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LE TEMPS D'UN RP

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Regan
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Regan
Mar 1 Aoû - 23:55
Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
Ecrire en quelques mots le contexte du RP (lieu, date, toutes informations pertinentes)

/!\ TW : Violence, gore, langage cru

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Regan
Blake

J'ai 28 ans et je hante La Ville,. Dans la vie, je suis tisseur de cauchemars

Informations supplémentaires ici.
L’ennui. La blase. Appelez ça comme vous voulez, on s’en fout. Vous savez, ce sentiment merdique qui s’empare de vous, qui vous colle une flemme terrible et vous empêche de tout. Inertie complète. C’est ce qui me guette, si j’me bouge pas très vite. Motivation. Une clope au coin des lèvres, des fringues passées à la va vite, et j’suis prêt à sortir, fringuant et… Ok, c’est sans doute pas le bon mot, avec les cheveux en bataille et la gueule en vrac, le manque de sommeil visible et les mouvements encore ralentis, mais prêt à affronter… la nuit. L’adversité. Les ennemis. N’importe quel truc qui se trouverait sur ma route et pourrait me donner un autre but ce soir que de finir dans un caniveau, de l’alcool plein les veines et les relents de parfum d’une pute de bas étage bloqué au fond du pif. Ouais, pas l’meilleur but, mais parfois, y’a rien d’autre à faire. La magie ? Clichée. Quand il me suffit de m’allonger un coup pour m’emparer des rêves d’une personne et lui faire vivre l’horreur, ils me font doucement rire tous ces connards avec leur baguette. Faut que j'trouve un truc à faire. Un truc marrant. Un truc sympa, histoire de botter l'cul d'la monotonie et d'déblayer un peu les vestiges de mes dernières nuits pourries.

Bref.

La nuit. Le froid. La douce lueur des réverbères. Et le silence, surtout, épais. Inquiétant, sûrement, pour tous ceux qui se savent du mauvais côté de la barrière. C’est pas mon cas. Et cette assurance, j’en profite un max. J’roule un peu des épaules, même si sous mon cuir, ça s’voit pas vraiment. L’avantage ? Contrairement à certains dans la Ville, mon visage n’est pas connu. Seulement mes capacités, mais comme elles sont pas écrites sur ma gueule, ça passe. En vrai, à part les tatouages qui me courent le long de la gorge et qui me mordent les jouent, j’ai l’air d’un type plutôt normal. Normal, pour les normes de la Ville, puisque par ici, c’est pas rare de croiser tout et n’importe quoi. La dernière fois, j’ai quand même vu une chimère en string. La débauche totale. Franchement à côté, j’fais figure d’enfant de cœur. J’traîne pas dans les endroits trop louches, j’choisis que les maisons closes axées sur les humains, j’évite tout ce qui a trop de bras et de jambes pour être honnête, et j’me bourre jamais la gueule passé trois heures du mat’. En général.

Bref.

Cette nuit, tout est calme, et même ça, ça commence à m’emmerder. J’suis sorti pour l’action, pour trouver un truc à faire, un sens à mon existence, un but à ma vie. Pas pour écouter la chanson un peu triste et glauque des grillons mutants qui hantent les bouches d’égout. Merde à la fin. C’est vraiment trop demander qu’il se passe quelque chose ?

Au moment même où j’ai cette pensé, j’aperçois un mouvement du coin d’l’œil. Un truc léger. A peine perceptible. Qu’un humain normal capterait pas. J’suis pas normal. Et j’suis pas vraiment humain. Ouais, les détails viendront plus tard. Pour l’heure, ce truc chelou accapare toute mon attention. Est-ce que c’est… Une robe ?! J’me demande en fronçant un peu le nez. Pour ma défense, c'est d'un blanc un peu passé, d'une forme approximative, et surtout, qu’est-ce qu’une robe viendrait foutre ici, toute seule, en milieu de soirée. La question suivante qui me vient est facile. Est-ce qu’il y’a quelqu’un dans cette robe, ou est-ce que c’est encore une expérience foirée et foireuse qui, après avoir échappé à la surveillance de son créature, s’est senti le droit de se promener peinardement dans nos rues ? Non parce que ce ne serait pas la première fois, le journal est rempli de trucs dans ce genre. Forcément, avec la magie, et les gens qui font n'importe quoi avec...

Bref.

Intrigué, j’me radine d'abord discrètement, histoire d’être sûr de ce que je vois. Y’a bien quelqu’un dans la robe, c’est déjà ça, maintenant, reste à déterminer quel type de quelqu’un. J’me racle la gorge, histoire de signaler ma présence, parce que j’suis pas en forme pour m’taper une agression - les détails plus tard, soyez pas impatients - si j’prends n’importe quelle entité par surprise. Faudrait pas qu'elle me saute à la gorge et m'étrangle, j'ai toujours voulu une fin grandiose, à la hauteur de mon mérite, de mes talents, pas un truc merdique dont j'aurais honte dans l'au-delà. Imaginez un peu, devoir justifier votre mort par "ouais c'est une robe dans la rue, elle m'a agressé". Non, vraiment pas.

« Yo. Qu’est-ce que tu fous ? » j’lance d’une voix que des années de tabagisme intensif sont venues enrouer.

« T’es genre… humaine, ou autre chose ? » J’demande pas trop d’précisions d’un coup, parce que croyez-le ou non, certaines créatures prennent très mal le fait d’être confondues avec des humains, quand tout dans leur apparence est fait pour vous faire penser qu’elles sont humaines. Ouais, susceptibilité à la con, allez comprendre.

Au fond d’moi, le félin s’éveille, vaguement intéressé, s’étire et feulerait bien, si j’lui faisais pas immédiatement fermer sa gueule d’une claque mentale. Pas besoin du truc à fourrure pour le moment, on chill, on fait connaissance, on est bien. Easy, à peine une lueur dangereuse au fond des yeux, et la bête se recouche dans un ronronnement silencieux. Des années de dressage entre moi et moi-même. J’suis plutôt fier.

Et donc cette meuf ? On dirait bien qu’c’en est une, même si pour l’heure, j’suis sûr de rien. On voit mal. L'éclairage fout l'camp. Et même ma vision nocturne pourtant pas dégueulasse a ses limites. J’tire sur ma clope, j’attends qu’elle me réponde, prêt à bondir plus loin – pas par lâcheté putain, vous avez jamais entendu parler d’prudence ?! – juste au cas où j’l’aurais mise en colère d’une quelconque manière, et j'attends tranquillement un geste, un signe, une réponse, n'importe quoi qui pourrait m'expliquer ce qu'une robe et la personne qui l'habite foutent au milieu de la rue à cette heure, sans but apparent.
Bérangère
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Bérangère
Jeu 3 Aoû - 10:45

Séraphine
J'ai 23 ans, et je ne sais pas où je suis. Les espaces comme les instants se suivent, dénués de consistance. Les souvenirs s'ancrent dans une chronologie chaotique et biaisée. Suis-je ici et maintenant ? Ou bien est-ce un interminable rêve ? Tout ce que je veux, c'est que moi et mon Bébé vivions heureux. .

Informations supplémentaires ici.
La Ville se comprime et s’étouffe sous l’air lourd, la menace s’engouffre tout pleinement dans une ruelle. La lumière faible et rougeâtre d’un réverbère fatigué, refuse ses éclats vermillon à cet interstice opprimé, entre deux murs de pierres cendreuses. Timidement pourtant, elle accorde des bribes de son teint, aux angles abrupts des pavés ruisselants, en dénonce ainsi l’HUMIDITE. Des gouttières tordues, se déversent encore les crachats d’une pluie récente. La boue crasse qui comble alors les joints de la rue, souillent les drapés de la chemise de nuit ample de Séraphine.

Un morceau de vêtement plus grisâtre que blanc, mais assez clair pour s’éclater contre la noirceur des faubourgs de la Ville. Des haillons crottés, le tissu lourd et imbibé. Recroquevillée, l’eau croupie lui touche les genoux. Le cadavre est toujours là, ses longues ailes charbonneuses, écartées. Ses pattes tendues semblent encore chercher à agripper cette vie depuis peu échappée. Séraphine gémit, cherche à serrer ses yeux embués d’où coulent d’épaisses larmes. Elle l’a trouvé ainsi, le triste oiseau de malheur. Lui que la joie attendait, la liberté de voler entre les cheminées poussiéreuses, fauché ainsi dans son élan, captif dorénavant. Son corps était encore mou, et, l’eût-elle trouvé plus tôt, peut-être aurait-elle pu le sauver, comme elle a sauvé son Bébé.
Ce n’est qu’un amas de chair, qu’une bonne charogne, lui dit son Bébé.
Elle laisse tomber ses bras, le dos de ses mains écorchées frôle le pavé. Les globules noirs de l’animal sont grands offerts. Le vide qui y réside est un gouffre nouveau qu’il faudrait combler, qui attire le tout, par la présence de rien. Le globe se sépare de l’obscurité par sa nature gluante, il n’est pas assez sec, encore. Il s’enroule d’un léger halo carmin. Elle pourrait y entrer toute entière, dans ce tout petit trou noir, y être tout à l’abri. Séraphine se redresse. Elle pose ses mains sur ses cuisses, et penche la tête. Elle renifle, et ses yeux bleus frais ne peuvent plus se détourner des petites billes noires sur le corps, détrempé, étalé sur le pavé. Sa bouche s’entre-ouvre, et se pince, alors que son regard balaie quelque peu les environs. Elle essuie son visage, et se penche pour attraper une tige en bois jonchée sur le sol. Sa longue chevelure d’une couleur taupe si claire, grisée par l’humidité, vient chatouiller les plumes crasseuses de l’oiseau. Elle jauge la tige un instant. Puis en reprenant sa position initiale dans un balancier maladroit, elle hésite. Bébé gronde dans son ventre, il rit. Alors elle cède et rit aussi.

