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LE TEMPS D'UN RP

Projet Héphaïstos

3ko
Messages : 54
Date d'inscription : 18/03/2022
Crédits : Image chopée sur internet

Univers fétiche : Fantasy - SF - Cyberpunk - Biopunk - Sauvage
Préférence de jeu : Les deux
Valise
3ko
Mer 6 Mar - 17:25
Projet Héphaïstos - Page 2 Tribus10Projet Héphaïstos - Page 2 <a href=Projet Héphaïstos - Page 2 Ccabf810" />

Kaësha

J'ai 29 ans et je vis en nomade... Dans la vie, je suis mutante, pirate de l'air. Ou plutôt Dhäji, fille du vent. Autrefois j'étais Zee', fille du dédale d'Anadyr issue des plus basses castes au sein des société corporatistes toutes puissantes. Mon père, un Koriak fut le fondateur des pyros, un groupe rebelle et armé luttant contre les Méga-corporations. Ma mère, russe était guerisseuse, mais une vie de souffrance l'a laissée aux prises avec les cyber drogue où elle à perdu toute volonté et toute parcelles d'humanité.
J'ai subit une cérémonie puissante au sein des tribus du vent et j'y ai acquis dans le processus de transformation qui en résulte un corps torturé mais aux réflexes foudroyants et aux sens affûtés.
Ainsi que mes yeux dorés de félins... Phosphorescents. Mes yeux de lune, ou Moon-Eyes convoité par tant de chasseurs de mutants...

Projet Héphaïstos - Page 2 Taiga15


La jeune mutante peste une fois de plus. Les mains pleine de cambouis, elle s’essuie le visage en sueur d’un revers de manche crasseux, laissant une trace noire sur sa joue.
Reprenant la clé en main, elle s’arc-boute sur l’écrou de 16mm récalcitrant. Bien qu’en alliage résistant à l’oxydation, c’est un modèle vieux d’une bonne trentaine d’années récupéré en ex russie. Un reliquat de l’armée, avant la fin des dernier états-nations.
Soudain la clé rippe sur le métal glacé, arrondissant l’écrou et envoyant les phalanges froides s’éclater contre une pièce de métal gelée…

Le cri de rage et de douleur qui s’ensuit déclenche l’alerte général dans le petit campement situé à une vingtaines de kilomètres à l’extérieur de la ceinture de la cité d’Anadyr.
A l’étage du petit hangar en rondin, deux têtes ensommeillées apparaissent à la rambarde de la mezzanine aménagée en sleeping.
Un jeune homme au duvet florissant sur les joues arrive affolé de l’extérieur, fusil en main.
Dehors, les chiens huskies aboient de concert.
De la minuscule pièce chauffée surgit alors une voix éraillée :

« Petit ! T’l’as foutu où la cafetière bordel de merde ! »

Kaësha sort de sous le quadr-ax qu’elle est en train de préparer pour le raid prévu dans un moi.
Elle hurle :

« Putain de fils de rat mutant de ses morts ! »

Le gamin au fusil, soudain blasé lâche un :

« P’tain Kaësha tu m’as fais flipper ma race ! » Puis au vieux « Sur le pare choc du fourgon-chenille, elle est, la cafetière. L’en reste dedans mais y doit êt’ froids ! »
« Raaah mais tout les matin c’est pareil, tu laisse le machin dehors en plein vent bordel ! »
« Bah justement ! Si c’est pareil arrête de poser la question tout les jours et va la chercher dehors ! »
« Putain d’môme de ses morts, m’en va t’filer une bonne raclée moi, t’vas pas l’oublier d’si tôt ! »
« Faudrait qu’t’arrive à courir plus de 10m pour ça ! »
« Vos gueules ! Y’en a qui dorment là ! »

Kaësha, se massant la main, en profite pour intervenir :

« Vous en avez ramené beaucoup, des batteries ? »
« Une vingtaine. On est rentré un peu avant l’aube, chu mort, et un peu de calme serait plutôt appréciable, les copains... »
« Désolée… Tu sais comme la méka peut être… putain de casse burnes… Surtout par ce putain de froid. »
« C’est bon t’inquiète mais Pépé Boris et Bébé Atoö pourrait fermer leur putain de gueule quand le jour est à peine levé, bordel ! » fit le type en haut en haussant le ton sur la fin.
Les dits « pépé » et « bébé » rugissent un concert d’insultes à son attention avant de reprendre leur chamaillerie sur les notions épineuses de respect dû aux anciens ou de sénilité précoce aveugle aux élans de la jeunesse...

Un moi environ qu’ils squattent cette vieille bâtisse abandonnée et isolée, perdue dans la taïga au sud de la baie d’Anadyr. L’année écoulée a été riche de péripéties…
Un an qu’elle a revue son père. Ce qu’ils ont fait de son père, plutôt… Un être difforme et torturé. Une ombre.
Après un an d’enquête, de raids sur des centre datas, de piratage de réseau, de sabotage et de galères, ils ont enfin réunis un méli mélo d’informations sur l’histoire récente et les liens entre les différentes corporations. Et tout ça commencent à tisser une toile cohérente dans l’esprit de la mutante.
Les infos réunies se concentrent principalement sur la jeune K-corp mais aussi sur la Mega-corporation la plus ancienne de toutes, Gaïllamesh.inc et enfin sur les étranges Jarréens…
Ce peuple eugéniste est un peu hors cadre des corporations classique. Ils fonctionnent comme une sorte de royaume mercenaire commandé par un être mystérieux et jamais vu par aucun étranger, le CyReï. Un roi-cyborg, une sorte de demi-dieu mêlant I.A. et cybernétique humaine, immortel d’après la légende...
Leurs légions ont longtemps constitué la force militaire dominante de tout le pacifique. Des milliers de drones autonomes, soldats sans peurs commandé par des cyborg humains. Cette élite guerrière est composée presque exclusivement de jarréens élevés dés le plus jeune âge en guerrier fanatique voué au CyReï et à leur peuple.
Seuls de très rares étrangers sont parfois autorisés à intégré l’armée.
Les renseignements obtenus tout au long de l’année sur ces gens auxquels son frère semble s’être lié se sont finalement avérés l’une des origines du vaste projet en cours sur la Terre entière, ou au moins sur cette partie du globe entourant le très vaste océan Pacifique…
Le Cyber-Mal…
Sorte de maladie dont sont affecté tout les cyborgs, à divers degrés suivant le pourcentage d’organique restant, la technologie utilisée et beaucoup d’autres paramètres inexpliqué.
Or, c’est en croisant cela avec les registres d’activités piratés sur les data-centers de la K-corp qu’une question c’était alors posé : Pourquoi les Jarréens importent t’ils des quantité importante de « Pankhs » (façon détournée pour parler du bétail humain dont fait commerce la petite corporation fournisseuse en matière premières) ?
Leurs armées ainsi que leurs serviteurs sont totalement robotisé. Les gradés militaires uniquement Jarréens. Alors pourquoi avoir besoin d’esclave humains ?
La réalité s’est avérée glauque à souhait…

Kaësha est soudain tirée de ses réflexions par des cris.
Une dizaines de corneilles croassent dans un vacarme assourdissant après s’être posée à l’aplomb de la meute de chien-loups, qu’elle narguent à haute voix. Atoö porte sur son bras l’un des noirs oiseaux. Il est en train de détacher le message accroché à sa patte.

