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LE TEMPS D'UN RP

"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous

Houmous
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patrick
Houmous
Lun 9 Nov - 19:37
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Elle avait l’air très déterminée et je comprenais à son regard que rien de ce que je pourrais dire ne saurait la faire changer d’avis. Le mieux à faire maintenant était de l’encourager à s’acquitter de la tâche qu’elle s’était fixée du mieux qu’elle le puisse. Néanmoins, avant qu’elle ne parte, je la retins quelques instants.

Wait a second. I’m okay with protecting your brother but you have to take a few things with you. I had in mind to bring it with us anyway. You’ll make a better use of them than me, I’m sure.

Aussitôt, je m’activai et récupèrai les différents objets que j’avais en tête. Premièrement, je mis la main sur une demi-bouteille de whisky qui restait sous le lit de Rick. Je l’ouvrai et attrapai une chaussette que je fourrai dans le goulot. Après coup, je récupérai aussi un briquet qui trainait à côté de la fenêtre et lui passai le tout. Ensuite, je pris un haltère qui était resté au milieu de la pièce. J’en dévissai les poids et n’en gardai que la barre d’acier d’une trentaine de centimètres. Après avoir essayé de donner quelques coups dans le vent, je me dis que ça pouvait être efficace relativement efficace et lui fourrai aussi dans les mains. Je ne les lâchai pas cependant et plongeai mon regard dans le sien.

You have to come back to him. You don’t have a choice, you hear me ? You guys love so much each other I was able to tell although I only speak french a little. So be careful, thorough and patient in your approach. We’ll be waiting for you in the security center. It’s a little grey building right in front of the docks. It looks just like a lego block, you wont miss it.

La laissant finalement partir, je n’en dis pas plus. Posant simplement une main sur la tête de Tom, j’essayai de le détendre un peu alors que sa seule famille restante prenait des risques pour valider cette affirmation. Dès que la porte claqua derrière elle, je commençai à préparer quelques affaires dans un sac à dos pour pouvoir partir bientôt aussi. Je mis mon téléphone, qui était resté dans la chambre, en mode silencieux dans le fond de mon sac. Je pris également mon paquet de clopes et remarquai qu’il n’en reste que deux. Bon, eh bien je vais devoir m’arrêter plus tôt que prévu dans ce cas… En réfléchissant un peu, je me dis qu’il me faudrait tout de même une arme pour pouvoir protéger Tom, au cas où. Mon regard se posai sur la massue que j’avais laissée sur une commode. Elle ne serait certainement plus très efficace. Commença alors un long moment où je tournai en rond à la recherche de quelque chose qui ferait l’affaire.

Damian, tu penses qu’elle va revenir bientôt ma sœur ?

Quoi… tu dire, Tom ?

Ah mais tu parles un peu français ! Est-ce que ma sœur va revenir, tu penses ?

Je croire qu’elle vite rendez-vous. Elle et toi, bientôt… What was it, already ? ensemble !

Il arbora un sourire ravi en m’entendant moi aussi dire qu’elle allait revenir, rempli de confiance. Je commençai déjà à transpirer un peu en me disant que ç’allait être compliqué de me faire comprendre de lui. Néanmoins, ça s’était mieux passé que prévu de se faire comprendre à grand renfort de gestes expressifs. Je retournai littéralement les affaires de Rick dans l’espoir de trouver un autre haltère ou quelque chose du style qui pourrait nous être utile. Au final, je ne fus pas déçu quand un revolver tomba de son sac, l’air de rien. Je ne savais pas me servir d’une arme à feu… A vrai dire, je n’aurais même pas été capable de la recharger alors ça me faisait une belle jambe. Et puis, qu’est-ce qu’il faisait avec ça ? Il comptait flinguer quelqu’un ? Il l’avait pour se défendre comme la moitié des américains ? Peu importe, ça serait indécent de ne pas la prendre avec nous cette arme, me dis-je.

Je m’en allai faire un tour dans la salle de bain et passai en revue rageusement tout ce qui pourrait être utile. La tringle du rideau de douche ? Trop instable et pas assez solide... Le couvercle du réservoir d’eau des WC ? Surement pas très solide non plus… Je restai un long moment à réfléchir avant d’avoir une idée. La tuyauterie apparente des WC était bien vieillotte et était faite d’acier. Elle devait être bien coriace et ferait parfaitement office d’arme de fortune. Je coupai donc l’eau et dévissai les joints pour en récupérer un long tube, bien dur. Je le pris et le gardai en main.

Toi… ready, Tom ?

Oui !

Ok, let’s go then…

J’ouvrai doucement la porte pour regarder dans le couloir et vis, comme quand Lucile partit quelques minutes plus tôt que tout était calme aux alentours. Je pris la main de Tom en commençant à sortir et restai attentif. Je lui fis signe d’être silencieux et ne quittai pas sa main. Dans une marche semi-accroupie, je commençai à avancer vers l’escalier de service après avoir refermé la porte de ma chambre. Après être rentré dans la cage, je découvrai un cadavre qui avait fraichement été abattu. Ce devait être elle qui lui avait refait le portrait à grand coups de barre d’acier. Je ne pris pas trop attention à lui jusqu’à tant qu’il se mette d’un seul coup à essayer de me bondir dessus. Dans un réflexe terrible, je me tournai et lui mis un coup de ma chaussure de marche fraichement enfilée dans la mâchoire, le faisant chuter sur le côté. Pas le temps de se battre et de risquer d’en attirer plus, je m’élançai en tirant Tom avec moi. Notre trajet ne s’annonçait déjà pas de tout repos…

Jo'
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Jo'
Mar 10 Nov - 9:02
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov


Je quitte la chambre toute équipée de la prévenance de Dam’, soulagée par le silence qui indique que mon barrage, plus loin, a suffit à décourager nos affreux jojos poursuivants. Evidemment, je vais revenir. On n’a pas d’autres choix que d’être vivants ici, même morts. Le malaise me gagne – plus question de cacher mon sens moral derrière mon acolyte : nous allons emprunter la même route en partie et il faut absolument que je leur nettoie le passage. J’ignore si ces gens sont des monstres ou des malades. J’ignore si on peut les aider. J’ignore ce qu’ils peuvent ressentir. Mais je pourrais bien être en face de Gandhi, s’il voulait faire du mal à Tom, je l’abattrais de sang froid.

Ô mort ! Heure splendide ! Ô rayons mortuaires
Avez-vous quelques fois soulevé des suaires ?

La descente des marches est plutôt simple : les macchabées n’ont pas un équilibre de danseuse et dévalent assez rapidement les étages. Tantôt je les pousse du pied pour les achever au sol de ma batte en fer, tantôt je me contente de les dévisager sur la rampe d’escalier. C’est physique, je n’aurais pas pensé rencontrer telle résistance de la chair pourtant putréfiée ; et c’est mental, je n’aurais pas pensé rencontrer telle résistance en mon âme pourtant dans l’urgence.

Tout à l'heure il râlait, se tordait, étouffait ;
Maintenant il rayonne. Abîme ! qui donc fait
Cette lueur qu'a l'homme en entrant dans les ombres ?

