférence, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.


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On le connaît parmi tous les criminels et les autoritiés sous ce surnom : la vipère à deux têtes. Deux lames, un coup, et il coche ses victimes en plein torse d'une croix qui signe sa morsure.

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Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,
Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.
Mais si l'amer venin est entré dans tes veines,
Pâle de volupté pleurée et de langueur,
Tu chercheras en vain un remède à tes peines :
L'angoisse du néant te remplira le coeur.
Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,
D'un exécrable mal ne vis pas consumé :
Arrache de ton sein la mortelle vipère,
Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé !

- Leconte de Lisle


? :copyright:

"Les vieux rêves étaient des bons rêves. Ils ne se sont pas réalisés, mais je suis content de les avoir eus."

Maruo était reçu dans les appartements de Gonzo Kobata lui-même à l'issue de son dernier ouvrage. Il avait reçu pour ordre de s'insérer parmi les 15 000 grévistes de l'usine Nissan récemment délocalisée et de profiter de leurs altercations violentes avec les forces de l'ordre pour tuer quelques policiers. L'objectif était que la protestation syndicale perde l'opinion publique et soit amenée à être démantelée - car à l'emplacement de cette usine que Gonzo se hâtait de pouvoir démolir, il comptait installer un complexe hôtelier censé lui permettre de blanchir de très hautes sommes. Maruo avait accepté à la condition de pouvoir obtenir le registre de ses victimes afin d'organiser une réunion dans l'au-delà de leurs familles - pas de veuve ni d'orphelin, tel était déjà le crédo de la toute jeune Vipère.

"Le prochain travail que j'ai pour toi et de l'importance la plus capitale qui soit."

Kobata avait fait évacuer la pièce de ses sbires, témoignant du caractère solennel de sa requête.

*

Sa min-e était min-able. La femme du patron dégoulinait de lassitude sur son lit, la chambre plongée dans le noir de rideaux blindés fermés jusqu'au sol, assise au bord de sa colère, la tête abattue prise entre ses mains. Maruo se tenait quant à lui dans l'embrasure de la porte close elle aussi, ses sabres à la ceinture et une arme à feu dans les mains. Madame Kobata avait manifestement de l'émotion à décharger.

"J'arrive pas à croire qu'il me fasse ça. Ca fait trois jours qu'il m'enferme ici !"

Maruo demeurait silencieux, ce que Kaori prit pour de l'écoute.

"Dis-moi à quoi ça sert d'avoir une fortune, de bouffer du boeuf de Kobe matin midi et soir, et d'être enfermée dans le noir des semaines entières ! Hein ? Ca rime à quoi cette vie ?!"

La question était rhétorique, ce qui arrangeait le mercenaire peu désireux de tailler une bavette avec elle. En réalité, et elle le savait aussi bien que lui, des concurrents de Gonzo menaçaient de chercher à toucher le baron en passant par sa famille - en attendant le déménagement clandestin qui allait s'organiser sous quelques jours, Maruo et Kaori vivaient l'un sur l'autre dans la pièce la plus sécurisée de la maison. Il s'agissait là d'une chambrée qui pouvait engloutir un appartement de centre-ville tout entier, avec salle de bain de standing attenante, kitchenette façon suite de luxe, et lit couvert de dorures. Un faste dont Maruo ne profitait pas, puisqu'il tenait le guet toute la journée jusqu'au retour de son patron qui prenait le relais. La jeune femme continua de se plaindre.

"Vous êtes tous à vomir. Vous connaissez que le crime, la mort, les manigances. Tout pour le fric et le pouvoir. Vous terrorisez les commerçants, vous détruisez tout ce qu'il y a de beau dans l'humain ! Je sais pas c'que Gonzo te trouve de si digne de confiance pour me veiller, sachant c'que t'as fais à tes parents."

Ce langage rombière qui ne sortait que lorsqu'elle tenait le désespoir à bras le corps jurait avec sa beauté distinguée. Elle était de quinze ans l'aînée de Maruo, les cheveux relevés en un rouleau derrière la tête, le faciès rongé par une déception classieuse. Sa moue méprisante lui donnait des airs de rose épineuse, aussi incapable de blesser que merveilleuse dans sa tentative. Ses traits avaient la finesse de la soie. Comme pour conjurer l'ennui, la Vipère lui répondit enfin.

"Ca aurait dû les rendre fiers, mes parents. Ils m'ont élevé pour ça."

Son regard confirma l'ironie. Elle s'adoucit un peu. Elle avait besoin d'interactions dans son isolement total.

"C'était si difficile ta jeunesse, dis ?"

Maruo et Kaori n'en n'étaient pas à leur première veille ensemble, il leur était déjà arrivé de cohabiter pendant deux semaines, au cours desquelles ils n'échangèrent pas un mot en dehors de la sécurité les dix premiers jours. La jeune femme était parvenue à adoucir la Vipère en lui faisant goûter du thon rouge - après évidemment en avoir mangé devant lui, qui était si craintif à l'idée de recevoir de la nourriture, ainsi qu'on peut l'imaginer compte tenu de son éducation. Parlant de ceci, il ne lui répondit pas.

"Maruo viens t'asseoir." Il l'ignora, elle insista avec humour. "Viens t'asseoir ou je m'étouffe volontairement avec une amande." Il soupira de bonne guerre, il y avait une camaraderie tissée d'ennui entre eux, et s'assit à côté d'elle sur le lit. "J'avais à peu près ton âge quand j'ai rencontré Gonzo, tu sais. J'étais convaincue qu'il allait finir politique." Il affichait son désintérêt tandis qu'elle poursuivait pour elle-même comme on parle à son chien. "Au final, mafieux, politique, pas de grandes différences, ria-t-elle. ... j'ai peur de me faire tuer." Sa sincérité attira l'attention du jeune homme qui, pour la première fois, était confronté à une victime. Une victime comme celles qu'il faisait. Quelque chose qui ressemblait à de la compassion, et dont il n'avait jamais fais l'expérience puisqu'on ne la lui en n'avait jamais témoignée, le traversa désagréablement.

"Vu ce que vot' mari me ferait, j'ai intérêt à éviter ça."

Elle sourit de sa maladresse.

"Merci."

Elle posa sa main sur la sienne, qu'il retira.

*

Leurs moments ensemble se multiplièrent, à la demande secrète de Kaori qui surjouait ses angoisses d'assassinat à Gonzo pour qu'il la fasse veiller. Maruo détestait ce type de missions car il ne s'y produisait jamais rien et s'enlisait dans l'abattement d'avoir une pression folle sur les épaules pour du simple gardiennage. Néanmoins, ils finissaient par être respectivement les personnes avec qui ils passaient le plus clair de leur temps. Elle n'était pas toujours confinée à sa chambre et leur quotidien en était de plus en plus bon enfant.

Un soir qu'elle avait forcé sur le blanc pour noyer l'absence constante de son époux, elle s'en trouva plus loquace.

"J'm'apprête à te dire un truc que je suis seule à savoir, pavana-t-elle."

Imperturbable, Maruo l'écoutait comme d'habitude déblatérer sans y prêter attention.

"Quand j'ai épousé mon mari, il avait une liaison avec son meilleur ami ..."

La Vipère tiqua enfin et lui adressa malgré lui une oeillade étonnée - l'homosexualité n'était pas quelque chose à ébruiter parmi les yakuzas.

"... eh ouais ! Il est pédé."

Elle se leva et pris le visage du jeune homme entre ses mains. Elle était belle, triste et outrancière. Le bruit des clefs de Kobata dans la porte l'interrompit dans sa mélancolie.

*

Cette fois Kaori était malade. Maruo attendait avec elle qu'un médecin envoyé par Gonzo lui parvienne - il ne faisait nullement confiance aux soignants qu'il n'avait pas lui-même sélectionnés et soudoyés, de peur de trébucher sur un agent d'une famille adversaire. Elle vomissait tout son saoul, proie aux vertiges et aux chutes. Désemparé face à ses suppliques, la Vipère avait consentis à lui tenir un sceau et les cheveux. Entre deux poussées fiévreuses, elle se lova éplorée entre ses bras stupéfaits. Sa solitude occupait toute la pièce.

"T'es un bon garçon Maruo. Tu aurais pu faire autre chose de ta vie. Tu vaux mieux que de jouer au clébard de Gonzo. Même dans le crime ! Regarde-toi en train faire les infirmières. Tu es la Vipère à deux têtes Maruo, tu commences à te faire un nom. Ne sois pas aussi stupide que moi. Mon mari ne tient à personne, il les possède simplement."

Ses yeux vitreux de larmes plongeaient dans les siens. Dans un effort de se donner une contenance, Maruo dégagea le visage trempé de la jeune femme et son expression de tendresse profonde, trahie, le transperça.

*

Trois semaines plus tard, Maruo décida d'un commun accord avec Kobata que leurs routes devaient diverger. La maladie de Kaori était un départ de grossesse difficile - Gonzo avait finit par se forcer au devoir conjugal pour procréer.

Jusqu'à son troisième mois, qui s'acheva en fausse couche, Maruo et Kaori eurent une liaison. Il était peu probable que l'époux n'en soit pas au courant. Il était présumable aussi que cela l'arrangeait : le code d'honneur de la Vipère l'obligeant à soulager veuves et orphelins, Gonzo le savait incapable d'assassiner son premier amour, et donc de tuer son ancien patron.

Maruo ne sut jamais que Ritsuko était celle qui aurait dû mettre fin à la vie de la famille Kobata.


