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LE TEMPS D'UN RP

"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous

Jo'
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Date d'inscription : 21/08/2019
Région : Grand Est
Crédits : William Turner & Alfons Mucha

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Préférence de jeu : Les deux
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Jo'
Ven 20 Nov - 9:35
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

Si l’intervention du militaire, conciliateur, me le rend plus aimable, je ne le prends pas pour argent comptant. Dans l’absolu, ils ont parfaitement pu avoir blessé Damian pour attiser la pitié. Ils peut-être choisi de quitter la caserne comme il me l’affirme, mais la sirène d’hier soir ne trompe personne – ils ont dû être attaqués, et loin de la morale, leur échappée peut obéir à une couardise panique de voir se déverser dans le mess des gerbes de morts sur pieds. Je ne réponds rien. Je n’ai pas à me mêler de cela – objectivement, ils seront utiles à la survie du groupe … si ledit groupe parvient à garder une unité.

Te souviens-tu, disait un capitaine
Au vétéran qui mendiait son pain,
Te souviens-tu qu'autrefois dans la plaine,
Tu détournas un sabre de mon sein ?

Je rejoins la chambre d’Andréa et vérifie que tout le monde va bien. Elle est prodigieusement épuisée, toujours douloureuse, mais en santé. Son bébé mange après quelques difficultés à téter. Soulagement général. Je réclame la Sœur Margaret et lui murmure la tension dans notre groupe plus bas.

‘’Franck has let soldiers in – four of them. One told me they decided to leave because they couldn’t take parts in all the horrible things they were told to do. I don’t know if we can trust them, they brought here a friend of mine though, so we’ll know what happened as soon as he wakes up. But for now, people in the church are worried : you know better than me what’s the relationship like between civilians and military on Banoi.’’

Margaret m’observe l’œil vitreux. Quoi qu’elle veuille en dire, elle a figure d’autorité ici : les gens réunis dans l’Eglise sont pour l’immense majorité des croyants en perdition venus se repaître de leur opium lorsque la situation a dégénéré. Ils ont été suffisamment chanceux pour tomber sur un clergé un peu plus vertueux que la moyenne et ont trouvé ici de quoi protéger leur salut physique et spirituel – tout ce petit monde croira la nonne comme eh bien … Parole d’évangile. Elle me dévisage, outrageusement perdue, et hoche la tête.

Sous les drapeaux d'une mère chérie,
Tous deux jadis nous avons combattu ;
Je m'en souviens, car je te dois la vie :
Mais, toi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

Lorsque nous gagnons ensemble l’enceinte de l’Eglise, Sœur Margaret prend place sur l’autel du prêtre. Je ne peux m’empêcher de me dire que, en cas de pépin, et comme un pied de nez à la hiérarchie sexiste des institutions religieuses, ce sont les femmes qui fédèrent. Le brouaha de notre petite vingtaine cesse, et chacun prend place sur une banquette comme pour la messe habituelle. C’est irréaliste. Derniers debout : les soldats, et moi. J’observe avec attention écœurée le colonialisme de la situation – aux postes décisionnaires de l’équipe, et sauf pour John comme une minorité représentative dans les films à trois francs, des blancs. Une poignée de blancs qui décident pour toute cette population locale écrasée par le poids des morts revenus à la vie, comme perpétuation d’une tradition habituellement justifiée par la masse capitaliste. Mondialisation et tout le bordel – il faut vivre avec son temps, il paraît. La nonne s’éclaircit la voix alors que des sourcils anxieux s’arquent sur la chaleur tropicale qui tente de faire son nid dans les pierres froides de notre refuge.

‘’I have been informed of military’s presence here.’’

Des regards subreptices se tournent vers les loubards au fond, qui avalent cette révolte contenue et systémique avec abnégation.

‘’I know you all have reasons to be scared. Newcomers are scary, especially now, especially them. But whatever the army has done before, if they repent, God will welcome them in his house. This is what you need to do too.’’

Une protestation s’élève dans la foule mais Sœur Margaret tient le cap avec fermeté. Elle lève la voix pour asséner au groupe un coup – métaphorique – de Bible.

‘’Matthew 5 :38-39 : if anyone hits you on the right cheek, offer him the other as well. We all have sinned, and I’ve seen a lot of you come into here, and talk to Father Lucas about it.’’

Elle fait un signe de croix, le regard au ciel. Je comprends que feu Père Lucas a dû servir de casse-croûte à un moment ou à un autre.

‘’So let them be, and protect our lives to repay for the ones they took away.’’

Un silence crispé envahit la salle. Le sens chrétien les oblige bien à faire confiance à Sœur Margaret, mais la psychologie et la rationalité les en détourne en leur for intérieur. J’ai du mal à croire à ce tableau pourtant devant moi. Une population entière, traumatisée. Je n’ose imaginer quels rapports de force ont eu lieu dans ce pays pour que jamais le bénéfice du doute ne fût une option. Ces gens ont besoin d’être rassurés, et non qu’on leur conseille de se laisser martyriser, parce qu’un jour un type nommé Matthieu a hypothétiquement chantonné qu’il valait mieux se prendre deux claques plutôt qu’une. Il n’a pas connu les violences conjugales, le bon vieux Matthieu.

Malgré les vents, malgré la terre et l'onde,
On vit flotter, après l'avoir vaincu,
Nos étendards sur le berceau du monde :
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

La nonne semble ne pas avoir reçu la franche fidélité enjouée à laquelle elle devait être habituée. Les gens attendent davantage qu’un Dieu invisible pour assurer leurs arrières, cette fois, et je reconnais cette ambiance. Le poids d’un silence qui ne veut pas trop en dire. De la soupape prête à l’explosion. Du calme mû par l’autorité, de la tempête tapie sous un prétexte. Ce peuple recousu de part en part, criblé de cicatrices purulentes qui jamais ne se soignent, opéré par son Etat sans anesthésie, attend sa vendetta. La violence qui dort est déjà une violence. Mon père avec du pastis, il explosait direct. Mon père avec du whisky, il tournait monstre au moment le plus inattendu. Tom qui rit trop fort. Maman qui fait tomber quelque chose. Une de mes mauvaises notes en sport. Que dire, si ce n’est que l’ambiance dans l’Eglise sent le whisky ? L’angoisse me mord les amygdales, et je passe devant sans réfléchir.

‘’You don’t have to believe in what Sister Margaret said. Look at the facts : we have food for a week, running water, security, and medical supplies. Those men are trained to kill, came here with a bunch of guns, fully equiped with kevlar. You really think, if they wanted to plunder us, anything could have stopped them ?’’

Regard suspicieux.

‘’Me neither. Look, I cannot know how much you suffered because of the army. What I do know, is you ended up welcoming John, and he worked his ass off to bring you food and search for your lost ones. Dead people move, everything is upside down. You don’t have to like them, but to make this place safe for them. Otherwise I’m not taking care of anyone anymore - and you never know when you'll need a doctor.’’

Evidemment, je n’apaise pas les tensions par un vrai-faux discours déconnecté de la réalité Papouasienne – le but est de les tenir en respect par chantage sanitaire. La carotte et le bâton, c’est fédérateur, en attendant l’union. Un contrat social davantage à la Hobbes qu’à la Rousseau.

Garde en ton cœur ce jour pour le maudire,
Garde en ton cœur ces voix qui se sont tues,
Qu'un chef jamais n'ait besoin de te dire :
Dis-moi, soldat, dis-moi, t'en souviens-tu ?

Alors que la vie du groupe reprend en se réorganisant tant que possible, je rejoins Damian toujours allongé. Je caresse son front dans l’espoir de lui imposer un réveil qui le chassera de ces spasmes endormis qui défigurent sa mine horrifiée. Je mouille ses tempes dans un effort de calmer sa pulsation battant à tout rompre, cœur pris dans les contusions de son bras, ô comme on sait mal combien peut saigner un os. J’ai besoin de lui parler. Pour le groupe. Pour ses comparses. Pour moi.

Te souviens-tu ?... Mais ici ma voix tremble,
Car je n'ai plus de noble souvenir ;
Bientôt, l'ami, nous pleurerons ensemble,
En attendant un meilleur avenir.
Mais si la mort, planant sur nos chaumière,
Me rappelait le repos qui m'est dû,
Tu fermeras doucement ma paupière,
En me disant Soldat, t'en souviens-tu ?


"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 16532433"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 76406_10
Jo'
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Jo'
Lun 23 Nov - 8:43
Note : les dialogues en italique sont en pidgin.

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Sharlene
Mawi

J'ai 17 ans et je vis à Banoi, Papouasie Nouvelle Guinée. Dans la vie, je suis apprentie mécano, et apprentie guerillero et je m'en sors comme un cafard.

_ Je suis dans la mouvance indépendantiste de Bougainville dont mon père était un membre influent.
_ J'ai beaucoup de lacunes d'instruction, que je compense par un savoir de la survie à toute épreuve.


OC :copyright: Greta Lusky

Spoiler:
Tic, tac, tic, tac. Mes yeux se perdent dans ce qui doit nous servir de café, breuvage translucide à force de réinfusion de son marc, qui n’a de café que le nom, et pas même assez d’odeur pour couvrir celle de tripes qui remonte du bitume. Des amis, ou collaborateurs disons, se sont cloîtrés avec nous. Notre garage est un endroit sûr – des barreaux de fer pour fermer la devanture, encastré dans une suite de bâtiments, notre petit appartement miteux au-dessus. Dans cette apocalypse, nous fleurissons. C’est plus facile de survivre maintenant qu’avant, avec nos dettes.