Khoï ! Son demi frère, demi-sauvage, dont elle a si peu de nouvelles. Le jeune pyros lui tend le billet roulé formé de papier antique. Les mains presque tremblantes, elle déroule le minuscule parchemin.
Son visage marqué par d’étranges cicatrices noires évoluant au fil du temps trahit la stupéfaction.
Dans sa main, une mèche de cheveux blancs. Pas blonds, non. Totalement blanc. Et sur le papier, une suite de chiffre suivi des lettres Hz. Une fréquence radio à ondes courtes. En dessous « Ana - 1week »
Et rien de plus.
Putain de Khoï ! Merde pourrait parfois être un peu plus loquace bordel de merde !
La jeune femme froisse le papier mais le fourre dans une poche de son pantalon de cuir fourré.
Une semaine.
Anadyr.

Julia…

Elle contemple le soleil radieux qui approche du zénith. Le paysage est calme, étincelant entre la neige immaculée et les nuances dorées sur les plantes encore brunies par le gel, ou celle verte tendre apparaissant sur les épicéas laissant éclater leurs bourgeons dans ce début timide de printemps.
Deux ans, maintenant, que leurs routes s’était entremêlée de façon éclair mais néanmoins indélébile et désormais liées quoi qu’il advienne… Maintenant qu’elle en sait autant sur les Corpos et leur visée trans-humaniste défiant la vie elle même… Eux disent qu’ils défient la mort.
Une semaine.
A Anadyr…
Bon, il va falloir que ces foutus quadrax démarrent plus tôt que prévu. Kaësha se replonge dans son chantier et ses écrous rouillés. La mécanique à ça de bon qu’elle est tellement prise de tête, qu’elle occupe chaque parcelle de pensée de ton cerveau tendues dans le but de trouver une solution au problème très concret d’un putain de boulons qui veut pas se dévissé… que la seule pensée externe capable de s’infiltrer par moment est une bordée acerbe d’injures destinée aux « salopards d’ingénieurs capable d’inventer un machin si galère d’accès putain de merde »

*        *          *                     *                                         *                                        

Deux jours plus tard, la radio tourne à fond. Pas vraiment une radio à l’ancienne. Mais des machin qu’on trouve en ligne sur le cyber réseau de la Confédération Libre, avec projections 3D...
Le pseudo journaliste s’extasie de s’entendre déblatéré ses propres conneries quotidienne mais dans le flots d’absurdité elle capte par moment des bribes de renseignements et surtout elle jauge le climat géopolitique tendu qui règne actuellement sur le Pacifique.
« Crise Jarréenne. La suprématie militaire du « Royaume », remise en question ? »
Titre le journal du soir.
Projet Héphaïstos - Page 2 Lzogio10
« Suite à deux année consécutive de guerre en ex Chine continentale et en Mandchourie contre une horde mystérieuse de O.o.W. (Out of Walls nom donné aux habitants qui n’appartiennent à aucune corporation par les citoyen des Méga-cités.) les légions sortent victorieuses mais terriblement affaiblie par les rudes combats menés pour le bien et la sécurité des citoyens de la Confédération. Pensez vous Mr Wu-Parker, que cela signe la fin d’une domination militaire presque cinquantenaire du mystérieux royaume de fanatiques ? »
S’ensuit une gerbe de propos inintéressants sur qui a la plus grosse maintenant niveau testostérone entre corpos pour finir par conclure que bah nan, c’est quand même les Jarréens qui posent leur couilles en cyber-titane sur la table…

Les mains toujours plongées dans la méca, Kaësha retient tout de même un point intéressant. Deux petites corporations ont sut profiter du relâchement des légions robotiques au sein de la Confédération, dont elle assurait jusqu’alors la sécurité tant militaire que rapprochée, et fournissait aussi les forces anti-émeutes nécessaires à toutes Méga-cité corporative.
La Razor.inc, dont la mutante avait eu un aperçu pour le moins très personnel des capacités. La petite corporation avait fait un bond à la bourse de la Confédération en se spécialisant dans la sécurité rapprochée, et le combat défensif et anti-émeutes.

« La plus grosse part de son capital est aux mains de la famille Razamanov, également actionnaire de l’ANDRA.corp dont elle est l’une des famille fondatrice. C’est la AirCorp, la plus grosse entreprise de fret et transport basée aux îles Thaïtiennes qui possède l’intégralité des parts restantes de la Razor.inc, à savoir 24 % du capitale.
Pourtant fondatrice et jusqu’à il y moins de deux mois actionnaire majoritaire de Razor.inc, qu’elle à créé comme une filiale vouée à la défense de sa flotte marchande face aux attaques pirates de plus en plus fréquentes, la AirCorp aurai céder précipitamment une partie conséquente de ses actions aux Razamanov qui avaient au préalable racheté les parts de tous les autres investisseurs au court de l’année écoulée. »
Projet Héphaïstos - Page 2 Razor10
Kaesha revoit les images et holo-vidéos qu’elle a vu concernant la famille Razamanov. Branche russe de la Méga Corporation AndRa – Anderson/Razamanov – et ses deux visages phares. L’un jeune et sous le feu des flash médiatiques, l’autre vieux et mystérieux, éloigné des cercles officiels et pourtant sur les lèvres de beaucoup de gens.
Deux monstres inhumains engendré par le système corporatiste ayant hissé une élite à une telle hauteur qu’elle semble désormais d’une autre espèce que le reste de l’humanité. Reste qui lui aussi se subdivise entre ceux de plus en plus mêlé à la machine et ceux qui subisse le fruit de mutations totalement hasardeuse.
Et puis il y a elle même, aussi, et ses semblables…
Kaësha est elle encore humaine ?
Évidement ! Se dit elle avec colère.
Pourtant elle ne peut s’empêcher de se poser la question. Le mycélium du lichen mutant auquel elle a été liée lors de la cérémonie d’initiation fait elle d’elle autre chose ? L’humanité se subdivise t’elle désormais ou de nouveau en multiple branches distincte ? Qu’est ce que l’humanité ?
Elle chasse ces pensées en reportant son attention sur le discours pompeux du commentateur qui parle maintenant de la deuxième gagnante dans le domaine lucratif de la guerre. Très récente, elle base ses actions sur l’offensive.

