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LE TEMPS D'UN RP

"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous

Jo'
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Jo'
Sam 12 Déc - 15:34
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

Je pars pour la Vieille Ville, sursis des survivants abandonnés derrière moi. Une chance inouïe de leur être tombée dessus qui me laisse un goût de sang et de tabac sur les lèvres, une arme entre les mains, ainsi qu’une carte. Le jour est maintenant bien là et toujours aussi calme en comparaison de la nuit dernière où des balles, des cris et des explosions ont fait vibrer mon abri qui suintait par intermittence son plâtre sur ma tête. J’ai attendu que l’orage de plomb passe avec les deux cadavres, le nourrisson enroulé sur lui-même la tête branlant entre ses genoux, Andréa des yeux azur grands ouverts sur le plafond, encadrés du pourpre noir du sang de sa tempe. Humaniste meurtrière, j’ai beau avancer me disant que c’était de la légitime défense, cette nuit, mes yeux sont restés béants sur ma propre monstruosité. Lorsque je l’ai rencontrée dans la jungle, je l’ai menacée avec un couteau, et on s’est faites peur. Une naissance plus tard, il y a des coïncidences qui aimeraient murmurer que tout est écrit.

« La culpabilité est un symptôme dangereux.»

Ils vont tout faire sauter, ici. Il n’y aura pas de secours pour tous ces gens. Ils n’ont jamais eu la prétention de régler la crise des morts, et j’ignore si les meurtres des vivants sont des tentatives d’endiguer l’épidémie, que personne ne sorte, ou d’endiguer un secret d’Etat, que personne ne parle. Les mercenaires devaient bien être au courant. Je suis partagée – il y a cette violence, mais ils se sont échinés à nous maintenir en vie. Des survivants rebelles ont précipité à leur mort une bonne quinzaine d’individus, mais sont aujourd’hui la condition de ma survie. Toutes les distinctions sont floues à Banoi, et pas seulement celle entre la vie et la mort.

« L'attitude de Botard était comme toujours trop passionnelle, donc simpliste… »

Les rues sont plutôt vides et la jeune survivante, qui m’a rendu l’opportunité de vie que je lui avais offerte à l’église, m’a tracé un chemin qui traverse les bâtisses pour être plus à couvert. Je pense à John, dont je n’ai retrouvé qu’une marre de sang, et à ses mots à l’église tout en me faufilant. Au petit matin c’est un soldat qui m’a propulsée dans la grille de la planque de Sharlene, mais je n’en n’ai plus vus – si le bombardement est pour ce soir, alors ils doivent être en train de plier bagages et de se concentrer sur les sorties potentielles uniquement. Rentreront-ils avec le sens du devoir accompli ? Qui sont les humains derrière la fonction ? Comment vit-on avec cela, lorsque je vois l’enfer que j’ai traversé, que je traverse, pour un seul mort ?

« Je n’insulte pas, je prouve. »

Le sol est si sec, déjà si tôt. Il fait lourd, lourd, c’est le bon mot pour Banoi. Tout pèse. L’atmosphère cogne mes tempes et mord mes reins à dix heures à peine alors que je traverse la ville en direction de la ville vieille. Tout est fantôme, hormis les cadavres, quelques uns mouvants mais sans réelle menace. Pour arriver à l’hôtel où tout le monde va se rejoindre, il faut employer les souterrains, puisqu’ont été éliminées les routes plus classiques. Je garde un mauvais souvenir des égouts qui pourtant sont la dernière voie pour nous d’avancer vraiment à couvert. Lorsque j’arrive au bout de mon chemin à ciel ouvert, l’air craque en un roulement orageux sévère. Une pluie de souffre ne tarde pas à tomber en rideaux chargés qui libèrent l’île de sa lourdeur tout en imposant leur autorité tropicale. Je soupire. C’est agréable, mais je crains une remontée dans les égouts. L’eau se déverse sur ma tête et c’est la première fois que Banoi se décide à nous soulager d’un poids – elle lave la poisse suintante de sang derrière ma tête, rince mon corps de sa sueur, trempe mes vêtements comme une seconde peau. Je pourrais juste rester là, abandonnée aux baves célestes, et attendre que la force de la pluie tropicale m’érode jusqu’à la mort. Mais Tom. Mais Dam’. Les égouts, un risque à prendre, on n’a rien sans rien.

« On ne peut prévoir les choses qu’après qu’elles sont arrivées. »

J’emploie une barre de fer extorquée à une cabine téléphonique délabrée et m’en sers de levier pour soulever la plaque d’égout, ou plutôt la coulisser à peine pour m’y glisser, me vrille le dos au passage. Aux fins fonds de l’échelle de service, l’eau est déjà à mi-mollets. Il n’y a presque pas de lumière, j’avance terriblement lentement les muscles pris dans la résistance aqueuse, et je peine à déchiffrer le chemin sur la carte entre obscurité et complexité des réseaux. Il est difficile de deviner qui partage ce chemin avec moi, il fait noir bien sûr mais surtout le roulement de l’eau qui sature les conduits fait un brouhaha persistant qui couvre tout potentiel râle d’outre-tombe. Ma dernière chance de survie tient en un chargeur. Et quelle odeur ! Incomparablement pire que dans notre première traversée, remugles sanguinolents soulevés par le débit d’eau, croupissement infecte mû par le torrent dehors. Je me hâte tant que possible pour quitter les boyaux avant que leur débordement ne m’asphyxie, par noyade ou puanteur pour tout dire – j’ignore si tout cela est possible, mais fatigue et impatience secouent violemment ma rationalité. Je me perds maintes fois et c’est au moins aussi difficile pour mes cuisses maintenant immergées que pour mes nerfs. Les cadavres mouvants ici ne sont plus en état de nuire : chairs fragiles rongées par les eaux, il ne reste pas grands chose de ceux-ci qui se laissent flotter avec abandon à la surface. Je n’ai qu’à les pousser précautionneusement pour éviter une morsure à la volée. C’est (im)proprement surréaliste. Enfin, je débouche sur une issue qui pourrait correspondre avec ma destination, et lutte du bout de mes forces pour ouvrir la plaque au-dessus de ma tête.

« BERENGER : C'est une chose anormale de vivre.
JEAN : Au contraire. Rien de plus naturel. La preuve: tout le monde vit.
BERANGER : Les morts sont plus nombreux que les vivants. Leur nombre augmente. Les vivants sont rares. »

Manifestement, enclavé par la condamnation ou destruction des routes et ponts, le quartier des affaires n’a pas eu à subir la purge militaire des bas-quartiers et côtes. Ils ont dû expatrier ceux qui en valaient la peine (comprenons : les gros actionnaires, personnalités publiques et autres fournisseurs de pots de vin en chef) et laisser le reste de la ville à l’abandon. Ainsi donc, une jolie flopée de touristes, locaux, même ensemble que ce que l’on a déjà rencontré mais en plus guindé, issus du tertiaire, déambule ici entre la vie et l’après-mort. Cachée derrière l’interstice que j’ai créé en déplaçant la plaque, j’étudie le bitume occupé des pas traînants des affamés. Je suis en plein milieu d’une place, et ça Sharlene n’aurait pas pu le deviner, puisqu’elle n’a probablement pas pu accéder à cet endroit. Il y a cette ceinture balnéaire idyllique, un noyau imitateur des métropoles, et entre ces deux zones la pauvreté des bidonvilles et la délinquance du désespoir.

« Si cela s'était passé ailleurs, dans un autre pays et qu'on eût appris cela par les journaux, on pourrait discuter paisiblement de la chose, étudier la question sur toutes ses faces, en tirer objectivement des conclusions. […] Mais quand vous êtes pris vous-même dans l'événement, quand vous êtes mis tout à coup devant la réalité brutale des faits, on ne peut pas ne pas se sentir concerné directement, on est trop violemment surpris pour garder tout son sang-froid. »

De là où je suis, pas d’hôtel en vue, pas plus qu’une planque vers laquelle me rendre. Le temps que je vais mettre à m’extirper du sol, incapable de m’ouvrir une véritable entrée par cette si lourde plaque, je manquerai déjà d’avance. On a d’abord affronté les morts. Puis l’armée. Puis d’autres survivants. Et maintenant, c’est une bagarre avec le temps – quitter Banoi avant la nuit, quitter les égouts avant l’inondation, rejoindre un abri avant les autres morts. Je tente de me recomposer. La pluie s’est calmée, elle n’avale plus les sons. Je passe mon bras et jette ma bouteille d’eau aussi loin que possible – un petit nombre se laisse distraire et languis leurs pieds vers l’impact. Quant à moi, je sors si vite que possible mais ne passe pas inaperçue. Certains sont à mon train, je dois en pousser d’autres devant moi qui se laissent tomber – voilà longtemps que l’épidémie a commencé, et leurs chairs rapidement décomposées (bien plus vite qu’un réel cadavre il semble, pour ce que j’en sais) affirment moins de résistance et de volonté. Je ne fais que courir depuis des jours et m’époumone encore une fois à rejoindre le premier commerce – une pharmacie. La porte est close, il n’y a personne à part le pharmacien, mort puis vivant, à l’intérieur. Lucile cherchant à rentrer quelque part, un running gag : à l’hôtel dans le couloir du personnel, devant le bâtiment de sécurité des docks, devant la planque des rebelles, et encore une fois ici. Je brise la vitre du coude et tombe alors que la masse affamée s’agglutine plus près. Je crois littéralement mourir alors que l’un d’eux attrape mon pieds, me mord – et pour cause, se faire mordre c’est devenir l’une des leurs. Je retire nerveusement mon pieds qui glisse de la chaussure, tire à l’aveugle, et rampe sur les genoux jusqu’à l’arrière boutique heureusement déserte où je referme la porte derrière moi et la barricade faisant rouler une étagère dans le chemin.