Il faut combler ce vide. Elle pousse la tige dans l’une de ces petites sphères gluantes, dont la membrane cède facilement. Et elle observe. Ça se vide. Comme une pustule. Le liquide noir s'enfuit entre le duvet, le long du bec entrouvert. Dans le bleu attentif de ses yeux, encore enflés et humides, se reflète la lenteur du mouvement. Elle s'intrigue, se fascine un peu, de cette étrange découverte, de cette forme vulgaire de dissection. Quand enfin la lenteur se mue en immobilité, elle se relève, abandonne l'oiseau à son éternelle solitude. Bébé s'ennuie. Elle doit bouger. Il a des idées noires, son Bébé, Séraphine veut lui montrer la beauté. Ce souvenir fugace d'une enfance si lointaine, et pourtant ces dernières années passèrent si vite, d'une monotonie écrasante, que la douce voltige des aigrettes de pissenlit l'entoure encore. Bébé n'a jamais vu cela.

Mais où aller, quand tout se ressemble et se confonds ? Tout droit, encore et toujours, ignorant son état chancelant, les marques à son cou, à ses poignets et ses chevilles. Et dans cette rue comme les autres rues, à l'angle d'une maison comme les autres maisons, on l'interpelle. L'espace est vide, mais elle ne comprend pas tout de suite que c'est à elle que l'on s'adresse. Quand elle redresse la tête, elle voit cet homme en noir, juste un homme, comme les autres hommes. Elle ne se méfie pas, mais Bébé ne se sent pas à l'aise. Maintenant qu'elle y pense, peut-être l'avait-elle déjà aperçu, du coin de l'oeil. Etait-ce hier ? Ou à l'instant ?

"T’es genre… humaine, ou autre chose ?"
"J'sais pas."

Répond-elle d'un ton monocorde, d'une voix fluette qui laisse une forme de fragilité transpirer. Bébé n'est pas d'accord pour répondre, il fait battre très fort son coeur, lui instille la peur, il tambourine à la frontière de sa peau pour sortir. Il n'aime pas les étrangers. Alors Séraphine tremble, même si elle sait que toute seule, elle ne sortira jamais du long fil de fenêtres et de vitrines grasses, et de trottoirs cahoteux, qu'elle arpente depuis si longtemps.
Elle s'approche alors, toute tremblotante, mais une assurance contradictoire dans le fond des yeux.

"M'sieur, je suis perdue. Y'a tout qui se ressemble ici. Vous pouvez m'aider ?"

Elle veut s'approcher plus, mais s'interrompt, car dans le fond de ses viscères, Bébé commence à enrager, il devient difficile à contrôler. Calme-toi, mon Bébé, ça en vaut la peine, lui dit-elle. Elle laisse se balancer ses bras, et ses longues manches bouffantes, viennent se joindre dans son dos. Elle lève les yeux. Cherche les siens pour le toiser d'une attente familière. Ses lèvres rosies laisse apparaître quelques dents enthousiastes. Elle le voit sans le voir, cet homme, elle ne voit que comme ça, la plupart du temps.

"Je cherche des fleurs ! Vous pouvez me montrer des fleurs ? Ce serait incroyable d'en voir, non ?"
Regan
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Regan
Jeu 3 Aoû - 16:38

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J'ai 28 ans et je hante La Ville,. Dans la vie, je suis tisseur de cauchemars

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Elle a des airs d’enfant paumé échappé d’un orphelinat un peu glauque, et l’aura qui l’entoure filerait presque les jetons. Elle a pas l’air bien stable la nana – puisque c’en est une apparemment – physiquement comme mentalement, et au fond de moi, le chat se hérisse. Ouais. Y’a un truc pas net par ici, et j’pense pas que ce soit le réverbère. J’tire sur ma clope – c’est pas pour la répétition, c’est juste comme ça qu’on fume, eh – et j’fais deux pas toujours prudents dans sa direction, histoire de voir ce qui a l’air de la préoccuper si fort.

Quand mon regard tombe sur l’oiseau mort, j’fronce un peu le nez, m’attendant presque à m’prendre les relents du cadavre, mais rien. Etrange. Probablement qu’il ne traîne pas là depuis suffisamment longtemps. Il a l’air plutôt frais. Yerk. Les trucs morts, ça a jamais été mon délire. Y’a bien une branche un peu obscure de ma famille qui verse dans la nécromancie, mais j’ai toujours fait en sorte de garder mes distances, j’ai aucune envie d’savoir c’que ça fait de pouvoir manipuler des macchabés.


Les sourcils froncés, j’détaille un peu plus la nana, note l’état approximatif de sa robe/blouse/chemise de nuit, et réalise qu’elle n’a finalement pas grand-chose d’une gosse. La fille, pas la robe. J’la vois trembler, et j’me questionne un peu plus encore sur sa santé mentale. Ce serait pas la première cinglée que j’croise au coin d’une ruelle dans c’quartier un peu pourri, et pouvoirs ou pas, c’est jamais de bonnes rencontres. La dernière fois, j’ai failli y laisser ma peau, et à cette pensée, chaton s’agite encore, visiblement peu satisfait de la proximité que j’entretiens pour l’heure avec mam’zelle.


J’capte son regard quand elle s’avance, mais j’suis pas sûr d’aimer ce que je peux discerner au fond de ces yeux-là. Elle entretient sa fragilité, m’donnerais presque des envie de la secourir. J’m’ébroue, à peu près conscient qu’un truc se passe et que le contrôle m’échappe, sans vraiment savoir d’où ça vient. J’déteste cette sensation, ces impressions fugitives qui viennent foutre le bordel dans mon esprit bien assez chaotique comme ça. Cette meuf pue les problèmes à plein nez, mais alors que j’me dis qu’il est temps de foutre le camp et d’passer à quelque chose d’un peu plus léger, elle me balance sa question accompagnée d’un sourire giga flippant, et j’me sens comme pris au piège.

« Je… » J’commence, avant d’m’interrompre, les mots bloqués dans la gorge. Quoi ? Des fleurs ? J’ai l’air d’un putain de guide touristique ou quoi ?

« Est-ce que t’es sûre que les fleurs vont pas t’tuer ? Ça tue rarement les humains, mais si t’es pas humaine, ça pourrait être dangereux. Est-ce que tu y as pensé ? J'ai entendu dire l'autre fois que certaines sous-espèces d'elfes pouvaient pas être en contact avec des fleurs. T'es pas une putain d'elfe au moins ? » Et me voilà, à faire le mec plein d’attentions, quand j’ai juste envie d’foutre le camp loin, très loin d’cette rue trop sombre et d’cette meuf trop glauque. On dirait l’début d’un de mes cauchemars sans déconner, et j’me sens vulnérable sans aucune putain de raison.

« Et d’ailleurs, pourquoi ce serait incroyable ? T’en as jamais vu ? Tu sors de quel trou toi ? Y’a des fleurs dans l’parc, bon, et pas mal d'autres trucs aussi mais… » J’m’arrête encore, parce que j’réfléchis en même temps que je parle, et qu’arrive toujours un moment où j’arrive plus à faire les deux en même temps. La clope me brûle les doigts, et j’balance le mégots encore fumant par terre, pas loin du p’tit cadavre dont la vision m’rend presque triste. Allez, on zappe ça, pas l'temps pour les sentiments oh.

« Si t’as du fric, j’t’emmène voir des fleurs. Deal ? » J’lui demande en m’allumant une nouvelle cigarette, histoire de garder une contenance. J’la prendrai bien par la main pour l’entraîner derrière moi, mais j’ai aucune envie d’la toucher et de déclencher un truc surprise. Elle a l’air pleine de surprises, la fille, et pas du genre sympas. Mais en même temps, j’suis super curieux. Quelqu’un qui n’a jamais vu de fleurs, vraiment, ça attire l’attention, et maintenant, j’ai vraiment envie de savoir d’où elle vient pour poser ce genre de question à un parfait inconnu, et pour survivre dans les rues de la ville attifée comme la fiancée de Frankenstein.

« Oublie l’fric, suis-moi. » Putain j’suis vraiment trop généreux, ça va encore m’jouer des tours. J’tourne la tête, m’assurant qu’elle se ramène au lieu de jouer avec son cadavre et son bâton, et j’me mets donc vaillamment en quête de… fleurs ? Bordel qu’est-ce qui va pas chez moi. Vraiment, l’ennui, ça m’réussis pas.

On avance, et la nuit se resserre, se referme, étouffante, maintenant. Il faisait froid quand j’suis sorti, mais l’humidité ambiante se glisse sous mes fringues, réchauffe l’air et le rend moite et désagréable. J’vire ma veste d’un coup d’épaule, avant d’la plier sur mon bras libre, tout en jetant un coup d’œil derrière moi.

« C’est bon la naine, t’arrives à suivre ? Tu vas pas t’perdre ? » J’ricane, parce que j’sais déjà qu’on arrive au Carrefour, et qu’à cet endroit, les chances de la perdre effectivement sont plutôt élevées. J’reporte mon attention sur la rue, sur le croisement qui se dessine, et j’note déjà la brume qui s’élève lentement du sol. Pas bon. Le Passeur est dans le coin. J’m’arrête brusquement, et j’fais signe à la meuf de faire de même, avant d’me tourner vers elle pour chuchoter

« Ok, vu qu’on dirait qu’t’as jamais vécu par ici, le Carrefour, c’est LA zone où tu dois être prudente. Si t’as des pouvoirs du genre qui peuvent tuer, hésite pas à t’en servir au moindre doute, parce que si le truc qui s’balade dans le coin nous choppe, on aura pas d’autre occasion d’les essayer, compris ? Oh, et quoi qu’il arrive, les utilise pas sur moi, j’dois être notre seule chance d’nous en sortir. »

Ok j’sonne un peu dramatique, et peut-être que j’exagère un brin, mais vraiment, j’suis pas complètement remis de la dernière fois, et j’ai pas envie d’finir la gorge béante, en pâture à des corbeaux bien vivants, ou des goules, ou des trucs visqueux. J'déteste les trucs visqueux putain, ça m'rend fou.