« … des six familles dirigeantes de la puissante POLYCORP. Les Mc Kingsley ont toujours été les plus belliqueux au sein de la deuxième plus puissante des Mega corporations après la géante Gaïllamesh. Créée en 2069 à l’origine mais restée très localisée côte américaine, AlphaSquad appartient à 49 % aux féroces McKingsley. 33 % des actions sont détenue par la AirCorp et le reste se divise en une dizaine d’investisseurs individuels.
AlphaSquad a pris un essor fulgurant lors des assault contre la Horde et opéré conjointement avec les Légions. Ils se sont également illustrés lors d’une bataille les opposant à des hommes de Razor.inc pour la possession de l’archipel Haïtienne, désormais aux mains de la polycorp. Adversaires de Razor aux côtés desquels ils combattent parfois lors de leurs mission pour la AirCorp… Dure loi du mercenariat.
Malgré tout c’est toujours la terrible armée du Roi-Cyborg, le mystérieux et immortel Cyreï jarréen qui est la force militaire dominante de la région pacifique et qui continuera à peser encore longtemps sur l’échiquier mondial. Toute attaque frontale contre les Légions pourrait en effet causer de terribles dommages collatéraux aux corporations, même les plus puissantes, qui n’exclue pas le risque de toucher même les familles corporatistes.
Projet Héphaïstos - Page 2 Forter10
Néanmoins on ne peut que tristement constater la montée en flèche de la tension géopolitique mondiale, ce qui cause des remous dans toute l’économie du pacifique profitant aux uns et plongeant dans la ruine d’autre malheureux.
Triste loi de l’économie.
Enfin au sein même des cercles les plus puissants, se trament de sombres affaires. Assassinats, disparitions, revirement brusques d’opinion et autres joutes horrifiques se multiplient en ce moment parmis la gente dominante. Ces croustillantes affaires sont à suivre dans notre série de podcasts humoristiques : « Very Inhuman People ».
Nous terminons ce bulletin d’information sur un flashinfo dépaysant et une note plus joyeuse en nous transportant dans le grand nord ! En effet cette région nous prouve encore son attachement naïf mais tellement attendrissant pour les vieilles traditions folkloriques, comme cette course de chien de traîneau, la Nadezhda, reliant deux continent !
Projet Héphaïstos - Page 2 Jurato10
Le périple devrait prendre fin dans environ trois jours dans la Méga-cité d’Anadyr côté asiatique, alors qu’elle partait de Nome en Alaska, côté américain. Les deux petites villes sont toutes deux détenues par AndRa.corp, il faut le préciser. Certe la plus jeune et pour le moment troisième des Méga-corporations, mais dont les crocs semble affûtés et avide du sang de Polycorp !
On nous apprends à l’instant que le grand Boss des AlphaSquad, Hackim Barcley,
Projet Héphaïstos - Page 2 Commen10
participerait à la course sous drapeaux de la Confédération Libre ! Encourageons le à écraser ses concurrents ! L’AndRa aligne quand à elle et en toute logique le plus gros nombre de concurrent dont la célébrissime et ravissante, bien que timide Julia Anderson, qui vivrait une romantique idylle avec le plus glamour des russes, le plus féroce jeune loup des corporatistes en vue, j’ai nommé le divin Ivan Razamanov ! Nous suivront donc avec attention les résultats de cette course des plus pittoresque ! »

Tsss. Kaësha lève les yeux au ciel… Putain de corpo… Peut pas s’empêcher d’se foutre sous les projecteurs, ces gens là !
Mais elle capte tout de même ce que ça signifie. D’ici trois jour, il faut être à l’intérieur de la ceinture.
Voire même, dans la cité désormais fortifiée…
Elle va devoir appeler sont vieux pote de squat. Rach’. Ou plutôt K.O. Lire Key Over à la saxonne, et Kaos à la russe. Ou Knock Out si on veut. Bref, il aime bien faire courir les gens sur la signification de son pseudo. Il s’est reconverti dans le cyberhacking. Plutôt doué. C’est notre contact inside the city… Et un sacré punk…

**     *             *                                   *                                               *        

Projet Héphaïstos - Page 2 Digita11
Cinq jours plus tard, ça fait presque 48h que les trois pyros patiente dans le minuscule appartement de la « Fosse » d’Anadyr. Le niveau Zéro, qui s’enfonce parfois plus loin sous terre. Et communique par de rares passages avec le Dédale sous terrains constituant les fondations de la cité multi-niveau. Autrefois très peuplé par une faune variée de hors murs. Ou O.o.W. comme ils disent… Désormais quasi déserte, hormis des hordes de rats mutants avoisinant les trente kilos et de rares camps de travailleurs cyborgs bossant sur les chantiers d’entretient des « pilliers ». Campement surveillé par les forces militaires de l’Andra. Rash’ nous accueil dans son 9m2 situé au plus profond de la Fosse. Sérrés un max, sortir de là est quasi interdit tant qu’il ne nous a pas procuré de smartring. Des anneaux connectés, descendant moderne des antiques smartphones du début du siècle et déjà remplacés en partie par les implants de puces. Ces dernière font face néanmoins à encore une minorité conséquente de citoyen réfractaires aux implant intelligent. D’où la circulation d’un nombre conséquent de SmartRings. Ces anneaux ne sont pas de simple gadget, néanmoins. Ils appartiennent à la corporations propriétaire et sont aussi le passeport de chaque citoyen, ainsi que sa carte de crédit et son permis de circulation. Les zones de la ville autorisées à chacun sont inscrite dans leur anneau, et celui ci est reconnu par la multitude de capteurs et de bornes dont la ville est truffée. En zone interdite, un citoyen se retrouve rapidement intercepté par des drones autonomes. Ces drones bipède et humanoïdes sont réputés pour leur fermeté brusque et leur diplomatie basée sur le tazer.
Un être vivant non muni d’une de ces foutu bague, ou d’une saloperie de puce ne peut pas mettre un ongle ou une griffe voire même une racine dans la cité sans déclenché un concert d’alarmes silencieuses ameutant toute une série de cerbères peu avenants allant du plus stupide robot au forces armées de l’Andra.
Ou de Razor, auquels l’Andra sous-traite désormais une grosse partie de ses affaires de protection…
Et toujours aucun signe de Julia.
Les infos ont pourtant raconté la fin de la course, mouvementée pour certains et certaines et l’annonce des résultats est imminente.
Les images de l’holo-écran sont à vomir… Un banquet indécent accueil des concurrents aux allures variées. Les tenues de certain frôle la pure ostentation. Mais toujours pas de Julia.
Les journaliste font patienter le publics avec une série de commentaires plus ou moins fumeux sur des histoires de « coulisses » de la course. Telle supposée relation entre deux concurents, qui à été équipé par qui. Enfin le présentateur annonce :