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Maruo Takeda
J'ai 42 ans et je vis à Sado, Île de Sado, Japon. Dans la vie, je suis mercenaire yakuza et je m'en sors aisément. Sinon, grâce à mon charisme, je suis concubin et papa et je le vis plutôt tortueusement.


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On le connaît parmi tous les criminels et les autoritiés sous ce surnom : la vipère à deux têtes. Deux lames, un coup, et il coche ses victimes en plein torse d'une croix qui signe sa morsure. Une survivante, qui deviendra son élève, qui deviendra sa rivale. Qui toujours dans le vent sifflant, siffle avec lui l'agitation. Et l'angoisse pour l'homme qu'un passé guerrier ne dégouline son sang sur son présent marin.

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Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,
Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.
Mais si l'amer venin est entré dans tes veines,
Pâle de volupté pleurée et de langueur,
Tu chercheras en vain un remède à tes peines :
L'angoisse du néant te remplira le coeur.
Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,
D'un exécrable mal ne vis pas consumé :
Arrache de ton sein la mortelle vipère,
Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé !

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Sanada Hiroyuki :copyright: Jo'

"Voici la mort du ciel en l’effort douloureux
Qui lui noircit la bouche et fait saigner les yeux.
Le ciel gémit d’ahan, tous ses nerfs se retirent,
Ses poumons près à près sans relâche respirent."
- Agrippa d'Aubigné

"Maribel, Gonzo sait que je suis dans le coup. Tu ferais mieux de rentrer, je prends le relais.
- Maruo ... bon écoute, j'suis désolée."


Un temps.

"Je suis déjà dans l'avion. N'y vois rien de personnel, vraiment, mais Gonzo m'a promis une belle somme si je coopérais et surtout la mort si je te laissais faire.
- Qu'est-ce que tu me chantes ?"


Il avait regagné le corps de boutique. La chaleur derrière la vitrine en était d'autant plus harcelante.

"Maruo réfléchis un peu. Comment j'aurais pu savoir que le mot laissé par Ritsuko avait été échangé ? Que Gonzo avait mordu à l'hameçon ? Et surtout qui était allé changer le mot ? J'ai beau avoir accès à tous les appareils de surveillance tu penses vraiment que Kobata aurait laissé ce genre d'infos fuiter ?"

Il commençait à comprendre et se sentait davantage trahi par sa stupidité naïve que par sa supposée comparse. La sueur et le sang ruisselaient dans son nombril, lui arrachant un frisson de dégoût depuis les reins.

"Mais surtout comment tu crois que Gonzo a appris que c'était Ritsuko derrière ça, qu'elle avait mis une note se faisant passer pour lui, et tutti quanti ? Il a su que t'étais avec elle parce que je le lui ai dis, et c'est lui qui m'a demandé de t'amener à cette boutique miteuse."

Sa mâchoire se serrait sur son incompétence. Il s'était compromis dans cette tentative de ne pas oeuvrer seul et ce faisant avait amené le loup jusqu'à l'agneau dont il se voulait pourtant le berger. Le coup de grâce arrivait encore.

"T'en as d'autres comme ça ?
- Ben ... Je suis pas censée te dire ça mais maintenant que je suis au-dessus des eaux internationales je peux me le permettre. Pff, quelle merde.
- Parle si tu veux pas que je vienne et me fasse un oreiller avec la peau d'ton cul."


Comme toujours, le calme de son ton ne témoignait nullement de son humeur.

"Il a envoyé des types chez ta femme à Sado." La vie resta en suspens, appesantie par le scénario qui venait de s'écrire. "Bon, j'te laisse."

Elle raccrocha. Une bouffée enflammée se saisit du crâne de Maruo qui explosa de rage - rage de la défaite, de la trahison, de sa propre infériorité. Tout ce qui donnait sens à son existence s'étiolait entre ses doigts. Ritsuko volait de ses propres ailes. Sa femme et sa fille mourraient peut-être bientôt. Et surtout il n'inspirait plus rien. Pas de crainte, pas de respect. La pègre avait fini, nombre oblige, par dépasser la vénérable Vipère à deux têtes. Il passa ses nerfs sur la marchandise, hurla, brisa la vitre comme pour se libérer de la lourdeur de la météo, du poids de son remord. Epuisé et drainé de douleur, il essuya moiteur de son visage dans ses mains et vola une moto pour se rendre à la berge. Il espérait arriver à temps pour sauver quelque chose de sa famille.

*

Le vieil homme de Niigata, qui était un collègue de Jinpachi et lui avait offert le voyage - comme il l'avait fait pour Ritsuko venue insérer l'enfer dans l'ennui du mercenaire - ne se trouvait plus sur la berge. Tous les passages vers Sado étaient rompus et ce portier digne d'un navigateur du Styx demeurait introuvable. Le port tout entier avait été vidé de sa substance, donnant des airs de ville fantôme entre ses hangars en tôle et étals dépeuplés. La pêche du matin n'avait pas été ramenée. Gonzo avait exploité le barrage marin que Jinpachi avait mis entre Maruo et lui-même pour les précipiter tout deux dans leur sabotage. Il aurait été capable de s'élancer dans une traversée à la nage, dusse-t-il en mourir, mais il y avait une autre famille qui l'attendait au Honshu. Une fille, en quelque sortes. Déshéritée certes. Ingrate peut-être ? Mais en danger. Retournée contre l'engrenage féroce qui, Maruo s'en était persuadé, la broierait un jour.

Le téléphone lui arracha une décision.

Sur l'écran rétroéclairé de ce prépayé à clapet, un MMS qui lui parut une éternité à charger.

La qualité exécrable de l'image le força à la regarder de plus près.

Quelle ne fût pas son horreur de se savoir le nez à quelques centimètres seulement.

De la scène.

La scène.

Les corps démembrés de Matsumoto et Kumi.

*

Il la trouva à son retour à l'appartement. Il aurait voulu la voir telle qu'elle était lorsqu'ils vivotaient ensemble. Enveloppante, aimante, à sa façon à elle. Il était défait. Dans un sachet de konbini, un peu de nourriture qu'il avait acheté sans conviction de la manger et de l'alcool. Qu'avait-il fait de cette semaine sinon attendre une main tendue ? Deux jours passés sur la berge, mort, dévoré par le sel. Puis le démon Maruo s'était abattu sur la vie. Il avait tué tous les criminels qu'il avait connus, tous portaient dans son esprit le visage de Gonzo. Il les tuait tous et leurs familles car cette expérience lui confirma ce qu'il pressentait : il était pire de vivre l'absence que de ne pas vivre. Il le savait pour avoir survécu à ses parents qu'il avait lui-même tué. Pour avoir survécu à Kaori qu'il avait aimée de l'innocence d'un enfant dont le coeur n'avait encore jamais été battu par l'affection. Pour avoir survécu à la mort de sa femme. Pour avoir perdu sa fille dans la pire des agonies. Il pensa à ce qu'il avait infligé à Ritsuko. Il comprenait qu'elle le déteste.

Il était épuisé par cette présence dure et interrogative. Il lui tendit le sachet de nourriture de manière lasse et répéta ce qu'il entendait parfois les femmes dire à Sado pour toute réponse - "Les enfants peuvent tout manger mais pas tout savoir." Il était sale, le visage rongé d'une barbe naissante, ensanglanté, tremblant, en suées de fièvre. Il s'affala canette à la main dans le canapé aussi détruit qu'il l'était. Son souffle prenait des roulements témoins que la plaie avait infecté la plèvre. "Kobata en a après toi. Et il arrivera bien un moment où ta hiérarchie se posera des questions." Boire lui incendiait la trachée. Il ignorait si ses multiples cadavres avaient déjà été retrouvés. "Je suis sur le départ, si t'as besoin de moi, il va falloir agir vite." Il ria un peu de lui-même, des remous dans la gorge qui tonnaient une mauvaise augure.


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Ritsuko
Takeshi

J'ai 22 ans et je vis là où ses envies le mène. Dans la vie, je suis Mante assassine au service de Gonzo Kobata et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma hargne, je suis en quête de vengeance et je le vis plutôt bien.


