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LE TEMPS D'UN RP

"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous

Houmous
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Crédits : "Have you seen the Yellow Sign ?" Chambers

Univers fétiche : Fantastique, SF
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patrick
Houmous
Dim 15 Nov - 13:45
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Après mon réveil, j’eus l’impression de nager tout de même en plein cauchemar. Tom dormait, posé paisiblement contre mon cœur, et j’avais l’impression qu’il n’était plus ici réellement. J’avais le sentiment que peu importe ce que je ferais de ma vie, je serais toujours dans cette affreuse maison où je souhaiterais ne plus jamais aller. J’avais cette idée que malgré le fait que je ne voudrais plus y penser ou en rêver, un lien indéfectible et à peine moins visible à mon regard qu’une corde infinie m’y relierait toujours. Plusieurs années déjà que je trainais avec moi ce fardeau qui pesait et écrasait ma cervelle et pas de signe de réhabilitation. Non, je ne dormirais plus de la nuit, même si je le souhaitais. Alors, quand Lucile vint se recoucher et qu’elle s’endormit sans peine, je ne pus m’empêcher de lui en vouloir un peu.

Les minutes passèrent lentement, vides de sens ou de raison, et moi, je les regardai, incrédule. Le jour se lèverait bientôt sur des heures qui pouvaient être nos dernières alors à quoi bon ? Je regardai un instant le ciel et priai qu’il n’y ait pas de vie après la mort et que nous soyons tous définitivement fauchés de l’existence une fois la vie sortie de notre tête et notre corps revenu à la terre. L’enfer était sur Terre déjà bien avant que le premier mort marchant ne foule cette île. Il avait sa propre existence en cette petite voix qui nous menait aux pires folies et aux atrocités qu’on infligeait aux autres sans remords. L’abysse était dans cette chimie de notre personnalité et dans ce qu’on pouvait avoir d’idées, perverties par l’ego, du monde qui nous entourait, mélangeant tous concepts moraux. J’en venais à me dire qu’il y avait de la beauté à ce que la disparition de certains accélère notre disparition à tous du monde et plus je le pensai, plus je sentais l’étau de la mélancolie enserrer mon crâne, tour après tour.

Lorsque le Soleil vint chatouiller les yeux du petit Tom et que, le premier, il sortit de mes bras, je me mis à sourire malgré tout. L’enfer avait toujours été sur Terre mais l’espoir lui faisait toujours le même pied de nez. Quoi qu’il arrive, des enfants seraient toujours présents pour communiquer un optimisme indéfectible. Qu’ils apprennent à détester ce sentiment ou se rendent sourds à la vérité en grandissant n’en faisait que sublimer le geste. Il vit que j’étais éveillé et posa une de ses petites mains sur l’épaule de sa sœur pour doucement la mener à elle aussi s’éveiller. On ne prit que peu de temps pour se préparer dans la rosée du matin et je me sentis revigoré d’interagir avec eux. L’épreuve était derrière moi et il fallait avancer parce que c’était là la seule chose que je pouvais faire. Mes mains ne me faisaient pas mal, signe que Lucile avait fort bien travaillé, ce à quoi elle s’employa à nouveau.

We have to go to the beach or to the harbor in the city. We may find some kind of boat we could take to flee this damned island. I think we would be more lucky downtown but it will undoubtedly be more risky. I suppose it’s smarter to first take a peek at the hotel’s beach from a distance. At least, we wouldn’t take any unnecessary risk by doing so.

Je sortis mon pistolet en guise de réponse à ses interrogations et cherchai un instant comment en retirer la sécurité. Je pris sur mon dos le sac et leur fis signe que j’étais prêt à avancer. Après la nuit abominable que j’avais passé, je me sentais encore plus fatigué que si je n’avais pas dormi. J’avais l’impression que je ne pourrais que difficilement crapahuter dans les bois comme on l’avait fait la veille. Néanmoins, il n’était pas bon de penser à ma fatigue en cet instant. C’était maintenant, plus que jamais, important de se concentrer et de se préparer au pire. Et il ne tarda pas à arriver.

Alors que nous arrivions en bordure de la jungle et que nous mettions les pieds dans une zone moins boisée, j’arrivai au détour d’un arbre imposant à une vue improbable. Il y avait des dizaines de gens qui étaient allongés les uns sur les autres. Je me pris même à me frotter les yeux, me demandant si la fatigue ne me faisait pas avoir des hallucinations mais tout était là. Des vacanciers, des employés, hommes, femmes, enfants, jeunes comme vieux, étaient étendus, criblés de plaies infimes. Le sang en avait suinté et les mouches n’avaient pas tardé à venir se repaitre du festin. S’il y avait effectivement des restes de cadavres ambulants parmi eux, la majorité n’avait pas le moindre signe de changement, ce qui me laissa soufflé par cette découverte. Ils avaient tous été abattus, visiblement mis en ligne comme pour une vaste exécution… Un épisode terrible dans une lutte stérile contre la propagation de cette maladie.

Lorsqu’un tronc d’arbre explosa à moitié, à quelques pas à peine, il me fallut un temps pour réaliser que nous étions pris pour cible par des tireurs cachés aux alentours. Je partis donc en arrière en baissant la tête et en mettant ma main devant mon visage pour le protéger des éclats de bois qui commençaient à être projetés aux alentours. Dès que le décor le permit, je me jetai au sol pour me cacher sous des structures colossales de racines millénaires. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait et je dois bien avouer que dans ma fuite, je n’avais pas fait réellement attention au destin de mes deux acolytes. Je n’avais eu que le temps de leur hurler de fuir et les voir commencer à le faire. Mais désormais, j’étais isolé derrière ce branchage… seul à nouveau. Du moins, c’était ce que je pensais. Je vis un bras se lever de derrière une autre souche, quelques mètres plus loin, agitant un mouchoir pour montrer la reddition. Je me dépêchai donc d’aller rejoindre la personne qui se trouvait derrière. C’était un homme d’âge moyen. Il se présenta, non sans surprise de me voir arriver, sous le nom de John.

Jo'
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Jo'
Lun 16 Nov - 9:27
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

Dernières consignes à Tom avant de partir : ‘’tu restes avec moi’’, ‘’tu ne tentes rien’’, et autres observations de sécurité. Je lui confie le plus petit couteau, juste au cas où.

‘’Si quoi que ce soit essaye de t’attraper, tu lui vises la tête. Essaye par les yeux, autrement tu n’arriveras peut-être pas à traverser le crâne. Tiens-le lame vers le bas, tu auras plus de force et si tu tombes tu risques pas de te planter.
- J’veux pas faire ça t’es folle ?
- T’auras pas à le faire si tu suis mes consignes.’’

Loin de moi l’envie d’en faire une graine de meurtrier, mais si c’est pour quitter Banoi seule, autant y rester dans ma vie putride après la mort ad vitam aeternam. Je ne sais plus qui j’essaye de sauver le plus en sauvant Tom, Nord de ma boussole, canoë du naufrage de l’existence. On s’entendait moins bien sans le couperet sous la gorge. Je me mettais entre le vieux et lui parce que j’avais peur pour sa jeunesse – lui se méfiait de ma méfiance, et comment lui en vouloir, les enfants sont des éponges. Bon gré mal gré, et malgré sa phase contradictoire, il prend le couteau. Ca force le respect, sa façon qu’il a de rester un enfant dans cette jungle, si petit qui fait face à l’énormité de la catastrophe. J’ébouriffe sa tête, il peste, nous partons.

« La haine ? Encore une idée. Ce qui n’est pas une idée, c’est le meurtre. » Albert Camus.

Nous bataillons dans les fougères tropicales pour tenter de revenir sur notre chemin lorsque, alors que la jungle s’émousse, un parfum détestable concourt avec celui de la chlorophylle humide. Un large tas d’êtres humains, sains apparemment, s’offrent en banquet improvisé pour les mouches et charognards. Tués sur le vif, dans la fleur de la santé, de sang froid sur leur sang chaud. Je me déconfits. Je ne comprends pas comment l’Homme a pu en arriver à cette barbarie. Celle que nous avons devant les yeux évidemment. Mais celle aussi qui se cache derrière les crépis nickel des maisons de lotissements. Celle qui se cache derrière les étiquettes des multinationales. Celle qui se cache derrière les pubs pour la viande. Tom grandit dans ce monde. Faire un enfant, c’est planter une graine de pommier dans de l’argile. Cette catastrophe défie les lois de la nature, mais elle fait sens, la tête à l’envers. On se fige tous les trois et puis ...

Une balle perce l’écorce tranquille d’un arbre qui n’avait rien demandé, et comme des oies, nous nous dispersons. Damian part à l’opposé et Tom et moi nous réfugions à plat ventre dans les végétations, à même le sol comme de braves cafards. Faire le dos rond et attendre que ça passe. Increvables, j’aime à le croire. Les détonations se calment mais nous restons tassés – il n’y aurait qu’à tirer, nous sommes déjà dans la position des assassinés à quelques mètres. Une main frôle mon dos, et je me retourne lame à la main, prête à en découdre avec la chair armée d’un militaire, ou celle friable d’un mort-vivant. Devant moi, le visage rond et terrifié d’une femme, peut-être la trentaine, que je détaille sans comprendre. Comme si voir cette expression tout à fait humaine était plus étonnant que celle d’un sanguinaire meurtrier ou d’un véritable monstre. Elle pointe nerveusement plus bas, et je descends les yeux.

« Je veux devoir tout mon bonheur à la tendresse maternelle. » - Alfred de Musset

Oh la vache. Ah merde. Son ventre est énorme. Sphérique, boursouflé avec une petite cerise en relief sur le dôme de son arrondi. Je viens de menacer une femme enceinte. Je retire le couteau de sa gorge, la dévisage. On se détaille un instant. C’est peut-être une civile, ou peut-être pas du tout. J’en sais rien. Je ne sais plus. J’ai menacé une jeune maman. Elle voit Tom, sourit, et j’ai juste envie de m’enterrer vivante. On s’en remet toutes les deux.