"Bien ! Nous apprenons tout juste que Madame Anderson est victime d'un malaise, probablement du à sa disparition inexpliquée, et fort heureusement momentanée lors de la course. Nous lui souhaitons de se remettre promptement. Passons au résultats ! Le, ou plutôt la gagnante de cette année est..."

C’est à ce moment que le récepteur radio branché sur la fréquence annoncée dans le message par Air corbeau des bois, se met à crépiter puis à diffuser un signal numérique.
Le mot de passe pour entrer en communication avec une messagerie cryptée en ligne.

« Atoö bordel ! Comment ça marche s’te merde ? »

Questionne la mutante avec son habituel phrasé fleuri alors qu’elle s’échine à faire fonctionner le vieux poste connecté au réseau de la confédération libre.
Le jeune homme interpelé s’approche en marmonnant des choses qu’il prend la précaution de rendre incompréhensible.
Il pousse Kaësha du fauteuil faisant face à l’écran et prend place avec un soupir de plaisir alors qu’elle se pelotonne sur l’un des accoudoir tant la place est exiguë.
En quelque gestes de manipulation complexe des commandes, il ouvre un canal de communication.

« Zee’ ? » S’affiche sur l’écran.

Le jeune pyros se tourne d’un air dubitatif vers la mutante. Celle ci ne daigne même pas lui accorder un regard et le dégage à son tour du fauteuil, place la plus confortable de la pièce unique.

Elle réfléchit quelques instants. Puis elle tape les coordonnées d’un appartement sans résidents d’un agglomérat de tôle appelé pompeusement « Résidence des Doux Rêves » et abandonnée depuis des lustres. Cet édifice fait face au bloc contenant la pièce où ils se trouvent… Risqué. Mais bon. Kaësha a un bon pressentiment et elle a toujours tendance à suivre son instinct…  

Elle se lève alors en hâte et fouille dans la malle prévue à cette occasion. Elle en sort une combinaison de combat poussiéreuse, qu’elle avait retrouvé l’an passé dans l’une des antre des pyros. La tenue de combat de Julia, des forces de l’ordre de l’AndRa. Elle y ajoute la parka et le sur-pantalon en fourrure retournée qu’elle a préparé.
Suivant où la corpo se trouve ans la cité, elle devra parcourir au maximum 21km ce qui dans le pire des cas, si elle est à pieds devrait être possible en à peine plus d’une heure pour quelqu’un d’entraîné comme elle doit l’être après la course.

La jeune mutante se redresse après avoir ajouté un flingue sur le tas de vêtements. Elle est soudain prise d’un drôle de sentiment. Quelque chose comme… de l’apréhension. Comme si… comme si elle redoutait le jugement de cette femme. Son jugement inévitable sur son nouvel aspect clairement étrange. A commencer par ses pupilles fendues et ses oreilles pointues et mobiles… Sans parler des sortes de tâches sombres et en reliefs se déplaçant lentement sur tout son corps en formant d’étranges arabesques changeantes. Les cellules cancéreuse rejetées par son corps mutant, capable de cela… les limites entre les sorte de scarifications et la couleur grise vert de sa peau étant en fait la frontière entre les cellules malades et le lichen qui recouvrait toute sa peau, comme un très fin duvet.
D’après ce qu’elle sait de ses semblables, cela continuerait d’évoluer tout au long de sa vie.
Que va penser une princesse corporatiste fiancée à l’un des type qui rends folle trois quart des femmes de la ville, voire même des villes de tout le pacifique, d‘une fille grotesque et hirsute comme elle ? D’une… mutante qui plus est ? D’une sauvageonne sortie tout droit des forêts sauvages du nord ?
Puis elle se mord l’interieur des joues en s’injuriant vertement elle même. Mentalement, évidement.
« Qu’est c’t’en as à foutre de ce que va penser cette… cette… cette espèce de condée recyclée dans le sport nordique… »
Enfin elle se calme.
Bon. Après tout, cette meuf avait prouvé qu’elle n’était pas que cela.
Et Kaësha espère tant de la mise en commun de leur efforts qu’elle ne peut se permettre de douter.
Peu importe, en vérité de ce que pensera Julia de sa nouvelle identité. Désormais, elle lutte contre un adversaire à multiples têtes et aux dessein encore indistincts et sombres mais dont l’avant goût est amer. Alors il va falloir mettre de côté les à priori et autre mesquinerie humaine, justement, pour se concentrer sur ce qui les attends, pense t’elle.
Sur ce, elle saisit la pile de vêtements sous un bras, le flingue dans l’autre main et elle fonce hors de la petite pièce et court se poster dans la résidence vide.
A peine quelques minutes plus tard, elle entends des bruits de pas ténus dans le couloir vide faisant résonné l’echo. Quelqu’un qui prends pourtant d’infinies précautions en avançant. Mais Kaësha a l’oreille fine, tellement plus que l’ancienne Zee’…
Une odeur subtile pénètre ses narines. Parfum suave et subtil, mêlé d’odeurs plus intimes. Son nez aussi est bien plus développé qu’avant.
La fragrance la replonge dans un flash brutal de souvenir vieux de deux ans.
Elle se recentre.
Pas d’autres odeurs…
Elle est seule.

Elle aura mis moins de quinze minutes entre l’envoi des coordonnés et cet instant…
Même si elle est très rapide, l’endroit d’où elle est entré dans la Fosse n’est pas loin. Et donc, potentiellement, d’éventuels suiveurs non plus…
Quand les pas s’arrêtent à la porte la mutante déverrouille immédiatement le battant coulissant et ouvre la porte.