« Tu vois la brume au sol ? C’est là-dedans qu’il se planque. Marche lentement. Retiens ton souffle. On devrait pas en avoir pour plus de cinq minutes. Et si tu vois un type bizarre qui te tend la main en ayant l’air de te demander un truc, donne-lui ça, mais parle pas surtout ! » J’la regarde dans les yeux, histoire de m’assurer qu’elle a bien capté, et j’lui attrape doucement la main pour placer une pièce dedans. Une grande pièce en argent, lourde, et tiède au toucher. Cette pièce ? Juste une façon safe de garantir le passage, si le Passeur est dans un bon jour. Si c’pas le cas ? Ou que d’autres bestioles rôdent dans la brume ? Je cours, et j’utilise la meuf comme appât, rien à foutre.

« Ah et si tu sens qu’un truc t’attrapes les chevilles, tu cherches pas, tu t’arraches. » J’rajoute avec un sourire. Ouais, franchement, on dira pas que j’fais pas d’efforts, j’devrais p’t’têtre m’enrôler dans les patrouilles de la Ville et devenir Chasseur de monstres. Ou même Inquisiteur. Haha. Non. Plutôt crever.

Bref.

J'me lance, tranquillement, prudemment, tous les sens aux aguets. La brume ondule, grimpe le long de mes jambes, finit par m'envelopper tout entier. Rien d'agréable ou de réconfortant dans l'étreinte. J'bloque ma respiration, les muscles bandés, et j'commence à avancer. Doucement. Précautionneusement, les yeux rivées sur les silhouettes déchiquetées qui se dessinent de temps à autre, sans jamais vraiment s'annoncer. Putain de dimension parallèle, j'me dis, tout en essayant de rester concentré. La traversée est pas bien longue, mais la moindre erreur peut la rendre mortelle. Et là, au milieu de ce bordel, alors que j'bouge au ralenti, la tête qui tourne un peu, j'me prends à vraiment espérer que la meuf en chemise de nuit arrive à suivre.
Bérangère
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Ven 4 Aoû - 22:25

Séraphine
J'ai 23 ans, et je ne sais pas où je suis. Les espaces comme les instants se suivent, dénués de consistance. Les souvenirs s'ancrent dans une chronologie chaotique et biaisée. Suis-je ici et maintenant ? Ou bien est-ce un interminable rêve ? Tout ce que je veux, c'est que moi et mon Bébé vivions heureux. .

Séraphine penche la tête, couvre ses dents d’une moue surprise, avant d’éclater de rire.

« C’pas dangereux les fleurs ! Ça sent bon, et en plus, ça porte des jolis messages ! »

Des fleurs.
Quand en avait-elle vu, ou senti, la dernière fois ? Parfois, ce passé si lointain, celui où il y a un ciel à scruter, milles parfums savoureux à découvrir, où chaque seconde est un délice de liberté et de merveilles surprenantes, lui revient comme un choc violent, s’insuffle dans son esprit, diffuse un film de tourmente, face à une terne réalité. Elle était si petite alors, avant de s’égarer, dans ce rêve infernal, tapit de chrysanthèmes. La confusion concrétise la nostalgie. Plus rien n’est flou, quand tout l’est.  Ces vieilles pâquerettes, sont aussi réelles, que son pouls pulse fébrilement dans ses veines. Les champs fleuris du printemps, s’étendent aux côtés des funestes clochers, lui infligent des haut-le-coeur. Elle baisse les yeux, et dans son dos, triture ses ongles.
Bébé acquiesce avec cet étranger, qu’il conchie pourtant : des fleurs, pour quoi faire ? Il se moque de les connaître. Il ne veut jamais rien connaître, Bébé, il ne pense qu’à se défouler. Séraphine ne peut pas le laisser faire. Elle veut lui apprendre, en bonne maman, que la haine et la peur, ne sont pas fatalité. Oui, des fleurs. Cela les transportera de bonheur.

« J’aimerais juste vraiment en voir… »
« Si t’as du fric, j’t’emmène voir des fleurs. Deal ? »

Du fric ? Elle n’a pas d’argent, Séraphine, comment pourrait-elle en avoir ? Le désespoir empli ses yeux d’une nouvelle faiblesse. Son attention se distrait un peu sur la flamme du briquet, et sur son cliquetis qui résonne dans les venelles de la Ville. Elle attrape le linge détrempé qui la recouvre sur les flancs, et l’écarte, pour le montrer. Pas de poches, dans cette chemise-là. Son menton se fripe d’une déception candide, et ses lèvres se resserrent.

« Oublie l’fric, suis-moi. »

Elle laisse retomber le tissu, et ses mains s’écartent, dans le même mouvement que son sourire.

« Génial ! Merci m’sieur ! »

Qu’il est gentil, ce monsieur. Tu vois, Bébé, pas de quoi s’inquiéter.
Bébé gronde dans son ventre et marmonne. Il se calme un peu, mais il est malheureux. Il se fait tout silencieux. Il boude. Mais Séraphine le connait bien, maintenant, son Bébé, il reviendra charger.

Séraphine suit l’homme avec difficulté. Tout le noir qui le recouvre, se dissipe dans l’obscurité, fond devant ses yeux, lui donne des allures de rêve fuyant. Il n’est pas aisé de suivre une silhouette éthérée, un mirage ombrageux qui se déforme. Elle le suivrait bien de plus près, mais Bébé est trop stressé. Elle presse un pas sur deux, pour ne pas le perdre, sa tête se tourne parfois vivement, pour vérifier si ce n’est pas sur le côté, que sa forme réapparait. Et quand il s’arrête, elle manque bien de s’écraser contre lui.

Devant le Carrefour, ses pupilles se dilatent. Bébé s’agite. C’est un piège, n’y vas pas. C’est dangereux, lui dit-il. Les grands yeux bleus de Séraphine s’ouvrent, sur le fil de paroles que l’inconnu déverse.

« J’ai pas d’pouvoirs, moi ! »

S’exclame-t-elle avec un hoquet paniqué. Ses lèvres tremblotent, et son regard vient se perdre derrière l’homme, sur la légère brume qui s’élève et danse tranquillement, suçotant le pavé. Elle serre ses mains sur la toile blanche à ses cuisses, et l’entortille. Elle ne veut pas aller là-dedans. N’y a-t-il aucun autre chemin ? Son rythme cardiaque s’accélère au rythme de son souffle. Bébé se met à hurler dans son ventre. N’y vas pas, n’y vas pas, n’y vas pas, répète-t-il en boucle. Ses sourcils tombent sur ses yeux, son front se plie. Les battements dans sa poitrine lui brûlent les poumons, et ses oreilles bourdonnent. Elle n’entend plus que les cris de Bébé, qui résonnent et se tordent.  

Elle tressaille légèrement, quand il lui touche la main, pour déposer la pièce toute chaude au creux de sa paume. Mais le geste au final, la calme si bien, que même Bébé se tait de surprise. Ses mirettes renvoient à l’œil inquisitif de l’homme, toute leur insécurité. Pourtant, elle répète incertaine.

« Marcher lentement, pas respirer, pas parler, donner la pièce. »

Elle serre doucement la pièce dans sa main, et écarte de l’autre une mèche humide de cheveux. Il se retourne et elle le regarde plonger dans le Carrefour. Alors qu’il s’éloigne, redevient masse sombre et imprécise, que la brume l’accueille en son sein, elle reste plantée. La panique revient. Hors de question d’y aller, lui dit son Bébé. Qui te dit, après tout, qu’il ne t’attire pas ici pour te dévorer ? Idiote naïve. Séraphine ne veut y croire. Il n’y avait que la perdition, qui l’attendait. C’était ça, que Bébé voulait, qu’elle se perde si bien, qu’elle cède. Mais Bébé, qui s’occupera de toi, si tu me fais disparaître ? La forme de l’homme, s’éloigne et se voile, il se transforme bientôt en tâche.  

Séraphine, figée, tremble. La tâche rapetisse. Elle la fixe, s’assèche l’œil, à refuser de cligner. Puis le point noir disparaît, à la lumière d’un halo poussiéreux. Une peur panique s’empare d’elle alors, lui rend sa maladroite mobilité, et sans réfléchir, d’un élan curieux, elle s’engouffre à son tour. Bébé a si peur, il tambourine pour sortir, quand la fraîcheur mortifère de la brume vient lécher son mollet. Séraphine retient sa respiration. Ses yeux deviennent fous, à la recherche de l’homme en noir. Elle ne distingue presque plus rien, que des formes hasardeuses, qui toutes lui ressemble. Est-ce lui à droite ? Est-ce lui à gauche, qui se tord comme cède une branche ? Elle ne peut se retenir de presser le pas, désespérée de le retrouver. Elle a mal, car Bébé est un fou furieux. Ses oreilles sifflent. Son visage rougit, l’air lui manque vite. Une silhouette se détache. C’est lui !

Elle se presse à sa rencontre. Sous la pression hostile que lui soumet le Carrefour, même pour Bébé, être près de cet homme paraît bien plus sûr. La silhouette se précise. C’est bien trop grand, pour être lui. Un souffle rauque s’échappe, une note raturée. La silhouette se dessine, sous la lueur faiblarde d’une lanterne blanche. Les muscles rachitiques sont visqueux. La fibre se déchire autour d’un os rongé, et tombe autour des membres, des lambeaux de vieux tissu noir charbon. Séraphine s’arrête. Elle retient toujours sa respiration, et gonfle ses joues. Ses yeux s’ouvrent si grands, qu’ils pourraient sortir de leur nid. Tout son corps se raidit, elle veut hurler. Son visage s’engourdit, tant elle le contraint. L’immense être filandreux, avance sans la voir. Il passe paresseusement, la frôle presque.