‘’You okay ?’’

Elle hoche la tête à l’affirmative. Double frayeur qui nous échappe en un soupir.

‘’See the child, vant to halp.’’

Son accent allemand est à couper au couteau – c’est donc une touriste elle aussi. Sûrement en fuite, vu ce que les autorités nous réservent. Elle bataille avec sa phrase puis finit par demander.

‘’Schprechen Sie Deutsch ?
- Ein bisschen.’’

Elle s’illumine. Elle est jolie, avec son masque de grossesse.

‘’Gut ! Ich habe eine Gruppe gefunden in den Innenstadt. Wir können nicht bei des Hotel gehen : Militär töten Leute …
- Was machen Sie hier dann ?’’

Elle baisse les yeux avec douleur, et je réalise que si elle se trouve aux abords de l’hôtel malgré la sécurité de son groupe en ville, c’est qu’elle avait bien quelque chose … ou quelqu’un, à chercher, justement. Je connais ça. Je prends sa main dans la mienne comme un encouragement. Elle siffle une mélodie précise, et on lui répond. A pas de loups, nous rejoignons l’apprenti oiseau. Je tombe sur Dam’ et un autre homme, dont l’accent, à la consonance plus locale cette fois, chante.

‘’Found your husband ?’’

La petite mère hoche négativement la tête, défigurée par l’anxiété. Je comprends qu’il est probablement trop tard.

‘’Okay mates, we have to go before the army sets the corpses on fire and sees us.’’

Ninja des temps modernes, et je le dis presque sans ironie, il s’éclipse accroupit. J’interroge Damian du regard – l’hôtel semble avoir été pris en chasse dans ce qui paraît être une vorace détermination à écraser le contact avec l’extérieur. Notre chance d’y trouver un bateau est inversement proportionnelle à celle que nous avons d’y mourir. Même si nous devons rejoindre la ville, éminemment dangereuse par sa surpopulation, son insalubrité, la corruption de ses autorités et la multiplication de ses groupes de civils paramilitaires, nous pouvons tirer profit d’individus bienveillants, armés, et désireux comme nous de s’en sortir.


Spoiler:


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
Houmous
Lun 16 Nov - 19:12
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

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Nous avions à peine échangé quelques mots avec ces membres d’un groupe de survivants que nous les suivions comme des messies. Nous avions eu foi en le fait qu’il nous mènerait à notre salut : une fuite aussi rapide et sécurisée que possible vu le contexte. Nous ne nous doutions pas d’à quel point notre voyage ne faisait que commencer… Suivant le fameux John dans les arbres, repoussant fougères et lianes de notre chemin, nous avancions certainement plus vite que si nous étions livrés à nous même. J’avais gardé mon pistolet en main, simple précaution que me dictait le sens commun le plus basique. Si nous leur faisions trop rapidement confiance, c’était encore plus leur cas. Cette simple pensée me stressait et me rendait très suspicieux…

Après plusieurs heures de marche, nous arrivions en vue d’une route qui rentrait dans la ville. Un checkpoint y avait été installé par les militaires qui patrouillaient régulièrement, par petits groupes. Ce qui me marqua plus était de voir l’atmosphère de chaos qui se dégageait des alentours. Des fumeroles s’élevaient de la ville qui semblait devenue un paysage de guerre digne des images du Moyen-Orient après les batailles urbaines que l’on ne voyait désormais que là-bas. Des carambolages impressionnants avaient complètement bouché tout espoir de forcing avec une voiture ou un 4x4. Aucun mort aux alentours mais toujours les mêmes sueurs froides que lors de notre sortie de l’hôtel. Nous nous faufilions aussi discrètement que possible entre les carcasses de véhicules, suivant John toujours sans hésiter. Malgré tout, je me pris à croire que nous étions finis car nous ne parviendrions jamais à pénétrer dans la ville pour pouvoir prendre contact avec le fameux groupe de survivants dont ils avaient parlé pendant le trajet.

Hey mate, can I borrow your muscles ? I need to get the bloody thing outta the way.

John me montra une plaque d’égouts qui me parut bien lourde rien qu’à l’aspect. Je rangeais mon pistolet à l’arrière de ma ceinture et me saisis, face à lui, d’un des bords de la plaque de ferraille rouillée. Elle devait mener à un réservoir ou quelque système du style mais heureusement, cela faisait des semaines qu’il n’avait pas plu alors tout devait être vide. Nous parvinrent à en ouvrir l’entrée, non sans faire ressortir une veine de mon front et rapidement, il mit un coup de pied à l’échelle latérale pour la faire tomber jusqu’en bas. Elle produit un grincement sinistre et il me fit un salut militaire avant de sauter à pied joint à l’intérieur. Je n’arrivais pas à le croire… C’était un ancien athlète ou quelque chose du style, c’était obligatoire. La chute mesurait aux bas mots dans les trois mètres et c’était complètement fou de se jeter dedans de la sorte. Je laissai les autres rentrer avant moi, souhaitant couvrir leurs arrières. Jetant des coups d’œil au travers de la vitre de la voiture derrière laquelle nous étions abrités, je finis par remarquer qu’une patrouille de ces officiels inhumains était toute proche... trop proche certainement. Je soupirai alors : que faire ? Je n’allais pas risquer la vie de tout le monde pour la mienne… Ma réponse fut la plus simple : je pris donc la plaque et refermai l’entrée en disant simplement à Lucile « I’ll see you inside of the city… Don’t worry for me ! »

La plaque claqua légèrement et je faillis me coincer les doigts. Je devais m’y être bien pris parce qu’aucun des gars qui passaient et qui fouillaient les alentours en recherche de zombies ne me vit. Je m’étais caché à la va-vite à l’intérieur du coffre d’une voiture fracassée. Regardant l’extérieur par un mince filet de lumière, je les vis passer et vérifier la plaque par laquelle tout le monde était rentré dans le réseau d’égouts publics de la ville. L’un d’entre eux se pencha. Il avait l’air de trouver étrange de voir les rayures sur le métal qu’avait occasionné le frottement de la grosse plaque sur le pas. Son collègue parut plaisanter et il s’approcha de ma voiture. Je sentis mon cœur battre la chamade alors qu’il semblait mettre sa main à sa ceinture pour saisir son arme de poing. Je me visualisai déjà à lui faire face et l’emmener avec moi dans la mort… mais ce n’est pas ce qui se passa. Il défit sa braguette et commença à pisser sur le coffre. L’odeur d’urine me prit au nez et je me retins de protester, me disant que c’était injuste un tel traitement. S’il comptait m’abattre, qu’il le fasse sans m’injurier au moins !

Quelques minutes plus tard, les deux étaient repartis et j’ouvrai péniblement la portière du coffre, craignant de me tâcher avec l’urine ou avoir subi ça pour rien en me faisant finalement prendre… Je tentai rapidement de refaire bouger la plaque mais c’était peine perdue. Et même si je parvenais à l’ouvrir, ça n’aurait certainement pas été très utile. Je ne connaissais pas le réseau souterrain qu’ils empruntaient et n’avais presque aucune chance de parvenir à les rejoindre comme ça. Il fallait que je trouve quelque chose d’autre à faire. Je pris quelques secondes pour observer les alentours et eus une idée. Il me faudrait un long moment avant de pouvoir rejoindre mes acolytes mais j’avais leurs numéros alors je n’aurais aucun mal à les rejoindre par la suite.

Je repartis donc dans la jungle à la recherche d’un de ces militaires qui arpentaient les alentours. C’était un plan complètement fou mais ça avait ses chances de réussir… Je me mis à grimper un peu dans un arbre pour être moins visible et pouvoir observer les alentours. Il passa plus d’une heure à ce que je reste dans cette position inconfortable, caché dans les branches souvent patrouillées par des araignées grosses comme mon poing mais cela finit par payer. Je vis une petite escouade de deux hommes avancer à tâtons parmi les branchages et scruter tout autour d’eux. Ils étaient si concentrés sur les cachettes potentielles au sol qu’ils ne remarquèrent pas ma présence… Je descendis de mon arbre une fois qu’ils m’étaient passés devant. Je vins les braquer dans le dos.

Freeze ! You will drop your weapons, the both of them ! Slowly and gently and maybe you’ll live to see another day… What are your orders ?

Il y eut une petite gêne alors qu’ils s’exécutaient, commençant à craindre pour leurs vies… Lorsque les armes avaient touché terre et qu’ils ne représentaient qu’une petite menace pour moi, je commençai à approcher mon pistolet du dos du crâne de l’un des deux, dont la corpulence et la taille étaient plus ou moins équivalentes à la mienne.

It ‘s a very simple question : What. Are. Your. Orders ? dis-je en tirant une balle en l’air pour les faire réagir.
We chase the survivors and kill the ones we catch ! We are sorry !
Good… You ! Lay down, face on the earth and put your hands behind your head. And you ! Undress !

Les deux agirent comme je leur avais ordonné et une fois que cela fut chose faite, je me saisis de l’un de leurs fusils d’assaut et leur mis quelques coups pour les assommer. La crosse d’une telle arme s’avérait utile pour ce genre de tâche ! Ainsi grimé, je me mis en marche pour pouvoir passer le point de contrôle. Après ce que je leur avais mis, ils ne risquaient pas de se réveiller de sitôt et vu qu’on était en pleine jungle, il était également peu probable qu’on les retrouve de suite…

Jo'
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Jo'
Mar 17 Nov - 9:34
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Lucile
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Nous avons peu remis en question l’intégrité de ces individus. Andréa, la jeune allemande, a comme moi l’atout-enfance qui impose un genre de trêve civilisée, tacite, et inclusive. Par ailleurs, nous avons peu d’autres solutions – j’ignore si Damian connaît mieux l’île que moi, puisqu’il y travaille, mais en dehors de l’hôtel j’aurais été absolument paumée. On ne peut décemment pas se refuser à une main tendue, à plus forte raison quand elle est armée, puissante et robuste comme celle de John. Damian néanmoins ne parvient pas à trouver du répit et je crois que la veille nous a tous changé.