Des quartiers du personnel, j’arrive dans les cuisines, et je ne pouvais rêver mieux. Trois rôdeurs par ici, impatients de goûter au plat de résistance, ne m’entendent pas arriver. Je demeure prudente : tout est en inox et peut résonner d’un fracas métallique féroce, aussi me glissé-je à pas menus jusqu’à la chambre froide, maintenant tiédasse. A l’intérieur, une carcasse de porc dégouline sa décongélation – je me dis que l’être humain aura bien cherché toutes ses plaies, vu l’enfer de la condition animale. Ca ne m’étonnerait qu’à moitié que le délire vienne d’une viande trop faisandée, un genre de dérivé de la rage. Enfin, si la rage rend agressif, elle ne ressuscite pas d’entre les morts. Habituellement je milite pour que le cadavre à déguster en face de moi ne soit qu’un mauvais souvenir, mais présentement je suis plutôt soulagée de le voir. J’ai un plan.

La chair se dit : - Je vais être terre, et germer,
Et fleurir comme sève, et, comme fleur, aimer !
Je vais me rajeunir dans la jeunesse énorme
Du buisson, de l'eau vive, et du chêne, et de l'orme

Je bloque la porte de la chambre froide avec le poids d’un extincteur, lente et silencieuse, et lance devant l’entrée une musique à bas volume sur mon téléphone afin d’attirer les écervelés éviscérés. Ces derniers rappliquent avec la langueur qui les caractérise souvent tandis que je parviens à me planquer derrière un îlot de travail. Le petit groupe rejoint mon appareil et, ensorcelés par la vue rougeoyante de la pauvre bête dépecée, les frotteurs d’outre-tombe la collent avec envie. Ni une ni deux, je retire l’extincteur et la porte se clos sur les trois bougres incrédules avant de couper la musique. La cuisine est maintenant offerte à mes besoins voleurs.

Une espèce d'azur que dore un vague jour,
L'air de l'éternité, puissant, calme, salubre,
Frémit et resplendit sous le linceul lugubre

Je charge mon sac sans émotion pour mon dos et comprends pourquoi cet hôtel canon avec piscines et vue sur mer s’est rendu accessible en All Inclusive à une famille de quatre : larges conserves de deux kilos côtoient coulis de tomates en pot alors que les desserts tout faits moisissent déjà. J’emmène des boîtes de haricots verts, de légumineuses, de maïs et autres bocaux de pousses de bambous. J’embarque aussi et surtout cinq bonnes lames, du hachoir au Santoku en passant par le couteau à désosser. Le sac se leste beaucoup et je m’imagine déjà ralentie avec angoisse. Ce qui m’inquiète surtout, c’est que personne ne soit venu faire sa razzia avant, autrement dit de deux choses l’une : soit l’entrée par le restaurant est trop dangereuse et nul ne s’est risqué à venir jusque là, soit nous sommes vraiment seuls au monde. Maintenant que le devoir du groupe est assuré, il me vient mon devoir familial. Par les hublots de la porte de service, je jalouse la salle du restaurant.

Et des plis du drap noir tombent tous nos ennuis.
La mort est bleue. Ô mort ! ô paix ! l'ombre des nuits

C’est une horreur. J’entre ici, et je me fais tuer, c’est certain, il y en a une bonne vingtaine au bas mot. Mais je ne vois nullement mes parents. Je ne suis même pas sûre que je réussisse à les reconnaître, si ce n’est pour leur tenue. Il faut désespérément que je sache. Le bar est sur la droite, un peu plus loin. Ils doivent être là : hormis pour de la chair fraîche, ces pantouflards de morts-vivants ne bougent pas des masses. Dans le dilemme entre ma vie et la vérité, je suis tentée de vérifier. A défaut d’aller les voir, je décide de les attirer. J’allume le molotov que je comptais garder en cas d’extrême urgence. Je suis stupide de vouloir savoir. J’entrouvre la porte et le jette à mon opposé. Attirés par le mouvement, les morts déambulent comme des papillons de nuit vers la lumière, prennent feu, se consument en réduisant vers le sol dans des exhalaisons de souffrance terrible. Je suis un monstre. Je me débecte. J’ai mis le feu à tous ces gens, ou toutes ces choses peu importe, qui hurlent leur douleur imbécile mais exécrable sans jamais y mettre tout à fait fin. Et puis …

C'est que l'âme - qui voit, puis brille, puis flamboie,
Rit, et que le corps même a sa terrible joie.

Je les reconnais. La chemise hawaïenne clichée du paternel. La robe fluette de ma mère achetée ici même. Aucun doute. De leur chair pivoine et vivante ne reste que des loques affamées absurdes. Plus de parents. Pour moi certes, mais pour Tom surtout. Je voudrais les empêcher d’aller au feu. Les dégommer une fois pour alléger la douleur de leur départ. Mais qu’est-ce que je dis ? Je tente d’ouvrir la porte pour les attirer hors du feu mais un monstre se jette sur moi à ma droite. Une de mes lames se fiche dans sa tempe, le remue ménage appelle les autres. Je n’arrive pas à prendre le temps de récupérer le couteau trop bien lové dans la boîte crânienne. Un œil vers mes parents. Il est trop tard, ils brûlent pour de bon. Une impérieuse douleur me soulève le cœur. Mais nul temps d’être malheureux pour cette fois. Je repousse le cadavre tué deux fois sur le côté, me lève et tape le sprint de ma vie avec un régiment de nourriture sur le dos, et un régiment de morts sur les talons. Le molotov est maintenant dans mes poumons, brûlure ardente qui me dévore. Impossible de faire le chemin en sens inverse sans carte du personnel, je saigne la foule moisie comme un bulldozer, traverse la terrasse, escalade sa palissade, repousse sans prendre le temps de les tuer les énergumènes sur ma route et court, court encore et comme je le peux vers les docks.

Cadaver, Victor Hugo

Le bâtiment gris. Le gris devient ma couleur préférée. Et je ne peux plus voir le rouge, ni le brun. Je rentre dans la porte fermée à clefs comme un taureau, frappe nerveusement comme un forçat, saigne mes cordes vocales dans une supplique panique incontrôlée – sont-ils encore derrière moi, vais-je me faire dévorer par les jambes pour le sentir longtemps, vont-ils m’immoler à leur tour en vengeance sauvage ? Je hurle atrocement.

‘’Open to me I’m gonna die !!!’’


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"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
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Houmous
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patrick
Houmous
Mar 10 Nov - 12:25
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Notre avancée dans les escaliers fut certainement plus lente que celle de Lucile. Je dus me batailler à grands coups de tuyau rouillé, à pousser et chasser du pied pour nous permettre de survivre. Tom regardait tout, sans le moindre filtre. Ici, pas de pictogramme ou d’avertissements pour prévenir qu’on allait le soumettre à des images violentes. Il lui était donné de voir des morceaux de crâne voler, du sang couler à foison et la rage de nos grognements furieux. Il était au premier rang du spectacle de la lutte finale où l’homo sapiens faisait face à son descendant, l’homo mortis… ou l’inverse. Il ne comprenait certainement pas tout de ce qui se déroulait sous ses yeux mais il ne faisait aucun doute qu’il en saisissait suffisamment pour le marquer à vie. Il apprendrait certainement à ne plus les considérer comme des anciens humains mais comme un danger vivant, comme un animal capable de prédation et à la morsure venimeuse. On dit de l’Homme que sa plus grande force est sa capacité d’adaptation. C’est son ingéniosité crue dont il faisait preuve en permanence, transformant un danger incontrôlable en outil ou en divinité qu’il acceptait comme faisant partie de son monde qui lui avait permis de perdurer et d’écraser les autres êtres vivants. En soit, il était tout à fait possible que Tom grandisse pour devenir similaire à un aborigène d’Australie ou à une tribale amazone, connaissant mieux ces créatures que ses propres enfants.