Nerveusement, je m’ausculte. Je retire la chaussette du pied déchaussé et inspecte ma peau – nulle plaie, je soupire, pourrais pleurer de joie. Il a mordu dans ma semelle. Les morts tapent sur la porte et je n’ai d’autre issue, partir de là d’où je suis venue, c’est du suicide. Espérer une heureuse coïncidence, un tout petit peu de chance dans cet enfer, c’est mon dernier espoir. Je reprends mon souffle, grelottante à vrai dire de mes sueurs froides et trempée d’eau de pluie et des égouts. Tom est, et je m’en réjouis, mieux entouré que moi. La carte ne dit plus rien : elle a su m’accompagner à la vieille ville, mais trouver ce maudit hôtel, impossible. Je me demande comment Mike a su s’y rendre si vite. La voie devait être libre, puisque le monde entier nous tombait dessus cette nuit. J’imagine largement tenter une escapade par la fenêtre, mais pour aller où ?


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
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Lun 14 Déc - 19:30
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Je commençai à marcher d’un pas décidé. Il était plus que temps qu’on se regroupe et qu’on parvienne réellement à s’enfuir de cette foutue île. Il fallait qu’on puisse enfin se reposer réellement et que je puisse laisser à mon bras le loisir de se refaire une santé. Cette douleur qui me lançait à intervalle régulier n’augurait rien de bon pour moi mais avec le temps, certainement que je m’en remettrais. Les rues étaient complètement vides à l’exception de gravas, de cadavres, vraiment inanimés, et de voitures abandonnées dans tous les sens. Des restes fumants de combats récents témoignaient de la violence de tout ce qui avait pu se passer. Cela me fit penser à Carter et au fait qu’il avait couvert mon sauvetage superflu de John. Je me demandais d’ailleurs encore comment cela se faisait qu’on ait décidé de m’aider à ce point-là. Quand je repensais aux années passées, je me rendais compte qu’au final, c’était dans les moments les plus difficiles que j’avais reçu le plus d’aide. C’était logique mais dans ce contexte où tout le monde était dans un degré de difficulté plus ou moins élevé, ça l’était tout de suite moins. Etais-je guidé par un être supérieur qui voulait me voir réussir à triompher de l’adversité et toujours continuer d’avancer parce que je n’avais jamais réellement abandonné ? Je n’en savais rien mais l’idée que j’avais quelque chose à faire avant de pouvoir rendre l’âme s’était à force imposée à moi comme une évidence. Restait encore à déterminer de quoi il pouvait bien s’agir…

Mes pensées et mes réflexions m’occupaient pendant cette longue marche hasardeuse dans laquelle j’avais à me lancer. J’avais pris soin de venir fouiller un peu les alentours à la recherche du chef d’escouade mais sans succès. Je ne m’en fis pas de trop. Il devait être déjà en route vers l’hôtel à l’heure qu’il était. Je devais plutôt me concentrer sur le fait de survivre et d’atteindre bon port en solitaire avec un simple pistolet, quelques munitions et virtuellement aucun entrainement. La soif me tiraillait la tête, le tabac ayant asséché ma bouche plus qu’il n’aurait été raisonnable de le faire. Si l’idée de fouiller dans des débris pour trouver une bouteille éventuellement oubliée me tenta, je n’étais pas sûr d’avoir spécialement le temps de me permettre ce genre de choses. Je continuai donc en pressant le pas, impatient de retrouver mes amis et de mettre les voiles…

Les paysages vidés de cette ville en guerre étaient surprenants. Il y avait quelque chose de très beau à toute cette destruction et ce silence qui remplissait actuellement des avenues à deux voies où les voitures se pressaient certainement à force klaxon auparavant. Je me pris même à commencer à marcher en plein milieu des lieux et à me pavaner, certain d’être désormais seul au monde en quelques sortes. C’était un peu la consécration d’un grand fantasme de l’introverti et du noctambule en moi de pouvoir se promener en toute tranquillité dans un décor hors du commun sans personne autour. Je souris un peu parce que malgré toute l’innocence que j’avais perdue dans cette histoire, j’avais le sentiment très intime de m’être reconnecté avec une réalité que je ne pouvais plus supporter. J’avais maintenant ma nouvelle famille, mon nouveau rôle dans cette existence et mes propres préoccupations mais tout ceci n’était plus la conséquence d’une souffrance subie par le passé. Bien sûr, mes pensées virevoltaient de temps à autres vers ces traumatismes qui m’avaient hantés toute ma vie mais le fait qu’elles reviennent à des idées plus joyeuses et ancrées dans la réalité de ce que je vivais me donnait l’espoir d’être en train de faire quelques pas dans le sens d’une réhabilitation psychologique et sociale.

Bientôt, j’arrivais à un panneau à moitié tordu, impacté de plombs, qui indiquait la direction du centre-ville. C’était dans cette direction que je devais me rendre et cela me fit encore plus sourire de voir qu’il n’est pas toujours nécessaire de se battre pour atteindre ses objectifs. L’angoisse ne faisait plus réellement partie de mon monde car j’avais cette ferme résolution désormais que je pouvais croire que tout irait bien à la fin, peu importe ce qui pouvait se passer d’ici là. Un peu à la manière d’un épicurien, j’apprenais durant cette simple marche que même une apocalypse n’empêchait pas de vivre et de trouver de la beauté dans le monde. Ce temps des révélations m’avait poussé lentement à reconsidérer mon environnement et m’avait permis de voir par exemple que même si cette ville était en miettes, couvertes de cadavre et certainement le théâtre de terribles drames humains, elle était malgré tout au milieu d’un océan de verdure qui n’avait rien à envier à l’Amazonie. Même si la station balnéaire avait disparue, il y avait malgré tout encore des gens qui se battaient pour survivre comme nous. Relativiser pouvait être quelque chose de dangereux comme quelque chose de salvateur mais dans notre contexte, c’était évident qu’avoir un peu d’espoir n’avait rien de ridicule.

Bientôt, le ciel se mit à tonner et avec lui, la pluie s’abattit lentement, lavant cette île du sang versé et de tous les cris qui l’avaient emplie pendant des jours. Tout était revenu à un calme surprenant : plus de militaire qui patrouille en ville, plus de cadavres ambulants qui cherchent à nous croquer et plus de survivants fanatiques qui pensent que tous les blancs sont des oppresseurs par nature. Je pouvais aller et venir sans même garder mon pistolet en main. Mais malgré cet apparent bonheur, un point noir se fit connaitre au bout d’un moment. Une fois arrivé face au pont qui reliait la vieille ville aux autres quartiers, je découvris qu’il avait été détruit par les récents combats, le plus probablement volontairement. N’en subsistait plus qu’un fin segment d’armature débétonnée, rappelant les arbres quand vient l’Automne. J’haussai légèrement des épaules et me mis à poser un pied timide dessus. Je n’avais pas le vertige mais je me rendais à moitié compte de la folie de ce que j’entreprenais, le cerveau shooté à la dopamine d’une simple clope tant désirée.

Le métal rouillé grinça sous mon poids lorsque je me mis complètement dessus mais ne donna aucun signe d’affaissement. Je lâchais donc le bord de route avec la sensation grisante d’un pari réussi. J’avais envie de rire pour m’enhardir mais me contentais simplement de me pincer une lèvre avec les dents, restant concentré alors qu’un pas après l’autre, je me retrouvais au-dessus d’une rivière qui se remplissait à toute vitesse, la faute aux pluies diluviennes des Tropiques. L’impression de flotter n’avait jamais été aussi impressionnante dans mes rêves que maintenant que je jouais aux funambules sur les vestiges du passé. Comme toujours dans la vie, un pied devant l’autre et c’en fut bientôt fini sans heurt. Après avoir réussi à passer ce premier segment, je pris doucement la mesure de la tâche qui s’offrait à moi. Devant moi, plusieurs autres armatures de fer devaient encore être traversées d’une manière analogue. Cela me fit quelque peu perdre le sourire, surtout que le reste du pont ne semblait pas être en aussi bon état que le début. Malgré tout, je serrais les dents et me mis à l’œuvre toute ma concentration pour chaque fois limiter le danger et réussir à passer comme je le pouvais. Bienheureux les simples d’esprits car il fallait être stupide ou inconscient pour essayer de traverser ici et donc aucun soldat ne gardait les lieux. J’arrivais donc sans problème dans la vieille ville.