Autrefois le rat de ville
Invita le rat des champs,
D'une façon for civile
A des reliefs d'ortolans.

Nous arrivons en périphérie d’une ville fantôme dont les spectres fumeux s’exhalent par le haut avec langueur, pris au piège dans une toile de carcasses de véhicules en tout genre, tour à tour renfoncés dans le capot, luisants de fuites d’huile, soupirant en nuages grisâtres leurs derniers souvenirs de voyage. Andréa a de plus en plus de mal à marcher, au petit matin, elle a fait toute cette route dans le sens inverse à la quête de son mari. Si elle ne l’a pas trouvé, elle ne peut se décider à l’imaginer mort – et je peux parfaitement comprendre ses imprudences. Elle s’appuie sur moi, complètement vidée, alors que les garçons nous ouvrent une brèche dans la ville par ses boyaux souterrains. Au loin l’armée rôde, et s’approche. John se laisse tomber avec agilité, puis Andréa descend avec toute la lenteur que lui dicte son ventre, Tom petit singe se dépêche de dévaler les barreaux de l’échelle de service et je ne suis qu’à mi-chemin lorsque Damian, m’emballant d’une phrase rapide, referme le couvercle sur nos têtes. Je me décompose, tentée de lui hurler de rester avec nous - puis me figure que j’attirerai des ennuis à toute notre ‘’joyeuse’’ équipe. Je tente de voir par le trou de la plaque d’égout ce qu’il advient de mon ami, lorsqu’on me somme en bas de me dépêcher.

Sur un tapis de Turquie
Le couvert se trouva mis.
Je laisse à penser la vie
Que firent ces deux amis.
Le régal fut fort honnête

Je m’échappe, puisque la raison me l’ordonne, et abandonne malgré moi Damian à son sort. Tom s’angoisse, moi de même, mais nous ne pouvons pas ralentir la cadence – si les égouts devraient être déserts, nombreux sont les gens qui ont tenté de s’enfuir par ici, soit lorsque l’épidémie a commencé et que les gens se sont entredévorés, soit lorsque l’armée a achevé le travail de la nature en éliminant les valides (ce que m’apprend John). Nous pouvons donc tout aussi bien tomber sur des loques de chairs, que sur des loques de morale.

‘’Why are they following the orders though ? Given this situation, nothing could force them, right ? They could be with their families trying to survive like we do.
- It’s their way of survivin’ : their families are in a safe place as long as they do the job. They stop, it stops too. Shit’s fucked.
- And how do you know that ?’’

Il me révèle avoir été dans l’armée, et je danse entre la suspicion d’un piège tendu, et la peine de me dire que sa mutinerie signifie la perte de ses proches. Je ne dis rien mais garde Tom bien en vue. Ma tête est en partie chez Damian alors que nous progressons dans le discret remugle aquatique des égouts ténébreux. La maigre lampe torche de John et les lumières de service éparpillées par-ci par-là ne permettent pas la meilleure visibilité, d’autant que je ferme la marche, et la tension nous dévore les nerfs. Nous marchons insupportablement lentement, au rythme d’Andréa qui souffle comme une locomotive dans l’épuisement de sa grossesse.

Rien ne manquait au festin ;
Mais quelqu'un troubla la fête
Pendant qu'ils étaient en train.
A la porte de la salle
Ils entendirent du bruit

Au carrefour d’un boyau, ce n’est ni tout à fait l’armée, ni tout à fait un mort qui nous agresse. Un revenant en tenue de guerre, arme en bandoulière dans l’incapacité cognitive de s’en servir, gilet pare-balle, casque et tout le délire fond sur John qui tire sans sommation. Les balles se logent dans le casque puis dans la veste du gourmand bien équipé, alors que le poids du cadavre alourdi de sa tenue fait choir notre guide à la renverse. Il esquive les coups de dents ripostant par des coups de crosse, et je passe à l’avant de notre file pour lui filer un coup de patte. Tenant la tête de l’affreux par son couvre-chef bien serré, John le défigure d’une balle bien placée. Il se lève le visage couvert de vieux sang.

‘’Good on ya, mate.’’

Je ne me félicite pas au contraire, je ne me félicite jamais de tuer quelqu’un, même un malade, même un dangereux, même si ce n’est plus quelqu’un mais quelque chose. Les coups de feu ont résonné dans tout le circuit des eaux usées et nous devons presser le pas. Si un militaire armé jusqu’aux dents a su se faire mordre durant sa patrouille, alors probablement y a-t-il davantage de rampants que prévu – peut-être coincés quelque part, pour l’instant. Impossible de nous dépêcher vu la fine équipe que nous formons ceci dit. Dans la lutte qui a vu John chuter, la lampe de poing s’est échouée au fond d’un canal, ruinée. Je consulte mon téléphone – 16%. Et s’il s’éteint, Damian n’aura plus aucun moyen de nous retrouver. Je tais la fonctionnalité ‘’lampe’’ au groupe, peu fière de moi. Je l’emploierai en cas de pépin majeur. Dans le noir, nous sommes plus lents encore, Andréa a besoin de repos – elle s’assied à même le sol, et je trépigne. Au loin, des plaintes d’outre-tombe nous parviennent en écho. Nombreuses. John craque, me tend son arme à feu dans mon incrédulité la plus totale, et se saisit de notre camarade comme d’une mariée et nous filons tant que possible. Ses foulées sont déconcertantes, et je ralentis pour laisser Tom passer devant. Au loin, de larges formes nous ont trouvés.

Le rat de ville détale ;
Son camarade le suit.
Le bruit cesse, on se retire

Le spectacle est une horreur. Les corps en lambeaux sont gonflés d’eau en bubons galeux, bourrelés tendus de noyade puante qui titubent à notre rencontre, heureusement lents, plus lents que nous. J’ignore derrière quel piteux barrage ils étaient retenus qui a cédé à leur entente de l’arme de John, mais nous parvenons à les tenir en respect un moment, angoissés de leurs gargarismes gloutons sur nos talons. Le scénario change de tournure lorsque nous arrivons devant l’échelle qui doit nous conduire en sécurité. John doit monter le premier : impossible pour moi de soulever la plaque d’égouts seule. Arrivé en haut, il ouvre le toit sur nos têtes et c’est à Andréa de monter. Son ascension est interminable, comme si ses genoux ne répondaient plus, ses poumons dans l’estomac, suante d’un souffle court et bouffées de chaleur. Le groupuscule des morts s’approche de nous avec envie et le calme déterminé des forces immuables de la mort. Ils sont presque à nous alors que Tom s’apprête à grimper. Figée par la peur de ce pistolet entre mes doigts tremblants, incapable d’agir face à ces masses répugnantes qui bientôt me chopent par les cheveux et me dévorent toute entière, comme le vieux dans la voiture, c’est mon frère qui me rappelle à la réalité : ‘’Tire !’’

Achevons tout notre rôt.
- C'est assez, dit le rustique ;
Demain vous viendrez chez moi.

Le coup de feu part et me vrille les poignets par la surprise du recul. L’obscurité du couloir souterrain se saigne par l’intermittence de la lueur des balles. Je perce les chairs qui se répandent, nauséabondes. Je ne touche pas de têtes – je ne parviens pas à viser. Je gagne du temps jusqu’à ce que Tom soit en haut et une bête chute de tout son poids sur moi. J’applique mes propres conseils, pénètre sa face par ses yeux avec mes pouces. Le vieux sang dégouline sur mon visage, je ferme ma bouche aussi serré que possible, j’achève la résistance de la cornée et entre mes phalanges aussi loin que possible. Je me dégage du corps dégoulinant et m’époumone sur l’échelle. En haut, John est déjà à quelques mètres, progressant lentement avec Andréa, sans regard pour nous deux – logique, John est efficace, ce qui est incompatible avec l’humanisme. Nous les rattrapons sans peine avec Tom et achevons notre course dans une Eglise.

Ce n'est pas que je me pique
De tous vos festins de roi ;
Mais rien ne vient m'interrompre :
Je mange tout à loisir.
Adieu donc. Fi du plaisir
Que la crainte peut corrompre !

Je ne suis pas croyante, mais je la vois comme un miracle. Une petite court intérieure murée  de pierre, cerclée par une grille en fer forgé garantit l’intégrité du bâtiment. Le portier de leur planque, sous la bénédiction de John, nous ouvre pour nous laisser entrer, interdits. A l’intérieur, des lits sont aménagés sur les banquettes, chacun vaque à ses occupations, qu’elles concernent la survie des corps ou celle des âmes. Toutes les têtes se retournent vers nous. On accourt vers Andréa pour la reposer, vers John pour un rapport, il y a des enfants. Une bonne sœur vient à ma rencontre, me serre dans ses bras, toute fétide soit mon odeur. Le décalage d’ambiance me contraint au silence suspicieux et perdu alors que Tom est pris en charge – on lui donne des vêtements propres, de quoi se laver … dans de l’eau chaude ! C’est absolument fou. Il est nourrit. On me propose les mêmes faveurs mais je demeure interdite, assise dans un coin. Et puis mon téléphone retentit comme un retour à la vie, vie suspendue dans l’espoir de retrouver Damian. On m’interroge du regard : personne n’a pu avoir de nouvelles de personnes et je suis ce privilège magique, à jalouser et à espérer.

‘’Damian, oh my, is that you ?! I don’t have much batteries, tell me where you are I’ll come get you !’’