Je n’avais pas vraiment le temps de penser plus que ça de mon côté, devant rester concentré sur ma tâche. Mon but était très clair : amener Tom jusqu’au poste de sécurité en le protégeant et récupérer Lucile quand elle arriverait. Il ne pouvait en être autrement dans mon esprit. Je ne m’en rendrais que difficilement compte par la suite mais Tom incarnait quelque chose à mes yeux. Ce n’était pas un instinct de protection de l’espèce qui me poussait à le protéger aussi fervemment ni une quelconque forme d’amour. Je pense maintenant qu’il était à mes yeux l’enfant innocent à qui on arrachait une joyeuse innocence. Je me retrouvais un peu en lui, ce petit gamin qui voit tout son monde s’écrouler et qui continue à croire, envers et contre tout, en des lendemains meilleurs. Il n’avait pas versé une seule larme et n’avait pas été capricieux au moindre moment, il suivait patiemment ce qu’on lui disait. Certainement qu’il subissait la peur et la privation tout autant que nous, de jeunes adultes, mais sa pensée première allait à ses êtres aimés. C’était une fidélité qui ne manquait pas de noblesse, rappelant celle des compagnons du berger.

Arrivé au bas des escaliers, j’empoignai le petit par la main pour le tirer avec moi et faciliter sa course. Je le sentais fatiguer au fur et à mesure mais il tenait le coup, sans se plaindre. Il gardait les yeux grands ouverts, cherchant sa grande sœur du regard. Vint un moment où nous arrivâmes à un croisement entre les cuisines, les docks et quelques locaux administratifs. Notre course n’avait pas manqué de faire des curieux et le petit m’indiqua du doigt une voie libre en m’apostrophant. Je ne pris pas le temps de vérifier ses dires et rentrai avec lui dans un bureau relié aux quartiers administratifs avant de refermer la porte et de renverser plusieurs rangements de documents, restes nonchalants d’utilité désormais discutable.

La porte tint le coup malgré l’accès de colère de nos poursuivants déchainés sur ma barricade improvisée. Je pris deux secondes pour reprendre mon souffle en balayant la pièce du regard. Il semblait qu’une tornade soit passée ici. Un ordinateur trônait encore sur un bureau, impassible, mais il faisait face à plusieurs de ses congénères qui avaient été renversés. Des papiers avaient volé en tous sens, une fenêtre étant ouverte. Tout reflétait la panique dans les lieux, la fuite désorganisée face à la catastrophe qui se levait dehors comme dedans. Personne n’aurait pu être préparé et malheureusement, ce ne seront pas les plus talentueux qui survivront mais les plus chanceux. L’envie de prendre le temps de voir dans quel état se trouvait le reste de la planète se trouvait fut fort mais mon petit compagnon était déjà en train de commencer à explorer les alentours.

Damian, je ne vois plus de monstres. Tu penses qu’ils sont tous dehors ?

Yes… Eux dehors. Toi et moi safe !

Je m’avançai rapidement pour le rejoindre. On devait se concentrer sur notre propre survie et sur la recherche d’autres survivants, à commencer par notre courageuse nurse. Tous les bureaux étaient similaires à celui dans lequel on avait atterri en premier lieu. L’évacuation avait dû être faite correctement, mais où ? Sortir d’ici devait certainement avoir été chose facile au tout début mais j’avais du mal à croire qu’un groupe d’une trentaine de personnes pas spécialement entrainées au combat ne se serait pas fait décimé à la première occasion venue. En tous cas, c’était plaisant de pouvoir passer sans avoir besoin de se battre et de garder simplement un œil sur d’éventuelles ressources utilisables dans notre situation.

Dans un couloir, mon œil fut attiré par un plan vissé au mur. Avoir travaillé ici pendant quelques semaines ne me permettait pas de connaitre tous les lieux de l’hôtel alors c’était une bonne idée d’y jeter un coup d’œil. Je cherchais surtout un accès aux docks qui ne nous referait pas passer par les couloirs bondés du restaurant. J’eus le plaisir de voir qu’il y avait moyen d’arriver au niveau des quais de chargement directement. Mes lèvres se fendirent d’un sourire alors que je tapotai du doigt sur le plan l’endroit où on devait aller.

Ma surprise fut évidemment totale en voyant que les quais avaient été largement désertés. Ces fichus croques mollets avaient dû être attirés ailleurs par des besoins primaires… La voie était donc libre et je ne me fis pas prier pour ramasser clé à molette et pied de biche. Tout trouverait sans mal une utilité à un moment ou un autre. Nous parvenions rapidement au niveau de l’entrée du poste de sécurité mais ce qui nous accueillit quand la porte fut ouverte, ce n’était pas un néant ou quelque grignoteur boulimique. C’était le canon bien entretenu d’un fusil et un simple ordre :

Lay down your weapons and show us if you’ve been infected. Don’t try anything stupid.

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Jo'
Mer 11 Nov - 9:05
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Lucile
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

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Je martèle la porte de tout mon désespoir précipité lorsqu’une lourde voix rauque me vient de l’intérieur – nullement celle de Dam’.

‘’Have you been infected ?’’

Mes cris percent les aigus stridents tandis que je me retourne, dos contre l’entrée, pour voir un affreux fondre sur moi qui me suivait depuis l’hôtel. Je me saisis de ma baramine de fortune pour tenir ses dents claquant d’une funeste promesse à distance de mon visage.

‘’I have food and medication let me in !!!’’

La porte s’ouvre en mon dos et je chute en arrière sur l’impardonnable bêton, le monstre sur moi. Alors qu’un type assez mastoc le fiche à la porte d’un coup de crosse entendu qui lui défonce le crâne, quelqu’un d’autre me tire en arrière par le col du débardeur – étouffant mes cris par là même. Je ne comprends rien à ce qu’il se passe et me retrouve ventre à terre, bras tenus dans le dos, un genou sur ma nuque en contention asphyxiante. Méthode de police qui m’empêche toute protestation, y compris celle de respirer. On m’arrache mon sac et je suis un peu soulagée du poids sur ma cage thoracique.

‘’Have you been infected ?!’’

La voix virile vocifère et crache au-dessus de ma tête, mais je ne peux pas répondre à son interrogatoire pressée ainsi contre le sol, trop concentrée à trouver mon souffle. Le sang des infectés tués maculant mes vêtements ne sont pas meilleurs avocats. Une deuxième voix, plus souple, intervient tandis que je commence à voir des mouches devant mes yeux.

‘’Just put her in quarantine, if she turns then we’ll know. You won’t kill her right away anyway, will you ?’’

Le genou libère mes cervicales et je prends goulée d’air sur goulée d’air – étouffée par la course poursuite en un premier temps, par sa contention dans un second. Il me relève par l’épaule sans relâcher mes poignets et je peine à le suivre en pleine conscience. Dans une pièce qui a dû être débarrassée pour l’occasion, il me laisse choir au sol. Je reprends mes esprits avec douleur, ne sachant plus ce qui me trouble le plus dans ce capharnaüm funèbre d’enfers ressuscités. Au final, j’ai davantage peur des humains. Une masse vigoureuse se plaque alors contre moi.