Papa et ses potes sont des ex rebelles de la guerre d’indépendance de Bougainville, il est venu sur Banoi pour plus d’anonymat quand ils ont commencé à jeter des mercenaires sur les civils. Ils voulaient l’indépendance. Cracher sur la corruption de notre Etat qui magouillait, et magouille encore avec les Nords pour exploiter notre métal. Désastre écologique, économique pour toutes les familles locales, j’en passe. Ca l’a jamais quitté, au père, cette soif de liberté et de justice par le sang. Surtout, ça l’a équipé pour la survie. Parce qu’elles se sont fait plaisir, les autorités, sur les indépendantistes. Deux mille civils condamnés – les femmes allongées en protestation pacifiste devant les bulldozers : écrasées, juste pour exemple. Militaires, missionnaires, mercenaires, d’Australie ou d’Afrique, tous là pour la museler la génération du paternel. Mais l’appartenance à la terre, ça ne se marchande pas.

Le garage de mon vieux, c’était le QG de ce qu’ils voulaient faire comme opération de sabotage. On est tous plutôt heureux que la Papouasie se soit sabotée elle-même. Suffit de survivre, quand ça se sera tassé, on pourra prétendre à un renouveau plus juste. Juste retour de bâton – et nous cette survie sauvage on est optimisés pour. J’ai arrêté l’école à 13 ans pour taffer dans le garage et surtout pour apprendre les combines de leur guérilla clandestine, alors dégommer des revenants ou des flics en perdition, c’est pas si compliqué. Presque, c’est dans mes gênes. Et on a de quoi faire péter Moresby toute entière dans la cave, alors …

L’ordre du jour : aller récupérer de la bouffe. On a fait le supermarché mais il était déjà vidé. On a donc d’abord volé nos voisins déjà morts. Puis on a dû voler les voisins vivants – à leur insu, ou après les avoir tués. On a fait le tour de toutes les planques de civils rebels concurrents. Je crois que lorsqu’on sera arrivés au bout de nos options de survie, le vieux ira nous faire péter en kamikazes au Parlement. C’est pas pour tout de suite – il paraît qu’à l’Eglise, les allumés du Christ (ma mère me giflerait en m’entendant parler comme ça) ont ramené toutes leurs provisions quand les bidonvilles ont commencé à s’entre-déchirer. Nous on a pensé que c’était une nouvelle guerre de gang, on était pas au courant pour la maladie. Ils ont été plus prévenants, faut leur laisser. C’est donc notre objectif : piquer leurs vivres, sans les tuer si possible, et sinon ma foi pas le choix.

On fume tous ensemble – clopes plus évidentes à chourer que la nourriture – en débriefant le plan de cette nuit. Depuis le début de la fin, j’ai un rôle important dans nos attaques, et je m’en enorgueillis salement, faut dire. Mon père détaille le plan.

‘’Caleb et Daniel, vous partez cet après-midi avec des pétards et vous vous arrangez pour qu’une troupe de morts vous suive à la trace. Il m’en faut pas mal : j’pense qu’ils ont des armes et tout le barda, et faudra les occuper assez longtemps. Emmenez une échelle : si c’est hors de contrôle vous montez dans une baraque et vous faites savoir au talkie où vous êtes, on s’arrangera pour venir vous chercher. Cette nuit, Latifa va saboter le poteau électrique qui alimente l’Eglise. Quand tout s’éteint, j’en profite pour poser mon TATP sur leurs fortifications à deux sous. Avec la déflagration et les cris qui s’en suivent, vos zombies devraient vous lâcher la grappe et se déverser dans leur planque. Pendant qu’ils sont occupés à l’avant, p’tite puce, tu passes par une fenêtre arrière du presbytère et tu piques tout ce que tu peux. Si jamais on t’en empêche, tu sais ce qu’il te reste à faire.’’

J’acquiesce. Evidemment, je sais. J’écrase ma clope. Il fait déjà chaud et lourd.


"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 16532433"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
"Ecoutez monde blanc, la salve de nos morts" | Houmous - Page 4 76406_10
Houmous
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Région : Grand Est
Crédits : "Have you seen the Yellow Sign ?" Chambers

Univers fétiche : Fantastique, SF
Préférence de jeu : Homme
patrick
Houmous
Lun 23 Nov - 18:52
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Barry Howard
J'ai 39 ans et je vis à partout. Dans la vie, je suis mercenaire et je m'en sors aussi bien que possible.

- J’ai grandi à Brighton, en Angleterre.
- J’ai écumé une bonne partie des champs de bataille des 25 dernières années.
- Je suis Billy Carter comme un messie, il a toute ma confiance


Barry Burton :copyright: ???


Avant toute chose, il aurait certainement fallu que je dise de moi que je n’ai jamais été un homme violent par nature. Toutefois, en parler avant aurait juste paru suspect, comme si je ne me l’avouais pas, et n’aurait pas été juste pour expliquer ce que c’est que d’être un soldat. J’ai bien sûr tué plus d’une fois, fauché des existences plus riches que la mienne et pas qu’avec l’aide d’une arme à feu sans pour autant en perdre le sommeil. Cependant, aussi dur que cela puisse paraitre, je ne me suis jamais senti une âme de tueur de sang froid ou de criminel. J’avais toujours été plutôt un combattant qui se battait pour quelque chose et non contre quelqu’un. Se battre pour l’argent m’est toujours apparu comme plus louable que d’avoir activement l’objectif de détruire quelqu’un. C’est certainement quelque chose d’égoïste mais au moins, les cadavres que je laissais sur mon sillon n’étaient rien d’autre que des victimes collatérales que je n’étais pas venu tuer mais que le destin m’avait poussé à abattre. Banoi aurait pu se passer comme tout ce qu’on avait déjà fait par le passé… mais c’était fondamentalement différent, parce qu’il n’y avait plus réellement de règles dans ce conflit. Si cet arrière-goût de perte de contrôle que nous avions en bouche depuis notre arrivée, quelques mois auparavant, n’avait pas changé ma manière de voir les choses, cette nuit le ferait peut-être.

Le soleil se coucha tardivement, comme à son habitude en été. Je sortais à peine d’un temps de repos et venais de relayer Mikey quelques minutes plus tôt. Dans l’air, il n’y avait rien de spécial, contrairement à ce que certains des survivants vous diraient. Ils vous feront croire que nous pouvions sentir dans l’air que tout allait partir en vrille et qu’il ne convenait plus que de savoir si ça allait venir de l’intérieur ou de l’extérieur. Non, pour moi, il n’y avait rien de plus pendant ces quelques minutes où je pris mon tour de garde que durant la fois précédente. Les rues étaient relativement désertes, vaguement éclairée de lumières éparses et mal entretenues. J’étais à ma couverture relative de l’entrée de l’Eglise qui m’offrait une bonne visibilité sur les alentours et avais mon barda posé au sol à deux pas de ma chaise, le fusil également incliné contre un mur. Posant le regard dessus, je me rappelais de l’entretien que je lui avais fait passer quelques heures plus tôt. La première étape avait été le nettoyage, bien sûr, mais j’avais également réglé la lunette électronique, qui m’avait paru pointer un peu plus sur la gauche qu’elle ne le devrait durant nos affrontements dans le centre. Il m’avait fallu un petit temps pour me rendre compte que le frein de bouche avait un peu été grippé par la chaleur de nombreux tirs consécutifs et avais eu à m’en séparer. Enfin, j’avais aussi pris le temps de compter mes munitions : 27 cartouches de fusil et pas une de plus.

Les lumières faiblirent d’un seul coup, mais pas seulement celles de l’extérieur. Je soupirai, me disant qu’un des morts avait du vouloir faire des bisous à une armoire de raccordement dans les alentours. Je commençai donc à rassembler mes affaires. Le sac trouva sa place naturelle, de même que le casque. Cela peut être stéréotypé mais je dirais la même chose de mon fusil qui vint en bandoulière comme s’il avait été fabriqué pour mes épaules précisément. Juste le temps de venir mettre sur le bout de l’arme une torche que j’entendis la panique qui venait de l’intérieur. Pas mal de monde était sur le qui-vive et toute irrégularité posait la question naturelle d’une agression dans ce climat de tension exacerbée. Il fallait être réaliste : même si le gamin avait encore été en forme et qu’il était capable de combattre avec nous, nous n’aurions jamais été suffisamment nombreux pour défendre tous ces civils. Carter avait assurément les yeux plus gros que le ventre dans cette situation où chacun d’entre eux pouvait en venir à bouffer son voisin si les circonstances se présentaient. Mon regard se porta sur eux et la question me vint en tête de savoir s’ils étaient conscients d’être sur le point de mourir depuis 45h. J’eus un soupir en me disant que j’aurais peut-être mieux fait de raccrocher comme je me l’étais promis, quelques mois auparavant. Malgré tout, une autre part de moi-même me poussait toujours à revenir sur les champs de bataille. Ce n’était pas une question de vouloir tuer, prouver ma masculinité à nul autre que moi-même ou de gagner plus d’argent, c’était qu’à force de passer sa vie à survivre dans des conditions difficiles avec de bons amis pour nous épauler, on ne se voit plus faire autre chose sans se sentir menacé dans le dos.

Mikey, can you cover the entrance and take care of the civilians ? I’m going to take a walk and see if I can restore the power.

Je vis au mouvement de sa lampe torche qu’il acquiesça en retour et sortit à pas lents de l’Eglise. Il faisait extrêmement sombre, mes yeux étant encore mal habitués à cette obscurité… Je balayai les environs du regard, dans l’idée de capter du mouvement avant d’allumer ma torche et vis finalement que la route semblait vibrer. Je fronçai alors les sourcils et voulus utiliser ma lunette avec son mode infra-rouge ou de vision nocturne mais me rendis compte que les piles avaient rendu l’âme. Quelle veine ! Ces machins étaient supposés pouvoir tenir des semaines et il fallait que ça déconne maintenant. Je mis donc une petite tape sur le côté du dispositif et il clignota un peu avant de se rallumer faiblement. Je me mis en position, sur mes genoux et visai la horde avant de me rendre compte que si elle avançait, si regroupée, c’est qu’elle poursuivait quelques survivants. Ceux-ci prirent des ruelles pour fuir et je vis même que d’autres étaient sur les toits de certains de ces bâtiments. Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre qu’ils étaient en train d’essayer de nous balancer une horde d’infectés pour nous éradiquer. Très bien, je compris que cela signifiait que les survivants n’appartenant pas à notre groupe étaient probablement tout aussi dangereux que l’armée.