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Houmous
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patrick
Houmous
Mar 17 Nov - 20:41
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


J’étais maintenant largement plus armé qu’auparavant. Cependant, cet état de fait ne me rendit pas plus confiant. Après tout, je ne savais pas me servir de l’un de ces fusils et même en cas de force majeure, il y avait fort à parier pour que je ne sois même pas capable de faire feu et de défendre ma vie… Je pris cependant un certain temps à réfléchir à ma démarche pour ne pas faire trop tâche au milieu des portes de la ville. Je n’avais que la peur d’être pris en train d’usurper l’identité d’un soldat qui résonnait encore et encore dans ma tête. Malgré tout, je marchai en direction des portes en gardant mon béret fraichement acquis bien vissé sur ma tête. Je vis l’un des gardes de la porte siffler pour qu’on m’ouvre. Je lui saluai simplement d’un geste de main.

Une fois à l’intérieur, je me rendis compte de l’étendue de l’audace de mon plan. Il y avait des dizaines de trouffions qui courraient en tous sens et qui semblaient affairés à diverses tâches, des véhicules blindés roulaient avec lourdeur sur leurs chenilles et un gradé marchait en rond en vérifiant que chacun travaillait avec efficacité. Il était chauve et avait une sale balafre mal soignée sur la joue gauche. Ses multiples écussons colorés ne laissaient aucun doute sur sa redoutable qualité de chef. Je me dis que le mieux à faire était de simplement partir rapidement. Je voulus profiter de l’agitation ambiante pour me faire la malle mais c’était sans compter sur le gradé qui m’apostropha avec délicatesse, me traitant de raclure de fond de chiotte.

Quelques minutes plus tard, j’étais aligné avec tous les soldats, en train de maintenir un garde à vous douloureux. Le gradé fit la revue de ses troupes et disait par moments de choses à son adjudant qui prenait des notes. Lorsqu’il s’interrompit devant moi, il soupira avant de marmonner quelque chose à son adjudant. Il se tourna ensuite vers moi et m’arracha mon fusil des bras. Il me mit un coup de genou dans le foie, faisant preuve d’une bien plus grande souplesse que ne laissait transparaitre son air austère et sa prothèse de jambe. Je fus si surpris que je crus m’étouffer au sol, la douleur vibrant en larges vagues chaudes dans tout mon abdomen. Il y eut quelques murmures dans la foule, vite tus par un regard sanguin de l’officier.

You dirty maggot ! After going through your classes, you can’t even keep attention ? I will have your drill sergeant for this ! Now, get up, you dipshit ! And take your rifle, soldier ! What would you be without it ?

Dead meat… sir… !dis-je en me relevant péniblement, l’abdomen déchiré par la souffrance.

Even with your gun, you will soon be, soldier ! I just want you to cover your fellow first class ! Now you will do 50 push-ups in front of the whole company ! You’ll learn soon what it is to fight for your country…

Je me retins de pousser un soupir et me baissai tout en tenant le fusil. Je ne pus que le voir en train de s’allumer une clope avec une allumette qu’il craqua contre sa veste d’officier. Je n’avais jamais été réellement un grand sportif alors faire 50 pompes était pour moi quelque chose de difficile. Lorsque le gradé vit que je commençai à ralentir aux alentours de la vingtaine, il posa sa botte sur mon dos en me beuglant à l’oreille que si je ne finissais pas, ce serait toute la compagnie qui aurait à le faire pour moi. Au terme d’une véritable épreuve de résistance à la douleur, je parvins à la cinquantième pompe. Je pense encore aujourd’hui que je n’ai été autant humilié de toute ma vie que ce jour-là, tous les regards étant braqués sur moi. Tous étaient muets mais probablement qu’ils n’en pensaient pas moins…

Mon tortionnaire retira son pied de mon dos et me laissa me relever sans m’accorder le moindre regard. Je savais que si je montrais à partir de là le moindre signe de faiblesse, il recommencerait à s’en prendre à moi alors je fis en sorte de ne pas faillir de la moindre manière. Je restai bien dans le rang pendant qu’il reprenait son inspection générale. Tout ça me semblait lunaire, comment avait-on pu ne pas se rendre compte que je n’étais pas un véritable militaire ? J’avais les cheveux un peu plus longs que les autres et je n’avais certainement pas la bonne démarche. Il me vint finalement que malgré tout, l’uniforme était un véritable miracle d’ingéniosité humaine. Dès lors qu’on le portait, on substituait son propre visage à celui de l’institution qu’il représentait.

Après que les rangs se rompirent, je me permis de tituber un peu et de porter la main à mon ventre. Les deux gradés s’en étaient allés d’un pas triomphant face à leur œuvre… Je soupirai largement et sentit une main dans mon dos.

Hey mate ! I’ve never seen you around… First time with Tavish ? The fucker ain’t no joke but I’ve seen him behave worse than that. Where a’you from ?

Hey… The name’s Dam’ but my friends call me the Canadian because… Well, you get it I suppose.

Want to help me take care of some crates there ? I’ve something to tell you about…

Après sa proposition mystérieuse, il m’emmena un peu au loin. Je l’aidai quelques heures à porter des caisses de rations et de munitions à divers endroits du camp, ce qui m’aida à faire un peu de repérage et à comprendre mieux mon environnement. Il me parla du fait qu’il comptait se barrer mais qu’il avait besoin de compagnons pour ça, notamment pour réussir à fuir l’île. Il voulait retourner dans sa Nouvelle-Zélande natale en un seul morceau, ce qui semblait de plus en plus compromis au fil du temps. Je lui expliquai que j’avais de la famille à récupérer mais que j’avais aussi envie de m’enfuir. Il avait apparemment quelques autres amis dans le coup mais il avait besoin d’une diversion et il m’avait contacté parce que je portai l’écusson des artificiers. Il me fallut un moment pour accepter le fait qu’un artificier avait été envoyé dans les bois pour une battue mais soit, je n’étais pas un militaire et je n’avais aucune idée des stratégies étranges qu’ils pouvaient employer pour gérer leurs hommes.

So you’re okay with the plan ? You get some explosives from the armory and we take out the gates tonight ? We’ll wait for you around the mess. If you get caught, we’ve never met, alright ?

Nous nous serions la main avant que je ne me dirige vers l’armurerie et que je n’entre calmement. Là, un vieux bonhomme quasiment dégarni sur le dessus était en train de feuilleter un magazine porno. Il ne releva même pas la tête pour me dire qu’il était occupé et de revenir plus tard. Je commençai à esquisser un sourire auquel il releva la tête d’un air sérieux. Il avait des yeux de tueur et je me sentis effectivement un peu en danger en rencontrant ses iris. Je fis donc demi-tour avant qu’il ne m’arrête en râlant que j’avais de toutes manières ruiné sa « session de lustrage des armes ». Il ne me posa pas énormément de questions mais me demanda de signer sur le registre que j’étais venu prendre un pain d’explosifs plastiques. Je le fis sans hésiter, prenant le temps d’essayer de faire quelque chose de réaliste avec le nom indiqué sur mon uniforme : Sudderland. Une fois cela fait, je partis avec le pain dans une petite boite de stockage.

Quelques heures plus tard, quand il commençait à faire nuit et que tous étaient dans leurs dortoirs, j’étais resté caché dans les toilettes. C’est à ce moment-là que j’appelais Lucile. La lumière blême se reflétait faiblement sur le carrelage, rendant l’ambiance bleue à verte. Je soupirai en me rendant compte que je ne pouvais pas me permettre de parler plus fort que je ne le faisais et que malgré tout, elle ne m’entendait pas. Je finis par raccrocher précipitamment sans avoir plus d’éléments au sujet de leur position actuelle et coupai le téléphone en entendant quelqu’un arriver dans la pièce. Je rangeai le téléphone dans mon slip, l’air de rien et conservai les explosifs sous ma veste, à peine cachés. Les pas s’arrêtèrent devant mon cabinet et je fus surpris par un coup de pied qui fit voler la fine porte de bois en morceaux, brisant le cadenas par la même. C’était encore ce foutu gradé qui était venu me chercher.

I never forget a name, rookie… And Sudderland was not in his room at the supposed time. Can you explain what you were doing at this time and place ? Were you perhaps, shooting yourself with heroin ? Or were you indulging in forbidden acts ? Do you think I’m fucking blind ?! Get up and show yourself in the light !

Je ne pus m’empêcher d’obéir à cet homme dont toute la carrière l’avait formé à devenir une bête d’autorité. Il me fit retirer ma main de ma veste et me tira le pain de C4 des bras et eut les yeux écarquillés. Je pensai un moment à me jeter sur lui et à me battre pour pouvoir tout de même lancer le plan malgré tout mais je me dis rapidement que c’était peine perdue. Il resta un long moment sans rien dire et à se perdre dans ses pensées. Peut-être cela lui rappelait quelque chose, aussi, il jeta le pain au sol et me prit dans ses bras. Je crois qu’il retint un sanglot longuement et respirai comme il le pouvait.

I’m sorry, private… It already happened once and I couldn’t face myself in the mirror… I don’t want any of my men to die again…

Il se retira rapidement et me tourna le dos pour reprendre sa contenance. Il avait soudain un aspect bien plus humain… C’était étrange de se prendre d’affection de quelqu’un dont on sait que c’est un ennemi comme je le faisais. Mais comme on le dit : les roses peuvent fleurir même sur les champs de bataille… Je soupirai un peu, soulagé décidément et soutins son regard avec bien plus d’aisance. Il prit un moment à me parler de cet autre soldat qui s’était sacrifié pour le sauver alors qu’il était encore une première classe. Il lui avait apparemment promis de ne jamais laisser tomber un autre de leurs camarades et lorsqu’il gravit les échelons, il se mit à être intransigeant pour faire en sorte que tous ses hommes soient suffisamment forts pour ne jamais se retrouver à sa place. J’osai même un sourire alors en lui disant que j’étais convaincu de sa bonne volonté, comme tous les autres et que j’irai replacer discrètement l’explosif le lendemain et qu’il n’avait pas à s’en faire. Il partit avant moi, acceptant que je m’y prenne comme je l’avais dit.