‘’Lulu t’es en vie ! Alors t’as vu nos parents ?’’

Je le dévisage, incrédule. Tom. C’est vrai, c’est lui que je devais retrouver ici, obnubilée par ma survie j’en oubliais tout le reste. L’instinct de préservation plus impérieux que la filiation. Je m’en veux un peu pour ça. Mais je m’en veux surtout pour nos parents, auxquels il fait référence. Et Dam’. Je balaye la pièce du regard et l’y voit ici aussi, à même le sol comme nous tous. Je suis soulagée de nous savoir en vie, et réunis, même dans l’incertitude des mains autoritaires de nos bourreaux survivants.

‘’Ils étaient déjà des … trucs … Enfin tu sais.’’

Il me regarde un instant, déçu mais pas déconfit, et je m’en étonne. Puis il s’illumine.

‘’C’est pas grave quand on aura trouvé un remède on ira les chercher et les guérir. Avant on mourait de la grippe alors on saura bien soigner ça un jour.’’

Quelques larmes menacent mes cils alors que j’ai anéanti par le feu tous ses espoirs d’avoir une famille. D’une voix plus tremblante, je prends mon courage à deux mains.

‘’Il a fallut que je les achève, Tom, je suis désolée.’’

Une colère que je ne lui connaissais pas le dévisage. Une expression qu’on oublie pas. Une expression qui me filera cent fois plus de cauchemars que toutes les horreurs mortuaires que nous rencontrons depuis deux jours. Une expression qui vous tire une balle dans le cœur et vous auriez mieux aimé être morte que sous l’accusation de ce regard. Ses larmes trahissent son âge. Jusqu’ici, il avait un espoir de normalité, il pouvait tenir. C’est un enfant, et il craque. C’est normal. Mais c’est chez Dam’ qu’il s’en va sanglotter, un coup en plein cœur.

‘’Thank you for everything, Dam’. I couldn’t save them though.’’

Je frotte mon visage entre mes mains pour me ressaisir – avant d’assurer la sécurité affective de mon frère, il faut que j’assure sa sécurité tout court.

‘’You have any idea of what’s going on here ? Do you know these people ? They don’t look like tourists.’’

Au contraire, ils ont bien l’allure d’autorités d’ici. Au fond de la pièce, un type est affalé à l’opposé de mes comparses. La quarantaine, grelottant le visage trempé de sueur, de la gerbe sur son vêtement. Pas un touriste non plus. Un employé des docks, ça m’en a tout l’air. Un peu baraqué pour et par la manutention.

‘’What’s up with him ?’’

Je m’approche de son corps presque sans vie et suis frappée par sa fièvre. L’œil vitreux, il ne répond pas aux stimuli visuels et autres sollicitations de base du diagnostic des premiers secours. Je crois comprendre, sans vouloir comprendre. Je détache la ceinture de mon pantalon et la lui noue autour des mollets – si ça tourne mal, on aura peu de difficultés à lui échapper cloué ainsi au sol. Quelle idée, une quarantaine avec un malade à l’intérieur : s’ils ne peuvent se résoudre à tuer des gens encore sains, ces flics n’ont pour autant pas l’intention de les entretenir, et quoi de mieux pour s’en débarrasser que de les enfermer avec un gourmand en devenir. Je me rassois à distance raisonnable, plus proche de Dam’ et mon frère, soulagée de les revoir pour tout dire.

‘’They took the food, the knives, and the medicine.’’

J’ai les lèvres sèches. Mes épaules sont cloquées, labourées par le poids du sac valdinguant pendant ma fuite. J’ai peur et soif. Je culpabilise. Cette pause est peut-être la pire torture de ces derniers jours – lorsqu’on s’arrête, on a le temps d’y réfléchir, et c’est bien le pire. Le type en face dort de plus en plus, ou bien il s’évanouit. Je crois qu’il n’en n’a plus pour longtemps. Je ne sais pas tout à fait s’il va mourir d’une mort bien fatale, ou de celle qui vous rappelle pour se repaître de chair vive.


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Mer 11 Nov - 14:56
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J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
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Nous avions été jetés quelques minutes avant l’arrivée de Lucile dans cette même pièce scellée du reste du centre. C’était virtuellement une prison dans laquelle on ne s’était pas posé la question de savoir ce qu’il se passerait si l’un d’entre nous était infecté mais pas les autres. Nous allions bientôt le savoir vu le rythme auquel l’état de ce manutentionnaire était en train de se dégrader.

It’s alright, Lucy. He will understand that it was the best you could do. But anyway, we have more urging matters to deal with for now. Those assholes don’t even seem to really know what they’re trying to do. As for this guy, well, he was okay when we arrived but now he seems like he could turn any moment…

J’avais un peu accueilli Tom dans mes bras pour qu’il y trouve du réconfort mais il était grand temps de l’en déloger. Bien sûr, il resta dans son coin et bouda religieusement sa sœur. Je me levai et allai tambouriner sur la porte pour appeler nos geôliers. Il fallait qu’au moins l’un d’entre eux soit là et près à s’occuper de lui quand ça arriverait. Je ne voulais pas qu’on se fasse tuer comme ça, alors qu’on avait trouvé un endroit plus ou moins sécurisé. J’en entendis un en train de raller et de s’approcher de la porte. Il parlait de l’autre côté et pour la faire courte, me dit de me taire, refusant de m’écouter. Je sentis la colère monter doucement en moi. Comment pouvait-il n’en n’avoir rien à faire à ce point-là ?

We have to get out of here. We are too close to the hotel, it could get out of control any moment… What’s more, we don’t even have to wait for the undeads from outside to get in.

Je balayai la pièce du regard et soupirai. Ils avaient tout pris et il n’y avait pas pour autant de fenêtre qu’on puisse défoncer pour s’enfuir. J’hésitai à mettre fin aux souffrances du pauvre type qui était avec nous mais ne m’en sentais pas la force. J’avais beau m’être posé la question de savoir si c’était un meurtre de tuer un de ces zombies, elle n’existait même pas dans ce cas-là. Même si cela permettrait de nous éviter un certain nombre de problèmes par la suite, je ne pourrais pas. Je revins m’asseoir aux côtés de Lucile et Tom, n’ayant rien de mieux à faire. Après tout, je n’avais toujours pas mangé et je commençais à le ressentir. Comme ces déambulateurs funestes, elle me déchirait graduellement le ventre et me faisait espérer que ça s’arrête. Je gardai le silence une grande partie du temps, demandant simplement si notre compagne allait bien.

Après plus d’une heure passée ainsi, la porte s’ouvra à nouveau. L’homme le plus conciliant des deux à l’entrée arriva. Il vint se camper devant nous et nous examina du regard. Il avait l’air d’essayer d’évaluer si nous étions infectés et si nous allions lui poser problème. J’haussai d’un sourcil avant de commencer à lui poser des questions.

What organization are you working for ? I’m a US citizen et these two are from France. You can’t just keep us like that, you have to give us at least some kind of explanation. I don’t know…

We don’t have to give you any kind of explanation. Our orders are clear : stay on the perimeter and wait for further instructions. We were even told not to take any unnecessary risk. We are just complying by verifying you don’t become one of those monsters. Be patient, you will be free soon anyway !