Je tirai donc dans la hanche de l’un des derniers survivants qui quittait l’avenue. Il s’écroula lourdement et poussa un hurlement. J’ouvris le verrou pour qu’une cartouche incandescente vienne chuter au niveau de mon genou droit, posé au sol. A la lunette, je vis qu’un petit groupe de trois commença à sortir d’une ruelle, ne pouvant se résoudre à le laisser seul face à son sort. Froidement, j’en abattis un d’une balle qui traversa son orbite droit. Il tomba mollement, comme un sac de pommes de terre qu’on lâche. Un autre cylindre brûlant toucha mon pied. L’un d’entre les deux autres tenta de s’enfuir mais je lui explosai un tibia, le laissant rouler jusque derrière une voiture garée sur le bas-côté. Plusieurs tirs vinrent des toits dans la direction de la porte d’Eglise. Sans le cache flamme, il n’était difficile de remarquer d’où je tirais. Je pris quelques éclats de bois sur le dos… Leurs armes n’avaient certainement qu’une précision relative et à cette distance, je n’avais pas grand-chose à craindre si ce n’était un coup de chance improbable. Je continuai un moment avant de capter dans ma vision périphérique que la luminosité augmentait exponentiellement.

C’était un blindé de l’armée qui arrivait, probablement attiré par les tirs qui détonaient, nombreux dans la nuit. Les militaires avaient pour ordre de supprimer tous les civils et, nous l’avions appris de Carter, de préparer le terrain pour de grands bombardements à venir. Les gradés voulaient supprimer toute forme de vie de cette île pour éviter une pandémie globale de fringale cannibale. Je me décidai donc à refermer les portes de l’Eglise.

Okay, it’s gonna be rough ! Carter ! We have company, you won’t like it ! Mikey, where’s Carter ? Habe you seen him ?

I think he’s in the priest office. What’s going on ?

Numerous infected, guerilla fighters and the army. We’ve got to go, right the fuck now on the other side of the fucking planet !

Je vis la porte du presbytère s’ouvrir alors que Carter bouscula à l’intérieur une jeune femme. Je ne pensais pas l’avoir déjà vue et soupirai. Ce n’était qu’une diversion ? Réellement ? Ils allaient tuer tout le monde juste pour pouvoir avoir accès aux réserves de bouffe et de médicaments ? L’envie de l’abattre sur place me gagnait mais je ne pouvais me résoudre à gâcher encore une balle comme ça. Carter tenait un pistolet qui ne ressemblait pas au sien. Il avait dû la désarmer durant une lutte âpre.

Okay missus, why don’t you calm down and explain to us what the fuck is going on around here ? lui jeta-t-il en lui mettant un grand crochet en pleine mâchoire alors qu’elle essayait de se relever pour lui mettre un coup de couteau.

Jo'
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Mar 24 Nov - 10:02
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Lucile
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J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

La journée s’est déroulée dans la pénible lourdeur de sa chaleur. Pas grand-chose à faire pour nous tous, et un doute latent sur la marche à suivre : les réserves ne seraient pas infinies, il fallait bien falloir trouver une résolution à toute cette histoire, et comment faire avec un nourrisson prêt à brailler au moindre courant d’air et à sa maman encore paralysée de ses douleurs post partum ? Sœur Margaret est interdite : pour les mercenaires, Damian, Andréa et son bébé, Tom et moi, il y a une issue – la fuite. Mais pour tous ces gens, la question demeure : c’est ici chez eux, alors fuir vers où, pour trouver quoi ? Et cet espoir immuable des croyants qui, accablés par la peur de ce qu’ils perçoivent comme une punition divine, restent convaincu que s’ils sont méritants leur dieu leur viendra en aide. Une détresse totale en contrepartie de quitter ces terres qu’ils ont toujours connues, avec ses langues vernaculaires qu’ils sont les seuls à maîtriser, et qui disent les mots, les maux, de leurs âmes.

Uomini, se in voi guardo, il mio spavento
cresce nel cuore. Io senza voce e moto
voi vedo immersi nell’eterno vento;

Damian a fait de la fièvre, ce qui n’est pas pour me rassurer, aussi la tiens-je secrète. De lourdes poussées brûlantes lui battent les tempes noyées de transpirations dans son souffle court et sommeil délirant. J’espère que l’infection se situe sur la plaie du bras – que, avec le miteux pansement qu’il avait en arrivant, l’ouverture s’en sera gâtée. J’ai guetté les signes de morsures superficielles à son arrivée, comme je l’ai fais pour les autres mercenaires en vue d’apaiser la houle électrique des fidèles, mais je ne l’ai pas ausculté intégralement – et les militaires ont pu cacher le poteau rose comme je suis en train, peut-être, de le faire. De fait, il a surtout dormi sous les soins affairés de Tom, adorable petit Tom tout d’inquiétudes vêtu, œuvrant force linge frais humide pour réduire un peu le thermostat du malade. Le bébé d’Andréa a pleuré toute la journée – entre la chaleur, le manque d’air, et ses difficultés à s’alimenter au sein de sa maman qui, la pauvre, ne risque pas de pouvoir compter sur mon aide, nous assistons à coliques sur coliques. Cette petite force rose qui me défiait à son arrivée dans le monde est retombé au stade d’embryon maintenant que le plus essentiel besoin, respirer, lui est garantis. Nous sommes donc tous plutôt sur les nerfs, excités par l’étouffement de Banoi comme par la présence de ces nouveaux mercenaires, et ce climat de nouveauté fragilisante dans la colonie de survivants que voilà.

Ma voi… Chi ferma a voi quassù le piante?
Vero è che andate, gli occhi e il cuore stretti
a questa informe oscurità volante;
che fi sso il mento a gli anelanti petti,
andate, ingombri dell’oblio che nega,
penduli, o voi che vi credete eretti!

La nuit tarde à arriver et nous l’attendons tous avec langueur. La fraîcheur salvatrice qui pénètre par les portes en bois dans les pavés de l’édifice lave nos angoisses et les remplacent par la déprime qui, si elle n’est pas mieux, propose tout de même du changement. Mais cette nuit l’angoisse n’aura pas de répit. Alors que le crépuscule a fait sa révérence à la nuit noire, qu’une bonne part d’entre nous dort sous les lumières chéries de l’église, tout s’éteint. Dehors, dedans, tout plonge dans l’obscurité la plus totale, et dans la panique générale. On râle, proteste, un très jeune enfant pleure d’une hystérie irrationnelle installée en lui par la situation. Dehors sur le parvis, une première détonation violente se fait entendre. Je tente de réunir, avec Margaret, les plus vulnérables où se terre Andréa dans le bureau du prêtre. Seconde explosion. L’église doit être un gruyère – pour sûr, nulle sécurité ne demeure ici. J’entends les civils s’agiter mais me cloître avec les enfants et les vieux ici, lorsqu’entre un visage inconnu.

Oh! se la notte, almeno lei, non fosse!
Qual freddo orrore pendere su quelle
lontane, fredde, bianche azzurre e rosse

Une capuche de parka noire couvre un minois jeune, visiblement surpris de trouver des gens dans cette pièce, probablement dans l’intention d’y trouver autre chose, ou rien du tout. Elle braque sur nous son arme et vocifère quelque chose que je ne comprends pas. C’est là que derrière elle intervient celui qui je crois s’appelle Carter, la prend par surprise pour la désarmer, et retourne contre elle sa propre médication. Bête furieuse, elle se jette sur lui avec une lame – la mandale qu’il lui en assène fait chuter une de ses dents, mais elle continue à le défier avec une rage qui la défigure. Devant son refus total d’obtempérer qui nous fait perdre un temps vital, et sa manifeste incapacité (réelle ou feinte) à communiquer en anglais, le soldat s’apprête à lui faire payer le prix fort pour changer de chapitre d’urgence sans trop d’état d’âme. Comprenant qu’elle n’y survivra pas, au vu de la jeunesse de notre public et dans un refus d’être complice passif de tel meurtre, je me jette sur son bras d’un élan désespéré et m’évertue à déstabiliser sa visée.

‘’Don’t shoot ! We’re not murderers ! Please ! She’s only a teenager !’’

Ma supplique est récompensée d’un coup de coude assurant la distanciation sociale entre lui et moi. J’ai l’impression que mon nez rejoint mon cerveau et très vite la difficulté respiratoire comme le goût ferreux dans ma bouche me confirment sa fracture. L’élan de colère de Carter passe et la jeune fille se faufile comme une anguille par la fenêtre, bredouille mais vivante, profitant de l’attention portée aux coups de feu et aux morts qui s’agglutinent sur les portes longues mais fragiles de l’église. Si on pouvait tuer du regard, je crois que Tom aurait condamné le militaire derechef.

Io veglio. In cuor mi venta la tua corsa.
Veglio. Mi fissa di laggiù coi tondi
occhi, tutta la notte, la Grande Orsa

Devant la nécessité urgente manifeste de jouer les nomades par cette nuit catastrophée, je tente d’aider aussi vite que possible, et sans remettre en cause l’autorité naturelle des mercenaires, imposée par la violence, Andréa et son bébé à se mettre en marche. Le siège de la jeune maman est encore un champ de bataille qui saigne sa guerre non pas contre la mort, mais pour la vie, mais elle devra consentir à lui infliger encore des plaies pour espérer amener son bambin dans son Heim.

‘’Et Damy ! Faut aller chercher Damy si on part !’’

Tom a raison. Je rejoins sa couche sur la mezzanine en bois dans le hall de l’église, qui probablement servait de balcon à la chorale trop étroitement placée autrement, et le secoue violemment pour l’éveiller. Devant son absence vague, je me décide à serrer ardemment son avant-bras pansé pour que la douleur l’extirpe des songes fiévreux qui l’occupent.

‘’Wake up ! We have to go ! Fuck Dam’, your friends are insane ! Move !’’