L’ambiance avait quelque chose de différent. On n’était plus dans un univers de guérilla urbaine mais dans un centre-ville bourgeois post-colonial. On pouvait se douter que les grandes grilles de fer forgé qui protégeaient de gigantesques demeures aux allures de petit palace ne devaient pas appartenir à des habitants du coin. De même, en s’enfonçait dans la jungle urbaine, les terrasses de café qui proposaient des prix qui flirtaient avec le braquage pur et simple, les boutiques de touristes et les musées nationaux permettaient de se figurer qu’on se trouvait à l’endroit qui concentrait la plus large portion des richesses du pays. Je n’étais pas forcément très à l’aise dans un environnement aussi richement pourvu… C’est peut-être ainsi que je me sortis de mes rêveries et de mes contemplations. Heureusement d’ailleurs parce que je commençai à voir errer au loin des hordes de zombies. Cette occurrence, bien que malheureuse, devint surtout préoccupante lorsque je découvris que quelqu’un courait à découvert, bientôt poursuivi. J’avais envie d’aider et l’idée que cela pouvait être un de mes amis me donna plus encore d’ardeur à la tâche.

Je commençai à réfléchir et pris simplement le pistolet pour tirer un coup dans les airs. L’agencement des ruelles ferait probablement que le son raisonnerait jusqu’à un petit peu plus loin et attirerait les morts jusqu’à ma position. Je décidai donc à rentrer dans un boutique tout de suite après pour passer de l’autre côté par l’entrée de service. Remontant une rue parallèle, je profitai de la déroute des cadavres ambulants pour m’approcher d’une vitrine fracassée sur laquelle s’était empalé un mort. Tout ce secteur avait été pillé rapidement après le début de l’épidémie et ce n’était là qu’une supposition mais probablement qu’un zombie qui se retrouvait empalé et incapable de bouger se ferait dévorer par ses congénères. Pour moi, cela signifiait donc que la personne qui avait fui était passée par ici. Je rentrais donc rapidement et chuchotai un peu fort :

Y a quelqu’un… ?! Il faut fuir rapidement, ils vont revenir… !

Jo'
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Jo'
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Tom
Tarnier

J'ai 11 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis Au collège et je m'en sors bof bof.

_ J'ai une tite chérie à l'école elle s'appelle Sihem


"Jeune garçon" :copyright: Jean-Baptiste Valadie

J’fais c’qu’on m’dit, faut bien non ? J’ai aucune envie qu’on me laisse seul ici. Et j’ai envie de revoir Lulu. J’fais avec et surtout je dis rien puisque de toutes façons le type me comprend pas et faut qu’on fasse profil bas. Quand il tue, ou quand des trucs morts veulent nous tuer, je détourne le regard, je me concentre pour pas être dans le chemin – parfois je fuis, parfois je me terre. Je repense à ce que Lucile m’a dit dans la jungle : si on m’attaque je vise les yeux pour rentrer loin, loin, loin. Je l’ai vue faire dans les égouts. J’ai entendu sa voix dans le talkie et on va se rejoindre à l’hôtel. Tous réunis, ça sera plus facile.

Il est sévère Barry, il crie beaucoup, il marche trop vite, et il me pousse quand je gêne - mais pas comme papa l’était. Lui c’était pas un dur, il faisait genre, mais il était faible. Pour ça qu’il picolait et qu’il s’en prenait à maman et Lucile. Faut vraiment qu’ils soient débiles pour penser que je les entendais plus dès qu’ils me fichaient au lit. Barry il s’en prend pas aux autres pour se sentir mieux. D’ailleurs, ça se voit qu’il se sent pas mieux du tout. Quant à moi, je m’y fais, y a qu’ça hein. S’y faire. A papa, aux zombies, et à Barry. Mieux Barry qu’le reste : au moins il m’emmène voir ma sœur et il s’occupe de ma survie. Faut bien être dur pour être fort, non ?

On rejoint un gros hôtel en marchant sous une pluie terrible, à pas en voir le bout de son nez, mais qui a pas duré. J’me suis agrippé à sa ceinture pour pas le perdre, parce que le rideau de pluie nous barrait la vue, et j’hésite entre penser qu’il s’en est pas rendu compte, ou qu’il s’en est rendu compte mais qu’il a bien voulu que j’le colle comme ça. Là-bas à l’hôtel y avait les deux autres mercenaires. Comme ils étaient arrivés avant nous (parce que je m’en rends compte, je ralentis quand même tout le monde, même si Barry fait style qu’il m’attend pas), on a pas eu d’embûches avec les monstres, tout était "nettoyé" comme ils disent. Tous les treillis étaient dans les starting blocks quand Damy et Lulu ont débarqué à leur tour.


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Un coup de feu au loin me crispe les nerfs – est-ce qu’au final, ils se sont décidés à nettoyer ce quartier aussi,  malgré son enclavement, malgré le bombardement proche ? C’est évocateur de se dire que c’est au milieu de la jungle que nous étions le plus en sécurité. La lourde masse moisissant derrière la porte traîne ses échos putrides au loin alors que je déballe le plan des rebelles pour tenter d’y deviner quelque chose. Les sinueux enchevêtrements de lignes au crayon de bois superposent sur cette feuille A3 maculée de choses innommables les réseaux de chemins pour passants et vandales – qui eux se meuvent sous terre, comme les taupes vengeresses qui saccagent ces récoltes stériles de monocultures qui pillent la nature. L’hôtel ne peut pas être si discret, puisque Mike est tombé dessus derechef en remontant des égouts. Je repère un endroit qui pourrait abriter tel établissement et c’est alors que je me lève, gelée d’être trempée mais brûlante d’appréhension, qu’une voix familière m’intime de me montrer.

‘’Anybody here ? We have to run away, they'll come back !’’

Ce timbre, cette intonation, remuent en mon estomac une incertitude heureuse mais timide. J’empoigne l’étagère dont je m’étais servie pour barricader la porte, me vrille une nouvelle fois la colonne qui se rappelle à moi en un courant électrique fulgurant, fait tomber le meuble à plat suffisamment loin pour entrouvrir la porte. Je glisse ma tête dans l’interstice et le voilà face à moi, bras en écharpe comme à son départ, noyé de pluie lui aussi mais surtout bien vivant, une réalité que mes yeux écarquillés peinent à saisir pleinement. Je force pour coulisser toute entière de son côté de la pharmacie, comprimée par la maigreur du passage, et l’arrière-boutique semble m’accoucher au monde de la réalité de Dam, bien vivante je le répète, je me le répète. Je souffle comme un murmure irréel de croiser dans l’immensité de Banoi l’un de ceux dont nous n’avions aucune information.

‘’Dam, you’re … I mean I didn’t think you were … But since we haven’t heard anything from you … I didn’t want to think about it but …’’

Dans le vague de la confusion qui nous a vus nous séparer la nuit dernière, j’ai pensé qu’il était mort tout autant qu’il était vivant, un genre de chat de Schrödinger sur cette île où, pour commencer, on peut mourir et être mouvant malgré tout. Je l’aurais serré pour lui rendre sa corporalité, fantôme absent du grésillement d’un talkie, mais me satisfait de sa vue comme accordant confiance à un mirage.

‘’Anyway, I’m happy to see you’re okay. Look, I have a map. I think the hotel is around here. We need to meet the others real quick and then leave Banoi before tonight … They’re going to blow the whole island up.’’

Je déglutis douloureusement. Quoi qu’on entreprenne pour échapper aux flammes de l’enfer, c’est départager peste et choléra. Sans surplus d’émotion, nous sommes contraints d’épuiser encore nos jambes, et c’est à murmures confidentiels que la carte nous dissimule entre les bâtiments pour éviter les zones passantes où de joyeux civils néo-colonialistes font traîner leurs chairs décomposées par l’humidité. Notre route est sans trop d’encombres mais nous soumets au silence des furtifs alors que nous débaroulons sur le qui-vive à notre destination. L’hôtel n’est pas discret, un genre business-class qui sent le bar lounge à la réception et le code wifi sur les cartes-clefs des chambres, et s’étend davantage en hauteur qu’en largeur, d’une stature toute relative – effrontée en comparaison de la friabilité du quartier populaire, ratatinée à côté de ses homologues de mégalopoles. Le ménage a été fait et les corps entamés gisent à même le bitume, étonnés de leur propre seconde mort, vidés de tout et surtout de leurs fluides tâchant la chaussée. La pluie a chassé les effluves qui surtout ne traversent plus très bien mon nez abîmé.