Après ça, j’étais un peu déboussolé… La journée avait eu son lot d’intensités et elle allait se solder par une course poursuite complètement furieuse dans les rues dévastées de la ville ? Je ne m’en sentais pas vraiment la force. Mais avais-je encore le choix ? Il ne s’agissait que d’une question de temps avant que je ne sois découvert et exécuté pour espionnage ou quelque chose du style. Je pris donc mon courage à deux mains et suivis à la lettre le manuel de ma porte de sortie, que j’avais déjà relu de nombreuses fois… J’allais la planter sur la porte et réglai le minutage à 5 minutes. Je me frottai les mains un moment avant de me rendre compte que je l’avais réglé à 5 secondes. Je pense que c’est le moment où je courus le plus vite de toute ma vie et pourtant, cela ne suffit pas à ne pas me faire balayer par l’explosion. Je roulai mollement au sol alors que tout commençait lentement à s’agiter autour de moi. Les sirènes commençaient à hurler et je me mis à tituber en direction du mess sans grande volonté. Il fallut qu’on me le dise pour que je me rende compte qu’un éclat de métal était resté planté dans mon avant-bras droit. L’adrénaline m’avait complètement shooté et si j’avais perdu mon bras entier, je ne suis pas persuadé que je m’en serais plus rendu compte. Au moment précis où l’on me demanda si j’allais bien, je m’évanouis, exténué, violenté, abattu… Je me souviens avoir plusieurs fois repris conscience alors que j’étais trainé, sans savoir réellement dans quelle direction…

Jo'
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Jo'
Mer 18 Nov - 9:32
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

Rien à l’autre bout du fil puis ça raccroche. Mon téléphone s’éteint, vidé de son énergie. Je ne sais même pas si c’était Damian. Arrêt sur image, l’écran noir toujours collé à l’oreille, je ne veux pas y croire. Il doit être en vie. Il doit être quelque part, en train de nous chercher. Il ne devait pas quitter cette île sans nous – mourir, c’est aussi quitter cette île. Je lui refuse ce luxe. Le soir approche déjà, Tom se fait des amis par le langage universel du jeu. Ils jouent aux zombies. Je le vois mimer un pistolet et tirer sur un flic qui se fait bouffer par un mort, il raconte notre arrivée ici il semble. J’ignore si la tragédie en fera un ange ou un monstre dans la vie d’après. Pour l’heure, il est en sécurité, c’est bien assez. Et puis je l’aimerai monstre, et ange, peu importe.

S’il y en a un qui est en danger au contraire, c’est Damian. Je ne peux pas laisser faire. Je hisse un sac sur mes épaules rougies et empoigne un pistolet lorsque John intervient.

‘’Waddya doin’ kid ? Stealin’ our shit ?
- I’ll give them back : I’m searching for my friend.
- Ya know where he is ?’’

Je ne réponds pas. Aucune idée. La seule chose que je sais, c’est qu’il est hors de question de le laisser se putréfier dans la nature, en proie aux prédateurs morts, vivants et morts puis vivants. Lui n’a pas hésité à se jeter dans les bras des militaires, pas plus tard qu’aujourd’hui, pour que nous rejoignions les égouts en sécurité. Je lui collerai une belle rouste pour ça aussi. Comment compte-t-il veiller sur nous s’il est loin ? Comment compte-t-il veiller sur nous s’il est mort ? J’oscille entre colère et culpabilité, et toutes deux alimentent ma rage d’y être.

‘’Have no clue, right ? You crazy ? Ya buddy must be dead by now !
- Look, I don’t care, I have to.’’

Refuser l’évidence. C’est ça survivre. Si tu vois les choses en face, tu croules au fond du récif, au piège des bras rutilants des canyons sous-marins, ou des bras du paternel, des zombies, des militaires, des amants. Perdition en perdition, tout dans un même élan pour repousser ce qui menace déjà depuis la conception. Lutter contre la mort, il n’y a rien de moins rationnel au monde. Partie animale en nous, ou infantile. La seule que j’aime chez l’être humain. La seule que j’aime chez moi, ce qui m’éloigne de l’Homme. Je quitte, brûlante d’angoisse déterminée, l’Eglise. John me suit et c’est donc à la grille qu’on refuse de m’ouvrir. Il me pousse de sa fermeté militaire et mes cinquante petits kilos luttent mal. Je le défie du regard. Il faut que j’y aille.

‘’Won’t let ya kill ya’self, mate. If I have to break both of your legs, I’ll do it.
- Go ahead, I’ll crawl.’’

Je suis sérieuse, nous nous toisons. Chaque seconde à discuter rapproche mon ami de sa mort, et moi de mon impuissance inavouée. Sœur Margaret nous délivre pour mieux nous ferrer.

‘’Andréa’s waters broke !’’

Nous nous observons d’un commun accord : Damian pourrait être le Graal que la vie d’un bébé et de sa mère seront toujours prioritaires. Je me déleste de mes armes comme de ma mission et accourt à la jeune maman, qui par ailleurs n’a que moi pour converser puisque son anglais est quasi insultant, et qui a été installée dans ce qui devait être le bureau du prêtre, au fond d’un couloir étendu en contrebas des marches de l’autel. Je m’angoisse – si elle a pu prendre l’avion pour rejoindre Banoi, alors elle est à quelques semaines de son terme. Par ailleurs, si je me colle l’étiquette d’infirmière depuis le départ pour me rendre indispensable et être sûre de survivre avec Tom, la seule expérience de l’accouchement que j’ai est un stage auprès d’un vétérinaire fermier où une vache a mis bas dans le plus grand stoïcisme. Autant dire que je n’en mène pas large devant ce bébé délogé par la détresse.

Pourquoi s’adresser à Bacchus ?
Dans une journée aussi belle
Mes amis, chantons en  » chorus  »
A la tendresse maternelle.

Elle a peur, évidemment, aussi tenté-je de la rassurer. Accoucher n’est déjà pas mince affaire, donc sur un matelas de fortune, avec une vétérinaire et une bonne sœur pour sages-femmes, sans péridurale, à même la fin du monde, c’est incomparable. J’éponge sa transpiration, apaise son souffle, use de mille mensonges pour la détendre. Nous discutons d’elle, de son mari qui ‘’bien sûr, n’est pas mort !’’, de sa vie d’avant. En vrac : ils ont trois poules dans leur jardin, elle a aussi trois sœurs, ils savent déjà qu’ils veulent un second enfant, et qu’elle va aimer celui-ci plus que tout au monde. C’est une petite fille qui devrait poindre le bout de son nez, et dans sa chambre il y a un mobile avec des petits animaux – elle n’est pas peinte en rose cette chambre, c’est trop genré, ils ont choisi un joli vert émeraude avec du bois clair. Il y a un énorme ours en peluche qu’ils ont gagné à la foire. J’ai envie qu’elle se taise. Plus elle parle dans le brouaha germanique que je peine à comprendre, plus je l’aime. Si elle me claque entre les mains, je ne me le pardonnerai jamais.

D’un bien pour l’homme si charmant
Nous avons ici le modèle ;
Qui ne serait reconnaissant
A la tendresse maternelle ?

Je jette un œil plus bas, incapable de déterminer le niveau de dilatation chez un être humain, et me fie aux contractions qui se rapprochent. Le soleil nous quitte doucement alors qu’elle est de plus en plus douloureuse – est-ce le développement de notre cerveau, ou celui de la civilisation, qui nous rend si expressifs face à la douleur ? Je repense à cette vache et à ses longs cils tout juste concentrés, ses spasmes appliqués de l’abdomen sans jamais sourciller - l’animal oui, quel courage, quelle abnégation, supériorité primitive. Avant que le travail ne commence sérieusement, je me fais une toilette. Propre, sans ce fardeau de vieux sang qui me rappelle d’où je viens, et qui me manque, je suis plus à même d’accueillir ce nourrisson.

Arrive-t-il quelque bonheur ?
Vite, à sa mère on le raconte ;
C’est dans son sein consolateur
Qu’on cache ses pleurs ou sa honte.

Je comprends, ou ressens – voilà une indicible sensation à décrire – que le moment approche. J’essaie de lui indiquer approximativement qu’elle doit pousser lorsque ses contractions la taraudent, ce qu’elle fait, appliquée. Sœur Margaret est assise dans son dos et l’encourage, me voilà entre ses jambes mue par mille efforts de concentration. Le corps d’Andréa se fend dans des hurlements déchirants, parcouru de sillons de sueur brûlants de sel qui lui cinglent la peau en cette soirée tropicale. Entre ses chairs, j’entr’aperçois le haut d’une tête qui pointe et je l’annonce presque comme si l’effort avait totalement abouti. Depuis que le travail a commencé, je n’ai plus peur. La vie est là dans son tout premier effort, celui de quitter le cocon, de s’exposer pour évoluer, de perpétuer l’immuable cycle naturel qui nous anime tous de ses désirs mathématiques secrets. Je ne suis que sa servante. Soumise totalement à ce bout de tête qui déchire sa propre mère. Le sexe féminin – toujours douleur, toujours problème, jusque dans son anatomie : une plaie béante ouverte sur nos organes.

A-t-on quelques faibles succès,
On ne triomphe que pour elle
Et que pour répondre aux bienfaits
De la tendresse maternelle.