« Putain t’en as mis un temps ! »

Ne peut elle s’empêcher de lâcher en lui balançant le tas de vêtements aux pieds. Elle remarque la lueur de plaisir dans les yeux de la corporatiste quand elle reconnaît sa vieille tenue. Puis le regard de Kaësha se pose sur sa coiffure hallucinante.
Il descend ensuite sur ses épaules dénudées et ses courbes mises en valeur par des vêtement si sophistiqués que la jeune mutante en reste quelques seconde ébahit.

L’autre ne s’en aperçoit pas tant elle est affairée à vérifier le fonctionnement du revolver qu’elle lui a filé. Elle réponds distraitement à son accueil pourtant si chaleureux :

« Oui oui Zee’, moi aussi je suis heureuse de te revoir ! »

La femme si pâle pose enfin son regard sur elle. Kaësha ne distingue pas le moindre frémissement d’étonnement sur le visage parfait de la fille au cheveux blanc. Que pense t'elle de son... changement. Elle ne s’attarde pas sur la question et balance d’un ton désinvolte :

« Bah, dis ! Fallait pas t’mettre sur ton 31 comme ça, princesse ! Ici y a qu’de la vermine à impressionner, nan ? »

Toujours le tact qui la caractérise. Elle se reprends immédiatement.

« Désolée. Moi aussi ça me fait grave plaiz de te voir, en vrai. Par contre, dépêche d’enfiler tout ça, tu brille comme une lumière digne d’un ange au milieu d’un marais sombre, glauque et puant ! Dans l’coin on a du te r'pérée à des km habillée comme ça. Pas que ça t’aille mal, hein, soit dit en passant ! »

Termine t’elle avec un clin d’œil. L’autre accepte l’excuse bourrue et se déshabille sans complexes pour enfiler en vitesse les vêtements plus discrets bien que pas beaucoup moins saugrenue au sein de la Fosse. Des vêtements faits pour dehors.
En un rien de temps elle est équipée et le holster de sa tenue enferme déjà l’arme qu’elle lui a donnée.

Les deux femme se regarde, un peu gênées par les retrouvailles. Puis Kaësha lui fait signe de la suivre.
Coup d’oeil dans le couloir.
Vide.
Elles filent sans un mot, se faufilent hors de la « résidence » en ruine et traverse en vitesse.
Retour à l’appart de Rach’.
Il est rentré, justement.
Les trois gars sont là, tous tourné vers Kaësha.
Tous observent avec avidité l’encadrement de la porte derrière la mutante. Julia apparaît alors.
Même dans ses fourrures qui dissimulent son corps, elle fait sensation.
Atoö a tout simplement la mâchoire béante. Il ne s’en rends même pas compte. Les yeux du vieux pétillent d’une lueur malicieuse tandis que l’immense personnage à la peau noire et à la crête multicolore fabuleuse, au visage percé d’une multitude d’implants et de piercings est le seul qui parvient à avoir l’air de rien. Il s’écrit d’un ton jovial, en s’inclinant dans une simili révérence des plus comiques :

« Bienvenue en ma modeste demeure gentes Dames ! Julia ! On ne se connaît pas mais j’ai ouïe tant de choses sur votre seigneurie que j’ai l’impression de déjà vous connaître. »

Clin d’oeil.
Pas une once de concupiscence.

« Veuillez poser vos nobles fesses sur le trône de mon royaume, trône au combien misérable je l’imagine comparé au faste auquel vous devez être accoutumée mais néanmoins place la plus confortable de ma vaste demeure. »

Kaësha donne un leger coup de coude à Julia.
A voix basse :

« L’a fait du théatre… L’aime bien en faire des tonnes, mais c’est un bon gars… »

La jeune corpos sourit en répondant par une courbette ironique. Puis d’une rapide regard circulaire elle se rends compte que tous semble attendre qu’elle veuille bien accéder à la requête.
Elle s’assoit donc, après s’être débarrassé de la parka.

Kaësha se fait une place sur le lit entre le vieux et le jeune en jouant des coudes.  Rash’ reprends.

« Bon. Moi c’est K.O. Prononce le comme tu veux. Les autres te diront leur blaze si ils veulent. J’touche une pension pour service rendus en tant qu’ancien sapeur pompier. Pas grand-chose, mais je m’en sors en bricolant deux trois trucs pour des copains.
Bon commençons par l’essentiel. Tu veux boire quoi ? On a pas toute la nuit tu t’en doute. Alors on boit un coup, on papote cinq minutes et vous vous taillez rapido.
Deuxième question. Es tu, ou pense tu être suivie.
Troisième question : Si oui, par des amis, ou des ennemis ? »

Il pose alors cinq bières sur la table, une bouteille de vodka, et une autre de mousseux bas de gamme.

« Désolé, j’ai pas mieux. J’te conseille pas de d’mander un verre d’eau, ici c’est la boisson la plus toxique qu’on peut trouver... »

Comme Julia confirme être possiblement suivie, le géant farfelu s'empresse de la rassurer.

"T'inquiètes, meuf. La cave de ce machin où j'habite, mène droit au dédale. J'y ai aménagé un garage, où deux Quadrax biplaces attendent sagement de tracer la route à la moindre alerte. Et pis, guette donc..."
Il lui désigne deux trois trucs sur son écran et un sourire incroyable se dessine sur le visage de la corpo.
Un truc que Kaësha ne la soupçonnait même pas génétiquement capable de faire. Un vrai sourire humain et sincère.
En moins d'une fraction de seconde les voilà tout les deux agités à parler presque en même temps et sans interruption, sauf par ci par là par le rire tonitruant de Rach'.
Mouais.
Des connerie de pilotes de drones, à tous les coups !
Pfff.
Kaësha s’empare d’une bière sans attendre et la décapsule d’un coup de dent. Le gamin fait pareil. Le vieux commande un verre de vodka ce qui ramène le grand punk au monde réel. Fin humain quoi. Fin bon...
Il ramène sa carcasse qui prend les cinq quarts de la pièce vers la table basse dégueulasse et encombrée de mégots, de canette vides et autre trucs plus vraiment identifiable.
Sur le mur en face de Julia, projetée par l’holo-écran, s’étale une gigantesque carte du pacifique. Rash’ l’a piratée aux serveurs de la AirCorp.
On y distingue les différentes aires d’influence des corporations.
Il sert sa vodka à l'Ancien.
Puis tout le monde se tourne vers la nouvelle venue...
Projet Héphaïstos - Page 2 Pacifi10

Asma
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ASMARETH RANG GAGNE
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Asma
Dim 17 Mar - 13:48



Julia
Anderson

J'ai 36 ans - mais l'apparence de 10 ans de moins - et je vis à Anchorage, Ex-Alaska, maintenant zone administrée par ANDRA-Corp. Dans la vie, j'étais policière, pilote de drone d'une unité tactique mais je suis désormais au chômage, même si je ne souffre d'aucun problème financier.