En bas, plusieurs écoles. Ceux qui préfèrent le danger assuré de l’église et ses morts qui tonnent à la porte, plus meurtrier peut-être, mais moins inconnu. Ceux qui sont prêts à se jeter sous les feux rebelles pour défendre leur bout de divinité. Ceux qui n’ont attendu personne pour partir et gisent sur la pelouse arrière, une balle dans la chair. Et nous qui tentons quelque chose de réfléchit, mais peut-être pas plus intelligent. John, qui jusqu’ici avait maintenu son mutisme suspicieux quant aux mercenaires – lui était un « vrai » militaire d’ici, pas une arme mouvante commandée par la thune – me rejoint auprès de Damian pour m’aider à le déplacer. Mon regard embué des larmes suscitées par l’état de mon nez tentent de lui transmettre toute ma gratitude. Sa présence massive et calme est un salut, maigre opposition face aux sanguinaires aveuglés d’efficacité que Dam a fait entrer ici, que l’on redoute comme on les suit.

‘’We got this, mate ! You saved tha’ girl, God’s gunna thank you for that later I bet ya’.’’

Il hisse un bras de Dam’ sur ses épaules et nous progressons un peu. En bas, Margaret a achevé d’apprêter maman et bébé. J’ignore proprement comment nous allons sortir de ce caveau géant.

Precipitare languido, sgomento,
nullo, senza più peso e senza senso:
sprofondar d’un millennio ogni momento!


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Houmous
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patrick
Houmous
Mer 25 Nov - 12:31
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


James :copyright: SuppieChan


Spoiler:

J’ai pensé longtemps pouvoir vivre sans souvenirs mais cela n’était pas possible. Plus je les rejetais consciemment, plus ils revenaient me hanter à la nuit tombée. Les sentiments, si monumentaux, se mêlaient les uns aux autres et m’empêchaient de voir au travers de leur épaisse trame jusqu’à la réalité, ma propre réalité. Chaque larme que je ne versais pas dans les jours qui suivirent les effroyables événements qui avaient suivi la perte de santé mentale de ma mère me rattrapait un jour en l’autre et avait eu le temps de se démultiplier. Chaque goutte devenait un verre et chaque verre devenait une rivière. Ma vie, elle, ne se résumait alors plus qu’à fuir cette inondation qui, quoi que je fasse, n’avait de cesse de me mouiller jusqu’aux genoux. Je savais bien dans le fond qu’un jour ou l’autre, je me noierais en elle et que je prendrais un chemin similaire à celui de celle qui m’avait fait naitre et mourir. Mais je me promis, alors que je commençai à toucher le fond, qu’il était temps non pas de me précipiter vers la surface aussi vite que possible mais d’apprendre à respirer sous l’eau. Je me savais pressé par le temps mais ce long chemin de plusieurs années, je devais le repasser à nouveau pour pouvoir renaitre. C’est à cela que j’ai passé les longues heures de cette journée, au milieu de la fin d’une époque. On pourra penser que ce n’était pas du tout le bon moment pour vivre cela et que des problématiques autrement plus altières étaient actuellement à l’œuvre. A cela, je répondrai qu’ « apocalypse » ne signifie ni la fin, ni la mort mais le temps des révélations. C’est l’époque où chacun doit faire face à la vérité et aux choses que l’on aimerait suspendue indéfiniment dans un passé lointain.

Je me relevai, au milieu du hall de mon entrée. Il était temps d’arrêter de me cacher derrière la malle à chaussures qui empestait le cuir et de prendre pleinement conscience du passé. Je m’approchai donc à nouveau de la porte de la salle à manger et l’ouvrais, les chaines dorées pendant encore au sol. A l’intérieur, ma mère et les enfants me regardaient fixement. Je soutins leurs regards et pris le combiné du téléphone mural et composai le numéro de la police. J’entendis quelqu’un répondre à l’autre bout, une policière. J’hésitai un instant à raccrocher mais m’éclaircis la gorge pour commencer à parler, mon interlocutrice restant désespérément silencieuse.

Bonjour madame. Je vous appelle parce que ma mère a fait quelque chose d’innommable. Quand j’avais 8 ans et demi, en mai 1997, le 4, elle a été prise de l’une de ses crises de folie. Elle en avait régulièrement et mon père nous l’a caché autant qu’il le pouvait à mes sœurs, mon frère et moi. Il était persuadé, dans un optimisme d’éleveur de tigre qui voit grandir un fauve et se figure qu’il restera toujours un gros chat domestique, qu’elle ne nous ferait rien et que jamais elle ne basculerait. J’avais un petit frère et deux petites sœurs jumelles. Maintenant, je pense n’avoir plus qu’une sœur. Elle n’a jamais pu supporter que notre père soit plus un mari qu’autre chose. Je la comprends et je suis triste de ne jamais l’avoir revue après que notre tante l’ait recueilli, quelques mois après. Je n’ai pas accepté de la suivre et de partir pour Toronto parce que j’étais déjà persuadé à l’époque que tout ceci n’avait jamais eu lieu. J’étais persuadé, comme mon géniteur, que ma mère était très fatiguée et que ce n’était pas de sa faute si elle était malade. Je pensais qu’elle aurait besoin de moi et que c’était tout naturel de venir à son aide. J’ai tant emmuré certains passages de mon enfance que je ne me suis rappelé qu’à l’instant que j’avais des frères et sœurs à une époque. Je pense que ma perte de mémoire m’a protégé et m’a permis d’avancer dans les meilleures conditions, étant donné des cartes que j’avais en main alors…

Alors que je racontais mon enfance, je me rendis compte que les passages de lumières rouges disparaissaient. Il ne passait plus que le bleu et le vert qui se réverbérait sur les visages des personnes assises sur la table qui observaient un air neutre tout du long. L’horreur de leur aspect avait commencé à disparaitre, ne laissant plus que la place à un sentiment de vaste mélancolie, toile de fond de regrets nombreux. J’entendis mon interlocutrice prendre des notes silencieusement, le papier s’appuyant sous la pointe d’un crayon. Je repris donc mon récit.

Après cela, j’ai grandi en marge. Les gens craignaient que je n’aie hérité de la folie de ma mère, aidés par quelques journaux aux titres sensationnalistes. On pouvait difficilement remettre en cause leur bonne foi étant donné que j’avais souhaité rester à ses côtés malgré tout. A l’école, on ne m’adressait que rarement la parole et jamais sans en avoir absolument besoin. J’eus le droit à de nombreux sobriquets qu’on chuchotait dans mon dos, dans une crainte de « Bloody Mary ». Je ne pense pas qu’on voulait réellement me blesser en faisant ça. J’imagine que j’avais l’air d’un monstre en devenir et que ç’avait quelque chose de rassurant de pouvoir montrer sa supériorité de la sorte. A l’époque, les films d’horreur étaient des productions de plus en plus communes et certains films présentaient un passé de leur tueur qui prenait des allures de Biopic quand on comparait à mon cas. Ils caricaturaient la psychiatrie, montrant que la démence n’appelait qu’à la violence et qu’elle était contagieuse en plus ! Dans ce contexte, qui aurait voulu trainer avec moi ? Malgré mon ignorance des événements traumatiques qui m’avaient mené trop tôt à une maturité délétère, j’internalisai tout au long de mon enfance et de mon adolescence que j’étais un paria et que je n’étais pas digne d’amitié ou même de cordialité. Une spirale bien trop commune d’idées noires me menait le jour de mes 19 ans à enfoncer la porte du toit d’un immeuble voisin au mien. J’avais beau avoir de la haine et de la tristesse à l’égard de ma famille, je ne pouvais me résoudre à leur montrer ce que j’allais faire et comment j’allais finir. Sur le toit, les choses ne se passèrent pas comme prévu… Des grilles rendaient la bascule dans le vide difficile et j’hésitai quelques longues minutes sur comment parvenir à réaliser la scène que je me représentai mentalement depuis des mois. C’est là que je l’ai rencontré… Une fille de l’immeuble qui avait entendu mon tapage s’était décidée à venir voir ce qui se passait.

Ma voix prit doucement une teinte plus mélancolique encore. Je compris à mesure que je défilais ma vie comment j’en étais arrivé à là où j’en étais. Tout un tas de choses prenaient du sens sur la manière dont je réagissais face aux difficultés et ce que je ressentais pour les autres humains qui m’entouraient. On dit qu’ignorer son passé, c’est se condamner à le revivre… Je pense mieux comprendre pourquoi désormais.

Elsa, elle s’appelait Elsa. Elle me dissuada de le faire. Je crus pour l’une des premières fois que j’évoquais autre chose que de la pitié et de la crainte dans le regard de quelqu’un. Elle me fit promettre que jamais je ne me donnerais la mort mais je ne pus le lui dire. Elle avait l’air déçue et me prit dans ses bras un long moment, sans dire quoi que ce soit de plus. Nous restions un long moment à deux, à nous promener et à parler dans un petit square non loin de là. Elle ne me demanda pas les raisons qui m’avaient emmené sur ce toit, cette après-midi et je ne lui demandai pas non plus pourquoi elle m’avait fait descendre. Elle ressemblait à tout ce que j’aurais pu envier : une famille joyeuse qui l’appela pour savoir où elle était, des messages intempestifs qu’elle recevait de ses amis pendant notre promenade étrange et une surprenante capacité d’improvisation et d’adaptation. Elle me fit rire à en pleurer comme ça ne m’était pas arrivé depuis de longues années et me fit remettre toutes mes pensées en question. Elle arriva dans ma vie à un moment particulier et eut une importance démesurée sur le destin qui m’attendait. Quelques semaines plus tard, nous partions à bord de sa petite voiture bleue en direction des Etats-Unis, laissant derrière nous un passé qui ne nous convenait pas, un ex petit ami possessif pour sa part. Nous allions de ville en ville, portés uniquement par le vent et la faiblarde petite berline. Elle était toujours en train de griffonner quelque chose dans son carnet quand elle en avait le temps… Je pense que ce fut les mois les plus joyeux de toute ma vie. Nous ne faisions que vivre, squattant chez l’habitant et fauchant ce qu’il nous fallait pour survivre comme des Bonnie and Clyde contemporains. Notre voyage dut néanmoins trouver un terme lorsque je découvris qu’elle m’étudiait dans le cadre de sa thèse en psychiatrie. Elle me traitait comme un cas clinique dans son écriture et la froideur injuste qu’elle avait pour juger de mon comportement me blessa lourdement. Nous étions au beau milieu du Nevada à ce moment et je décidai finalement à marcher seul désormais. J’avais été vacciné de mes pulsions de mort et avais retrouvé un amour propre à ses côtés, je ne pus me résoudre à la confronter pour avoir le cœur net de ce que je représentais à ses yeux. Je lui laissai tout de même un papier la remerciant pour le voyage et lui souhaitant bon courage pour son étude. A force de marcher, je finis par arriver en Californie, à Fresno. Arpentant la ville, je finis par tomber sur un bon gars, une nouvelle bouée de sauvetage pour un naufragé à la dérive. James n’était quelqu’un de comme les autres. Hyper empathique, il comprit instinctivement que je trainais mon lot d’emmerdes derrière moi et décida de me recueillir « pour quelques jours, histoire de trouver de quoi me retourner ».