‘’Seems to be here …’’

Mon frère enfin, petite tignasse brune avachie par l’eau, plus sérieux qu’à notre départ, tout concentré sur sa survie, crispé, mais vivant. Il respire et se tient sur ses deux jambes, et quoi que j’ai envie d’obstinément en penser, ce n’est pas à moi que je le dois mais à un soldat. Je ne les aimais pas bien à l’église vu la méfiance générale, et avec leur démonstration de force sur la jeune, j’ai pris leur efficacité pour un aveuglement charcutier. Mais voilà tout ce groupe de mercenaires, mandatés pour leur autorité, cerbère à trois têtes de la protection de Tom. Et pourtant. Ils étaient fatalement au courant que nous allions être bombardés, pourquoi n’avoir rien dit ? Je serre mon frère  comme un rappel à ce qui compte, et une promesse de ne plus le quitter.

‘’You knew what's going to happen tonight, right ?’’



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J’aurais aimé que la scène de nos retrouvailles puisse durer plus longtemps mais l’impatience d’être en sécurité nous guida pensées et jambes tout ensemble. La surprise qu’elle avait l’air d’avoir ressenti et son léger sourire m’avaient fait plaisir à voir. Qui aurait cru, à la sortie de nos chambres d’hôtel, que nous aurions pu aller aussi loin ? Nous avions été malins, rapides et soudés et c’est grâce à ça que nous avions survécu. Ce simple sourire, par exemple, me rappelait tout le désir que j’avais de la revoir sans la moindre marque de crocs lorsque je déambulais seul dans les boulevards. L’île avait été le théâtre de nombreux drames mais il avait eu son intérêt pour des gens un peu perdus comme nous. Il nous avait forcé à trouver du soutien dans les autres et à briser notre isolement. J’avais pu commencer à régler mes propres sujets et avais le sentiment que quelque chose était aussi en train de se mouvoir dans l’esprit de Lucy. Si nous survivions à cet enfer et que nous parvenions à regagner le continent, j’avais déjà dans l’idée de leur proposer, à elle et au petit Tom, de m’accompagner au Canada pour ne pas se perdre de vue.

Yeah, I’m alright ! You seem ok too… We’ve got to get to the hotel to get a little rest. It’s gone to shit around here with the shot I fired. We’ve got to go !

Elle mentionna quelque chose que j’avais du mal à conceptualiser. Les officiels allaient bombarder les alentours pour se débarrasser de tout cet épisode gênant pour l’île ? Comment survivre si tous les éléments se mettaient à s’acharner sur nous avec le ferme désir de nous réduire au silence éternel ? Je ne pus m’empêcher de pousser un profond soupir alors que nous sortions, fatigué de tout ça. J’espérais qu’après tous nos efforts et toute l’énergie qu’on avait mis dans la tâche, nous allions survivre. De toutes manières, je me rassurais bientôt en me rappelant que je n’étais pas prêt d’en avoir fini avec le travail que je faisais dans mes rêves. Cela acheva de me faire prendre confiance en ma survie. Comme je n’imaginais pas non plus m’en sortir seul, cela me fit également croire en la survie de Lucy et Tom. J’étais de plus en plus souvent perdu dans mes pensées, comme si cela me permettait de m’extraire de cette situation abominable et je m’en rendis compte quand un mort me fit sursauter, juste à côté de moi. Plus de peur que de mal encore une fois mais heureusement, je réalisais que je n’avais même pas remarqué la pluie battante et ne prêtais plus guère attention aux hordes des morts qui nous entouraient. En même temps, il fallait s’avouer qu’en extérieur, lorsqu’ils étaient dispersés, ils représentaient un danger vraiment minime et que c’était à cause de ce sentiment que j’y étais moins attentif.

Bientôt, la façade classieuse de l’hôtel du centre-ville s’offrit à notre vue. Les alentours étaient calmes et visiblement, nos amis étaient déjà rentrés à l’intérieur. Avec un peu de chance, la pluie battante nous dissimulerait et nous permettrait de nous en sortir sans avoir à combattre encore les hordes des zombis. Lucy, la première, passa la porte et regarda aux alentours avec son pistolet pour voir s’il fallait agir pour garantir notre sécurité. Je la suivis de près, n’attendant pas beaucoup avant de refermer la porte derrière nous et de la bloquer avec un chariot de bagages. Je regardais autour, tout trempé et vit que toute la fine équipe était déjà là. Même le petit Tom semblait être en forme, les cheveux encore humides. Il quitta rapidement les côtés de Barry pour venir s’approcher de sa sœur. Il remarqua un détail que je n’avais pas vu alors qu’elle parlait à Carter. Elle avait perdu une chaussure dans la fuite… Ou avant, aucune idée.

Again with your nuking the island, Lucy ? What’s this madness ? soupirai-je en venant me poser dans un coin de la pièce.

Carter s’approcha un peu, toujours son fusil d’assaut à bras. Il la regarda un instant avant de passer à côté d’elle. IL se racla un peu la gorge avant de commencer à se lancer dans ses explications.

You know, it’s not as simple as you may think… We heard about an experiment being conducted on the island. They needed a bit of muscle to protect the researchers while they did their science things. We were hired for that job… We knew it would be very special because the pay was abnormally high. We thought it was more about the lab being at risk of breaking and entering cuz’ there are rebels on this island. I recall I figured it was mainly because they needed guys that wouldn’t be afraid of shooting civilians while on the job. I was okay with that but when we arrived, we understood it was more of a shitshow than that. They were trying to make perfect soldiers with a modified version of a virus from around here. They apparently struggled with the rage it caused to the « guinea pigs ». They modified the thing more and more until it eventually made the soldiers become resistant to pain and major wounds but it became more and more out of control. Officials would come and go seeing the development progressing. We saw people from all kinds of countries, big deal… At some point, we were all convinced we had to get the fuck out of this mess because it grew more and more extreme at the lab. We weren’t allowed to leave the place and the outbreak came soon after. They made the scientists disappear quickly so that it wouldn’t come to be known out of the island. They shot loads of civilians and undeads. We understood that the soldiers would also be made old history soon after they didn’t need them anymore. They are very willing to make it a secret nobody would ever discover. We figured our best hope of survival would be fleeing on our own. I think I can talk for anybody here but the only thing I wish for is to get back home, have a shower and a good rest. I  don’t care anymore even if I wanted to expose the whole thing at first.

Je l’écoutais, stupéfait. Il y avait tant de froideur dans ses mots et les faits qu’il relatait que j’en avais froid dans le dos. Il avait certainement été l’un des rouages de cette machinerie abominable et se dédouanait complètement de la moindre forme de responsabilité par rapport à ça. Il avait une manière assez folle de se considérer comme un simple outil jusqu’à temps qu’il prenne un risque trop important pour sa propre survie. Cependant, je ne me sentais pas de dire grand-chose. Il ne comprendrait probablement même pas notre gêne par rapport à tout ça et j’avais encore besoin de l’aide de son unité pour réussir à mettre les voiles de cette île avant qu’elle ne soit rayée de la carte. Je ravalai ma fierté et ne dis rien face à tout cela. Il y avait des fois où il valait mieux se comporter comme si on n’avait rien entendu ou compris. Je prendrai le temps d’y réfléchir une fois que je serai en sécurité et que j’aurais tout le loisir de raconter mon histoire.

Jo'
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Jo'
Mar 29 Déc - 20:00
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Lucile
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


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Les mots de Carter nous tombent dessus, plus lourds encore que les bombes qui nous guettent, et laissent un silence damné dans la pièce - chacun de nous a quelque chose à contempler, y compris sa simple fatigue. Le transhumanisme et chiffrer le vivant, rien de plus humain, le monde moderne est ainsi fait dans notre crédulité arrangeante - mais Carter, lui, est décomplexé, à mille lieues des discours d'élite vertueuse qu'on nous sert à pleines plâtrées, fair-trade/fair-bombs incognito. Pas beaucoup moins innocent que nous Carter, blancs privilégiés nés au bon endroit, la mort au bout du consumérisme comme lui au bout du fusil. C'est à ça que ressemble un bourreau au XXIe siècle : un simple employé qui fait ce qu'on lui demande, puisque l'argent est devenu la valeur de toute chose, à la solde froide des affaires d'Etat. Coeur gelé en pleins tropiques. C'est aussi à ça que j'ai ressemblé lorsque j'ai niché le tranchant du miroir dans la tempe d'Andréa. C'est aussi à moi que ressemble un bourreau, désormais. Je renifle l'eau et le sang qui ruissellent toujours de mon nez.