Andréa ne lâche rien, et moi non plus. La tête est dehors, je la réceptionne entre mes mains, sans réaliser encore l’immensité de l’être dont je me saisis. Je pivote doucement les épaules et bientôt le Graal – le vrai – achève sa course ensanglantée dans mes bras. La vie me quitte, je manque de tomber à la renverse. Cette petite prune fripée est la plus magnifique chose qu’il me soit donné de voir – ses yeux aveugles et gonflés froncent sur sa première bouffée d’air un peu glaireuse, ses petites mains aux minuscules doigts, nom de Dieu presqu’invisibles à l’œil nu, serrent le miens dans un réflexe de survie qui implose mon poitrail. Cette petite est faite pour ce monde où il n’y a que la lutte et le sang qui paie. Née dans l’apocalypse, elle concentre son énergie pour se saisir de ce qu’elle trouve, les pieds s’agitant nerveusement sur sa frustration immobile. Je la pose sur la poitrine de sa mère en larmes, et ce sont quatre générations de femmes qui pleurent sur leur sort – sort douloureux, sort magnifique. Car les hommes pourront bien nous violer, nous battre ou nous séquestrer, c’est futile : nous sommes celles qui donnons la vie, dans tout son absolutisme transcendantal.

Ô toi, dont les soins prévoyants,
Dans les sentiers de cette vie
Dirigent mes pas nonchalants,
Ma mère, à toi je me confie.

Mais la lutte n’est pas finie. Je coupe le cordon avec douceur tandis qu’Andréa donne ses dernières forces pour expulser le placenta. Sœur Margaret nettoie le bébé, l’emballe au chaud, le pose sur sa mère alors que je reste interdite dans un coin de la pièce. Elles sont faites pour être réunies, un père aurait peut-être été de trop de toute façon. Il fait nuit, au loin, une alarme hurle sa panique mais la bulle dans laquelle nous nous trouvons ne peut être trouée. Je sais que si je sors d’ici, il faudra affronter le monde mâle horrible. Il faudra affronter l’absence de Dam’, que j’ai, si ça se trouve, moi-même condamné. Il est si tard, et je suis si épuisée. Mais j’ai une jolie nouvelle. Je sors de notre hôpital improvisé et annonce l’heureux évènement – maman et bébé vont bien. Une euphorie joyeuse s’empare de nos quartiers mais je demeure dans le brouillard distant de mon exténuation. J’ai déjà eu ma célébration, celle de voir en premier ce bout de vie bagarreur.

Des écueils d’un monde trompeur
Écarte ma faible nacelle.
Je veux devoir tout mon bonheur
A la tendresse maternelle.

Je rejoins Tom et lui raconte mon aventure. Enfin, depuis que j’ai tué nos parents, je vois autre chose que du mépris pour moi dans ses yeux. Je le serre contre mon cœur et m’endors assise sous ses protestations fières d’être pris pour l’enfant qu’il est encore devant les petites filles de l’abri.


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Mer 18 Nov - 16:54
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J’avançai en flottant dans un brouillard sonore qui m’agressait les oreilles. J’avais le sentiment d’être seul dans un néant sombre percé uniquement d’éclairs fugaces. La douleur ne m’attenait plus, elle avait probablement déjà achevé de m’emporter dans un autre monde… J’eus une dernière pensée pour tout ce que je laissais d’inachevé derrière moi alors que j’avançai doucement vers ma propre fin. Je n’avais pas eu l’occasion de donner la chasse que méritaient mes vieux démons, ceux-ci dansant autour de moi sur le seuil de l’infini. Je n’avais pas non plus réussi à rattraper les erreurs de mes géniteurs en apportant quelque chose de réellement positif dans le monde. Et… je laissais en rade Lucile et Tom dans une sacrée situation sans avoir pu tenir mes promesses… Je soupirai un instant, sentant mon cœur se serrer alors que je commençai à m’envoler en direction du tunnel blanc qui me libérerait. Mais là encore, le sort en décida autrement.

Cela me fit l’effet d’une très grande accélération, bien lointaine du sentiment de calme qui m’entourait jusqu’ici, un peu comme l’inverse d’une chute libre. Mon corps avait rappelé mon esprit, lui intimant qu’il n’était encore temps et que j’avais encore trop à faire pour me laisser glisser. Les couleurs revenaient, plus vibrantes qu’elles ne l’avaient jamais été et bientôt, elles donneraient lieu aux formes de se dessiner. Les pupilles toutes dilatées, je repris conscience de ma face et de mes mains tout d’abord, dans une vibration rappelant de furieux fourmillements. Bientôt, ce fut au tour de mes bras, de mon torse et de mes pieds d’être soumis à cette même agitation et je me redressai, comme plié par une volonté immuable de vivre que je ne me connaissais pas. Mon cœur battit la chamade et mon souffle fut rapide dès lors dans les quelques secondes qui suivirent. L’image qui s’offrait à moi était, en quelques sortes, biblique. Si mon ange gardien était certainement des archanges vengeurs qui frappaient le mal et guidaient les hommes, il avait pris les traits de Carter, le soldat néo-zélandais. Ses pairs étaient en arrière-plan en train de combattre fiévreusement contre la nuit vorace qui se rapprochait inlassablement de notre dernier rempart. Je me pris à croire que j’avais rouvert les yeux sur un purgatoire aux allures de Ragnarök.

We never let a soldier behind ! Now get up and take your rifle, we need you to help us, Canadian !

Quand je voulus me relever, je sentis une vive douleur dans mon dos et me rendis compte que mon bras droit était également entravé dans une écharpe de fortune, ayant été soigné avec les moyens du bord. Je n’avais aucune idée du temps que j’avais passé dans les vapes mais nous étions en train de défendre un rez-de-chaussée dans lequel nous avions du vouloir trouver refuge. Les douilles avaient déjà commencé à tapisser le sol, le rendant instable et me faisant déraper dessus. Je parvins finalement à arriver à côté de Carter, derrière une table de salon renversée servant de barricade de fortune. Il me passa son fusil que je tins à une seule main, le laissant reposer sur le bord de table et tirai sans hésiter. Pendant ce temps, il en rechargeait un autre et me conseilla pour me permettre de faire mouche. La chance était de mon côté : dans mon état, il n’y avait aucune chance que je sois particulièrement efficace, ainsi je n’avais rien de suspect. Les autres continuaient à hurler de rage, comme des animaux déchainés et encerclés, réduits à la seule possibilité de combattre pour sauver leurs peaux. La bataille dura une éternité, les corps s’amoncelant les uns sur les autres. Ils étaient anonymes mais la vision d’une femme âgée, d’un rampant unijambiste et d’une adolescente que je crus abattre les uns après les autres me frappa. Pour faire taire la culpabilité et la peur, je me pris à rejoindre leur rage de Berserkir faisant face aux géants, criant plus fort encore que je ne les rejoindrais pas aujourd’hui. Nos cris portaient au-dessus du râle de ces dizaines de morts et même au-delà des crachats enflammés de nos armes, montrant la détermination qui nous animait tous, danseurs sur le fil du rasoir que nous étions. Le tout connut une fin particulièrement brutale lorsque l’un de mes alliés bien vivants posa son fusil avant de dégoupiller une grenade et de la lancer au niveau de l’entrée.

Grenade ! Take cover !! beugla-t-il avant que nous ne mettions tous derrière nos couvertures sommaires.

Bientôt, c’était à nouveau la même brûlure enragée qui venait se faire connaitre dans mes oreilles. Le son me parvint bien avant la vibration qui agita tout le bâtiment mais cette dernière eut plus de répercussions assurément. Une partie de la façade s’écroula, interdisant désormais l’entrée dans notre repère. Alors je me redressais pour admirer avec effroi l’étendue des dégâts, un silence contrastant avec la lutte précédente nous marqua tous. Dans le reste de la pièce, que nous arrosions de munitions depuis tout à l’heure, nous avions créé un véritable enfer sur Terre de chaires et de sangs, de membres, de fragments d’os avec du shrapnel en guise de mixeur. Nous avions créé une œuvre abominable tapissant sans distinction du sol au plafond les meubles, les murs et même nos abris de ces abats inidentifiables. Un cadavre ambulant était coincé sous les décombres, agitant encore un bras et la mâchoire alors que la majorité de son corps avait été fracassé. Par pitié, le grenadier l’acheva d’une balle dans la tête, cérémonieusement.

Okay, everybody’s all right ? Mikey, you pack everything up. Howard, you count the ammo we still have. You okay, Canadian ? I almost thought you were going to be impolite enough to be leaving first. Joke aside, do you think you can walk or even better, run ?

Yeah, I’m okay… Thanks. I think I can walk but I’m not so sure about running around… Where are we ?

There’s not much time, I’ll explain while we walk. I’ll take care of your backpack, mate, alright ?

N’ayant pas plus de protestations, je me relevai et me mis à marcher en leur compagnie. Après que le dénommé Mikey ait mis plusieurs coups de pieds sur un pan de mur instable, il parvint à l’abattre et nous descendîmes dans les rues devenues calmes après notre violente échauffourée. Howard couvrait nos arrières, les mains posées avec une maitrise impressionnante sur son arme. Sa position avait quelque chose d’hors du commun que même des films ne pourraient correctement retranscrire. Mikey, lui, ouvrait la marche, un fusil à pompe dans les mains. Je titubai un peu mais parvenais à maintenir la cadence, Carter me soutenant tout du long. Il m’expliqua qu’ils étaient 5 lorsqu’ils s’enfuirent de la base et que dans leur fuite, ils perdirent de vue l’un d’entre eux et qu’un autre se fit abattre d’une balle dans le dos. C’était apparemment un immense chaos qui avait déchiré les alentours lorsque la bombe détonna. Des hordes de morts s’étaient empressés de venir chercher leur dû dans les casernes et les soldats n’avaient pas réellement eu l’occasion de se préparer correctement. Ils étaient rapidement partis et il n’avait pas pu voir l’issue de la rencontre mais il ne se faisait pas de faux espoirs. Ils avaient dû s’arrêter un peu dans une petite maison pour prendre une pause et me soigner, ayant perdu tout contact cognitif avec moi. Après cela, les morts avaient commencé à s’agglutiner, attirant toujours plus d’entre eux à venir frapper à notre porte et je m’étais réveillé par la suite.