Je passai un œil au-dessus de son épaule pour remarquer que l’autre bonhomme de la pièce avait commencé à se relever et essayait de se retirer les liens qui le maintenaient bloqué. Lorsque le militaire se retourna, rendu curieux par mon air concentré, il eut un petit rire nerveux. Il avait l’air d’essayer de se convaincre que ça ne pouvait pas être ça. Ce devait être un officier ou un gratte-papier de l’armée locale parce que j’ai remarqué qu’il tremblait légèrement en posant sa main sur le holster de son arme de poing, à la ceinture. J’avais envie de l’arrêter mais il me sembla que faire le moindre bruit qui soit de nature à attirer l’attention du monstre avec lequel on était enfermé s’avérait être une mauvaise idée. Notre interlocuteur privilégié se releva doucement, en silence. Il commença par retirer le bouton de la pochette de son arme avant de la prendre bien en main. S’approchant toujours plus, il finit par n’être qu’à deux pas de l’homme assis et retira la sécurité dans un clic bien audible. Je pense qu’il voulait absolument s’assurer que c’était bien l’un d’entre eux avant de presser la détente.

J’eus à peine le temps de cligner des yeux que tout partit en vrille. Un coup de feu était parti mais avait manqué sa cible, un exploit à cette distance ridicule ! Le monstre s’était jeté sur lui bien plus vite qu’il ne s’y était attendu. Le close combat se poursuivit au sol et rapidement, l’un des deux prit le dessus… Les hurlements étouffés de douleurs se ponctuaient d’un second et d’un troisième coup de feu, l’un d’entre eux faisant voler en éclats l’un des néons au plafond et clignoter les autres. Nous voyions par intermittences le massacre se dérouler et bientôt le bras qui portait l’arme chuter mollement sur la moquette, laissant glisser le pistolet entre nous et le monstre. Je me levai mécaniquement et m’en saisis. Je n’avais jamais fait usage de ce genre d’objets et n’en avais jamais même tenu un alors ma prise fut relativement aléatoire et mon tir un peu imprécis. Heureusement, la proximité de ma cible et ses faibles mouvements, étant donné qu’il se régalait, jouèrent en ma faveur et je tirai deux balles, l’une dans le cou de la créature et l’autre dans sa tête. Comme tout était devenu plus calme, je m’approchai et décervelai sans plus d’hésitation le geôlier.

It’s our chance : we’ve got to go ! Lay low, I will try to occupy them while you flee !

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Mer 11 Nov - 17:36
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_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


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Damian tente de négocier des réponses à notre geôlier, en vain – les autorités ici sont parfaitement corrompues et tout à fait violentes, mais ce sont des êtres humains qui n’auraient jamais pu être préparés à ce que nous affrontons aujourd’hui. Matraquer les civils, ils savent, mais devant une horde de morts-vivants prêts à en découdre avec les molaires, c’est une autre pair de manches. Ils suivent les ordres, et tentent de les appliquer aux situations, c’est tout. Une pièce pour la quarantaine – qui on met à l’intérieur et dans quelles conditions, ça leur est bien vague, et comment leur en vouloir ? Je les imagine bien désireux de retourner auprès de leur famille, j’aurais peut-être moi aussi bâclé le travail pour m’assurer de rentrer sauve à la maison.

Et puis l’horreur totale.

Un affrontement furieux déchire la pièce de coups de feu, lumière cinglante et hurlements terribles. Je me jette sur Tom pour l’en protéger, l’oreille en vrille, alors qu’une vision terrible de Dam’ meurtrier vient clore l’échange. Des balles pour le fraîchement ressuscité. Mais des balles aussi, surtout, pour le cadavre du flic pas encore en mouvement. Mon cœur coule au fond de l’estomac, et c’est l’évanouissement de Tom qui me rappelle à la réalité – trop choqué, totalement dépendant désormais. Je décide de remettre mes cas humanistes à plus tard et le hisse dans mes bras avant que nous ne sortions de notre cellule de fortune. Evidemment, les bidas s’activent en réponse à l’agitation. Alors que Dam’, conformément à son plan, prend les devants pour les occuper, je glisse avec mon frère vers la sortie. Au passage, je tombe sur mon sac en partie dépouillé, mais uniquement de ce qui a de la valeur – c’est-à-dire de ce qui avait de la valeur. Rien de nécessaire à la survie a disparu, probablement ces guignols se sont-ils figuré qu’un retour à la normal était possible, et que l’argent aurait encore une utilité dans nos vies d’après la catastrophe. Le poids accumulé du corps sans vie de Tom et de notre petit stock me rive les jambes au sol et je peine à courir. Avec difficultés, je parviens néanmoins à l’entrée.

‘’Damian, come on let’s go !’’

Je me déleste sur lui du sac et nous courons sans réfléchir vers la dense végétation environnante. Plan brillant ou idiotie monstre, c’est à choisir entre la peste ou le choléra : vers l’hôtel le peuple de re-vivants crie famine, vers la jungle nous nous assurons de nous perdre. Mais enfin, nous serons moins visibles dans les hautes herbes – et j’aime autant me faire bouffer par les insectes que par les zombies. L’armée fait peu cas de nous rattraper et nous abattre : ne pas risquer la crise diplomatique, de se faire tuer en sortant trop loin, d’utiliser des balles et de l’énergie, pour un meurtre qui sera difficile à nous attribuer. Nous nous enfonçons franchement sous la canopée avant de nous arrêter, à bout de souffle. J’allonge Tom à même le sol, nous distribue de l’eau. Je revois le crâne du militaire céder dans le bruit de détonation, giclant d’un sang bien rouge, ouvert sur une ossature solide dans une peau encore chaude. Je ne sais si le désespoir de notre situation buissonnière, l’aversion pour la violence, ou la peur de mourir me confient cette colère noire qui soudain gronde en moi. Je me dresse devant Damian, profitant de l’absence de Tom.

‘’Are you kidding me, Dam’ ? You go and brag about being a US citizen, having rights and all that shit, yet you just blow up a cop’s head with his own gun ?! Is this what we do, now ? Is this what we fucking are ? The guy didn’t even start to turn, we would’ve been far by the time he would even have tried to bite us !’’

Je parle bien trop fort pour que nous restions discrets, mais je peine à me détendre. Je désespère tout à fait : nous sommes au milieu de la jungle, dans une île que nous partageons avec des revenants sanguinaires et des autorités à peine plus douces, mon frère est dans le coton des vapes et même si nous survivions, je ne sais pas bien quelle vie nous pourrions espérer avoir après cet enfer.

‘’We need to stop all this killing. I just ended my parent’s life for good and you busted open the head of a still sane man ! This situation is turning us into monsters ! If that’s the cost of surviving this hell then I don’t want to !’’

Ma voix s’éteint dans sa fatigue et sa détresse. Je ne sais pas si j’ai davantage envie de le gifler ou de le serrer contre moi. Quelque part, ces reproches, je les fais surtout à moi-même. Je me laisse couler sur le sol et l’envie d’abandonner me ronge les yeux.

‘’I’m sorry ...’’

J’inspire profondément, soulagée de cette panique, exorcisée par les mots. Je tente de réveiller en douceur mon frère, l’hydratant tant que possible dans son sommeil de mort – je chasse derechef l’horreur de l’image de cette expression.