Héritière désignée de la moitié du conglomérat ANDRA Corp, je suis rentrée à Anchorage après avoir abandonné mon ancienne vie à Anadyr.
En savoir plus.
Julia se prit à penser que si elle s’était attendue à un tel comité d’accueil, elle n’aurait pas tant tardé à mettre son plan à exécution. Les grands sourires, les accolades. Au milieu de cette drôle d’équipe de bric et de broc, elle se sentait presque plus à sa place qu’elle ne l’avait jamais été ces dernières années. « Une étrangère parmi les tiens » lui rappela l’insidieuse voix dans son esprit. La contraction des zygomatiques qui étendit ses lèvres en un large sourire acheva de chasser l’image. C’était un muscle qu’elle avait trop longtemps négligé. Et voilà que ce simple mouvement lui venait si naturellement ici.

Il fallait dire qu’elle s’était attendue à bien plus de résistance de la part de la jeune femme qui n’avait désormais plus les cheveux rouges. De la jeune femme qui n’avait d’ailleurs plus grand-chose de commun avec celle qu’elle avait connue. Julia avait bien failli ne pas la reconnaître lorsqu’elle lui avait ouvert la porte. Mais quelle était la probabilité que quelqu’un d’autre que Zee’ ou Grigoriy ne fasse son apparition au fin fond du nulle part où ce dernier l’avait abandonnée pour mourir ? Et puis, Koï avait eu la bonne idée de la prévenir.

Non contente de ne pas l’avoir envoyée balader, Zee l’avait emmenée avec elle. Kaësha. Il fallait la nommer Kaësha désormais. Elle l’avait emmenée avec elle et de son plein gré. Ça changeait. Pourtant, la jeune femme s’était attendue au mieux à un tête-à-tête méfiant, voire à de l’hostilité. Au lieu de ça, elle se trouvait campée dans cet appartement – si on pouvait octroyer à ce cagibi puant un tel qualificatif – miteux de la Fosse, qui plus est dans un ancien uniforme de police, parmi tous ces gens en marge de la société. Parmi cette apparente bande d’hurluberlus, elle se sentit étrangement revivre. La simplicité des échanges, le naturel avec lequel ils l’avaient accueillie en dépit de son apparence qui tranchait tant avec la leur. Elle se demandait si la sympathie dont ils lui faisaient preuve durerait bien longtemps une fois qu’elle aurait dit à Zee ce qu’elle avait à lui dire. Kaësha. Elle se demanda si elle s’y habituerait. Au nom, presque plus qu’à l’apparence. En aurait-elle besoin ? Tout risquait de dépendre de la suite.

Face à son verre – d’une propreté douteuse – rempli à ras-bord de vodka, la jeune femme ressassa brièvement la question de son interlocuteur. Était-il possible qu’elle soit suivie ? Rien n’était moins sûr. Pourtant, elle avait spontanément dit oui. Combien de temps avant que Grigoriy ou l’un de ses sbires ne se rende compte qu’elle n’était plus dans la prison dans laquelle il avait prévu de la laisser croupir ad vitam ? Combien de temps pensait-il qu’il faudrait à la jeune femme pour mourir de froid dans sa geôle ? Aurait-il l’idée de venir vérifier avant d’avoir la certitude que son cadavre avait fini de refroidir ? Au mieux, elle pouvait espérer avoir quelques jours d’avance avant qu’immanquablement il déclenche la chasse à sa suite.

Une autre question la tarauda également. Combien de temps avant qu’Ivan ne se rende compte que sa chère et tendre ne reviendrait plus ? La chercherait-il, lui ? Quand Grigoriy découvrirait que son plan avait échoué, lui avouerait-il ce qu’il avait fait d’elle ? Ou plutôt essayé de faire d’elle ? Lui dirait-il pourquoi ? Quant à Ivan, croirait-il son oncle ? Julia ne put s’empêcher de ressentir un léger pincement. Son cœur ou son ego ? Elle se mordit la lèvre et s’empressa de chasser la pensée de son esprit avant d’avoir à se demander pourquoi la question la démangeait. Quoiqu’il en soit, il était trop tard pour les regrets. Elle l’avait su à l’instant même où elle s’était lancée dans la course. Avant, même. Il s’agissait d’un aller sans retour. Une autre course allait commencer pour elle. Elle avala une gorgée de l’infecte breuvage pour se donner du courage.

« Salut, moi c’est Julia, commença-t-elle, le regard pétillant d’un éclat moqueur.
- Salut Juli… », commença à articuler le plus jeune d’un ton similairement rigolard avant de se faire arrêter net d’un coup de coude dans les côtes par sa voisine de droite.

Voyant les sourires en coin dans l’assistance, la jeune femme reprit un ton plus sérieux. Elle avait brisé la glace mais ce qu’elle avait à dire désormais n’avait rien de très joyeux. Les yeux rivés sur la représentation des forces en puissance qu’elle avait sous les yeux, elle s’accorda quelques instants pour remettre ses pensées dans l’ordre avant de prendre la parole. Une gorgée de l’immonde vodka pour se donner du courage.

***

Les chiens ralentissent, oreilles dressées. Ils ont déjà repéré ce qu’elle ne parvient pas encore tout à fait à voir de ses propres yeux. Ils ont senti l’odeur de leurs congénères. Akna lui jette un regard en arrière, comme si elle se demandait ce qu’elle devait faire désormais. Julia émet un léger cliquetis sonore. On continue. Soudain, une silhouette apparaît. Il n’a que très peu changé depuis la dernière fois qu’elle l’a vu. Un éclat lumineux apparaît dans son regard vert et Julia réalise alors qu’elle a arrêté de respirer en guettant sa réaction. Elle enfonce l’ancre du traîneau dans la neige et descend tandis que les chiens jappent gaiement de la rencontre. Elle lui tend un bras qui flotte en l’air quelques instants avant qu’il le saisisse contre son propre avant-bras. La jeune femme n’a toujours pas appris à signer mais, à la différence de la dernière fois, elle est venue préparée. Elle pianote rapidement sur sa manchette. Un homuncule holographique apparaît ses côtés. Elle voit le garçon sauvage jeter un regard méfiant face à l’apparition, jusqu’à ce qu’elle prenne la parole. Un coup d’œil en coin lui confirme que la silhouette s’est mise en mouvement, retranscrivant son propos dans un langage qu’il comprend. Le visage du garçon s’éclaire. Pas con la corpo.