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« Elle n’est ni une femme ni une enfant, ce qu’elle est... Elle ne suit aucune voie qui lui ressemble, prend des décisions à la seconde, emprunte des chemins invisibles, ceux qui se rient de toute destinée…»

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Chanson thème (Ritsuko)

Effigie : Mika Schneider

— Oh! Mais qu’est-ce que c’est que ça, Ritsuko ? » D’un geste sec il lui retira la cigarette du bec et la jeta sur une petite assiette qui lui servait de cendrier. « Tu veux trépasser avant l’heure ? »
Un instant elle ne dit pas un mot, plutôt surprise que Gonzo puisse voir en une clope, plus grande promesse de mort encore que tous les hommes auxquels Ritsuko s’était frotté jusqu’à alors. Toutefois, Ritsuko savait que ce genre d’homme, tout comme Maruo à une époque, prenait plaisir à l’infantiliser dès que l’occasion se présentait. Après tout, à ses yeux elle n’était qu’une femme, peut-être même encore qu’une enfant. Mais ce que ces hommes oubliaient dangereusement, c’est qu’elle n’était ni l’un, ni l’autre…
— J’imagine que tes hommes, Gonzo, n’ont pas droit au même traitement… » avait dit tout simplement Ritsuko.
— En effet. Je ne me soucie guère d’eux.
Elle demeura silencieuse à ces propos, alors qu’il tournait la tête vers elle. L’affection étrange dont Gonzo la targuait à la manière d’un père pour sa fille parfois, la surprenait. Elle éprouvait néanmoins beaucoup de respect pour l’homme qu’il était et en apprenait beaucoup à ses côtés. Ils étaient alors tous deux assis sur la terrasse du jardin. Gonzo ayant souhaité profiter du soleil de fin d’après-midi, avait fait relever Ritsuko de ses fonctions pour le reste de la journée.
— Tu me fais penser à ma fille… Enfin, ma première née, si elle avait atteint ton âge… » Son regard dans le vague ne le demeura pas longtemps, puisqu’il changea subitement d’humeur lorsque les cris et rirent de sa marmaille qui jouait non loin dans l’herbe vinrent interrompre l’errance de son esprit. « Ce n’est pas ma première famille, tu sais. Quand tu es dans le crime, ça… » disait-il en pointant du menton les mômes qui s’agitaient plein de vie non loin devant eux. « …c’est fragile. » Ritsuko voyait très bien ce qu’il voulait dire, ayant été elle-même et sa mère, victimes collatérales des actions de son père. « Pourtant, les gens oublie qu’il ne suffit qu’un peu de volonté pour se reconstruire autant de fois que l’on le veut. » Ritsuko grimaça à ces propos. Elle ne partageait pas cet avis.
— Lorsque l’on se lance sur la voie de la criminalité, ce n’est que pure égoïsme… » avait répondu la Mante qui ne voyait en les familles que de la chair à canon qui pâtirait tôt ou tard des répercussions de leurs parents.
— On se multiplie et ainsi va la vie, Ritsuko, qu’importe la voie que l’on prend. L’amour n’est rien d’autre qu’un artifice provoqué par notre instinct de survie. On tombe amoureux pour procréer. La nature est intelligente, c’est son meilleur leurre pour s’assurer que l’on ne manque pas à notre devoir. C’est l’essence même de la nature humaine et on ne peut rien y faire... »
Un moment passa, sans que les deux n'ajoute quoi que ce soit. Puis Ritsuko lâcha comme de rien et d’un français mal articulé  :
"Plus l’homme cultive les arts, moins il bande..." »
Gonzo s’esclaffa, tordu de rire sur sa chaise et s'esquissa un petit sourire en coin sur les lèvres de Ritsuko qui regardait un point invisible au loin.
— Le voila, le remède de Baudelaire ! » S’écria-t-il fort amusé de la sagacité de sa jeune Mante. Elle s’alluma une clope sous le regard indulgent de Gonzo, puis ajouta pour répondre à ses propos sur la nature humaine : « Eh bien, ce n’est pas la mienne. » laissant à la fois s’échapper une nuée blanche de ses lèvres. Quand bien même Gonzo avait raison, le désir d’enfanter ne sera pour elle jamais plus qu’un désir hors de portée. Mais de ça, elle s’en fichait bien. Elle n’était pas là pour donner la vie. L’ironie de la sienne en était bien plus cruelle et elle l’acceptait bras ouverts.
— Aujourd’hui, c’est ce que tu dis, mais demain ? » Il prit un temps pour observer son visage avec attention. Il s’amusait en vérité d’elle, ainsi que de ces murs qu’elle érigeait outre mesure la trouvant trop jeune pour se couper du monde et se prétendre de tels airs impassibles. « De toute manière… tu n’as pas ce choix, alors à quoi bon y penser ! »
Ce commentaire qu’il lui lança comme s’il s’agissait d’une avanie, vint piquer au vif Ritsuko qui tressaillit sur sa chaise, mais qui ne répondit rien. Gonzo eu un sourire ravi et poursuivit : « Vous les Mantes, dès la seconde que vous le devenez vous cessez d’être femme, n'est-ce pas ? Et l’ultime sacrifice pour le devenir... c’est votre utérus. Alors, j’imagine que la plupart d’entre vous étiez encore trop jeune pour réaliser l’ampleur de ce que l’on vous demandait et l’avez fait sans faire d’état d’âme… mais les regrets viendront Ritsuko. Ils viendront… »
— En effet, Gonzo, et si cela ne t’ennuie pas je préférerais qu’on laisse mon utérus et celui de mes compères en paix.
Gonzo partit de nouveau d’un rire gras et Ritsuko se para d’un sourire simulé.
Le rite de passation des Mantes était de la plus haute confidentialité. Un secret de fabrication en quelque sorte. Que Gonzo soit bien au courant de cette pratique et de son impossibilité à enfanter lui prouvait bien l’étendue du savoir qu’il détenait. Elle se demanda alors, quels autres choses à son sujet connaissait-il ? Était-il au fait qu’elle complotait contre la mafia et qu’il était pour elle un instrument de vengeance au même titre qu’il se servait d’elle ?
Hiiii !!! Elle est gigantesque !! »
Le cri d’un des mômes de Gonzo vint la tirer de ses pensées. Elle se leva de sa chaise, écrasa sa cigarette et alla le rejoindre. Elle avait pris pour habitude d’interagir avec eux, puisque Gonzo la traitait davantage comme l’un des leurs parfois et ça lui était à la fois une excuse pour échapper à la pseudo psychanalyse que lui faisait subir celui-ci. Ritsuko s’était penchée pour observer la monstruosité que lui pointait du doigts le môme, une araignée de la taille de son poing. La jeune Mante ne détachait pas ses yeux de l’aranéide tétanisée sur l’herbe qui attendait sa sentence. Et alors que l’enfant qui se tenait derrière elle s’apprêtait à l’écraser de son pieds, Ritsuko le repoussa doucement en arrière.
— Ne la tue pas. Combien d’araignée vois-tu de cette taille ? Si tu savais le nombre d’années que cela lui a pris pour en arriver là… Ce serait un gâchis. » lui dit-elle, d’un ton autoritaire.
— Mais elle fait peuuur… » chignait le môme qui se sentit soudain coupable au point d’y verser quelques larmes.
Ritsuko le prit dans ses bras, pour lui faire changer un peu de perspective.
— Peut-être, mais si on l’épargne, elle nous le rendra bien. C’est elle qui règle leur compte aux vilains moustiques qui nous attaques la nuit… » elle joignit à ses dires des petites pincettes sur les bras de l’enfant qui lui rendit un éclat de rire grelot. Elle aperçut apparaître au même moment à la fenêtre de la demeure, la silhouette de Kaori qui la toisait hostile.



Cette nuit-là dans la chambre conjugale, Gonzo qui passait aux nouvelles de sa femme se buta à son humeur massacrante.
— Tu penses que je couche avec elle ? Est-ce que c’est ce qui te fait peur, Kaori ? » L’entêtement de sa femme sur le cas de la Mante, l’amusait plus qu’autre chose. Plus d’une fois elle lui avait sortie toutes sortes d’excuses pour chasser la Mante assassine de leur demeure.
— Pas le moins du monde! Et je me fiche de savoir avec qui tu fricotes les nuits où tu me laisse seule pour être avec elle… ou ton amant ! » avait-elle vociféré, se tenant debout sur le lit. Puis soudain, elle parût désemparée. Si l’affection conjugale s’effritait depuis déjà plusieurs années, celui d’une mère ne cessait de croître. Ainsi essayait-elle d’attirer l’attention du père et non de l’époux, et descendit de son piédestal pour se prosterner à ses pieds.
— Mais je t’en prie, écoute-moi, je parle pour le bien de cette famille… Cette Ritsuko… n’est ni une femme ni une enfant. Ce qu’elle est.... Elle ne suit aucune voie qui lui ressemble, prend des décisions à la seconde, emprunte des chemins invisibles, ceux qui se rient de toute destinée… » Parlant de la sienne et de celles de ses enfants, elle laissa échapper un petit rire nerveux. « Je ne lui fais tout simplement pas confiance Gonzo. Tu ne la contrôle pas. Je t’en prie, dis-moi que tu vois ce que je vois… » Elle semblait démunie et la pâleur que lui prodiguait la lune rendait sa personne plus dramatique encore.
— Tu penses que je l’ignore, peut-être ? Ne t’en fait pas, Kaori. Ce n’est pas d’elle dont tu dois te méfier. Elle ne fera rien aux mômes. » Il déposa un baisé sur son front livide et se détourna d’elle, l’entendit hurler dans son dos :
— Tu devrais pourtant être mieux placer que quiconque pour savoir que c’est à ceux que l’on tient le plus que l’on cause le plus de tort ! » s’était-elle écriée au bord des larmes. Il ne lui avait répondu que d’un regard las d'elle et la laissa cette nuit-là seule à pleurer son malheur.


**


« La sottise, l’erreur, le péché, la lésine,
Occupent nos esprits et travaillent nos corps,
Et nous alimentons nos aimables remords,
Comme les mendiants nourrissent leur vermine. » - V.H.