‘’We should take some rest, eat and sleep, then try and steal a boat. I don’t know, even a jet ski could do the trick. What do you think ?’’


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Mer 11 Nov - 22:33
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J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


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Notre fuite désespérée sous la canopée naissante fut impressionnante. Je ne savais pas si les bruits que j’entendais étaient ceux de nos corps fendants les feuillages épais ou de quelques tirs de riposte que les militaires nous envoyaient sans trop de conviction. En tous cas, nous arrivions à nous en aller et à rallier un endroit tranquille où nous pourrions panser nos plaies. J’avais encore cet engin de malheur bien en main quand nous nous arrêtions. Les sangles du sac me faisaient mal au bras, ayant mal été placées dès le départ. Je posai donc le sac et essayai de trouver la sécurité pour bloquer l’arme à feu.

J’avais à peine pris le temps de reprendre mon souffle que Lucile m’assaillit de reproches. Elle n’avait pas tort : j’avais agi d’une manière que je ne me serais jamais autorisé il y a à peine quelques jours. J’étais en train de me transformer face à ces événements même si je n’en avais pas réellement le sentiment. En à peine quelques heures, j’avais eu à me battre pour ma vie à plusieurs reprises alors, ça faisait un drôle d’effet de moins hésiter qu’auparavant. Néanmoins, ça ne me paraissait pas juste. Je ne voulais pas plus que qui que ce soit être confronté à tout ça. J’avais souvent souhaité pendant mes longs tours d’horloge que quelque chose change et mener une existence plus stimulante mais je n’avais jamais eu dans l’idée de faire face à ce qui semblait à s’y méprendre être un début d’apocalypse. Elle finit par tomber un peu au sol et je m’accroupis pour lui parler en face, contenant ma frustration et ma déception comme je le pouvais face à sa propre fatigue.

Listen Lucy… I’m sorry to have let you see this. Yeah, yeah, I’m not so proud of this but if I had to, and I will most probably have to, I would do it again to protect you. I’m not getting out of this mess without the both of you, you hear me !? So stop speaking nonsense about giving up because if it’s like this, you will have to explain a lot of things to your brother because I won’t take care of him in your place !

Après tout ce que je lui avais dit, elle accepta malgré tout ma main tendue pour se relever et s’excusa, peut-être à contrecœur. J’avais le sentiment qu’elle n’accepterait jamais ce monde tel qu’il était devenu et qu’elle ne se résoudrait jamais à faire concession de la moindre parcelle de son humanité. Cette attitude forte n’était cependant certainement pas compatible avec la survie pour le moment. Ce qui me surprenait le plus, c’était qu’elle était déterminée mais qu’elle refusait cette possibilité de devenir implacable. Et ça me dérangea dans la mesure où j’avais l’impression d’être le seul à être capable de payer le prix moral pour nous protéger. J’étais initialement prêt à faire les choses qu’elle ne pouvait se permettre et comptais sur elle pour me garder les pieds sur terre, m’évitant de devenir un animal qui ne vaudrait pas mieux que les morts. C’aurait pu être un deal gagnant-gagnant dans le fond mais, comme toutes les roses ont leurs piquants, toutes les relations ont leurs problèmes… Et des problèmes, je n’avais pas besoin d’en avoir plus en ce moment.

I think we fucking deserve a good rest and meal. We’ll talk about that later.

Tom se reposa quelques heures. La fatigue avait fini par lui tomber dessus. Visiblement, Lucile avait besoin de ce temps également puisqu’elle resta avec lui à s’en occuper. Je ne savais pas trop si je devais la laisser seule ou lui parler après notre discussion houleuse de quelques temps auparavant. La culpabilité d’avoir été peut-être trop dur avec elle me faisait ressentir une lourde culpabilité sur les épaules. Après tout, elle venait de sacrifier ses parents dans le même genre d’élan que celui qui m’avait poussé à abattre notre sympathique geôlier. Je finis par lui parler, lui dire les choses que j’avais sur le cœur. Quitte à mourir probablement sous peu, autant le faire sans regrets.

I’m sorry, Lucy. Truth is, at first I thought you would slow me down and make me die… but in fact, you offered me a reason to keep fighting and made me live on. I know it’s awful around here and it’s terrible having to see me act like a monster but I’m just trying to make you safe. I would’nt have done it for anyone, you know ? I mean it. I really do ! Also, I’m thankful because I know you’ve got my back even if you don’t wish to act as ruthlessly as me. Maybe you’re the first person ever I honestly thought of relying on. I’ve lived quite a lot of tough shit in the past, so maybe it has fucked with my brain but for now, my only concern is protecting all of us. You think you can live up with that because I can't do it without the both of you ? Oh and for the record, I’m not actually american… I’m canadian !

Je ris un peu après cela. Je me sentais plus léger d’avoir pu lui dire que je n’étais pas un monstre. C’était étrange comme on devait se justifier de ne pas être telle ou telle chose alors qu’on vivait l’une des situations les plus extrêmes de l’histoire de l’humanité. C’était important qu’elle comprenne très vite que je ne me comportais pas comme ça pour le plaisir mais parce que je réfléchissais et analysais certainement les situations d’une autre manière qu’elle. Je la regardai et lui fis un vrai sourire pour le coup, réellement sincère. Cela trahissait certainement une certaine image de moi, du fait que je sois habituellement beaucoup plus neutre dans mes attitudes. J’imagine que le danger affectait effectivement tout le monde et que nul ne savait se montrer complètement exempt de la moindre peur.

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Jeu 12 Nov - 9:13
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Lucile
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

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Je fuis notre dilemme moral dans l’attention à mon frère, piégé entre sommeil et absence, dans la panne générale de son organisme trop épuisé, trop traumatisé, trop secoué. Ses fonctions vitales ne semblent pas troublées, aussi, il parvient à manger un peu – nous y parvenons tous, accablés par la faim davantage encore que par le chagrin. Le silence radio de Damian me laisse en proie à mes ruminations existentielles. J’ai été injuste avec lui, je m’en rends bien compte – quelque part, j’ai transposé la réaction de Tom, immature et puérile que fus-je, à sa situation. Une terreur qu’il se retourne contre nous. Une angoisse que nous ne puissions plus jamais redevenir humains. Le dégoût pour mes propres actes. Et l’ombre paternelle qui plane sur toute violence et me fige. Des excuses bidons qui ne pardonnent pas mes accusations sauvages. Il finit par s’ouvrir et rompre la lourdeur de notre échange. Je le dévisage dans mon impuissance linguistique à lui exprimer mon ressenti. Je pense à Maupassant.

« Le baiser est le meilleur moyen de se taire en disant tout. »

Je n’en fais rien, évidemment. Mais je me plante dans son regard et saisis ses mains pansées dans les miennes dans une tentative de me rassembler.

‘’I don’t know what you’ve find in us that you were looking for, but I’m glad you did, because if it wasn’t for you, we would be dead by now – and I’m forever grateful. You are brave, caring and sweet, and I’m sorry for blaming you the way I did. I don’t have your courage to do things you might do, but I’d sacrifice myself ten times for any of you two. We’re a team, you can count on me, and I’ve seen I can count on you.’’

Son sourire nous ramène à la vie et j’y réponds avec la même intensité.

‘’The Canadian Destroyer : it’s the name of a wrestling move, looks like it would suit you !’’