Koï n’est pas du genre à faire dans les échanges de banalités. Ce qui tombe bien, parce que le temps de Julia est compté. Elle jette un coup d’œil à l’heure. Ils ont encore de la route à faire.

Tous deux sont postés sur un éperon qui domine Amguema, installés sous une couverture de sniper. Old style, rustique, mais toujours aussi efficace. Ils ont fini le chemin à pied. Ils ont laissé le gros des deux attelages à bonne distance du village, ne gardant qu’un seul traîneau et les quatre meilleurs chiens de Koï pour les derniers kilomètres. Il n’y a pas à débattre. Le garçon sauvage est un bien meilleur musher qu’elle ne le sera jamais. L’équipage réduit est à l’abri d’un surplomb rocheux.

Le léger vrombissement de l’antique armada aérienne que contrôle la jeune femme est couvert par le vent qui a commencé à se lever. Une aubaine pour elle. Mais qui signifie également qu’elle n’a pas très longtemps avant que celui-ci ne devienne trop fort pour contrôler les drones.

Ce premier repérage lui permet rapidement d’identifier les sites d’intérêt. Plus personne ne vit dans le village depuis longtemps. Amguema n’est plus qu’une cité-dortoir pour le personnel du complexe. Il n’y a pas de vie. Il ne s’enchaîne que des rotations de personnel éveillé partant prendre son poste ou de personnel en fin de service retournant se coucher avant le prochain quart. L’aéroport, si on peut ainsi qualifier la piste de neige damée et le modeste bâtiment préfabriqué posé à côté. Et enfin, le complexe lui-même. Une série de bâtiments en partie troglodytes, s’enfonçant dans la montagne. Face à eux, à mi-chemin de l’aérodrome, deux sortes de longs hangars dont l’un est bien plus lourdement gardé que l’autre.

Julia met un coup de coude à Koï et fait apparaître une représentation holographique de ce que capte le drone. Des gardes privés de Razor. Jusque-là, rien de bien surprenant. Razor comme Razamanov Ordnance. Aucun doute quant à l’allégeance de ce pseudo-mercenariat. Plus étonnant par contre, la présence de yeniçeri, main dans la main avec la protection privée maison de l’Andra.

***

« Tu peux m’expliquer ce que des mercenaires affiliés à Gaïllamesh foutent à monter la garde autour d’un labo de l’Andra ? S’éleva la voix de K.O.
- Marrant, sa question exactement », répondit Julia, l’esquisse d’un sourire au coin des lèvres.

***

La jeune femme lui répond d’un haussement d’épaules. Plus curieux encore, les uns comme les autres ne sont pas affublés de leur attirail habituel. L’équipe la plus conséquente, celle du hangar Bravo, emploie exclusivement de l’armement non létal. A y regarder de plus près, ils ne sont pas non plus particulièrement tournés vers l’extérieur. La station est paumée et loin de tout. Il faut être sacrément déter pour arriver jusque-là. Non, la garde postée autour des deux bâtiments semble tournée vers les hangars.

« Ils ne protègent pas le hangar de dangers extérieurs. Ils protègent l’extérieur de ce qui se trouve à l’intérieur.
- Viens, on va voir ça de plus près.
- Sûre de toi ? »

Aucune traduction n’est nécessaire. La jeune femme opine fermement du chef. Bien qu’il soit calme, les deux comparses préfèrent contourner l’ancien village largement. Ne pas tenter le diable.

« Toi, reste-là », lui indique Koï d’un geste de la main.

Lui ordonne, plus tôt. Sa gestuelle non plus n’appelle pas de traduction particulière. La jeune femme soupire. Pourtant, elle sait qu’il a raison. Il sera bien plus discret qu’elle. Il n’empêche qu’elle ne restera pas sur la touche. Elle récupère un de ses drones et sort un canif de sa poche. D’un mouvement sec et précis, elle en déloge la lentille optique qu’elle fixe sur la parka du garçon. Elle lui tend une fine paire de lunettes. Il examine celle-ci d’un air circonspect mais la jeune femme insiste. Avec un grognement, il finit par céder. Elle pianote rapidement sur sa manche. « Tes yeux = mes yeux » apparaît dans le coin supérieur gauche de son champ de vision. Le garçon pose sur elle un regard interloqué puis émet un nouveau grognement. Julia ne saurait dire si c’est de contentement ou par manque de conviction. Zee’ aurait probablement su dire, elle. Pas grave. Ce n’est pas le genre de traduction dont elle a besoin. Petit geste de la main et le garçon disparaît. Julia s’adosse à la paroi, ajustant la couverture de camouflage sur ses jambes et se laisse porter par ce que voit Koï. Par instants, elle lui glisse une indication ou une autre. « A gauche ». « A mon signal ». « 3 sec ». « Top ». Elle l’alimente de ce que ses autres yeux continuent à percevoir. Le déplacement d’un garde. Un angle ou une ouverture. Finalement, le garçon atteint l’imposant bâtiment.

***

Julia fit une halte dans son discours et reprit une grande lampée de vodka.

« ‘Tends. La classe, ta gestion des drones, milady, mais t’as pas répondu à ma question, miss. »

Plutôt que de s’adresser directement à K.O. Julia posa un regard appuyé sur Kaësha.

« Héphaïstos n’est pas du tout un projet d’énergie. Enfin, pas que.
- Alors quoi ?
- D’l’arm’ment, quoi d’aut’, répondit l’ancien à sa place sur le ton de l’évidence.
- Dans le nucléaire ? Mais je croyais que ça avait été interdit dans l’armement et que c’était contrôlé, s’étonna naïvement le plus jeune, ce qui lui valut un regard noir des trois autres.
- Pass’ tu crois vraiment ce que les médias racontent, Atoö ? Sors-toi les doigts, gamin. S’sont fait péter la tronche avec c’te saloperie. Les grandes capitales. Disparues. La majeure partie de l’Europe. Rayée d’la carte en quequ’ s’maines à peine. Et c’te merde de « Grand Hiver » pour tous. Cadeau ! Le monde en pire. Té, t’crois vraiment qu’i’ voudraient s’lâcher un tel pouvoir ? On prend les mêmes et on r’commence. L’histoire sans fin de c’te putain d’’humanité. Pas grave si font péter la planète, tiot. Les mêmes connards prendront les premiers vaisseaux qui leur f’ront quitter tout c’merdier, nan ? Conclut-il avec un regard appuyé sur la jeune femme.