Une fois que je sus tout ce qui s’était passé, je ne pus m’empêcher de penser à mes amis. Où étaient-ils ? Allaient-ils bien ? Avais-je commis ces atrocités en vain ? A toutes ces questions, une seule réponse : continuer d’avancer pour découvrir la vérité. Du moins, je n’aurais l’occasion de découvrir la vérité que si je parvenais à survivre et pour cela, il fallait continuer d’avancer. Je me débrouillai donc pour aller plus vite, prenant sur moi de tendre une sourde oreille à toute la douleur qui s’accumulait. Bientôt, Carter me permit de marcher par moi-même et je me mis à faire comme je le pouvais, lui aussi couvrant notre petit groupe. Il fut le premier à remarquer que des morts commençaient à nous suivre, se paquant en petits groupes qui grandissaient au fil du temps. Il commença à nous faire prendre des voies plus indirectes et rechercha dans les alentours un moyen pour nous de nous soustraire à l’attention indésirable que nous suscitions. Alors que nous passions aux alentours d’une grande Eglise, il remarqua que plusieurs personnes étaient à l’intérieur en train de monter la garde. Les vigiles avaient beau être suffisamment discrets pour les stupides, ils ne l’étaient pas pour Carter. Celui-ci fit signe aux autres, en silence qu’il fallait avancer dans cette direction et s’arrêter là.

Il y eut des réticences de la part des gardes de l’Eglise mais le chef de notre petite escouade parvint à les convaincre de nous ouvrir pour nous permettre de venir nous abriter. Carter leur promit même de les aider à monter des protections plus efficaces et à leur fournir une arme efficace pour qu’ils puissent se défendre. Il y eut des soupirs de soulagement alors que nous pouvions arriver à l’intérieur. On voulut me mettre en quarantaine étant donné que j’étais blessé mais notre négociateur ne voulut pas le permettre, arguant qu’il s’était occupé de moi et que je n’avais été blessé que par l’héroïsme dont j’avais fait preuve en voulant saboter une base militaire après avoir appris qu’ils s’attaquaient à la population. Le débat commençait à s’échauffer et malheureusement, c’est également à ce moment que l’adrénaline décida de m’abandonna, me laissant choir mollement à même l’herbe du parvis de l’Eglise.


Jo'
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Jo'
Jeu 19 Nov - 9:39
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

A mon réveil, toute l’Eglise est encore endormie. Sœur Margaret a passé la nuit avec Andréa et le bébé, les enfants dorment plus ou moins tous ensembles sur un matelas deux places largué dans un coin, le reste des survivants se partage les banquettes qui martèlent le dos. C’est toujours bien plus agréable que la nuit dans la jungle, et le bâtiment a cette fraîcheur clémente qui veille sur les songes. Je m’extirpe du plaid dont je ne me rappelle pas m’être couverte et m’emmitoufle dans un gilet qui n’est pas à moi – tout est à tout le monde ici, du moment que la taille est juste.

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y

Par les vitraux subtils traversent des raies colorées qui frappent les visages crispés de sommeil chahuté de notre groupe. Le bois craque son humidité dans un gémissement pénible. Le Christ derrière l’autel demeure immuable dans ses plaies. Je n’ai jamais cru en Dieu. Pourtant, je me demande si ce n’est pas, au final, le patron des zombies. Mangez ce pain qui est mon corps, buvez ce vin qui est mon sang, tutti quanti et je ne parle même pas de la résurrection. La statue rend mal l’expression du désespoir. Je sors rejoindre la cohue à l’extérieur.

Et nous nous resterons sur la Terre
Offerte à tout le monde
Éparpillée

Je me fige et crois cauchemarder. Des militaires sont dans notre enceinte dans la plus grande complicité de nos gardiens – un débat houleux les anime alors que je tente de comprendre comment on a pu laisser faire une chose pareil. Eux qui, hier encore, brûlaient des cadavres sains en pleine jungle. Eux qui, hier encore, patrouillaient pour liquider toute âme qui vive. Eux qui, hier encore, nous auraient percés d’une balle sereine. Notre garde de nuit, Franck, a fait entrer les loups dans la bergerie – et au lieu de s’effrayer de la violence choisie de leur métier, il s’inquiète de celle subie de leur malade, peut-être mordu. Si ces arrangements m’enragent, ils ne me concernent pas. Sœur Margaret avisera bien d’une décision le moment venu. Il y aura la queue au confessionnal, pour sûr, du peu que ça rachète. J’interviens alors que le ton monte et que l’un d’eux s’écroule dans l’herbe.

‘’Everyone calm down. I’ll take a look at each one of you, just to make sure. You can’t blame us for being too cautious : there are children in here.’’

J’échappe à la fraîcheur matinale et entre, les bougres sur les talons. Je n’ai pas encore pu détailler correctement leurs visages, dans le brouillard de mon réveil approximatif, et ne souhaite par ailleurs pas m’en rapprocher. Ils installent leur comparse dans la discrétion la plus attentive au sommeil de nos protégés alors que je pénètre en douceur la pièce où dort Andréa et se cache le matériel de soin. Sœur Margaret a retiré son couvre-chef et s’est endormie au chevet de la jeune maman, elle-même dans les vapes le nourrisson gourmand accroché à son sein. Deux salles deux ambiances.

Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde

En rejoignant le souffrant, mon sang ne fait qu’un tour. Ca ne peut être vrai. Impossible. Il devrait être mort, mort et ressuscité, ou mort et immolé. Condamné par Banoi qui referme ses tripes bouillantes sur tout ce qui vit. Je n’y crois pas. Je m’agenouille à ses côtés et écarte ses cheveux du visage. Aucun doute possible néanmoins. Dans cet accoutrement de bourreau. Evanouit par la fatigue, ou la douleur, ou les deux. C’est étrange, j’ai envie de l’achever. Lui en vouloir pour cette angoisse. Lui en vouloir pour ma culpabilité. Lui en vouloir de nous revenir dans cet état, et avec ces brutes. Dans le flou désemparé de mon égarement, j’étudie sa plaie, déballant son avant-bras. Nul doute possible, vraiment, je vois encore les fines cicatrices faites à l’hôtel contre son voisin de chambre. Mon mutisme total couvre mes gestes professionnels d’une inquiétude lourde, et ses collègues nous laissent pour manger quelque chose en compagnie de Franck.

Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années

L’ouverture est très moche. J’ai vu ça sur la cuisse d’un Berger Allemand à la clinique suite à un accident de voiture. L’animal était en liberté dans l’habitacle, et il s’est planté sur la tôle tordue du véhicule. Je le nettoie d’abord avec de l’eau dans une seringue sans aiguille, petit filet de pression – il est toujours inconscient. Avant de parvenir à le recoudre, la plaie doit sécher. J’imbibe de la gaze avec du désinfectant et comble la faille en la bourrant de tissus. Vu la grosseur de son bras, son radius paraît avoir été fracturé, sans déformation semble-t-il. Je bricole une attelle de fortune et serre bien fort le bandage. J’ai des comptes à régler avec Damian, et j’aime autant me défouler tant qu’il est inconscient – je suis bien consciente d’être injuste. J’emballe son bras en écharpe avec fermeté.

‘’You really are a dickhead, Dam’. Leaving us to avoid the army, then you come back here with three soldiers ? Typically men. You better wake up very soon.’’

J’éponge son front et son cou noyés de sueurs douloureuses et le toise avec douceur. J’ai envie qu’il se réveille. Qu’il s’en sorte. Peu importe quelles douleurs il aura encore à gérer. Peu importe quels cataclysmes. Peu importe quels cauchemars. J’ai envie qu’il ouvre les yeux sur ce monde horrible et qu’il en partage la vision avec moi. Il faut deux œillères à Tom pour le protéger, c’est impossible seule. Certains d’entre nous émergent de leur nuit et une inquiétude sourde gagne l’Eglise à la vue des soldats – hormis pour John qui se repose d’un sommeil de plomb, nous avons tous des raisons d’avoir peur des autorités. Il en va ainsi sur cette île catastrophée, qui n’a pas attendu les revenants pour souffrir.

Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

Je me résigne à quitter le chevet de Damian dont la santé est désormais assurée pour ausculter les autres militaires par formalité – RAS, nul d’entre eux ne montre de signe d’une infection. Tom s’éveille à son tour et, lorsqu’il reconnaît Dam’ étendu dans la confusion de son évanouissement, il lui saute dessus avec joie. Peu à peu les survivants prennent vie et il faudra rassurer ce petit peuple anxieux de revoir si près de leurs couchages les funestes gilets pare-balle qui ont déjà pesé sur leur existence.


"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 3 16532433"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 3 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 3 76406_10
Houmous
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Houmous
Jeu 19 Nov - 23:19
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Je me remis à respirer bruyamment. Après tout, j’avais du avoir une petite perte de connaissances ou une baisse de tension. Ce devait être ça… Mon petit frère me fit la remarque que j’avais une drôle de tête, que j’étais pâle et me demanda si ça allait. Il était en train de croquer bruyamment dans un gros morceau de quelque chose que je n’arrivais pas à voir. C’était comme flou ou pixellisé, ou saturé, ou un peu de tout mais absolument incompréhensible en tous cas. Il s’en mettait plein les joues d’ailleurs… un peu comme tout le monde autour de la table. Je me pris à me surprendre qu’il m’apparaissait comme un jeune homme à peine moins vieux que moi. Et mes sœurs, eh bien il n’y en avait qu’une à table. L’autre était devenue bien plus grande et portait un uniforme de serveuse de fast-food. Ah oui, ce n’était pas mon petit frère et ma petite sœur mais mes ainés ! me dis-je dans une réalisation particulièrement étrange. J’avais eu du mal à m’en rappeler, n’étant pas rentré à la maison depuis un long moment déjà… Tout le monde autour de la table me jetait des regards suspicieux. Qu’avais-je fait pour avoir le droit à ce genre de traitement ? L’ambiance lourde et pesante d’un silence religieux à table, en famille, n’avait rien de naturel. C’était comme rassembler des choses qui n’avaient rien à faire ensemble, de l’eau dans de l’huile, des morts qu’on emmène en vacances, de la violence dans un dessin animé pour enfants… Je soupirai et repoussai mon assiette remplie de brumes impénétrables. Je n’avais pas si faim que cela finalement et n’étais plus si mélancolique d’être rentré. J’avais à nouveau envie de repartir, de retrouver les amis que je m’étais fait en chemin quand j’étais parti d’ici. Mais pourquoi étais-je parti déjà ? Impossible de m’en rappeler mais plus j’essayais d’y penser, plus tout se distordait autour de moi. Ma mère m’intima d’arrêter mes bêtises et de me rasseoir pour manger. Sa voix avait quelque chose d’effrayant qui tranchait avec son aspect fluet et jovial habituel. La pièce fut parcourue par un bleu marin dans lequel tout m’apparut dans l’espace d’un flash. Une larme coula sur ma joue, comme si elle ne venait pas réellement de mon œil mais du plafond.