L’opératrice à l’autre bout du fil continuait à noter frénétiquement des informations de ce que je lui racontai. Elle finit par me demander si c’était tout et dans une lumière verte saturée et constante, je lui racontai mes dernières aventures. Là encore, elle offrit une oreille attentive et me remercia.

Monsieur, je pense qu’on a tout ce qu’il nous faut pour pouvoir travailler. Je suis navrée mais vous avez également expiré votre temps imparti alors vous allez devoir y retourner. J’imagine que vous auriez apprécié avoir plus de temps pour continuer la démarche mais je peux vous assurer que nous nous reparlerons un jour ou l’autre. En attendant, nous vous remercions de votre confiance et de votre ouverture à notre égard.

Je la remerciai à mon tour. Les maux de tête qui m’assaillaient n’avaient pas baissé en intensité, bien au contraire, mais à l’issue de ce long monologue que je lui avais servi, j’eus l’impression d’une plus grande légèreté qu’à l’accoutumée. Je me dis même que j’étais stupide de ne pas avoir pris le temps d’appeler au secours plus tôt… Néanmoins, il se faisait tard désormais et la cuisine était plongée dans une pénombre silencieuse. Je posai ma main sur l’interrupteur et hésitai un peu avant de l’appuyer en disant « Au revoir ». C’est là que mes yeux s’ouvrirent, porté par quelqu’un, dans un bâtiment de pierre. J’étais de retour parmi les vivants et cette fois-ci définitivement. Je penchai la tête légèrement pour voir Tom plonger son regard dans le mien. Je lus une impression étrange dans ses yeux. Il avait du capter ce changement imperceptible, qu’aucun adulte ne verrait, avec sa sagesse infinie d’enfant… Je lui fis un léger sourire en voulant tendre le bras pour lui ébouriffer les cheveux comme je le faisais auparavant et me rendis compte que mon bras était bloqué et douloureux à cause d’une attelle. Je finis par être reposé au sol par John et me rendis compte que Lucile était aussi là. Je souriais légèrement, complètement déshydraté et encore sur une autre planète alors que la bataille faisait rage tout autour. J’étais de retour, en paix.

Jo'
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Tom
Tarnier

J'ai 11 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis Au collège et je m'en sors bof bof.

_ J'ai une tite chérie à l'école elle s'appelle Sihem


"Jeune garçon" :copyright: Jean-Baptiste Valadie

J’comprends rien. Ca fait des jours que j’comprends rien. On s’croirait dans l’un des jeux chez Baptiste, sauf que là y a pas de checkpoint si on meurt, j’m’amuse pas du tout, et mes parents sont morts. Y a bien Lulu mais elle prend jamais le temps de rien m’expliquer et ça rend fou, pis en même temps j’peux pas lui en vouloir, donc tout reste en dedans, y a pas le temps ni pour en parler ni pour se défouler. Y a des gars de l’armée, ‘sont gentils, y a des gars de l’armée, veulent not’ mort, et y a des gars de l’armée, ils ont l’air gentils mais en même temps personne les aime alors j’en sais trop rien. Les survivants c’est pareil : y a nous, on est réglos. Pis t’as ceux qui sont venus ce soir, qui voudraient aussi nous tuer. J’en peux plus, tout ce qui respire et même ce qui respire plus (genre les morts) en veulent à notre peau … dans tous les sens du terme en plus.


De c’que Lulu a réussi à me dire, on en est là : y a des rebelles qui veulent notre stock, ils ont ramené des zombies (plein, trop), mais entre-temps y a l’armée qui veut dégommer tout le monde. J’ai peur, mais au fond j’suis soulagé parce que Damy s’est réveillé et qu’il m’a sourit. Il est différent. Damy, dans cette histoire, il est un peu comme moi – on est en dehors du truc, pas forcément au-dessus, mais dans not’ monde. Y a une sphère dans laquelle on est, personne peut entrer dedans. Lui ça doit être parce qu’il a dormi toute la journée. Moi c’est parce que je pige rien. Alors y a la vie dans notre tête qui prend le relais. Ma sœur faut toujours qu’elle prenne tout à bras le corps, ça m’fatigue. J’suis sur la même longueur d’onde avec Damian.


En deux mots comme en cent : faut qu’on s’taille. Y a l’Allemande avec le bébé, la nonne, les militaires, John et nous. Le reste s’est dispersé parce qu’au final y a pas de vrai chef dans notre affaire. Certains ont refusé de partir avec nous, figés de peur, d’autres ont voulu affronter l’adversité et ont pas fait long feu, d’autres encore ont fui n’importe comment. Nous on galope par l’arrière de l’église, couverts depuis le clocher par Mike qui nous rejoint plus tard, et on s’engouffre dans les rues. On est coursés, j’sais plus trop par quoi, des morts ou des soldats, et on doit finalement se disperser pour survivre parce qu’on arrive plus à contre-attaquer. Je perds Lulu de vue alors qu’une voiture renversée prend feu, sûrement à cause de tous ces tirs et de l’essence. C’est Barry qui me prend sous le bras pour m’éviter d’me faire griller. J’lui dois p’têt’ la vie, mais j’lui en veux grave, parce que j’sais pas comment on va tous réussir à se retrouver, et ça sert à rien si j’rentre sans ma sœur.


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Jo'
Ven 27 Nov - 11:07
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Lucile
Tarnier

J'ai 19 ans et je vis à Amiens, France. Dans la vie, je suis assistante vétérinaire et je m'en sors bien.

_ Je vis toujours chez mes parents.
_ Mon frère, Tom, a 11 ans.


Ellie :copyright: Ilya Kuvshinov

On court autant qu’on peut, un brasier dans les poumons. On n’y arrivera jamais. Si ce n’était qu’une question de morts-vivants, vu l’arsenal des mercenaires, ce serait faisable. Mais suivis par des militaires tout aussi entraînés, c’est irréaliste. On le comprend lorsqu’une balle perce la cuisse de John qui s’écroule de toute sa robuste masse comme un bœuf sous le matador. Je veux le traîner, je perds du temps, il est trop lourd – les autres ne peuvent pas m’attendre. Un acouphène strident perce mon ouïe et me prive de sons comme d’équilibre. Devant la catastrophe, la stratégie est de se disperser dans les quartiers éventrés de guérillas de la ville. Je refuse d’abandonner John mais les coups de feu m’intiment de me cacher derrière une carcasse de voiture. Une lourde déflagration dans mon dos me propulse en avant et mon crâne vient taper le trottoir. Je m’achève sous un voile noir qui ajoute l’aveuglement à la surdité.

Nun liebe Kinder gebt fein acht
Ich bin die Stimme aus dem Kissen
Ich hab euch etwas mitgebracht
Hab es aus meiner Brust gerissen

Je suis dans ma chambre de petite fille. A la place du placard avec mes vêtements, il y a une vitrine transparente, frappée d’un faisceau lumineux depuis le plafond, avec dedans toutes mes paires de chaussures d’enfant – petits chaussons violet, baskets rose, sandalettes orange avec des petites fleurs dessus et puis celle des grands jours : les ballerines kaki. On dirait qu’on a voué un culte à ces petits pieds taille 32. J’entends la porte s’ouvrir dans mon dos, me retourne. Un monstre entre, mais je n’ai pas peur – je le connais, mais ne le reconnaît pas, et ne m’en inquiète nullement. C’est une créature constituée de langues, de mains et d’yeux, juste ça, et tellement de cela. L’affreux ne parle pas et moi non plus. Je suis calme – fus-je devant un mur blanc, je n’aurais pas été moins perturbée.

Mit diesem Herz hab ich die Macht
Die Augenlieder zu erpressen
Ich singe bis der Tag erwacht
Ein heller Schein am Firmament
Mein Herz brennt

Tranquillement, une de ses langues approche ma bouche dans un remugle gluant de chair vive. Mes dents tombent comme en prévision de son toucher, sans douleur, simplement pour le laisser entrer entre mes lèvres. Je ne proteste pas non plus – sereine ne serait pas le mot, purement distante dirais-je. La langue pénètre ma bouche, fouille ma gorge, je déglutis sagement sans réflexe de répulsion. Plein de pairs d’yeux m’approchent à leur tour, je tends les mains car je sais qu’ils veulent mes ongles. Leurs paupières gloutonnes dévorent avec régal ma kératine qui s’ouvre sur un large flot de sang – mais toujours aucune douleur. Non vraiment, ce n’est pas désagréable, ni agréable d’ailleurs. Alors, pour mieux s’immiscer dans ma trachée, les mains viennent se saisir de mes cheveux pour tirer ma tête en arrière, que le chemin soit plus empruntable pour la langue qui m’explore - mais comme dévitalisée, ma toison quitte mon crâne pour s’effeuiller entre tous ses doigts. Il ne les arrache pas, j’insiste : ça se fait tout seul. Dans le silence à peine coupé par le crépitement de mes ongles entre les cils gourmands, de mes gargarismes geignards alors que l’immense langue en arrive à flatter mon estomac, le monstre me fait sien. Et comme si sa langue explosait, je le sens se répandre dans mes poumons, comme si je me noyais. La pièce devient toute noire, nous sommes deux éclairés sous le faisceau de la vitrine – l’affreux et moi – et à mesure qu’il cherche à tilter ma tête en arrière mes pieds basculent à l’avant. Le sol s’échappe sous moi et je bascule à l’horizontale.