Un tout petit gémissement s’enfuit ainsi de sa bouche, à peine un sifflement, imperceptible.

L’être alors si lent, se désarticule furieusement, se retourne d’un geste vif et violent, et le craquement nauséabond de ses jointures s’arrête net. La lanterne qui manque de lui écraser la face, se balance maintenant et grince, à côté de son visage bouffi.

Elle va s’évanouir, c’est pas possible. Elle tire sur ses jambes chancelantes. Ses pupilles, si petites, ne lâchent pas un instant l’œil malfaisant, qui la toise de sa surface vitreuse. L’être se redresse, discordant, et laisse rouler une main géante, noueuse, vers elle. Séraphine bouge sa main si doucement. Elle frissonne jusqu’à la douleur, est si crispée sur la pièce, l’effort est écrasant. L’affolement à peine contenu, elle y parvient finalement, à se séparer de sa pièce en argent. Doigt après doigt, l’être immonde referme son étreinte sur son paiement, et doucement se retire.

Mais Séraphine n’a plus d’air.  Elle ne sait plus quoi faire. Bébé n’en mène pas large. Un pas après l’autre, tout droit. Plus vite. Plus vite. Jusqu’à, enfin, reconnaître le dos de l’homme. Elle n’en peut plus, Séraphine. Elle court et s’agrippe à lui. Son teint est écarlate, ses lèvres fébriles. Son visage épouvanté achève de se tendre, et à l’instant où ses yeux s’apprêtent à se révulser, elle inspire. Si fort, que dans le silence abyssal accompagnant la brume, un mort l’entendrait. Ses mains perdent toute énergie, et tout son corps s’écroule. Ses poumons sifflent. Elle respire, cette brume pestilentielle, qui ne l’oxygène qu’à peine. Elle n’a pas même la force de se retourner, pour voir les ombres alentours se disloquer, et foncer vers eux. Mais elle entend leur râle suraigu tonner. Elle lève les yeux vers le monsieur, qui a été si prévenant déjà. L’effroi est irrépressible :

« Va-t’en ! »

Regan
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Regan
Ven 4 Aoû - 23:34

Regan
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J'ai 28 ans et je hante La Ville,. Dans la vie, je suis tisseur de cauchemars

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J’ai bien vu la façon dont elle me matait, les regards effarouchés, les mimiques tendues, et les gestes apeurés. Vraiment, j’sais pas d’où elle sort, mais ça doit pas être d’un endroit sympa, et ça m’relance dans mes envies chevaleresques, de la protéger et tout le bordel. Putain, avec le temps, j’me ramollis vraiment, et ça m’plait pas du tout. J’la vois plus, et les mouvements, dans la brume, ne sont que des leurres. Merde. Quelle idée d’la faire passer par là. Elle va jamais y arriver, juste nous faire tuer. C’est là que j’réalise que la part de moi qui veut savoir c’qu’elle a dans l’bide est bien présente. Et prend ses propres décisions. Ça fait un drôle d’effet d'se rendre compte qu’on s’fait manipuler par soi-même, vraiment.

La brume me colle de partout, j’me sens oppressé de fou, mais j’décide de faire demi-tour, de chercher la fille. Elle m’a jamais dit quel genre de message les fleurs pouvaient apporter, une nouvelle question qui s’ajoute à ma liste, et moi, j’aime les réponses, pas les longues interrogations muettes et la manière dont mon cerveau saute d’une conclusion à une autre. Fuck that. Au lieu de fuir la brume, d’en éviter les caresses les plus évidentes, j’l’embrasse, j’m’offre tout entier à son emprise. Et j’la sens qui s’immisce, qui se love contre mon âme. C’est dégoutant, sérieux, et j’dois faire un effort titanesque pour que nos types de magie s’accordent quand tout en moi tente de repousser l’intrusion. Un réflexe naturel. Un instinct primal. Qu’est-ce que je ferais pas pour une meuf.

Trêve de plaisanterie. Les yeux fermés, uniquement guidé par un sens temporaire qui n’existe et ne prend son sens qu’ici, j’essaye de distinguer la trace caractéristique du Passeur. Il est forcément après elle, il peut pas résister aux nouveaux minois, et si sa pitance lui a manqué ce soir, ma protégée est vraiment dans la merde.

Donne lui la pièce. Donne lui la pièce putain. J’murmure dans ma tête, les dents serrées, toujours aveugle, mais toujours conscient de la direction à prendre. D’autres formes s’approchent, avides, gravitent autour de moi et tentent d’attirer à elles toute mon humanité. Repassez plus tard les gars, j’suis rôdé. J’les ignore, j’reste focus sur mon objectif, et j’sens que j’me rapproche, j’peux presque capter la présence du Passeur, ce vieux spectre en guenilles, et par conséquent, celle que j’dois retrouver. Un vrai prince charmant. J’commence à manquer d’air, j’avais pas prévu d’rallonger l’voyage, et même si j’ai des réserves, elles s’épuisent dans la marche à laquelle j’me force. J’peux pas courir. J’peux pas crier. Impossible de l’appeler, de la faire venir à moi. J’dois la trouver. Elle doit plus être loin, maintenant. Un halo se dessine, ténu, et j’rouvre les yeux en grand, sûr maintenant d’avoir atteint ma destination. Là ! Et j’la vois. Perdue dans la clarté laiteuse artificielle de la brume qui nous enferme comme un linceul. Et son regard, lancé depuis le sol où la panique et le manque d’air l’ont jetée, me cloue littéralement sur place. Pas besoin d’mots, de quoi que ce soit d’autre que ces deux yeux immenses qui me fixent, et me hurlent « c’est la merde ». J’en perds presque mes moyens, le temps d’réaliser qu’elle s’est effectivement foirée,  et qu’une tempête de merde va nous tomber dessus d’un instant à l’autre. L’instinct prend le relais. J’arrête de réfléchir, de m’demander, d’analyser, d’un geste vif, j’la remets debout, une main dans son dos pour la soutenir, l’autre devant moi pour arrêter c’qui nous arrive dans la gueule à fond de train.

« Ferme les yeux. » J’ordonne, d’une voix autoritaire. Si elle ne s’exécute pas, elle risque de finir aveugle, de toute façon, et c’que j’m’apprête à faire risque de me griller complètement, mais tant pis, au point où j’en suis. Une lueur naissante illumine mes doigts, puis ma paume, avant de se mettre à briller franchement. En quelques secondes, j’me transforme en phare, et la brume, grise et terne en comparaison, semble perdre un peu de son pouvoir avilissant. Les hurlements s’arrêtent, aussi brusquement qu’ils ont commencé. Les monstres réfléchissent. Prennent leur temps, maintenant que leurs proies sont acculées. Et du temps, c’est tout c’qu’il me faut pour nous sortir de là.

« Tu peux parler, maintenant, c’est bon. On va sûrement bientôt crever d’toute façon, une dernière volonté ? » J’lui ai même pas demandé son nom, hors de question d’la laisser s’éteindre comme ça, petite fleur anonyme sur un tas de purin. J’suis trop poétique. Et j’vais vraiment m’faire enculer si j’me concentre pas mieux. J’chasse la fille de mes pensées, j’reporte toute mon attention sur mon pouvoir, sur la force qui se concentre au creux de mes mains, sur le bouclier luminescent qui s’est formé autour de nous.

Un rempart plutôt faiblard, j’vais pas mentir, mais j’savais déjà que j’étais pas au top. De quoi tenir les bêtes à distance quelques minutes, pas plus. Mais c’est tout c’qu’il nous faut pour nous tirer de là, pas vrai ? J’me mords les lèvres, j’commence à sentir la magie qui me bouffe, qui me brûle, pioche son tribut dans mes forces vacillantes. Le bouclier forme autour de nous comme un dôme de chaleur, et les créatures de l’autre côté s’impatientent, piaffent, reprennent leurs hululements flippants.

« Saloperie de merde. On a genre 3 minutes avant que j’perde tout contrôle, trois minutes pendant lesquelles tu vas courir de toutes tes forces. J’peux pas t’offrir plus. J’peux pas t’offrir mieux. Et cette fois, si tu t’plantes, j’pourrais pas t’sauver non plus, parce que j’serais sûrement déjà mort. T’es prête j’espère ? » Un murmure que j’lui envoie comme une prière.

« Tu les vois qui s’agitent ? J’sais pas c’que tu trimballes, mais c’pas des fleurs, et ils en veulent une part. T’es sûre que t’as pas d’pouvoir ? » On sait jamais, sur un malentendu, j’ai p’t’être mal compris c’qu’elle m’a dit. Putain, on est mal. J’ai un coup de faiblesse, et les choses qui nous guettent doivent le sentir parce que l’une d’elle se jette de tout son poids contre ma barrière. J’recule sous l’impact, j’crois même que j’gémis, mais j’suis trop focalisé sur le fait de maintenir mon bordel en place pour en avoir quelque chose à foutre.

« MAINTENANT ! » J’hurle littéralement, et j’projette à mon tour tout ce que j’ai pu emmagasiner, nous offrant l’effet de surprise, et quelques secondes d’avance. J’ai jamais couru aussi vite de ma vie, et j’ai vraiment pas le temps d’regarder si elle a suivi, cette fois, parce que j’me sens déjà partir, et qu’si j’arrive pas de l’autre côté de ce putain de passage avant de me faire rattraper, j’peux me foutre mon bel héritage au cul. Quoi ? J’ai un putain de potentiel, c’est pas des conneries.