Un peu plus d'un an s'était écoulé. La mission que lui avait donné Gonzo ce soir-là, était en soit mineure. Ritsuko et un groupe d’hommes dont elle était à la tête devaient assurer la livraison par voie navale d’une marchandise dans les cales d’un navire d’un port à un autre. Ritsuko connaissait bien ceux qui l’accompagnait pour cette entreprise. Quoiqu’ils ne lui accordaient pas le même respect que Gonzo, ils se pliaient néanmoins à son autorité. Seul Shuichi, aussi présent le soir de l’entreprise, la traitait plus humainement que les trois autres et prenait sa défense lorsque ses compères mâles parlaient outrageusement de la jeune femme dans son dos. Pour avoir partagé quelques moments d’intimités rares auprès d’elle, ils avaient une connexion qui les unissait dans le crime, comme au lit. Mais les choses ne se déroulèrent pas comme prévu puisqu’au cours de l’entreprise Ritsuko perdit tous ses hommes qui avaient dû se séparer afin de débusquer un mystérieux ennemi caché à bords et qui les descendait l’un après l’autre. Ritsuko était alors sur le pont du bateau lorsque Shuichi était apparu dans son dos, la pointant de son revolver. Lorsqu’elle s’était retournée, voyant l’émotion et le tiraillement sur son visage, elle comprit tout et se figea net.
— Shuichi… Qu’est-ce que tu fais ? Tu n’oserais pas...
Elle remarquait alors une autre présence en levant les yeux vers le pont supérieur qui observait silencieusement la scène. Elle ne pouvait distinguer ses traits à la noirceur de la nuit, mais savait parfaitement qu'il s'agissait de Gonzo.
— Je… Je suis tellement désolé, Ritsuko…
Les coups de feu partirent presque tout seul dans la hâte d’en finir et la crainte de la manquer. L’impact des balles la fît basculer par-dessus bord.


Plus tard dans cette même nuit, Ritsuko s’était introduite dans la demeure de Kobata avec de bien sombres intentions. Et la moindre âme au service du diable, avait péri de sa lame. La demeure était plongée dans un silence macabre de son passage alors qu’elle traversait les couloirs trempés de la tête aux pieds de l’eau de la baie de Sagami. Tenant fermement de sa main droite la tête coupée de Shuichi, elle avait balancé celle-ci dans le bureau de Gonzo. Il ne s’y trouvait pas bien sûre, mais elle savait que ce n’était qu’une question de temps avant que le diable sorte de sa boite à malice. La trahison était tel, qu’elle s’était sentit capable de briser le code d’honneur des Mantes ce soir-là. Et pour cause, le sixième sens de Kaori la fît se mettre en travers de sa route. En se dirigeant vers la chambre des enfants, elle était tombée sur la femme de Gonzo. Tremblante de peur, elle lui barrait ultimement le corridor qui menait jusqu’à la chambrée. L’œil acéré, la Mante s’était arrêtée pour observer un instant Kaori qui lui faisait barrage de ses bras frêles à seulement quelques mètres devant elle.
— Je t’en prie, Ritsuko… Ils sont innocents… Je t’en supplie! Tu les aimes toi aussi, non !? Pitié... »
Mais à la Mante, ni sa détresse, ni l’amour maternel ne l’avait touchée, demeurant tout silence face à Kaori suppliante. Sans un mot, Ritsuko s’était avancé jusqu’à celle-ci, avait dégainé promptement son sabre et la seconde d'après l'avait éventrée devant la chambre de ses enfants. Elle ne s’était arrêtée d’enfoncer la lame que lorsqu’elle avait entendue Kaori expirer son tout dernier soupir.

La chambre de la progéniture de Gonzo était partiellement plongée dans la pénombre. La veilleuse des enfants avait annoncé son arrivée. Précédée par son ombre, un des gamins était sorti doucereusement de ses songes.
— Ritsuuuko… c’est toi ? » Le môme frottait ses yeux, encore somnolant du sommeil profond dont elle l’avait arraché de sa funeste présence et s’était redressé sur son lit.
Ritsuko n’avait pas répondu et s’était assise tout près de lui.
— Ritsuuuuko… Pourquoi tu as l’air toute triste ?
— Je ne suis pas triste. » avait-elle soufflé faiblement.
— Alors pourquoi est-ce que tu pleures ?
— Je ne pleure pas... »
Elle ne réalisait pas que son corps était un automate en ces instants où la rage la dévorait avec une telle intensité et que seules les larmes qui ruisselaient sur ses joues trahissaient son âme torturée et trahie.
—Si!  Tu pleures ! C’est parce que tu as fait un mauvais rêve, c’est ça ?
Ritsuko avait laissé échapper un petit rire pincé à ces propos. Il lui semblait son existence entière être un mauvais rêve éveillé auquel elle ne pourrait jamais échapper. Réalisant ce qu’elle s’apprêtait à faire, son cœur s’était serré davantage.
— Tu te rappelles de l’araignée dans le jardin ? » Ritsuko replaça affectueusement une boucle noire derrière l’oreille du gamin qui l’écoutait attentivement.
— Oui…
— Eh bien, tu avais raison. Il ne fallait pas la laisser s’échapper… Je suis désolé.
Car non seulement se sont d’odieuses prédatrices, mais aussi s’attaque-t-elles à leurs propres petits. Mais ce détail, elle n’avait pas trouvé nécessaire de le lui dire. Ritsuko s’était penché vers l’enfant, avait caressé sa petite tête encore mal réveillée. En même temps qu’elle avait déposé un baisé sur son front avec toute la tendresse qu’il lui restait, elle s’était dépossédée de sa culpabilité mortifère pour aller au-devant de ce qui les attendais et avait administré une drogue dans le cou de l'enfant à l’aide d’une seringue.


***

— Je pensais que les Mantes ne permettaient pas la tuerie d’enfants…
C’était un foyer de plus noyé dans le sang… Alors quoi ?  
— Et maintenant, Ritsuko ? Admettons, tu tires sur le Diable… et si tu le rates, il se passe quoi ?
Le diable autoproclamé avait devancé Ritsuko dans son élan meurtrier et venait de se débarrasser de toute sa famille. Elle en demeurait encore sous le choc qui s’exprimait par un état d’inertie incontrôlé et Gonzo avait profité en l’instant pour se rengorger d’être au-dessus de tout. Elle réalisait alors l’exécrable. Que de ces moments où elle avait été forcé de jouer les baby-sitter pour ses mômes, il l’avait foncièrement poussé à s’enticher d’eux. Non pour l’empêcher d’aller au bout de leur meurtre - au final elle n’en était pas celle responsable - mais parce que sachant que l’affection était semblable à une pluie pour Ritsuko et qu'elle lui glissait sur la peau, il savait néanmoins l’innocence pouvoir l’a toucher. Ses enfants, avait servit à Gonzo d'un mur de protection. Bien aux faits des origines de la jeune femme, il savait celle-ci incapable de le tuer une fois se sentir faire partie de sa famille. Ritsuko réalisait alors l’être de perversion qui se trouvait devant elle. Il avait éradiqué l’existence de ses propres enfants pour demeurer maître d’un jeu de pouvoir qui s’exerçait qu'entre elle et lui. Puis elle compris. Il l’avait dit lui-même ; sa famille n’était pas acquise, elle était « fragile » et aussi n’était-elle pas irremplaçable. Rien ne l’empêchait de se reconstruire de nouveau… et donc, si c’était la seule chose qui le faisait vivre malgré tout, elle l’empêcherait d’en faire autant. Passé l'état de choc et succombant à une part d'elle-même qui embrassait mieux la perte de tout ce à quoi elle s'était rattaché jusqu'à présent, elle avait levé droitement son revolver devant lui, le regard plus sombre et décidé encore.
— Je n’ai pas de telles prétentions, mais si tu es le Diable, alors cela fait de moi la main droite de Dieu… » avait-elle répondu avec ironie.
Son geste l’avait laissé interdit et le sourire de Gonzo s’était figé en un rictus méprisant. Gonzo avait pourtant la certitude qu’elle et lui partageaient la même vision. Et sa survie de la main de son amant - même s’il était celui à avoir commandité son meurtre - l’avait fait prendre conscience de toute la valeur d’une telle arme humaine aussi défectueuse soit-elle ; la bougresse avait trois balles de plantées dans la chair, mais se tenait droite comme de rien. Ni les sentiments, ni le plomb ne pouvait empêcher d’avancer cette âme qui brûlait de colère et qui consumait tout sur son passage. Le meurtre de ses propres enfants avait été une offrande de réparation pour avoir attenté à sa vie autant qu’une importante leçon comme il avait pris pour habitude de la lui faire. Seulement, il ne se doutait pas que Kaori, très clairvoyante, avait vue juste à son sujet un an plus tôt.
— Ritsuko…
— Je tente ma chance. »

Ritsuko avait tiré d’une balle en pleine tête et n'était pas resté témoigner de son agonie. La Mante avait mis le feu à la demeure et était ensuite aller insuffler aux larbins des familles mafieuses la rumeur selon laquelle Gonzo Kobata s’était volatilisé après avoir décimé toute sa famille. Dans l’idée que si un jour le besoin d’usurper son identité pouvait servir ses fins, elle saurai parfaitement comment en jouer.



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Ritsuko
Takeshi

J'ai 26 ans et je vis à Tokyo, Japon. Dans la vie, je suis la main droite du diable et je m'en sors à merveille. Sinon, grâce à ma hargne, je suis en quête de vengeance et je le vis plutôt bien.

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Dans les méandres maniérés de la jeune femme, la seule vérité perceptible était que de cette figure austère s'exhalait une aura meurtrière. Sous ses airs impassibles bouillonnait en elle une rage silencieuse qui transcendait avec son naturel calme.