Je ris à mon tour, et ma voix m’en semble étrange. En dehors de l’apocalypse, on rit assez peu à la maison aussi - notre groupe, lui, donne un sentiment de chez-soi. Mais la douceur de notre échange est interrompue par la nature : le ciel s’empourpre de nuances rosées qui traversent la canopée par raies engourdies, les bruits des oiseaux réveillés par la fraîcheur naissante nous parviennent en échos subtiles, un vent chasse la lourdeur diurne et bruisse dans les denses feuillages qui nous préservent. Le soir arrive et Tom est toujours groggy.

‘’We should sleep here : the climate is the last thing we should be scared of on this island.’’

Les nuits tropicales sont connues pour leur gel, et dans nos maigres t-shirts nous ne pouvons décemment pas nous permettre l’hypothermie – dans ma trousse de secours, une couverture de survie.

‘’We got canned food, a blanket and the whole jungle as a bed : who needs a hotel anyway ? First thing tomorrow, we go the beach and we try to find something to get out of this hell.’’

Tom émerge enfin, semble-t-il pour de bon, mais avec douleur. Ses petits yeux gonflés trahissent son trouble tandis qu’il nous dévisage comme un aveugle tentant de voir – il se met à pleurer gentiment, sans ses caractéristiques larges sanglots qui le secouent, et je me dis que cette aventure le fait vieillir. Je le serre contre moi, impuissante à ressusciter ses parents. Je me dis que notre vieux n’a jamais été aussi peu monstrueux qu’en mort-vivant. Mais mon frère ne peut pas s’en rendre compte.

« Une nuit d’amour, c’est un livre en moins. » Honoré de Balzac

Le soir nous tombe dessus comme un couperet, chanté en fanfare sauvage par les créatures de la nature, et enfin ce contexte a l’air presque normal – pas de militaire à nous faire prisonniers, pas de carcasse animée pour nous dévorer. Nous nous agglutinons tant bien que mal sous la couverture de survie miroitant les reflets lunaires. Au loin, il semble résonner des coups de feu, que nous tentons d’ignorer. Tom est allongé sur moi pour lui éviter l’humide condensation des feuillages qui nous trempe le dos. J’essaie de détendre l’atmosphère.

‘’Talk about a king size bed ! You can sleep, Dam’, we should take turns. I’ll wake you up when I’m too sleepy.’’

Cette nuit là pour la première fois, la seule menace fut les moustiques.


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Jeu 12 Nov - 18:53
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Je consentis à dormir en premier. J’en avais grandement besoin et je le savais. Tout ce qui s’était passé dans la journée m’avait largement travaillé et je commençai d’ailleurs à parler d’une étrange manière. C’était encore des étrangers, ces deux compagnons d’infortune, mais pourtant j’avais dit que je mourrais pour eux. Je ne sus dire si le plus étrange était que ces mots sortent de ma bouche ou que je les pensais réellement. En tous cas, le sommeil fut long à venir. Dormir à la belle étoile me rappelait le pays et le camping que nous faisions parfois dans mon enfance. Je n’avais jamais eu l’envie d’y retourner mais maintenant, alors que je faisais face à mes heures les plus sombres, j’avais l’impression que mon esprit y vagabondait, qu’il se détachait de mon corps et qu’il y retournait. C’était une immense épreuve de prendre le temps de faire le voyage inverse de tout ce que j’avais vécu pendant ces 3 ans et d’à nouveau me retrouver sur l’entrée de la parcelle de ce petit pavillon en banlieue résidentielle de Montréal mais cela se fit en l’espace d’un instant. Les allemands ont un mot qui n’existe que dans leur langue à ce sujet : Heimat, ce qui signifie à la fois la patrie mais également « là où le cœur réside, là où il revient ».

L’air avait quelque chose d’étrange virant lentement entre le rouge, le bleu et le vert pour revenir au rouge, sans arrêt, donnant un air saturé à tout ce que je voyais. Autour de moi, tout semblait arrêté : un pigeon s’interrompait dans son battement d’aile, un gamin à vélo venait de lancer un journal, lui aussi pris dans la toile inextricable du temps, une porte de garage entrouverte laissait voir par la diode d’indication que le mécanisme était en cours de fonctionnement. Je trouvai plus étrange encore le fait que cela ne me choque pas et que j’avance simplement dans l’allée comme je l’avais déjà fait des milliers de fois. Lorsque ma main se posait sur la poignée de porte, je pus voir qu’elle était bandée… Je ne sus comprendre pourquoi mais je n’y prêtai pas plus attention. Une fois rentré, une incompréhensible mélancolie me prit au ventre et retourna mes intestins violemment, comme une mélodie si douce qu’elle rappelle les pires souvenirs. Des milliers de feuilles de journaux s’étaient accumulées sur les marches de l’escalier, directement dans le hall. J’avais l’impression qu’une fenêtre de l’étage était ouverte puisque du haut des escaliers venait un froid glaçant et de fines gouttes d’eau qui voyageaient latéralement.

Damy ! You’re finally here ! Mommy’s been waiting for you for a long time… Can you get the dish from the oven ? I think it will burn if it stays for too long…

Je voulus lui dire que j’étais content de la voir et lui dire que je l’aimais mais les mots ne sortaient pas de ma bouche. Elle me fit un de ses regards doux mais ce qui me marqua fut ses yeux bleus délavés qui me transperçaient. Etaient-ils si bleus que ça dans mes souvenirs ? Aucune idée… En tous cas, j’ouvris le four et en sortait le plat couvert de papier aluminium. Je le laissai sur la table de la salle à manger avant de lui laisser un baiser sur le sommet du crâne. Repartant vers une autre pièce, je vis mon frère et ma sœur en train de dessiner dans un livre. Cela faisait longtemps que je ne les avais pas vu… Je m’approchai légèrement et m’assis un instant dans le canapé, regardant la télé qui n’affichait qu’un mot « Welcome home, Damian. » qui défile en permanence, comme dans un générique de film.

Hey Damy ! You want to play fetch with Marcia ? We’ve all been waiting for you ! How was the USA ? Did you bring us anything from there ? me dit Adam joyeusement.

Yes, we’ve got so many questions ! But I think daddy wanted to see you right after you arrived. You might want to go say hi to him ! me conseilla plus sérieusement Maddy.

Je sentis mes lèvres se fendre d’un léger sourire alors que je vins caresser leurs petites têtes blondes. Je sentais bien que quelque chose n’allait pas mais retrouver le foyer de mon enfance me faisait du bien et franchement, je pense que je n’avais pas envie de comprendre ce qui se déroulait sous mes yeux. J’avais l’impression de retrouver ma famille après une très longue absence et c’était le plus important. En avançant au travers du salon, la chienne se réveilla et aboya joyeusement à mon passage. Sa truffe et son œil vif m’avaient manqué presque autant que la délicieuse nourriture de ma mère. Cette vieille golden retriever était à moitié sourde et n’arrivait plus très bien à marcher mais elle ferait toujours partie de la famille à mes yeux. J’arrivai bien rapidement face aux escaliers et pris un des papiers journaux qui y trainaient. « Perfect murder is killing hopes and dreams, head of police says. ». Quand j’arrive au palier de l’étage, ma petite sœur Amy me pointe du doigt une des portes ouvertes avec un sourire.