Sie kommen zu euch in der Nacht
Dämonen Geister schwarze Feen
Sie kriechen aus dem Kellerschacht
Und werden unter euer Bettzeug sehen

Je vais mourir n’est-ce pas ? Ca me convient plutôt bien. Mourir ça sent le chlore. Ca sonne l’écho de la piscine. La mort elle est jaune fluo comme les cabines pour se changer. Et puis pour chasser le goût d’autre chose, ça goûte les chips au poulet à l’étage au distributeur. La viande, oui, ça goûte la mort – c’est de la mort, après tout. Sûrement pour ça que j’en mange plus. C’est bien, là, mourir indifférente. Je m’occupe plus de rien. Surtout, je m’occupe plus de moi. Oh mais ça pleure ? Ah, merde, Tom est en train de naître. Je ne peux décemment pas le laisser comme ça. On sait jamais si le monstre le trouve, il fait tellement de bruit avec ses petits poumons mon Tom. Il y survivra jamais si la langue explose dans ses bronches comme pour moi. Il pourra plus jamais rien dire. Un bébé qui hurle si fort s’il peut plus rien dire il meurt aussi. Je me rétablis à la verticale, le monstre a disparu. Je vomis sa langue comme une anguille. La lumière de la vitrine sur ma tête brûle de plus en plus fort, m’arrache la rétine, un flash et je m’éveille.

Sie komment zu euch in der Nacht
Une stehlen eure kleinen heissen Tränen
Sir warten bis der Mond erwacht
Une drücken sie in meine kalten Venen

Une grosse goulée d’air me perfore la poitrine alors que j’ouvre les yeux sur un plafond sombre et miteux. Je m’assois en sueur et cherche autour de moi un indice de réel. Je me sentais mieux dans mon cauchemar que dans la vraie vie, un comble. Le bébé n’est pas Tom, et je n’ai pas huit ans à la piscine. Mon nez est toujours cassé, d’où ma peine à respirer. C’est le bébé d’Andréa qui pleure, qu’elle serre furieusement contre elle, assise sur le lit près de mes jambes. Elle aussi, elle a peur que des monstres le trouve s’ils l’entendent. Je l’observe incrédule alors qu’elle pleure nerveusement, m’indiquant qu’elle m’a tirée dans le premier bâtiment trouvé, profitant de l’écran de fumée de la voiture incandescente. Nous sommes dans une chambre au rez-de-chaussée d’une bâtisse partiellement effondrée, elle ne sait pas où sont les autres, ne comprend même pas comment elle est parvenue à me traîner tout en portant son enfant, enfant qu’elle ne parvient pas à nourrir, robinets maternels condamnés clos par l’angoisse. On a dû être laissées pour mortes.

« Tout ce que j’ai publié n’est que les fragments d’une grande confession. » J. W. von Goethe

Je me remets douloureusement du choc à la tête, l’ouïe et la vue me sont revenues, mais je suis prise de violentes nausées et vertiges sauvages. La fenêtre est ouverte – si les soldats entendent la fille d’Andréa pleurer, c’en est fini de nous. La jeune maman le sait, et presse contre ses seins stériles l’enfant braillards aussi fort que possible pour étouffer ses cris. Je ne comprends pas derechef ce qu’il se passe, et me risque à un soulagement partagé avec Andréa alors que l’enfant se tait tranquillement. Dans notre désespoir, on ne remarque pas les petits poings qui s’agitent ni les petons qui piétinent les chairs anesthésiées de douleurs d’enfantement de la mère. Nous tentons de réfléchir à un moyen de s’en sortir, perdues dans cette ville égorgée, recroquevillées dans notre quasi infirmité, sans refuge sacré pour nos angoisses, ni bras assurés pour nous secourir. Et Tom, petit Tom, où est-il ?

C’est alors que je saisis ce qui est en train de se tramer derrière le silence du bébé. Dans un élan vain de vouloir éviter l’irréparable, j’arrache l’enfant de sa mère – sa tête retombe en arrière et c’est une image qui ne vous quitte jamais. Le nouveau né sans vie pend littéralement entre mes mains, étouffé par la frénésie terrifiée d’Andréa qu’on ne peut pas lui reprocher, cadavre minuscule, outrageusement léger, aux traits déjà épuisés, chairs horribles puisqu’innocentes vidées de leur souffle. La mère comprend sans comprendre. On se regarde de grands yeux écarquillés sur la mort la plus terrifiante qui soit. Elle ne peut se résoudre à formuler ce qu’il s’est passé – si elle s’en veut, elle se tue, et son réflexe de survie rejette le meurtre sur moi. Elle me blâme de l’avoir retiré de son étreinte trop violemment, d’avoir alors rompu sa nuque (« Regarde comme pend sa tête ! »), d’avoir tué son bébé après qu’elle m’ait sauvé la vie. Je tente de répondre mais elle se jette sur moi les mains autour du cou. C’est fou comme l’adrénaline la rend forte. Je lui griffe le visage mais ne parvient pas à lui imposer marche arrière, sent mon souffle déjà éprouvé par la fracture se raréfier, une pression sourde derrière les yeux. Je tente de labourer ses yeux mais elle renverse la tête en arrière. Je tente de l’étrangler à mon tour mais elle a une marge d’avance. Motivée par mon instinct de survie, je me saisis du verre d’un miroir brisé à ma droite, à portée de main. Je l’agresse avec, il se plante dans sa tempe.

« Deviens ce que tu es. » F. Nietzsche

Elle roule de côté et je tousse grassement en tournant à l’opposé, si fort que j’en gerbe. J’ai mal dans toute ma trachée, dans mes cervicales, en proie aux vertiges j’ai du mal à m’asseoir. La plaie derrière ma tête se remet à saigner sous la pression du garrot des doigts d’Andréa. Putain, Andréa. Je me précipite auprès d’elle, inerte à l’image de son bébé, mais cette fois les yeux grands ouverts sur l’horreur que je viens de commettre. Le bleu vitreux de son regard sans vie m’accuse avec véhémence, moi qui prise de panique devient irrationnelle, tente un massage cardiaque alors que l’embrouille n’est pas là, essaye si fort de remonter le temps que les côtes du cadavres se rompent sous mes impulsions. Nul mot pour décrire l’horreur, moi dans cette pièce vide et silencieuse, en compagnie de deux cadavres – l’un d’un nouveau né, l’autre de mon propre meurtre. Je ne peux supporter d’avoir tué, ne sait comment exorciser l’horreur, hurle et pleure enfin en tentative de faire sortir ma culpabilité dévorante. La voix que j’exhale ne suffit pas à m’en débarrasser. Les larmes ne lavent rien du tout. Devenue folle, je mords mon poignet dans l’espoir de rembourser la vie par mon sang. Mais je suis lâche et la douleur m’empêche de m’achever par le sang – incapable même de cela. Je me recroqueville dans un coin de la pièce, me barricade avec le chevet et le lit. J’aurais dû mourir à la piscine quand j’en avais l’occasion.


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Mer 2 Déc - 20:30
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Barry Howard
J'ai 39 ans et je vis à partout. Dans la vie, je suis mercenaire et je m'en sors aussi bien que possible.

- J’ai grandi à Brighton, en Angleterre.
- J’ai écumé une bonne partie des champs de bataille des 25 dernières années.
- Je suis Billy Carter comme un messie, il a toute ma confiance


Barry Burton :copyright: ???


Tout était parti en vrille bien trop vite, on ne me retirerait pas cette idée de la tête… Les gars qu’on avait perdu en cours de route, l’assaut des militaires, le bleu qu’on avait dû trainer avec nous et bien sûr, la cerise sur ce gros tas d’emmerdes : l’apocalypse qui commençait. J’avais déjà l’habitude de ramasser les pots cassés pour les autres mais c’était probablement la première fois que ça partait tant en vrille que ça. On avait même dû fuir ! Ça ne m’était pas arrivé depuis au moins 2005 de devoir opérer un repli tactique ! En plus, vu la manière dont tout se passait, nous n’allions certainement pas être payés. Pire encore, on allait avoir à revoir la grille tarifaire pour retrouver du taff vu qu’on avait trahi nos employeurs. Il faudrait vraiment que je discute avec Carter un de ces quatre pour comprendre pourquoi on avait commencé à agir de la sorte. Ce gars-là avait déjà fait des trucs vraiment sales alors j’avais réellement du mal à percuter pourquoi il faisait machine arrière dans cette situation…

Lorsque, dans les rues, une voiture s’enflamma et fit de la moitié de la chaussée un brasier impassable et que John prit une balle dans la jambe, on fut séparés. Il y avait Mike qu’on devait laisser derrière pour couvrir nos arrières. Je n’avais pas vraiment peur pour lui mais il faudrait que je prenne le temps de réfléchir à comment le récupérer… De leur côté, les deux nanas se retrouvaient à fuir comme elles le pouvaient avec le geignard. Tant mieux, on n’avait vraiment pas le temps de faire du baby-sitting ! Carter trainait comme il le pouvait le dénommé John dans une cabane un peu au loin avec l’aide de Sunderland. Je me retrouvais à devoir me mettre à couvert dans une baraque à moitié écroulée avec le petiot. Ça m’énervait d’avance, il avait l’air de rien percuter ce gosse débile ! Il marchait vaguement sans même se mettre à courir ! Je l’attrapai fermement par l’épaule et l’emmenai avec moi sans prendre de pincettes, le soulevant carrément.