The 4 Underdogs

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Il s'agit de quatre rescapés de la Vipère à deux têtes, recueillis par Ritsuko et entraînés dûment. Elle se sert de leur haine pour arriver à ses fins. Ils lui sont tous dévoués et loyaux. Yuri (16 ans), Eiji (19 ans), Hajime (25 ans), Hideo (26 ans)




Chanson thème (Ritsuko)

Effigie : Mika Schneider


"La nature ne veut rien savoir du passé,
Elle se moque bien de nos vies illusoires,
Face à elle nous vient confusément l’idée
Que nous ne sommes qu’un rêve qu’elle croit voir." - F.T


Alors qu’il s’avançait dans la pièce, les traits de lune qui frappaient son visage la laissa découvrir le portrait d’un homme vaincu et harassé de vivre. Ce n’était pas Maruo qui se tenait là devant elle, et elle comprit qu’il s’était passé quelque chose. Quelque chose de grave et d’irrémédiable. Sans savoir exactement quoi, elle vient à comprendre que celui qui se trouvait devant elle était un Jinpachi endeuillé de ce qu’il avait si difficilement fait pousser au cours de ces sept dernières années, sur d’innombrable tumulus qu’il avait lui-même érigé. Mais de cette souffrance qui n’était pas sienne et qui l’affectait plus qu’elle ne voulait se le concéder, elle garda le silence et pour elle ses présomptions. La Mante demeura toutefois impassible lorsqu’il lui tendit le petit sac d’épicerie et ces quelques paroles maugréées avec une affliction révélatrice, tandis qu’il s’affalait douloureusement sur le canapé du salon. Elle s’approcha tranquillement, contempla avec distance cette déchéance des corps et de l’âme causés par nul autre que l’attachement, elle le reconnaissait bien. Ils le savaient tous deux pourtant; prendre racine était un pari intenable pour les gens de leur espèce. Et Gonzo avait raison sur ce point, il était de la nature humaine de se pourvoir de si belles faiblesses. Elle ignora foncièrement sa mise en garde, sachant pertinemment que Saito ne tarderait pas à faire le rapprochement entre elle et lui, si ce n’était pas déjà fait. Il ne lui apprenait rien là et à la Mante, il était dans sa nature d’évoluer en chaque instant pour s’adapter aux aléas du gangstérisme et de la pègre. Elle scrutait avec attention les traits tirés de son visage brunit du soleil et du sang séché, de qui ? Elle ne le lui demanda pas.
— Boit. » Elle lui tendit une bouteille d’eau qui trainait là sur la table basse du salon.  « Tu es déshydraté. » et de l’autre main lui arracha la canette de bière qu’il ingurgitait à grand coup de glotte, d’un geste presque aussi naturel que par le passé où elle se permettait d’être intrusive dans ses vilaines habitudes. Elle attendit de le voir déglutir quelques gorgés d’eau avant de se retourner vers la cuisine, puis alla farfouiller dans les tiroirs pour une aiguille et du fil, ainsi que quelques bandages, des ciseaux et de l’alcool. En revenant, Ritsuko agrippa l’une des chaises de la cuisine qu’elle traina lourdement sur le sol derrière elle jusqu’au salon et s’y assit, face à lui.
— En ton état actuel, tu ne me seras d’aucune aide. » Lui répondit-elle. Elle approcha une main vers lui, puis se suspendu un instant dans son geste. Ritsuko prit un temps pour apprivoiser le ressentiment qui lui montait à la gorge d’une telle proximité, mais de sa misère elle fût touchée et finit par ravaler sa rancœur. Sa main se porta sur son t-shirt qu’elle releva jusqu’au col pour examiner la blessure couverte de meurtrissure. Elle était infectée et la plaie s’était rouverte, déformée de l’agitation des derniers jours. L’orifice qu’avait causé l’impact de la balle était devenu un cratère difforme et purulent. Elle plongea ses yeux dans les siens avant de s’y mettre.
— Et tu n’iras nulle part où je ne suis pas. T’a oublié notre accord ? »
La Mante s’était ensuite penchée sur sa chaise, au-dessus de lui pour découper le tissu de son chandail afin de le départir de son haut plus facilement, puis s’était attelée à nettoyer la plaie. Ses gestes étaient rapides, sûrement peu agréables, mais s’appliquait-elle avec rudesse. Elle ne l’avertie pas lorsqu’elle appliqua l’alcool sur sa la lésion ouverte et ne porta que peu d’attention à ses gémissements, sinon qu’un coup d’œil furtif qui se voulait s’aviser surtout de son état psychique. Le voile d’indifférence qui surplombait les yeux de Maruo témoignant de son équanimité habituelle, était remplacé par la souffrance léthargique d’une perte conséquente. La gestuelle de Ritsuko ralentie de cadence lorsque fût le temps de le recoudre et sa poigne s’était adoucit au contact délicat de l’aiguille avec la chair meurtrie.
— Tu te rappelle du jour où je suis partie ? »
Vue son état, elle n’attendait pas de réponse de sa part ou qu’il acquiesce à ses propos. Elle souhaitait surtout ramener son âme errante, où qu’elle soit, ici avec elle. Détourner son attention de ce qui se figurait tortueusement dans son esprit rompu, changer la douleur de place, peut-être. « Je m’étais retrouvé malgré moi dans l’appartement de mes parents. Ne me demande pas comment, ni pourquoi… » Elle termina enfin le dernier point de suture et se passa le revers de la main sur le front. Elle était rouge de son sang. « Le parquet était lustré. Les murs avaient été recouvert de papier peint, l’ancien mobilier entièrement remplacé… » Elle tourna la tête, regardant un coin de la pièce comme pour mieux se remémorer ce souvenir, de se saisir de l’étrange atmosphère qu’elle en retenait. « Il était impossible d’imaginer ce qu’il y avait pu s’y passer. Comme si rien n’était arrivé, comme si tu n’avais jamais été. Comme si moi et mes parents, n’y avions jamais vécu… Pour cause, la vie s’était chargé de remplacer ma famille par une autre. » Elle s’interrompit, levant vers lui ses yeux noirs. Ils étaient de sombres crochets pour l’âme. « Puis, j’ai compris. J’ai compris que j’avais été mise au monde dès l’instant que tu m’as tué. Tu m’as permis d’échapper à ça, à ce leurre. » Elle parlait bien de sa famille en ce terme si détaché. Maruo avait suspendu son existence hors du cycle de la vie et Ritsuko voulait se saisir de cette opportunité pour détruire celui qui menaçait le premier dont elle avait été exemptée. « Cette violence crasse… » Faisait-elle alors allusions à tous ce qu’ils avaient traversé jusqu’à présent et fait subir à leurs semblables. « Elle est nécessaire au changement. Autrement, toi et moi, ne serions pas ce que nous sommes aujourd’hui. Et le monde en demeurerait inchangé. » Elle espérait ses paroles lui avoir donné quelconque raison de revenir à lui. Ritsuko se leva de sa chaise pour s’agenouiller à sa hauteur, hésita un instant, puis posa une main sur son genou droit. Elle l’appela doucement. « Maruo. » La Mante pencha la tête sur le côté pour croiser son regard errant et vidé. Une lueur d’espoir brillait dans les yeux de Ritsuko, mêlé à une admiration fade et effacée à son égard, mais toujours présente malgré les années de désillusion passées.
« C’est de la Vipère à deux têtes dont j’ai de besoin. »


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Maruo Takeda
J'ai 42 ans et je vis à Sado, Île de Sado, Japon. Dans la vie, je suis mercenaire yakuza et je m'en sors aisément. Sinon, grâce à mon charisme, je suis concubin et papa et je le vis plutôt tortueusement.


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On le connaît parmi tous les criminels et les autoritiés sous ce surnom : la vipère à deux têtes. Deux lames, un coup, et il coche ses victimes en plein torse d'une croix qui signe sa morsure. Une survivante, qui deviendra son élève, qui deviendra sa rivale. Qui toujours dans le vent sifflant, siffle avec lui l'agitation. Et l'angoisse pour l'homme qu'un passé guerrier ne dégouline son sang sur son présent marin.

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Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,
Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.
Mais si l'amer venin est entré dans tes veines,
Pâle de volupté pleurée et de langueur,
Tu chercheras en vain un remède à tes peines :
L'angoisse du néant te remplira le coeur.
Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,
D'un exécrable mal ne vis pas consumé :
Arrache de ton sein la mortelle vipère,
Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé !

- Leconte de Lisle


Sanada Hiroyuki :copyright: Jo'

"L'Homme est un homme pour l'Homme
Les loups, eux, ne sont que des chiots"
- Gaël Faye

Astro boy. J'avais déchiré l'imprimé fier du petit héros dans sa posture la plus classique - bras tendu, une jambe pliée, élancé vers l'avenir dans une hardiesse insondable. Il avait rougit de cruor éviscéré, une marée vive empourprée qui enrageait depuis les digues rompues de chair ténue, qui avait transformé le bleu ciel du fond en hâle mordoré et avait défiguré le dessin. Lorsque j'ai renoncé à la tuer, sciemment ou non, Ritsuko portait un pyjama Astro Boy.

*

Il la dévisageait alors qu'elle entonnait sa diatribe, spectateur mystifié par ce chevauchement du temps auquel il ne comprenait rien. L'alcool sur sa plaie, la suture appliquée, le gel de ces mains raffinées sur ses chairs en feu, exposer ce corps qu'elle connaissait par coeur pour l'avoir rapiécé entièrement, cette application maternelle à laquelle il se résignait grassement. C'était le même endroit qu'autrefois, la même agonie, goût de sang, fer suave dans les tranchées de son corps, pulsation morbide entre les tempes de la satiété d'avoir tué. Ils revivaient un spectacle qu'ils avaient passé leurs vies à répéter.