I’m so sorry, mom, but I can’t forgive what you did… I thought that maybe if I acted as if it didn’t happen I may have forgotten. But I can’t… Wh-Why did you have to do it ? I know you were absolutely positive on the fact you had to do it but I still can’t understand… Your brain was sick and I’m sorry for not having seen it before… I hate you because I loved you so much !

Tout le monde autour de la table se figea et leurs yeux vinrent traverser mon âme. Je comprenais peut-être au fur et à mesure quelque chose d’important sur ce que je vivais et sur le sens de cela. Peut-être que la lumière d’un vert émeraude ne provenait pas des phares de voiture du voisin d’en face ou de la fête que sa fille faisait dans sa chambre à l’étage avec ses copines. Peut-être que la lumière provenait d’ailleurs et qu’il y avait une véritable raison pour laquelle elle passait au rouge sans changer d’orientation. Les ombres du passé se levèrent à l’unisson, s’approchant lentement de moi pour m’étouffer de ténèbres impénétrables, leurs silhouettes se déformant graduellement. Flottant dans un vide que je reconnaissais, je paniquai un peu de me dire que comme je l’avais souvent redouté, tout ce qui s’était passé avait eu lieu de ma faute. C’était là la nature de mon fardeau parce que ni les images que j’avais vu, ni le malheur qui avait suivi cette chaude journée d’Eté 2003, ni les regards en biais qui avaient pesé sur mes épaules dès lors ne m’avaient plus marqué que l’impression d’une responsabilité dans tout ce qui avait eu lieu. Tout ce qui avait contribué à m’enfanter dans le monde avait été détruit en une poignée d’heures ce jour-là… Désormais, je pouvais me targuer d’avoir la chance de pouvoir retrouver une grande partie de ma famille au même endroit. Du reste, je n’en avais aucune idée et c’était certainement pour le mieux.

Quand je rouvrais les yeux, j’étais dans mon lit, à l’étage. J’entendais un simple bruit métallique venant d’en bas et n’avais aucune idée de ce qui s’y passait. J’enfilai ma veste kaki écussonnée Sudderland et descendai en marchant sur les unes de journaux conservées tant bien que mal dans le bureau que le vent avait arraché. En bas, il n’y avait personne dans le salon ou dans d’autres pièces. Je ne voyais rien de l’extérieur également… Seul le bruit metallique et continu qui rappelait une roue ou un mécanisme qui encore et encore s’activait, sans fin. La maison se retourna graduellement mais je ne bougeais pas de là où j’étais. J’avais été trop loin pour ne pas revenir. Ma main sur la poignée de la cuisine s’activa et défit les verrous dorés qui en empêchaient l’entrée. Lorsque la porte s’ouvrit, elle me parut plus grande. Je fus assailli d’une puanteur de boucherie en canicule mais le pire était ce que je vis. Ma mère, le visage bouffé de larmes. Une petite jambe dépassant de l’angle mort de la porte. Une fille allongée, vide de vie. Le visage blond et les yeux révulsés. Le tablier roulé en boule et posé dans un coin de la pièce. La voix inadaptée à la situation. Les pleurs et les rires. Non, plus jamais les rires. Non. Je refermai calmement la porte sans un mot et me mis dans un coin pour m’asseoir et me laisser aller à pleurer mes larmes d’enfant dans mes mains.

Spoiler:

Houmous
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Houmous
Jeu 19 Nov - 23:21
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Barry Howard
J'ai 39 ans et je vis à partout. Dans la vie, je suis mercenaire et je m'en sors aussi bien que possible.

- J’ai grandi à Brighton, en Angleterre.
- J’ai écumé une bonne partie des champs de bataille des 25 dernières années.
- Je suis Billy Carter comme un messie, il a toute ma confiance


Barry Burton :copyright: ???


Musique:

Je n’aurais jamais cru que le boss réussisse à nous faire entrer dans cette Eglise. Nous ne roulions pas pour l’armée mais bien pour nous-mêmes. Certainement que pour ces gens, cela ne faisait aucune différence, mais à nos yeux, ça changeait tout. Pour eux, il n’y avait que l’uniforme et pas l’homme qui pouvait se trouver à l’intérieur. Je les comprenais, c’était naturel mais cela rendait notre situation plus complexe en la leur rendant plus simple. Avec le gamin, nous ne pouvions pas juste nous tirer tout de suite. Carter ne l’aurait jamais accepté vu ce qu’il avait morflé pour nous. Pas le choix alors, juste à se trouver un coin sympa pour se poser et attendre… A la limite, il serait certainement bon d’aller remercier la gamine qui s’en était occupée. Il ne me fallut pas longtemps pour la trouver en train de trainer avec un petit au chevet de Sudderland. Je toquai avec ma grosse poigne sur la porte pour attirer son attention.

Hey ! Just wanted to say ‘thank you’. I’m not sure we could have stayed here if it wasn’t for your intervention. Don’t worry about us, we left because we were not okay with… everything they wanted us to do. Anyway, see you and take good care of the young superman, will ya ?

Je tournai les talons sans attendre particulièrement qu’elle me dise quelque chose en particulier et allait retrouver Mikey. Il avait choisi de s’installer à la vigie pour pouvoir aider le garde en poste avec sa boussole et discuter avec lui. Un habituel « Seen anything, Mouse ? » avant de me poser avec eux. Il répondit par la négative d’un signe de la tête avant de me tendre les jumelles. Les prenant, je commençai à scruter les coins de rue alentours. Il n’y avait pas âme qui vive, ce qui était un peu rassurant même si c’était la première fois que cela arrivait depuis longtemps. Les tirs au loin témoignaient de combats auxquels nous n’étions pas conviés mais qui rameutaient toute la ville. Cela expliquait certainement notre tranquillité… Je reposai entre ses mains les jumelles avant de prendre mon fusil. Je tirai un de mes gants en attrapant l’un des doigts avec mes dents et me rendis compte que c’était relativement stupide en cette période de contamination possible. Je me jurai de ne jamais le refaire, tirai de mon bardas un rangement compact d’outils et me mis à un travail d’orfèvre. La vigie désignée m’observait faire tout du long alors que mon ami restait focalisé dans sa garde, comme il savait si bien le faire.

Mike Taylor était notre perceur et un ami de longue date, un homme plus déterminé que quiconque qui avançait dans les rangs ennemis armé seulement de son courage la plupart du temps. Ce grand black silencieux n’était pas fait du même bois que les autres bidasses ou spécialistes du métier. Il avait été rendu dur par une vie débutée sur des champs de bataille abominables dans son pays d’origine. Il m’avait d’ailleurs dit une nuit que nous passions en planque dans la neige en Sibérie que le Mozambique lui rappelait celle qui l’avait élevé… Et il s’était ouvert pour la seule et unique fois depuis le temps que je le connaissais, me parlant de comment elle prenait soin de lui malgré la folie ambiante et qu’il avait gravé dans sa mémoire cette image d’elle en train de cuisiner sa spécialité au poisson. J’avais eu l’indélicatesse de lui demander s’il aimerait la revoir. Il m’avait répondu qu’il priait tous les soirs pour la rejoindre, sans y croire, la faute à tout ce qu’il avait fait dans sa vie. Nous avions partagé une cigarette, silencieusement, ce soir-là et n’en avions jamais reparlé.

Une fois que j’eus fini d’entretenir toutes les pièces de mon équipement, je relevai la tête aux alentours pour voir un infecté en train de déambuler sans même nous remarquer. Je me pris à garder le regard sur sa démarche débonnaire, à le détailler longuement. Etait-il heureux de sa vie actuelle ? C’était une question que je me prenais de plus en plus souvent à me demander… Les morts qui ne pensent plus à rien, et qui peuvent continuer à exister pourtant, avaient-ils percé le secret du bonheur ? Je sortis mon carnet d’une des poches de mon gilet tactique et notai cette question en essayant d’argumenter pour et contre sur une des petites pages. J’eus un sourire au final en me rendant compte de l’absurdité de ce que je faisais et déchirai la feuille pour la chiffonner. Mon ami m’en empêcha d’un geste.

You should keep it, Barry. It might seem stupid but no thought should be considered like this. It’s the only proof we ever existed and walked this very earth. It’s not about what you achieve, it’s about what you ever try. Never forget about it…

Je considérai donc le papier un long moment avant de le remettre simplement dans le carnet dont je venais de l’arracher. Je rangeai le tout rapidement à sa place avant de me relever en les saluant et leur souhaitant bon courage pour la suite. Je voulais voir comment s’en sortait Carter. Il devait être en train de s’intégrer et d’échafauder des plans d’action complexes pour la suite de nos mouvements. La réaction des officiels à l’infection avait été très étrange et après tout, nous avions été engagés comme consultants juste avant le début de ces événements. Je n’avais jamais voulu me laisser aller au conspirationnisme mais il fallait s’avouer que le timing avait tout d’étrange…

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