Une fois à l’abri, je le lâchai et jetai frénétiquement un coup d’œil à mon chargeur pour voir où j’en étais de mes munitions. J’étais presque à sec avec le début de combat que j’avais dû mener pour rien à l’entrée de l’Eglise et au niveau des rues. Je lâchai donc mon bardas dans un coin de la pièce et dit au gosse de se planquer rapidos. Je lui posai même mon fusil entre les mains et pris mon pistolet et mon couteau de combat, espérant avoir l’avantage de la surprise si jamais on venait à vouloir nous poursuivre. Au bout de plusieurs minutes passées à côté de l’entrée, je me résignai à être seul dans la pièce… enfin, presque quoi ! Je me retournai justement face à lui et le toisai avec un regard noir, qu’il ne pourrait que difficilement distinguer.

Hey kid ! You’ve got to wake the fuck up ! It’s war around here, for fuck’s sake ! So follow closely and don’t get in my way.

Je sortis donc par l’entrée après avoir jeté un coup d’œil aux alentours : pas de soldat qui pourrait éventuellement être en mesure de nous tomber dessus de loin… Quelques morts qui déambulent et se prennent des tirs d’on ne sait trop où… Ça serait vraiment ridicule de reprendre tout mon sac avec moi, autant le laisser derrière pour le moment, même quitte à venir le rechercher plus tard. C’était bien la peine d’être un tireur d’élite si je n’avais pas moyen de faire autre chose que du close-combat ! Je pris donc deux secondes pour m’échauffer les articulations, me faisant craquer le cou et les épaules. J’ôtai la sécurité de mon pistolet et vérifiai les munitions avant de m’engager. Je partis direct dans une ruelle plus sombre pour pouvoir profiter de ce cadre au mieux.

Bientôt, une patrouille de deux gars arrivait du bout de la rue. Je chopai par le tee-shirt le gamin et me cachai derrière une poubelle, dans un renfoncement. Ils arrivaient à notre niveau et je lui fis signe en mettant mon doigt devant ma bouche pour qu’il la boucle. Il s’accroupit un peu derrière la poubelle sans un bruit. L’un des deux militaires s’arrêtait, visiblement pour pisser dans un coin. Je le compris au fait qu’il mette son fusil en bandoulière et qu’il commence à chopper sa braguette. Au dernier moment, alors qu’il approchait, je le choppai au niveau du menton pour l’empêcher de parler et lui plantai mon couteau bien dans la trachée jusqu’à venir racler ses vertèbres. Lorsque son pote se retourna dans notre direction, je lui collai deux balles dans la poitrine, le faisant tomber à la renverse. Ma première victime s’était lâchée, se pissant dessus alors que le sang ne coulait pas vraiment encore de la plaie béante que je lui avais fait. Je tirai ma lame d’un coup sec en le projetant au sol et m’approchai rapidement de l’autre et l’achevai, le poignardant à maintes reprises au sol. Il tendait les bras pour essayer de se raccrocher à quelque chose, à survivre… mais il n’en fit rien, je m’en été assuré. Je repris mon souffle, la face et les avant-bras couverts de sang. Je m’essuyai avec mes gants en rangeant mon pistolet dans le holster et récupérai l’un des fusils d’assaut et l’ensemble de leurs munitions qui trouvèrent rapidement leur place dans mes bras et ma veste tactique. Je me retournai vers le gamin et grognai un instant.

What ? You never seen someone die, kid ? You lucky dipshit…

Je lisais ses yeux terrorisés dans l’obscurité et ceux-ci me faisaient me rappeler que je pouvais être véritablement un monstre quand je mettais de côté la pitié comme je savais si bien le faire. Je le vis même se reculer de quelques pas quand je me redressais et me mettais à marcher dans sa direction. Il hésita un long moment à venir prendre ma main et je pouvais le comprendre. Il finit par s’y résoudre, n’ayant dans le fond pas vraiment d’autre choix que de suivre l’Ours déguisé en humain.

Jo'
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Jo'
Lun 7 Déc - 19:03
Note : les dialogues en italique sont en pidgin.

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Sharlene
Mawi

J'ai 17 ans et je vis à Banoi, Papouasie Nouvelle Guinée. Dans la vie, je suis apprentie mécano, et apprentie guerillero et je m'en sors comme un cafard.

_ Je suis dans la mouvance indépendantiste de Bougainville dont mon père était un membre influent.
_ J'ai beaucoup de lacunes d'instruction, que je compense par un savoir de la survie à toute épreuve.


OC :copyright: Greta Lusky

Spoiler:

J’déserte l’église sans demander mon reste pour regagner la planque. Je m’attendais à tout sauf à être interceptée sur place – s’il n’y avait eu que les gamins et la vieille j’aurais pu les menacer et juste chourer ce dont j’avais besoin, j’étais convaincue que les gros bras seraient à l’avant pour repousser les morts, alors me faire subtiliser mon arme et une dent, c’était loin d’être au programme. L’enfoiré. Je les ai entendus parler de l’armée, si les blindés se sont ramenés, alors c’est à double tranchant : ils ont dû tirer sans discrimination, sur les lourdauds du clergé comme sur les miens. Pour l’heure, je joue au chat sur les toits lamentables du quartier, avançant en catimini et à couvert, suivant le par cœur de ces rues qui m’ont vue grandir. Au talkie, j’entends le groupe hurler la retraite, la douleur, la panique et la mort – la lutte est sauvage et je me barre puisque je suis désarmée.

De larges colonnes de fumée montent de ci-de là et exhalent leur douloureuse agonie brûlante alors que leur répondent les rugissements sourds des affrontements. La nuit est claire, comme chaque été. Bientôt déjà, l’aube pointera le bout de son nez et mettra en lumière la fatigue des morts troués par l’Etat, des ressuscités cramés sans sommation, des cratères souffreteux du bitume victime de « frappes chirurgicales » - ou essais, ou que sais-je encore qu’ils nous balancent sur la gueule depuis hier. Je fume sur un toit à peu près potable. Le tabac fort se mêle au sang qui s’écoule de ma dent absente, et ma faim me file des aigreurs. Je crache de mon perchoir.

Il est temps de se remettre en chemin, je me faufile par les bâtiments communicants, contourne les morts et les soldats, regagne enfin la protection du garage de papa. Latifa m’y attend, pendue à son talkie, aux aguets de l’action maintenant terminée. Avec elle sont déjà arrivés Daniel et Caleb, trois autres arriveront après moi. Nous nous réunissons autour de la table et Daniel, solennel, prend la parole.

‘’Etat des lieux des morts.’’

Et il les liste avec simplicité. Pas de temps pour les chichis ici. Quand on décide de s’opposer, on accepte de mourir, et que les autres meurent, c’est ainsi. Le mari de Latifa. Quelques autres. Mon père. Je ne suis pas triste : mieux périr en justice, que vivoter en complot avec l’oppresseur. Papa est là où il doit être – au paradis des bons. J’imagine que cela fait de moi la tête de notre petit cartel, malgré mon inexpérience. Qu’est-ce qu’on fait, maintenant ? Sans bouffe ? A un quart de nos effectifs ? Une pluie de bombe qui nous menacera bientôt ? Les rues se pâment de rose poudré – le matin se lève sur de nouveaux cadavres. On infuse le marc une nouvelle fois, la fois de trop depuis au moins huit fois. Il y avait d’énormes mangues qui poussaient chez ma grand-mère. Grands dieux, c’que je donnerais pour en cueillir. Je recrache. Latifa me houspille – ‘’Tout son père celle-là !’’ J’ignore. Le trou dans ma dentition, une incisive bien voyante en biais disparue, me fait mal. C’est bizarre, de souffrir de l’absence – ce qui n’est plus ne devrait logiquement plus avoir d’effet. ‘’Tout son père.’’ J’ai mal ouais.

Un claquement strident qui perce le silence relatif des échos de notre ruelle nous sort de notre semi-deuil semi-sommeil. Une blanche secoue le grillage avec véhémence en suppliant de nous laisser entrer, entre larmes et hystérie. On me regarde avec interrogation. Merde, je crois la reconnaître. Elle est défigurée par la panique mais son nez plein de sang n’y trompe pas : c’est la nana qui s’est interposée entre le bidasse et moi. Elle m’a sauvé la vie, et sa face de colon n’y est pour rien si elle est du mauvais côté de l’Histoire. Je commande à ce qu’on la laisse entrer mais l’accueille d’une lourde tarte pour faire cesser ses pleurs extatiques qui nous rendent trop flagrants. Elle parle anglais, et je la comprends, mais il est hors de question de lui répondre – parler la langue de l’envahisseur, c’est tout autant le mettre dans sa bouche que si j’lui taillais une pipe. Elle baragouine qu’elle a perdu son groupe, son frère surtout, qu’il est petit et qu’elle doit le trouver sans moyen de le contacter.

On lui sert notre breuvage fade mais la simple chaleur semble la ramener un peu sur Terre. Elle tremble si fort que ses dents s’entrechoquent. Elle m’explique sa situation : comment ils sont arrivés à l’Eglise, qui sont ces mercenaires qui, malgré leur rudesse, ont prit soin de leur survie lors de notre attaque, elle se désespère par intermittences dans son exposé pour nous reprocher d’avoir fait déferler sur eux ces morts et par là même de les avoir poussés à la fuite. Elle ignore ce qui nous tombera dessus – quand, demain à peu près ? Si elle espère fuir, qu’elle sache que c’est peine perdue : les notables et friqués ont déjà été déplacés avant même le début des hostilités. Ils ont fait sauter le pont qui relie les quartiers pauvres et la ville vieille en prétextant qu’il s’agissait d’un attentat (c’en était pas, on aurait été au courant, puisqu’on fournit les explosifs des rebelles de toute la région), et on laissé déguerpir comme ça le quartier des affaires. Y a plus de véhicule dispo, à moins d’aller voler directement l’armée qui doit encore se faire la malle avant le feu d’artifice, mais se jeter dans une caserne c’est d’un suicide plus violent encore qu’attendre qu’une bombe nous pète à la tronche. Caleb prend la parole pour se faire comprendre d’elle, en anglais, et lui annonce simplement que si elle n’est pas partie demain, tout va sauter – compte-rendu d’écoute à l’appui, largué nonchalamment sur la table devant elle. Elle tombe des nues et relève en premier lieu ses yeux vers.