Pourtant rien n'était comme avant. Il n'y avait plus d'amour. Plus de baiser inavoué. Plus de langueur à se lover contre lui, sur lui. Plus d'admiration transie, de ferveur sauvage, de sensibilité frêle. Il n'y avait même plus tout à fait de rage, de haine. Sa parénèse cherchait du sens à la mort. L'énergie déployée à ressusciter Maruo. Jamais elle n'avait pu se résigner à cette existence : qu'il puisse exister le mal, comme ça, pour rien ou pas grand-chose. Que des vies puissent peser si peu dans les affaires. Il fallait pour elle que ça veuille dire quelque chose, qu'un chemin mène forcément quelque part, elle ne pouvait se résoudre à l'absurdité de la violence. C'était peut-être là leur point de dissension le plus net. Maruo avalait le crime comme on respire de l'air. C'était ainsi.

Il la trouva drôle et innocente, brisa d'un rire rauque roulé de glaires infectieuses toute l'apesanteur de ce moment de douceur et de sérieux. Elle faisait de vrais pas vers lui, quoique ce fusse pour se servir de lui ou par bonne volonté, et il se riait d'elle comme on se moque d'un enfant qui pense ressembler à Tarzan en enroulant son t-shirt autour de sa taille. Luttant contre les dévoreurs qui consommaient ses chairs, il se redressa pour s'asseoir soudain revêtu de diligence. "Est-ce que ce sont les mantes qui t'ont mis ces choses dans la tête ?" Il savait que non et le disait sarcastiquement. "Tu parles comme une idéaliste. Que nous ne nous rencontrons ou pas, le monde demeure inchangé. Que j'aie buté tes parents n'a rien à voir avec le changement. Que tu deviennes celle qui mettra fin aux quatre clans ne changera pas grand chose à la violence du monde." Il posa une main épuisée sur celle de Ritsuko à son genou. "Il y a de la violence parce qu'il y a des gens à qui elle rapporte et qui la commanditent. Parce qu'il y en a d'autres assez narcissiques pour la commettre. Il n'y a rien de compliqué à cela." Son visage se fit plus carnassier. "Mais de nous savoir éventrer tous ces glands, pas besoin d'y trouver un sens pour s'en réjouir. J'ai dis que je t'aiderai et je le ferai."

Il s'enorgueillait que la Vipère à deux têtes puisse encore représenter quelque chose pour Ritsuko. Il retrouva de sa consistance : voilà la dernière ligne droite avant de s'octroyer le repos du trépas, un dernier contrat, rien de plus ni de moins, pour la dernière personne à laquelle il tenait encore en vie. La perte lui avait permis d'embrasser ce qu'un lien signifiait et il vivait avec d'autant plus d'affliction la tendresse qu'il éprouvait pour celle qui le tuerait.

Il engloutit au hasard des cachets d'anti-douleur et des antibiotiques oubliés dans le petit paquet que Ritsuko avait fait livrer à Maruo depuis des jours, avant d'entamer de se raser au couteau. Il s'adressa à sa protégée depuis la salle de bain. "Je me suis un peu défoulé ces derniers jours, je pense que ça jettera les soupçons du détournement des camions sur moi et tu auras davantage de marge de manoeuvre." Rafraîchit, il tenta l'eau courante de la douche. Les canalisations se lancèrent dans une fanfare de bruits rauques avant de vomir un premier jet d'eau noire qui finit par s'éclaircir, mais rien d'autre qu'une cascade glaciale ne s'abattait sur l'émail poussiéreux de la baignoire. Il ne recula pourtant pas à se débarrasser de tout ce sang qui le maculait et accueillit l'ondée froide comme une délivrance à ses bouffées de chaleur suppurantes et pensées obscures.

"Continue ta sauce avec Saito, poursuivit-il haussant le ton pour couvrir le son du jet, j'ai l'intention de rendre une visite à Masahiro." Il faisait allusion à l'avocat de Gonzo qui avait interrompu une réunion des Quatre dans le but de causer dettes. Il avait eu vent de cette histoire d'une de ses récentes victimes ayant cru qu'un potin lui sauverait la vie d'une vengeance aveugle. D'un sac qu'il avait emmené de Sado en arrivant au Honshu, Maruo extraya quelques vêtements propres qu'il passa en rejoignant la cuisine où l'attendait la Mante, concentrée. "Gonzo va crever cette semaine, une croix sur le torse. Et après ça j'irai décapiter tous les oyabun que tu veux." Du même coup, il s'assurerait que l'attention des familles demeure sur lui pour en épargner Ritsuko.


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Ritsuko
Takeshi

J'ai 26 ans et je vis à Tokyo, Japon. Dans la vie, je suis la main droite du diable et je m'en sors à merveille. Sinon, grâce à ma hargne, je suis en quête de vengeance et je le vis plutôt bien.

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Dans les méandres maniérés de la jeune femme, la seule vérité perceptible était que de cette figure austère s'exhalait une aura meurtrière. Sous ses airs impassibles bouillonnait en elle une rage silencieuse qui transcendait avec son naturel calme.



The 4 Underdogs

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Il s'agit de quatre rescapés de la Vipère à deux têtes, recueillis par Ritsuko et entraînés dûment. Elle se sert de leur haine pour arriver à ses fins. Ils lui sont tous dévoués et loyaux. Yuri (16 ans), Eiji (19 ans), Hajime (25 ans), Hideo (26 ans)




Chanson thème (Ritsuko)

Effigie : Mika Schneider

Maman disait que lorsque l’on naît, on sait tout sur tout et que c’est pour cela que l’on a ce trait au-dessus des lèvres. La marque de l’ange nous fait tout oublier. Elle disait aussi que l’on vit tous sous la protection de cet ange qui nous observe depuis le ciel.

L’enfant entend depuis la cuisine les cris mortifères de ses parents. Une odeur âcre dans l’air, puis tombe le silence. La porte de sa chambre entrouverte laisse échapper un trait de lumière jusqu’à l'armoire où est sa cachette et un filet de sang s’échappe de la salle à manger jusque devant le parquet de sa chambre.

Mais maman avait tort.


Y U R I

Des bruits pas. Quelqu’un approche. Elle ferme les yeux et tremblante, chantonne la berceuse que sa mère lui chantait quelques heures plus tôt, son lapin en peluche blottit contre son cœur. Une comptine anodine qu’une autre enfant au même âge aimait se la faire fredonner avant l’heure du coucher.

— *Sa-saakuraa saku-ku-raraa
yayoi n-n-no… sora wa
mi-watasu kag-g-iri...
kas-s-s »

— kasumi ka kumo ka
nioi zo izuru
izaya izaya
mini yukan…
»


Le mien se trouve sur terre et a la plus belle voix au monde.

« Sakura sakura
yayoi no sora wa
mi-watasu kagiri… »


Les portes de l'armoire s’ouvrent doucement et de la lumière qui infiltre l’intérieur de celle-ci, l’enfant doit y plisser les yeux pour discerner les traits de son bourreau. C’est pourtant une gamine d’une quelque dizaine d’années son ainée qui se tient devant elle. Loin d’être un ange, elle mène une existence de faucheuse.

« kasumi ka kumo ka
nioi zo izuru
izaya izaya
mini yukan… »


Sa voix est plus portante que celle de l’enfant et vint à l’enterrer tout à fait. L’adolescente n’avait cessez de chanter que lorsque la petite fille larmoyante devant elle s’était tue tout à fait et qu’il ne demeure dans la chambre plus que le silence et les larmes. Elle pose un doigt sur ses lèvres lui signifiant d’être discrète et à la petite orpheline, un sentiment de délivrance l’envahie.

— Ritsuko. » Une voix tranquille d’homme s’élève depuis la cuisine. « On y va. »

La jeune fille pose ses mains sur les portes de l'armoire. Un sourire sur ses lèvres, elle referme les ténèbres sur l’enfant.

J’ai tout de suite su que c’était elle, mon ange protecteur.

*Fleurs de cerisiers, fleurs de cerisiers, traversant le ciel du printemps,
Aussi loin que vous pouvez voir, est-ce du brouillard, ou des nuages ?
Parfum dans l’air, viens maintenant, allons, allons, voyons, enfin!