«Contrairement à l'opinion courante, il n'y a que trois ou quatre des trente-cinq espèces de requins connues qui soient mangeurs d'hommes ! Encore s'attaquent-ils moins à lui qu'il ne s'attaque à eux...»

Les zombies tuent par réflexe, peut-être par survie. Eux, ils font ça pour l'argent, peut-être une autre forme de survie. Mais Tom. S'ils déconsidéraient la vie à ce point, rien ne les aurait poussés à traîner Dam blessé jusqu'à l'église. Rien non plus ne les aurait forcés à bâtir des remparts autour de son parvis. Rien absolument ne les contraignait à se coltiner un enfant de onze ans à travers un ghetto farci de revenants. Où est le mensonge ? Dans l'air qu'ils se donnent, ou bien tout n'a tellement plus de sens que le même matérialiste sanguinaire devient paladin. Je ne  dis rien, trop fatiguée pour militer, trop reconnaissante pour protester. Mikey rompt le silence, l'accent rond et la voix familière, un entrain dans la posture.

"Yeah we sure need to get out of here. Any idea ?"

Leader, Carter éclaire derechef sa lanterne, rompant le mutisme ayant suivi la boucherie de sa franchise.

"We haven't met any soldier since last night. Chances are they are starting to escape ... if they're not already dead. We can try our way through a military barrack and steal any boat-looking stuff. The thing is, bridges are down, so it's a long way."

L'heure nous rapproche de Sodome et Gomorrhe, roule implacablement sur son cadran tranquille, la Terre tourne et nous n'avons pas le temps de contourner par les égouts qui, par ailleurs, doivent être inondés. Carter doit très bien le savoir - néanmoins, c'est bien la dernière chance que nous puissions arracher à l'Univers. Je déplie la carte, concentrée, dernière cordelette de mon utilité, dernier souvenir de ceux qui vont mourir et ont tué sur Banoi. Je m'insère dans leur échange.

"There could be another way ..."

L'ironie de l'accusation de leurs regards est sans nom, comme si j'avais éhontément caché l'existence de cette carte depuis des millénaires, gardant jalousement notre clef de sortie, alors même que les bougres savaient pour le feu d'artifice nous attendant ce soir sans en piper mot. Mais devant la dureté de ces mâchoires et l'influence de l'uniforme - qui, comme j'y pensais déjà à l'hôtel, donne son lot d'autorité -, je ne peux m'empêcher de me justifier.

"I met rebels on my way here, that's their map. Look closely. The bridges are indeed blown up, but they only separate the ghetto from the uptown, because of the river, right ? If we go north, there is a big part of jungle, but also a military station next to the sea after that. They probably do have boats in there.
- Girl by the time we get here, it's gonna be Hiroshima on our fucking head ! s'exclame Mikey.
- There is an underground parking lot, we could use a car to get there faster.
- Yeah yeah, riding a car in the middle of the jungle, you do have imagination ! We're getting lost going that way, that's for sure."

Carter nous départage néanmoins en ma faveur.

"We're not driving in the middle of the jungle, Mikey : there are roads. Banoi is full of indegineous people in its forests, and citizens can't afford roaming freely in them, they'd take the risk to be attacked - so there has to be roads to connect the city to the north of the island. Deal. Five minutes rest then off we go get a car."

Et ce fut son ordre. Chacun s'assied, sauf Tom, qui tente d'imiter les soldats, bras croisés sur le torse, lèvres pincées sur sa dentition qui compte pourtant encore deux tardives dents de lait. Il me semble vieillit, différent, mais il demeure petit garçon - au passage, il se moque de ma chaussure en moins, nous en rions, il se détend. Dam aussi semble plus détendu. Ses épaules ont quitté leur bassesse, malgré la fatigue accumulée. Il n'est plus entré en lui-même, rabattu sur son sternum, comprimé dans son courage comme à l'hôtel et aux docks. Cette fois plus sombre que lui, je lui souris malgré tout. Il est bon qu'il soit là.

"Let me check on your arm."

Du plus grand soin, je dénoue l'écharpe de fortune derrière sa nuque pour relâcher son bras droit - la plaie est propre et belle, mais le membre salement gonflé, et j'ose imaginer la douleur, ou peut-être l'endormissement qu'un tel hématome inflige. Ajustant les pansements sans trop les toucher, je réinstalle l'attelle. Au passage, je pousse ses cheveux d'un air appliqué et tente de juger sa température - son front trempé est bien sûr froid, mais sa fièvre à l'église était si violente, j'aurais garanti qu'elle se serait sentie par blizzard. Elle semble bien retombée en tous cas, si elle n'a pas disparu pour de bon. Rire espiègle, j'indique du menton mon frère toujours perché sur les hauteurs de ses prétentions.

"He's just standing there like Clint Eastwood at his debuts."

Un temps les yeux sur Damian. Sans lui nous serions morts. Sans beaucoup d'autres, mais surtout sans lui. Il s'est dédouané de notre protection à l'hôtel, et le même jour il tuait à notre place ; et le lendemain il déambulait au milieu de soldats prêts à tirer pour nous laisser fuir ; et le surlendemain encore il tirait à lui une cohorte à mes trousses. Pire moment du monde pour une rétrospection. Pire moment du monde pour ce pépiement du cœur. La voix de Carter est un rappel à l'urgence.

"Ok guys let's go. First stop : the parking."



"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 5 16532433"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 5 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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Ven 8 Jan - 22:05
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


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Ce passage à l’hôtel me coûterait cher sur le long terme, me dis-je mentalement. La détente qui faisait suite à ces nombreuses heures de fuite, de lutte et de délestage des principes moraux avait tendance à me sortir de l’état d’esprit d’un survivant. Lorsque Lucy prit soin de mon bras, le fait qu’il quitte l’écharpe et sa compression bienvenue me lança furieusement. Le sang avait dû avoir du mal à passer et le fait que je le voie m’empêcha d’ignorer plus longtemps son gonflement important. Les vagues, nombreuses et chaudes, de la douleur, le parcoururent à intervalle régulier. Un mal de tête relativement fulgurant me prit quelques instants et tout de suite après, ce fut un grand rien qui me choqua. Elle l’ausculta et ses mains douces me firent reprendre pied avec la réalité et réaliser que tout allait bien. Non, je n’allais pas faillir après tous ces efforts et oui, j’allais les mener à la civilisation. Une autre vie était possible à l’extérieur et tout ceci ne serait que le sujet de nos nuits et plus de tous les autres instants.

A son injonction, je regardais longuement le petit Tom, haut comme trois pommes, qui gonflait le torse comme un homme. Il avait maturé avec tout ce qu’il avait vécu. C’était encore un petit garçon mais la maturité morale a toujours été plus compliquée à acquérir que celle du corps. Qu’il se montre fort et déterminé dans ce genre de moments était certainement une excellente chose, nous gonflant nous aussi de résilience. Il était tel notre oriflamme, se montrant courageux et nous inspirant à nous battre jusqu’au bout. Je l’admirais et espérais qu’avec l’âge il ne troquerait pas ces qualités pour un sens commun inutile. Je lui souris un petit peu et lui fis un thumb up en mimant sa posture. Il ne me répondit que par un détournement de regard un peu gêné, voyant qu’il avait montré l’image de lui qu’il souhaitait. Je ne le lui dis pas sur l’instant mais c’était une grande fierté pour moi de le voir instinctivement se préparer mentalement à la bataille. C’était quelque chose qu’il m’avait fallu de nombreuses années et de passer à côté de la mort pour en saisir l’importance.

Me retournant finalement vers Lucy alors qu’elle achevait de nouer l’écharpe, je surpris son regard. Je ne compris pas exactement ce qu’elle avait en tête mais il était sûr que quelque chose de différent des heures passées se déroulait derrière ses iris bleutés. Je lui rendis un sourire amical et sincère avant de la remercier et de faire quelques mouvements pour voir si je serais capable de bouger correctement ainsi. Tout était parfait et à entendre la préparation des militaires à un autre bout de la pièce, il en était de même de leur côté. J’hochai un peu de la tête en me redressant et en prenant mon pistolet. Il était grand temps d’en finir avec cette maudite île ! Mais avant cela, je demandai s’il était possible de prendre quelques minutes pour trouver des chaussures qui iraient à Lucile. Cela ne serait certainement pas du luxe et pourrait éviter de ralentir le groupe dans d’éventuelles situations complexes. Ils y consentirent bien sûr.