J’ai la tête qui tourne, les jambes qui tremblent, et quand j’atteins enfin la limite du passage, c’est pour m’écrouler au sol, complètement vidé, haletant, sonné. Et les flashes qui m’allument les yeux m’permettent pas franchement de savoir si oui ou non elle a pu s’en sortir. J’espère. J’l’espère vraiment. Et avant qu’un voile tout noir me tombe sur la gueule, j’trouve quand même moyen d’balancer au mur froid et suintant d’humidité contre lequel j’me suis arrêté « Bon pour tes fleurs, on verra plus tard si ça t’ennuie pas. » Ensuite ? Black out.

Bérangère
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Bérangère
Sam 5 Aoû - 22:28

Séraphine
J'ai 23 ans, et je ne sais pas où je suis. Les espaces comme les instants se suivent, dénués de consistance. Les souvenirs s'ancrent dans une chronologie chaotique et biaisée. Suis-je ici et maintenant ? Ou bien est-ce un interminable rêve ? Tout ce que je veux, c'est que moi et mon Bébé vivions heureux. .


Elle ferme les yeux.
Elle n’a pas la force de réfléchir, l’air vicié qui emplit ses bronches l’étouffe, et malgré tout, son corps en redemande plus encore, inspire plus fort chaque bouffée venimeuse, qui se distille dans son esprit comme une sinistre sirène. Bébé le subit de plein fouet. Il souffre, s’essouffle, se tord, et tire sur la peau qui le retient. Séraphine s’agrippe au bras qui la soutient, pousse sur ses jambes de toute ses forces. La chaleur humaine soulage le froid corrosif de la brume qui gerce sa peau. Et bientôt, la lumière vive s’éclate sur ses paupières closes, lui plisse les yeux. L’oxygène lui revient, assez pour qu’enfin, ses poumons s’emplissent. Elle expire. Sa propre respiration lui semble d’une tendresse et d’une félicité incroyable.

Son corps toujours épuisé s’anime un peu, reprends des forces que l’instinct de survie seul peut procurer. Bébé retrouve faiblement sa voix : il lui murmure des grossièretés, la blâme de cette mort qui s’apprête à les cueillir tous les deux, et c’est de sa faute.

« Tu peux parler, maintenant, c’est bon. On va sûrement bientôt crever d’toute façon, une dernière volonté ? »
« J’veux pas mourir ! »

Instinctif. Son timbre se casse au milieu de sa phrase. Elle ne voit rien qu’un vif éclat, elle ne sait pas si cela la calme, ou l’effraie plus encore. Les jappements infernaux qui retentissent sont tout près, le requiem qu’ils composent coule sinueusement dans ses oreilles, et sa faible volonté vacille. La tiédeur de l’astre qui les protège, offusque la brume qui s’agite et s’enroule en spirale, se meut, vivace, percée des silhouettes de toutes ces âmes damnées, qu’elle assoiffe en secret.

Séraphine veut ouvrir les yeux, elle accroche les vêtements de son protecteur, ses pieds s’appuient, elle le sent s’épuiser, refuse de le lâcher. Elle va se perdre, si elle le lâche. Son cœur, il tambourine comme un maniaque, tous les sons s’amplifient à la démesure, lui crève les tympans. Elle ne tremble plus, elle est acculée. Bébé reste calme, il sourit, il bave. Il attend. Les yeux rivés sur l’esprit de sa maman. Bientôt, elle sera assez faible. Assez désespérée.

Elle a les larmes aux yeux, complètement submergée. Ses pensées se recroquevillent, elles n’émettent plus qu’un mot : pitié. Séraphine se roule et presse sa joue contre l’homme, enserre si fort les habits noirs que ses ongles percent sa paume au travers. Elle marmonne frénétiquement cette même supplication qui résonne déjà en elle sans repos.

« Saloperie de merde. On a genre 3 minutes avant que j’perde tout contrôle, trois minutes pendant lesquelles tu vas courir de toutes tes forces. J’peux pas t’offrir plus. J’peux pas t’offrir mieux. Et cette fois, si tu t’plantes, j’pourrais pas t’sauver non plus, parce que j’serais sûrement déjà mort. T’es prête j’espère ? »

Elle ne bouge plus. Mais ses mains s’ouvrent un peu. La voix enrouée et vacillante brise quelque peu le déluge qui la tourmente, s’élève presque douce contre le vacarme éreintant. Prête ? Elle ne l’est pas.

« M’sieur, j’veux pas que tu meurs ! »

Abasourdi, elle comprend sans comprendre. Comme une marionnette sans âme pour la guider. Sa conscience s’enfuit, et elle couine.
Elle le lâche sous le choc qu’il subit, elle crie.

« MAINTENANT ! »

L’instinct devient le seul maître de ses membres, d’un coup d’un seul. Ses jambes s’activent dans une course presque animale, ses pensées sont vides, toutes ses ressources sont mobilisées à ça : juste courir. Aussi vite que possible. Elle ouvre enfin ses paupières engluées de larmes et de sueur. Elle halète, le râle étouffé qu’elle émet torture sa poitrine. Bébé est mort de rire. Il se gausse d’une hilarité gutturale. L’humidité embue sa vue déjà bien piètre. Elle ne voit plus l’homme en noir, mais la brume s’affine, se détends, se retire à mesure de son galop. Séraphine se prend à espérer.

Une main graisseuse s’élève du pavé, et lui saisit la cheville. Séraphine hurle, se dégage, mais la paume goudronneuse s’élance férocement pour saisir sa robe, et tire dessus sèchement. Elle tombe en arrière, et son esprit se mure. Il s’enfuit loin, loin à l’intérieur d’elle-même. C’est ce qu’il se passe, quand Bébé sort. Sa peau et sa robe se déchirent, et le hurlement de Séraphine se mue en plainte rauque, métallique. Ses muscles se déforment, se gonflent et ressortent. Ils s’enroulent les uns sur les autres, dans un ballet hideux, et s’en dessine une gueule béante. La masse humide et organique qui s’élève de son dos fait craquer ses os. Le souffle de la gueule, qui s’échappe de ses petites narines rieuses, est bouillonnant. Les membres de Séraphine s’animent tout seuls. Bébé est content. Il mord la main qui l’agresse à pleine mâchoire. Le puissant claquement des muscles laisse place à une mastication suintante. Il se délecte du miel noir et pâteux qui s’étire sur les pointes blanches de ses dents tordues. Le goût de la mort. Il glapit. Bébé, non !, lui hurle-t-elle. Séraphine déteste ça. Elle ne supporte pas se voir ainsi, couler dans l’obscure marée de sa conscience.

Bébé s’en fiche bien, lui. Enfin dehors. Il a hâte de sortir de cette immonde brume puante, d’inspirer à pleins poumons. Il est encore faible, après tout. Des muscles arrachés de son hôte, il se forme une énorme patte griffue, et de le contour odieux qui s’élève de Séraphine, a une course vive et endiablée. Il ignore les tambourinements qui frappe sa poitrine, en quelques instants, enfin, la brume est derrière lui. Il dévale le pavé. Il a faim, Bébé. Il meurt de faim, en vérité. Alors ce corps étalé sur le sol, à la sortie du Carrefour, à bien vite des allures de bon repas. Bébé s’élance, ses articulations toutes neuves d’embryon, craquent et se cassent, puis se reforment. Son immense bouche s’ouvre bien grand, pour gober l’homme, que Séraphine, tout de suite, reconnaît. Heureusement, Bébé est encore faible.

« BEBE ARRETES ! »

La bouche de Séraphine s’anime et souffle. Alors que la masse se dégonfle, Bébé hurle, propulsé de nouveau au fond de son ventre, où il est bien protégé. Bébé enrage. Laisse-moi sortir, salope ! répète-t-il. Doucement, le petit corps frêle retrouve sa silhouette gracile. Séraphine tombe, toute entière secouée d’incontrôlables spasmes. Elle rampe, crache su sang, se redresse à peine devant l’homme en noir évanoui. Ses mains se lèvent, frissonnantes. Dans la brume au loin, les feulements se calment, laissent le silence s’imposer à nouveau. Elle s’agenouille. Bébé est fou de rage, et elle l’ignore. Elle pose sa main sur la joue de son protecteur inconscient, fébrile. Doucement, incertaine, elle penche son oreille sur sa poitrine, pour en déceler le faible battement.

Elle est heureuse, il est vivant.

Elle laisse couler ses larmes, profite de ce soulagement. Sur le cœur battant, elle demeure un temps. Laisse-le là, maintenant, on ne peut pas rester, finit par exclamer Bébé. Que pouvait-elle faire d’autre, se disait-elle. La nuit, bientôt, finirait par s’éloigner. Elle se lève, faiblarde, et attrape le bras lâche qu’elle cherche à passer sur son épaule. Ses genous se cognent l’un à l’autre, mais elle finit, dans un couinement plaintif, à le soulever en s’appuyant sur le mur. Un pas lent après l’autre, Séraphine le ramène dans une ruelle obscure, une toute petite impasse, à l’abri de peu de chose, mais au moins des regards indiscrets. Elle l’allonge.
La lourde attente brisée parfois par une plainte lointaine, se fait longue et lugubre. Assise, ses genoux contre sa poitrine, elle reste à côté, et lutte contre le sommeil qui la gagne. Et la faim. Et le froid. Les yeux rivés sur la poitrine de l’homme en noir, sur le soulèvement qu’induit sa respiration. Bébé veut qu’elle parte. Elle se parle à elle-même, des murmures sifflés.

« Je n’veux pas partir d’ici. Non, tu veux que j’me perde ! T’es vilain mon bébé… Tout ira bien. Chuuut… J’t’en supplie tais-toi ! »

Regan
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Regan
Sam 5 Aoû - 23:16

Regan
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J’ai pas la moindre putain d’idée de combien de temps j’ai perdu connaissance, mais quand j’reviens à moi, le premier truc qui me saute à la gueule, c’est la douleur. Tous mes muscles me font mal, comme si j’avais passé les dernières heures à les étirer dans tous les sens, et dans des angles pas franchement naturels. Ouais, bon, c’est un peu le cas en fait.