***

« C’est ceux qui ne prenne pas de risques et ne sont pas prêts à tout perdre qui ne change rien. »


— Il y a de la violence parce qu’il y a des hommes et qu’il y a des femmes. L’argent n’a rien à y voir. » Rétorqua-t-elle immédiatement à la suite de ses dires. « L’oseille comme motivateur, ce n’est qu’une imposture. »  Ritsuko se releva promptement, sa main glissa de la sienne d’un geste refroidi par de tel propos. Non-sens. L’argent n’était pas le principe fondamental de cette violence mafieuse. À Ritsuko, elle n’était qu’une excuse pour cacher quelque chose de beaucoup plus sale qui vie en chacun. Pour ce qui était de l’ego, Ritsuko ne pouvait que concéder pour elle-même. Gonzo le lui avait prouvé par le passé. La violence fait partie intrinsèquement de l’homme, Ritsuko n’était pas naïve, mais nourrissait-elle l’espoir de castrer cette déviance humaine qui était un habitus trop largement rependu chez les hommes de la pègre. Elle justifiait sa propre violence par la tenue d’une révolte nécessaire au changement. Car à Ritsuko, la vengeance est une justice légitime. « Je ne suis pas stupide Maruo, et tu ne l’es pas non plus. Toi comme moi savons pertinemment que la violence est innée et qu’elle ne deviendra véritablement désuète que lorsque l’on pourra compter l’humanité au nombre d’un seul homme ou moins. » Et ainsi était comment elle comptait en finir avec la mafia, qu’elle soit la dernière yakuza du japon s’il le fallait. La violence du monde était une tout autre affaire - l’était-elle ? – qu’elle ne souhaitait pas faire sienne. Du moins pour l’instant. « La violence comme le meurtre, c’est une affaire personnelle. Pas un putain de business. Alors ne viens pas me dire que si tu as tué mon père, si tu as tué mère c’était pour arrondir tes fins de mois. » Elle lui lança un regard noir, sa tête outragée était sensiblement ébouriffée. N’avait-il pas lui-même tué sa propre genèse ? La mort de ses parents devait prendre un sens beaucoup plus personnel à cette époque où la Vipère à deux têtes n’était pas encore né du besoin de tuer pour subsister grassement. « C’est parce que t’aime ça, comme Gonzo à qui cela a dû exciter de se faire ta fa- » Elle s’interrompit. Par respect pour les morts. Pour cette souffrance commune qu’ils partageaient désormais et dont elle était en partie responsable. La Mante s’était détournée de lui pour se diriger vers la cuisine laver ses mains de son sang qui soudain la répugnait. Elle s’était emportée, elle se calma. Ritsuko avait longtemps fait un trait définitif à la vulgarité du langage passé l'adolescence pour se distinguer de la pourriture yakuza dont le mépris, la condescendance et la bassesse d’esprit étaient le propre de ces hommes qu’elle abhorrait. Cette violence crasse rendait son âme malade et Ritsuko avait de la difficulté à s’avouer que tout autant qu’à Maruo et cette ordure de Gonzo, les meurtres qu’elle causait la rendait fébrile elle aussi. Mais à la différence d’eux deux, elle savait réfréner ses pulsions meurtrières, qu’elles soient dirigées aux bonnes personnes, ou plutôt aux mauvaises. C’était cette droiture pour laquelle elle aspirait plus que tout et malgré un esprit torturé lui intimant parfois trop souvent de laisser déferler cette colère meurtrière sur quiconque qui la différenciait de Maruo. Et ce n’était plus un secret pour personne ; Ritsuko était une femme haineuse. La colère, la haine, la rancœur avaient fini par la dévorer de l’intérieur, même si en extérieur en demeurait l’apparence empruntée d’une femme tempérée. Ritsuko n’en voulait pas seulement à Maruo, elle en voulait au monde entier. Tout au fond d’elle, elle savait que ni mettre fin à son passé d’une coche renvoyée sur le torse de son ancien mentor, ni l’annihilation d’un des plus influents gangs criminels du japon ne saurait suffire à apaiser ce qui grondait en elle. Car peut-être… pensait-elle que peut-être si sa famille avait été à l’abri du besoin et du regard plein de mépris de ceux qui vous regarde de haut, peut-être son père ne se serait-il jamais lancé sur la voie facile et pleine de promesses spécieuses de la mafia. Alors, qui était à blâmer ? La faute à qui ? La pègre, Maruo, la société ? Tous, bien entendus. Mais espérait-elle le premier suffire à l’apaiser. Car du second, elle se détestait surement de ne pas pouvoir le détester et du troisième, Ritsuko risquerait d’incendier le monde. La putrescence qui la rongeait lentement de l’intérieur, cette douleur triste d'ambiguïté qui s’échappait parfois de ses yeux en témoignait. Ce qui grondait au fond d’elle était insatiable.

La Mante se tenait au-dessus de l’évier de la cuisine, pensive. La confession à demi-mots de la furie meurtrière de Maruo à la suite de son drame depuis la salle de bain, la laissa blasée et peu surprise. Cependant, la stratégie qu’il en tirai la fit broncher son mécontentement d’un soupir rieur et sarcastique. Elle attendit qu’il eût finit de se changer pour lui faire face lorsqu’il revient vers elle dans la cuisine.

— Non. » Lâcha-t-elle en réponse à ses derniers propos.  « Ça a assez durée. Jeudi, se tient l’assemblée général des familles, Saito y sera, mais non seulement; le chef des Inagawa-kaï aussi. Je n’attendrais pas un autre mois qu’une telle occasion se présente. C’est ce que j’étais venus te dire. Ils sont affaiblis, il faut frapper maintenant. » Et Ritsuko comptait sur l’effet de surprise. « Je peux comprendre que Gonzo soit ta priorité, mais ce n’est pas notre accord, Maruo. » Son regard se posa impassible, sur lui. « Fait ce que tu as à faire, défoule-toi comme bon te semble sur ce Masahiro, je m’en fous. T’a trois jours. » Elle se redressa du comptoir et mains dans les poches elle rejoignit l’entrée de l’appartement. Elle lui lança à la dérobé : « Avec ou sans toi, jeudi je porte le coup de grâce. Après ça, Maruo, je viens pour toi. Gonzo suivra. »

Ritsuko avait quitté les lieux, préférant laisser Maruo seul avec ses démons et composer avec le deuil qui l’accablait. Elle était bien placée pour savoir que le deuil ne connait aucune forme de résilience. C’est un bagage que l’on traîne derrière soi notre vie durant. Dans le couloir de l’immeuble, Ritsuko reçu un coup de fil. Elle décrocha. Seul un souffle enveloppé d’émotions lui monta d'abord à l’oreille.

— C’est… Yuri… »
Elle reconnue au début de phrase d’une voix brisée, celle d’Hajime. L’annonce, avant même d’être formulée prenait un écho tragique et il n’en prit pas plus à Ritsuko pour comprendre. « Cet enfoiré… de Kobata… Elle est morte, Ritsu.»




Les rêveurs vivent d' éternité

   
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Maruo Takeda
J'ai 42 ans et je vis à Sado, Île de Sado, Japon. Dans la vie, je suis mercenaire yakuza et je m'en sors aisément. Sinon, grâce à mon charisme, je suis concubin et papa et je le vis plutôt tortueusement.


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On le connaît parmi tous les criminels et les autoritiés sous ce surnom : la vipère à deux têtes. Deux lames, un coup, et il coche ses victimes en plein torse d'une croix qui signe sa morsure. Une survivante, qui deviendra son élève, qui deviendra sa rivale. Qui toujours dans le vent sifflant, siffle avec lui l'agitation. Et l'angoisse pour l'homme qu'un passé guerrier ne dégouline son sang sur son présent marin.

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Verse à leurs pieds le flot de tes larmes sacrées,
Brûle tous tes parfums sur leur mystique autel.
Mais si l'amer venin est entré dans tes veines,
Pâle de volupté pleurée et de langueur,
Tu chercheras en vain un remède à tes peines :
L'angoisse du néant te remplira le coeur.
Ployé sous ton fardeau de honte et de misère,
D'un exécrable mal ne vis pas consumé :
Arrache de ton sein la mortelle vipère,
Ou tais-toi, lâche, et meurs, meurs d'avoir trop aimé !

- Leconte de Lisle


Sanada Hiroyuki :copyright: Jo'

Il renonça à l'affronter ce jour. Elle n'était qu'opposition, insupportée par la distance que prenait Maruo avec le genre humain et sa vilainie, au point d'avoir omis la moitié de l'argument de la Vipère - celle sur l'ego, le narcissisme de ceux qui tuent - pour se concentrer sur ce qui la piquait à brûle-pourpoint - ce qu'y gagnent ceux qui signent les arrêts de mort. Le mercenaire ne voyait pas grande différence entre Gonzo et le patron de Mosanto, pas plus qu'il n'y en avait entre lui-même et le camion qui répand les pesticides. Le meurtre est un travail comme un autre qu'on fait tantôt pour s'enrichir, tantôt pour se prouver qu'on est capable. Maruo n'était capable que de cela en réalité, aussi cette activité prit-elle toute la place.

Il accusa le coup qu'elle crut parvenir à retenir sur les décès de sa femme et sa fille mais ne riposta pas tant, s'habillant de maturité alors que sa ruade à elle prit des airs plus adolescents de cruauté. Il fit même le détour en pensée de s'interroger : comment l'avait-elle appris ? Deviné ?

Ce qu'il ne supportait pas en revanche était qu'elle outrepasse sa liberté. Il ne lui posait pas la question et n'attendait pas de réponse, encore moins de bénédiction. Elle pouvait avoir autorité sur Saito lui-même, personne n'en n'aurait jamais sur la Vipère à deux têtes.

"Comme tu l'as subtilement fait remarquer, Ritsuko, ma famille est morte. Tu n'as plus rien pour me faire chanter et je ne travaille pas pour toi."

Mais il lui envoyait surtout de la poudre aux yeux : jamais il ne la laisserait entreprendre telle manoeuvre seule, au fond, tous deux le savaient très bien. Ils étaient les derniers à se faire confiance et le mercenaire ne revoyait jamais un pacte.

Trois jours pour tuer Gonzo et ramener sa tête à la réunion des Quatre.

Elle partit contrite et quittant le rôle de mentor il reprit celui du veuf. Aucune de leurs interactions ne pouvaient être patientes de bout en bout, l'un finissait toujours par souhaiter plaquer l'autre au sol. Il sentit par cette pensée davantage la béance de sa plaie.