A l’intérieur, une pénombre quasiment totale règne. Seule coupe la lumière changeante qui passe au travers du velux. Son cadrage forme une sorte de croix au sol au milieu de laquelle je vais me placer. Mon père, dans son fauteuil fume la pipe et commence à parler mais je n’arrive pas à comprendre ce qu’il me dit. Il n’a pas l’air joyeux, triste ou même en colère. Il parle d’un ton neutre, presque militaire ou protocolaire. Je me rappelle qu’il m’avait dit d’aller aux USA, que c’était une bonne idée pour commencer ma nouvelle vie d’adulte. Il finit par se lever mais il reste dans la pénombre alors qu’il me passe à côté. Je sens une odeur de brûlé et en clignement de mes yeux, nous sommes tous à table. Je regarde mon assiette pleine à ras bords de pois, de carottes et de choux. Ma mère ouvre le plat en retirant le papier aluminium. De l’intérieur, je ne suis capable de rien voir. Tout est brouillé et braille. Cela m’empêcherait même d’entendre mon frère qui dit les bénédicités. Il me jette un regard amusé mais j’ai l’impression que son visage a changé par rapport à tout à l’heure. Les lumières sont trompeuses par ici, on ne sait pas ce que l’on voit réellement… Je tends mon assiette et la récupère. Une dernière vision perturbante achève de me réveiller en sursaut.

Je me réveille d’un seul coup, en sueur et les yeux écarquillés. Une tâche blanchâtre et aveugle emporte le milieu de ma vue alors que la panique m’enserre lentement l’échine. Sa poigne est certes douce mais elle est inextricable. Tremblant furieusement, je me lève à la recherche de mon sac pour prendre une clope et essayer de me calmer mais je ne le trouve pas dans les ténèbres impénétrables de cette jungle. Je marche au hasard dans la nuit jusqu’à tomber, quelques mètres plus loin, trébuchant complètement. Complètement effrayé et désorienté, je me mets en position fœtale et passe de longues minutes avant de me calmer et de reprendre pied avec la réalité. Je suis trempé et je me sens ridicule. Pourquoi fallait-il que mes rêves soient si étranges et perturbants à chaque fois ? Bénie soit le temps où je pouvais prendre des somnifères et connaitre des nuits sans songes… Je viens me remettre auprès de la couverture de survie et n’arrive plus à fermer l’œil de la nuit. Je pense que Lucile s’était déjà endormie durant son tour de garde. Si elle était éveillée, elle ne me pose pas de question et ne me demande pas si je vais bien, ce qui me convient parfaitement.

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Sam 14 Nov - 9:03
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
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Les piaillements sauvages de la journée ont laissé place aux roucoulements réguliers des batraciens, pleurs gutturaux des marais qui nous rappellent que la Terre tourne, sereine dans son énormité, malgré ses morts mouvants. La nuit est délicieuse quoique froide, et si mon corps est épuisé, mon esprit ne peut décemment pas trouver le sommeil – et à voir Dam’ dormir, on aime autant rester éveillé. Quoi de plus normal après les catastrophes à répétition des derniers jours ?

Once upon a midnight dreary, while I pondered, weak and weary,
Over many a quaint and curious volume of forgotten lore—

Sa terreur livide n’échappe pas à ma surveillance nocturne alors que, pris de panique semble-t-il, le jeune homme s’échappe de notre rempart scintillant contre le froid dans une angoisse mystique qui le pousse dans les feuillages. Crier pour l’appeler nous mettrait en danger, et Tom endormi sur moi a besoin de ce sommeil qu’il rattrape déjà difficilement depuis la fin d’après-midi. Je le laisse faire et, soulagée, le voit revenir trempé de sueur. Je me figure qu’il rêve de meurtre, de chair moisie et autres effusions sanglantes ou menace gouvernementale.

‘’Had a bad dream ? You okay ?’’

Nulle réponse, et je le comprends bien, aussi n’insisté-je pas. Dos en compote dans le creux du pied de l’arbre qui nous recouvre, je laisse rouler Tom de son côté. Je me dis que les enfants tiennent chaud et rendent heureux, et qu'il en a besoin.

‘’Here, can you take him just for a moment ? I really need to stretch.’’

Je me déloge de notre couverture non sans force dérouillage de ma colonne ; le froid pèse mais pour un instant, il sera supportable. Je prends un peu de distance. Au loin, quelques coups de feu, apparemment échos de la ville, ont tu la nature. Plus de crapauds, grenouilles et reinettes. Plus de ululements grassouillets des oiseaux de nuit. L’Homme qui détruit tout. L’Homme – l’être humain. Mais aussi l’homme, le mâle humain. Mon père. Moins infernal mort.

Deep into that darkness peering, long I stood there wondering, fearing,
Doubting, dreaming dreams no mortal ever dared to dream before;
But the silence was unbroken, and the stillness gave no token

J’y pense, c’est rare, comme éveillée par la mort qui menacera encore demain. Merveille parentale, ô oui, dans ces sorties pères-filles exemplaires, absolument infâmes, où l’ambre génitrice profanait l’antre génitale, et la mère qui se contentait de demander sourire aux lèvres, incrédule absolument – « Alors, papa t’a emmené à la piscine ? » ; et moi dans mon mutisme, incapable de dire autre chose que la vérité préférait ne rien lâcher, consciente de la honte, mais pas qu’elle se tassait sur lui et non sur moi. Moins écœurantes, les dépouilles animées. Moins sauvage, le meurtre de Dam’. Un peu de justice, dans mon meurtre à moi. J’intériorise alors que les balles continuent distraitement et que la jungle contient son murmure. Je retourne à notre couverture.

Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.

Nous échangeons de tour de garde, et je m’endors d’un lourd sommeil d’épuisement brave, tête affalée contre l’épaule de Dam, corps abandonné à l’exténuation de mon âme.

Quoth the Raven « Nevermore »

Au petit matin, Tom est le premier levé, et nous sommes trempés de rosée. J’échange quelques banalités avec lui qui remballe nos affaires d’une infinie douceur méticuleuse. Le sac, allégé des repas pris, sera plus aisé à manipuler – et tant mieux car mes épaules sont toujours labourées par les cloques de la veille. Il fait doux, il doit être très tôt, et je me dis qu’il n’en sera pas plus mal pour sprinter. Je tente une conversation avec Dam’, hésitante, peu sûre de son état d’esprit. Je me figure qu’une conversation purement factuelle sera bien obligée de l’ouvrir à nous.

‘’So what’s the plan, we run to the beach and we start a boat ? You still have the gun from yesterday, right ? I still have knives. Let me look at your hands.’’

Je déballe ses poignes des bandages faits la veille, rassurée de voir que, si elles ont un peu saigné, elles ne sont pas en sale état. Je renouvèle ses pansements pour mettre ses plaies au propre, les désinfecte. S’il y a quelque chose qu’on ne doit pas négliger, c’est ce qui nous permet de fuir et de riposter.

‘’Whatever we do, we should do it quick : not only it's gonna get warm very soon, but I’ve also heard fire shots the whole night. I don’t know if the authorities had new orders, but from what we’ve seen, they are pretty prone to kill if asked to. They honestly scare me more than the zombies.’’

Je lui laisse un sourire complice avant de continuer.

‘’Or, we could become three little Tarzans and play in the jungle until we become friends with the animals ...’’


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