La seconde chose, qui me ferait hausser un sourcil si j’avais déjà récupéré le contrôle de mes sourcils, ce qui ne semble pas être le cas, c’est la voix qui me parvient. Les yeux fermés, le souffle court parce que chaque inspiration me donne envie d’crever, j’l’écoute, tranquille, même si j’comprends pas tout ce qu’elle raconte. Elle parle d’un bébé, de pas se perdre, d’être vilain… Quoi ? J’ouvre un œil, complètement confus, et j’essaye de comprendre de quoi il est question.

« J’suis pas mort, mais j’savais pas qu’on s’donnait déjà des p’tits noms. » J’fais grave le malin, mais en vrai, cette simple phrase m’arrache une quinte de toux, et j’roule sur le côté le temps qu’ça passe, avant d’me retrouver à quatre pattes, les paumes sur le sol, les yeux fixés par terre. Bon y’a rien d’intéressant à mater par terre, c’est juste une rue dégueulasse comme une autre, mais c’est le temps de me retrouver un peu, vous voyez ?

Bref.

Quand j’me sens suffisamment stable, j’me redresse lentement, une main contre le mur, et l’autre sur le ventre, parce que j’ai vraiment l’impression qu’mon intérieur a pris feu pendant la p’tite sauterie qu’on s’est offerte dans la brume. J’ai l’air entier. L’air.

« Heu… j’suis entier ? » j’demande à ma chère petite inconnue, qui apparemment a attendu bien sagement que j’me sorte le cul tout seul de mon demi-coma. Mission accomplie, j’suis de nouveau conscient et prêt à… à quoi ? Ah oui putain, les fleurs.

« Bah tu vois, c’était pas si dur » que j’balance d’une voix encore plus enrouée, les côtes endolories, et la motivation un peu entamée quand même. C’est comme si cette sortie dans la brume m’avait volé mon entrain. Mais j’me dis que les blessures ont souvent cet effet-là. Et j’réalise au même moment que ma p’tite gardienne, j’connais toujours pas son nom.

« Bon, on va la refaire. » J’m’avance doucement vers elle, un peu fâché de devoir quitter mon mur parce que putain, à ce point on avait presque une relation intime, et j’tends une main éraflée vers elle – pourquoi éraflée, qu’est-ce que j’ai branlé putain ?! –

« Salut, j’m’appelle Regan, j’suis sorcier mais pas que, et toi, c’est quoi ton p’tit nom ? Parce qu’on commence à s’fréquenter pour de vrai maintenant, ça devient sérieux et tout, donc faudrait sûrement qu’on officialise ? » Et là j’attends bêtement qu’elle prenne ma main, et si elle le fait pas j’aurais encore l’air d’un con, mais ça va, j’ai l’habitude. « Du coup, j’peux savoir à qui tu parlais ? J’sais que j’suis beau gosse et tout, mais le bébé random, on m’l’avait encore jamais claqué. » C’est faux, on m’le claque tout le temps, mais pas dans le contexte « on campe une ruelle crade après avoir échappé à la pire des morts en empruntant un passage pourri ».

J’reprends ma main, parce qu’en fait elle a l’air tellement paumée que ça n’a pas beaucoup de sens de vouloir la jouer contact, et j’me colle le dos contre le mur à la place, en la fixant avec attention. Y’a plein de petits détails que j’avais pas vraiment notés avant, parce que j’ai pas eu franchement le temps de me poser et de la regarder. Elle a l’air moins jeune que ce que je pensais, déjà, ce qui est une bonne chose, j’ai horreur des gosses, sauf ceux que je dévore – héhé – et vraiment plus perdue que ce que j’avais cru au premier abord. D’ailleurs, entre ses fringues et sa façon de se comporter, j’commence vraiment à m’dire qu’elle s’est tirée d’un endroit pas net, mais reste à savoir lequel. Dans la Ville, les lieux pas nets, ça fourmille littéralement. Pas le quartier des putes, elle serait pas sapée comme ça, et elle m’aurait déjà… J’vais pas faire de dessin yo, on a des manières par ici. Pas le quartier des créatures non plus, elle a toujours l’air vachement trop humaine pour ça, et en général, j’avale pas ce genre d’appât. Mais quoi alors. Un asile ? Y’en a qu’un, et pour c’que j’en sais, c’est mort pour en sortir. En plus, on dirait pas qu’elle est folle, plutôt… ahurie ? Par tout ce qui l’entoure ? Mais pas d’agressivité notable, pas de mouvements désordonnés, ou de propos incohérents… et son truc blanc est clairement pas une camisole. Bon, je sèche, j’ai toujours été naze aux devinettes de toute façon.

« Faut que tu m’expliques deux ou trois choses ma belle. D’où tu viens. Pourquoi t’es habillée comme ça. C’est qui, bébé, ou alors c’est quoi. Et comment tu t’es retrouvée ici ? Est-ce que t’as croisé du monde ? Des gens bizarres ? Des bêtes ? A part celles qu’ont tenté d’nous bouffer ? » J’lui jette tout ça en rafale, et j’m’arrête brusquement pour reprendre mon souffle parce que aie aie aie, ça tire ça tire dans les côtes, toujours. Putain, j’me suis pété des côtes ? Quelle merde, j’connais aucun sort de soin, et mon stock de potions s’est fait la malle trois jours avant, quand j’étais en train de… Yo ! Le souvenir mémorable de la façon dont j’ai perdu ce stock m’arrache un sourire en coin, et j’m’insulte mentalement. Vraiment, j’suis un gamin.

Bref.

Avant qu’on aille plus loin elle et moi – non j’parle pas de relation, juste du fait d’aller littéralement plus loin, genre, dans un parc chercher ses fleurs – j’aimerais bien quelques réponses, et comme j’souffre carrément le martyr au moindre mouvement, ça m’dérange pas d’attendre ici. Bon ok, le mur est un peu froid, et l’humidité qui transperce mon t-shirt, c’est pas vraiment le feu, mais ça va, j’ai connu pire. C’est ce que je me dis au moment où je m’aperçois que j’ai perdu ma veste. MA PUTAIN DE VESTE EN CUIR BADASS N’EST PLUS SOUS MON BRAS. Quoi ??? Le summum de la lose. Moi sans ma veste, c’est comme… bah rien en fait, un type sans sa veste, c’est vraiment pas grave, mais je l’aimais cette veste, elle faisait partie de ma personnalité.

« T’as pas vu ma veste par hasard ? » j’demande, une note d’espoir dans la voix. On sait jamais, elle a peut-être sauvé la veste sans s’en rendre compte ? Pitié ?


Bérangère
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Dim 6 Aoû - 3:37

Séraphine
J'ai 23 ans, et je ne sais pas où je suis. Les espaces comme les instants se suivent, dénués de consistance. Les souvenirs s'ancrent dans une chronologie chaotique et biaisée. Suis-je ici et maintenant ? Ou bien est-ce un interminable rêve ? Tout ce que je veux, c'est que moi et mon Bébé vivions heureux. .

Bébé peut être parfois un horrible garnement. Il veut toujours sortir, et quand il arrive à passer la mince frontière qui les sépare, il veut tout manger, et tout détruire. Séraphine lui donne beaucoup d’amour, pourtant. Elle sait que pour Bébé, vivre ainsi n’est pas aisé. Pour elle non plus. Elle espère qu’un jour, quand il sera grand, il comprendra, que là ne se trouve pas le bonheur. Que la bête sauvage s’adoucira, qu’il suffit simplement d’y instiller un tout petit brin d’humanité. Mais pour l’heure, au moindre caprice qu’elle pourrait lui concéder… Bébé n’a pas le sens de la retenue, il se ferait tuer. Il doit rester caché, bien au fond de son ventre, ou au mieux, ils seraient rattrapés.
Ce n’est pas si souvent qu’elle se dispute à voix haute, avec la petite voix qui depuis si longtemps, côtoie la sienne. Il est encore plus méchant, quand il est retenu, à peine sorti de son nid. Comment je peux supporter une telle idiote ? vocifère-t-il.

Séraphine a de petits yeux abattus, qui dépassent de ses genoux, un peu masqués sous les mèches de ses cheveux ternes, qui filent sur ses épaules, les englobe d’une cape de soie lunaire. Elle les ouvre grand, d’immenses yeux de diamant, quand elle entend la voix écorchée de l’homme en noir. Son corps se délie pour se rapprocher vite, s’arrache les genoux sur le pavé. A peine tousse-t-il, qu’elle lève des mains vers lui, les déplace dans le vent, sans oser s’en servir, sans savoir s’en servir. L’inquiétude creuse son front.

« T’es réveillé ! Tu te sens comment, m’sieur ? Ça va ? »

Elle accompagne chaque grimace de souffrance étirant les tatouages sur les joues de son bienfaiteur, de couinements impuissants. T’es qu’un boulet, ricane son Bébé. Ça lui brise le cœur d’y acquiescer. Son regard se vide un instant. Que fait elle ici ? Où est-ce, ici ?  Elle a erré tant d’heures, ou de jours. A-t-elle seulement déjà vu l’aube se lever, sur les pointes cyclopéennes dominant l’horizon ? Il lui semble qu’une éternité s’est passée. Qu’a-t-elle appris à faire ? Rien. Et si la brume n’est qu’un aperçu, et si chaque coin de rue, abrite un Carrefour plus vicieux encore ? Elle se fige. Elle repense aux années qui ont passé, qui se confondent, figure n'être rien de plus qu’une infernale et interminable journée. Et l’enfermement, et les douleurs. Un cycle sans fin d’atrocités, pour elle, pour son pauvre Bébé. Tout cela lui semble soudain si doux. Si confortable. Subvenir à ses propres besoins paraît un insurmontable calvaire, quand même trouver des fleurs, on ne sait pas le faire. Ce pauvre monsieur. Il souffre par sa faute. Elle soupire. Bébé se marre. Elle fronce les sourcils.