Une fois correctement équipés, nous sortions de l’hôtel avec concentration. Il n’y avait plus de retour en arrière de possible désormais et notre sortie nous demanderait de tout donner encore pendant quelques heures. Carter donna l’ordre d’esquiver les morts et de ne pas gaspiller de munitions sur eux à part en cas d’absolue nécessité. Mikey et Barry hochèrent de la tête en passant leurs fusils sur le dos et en ne gardant que leur arme de poing bien en main. Je remis la sécurité de mon automatique et le rangeai derrière ma ceinture pour qu’il soit facilement à portée de main. Nous commençâmes alors à marcher dans les rues hantées de la vieille ville. D’heures en heures, le délabrement se faisait de plus en plus sensible. Il était certain que si le temps passait encore, il n’y aurait plus le moindre survivant. Les morts étaient simplement trop nombreux, trop forts en combat rapproché et trop déterminés à obtenir leur dû. De ci, de là, des scènes chaotiques se reproduisaient encore et encore. A ce coin de rue, un buffet éventré rassemblait toute une famille de touristes chinois. Derrière cette vitrine, c’était une petite fille qui avait répandu les viscères d’un charcutier, comme un saucisson à sécher. Même les animaux étaient atteints par ce phénomène car certains restes sur les bas-côtés ne semblaient absolument pas humains… Toute cette violence avait quelque chose de choquant mais à force de s’y voir confrontés, le choc était moindre. Etait-ce la terreur qu’ils nous inspiraient qui nous faisait tomber en proie à leurs crocs carnassiers par nos erreurs ? Notre plus fatal ennemi était-il finalement entre nos deux oreilles ?

Sur ces pensées, nous arrivions en vue d’un panneau, dans la langue locale et celle de Shakespeare, indiquant l’accès au parking du centre historique. La descente était étonnamment vide de nos furieux ennemis. Nous avançions promptement, malgré tout prêts à faire face à toute menace. Les yeux de chacun d’entre nous scrutaient les alentours à la recherche d’un signe encourageant. Certainement qu’aucun d’entre nous ne s’imaginait à trouver une jeep ou quelque chose du style mais le fait d’être dans le centre avait ses avantages. Un gros 4x4 nous attendait en plein dans le passage. Sa portière ouverte et la clé sur le contact nous surprirent. Mike fut le premier à s’approcher et à en faire la découverte et oublia malgré tout de regarder à un endroit en particulier. Il poussa un petit grognement de surprise avant de se reculer et de tirer à deux reprises. Il avança à cloche pied, laissant derrière lui un rampant au crâne explosé et une trainée de sa propre hémoglobine puis se mit contre un pilier du parking. Il se laissa un peu glisser en arrière avant de prendre son arme de poing. Je ne pus réagir et restai médusé par le calme avec lequel il prit sa botte et la hotta pour examiner la plaie. Bientôt, il sortit son couteau de survie et une bouteille d’eau. Je le vis prendre rapidement le chargeur et le retirer pour venir prélever une balle. Dans un soupir, il commença à en scier la tête pour avoir accès à la poudre. Comme une petite dosette de crème ou d’un quelconque produit corporel, il l’appliqua sur sa plaie avant d’y mettre le feu. Une petite déflagration fut visible pendant quelques secondes avant de laisser sa place à une auréole brûlante. Je vis sur son visage la douleur intense se dessiner alors que les flammes mordaient la chair. Il restait digne et tout en retenue mais ses yeux injectés de sang, ses mains crispées sur le sol et la tension de sa position me mirent les larmes aux yeux. Je me précipitais à son contact et pris la bouteille d’eau pour la verser sur le petit brasier qui léchait ses nerfs mais avant que je ne puisse en verser le contenu, il me tint la main avec une force inimaginable.

Keep cool, boy. You’ve got to keep your calm from now on because I will need your help to carry myself out of this place and shoot me if I turn. You understood ?

J’hochai une tête et il me lâcha la main. Je versai doucement de l’eau sur sa plaie par ruissellement et il ferma les yeux, la sueur maculant ses joues et ses lèvres. Je n’avais pas réellement prêté attention à ce qu’il se passait autour mais je me retournai lorsque j’entendis le bruit du moteur se déclenchant. Barry mit un coup d’accélérateur et alluma les phares avant de faire signe à tout le monde de monter à l’intérieur. C’allait être complexe de faire tenir tout le monde sur ces 5 places, tout particulièrement avec la présence d’un blessé. Tout naturellement, il lui fut offert la place du passager. Malgré la pluie torrentielle, nous ouvrions les vitres pour ne pas tourner de l’œil sous les coups violents de l’odeur de l'humain rôti.

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Jo'
Sam 9 Jan - 22:30
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


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Nous partons braves dans les méandres tubéreuses des cadavres ambulants de la ville. Braves mais troublés. L'horreur se développe encore sauvagement dans ces quartiers chics qui n'ont pas subi la purge militaire du ghetto, un charnier mouvant qui se soulève de sa propre monstruosité, un tas de chair affamé aux mille visages. Chimère d'apocalypse. J'aimerais dire que nous nous sommes accoutumés à la vue de ces revenants, que comme ce climat tropical ils ne sont devenus qu'une lourdeur pour les nerfs, mais au contraire à mesure que nous apprenons à les affronter, nous savons prendre le recul de contempler l'absurdité sauvage de ces créatures. Plus que tout, notre adversaire aujourd'hui, c'est le temps.

Et s'ils tremblent un peu est-ce de voir vieillir la pendule d'argent
Qui ronronne au salon, qui dit oui qui dit non, qui dit: „Je t'attends“

Dans notre noyade cadavérique et soucieuse de cette heure qui roule tranquille sur notre angoisse de finir sous une pluie de bombes, Mikey commet un manquement. La fatigue, la hâte, la rage de vivre l'ont conduit tout droit dans la bouche d'un écervelé qui lui arrache un bout de pied. Je me fige, comme une vision de ce que j'aurais dû être si ma chaussure ne s'était pas si facilement retirée plus tôt sur la place. Le malheur de Mikey comme un futur alternatif oui, ou ma chance insolente comme une prémonition de la catastrophe. Mikey va mourir. S'il cautérise la plaie. Si on coupe son pied. Peu importe nos essais fanatiques, il va mourir, et revivre, et devoir être tué. Une promesse simple, médicale, que tous décident d'ignorer alors que nous embarquons dans la voiture le malade au pied déchiré-calciné. J'ignore ce qu'ils espèrent - si on s'en sort, il mourra tout de même, et douloureusement. Ne devrait-on pas le soulager derechef ?

Lacrimosa dies illa
Qua resurget ex favilla
Judicandus homo reus

Je me surprends avec dégoût à avoir cette pensée infâme, digne tout à fait d'un militaire, efficace et sans âme. Une vie est une vie, peu importe le temps qu'elle dure. Vivre ce temps est son choix. Je ravale mon sadisme coupable alors que nous montons à l'arrière serrés - Carter, Dam, Tom et moi-même. Je prends mon frère sur mes genoux, le serre comme un rappel à l'humanité qui m'échappe, et m'installe au milieu - plus petite, mes jambes parviennent à y trouver une place. Du même temps, j'éponge le visage tendu d'une affliction atroce de Mikey à l'avant. Tom comprend ce qu'il se passe, évidemment, et un grelot de frayeur sonne dans sa voix.

"Lulu, il va mourir ?"

Je hoche la tête en simplicité, peu inquiète qu'on risque de comprendre notre fatalisme francophone - le visage de mon frère fronce en une tristesse contenue alors que Barry nous fait sortir d'ici fissa. Conformément au plan, nous prenons vers le Nord de la ville, où nous espérons rejoindre les sentiers forestiers assez rapidement pour scinder la jungle et parvenir à la base côtière. Sans surprise, nous sommes confrontés à un barrage sur la route d'issue. De larges barricades signalées par quelques vivotantes loupiotes rouge-orangées nous somment de faire demi-tour, alors que des morts-vivants emmitouflés dans leur attirail militaire, autrefois soldats conscients (si on y exclut ici tout oxymore idéologique), tentent de s'entre-dévorer le visage, contraints par leurs casques qui les privent mutuellement de s'atteindre. Nous restons un instant interdits devant l'absurdité bête du moment, presque comique si nous n'avions pas dans la voiture nous-même un militaire en passe de devenir comme ces monstres. Le malaise s'épaissit mais le temps n'attend personne, et c'est Carter qui descend du véhicule pour achever leur compétition infinie. D'une mécanique dont il a le secret, lui-même coutumier des baraquement, il relève la barrière et traîne savamment la rangée de clous posée au sol en dehors du chemin. Il nous rejoint et nous repartons, mornes dans la fièvre progressive qui dévore les méninges de Mikey à petits bouts, le rendant de moins en moins focus et ignorant à la douleur de son membre. Nous pénétrons dans la jungle alors que les routes lisses viennent mourir à la faveur de serpents plus boueux. Il est déjà le milieu d'après-midi.