‘’Why do you not try to leave ? You’re gonna die here !
- C’est chez nous.’’

Question de tripes. On boycott le monde extérieur parce qu’il s’est écroulé sur nous comme le ciel nous tombe sur la tête, et comme il nous tombera sur la tête encore demain. Je ne quitterai pas ma maison pas plus que je n’ai bu de coca-cola ou porté un soutien-gorge. On mourra ici, ensemble, et on regagnera avec les débris de vie le fond des océans turquoise qui sont plus somptueux bijoux que toute pierre polie. J’irai baver mon agonie dans les écumes léchant les rivages, et continuerai d’accuser du regard le monde qui nous a tués, et crierai encore mon réquisitoire dans les échos venteux des bords de mer. Vous avez manigancé cette tuerie, même si vos bouquins d’Histoire ne le diront jamais à vos collégiens.

Elle, elle n’a pas besoin de mourir ici. Son sang n’irriguera rien car il n’est pas de la même trempe. C’est un sang pervertis par les médicaments et la grande vie sous les criards néons qui tentent vainement de se substituer à la clarté solaire. J’ai une idée, déballe le matos pour balayer les fréquences. Celui qui gère ça est mort cette nuit, mais j’ai appris un peu. Je m’échine à capter une conversation qui aurait pu être celle de ses mercenaires, dans laquelle elle aurait pu s’immiscer par le micro.
Au bout d’un bon quart d’heure de balayage, on chope quelque chose – je reconnais que l’accent anglais n’est pas de nos autorités et lui tend casque et micro. Au bout du fil, elle s’habille de sérieux.

'‘Hello ? It’s Lucile. Where are you ? And Tom ? Okay, I’ll catch up.’’

Anxieuse quoique concentrée, elle reprend un aplomb déconcertant, incomparable avec son arrivée. Elle semble être une autre pour reprendre la route, tête froide, et je l’accompagne jusqu’au bout de la rue dans le soleil maintenant éveillé. Il semble que l’armée se soit un peu calmée – leur seul objectif, que rien ne sorte de cette île. Une fois qu’on a dégommé une bonne partie des civils et tous les touristes, le reste sera achevé par le bombardement. A l’heure qu’il est, ils doivent surveiller les côtes et préparer leur escapade en dehors de l’île, une portion d’entre eux sûrement déjà loin.

Avant de la laisser s’échapper, je lui tends une carte de la ville avec ses souterrains, de l’eau et une arme à feu. Elle me jette un regard douloureux – le même que celui des bénévoles qui viennent distribuer la bouffe aux bidonvilles – et bat ses cils pleins d’espoirs. Je place mes mains sur ses joues et presse mes lèvres aux siennes. Je vais mourir demain, j’aurais voulu connaître ça. C’est pas le genre de la maison ici, de dire qu’on aime les femmes. Un peu troublée, elle ne relève pas, et c’est tant mieux. Elle s’éloigne l’aube dans le dos et je rentre me mettre au lit dans la cave - dans la nuit demain, cette cave, moi et tout ce que j’ai connu ne seront qu’un souvenir. Je m’endors.


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Houmous
Mer 9 Déc - 22:02
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Damian Edwins
J'ai 22 ans et je vis à Fresno, USA. Dans la vie, je suis serveur et je m'en sors difficilement.

- J'ai quitté Montréal et ma famille à mes 19 ans.
- J'ai travaillé en tant que serveur à plusieurs endroits des US.


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Le réveil fut ce qu’il était. Je n’avais pas le temps de me retourner dans mes draps et de rejeter la réalité… non pas que je l’aie déjà fait après tout… Les flammes, les tirs, les cris, un quotidien qui s’entérine envers et contre toute forme de logique. John grogne de douleurs et me brise à moitié l’épaule en se raccrochant à moi pour continuer à avancer à cloche pied. Il était soldat mais visiblement, une balle ne fait pas de distinctions ou de jaloux. Il me regarda dans les yeux, l’air fou de douleur. J’hochai de la tête d’un air entendu et l’aidai à avancer aussi vite que possible pour trouver le bonheur d’une couverture. Dans notre dos, Carter jeta une grenade fumigène pour couvrir notre fuite en catimini de ce combat qui n’était plus le nôtre. Sur les toits, des rebelles ouvrirent le feu sur des blindés de l’armée, sans succès en vue. Ils se firent décimer rapidement par des tirs de gros calibres et le visage de la ville prit estafilade sur perte et fracas. J’en avais désormais l’intime conviction : l’enfer, c’était l’Homme et ce qu’il faisait alors qu’il devrait plus que jamais rechercher une forme d’union.

Autour de nous, des habitations éventrées, des rues retournées et des volutes de fumée qui brulaient les yeux… J’avançai à tâtons, tout aveugle que j’étais dans ces nuages et pris sur moi de supporter un autre estropié. Il grognait à chaque pas et je le sentis graduellement se reposer de plus en plus sur moi. J’aurais dû m’en douter à sa poigne qui se relâchait mais il s’effondra, ayant perdu trop de sang et subissant toutes les joies d’un état de choc en bonne et due forme. Je me penchai aussitôt en regardant aux alentours pour survivre malgré les risques que je prenais pour mon camarade complètement dans les vapes. La balle dans le talon et la sollicitation de celui-ci avaient été trop pour lui certainement. Je lui pris un bras et le trainais de toutes mes forces vers un restaurant qui offrait un couvert suffisant pour réfléchir à quoi faire. J’entendis des pas dans la brume alentour et me dépêchai d’autant plus que mon bras valide me le permettait un peu. Je ne fus malheureusement pas assez rapide et finis par tomber nez à nez avec un grand soldat lourdement armé. Il me passa à côté sans me remarquer alors que je m’étais instantanément figé à sa vue, le regard vers le sol alors que mon cœur se mettait à battre la chamade. Je repris notre fuite avec plus d’entrain encore lorsque je réalisais à quel point j’avais manqué de perdre la vie en cet instant.

Quelques minutes passèrent sans heurts quand je pus poser John contre un mur. Je m’assis finalement à côté de lui pour reprendre bruyamment mon souffle et me tournai dans sa direction, comprenant alors l’inutilité de ma démarche de sauvetage. John s’était pris une balle en pleine gorge pendant notre fuite et je ne l’avais même pas remarqué. Balayant la pièce du regard, je pus voir qu’une trainée de sang menait jusqu’à lui et que j’en étais largement tâché. J’eus un soupir, ne saisissant certainement pas la réalité dans son intégralité tout de suite. J’en avais marre de toute cette violence et n’avais plus que pour espoir de m’enfuir de cette île avec Lucy et Tom. D’ailleurs, où étaient-ils ? Nous avions encore une fois été séparés et ç’allait encore être un bordel immense pour pouvoir remettre la main sur eux ! Dans ce cas, pas le choix. Je me tournais vers ce qui fut John mais qui était désormais vide comme l’une des armoires qui remplissaient tant la pièce. Un paquet de clope à moitié écrasé mais avec un dernier exemplaire de ce saint graal. Je m’en saisis et ne trouvai que quelques allumettes pour réussir à accomplir mon méfait. Je pris donc le temps de me détendre un peu. Après tout, est-ce que ces quelques minutes pouvaient faire une quelconque différence ? J’allais devoir errer dans la ville pendant des jours avant de pouvoir avoir un minimum de chance de retomber sur un indice quant à la localisation de mes amis…

Après ce moment fugace de détente, je me saisis du pistolet qui était à l’arrière du pantalon de l’ancien fantassin désincarné et de sa radio portable accrochée à sa ceinture. Aucune chance pour que j’entende un de mes amis avec mais au moins, j’aurais peut-être une idée générale des mouvements de l’ennemi… C’était déjà pas mal ! Je pris également ses chaussures de marche qui étaient plus adaptées que mes baskets de citadin. Alors que je lui retirai, je me rendis compte de la mollesse de ses jambes et me sentis mal un instant. Etait-ce vraiment une bonne idée de piller les biens d’un mort ? Pensée rapidement chassée de mon esprit par la nécessité, je me rendis compte de l’absurdité de faire preuve d’honneur et de décence à l’égard d’un cadavre en cette période dangereuse.

Je sortis peu après et tombai sur une immensité ruinée, les débris à perte de vue comme seul paysage. Les combats avaient été particulièrement âpres mais au moins, je n’avais pas à me poser la question de la présence des cadavres ambulants en ce moment. Avec un peu de chance, ça n’aurait pas à changer et nous pourrions nous enfuir sans encombre. Nous avions déjà suffisamment payé le prix de nos libertés et surtout celle de vivre. Un vent sinistre s’enfonçait dans les habitations malgré le soleil sur son levant. Véritablement, tout était devenu plus calme une fois tout le monde mort. Cette pensée avait de perturbant que je ne voyais plus les choses de la même manière et que je m’en rendis graduellement compte certainement. Je me saisis de ma radio et me rendis compte que je captais des discussions sur certaines fréquences. En particulier, j’entendis sur l’une d’entre elles Mike en train de dire à Barry de rappliquer dans la vieille ville. Apparemment, il avait réussi à fuir malgré la bataille dans les égouts et trouvé refuge dans un hôtel dans ces quartiers chics. Barry acquiesça puis ce fut au tour de Lucille de se faire entendre et d’apprendre la situation de son petit frère, le Tom. Malgré mes nombreuses tentatives, je ne pus m’imposer et transmettre la moindre bribe d’information à mon groupe, que ce soit sur la mort de John ou sur le fait que j’allais chercher à venir aussi. Encore une fois, autant se concentrer sur le chemin à parcourir plutôt que sur des questions qui n’auraient de sens que si je parvenais à accomplir mon pèlerinage.

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