Son œil se pose sur la main tendue, attiré par le mouvement, sans comprendre. Elle n’a plus de pièce, à donner. Quel paiement offrir, à Regan le sorcier mais pas que ?

« J’m’appelle Séraphine. C’est ma maman qui m’a donné c’nom, ça vient des anges, il paraît. Mais j’suis pas un ange. »

Elle regarde autour d’elle, attrape un petit caillou, qu’elle dépose gentiment dans la main tendue, accompagne ça d’un drôle de sourire embarrassé. Elle n’a en vérité, rien de mieux à offrir.

« Faut que tu m’expliques deux ou trois choses ma belle. D’où tu viens. Pourquoi t’es habillée comme ça. C’est qui, bébé, ou alors c’est quoi. Et comment tu t’es retrouvée ici ? Est-ce que t’as croisé du monde ? Des gens bizarres ? Des bêtes ? A part celles qu’ont tenté d’nous bouffer ? »

Pourquoi parle-t-il de Bébé ? Comment le connait-il ? Séraphine ramène ses poings contre sa poitrine. Bébé n’a pas confiance, il pense à un traquenard, mais elle n’y croit pas un instant. Elle se dandine, s’assoit un peu mieux sur ses mollets.

«  J’ai croisé personne. Enfin si, j’ai croisé toi. Mais j'sais plus trop quand. Peut-être que j’ai croisé d’autres choses, en fait. J'sais plus. J’ai pas très bonne mémoire, tu sais, si j'te voyais plus, j’aurais trop peur de t’oublier. »

Elle se mord la lèvre. Elle a peur de regretter, peut-être serait-ce mieux, au final, de retourner dans la brume, et de se laisser dévorer. Séraphine pose ses mains au sol, laisse ses paumes lécher la crasse humide du pavé, pour se hisser plus près du sorcier. Elle a un regard fuyant, craint qu’on l’entende. Elle le regarde inquiète, puis souffle.

«  Dis, je peux te confier un secret ? »

Elle lui propose d’un geste de l’index, de se rapprocher. Pour murmurer. Ses cheveux, secs maintenant, tombe sur son visage. Elle pose une main plate près de sa bouche. Sa petite voix résonne à peine, timide et fluette.

« J’ai bien un Bébé. Il est dans mon ventre. Il croit que je ne le sais pas, mais il me grignote la cervelle. Tu dois le dire à personne. Y’a plein de gens, ils veulent lui faire du mal. »

Elle se redresse, sonde son regard de ses mirettes instigatrices. Bébé à tout entendu, il crache.

«  Tu me promets ? »

Séraphine se lève. Sa silhouette délicate semble prête à chuter. Depuis la ruelle, on distingue à peine la nuit s’éclaircir doucement, faire ressortir les ombres monstrueuses des bâtiments écharpés. Le froid se glisse sous sa robe déchirée, fait grainer sa peau pâle, rougie par endroit, des marques encore fraîches de ses chaînes. La Ville, peu à peu, s’anime, à mesure que tout ce qui menace la nuit, laisse place aux nouveaux danger du jour. Elle baisse les yeux sur l’homme blessé, et elle lui tend la main à son tour, pour proposer son aide inutile.

«  Si tu veux, je veux bien t’aider à retrouver ta veste, m’sieur Regan. »


Regan
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Regan
Dim 6 Aoû - 16:10

Regan
Blake

J'ai 28 ans et je hante La Ville,. Dans la vie, je suis tisseur de cauchemars

Informations supplémentaires ici.
J’suis trop sociable pour mon bien. Mes côtes ravagées me le font bien sentir alors que j’attends toujours que la meuf me réponde, et que mon esprit engourdi pleure toujours la perte de cette putain de veste. Du cuir de dragon. Une finition parfaite. En plus maintenant, j’suis sûr qu’on voit mon cul. L’air de rien, j’remonte mon fut un coup, même si j’suis plus ou moins fixé sur le fait que cette nana la est tout sauf une perverse. Dommage.

J’renifle, j’extirpe une clope du paquet que dieu merci j’ai pas perdu, tout en l’écoutant parler. Comment j’me sens ? Question suivante, j’me sens comme si j’avais 95 ans mais ça sert à rien d’lui en parler, elle comprendrait sûrement pas ce que je veux dire et elle croirait probablement que j’ai 95 ans. J’commence à la cerner la bestiole ! Ma paume s’est refermée sur le caillou qu’elle m’a offert, et l’information s’est glissée dans un coin obscur de ma tête parce qu’à ce moment précis de mon existence, j’ai vraiment pas envie d’chercher ce que je suis censé faire d’un cadeau pareil. Le fait qu’elle ait croisé personne par contre, j’ai un peu de mal à y croire. Est-ce que j’suis malchanceux au point de me taper l’oiseau au moment même où il s’est vautré du nid ? Ça y ressemble. Damn, si on me parle encore de ma chance légendaire, j’vais distribuer des pains. J’fronce légèrement les sourcils, parce que problèmes de mémoire ou pas, elle vient quand même de me dire que j’suis très oubliable, et c’est quelque chose que mon ego n’a pas envie d’entendre. Pas maintenant en tout cas, alors que j’galère pour rester debout et faire le mec attentif quand j’ai juste envie d’m’envoyer un mcdo et d’aller me pieuter, avec une meuf, bien chaude de préférence. Rien de tel pour zapper une sale journée.

L’annonce du secret, par contre, ça, ça m’intéresse, et j’lui fais un signe de tête pour l’encourager, pour lui dire que j’suis digne de confiance. J’le suis, d’ailleurs, ça dépend juste avec qui. Et penché sur elle comme ça, j’ai tout un tas d’idée pas nettes qui m’traversent la tête, au point que j’en oublie presque qu’il y’a une raison, et que j’suis censé être mature et écouter son secret comme un adulte. J’recule brusquement sitôt le secret balancé, parce que j’suis pas sûr de comprendre de quoi il est question. Brain lag, c’est quoi c’délire ? Un bébé dans son ventre genre, elle est enceinte ? C’est pour ça qu’elle s’est tirée ? Un tas de scénarios invraisemblables bousculent mes neurones, et il me faut trois secondes pour reprendre mes esprits et revenir au présent, et à ce qu’elle me raconte. « Les bébés sont pas censés faire ça, tu le sais quand même, non ? Tu sais quoi que ce soit à propos des bébés ? » C’est tout ce qui me vient parce qu’autant de corps ça va, autant d’esprit, elle a vraiment l’air d’avoir dix ans et demi. Au temps pour moi et mes pensées chelous, c’est dégoutant. J’pose un doigt sur mes lèvres et j’lui retourne un regard super sérieux, même si j’suis toujours pas sûr de quoi faire de cette info

« Une tombe, t’inquiète mais… t’es pas enceinte ? Un bébé dans le ventre, même s’il te bouffe la cervelle, ça s’appelle être enceinte en général. » J’tire sur ma clope et j’remarque bien qu’elle se les gèle, mais vu que ma veste a divorcé de mon corps, j’peux pas franchement l’aider, à part en lui filant mon t-shirt mais pas sûr que ça change grand-chose. C’est pas des fleurs qu’il lui faut, c’est un vrai repas, une bonne nuit de sommeil, et une meilleure contraception.

Ça m’fout en l’air cette histoire de bébé. J’suis persuadé qu’elle parle pas vraiment d’un enfant. Pas un vrai. Pas un mignon. Enfin, pas un normal quoi. Mais alors qu’est-ce que c’est que son machin ? Un hôte indésirable ? Est-ce que la fille est une pute finalement ? Qui se serait faite attraper par la mauvaise créature ? Y’a des mélanges pas bons à tenter, même moi j’le sais, et j’garde mon patrimoine génétique loin de certains partenaires, pas giga envie d’voir des mini moi dévorer tout le monde. Hey attendez, ce serait le feu.

J’lâche un immense soupir, avec une nouvelle bouffée d’cigarette, et j’écrase cette dernière sous mon talon avant d’m’avancer vers la fille et d’passer un bras protecteur – ON A DIT PROTECTEUR j’vous vois venir – autour de ses épaules.

« Allez on s’arrache, déjà on va t’trouver à bouffer, t’es un peu trop rachitique, et les bébés, ça mange, right ? Et puis aussi des fringues parce que tu vois, j’ai un certain style, et j’peux pas être vu en train de traîner avec une meuf en chemise de nuit, ça va se retrouver dans les journaux et j’vais avoir des problèmes. Tu sais ce que c’est un journal ? »

J’peux jamais être sûr de rien avec elle, et franchement au lieu d’m’emmerder, ça commence à m’amuser. Ok, j’ai un sens de l’humour tordu, ça doit être pour ça. J’l’entraîne avec moi, en marchant doucement parce que j’ai toujours super mal, et parce qu’elle a pas la démarche la plus assurée du monde non plus. J’connais un pub tranquille pas loin, on y sera bien. Sauf si son bébé montre sa sale gueule et que le proprio nous nique nos races, mais j’lui fais confiance, à la nana, pas au bébé, pour garder le truc sous contrôle. Un bébé ? Non mais vraiment. On marche quelques minutes dans les lueurs blafardes d’un petit jour qui se lève sans la moindre motivation, et c’est presque joli, les reflets sur les angles pointus des immeubles. Un bruit de circulation nous parvient en sourdine, et l’humidité de l’air se transforme en brise fraiche. J’frisonne, j’serre un peu plus la fille contre moi, histoire de lui voler un peu d’chaleur – c’mon coté gitan, tout se vole – et j’accélère un brin l’allure pour arriver plus vite.