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L’homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l’observent avec des regards familiers.

La conduite est largement perturbée par les complaintes de Mikey, dur à cuire au vu de sa douleur, néanmoins gémissant de cette chaleur qui s'en prend à tout son organisme. Chaque secousse qui brusque le 4x4 fait valdinguer la tête du malheureux qui n'a presque plus de support, le soldat grelotte comme en Alaska et ses yeux rougissent de la tension sourde qui pulse sous ses paupières. Il ne dit rien, parfois il geint comme pour chasser ce djinn qui lui lance depuis le pied jusqu'aux cheveux, sa jambe s'assombrit d'heure en heure et tandis que nous arpentons les sentiers miséreux de la nature, il devient de plus en plus évident que sa fièvre ne lui offrira pas le luxe d'atteindre un bateau. Personne ne semble vouloir affronter l'évidence, et au bout de trois heures de routes, l'homme n'est plus qu'un chiffon humain essoré par les maux. Lui imposer la vie devient une torture, et chacun rive ses yeux sur la route, sur l'environnement, sur lui-même, partout mais pas sur le malheureux qui tait le hurlement de ses chairs corrompues par ce virus. Foutu virus. Si rapide. Inévitable.

"Guys I think we should stop by for Mikey. He's unconscious now. If he  'turns' in the car, we're screwed."

Bon gré mal gré, devant l'évident épuisement de leur comparse et le leur après cette route cahoteuse, Barry arrête toute notre fine équipe. Ils tractent Mikey au dehors du véhicule, alourdi du poids de son abandon, de moins en moins vivant, de plus en plus proche du re-vivant. Sa fièvre intense s'échappe par son nez en pourpres rigoles sanguinolentes tandis que le bougre se rattache à ce qu'il peut pour lever les paupières. Chaque fois que ses yeux donnent sur le monde, ils se révulsent en une fatigue intense qui clôt à nouveau les volets. A son chevet, puisque pour tous ces gens je suis une supposée infirmière, j'ignore bien comment agir - dans le genre de clinique où je travaille, on euthanasie pour bien moins que cela. Son pouls s'affole à tout rompre.

"I don't know what to say, looks like it'll be over in an hour or so. I ... I've seen people turn way quicker than that, he's been a warrior."

Mes yeux rejoignent ceux de ses amis, sombres. Tom est resté dans la voiture, je crois qu'il s'est endormi, asséné par le rythme de notre nuit blanche. Au milieu de la jungle, plus un son humain à part le nôtre. Un crissement régulier d'insectes. Un feulement de feuillages. Banoi belle dans sa nature, uniquement dans sa nature. L'enfer c'est les autres, c'est l'Homme, c'est l'homme ? Un drame de savoir que cette magnificence sera incendiée cette nuit, tout ce qui y respire, bouge et patiente va détonner dans les débâcles enflammées des bombes. Chaque cœur qui bat. Chaque fleur qui s'ouvre. Chaque roche immuable. Je décide de laisser le futur cadavre dans ce qui lui reste de plus confortable - la position allongée, auprès des racines d'un massif édifice sylvestre, comme nous dormions tous trois dans notre première nuit à la belle étoile. Le non-humain toujours un abri.

Comme de longs échos qui de loin se confondent
Dans une ténébreuse et profonde unité,
Vaste comme la nuit et comme la clarté,
Les parfums, les couleurs et les sons se répondent.

Le livrer à ses amis, c'est le mieux à faire, aussi retourné-je à la voiture en leur accordant le temps et le silence de la proximité qu'ils exigeraient. Tom se love contre moi, dans ce moment précieux qui n'appartient qu'à nous.

"T'es triste que Mikey va mourir ?
- Ne t'inquiète pas pour ça. Et toi ?
- Quand même, oui."

Et sa tristesse toute résignée me renvoie à ma propre insensibilité. Je caresse ses cheveux et il se pelotonne davantage contre moi tandis que je me torture de ne pas être plus touchée par la mort de Mikey. Une immense fatigue qui n'a d'égal que l'envie d'en finir avec cet endroit me refuse les états d'âme, tout cacher dans une boîte intérieure couverte par le silence, comme pour le vieux à l'époque. Ravaler pour fonctionner, du reste, j'aurai bien des milliers de nuits pour gérer l'ébranlement. Toute détresse semble fade depuis la mort du bébé d'Andréa.

Quantus tremor est futurus,
Quando Judex est venturus,
Cuncta stricte discussurus!

Je laisse les militaires et Dam' maîtres de leur deuil entre eux et, front contre la vitre petit Tom entre mes bras, prends un peu de repos.



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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
Houmous En ligne
Ven 15 Jan - 22:08
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Nous sommes tous autour de Mikey. Il ne geint plus réellement depuis quelques minutes déjà. Il est déjà trop tard pour cela… Je soupire un peu, ne sachant sur quel pied danser. Abattre cet autre militaire était plus facile que de devoir faire face à la parole que j’ai offerte il y a si peu de temps pourtant. Sa jambe est devenue abominable, toute sclérosée et bleuâtre… Il transpire comme je n’ai jamais vu quelqu’un transpirer. Même le petit américain obèse qui était resté bloqué près d’une heure dans un sauna n’avait pas l’air tant en souffrance que ça. Malheureusement pour notre ami d’infortune, même si les services d’urgence étaient encore dans le coin, ils ne pourraient rien de plus pour lui. Un regard à mes autres compagnons et je ne lis pas les signaux auxquels je pensais initialement. Barry arbore un sourire pour la première fois depuis que je le connais certainement. Je me dis sans trop y penser qu’il doit se remémorer des moments particuliers vécus avec le mourant. Carter, de son côté, n’a pas l’air de se laisser aller à la tristesse. Il a sorti une flasque et a commencé à en boire une gorgée avant de la passer à Barry. Lui-même laisse aller la tête en arrière et reste impassible. Il ne me propose pas de boire…

Tout est allé très vite. J’ai passé la main dans mon dos pour prendre mon pistolet et me suis pris une baffe comme je n’en ai jamais eu. Je suis tombé à la renverse mais ai été complètement KO pendant le temps de la chute. Je peine à retrouver mes esprits et à connecter les fils. Je ne suis plus trop sûr, pendant quelques secondes, de savoir où je suis et ce que j’y fais. Tout me revient alors que je commence à me relever. Barry me fusille du regard et je comprends qu’il ne m’appartient pas de faire quelque chose dans la précipitation. Je fais mine d’y aller en jetant un œil à Carter qui hoche de la tête. Quand j’essaye de faire quelques pas, je me rends compte que tout tangue autour de moi. Cette baffe m’a appris à voler et j’ai maintenant le mal de terre : c’est bien ma veine ! Je sens le feu de la grande main s’imprimer sur la moitié de mon visage et ne parvient à comprendre comment un si simple mouvement peut s’avérer aussi dévastateur. Lorsque je regagne mon siège, je me sens comme à un lendemain de cuite, véritablement lessivé… Je suis à côté de mes pompes et ne comprends même pas ce que me disent Lucy et Tom. J’hoche de la tête mais je ne sais même pas en réponse à quoi.

Peu après, Carter vient prendre le siège conducteur et met le contact alors que Barry s’est assis à côté de Mike. Je le regarde en haussant d’un sourcil, ayant suffisamment repris conscience pour me douter que quelque chose ne va pas. Il hausse des épaules en disant simplement qu’il allait nous rejoindre plus tard. Le véhicule tout terrain roule toujours aussi bien et plusieurs zombis en font les frais. L’idée que la carrosserie passe du noir classieux au pourpre du sang me déplait quelque peu du fait de l’odeur. J’en plaisante mais l’ambiance est lourde et peu propice à la rigolade. Nous avons perdu l’un des nôtres, un membre plus important que la majorité dans ce merdier, l’un des rares dont le nom est resté captif de nos esprits. L’ambition de voir une happy end à ce cauchemar en oubliant plus ou moins inconsciemment les milliers d’inconnus au profit de nos peaux n’est plus une option. Je me souviens en soupirant que je me pensais invincible tant que j’avais un but à réaliser. Mike avait-il lui aussi un but ? Peut-être que non mais dans les milliers de victimes, il devait bien y en avoir qui se sont dit « Je ne peux pas mourir, j’ai encore tant à faire ». La réalisation qu’après avoir eu ces pensées, ils sont pourtant morts me frappe comme un marteau de glace sur le crâne. Je ne me sens pas la force de questionner plus encore mon sentiment d’être invulnérable et essaye de m’endormir un peu. En vain car nous arrivons à proximité du camp militaire.