Mardi.

Une superbe berline lui servait de voiture de service : robe noir laqué et détails chromés magnifiaient une silhouette prestigieuse dont seuls les ronronnements brutaux du moteur présageaient toute sa puissance. Maruo prit garde de regarder les pédales jusqu'à ce que sa cible entre, accompagnée à la porte par son assistante qui l'y salua, et avec un garde du corps. Dès lors que la portière se ferma, la fermeture centralisée scella le destin des hommes assis à l'arrière.

"On ne m'a pas dit où était le lieu du rendez-vous, remarqua Masahiro à ce qu'il croyait être son chauffeur."

Maruo démarra paisiblement.

"Pas d'inquiétude, Monsieur, j'ai eu les coordonnées."

*

Tout était gris. Le ciel. Le fleuve. L'horizon. Un orage salutaire était venu briser la lourdeur, nappait le Japon d'une ouate volubile qui apparaissait comme un miracle ou un mirage. La voiture faisait face aux reflux garée dans l'enchevêtrement d'échafaudages au beau milieu d'un chantier.

"On est où là ? Et pourquoi vous vous êtes arrêté ?"

Masahiro ne comprit rien. Devant le mutisme admiratif du meurtrier, il insista.

"Hé, j'vous parle !"

Un sabre vint se planter dans la poitrine de l'homme de main qui ne vit pas arriver la menace et ouvrit grand la bouche sur une effusion de son sang. L'avocat réalisa alors qui était avec lui dans le véhicule et s'excita soudain sur la poignée de la porte qui refusait de lui obéir. Il était pris au piège dans un cercueil de grand standing tandis que Maruo, lui, restait calme.

"Vous savez, entama-t-il le contemplant hyperventiler dans le rétroviseur, je trouvais ça étrange que vous soyiez ici tout seul. Un homme respectable, la cinquantaine, bourré de fric, planqué chez les mafieux et pas défiguré. Je me demandais pourquoi on entendait pas parler de votre famille. Pas un frère ou une soeur, pas de gosses, pas de femme, pas d'amant même !"

L'autre se sclérosa sur son siège.

"Vous savez qui on ne consulte jamais et sont pourtant des informateurs précieux, Masahiro ?" La question rhétorique n'attendait pas de réponse, aussi poursuivit-il. "Les tatoueurs. Je m'en suis voulu de ne pas y avoir pensé avant. Les trois quart des yakuzas sont tatoués !"

Le bureaucrate reprit du métier et se défendit. "Je suis avocat, ma peau est immaculée. Pas un tatouage. Celui que vous avez vu vous a menti sur mon compte, quoi qu'il vous ai dit.
- Va pas plus vite que la musique."
Le tutoiement appuyé d'une oeillade avaient certes de quoi intimider. "Le tatoueur te connaissait pas, mais il connaissait des gens qui te connaissaient. Du menu fretin de Gonzo, de la chair à canon. Comme toi, à divers degrés. Qui avaient bossé pour toi parfois ou que t'avais défendu." La Vipère faisait durer le supplice comme le serpent suspend sa silhouette avant de frapper, mais Masahiro n'était pas stupide et il voyait déjà où il voulait en venir. "J'ai jamais compris : du temps où je travaillais pour lui, Kobata me répétait qu'il ne faut rien dévoiler à une femme parce qu'au premier rendez-vous chez le coiffeur, à la première réunion thé, les secrets s'écouleraient sans discontinuer." Il eu un faux agacement. "Mais il n'y a rien de moins étanche qu'un homme qui se sent parmi ses semblables, ou un autre qui s'est écroulé dans les bras d'une pute."

Masahiro se gaillardi. "Vous en savez quelque chose, sur les putes." C'était une bonne estocade qui déstabilisa la Vipère. Evidemment, l'avocat savait, s'il n'avait pas lui-même organisé, la torture et mise à mort de la famille de Maruo. Il n'était plus temps de tergiverser. "Tu viens de Corée du Nord, espèce de salaud. Voilà ce que m'a dit le tatoueur. Ensuite j'ai fais ce que j'avais à faire : je suis allé voir un type qui a pris du grade depuis mais qui te connaissais depuis ton arrivée dans la pègre.
- Vous l'avez tué c'est ça ?
- Pas besoin. Je lui ai promis des parts de marchés que j'avais pas et la réputation de mon retour a fait le reste du travail."


L'avocat encaissa la trahison et la Vipère poursuivait. "J'ai appris que t'avais laissé ta marmaille là-bas pour t'enrichir ici dans le but de les ramener, mais que ça n'avait jamais vraiment pris. Et puis Gonzo est arrivé et il t'a promis d'y faire quelque chose, pas vrai ?" A nouveau, la question était rhétorique - c'était tout à fait le genre de Kobata, promettre et puis tuer pour ne pas faire de vengeurs. "Ca fait une éternité que t'attends de les avoir avec toi : t'as aucun accent, une fausse identité, ça doit faire quoi ? 15 ans que t'es là ? Tu penses qu'ils t'attendent encore tes mômes ?" Percé à vif, il n'y avait plus qu'à attendre le coup de grâce qui n'arrivait pas. "D'ailleurs ton faussaire, Hiroki. Il est mort.
- Je sais que vous l'avez tué.
- Je t'ai rendu service, il était pas fiable."


Maruo enclencha la première vitesse et jouait avec le rebondit de l'embrayage. Au devant d'eux, Sumidagawa - et pas une barrière pour empêcher à la merveille japonaise de s'élancer dans les eaux. "J'ai fais le paris, au hasard, que tu savais pas nager. Moi je remonterai mais toi ..." Une rapide consultation dans le rétro. "... ouais, c'est bien ce que je pensais.
- Je ne cèderai pas. Si je vous dit quoi que ce soit, Gonzo fera forcément pire qu'une noyade.
- Du genre faire savoir à ta patrie tes activités illicites, ton projet d'exfiltrer ta famille ? Effectivement ça plaisanterait pas pour ta femme. Mais j'ai pas l'impression qu'on ai beaucoup plaisanté avec la mienne non plus, de femme.
- Je ne vous dirai rien."


Un moment. Maruo lâcha l'embrayage et la voiture avança au pas. Masahiro avait la bravoure de la résignation mais la Vipère n'était pas au bout de ses arguments.

"Tu penses qu'il se passerait quoi si Gonzo apprenait que tu t'es fais avoir comme un blaireau ? Que ta disparition ait pu faire foirer son projet ?"

Il demeurait interdit.

"Si tu parles, je buterai tous les gens qui savaient où sont les tiens et je te laisse la vie sauve.
- Et vous ?
- Si tout va bien, je serai mort d'ici le week-end prochain. C'est Ritsuko Takeshi qui s'en occupera donc tu peux être sûr qu'elle se loupera pas. J'emporterai ton secret avec moi."


La voiture était désormais à mi-chemin. Masahiro suait gravement et les sucs de son angoisse se mélangeaient à ceux de son gardien qui s'était oublié en passant de l'autre côté.

"Je ne vous dirai rien. Monsieur Kobata va ramener ma famille. Il n'a aucun intérêt à leur faire payer le prix de ma mort !"

Il était inconcevable pour Maruo que cet homme, qui a pourtant travaillé avec ce diable, puisse encore le croire capable d'autre chose que d'intérêt. Il éleva la voix. "Tu parles d'un type qui a buté sa femme pour mieux disparaître, et qui a démembré une famille sans histoire pour se venger d'une affaire d'il y a vingt-trois ans !" Car bien sûr, la Vipère n'imaginait pas que cette machination puisse n'être, in fine, que le rouage de la vengeance envers Ritsuko. Il ne savait pas à quel point il était insignifiant pour le baron. La voiture quant à elle approchait la berge et Masahiro était confronté à un choix cornélien : donner des informations à Maruo dans l'espoir que sa famille reste où elle est mais ne soit pas menacée, ou se laisser mourir tout en sachant qu'il ne coûterait pas grand-chose à Gonzo de satisfaire frustration à son égard en abattant sentence sur sa marmaille.

L'instinct de survie fit le choix pour lui. Maruo abattit la seconde puis la troisième vitesse pied au plancher pour susciter une décision et l'avocat explosa à l'arrière de la voiture. "Je ne l'ai jamais rencontré !!" Le cri d'une confession suffit à la Vipère pour tirer sèchement le frein à mains. Contrairement à ce qu'on s'imagine dans les films, ce n'est tant pas le crissement de pneus qui hurle sa détresse que la transmission en misère qui fait du boucan dans ces cas là. La réponse estomaqua néanmoins le mercenaire. Masahiro poursuivit, liquéfié par un soulagement mièvre. "Je ne l'ai jamais vu en personne. Il envoie quelqu'un, ou nous nous téléphonons. Si je le voyais je ne saurais même pas le reconnaître." Encore une fausse piste ?

"Mais je peux tout de même vous aider. Seulement si votre engagement tient toujours.
- Tu es un type intelligent."


De sa mallette à verrou numérique, l'avocat sortit une liasse de documents - pas des originaux - qu'il tendit au meurtrier. Ce dernier manifesta son interrogation. "Il y a là toutes ses affaires en cours. Et les coordonnées de l'homme qui vient traiter avec moi, que je devais rencontrer aujourd'hui." La Vipère pouffa. "J'imagine qu'à ce rendez-vous, tu devais y aller avec le chauffeur dont j'ai pris la place."


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