Finalement, on y est, il paye pas de mine ce pub, mais c’est un peu pour ça que j’y viens. J’suis à peu près sûr de pas m’faire emmerder ici, et c’est un lieu que les Inquisiteurs évitent. J’pousse la porte d’un coup d’épaule, et j’pousse Séraphine à l’intérieur. C’est quoi ce prénom putain, 100% c’est une pute échappée d’un bordel où elle a subi des expériences pas ouf. Une odeur de sueur un peu rance me fouette le visage, et une petite musique de fond nous accueille alors que j’repère une table dans un coin, avant d’asseoir d’autorité la nana sur la banquette. C’est moelleux, vieillot, mais confortable, et à part l’odeur, le cadre est sympa. Dans le coin opposé, j’vois bien deux ou trois silhouettes encapuchonnées, mais j’fais pas vraiment attention, tout le monde fait ça ici, bande de sales emos.

« Salut Cerb, file-moi deux plats du jour un sky et un coca » j’fais en direction du type qui campe son comptoir avec sa mine patibulaire et ses dents en coin. Il hoche la tête et se met au travail, alors que j’rejoins Séraphine sur la banquette, pas fâché d’pouvoir me poser le cul sur un truc qui va pas m’geler les couilles et leur faire vivre une ère glaciaire précoce. Putain ça fait du bien.

« On mange un truc, on boit aussi, et on va chercher tes fleurs. Maintenant, tu m’expliques en détail ce que tu foutais dehors, et tu me parles de ce bébé, c’est pas un vrai bébé c’est ça ? Tu l’as adopté ? Et quand tu dis dans ton ventre, c’est genre, à l’intérieur ? » J’écarquille un peu les yeux parce que vraiment tout ça m’paraît un peu dégueul, mais ma maman m’a dit un jour qu’il fallait pas juger les choix de vie des autres. Mort de rire.


Bérangère
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Bérangère
Dim 6 Aoû - 23:17

Séraphine
J'ai 23 ans, et je ne sais pas où je suis. Les espaces comme les instants se suivent, dénués de consistance. Les souvenirs s'ancrent dans une chronologie chaotique et biaisée. Suis-je ici et maintenant ? Ou bien est-ce un interminable rêve ? Tout ce que je veux, c'est que moi et mon Bébé vivions heureux. .


« Bien sûr que j’sais ce qu’est un journal, j’suis pas un bébé ! »

Souligne-t-elle les joues gonflées, gentiment offusquée.
Ils se libèrent de la maigre couverture de la ruelle, et la masse hétéroclite des citoyens, somnolant encore, se densifie un peu. L’aube timide luit entre les veines tortueuses de la Ville, s’étale sur ses hauteurs, pour tenter de s’engouffrer, paresseusement, là où l’obscurité la refuse. La mélodie des claquements et des roulis d’une vie naissante vient frémir dans les oreilles de Séraphine, et les rues s’éveillent de nouvelles odeurs, des vendeurs de pain d’épices qui aèrent leurs cuisines, aux étals de lézards frits, qui se pressent pour les places les plus convoités, où refourguer quelques douceurs douteuses. Une heure calme, où ceux qui ne se prépare pas à la frénésie d’une foule à venir, sont les victimes de la nuit encore branlantes, à peine levées du caniveau boueux qui leur a servi de lit.
Il fait bien froid, pour ces derniers, qui se balancent entre les murs et le sol, à n’importe quoi, qui voudra bien retenir le peu de dignité qu’ils conservent.
Le bras chaud de son gardien apaiserait mieux ses épaules, s’il n’était pas si lourd. Car la fatigue commence à sérieusement aspirer le peu de conscience, que le danger avait su maintenir. Le soulagement a rendu les railleries à ses muscles, si bien que Bébé, est parti se coucher, éreinté, et ennuyé. Elle se sent mal de penser à cela, mais quand Bébé s’endors, quel bonheur c’est, de n’avoir comme seule voix que la sienne, pour penser. Moins agréable cependant, quand les reflux de la transformation se font sentir, que ses muscles en profondeur, se resoudent encore. Que l’effort qu’elle dut fournir, sans s’octroyer la délivrance d’un sommeil bien mérité, rend ses jambes cotonneuses, et qu’à l’occasion d’un pas sur deux, ses genoux s’entrechoquent.

Séraphine se colle à l’homme en noir, comme si elle l’avait toujours connu, elle a bien trop froid. La brise matinale légère, pour elle qui avait tôt dans la nuit, pris de plein fouet une pluie battante, a la puissance d’un blizzard arctique. Ses pieds nus ankylosés par le pavé glacé, peinent parfois à sentir où la matière commence, veulent s’enfoncer encore dans le macadam. Elle est mi-morte, quand Regan les arrête devant une porte vitrée de verre imprimé, au bois grisé par l’âge. Le froid a l’avantage de camoufler la douleur. Mais le tressautement incessant de ses lèvres, et les convulsions de son corps frigorifié, sont autant plus de raisons de bénir l’univers tout entier quand enfin, la porte du petit bar se referme derrière eux.

Muette d’épuisement, elle se laisse asseoir sans broncher, se réchauffant durement, mais se réchauffant tout de même. La lumière ici est plus chaude, plus dense, et la poussière suspendue ne gâche en rien l’apaisement somnifère qui submerge de plus en plus Séraphine. Les quelques parfums piquants qui rancissent l’air ne lui soulève pas même l’ombre d’une narine. Elle s’étire, maintenant que sa chair se détend, et les ronflements de Bébé, lui donnent l’envie se s’étaler sur le premier oreiller qui passe. Le grand gagnant, son bras sur la table. Elle lutte tout de même.

« On mange un truc, on boit aussi, et on va chercher tes fleurs. Maintenant, tu m’expliques en détail ce que tu foutais dehors, et tu me parles de ce bébé, c’est pas un vrai bébé c’est ça ? Tu l’as adopté ? Et quand tu dis dans ton ventre, c’est genre, à l’intérieur ? »

Elle baille, met un moment, avant de rassembler ses pensées. Des fleurs ? Pourquoi parle-t-il de fleurs ? Ce serait bien d’en voir, maintenant qu’elle y pense.

« Il est pas vraiment dans mon ventre… Il est plus… Partout. Quand j’étais toute petite, je suis morte. Et puis je me suis réveillée, et dans ma tête y’avait mon Bébé. »

Marmonne-t-elle d’une petite voix qui s’éteint.
Quand les plats arrivent, Séraphine a presque les yeux clos. Ses narines se gonflent, et reniflent, l’odeur de viande chaude et des épices lui redresse d’un coup sec la tête. Rien à voir avec quoi on la nourrissait. Ses geôliers, ils ne pensaient qu’à nourrir Bébé. Un instinct primal lui ordonne de plonger ses mains nues dans la sauce, pour en extirper les bouchées. Les gloussements et les gémissements longs de délice que lui procure le repas, laisse surgir un ultime regain d’énergie. La bouche pleine, elle tourne des yeux fondus de gratitude à Regan.

« Ch’trop bon, ch’est merveilleux ! »




Anita Edmond

J'ai 26 et je suis Chasseuse dans la Ville. On me connait pour bouffer à tous les râteliers, j'ai pas tellement le choix pour survivre, depuis que j'ai débarqué dans ce monde de dingue. Ma force incroyable et mon pouvoir explosif, c'est pourtant bien assez pour en faire trembler plus d'un.

Anita finit sa nuit de chasse, dans un bon verre de cognac. Quelques gargouilles et deux ou trois lutins tapageurs, même pas de quoi couvrir ses frais. Elle vient à peine de déposer les cadavres encore fumants à la Milice des faubourgs. Se coucher direct, ou passer voir Cerb avant, le choix fut difficile : le cognac finit toujours par l’emporter. Elle se laisse rêver à de plus gros poissons, qui lui permettrait une meilleure réputation, et de ne plus racler les fonds de raclures de chiottes qu’on veut bien lui laisser. Tout en faisant tourner dans son verre le liquide brun, elle soupire. Cerb arrive, lui étale ses grandes dents trouées, et ricane du fond de sa gorge. Il dépose un ramequin de cacahuètes même pas décortiquées, qu’elle observe avec un haussement de sourcil. Qu’est-ce qu’il a encore à se marrer ? Il jette un regard sur le côté.

« Regarde qui vient par ici. Ça va te plaire. »

Elle penche la tête sur le côté, un œil discret par-dessus son épaule. Ce sale enfoiré… Quand elle lui a demandé son aide pour LE contrat qui aurait pu lui permettre quasiment deux mois de son salaire de merde actuel, ça l’a bien amusé, ça, à cette enflure, de la doubler pour rafler tout le pactole.
Elle se lève grognant, roule des épaules comme une louve jusqu’à la table, et y pose son verre avec tant de nonchalance que le claquement résonne assez pour tirer la meuf bizarre de sa boustifaille.

« Regan Blake. Ça tombe bien, je te cherchais. »

Elle saisit une chaise qu’elle fait grincer jusqu’à la table, pour s’y affaler. Il est toujours aussi sexy, ce sale mytho, mais cette fois, il ne l’aura pas avec sa belle gueule. Elle concentre son mépris dans des yeux noirs.

« « Bonchour m’dame ! »

Surprise, elle tourne la tête. C’est quoi, CA ? Anita éclate de rire.

« Tu donnes dans les prépubères maintenant ? T’es vraiment un tordu. »

Mais, à bien y regarder, cette drôle de gamine avait quelque chose de familier. Anita ne voulait pas s’encombrer de cette petite étrange, qui paraissait bien grande pour ses dix ans et demi. Elle émet un sourire et se penche vers son vieil ami, et d’un rire malin, elle siffle.

« Je crois que tu me dois quelque chose, non ? Ou peut-être que je pourrais faire exploser la jolie cervelle de cette petite chérie, avant de faire exploser la tienne ? »

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