Le camp auquel nous nous rendons est essentiellement un port militaire. C’est l’endroit où habituellement les navires de la protection civile viennent se rapprovisionner pendant les patrouilles en mer. Je le sais parce que des plaisanciers ont eu des problèmes avec les gardes côtes. Ces derniers les avaient mis en garde sur le fait qu’ils se rapprochaient d’un grand banc de récifs dangereux et que les gars de la protection civile n’étaient pas des tendres. Apparemment, il leur aurait été possible de les mettre en taule pour la simple raison que ce rapprochement de zones dangereuses non surveillaient pouvait être compris comme une incursion territoriale… Cependant, malgré ces souvenirs plutôt impressionnants, il fallait s’avouer que les lieux avaient l’air absolument désertés. Est-ce que les militaires avaient déjà plié bagage ? Aucune idée mais cette tranquillité retrouvée avait quelque chose d’inquiétant.

- Ok, we have to try and find the place they store their boats. I hope they didn’t take every last one of them or we’re definitely fucked, expliqua Carter en guise de simple plan.

Alors qu’il gare le véhicule et nous permet à tous de descendre, je regarde un peu partout suspicieusement. Il semble que nous sommes seuls mais j’ai du mal à imaginer tous les militaires partir aussi vite. Pour moi, c’est une certitude, il doit y avoir un problème dans cette histoire et je m’auto-détermine à en percer le secret en vue de ne plus perdre personne et de sauver ma happy ending. Tous descendent et Carter part seul en direction du plus gros bâtiment des lieux. Lucy et Tom restent près de la voiture de sorte que l’on puisse rapidement fuir si jamais cela s’avère nécessaire. Personnellement, je déambule un peu en extérieur en direction du port. Si l’approche méthodique de notre chef de groupe consiste à trouver un plan ou quelque chose du style, je me contente de faire rentrer en ligne de compte ma chance. Il est possible que je puisse mettre la main sur une embarcation par hasard après tout… Je m’approche donc des quais et ne vois aucun véhicule susceptible de nous convenir. Il y a des genres de très grosses frégates que je ne nous vois absolument pas parvenir à démarrer et, à l’exact opposé de l’échiquier, quelques barques trouées. Je soupire en me disant qu’il pourrait être bon de fouiller les quelques petits locaux proches des lieux et shoote dans une canette qui vient tomber à l’eau. Le bruit qu’elle produit en venant tomber m’alerte, ça ne sonne pas comme un « plouf » ou un « ploc » ou un quelconque onomatopée du style mais bien comme quelque chose de sourd. Je m’approche donc pour découvrir sur quoi la canette est tombée et découvre un morceau de cadavre charrié par les vagues et une large forme sombre dans le fond de l’eau. Mes sourcils se froncent alors que j’essaye de comprendre de quoi il s’agit mais rapidement, je fais quelques pas en arrière. C’est un heureux geste qui me vient là parce qu’un agglomérat de cadavres tant indescriptible que protéiforme vient à se poser sur le dock. Je sens mon palpitant perdre le rythme habituel de son travail et se perdre dans un morceau de jazz très libre. Quelle est cette abomination qui quitte l’abysse qui la vue naitre pour venir harceler mon regard ? Si telle horreur était autrefois faite de pièces de cadavres humains, elle n’en a plus du tout l’aspect. Plus rien n’est discernable dans ce qui la compose et le peu que l’on peut avoir l’impression d’observer rend l’aspect plus hideux encore. Je n’attends pas de découvrir toute l’étendue de la créature et m’enfuit aussi vite que mes courtes jambes d’être humain me le permettent. Je maudis une fois de plus le jour qui m’a vu naitre et celui où je suis arrivé sur cette île.

Jo'
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Jo'
Ven 22 Jan - 11:57
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

Dam' embarque en voiture et nous nous croisons confusément dans un brouillard mutuel, lui de la gifle manifeste qui colore sa joue claire d'une rougeur flashy, Tom et moi de ce demi-sommeil trop court pour conjurer la fatigue de la nuit passée à marcher. Alors que nous n'émergeons pas tout à fait, je constate que nous laissons Barry avec Mikey, abandonné au cocon sylvestre de la jungle sauvage, et reprenons la route dans un silence grave. Je ne comprends pas comment Carter peut consentir à laisser un élément derrière lui, pour un autre qui est perdu - et pourquoi Barry lui-même s'expose ainsi à la mort par la faune, les revenants ou les bombes. Une faiblesse de jugement semée là par le chaos ? Le symbole solennel d'une fraternité plus franche que je ne le pensais ? Alors qu'ils faisaient preuve jusque là d'une efficacité si froide que crasse, il aura suffit qu'un ami s'estompe pour les rendre plus humains, plus faillibles. Déroutante pitié à deux vitesses. Ainsi soit-il.

"Je n'ai pas de goût, je crois, pour l'héroïsme et la sainteté. Ce qui m'intéresse, c'est d'être un homme." A. Camus

Le silence pèse et rend Tom nerveux qui ne parvient pas à s'endormir sous une couette si épaisse. L'odeur de viande faisandée a quitté l'habitacle, maintenant prône la mienne harassante depuis les égouts, néanmoins plus discrète. Nous arrivons par les sentiers boueux, presque embourbés jusqu'au châssis du tout-terrain, à une large plage gâchée d'humidité - la jungle accouche de nous presque juste devant cette espèce de base de gardes-côte, et nous coupons le contact. Tout le monde sort du véhicule, nerveux, pressé d'en finir, car le soir tombe et si la nuit se fait attendre sur Banoi, que l'obscurité ne donne pas l'heure de la nature mais celle des rebelles, le cliquetis de nos montres n'en atteste pas moins du glas qui rampe vers nous, fidèle à lui-même. Carter et Damian s'activent à nous trouver une issue et nous somment de demeurer au véhicule, par sécurité, peut-être par paternalisme mal assumé - têtue, confiante, et disons-le contestataire, je me refuse à cet avis. Si les loubards estropiés de notre équipe se chargent de fouiller hangars côtiers et littoral, c'est dans un petit baraquement technique que nous nous rendons avec Tom pour tout y retourner.

"Qui ne sait se borner ne sut jamais écrire." N. Boileau

La bicoque est manifestement antérieure au reste des structures mises en place le long de la côte, et elle abrite du matériel oublié là, peu spécifique. Je me figure qu'elle doit dater des périodes d'oppression australienne sur les papous, la renvoyant ainsi à près de quinze ans en arrière, et m'assure qu'elle soit bien abandonnée avant d'y faire entrer Tom. Le vent côtier qui remue les nuages de pluie sont cruels avec la bâtisse qui demeure imprenable malgré le boucan de la pluie, comme une nuée de bombes sur la tôle du toit. A l'intérieur, rien de très utile puisque des choses laissées là, entreposées comme dans un débarras : du matériel plus ou moins récent mais grande importance - quelques gamelles, des cordes, et même un gyrophare brisé. Épars, une poignée de gilets de sauvetage, un ordinateur portable démodé qui ne s'allume plus, deux conserves de brandade périmées, une radio sans antenne. Tom attire mon attention néanmoins.

"T'as vu le bidon là ? Y aurait pas de l'essence dedans ?"

Je félicite mon frère pour sa trouvaille et sa déduction : la jerrycan est lourde et à l'odeur, gorgée de fuel. Nichée sous une étagère, je m'aplatis au sol pour la tracter vers moi, crasse collée aux vêtements par l'eau qui les imprègne. Si je n'ai pas trouvé de véhicule, on aura au moins la certitude de ne pas être en rade de carburant. Le bidon est énorme et lourd, et achève mon dos déjà vrillé par la semaine passée alors que je rejoins la voiture en même temps que Carter - naturellement, je m'empresse de questionner ses trouvailles.

"I've found a Magna 960, which is weird but also miraculous."

Apparemment, les Magna 960 sont des genre de jet skis militaires ... grecs, ce qui est pour le moins surprenant. Il en va d'un lourd soupçon qui s'éveille en nous et que nous tentons de réprimer difficilement. L'endroit désert. Ce véhicule marin idéal justement disposé là, à notre portée, dans le plus grand bâtiment vidé de toutes ses autres embarcations légères. Nous nous regardons un instant : Carter sait manifestement que notre périple attend encore des péripéties, et il me le communique par le froncement soucieux de son visage silencieux, mais que faire d'autre sinon tenter la confiance aveugle ? Le soir tombe, menaçant, nous sommes à bout de nos options, nous sommes épuisés, affamés et déshydratés malgré toute cette eau qui nous gifle le crâne - pluies diluviennes tropicales en cet août qui s'épuise lentement. Au loin, Damian court à toutes jambes en notre direction. Tom se réjouit, mais nous comprenons dans le contexte qu'il ne s'agit pas là de ce que nous pourrions espérer.

"The promise of heaven pushed us right back to hell."



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