Julia était assez familière de ces délires complotistes selon lesquels les plus riches auraient déjà prévu une échappatoire par des vaisseaux destinés à les emmener dans une quelconque colonie spatiale. Si vaisseaux il y avait vers un avenir meilleur et durable ailleurs, il y aurait bien longtemps que ce qui en avaient les moyens auraient effectivement fait leurs bagages pour déguerpir de cette terre ravagée qui ne parvenait plus à cicatriser de l’excès de bêtise humaine. La jeune femme se mordit la lèvre. Comment leur révéler que c’est possiblement encore pire que ce qu’ils imaginaient ?

***

Koï a eu doublement et triplement raison de ne pas la laisser l’accompagner. Il est parvenu à se faufiler à l’intérieur du hangar Alpha. Les images qui lui parviennent… elle n’a pas les mots pour qualifier l’ignominie de ce qu’elle est en train d’observer. Du bétail humain. Comment le désigner autrement. Rangée sur rangée de cages contenant des gens. Ou pour certains, ce qui l’en reste. Décharnés. Mutilés. Amputés. Qui un œil ou un bras en moins. Des cicatrices barbares leur couturant le corps. Certains n’ont même pas été enfermés. Ils sont étendus sur des brancards, retenus par d’épaisses sangles. D’autres encore ne sont même pas attachés. Ils ne s’en sont même pas donnés la peine, vu l’état.

Les tribus. Les peuples nomades de la Ceinture. Elle reconnaît des bouts de tenues. De costumes traditionnels ou de ce qu’il en reste. Des tatouages de gangs. Julia repense à la vieille Ghân Dhûna. Au conseil qu’elle voulait réunir. Au vieux qui avait pris soin d’elle. Leur lutte, à tous, qui semblait si dérisoire. Si asymétrique. Quel vain espoir avaient-ils de gagner face à un ennemi pareil ? Tant de moyens. Aucune pitié.

De là où elle est, elle ne peut voir la réaction de Koï mais perçoit sa respiration saccadée, qui s’accélère, la façon dont l’air filtre à travers ses mâchoires crispées. Le garçon ne fera pas non plus état de l’odeur putride de mort qui règne dans le bâtiment. Cette puanteur qui ne quittera plus jamais vraiment ses narines.

***

Un silence évocateur tomba sur la petite assemblée. Chacun, le nez planté dans son verre ou sa bouteille. Julia pouvait voir les doigts serrés à s’en blanchir les articulations autour des verres. Elle n’aurait pas été surprise d’en voir exploser. La jeune femme reprit plus difficilement la parole.

Le garçon n’était pas parvenu à pénétrer dans l’autre bâtiment. Trop bien gardé. Néanmoins, il s’était trouvé à proximité du passage d’un convoi qui provenait de l’un des labos. Un convoi armé et encadré de quelques civils qui accompagnaient des caisses opaques en suivi des constantes sur les holo-écrans de leurs tablettes. Ce que Koï avait vu, Julia l’avait capturé pour pouvoir l’examiner plus posément. Code d’identification alphanumérique, suivi de paramètres vitaux : fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, température, taux de connexion sujet/hôte, rejet.

« Et donc, reprit Atoö après un nouveau blanc, pieds dans le plat, si c’est pas de l’armement, c’est quoi l’délire ?
- Officiellement ? Répondit Julia. Se diversifier dans les biotechs.
- Et officieusement ?
- Si j’en crois Grigoriy… provoquer la septième extinction. »

Ses paroles avaient fait leur effet. Autour d’elle, plus personne ne mouftait. Atoö avait définitivement fini de chahuter et contemplait cette fois ses chaussures. L’ancien poussa un long soupir.

« Drama queen, much ? marmonna K.O., plus comme s’il cherchait à se rassurer lui-même que par incrédulité.
- Et comment ils ont prévu de faire ça, exactement ? »

Au tour de Julia de hausser les épaules. En l’état, elle n’était pas capable de répondre précisément à la question. Le « détour » avait pris fin à ce moment-là. Il avait été trop risqué, même pour quelqu’un d’aussi discret que le garçon sauvage, qu’il s’éternise encore sur les lieux. La montre de la jeune femme l’avait douloureusement rappelée à sa contrainte horaire.

« Mais j’ai bien une petite idée sur qui pourra nous renseigner. »

Ce que l’image était également parvenue à capter, c’était le visage du charmant monsieur qui accompagnait la caisse vers le hangar. Un visage étrangement familier. Il lui avait fallu quelques heures de plus pour le remettre. Mais elle l’avait remis. Et elle savait où le trouver.

« Il s’avère que le gentil docteur ne vit pas à l’année sur site. Ils fonctionnent par rotations mensuelles. Quant à lui, lorsqu’il n’est pas à Amguema, il a un pied à terre à Anadyr. Et il s’avère que sa rotation vient juste de finir. » Une pause. « Ah, Zee… enfin, Kaësha, je veux dire. » Elle ne s’y fera probablement pas. « Je crois que je sais où est ton père », grimaça-t-elle en se remémorant les ignobles rapports qu’elle avait interceptés.

***

Avec un hacker de talent tel que K.O. dans l’équipe, atteindre et pénétrer dans l’appartement sans se faire repérer avait été un jeu d’enfant. Sans surprise, l’intéressé ne les avait pas accompagnés. Ce genre de créature ne quittait qu’assez rarement sa tanière. Son talent premier résidait dans sa capacité à agir à distance. Ne voulant pas attirer l’attention sur ces employés, la corpo n’avait mis aucun dispositif de sécurité à disposition. L’anonymat absolu devait lui assurer la meilleure des couvertures. Dommage pour lui.

« Hey, matez-moi ça ! Chanmé, meeeeeeeuf », s’extasia Atoö.

Julia échangea un regard avec Kaësha, rictus amusé au coin des lèvres. Cette dernière lui répondit en levant ses curieux yeux félins au ciel, tandis que le jeune admirait bibelot après bibelot et appréciait l’équipement de l’appartement. Un geste de Kaësha et le silence se fit rapidement. La pièce était nimbée d’un léger halo lumineux bleuâtre qui filtrait à travers les stores fermés. Julia plissa des yeux. Manifestement, la jeune femme était capable de percevoir des sons qui échappaient à son ouïe.

La porte s’ouvrit dans un délicat froissement de moquette. La silhouette sembla percevoir une anomalie et s’arrêta à l’entrée du salon. Féline et invisible, Kaësha en avait profité pour se poster devant la porte, bloquant la seule échappatoire de leur cible s’il lui prenait l’idée de tourner les talons. La lumière se fit sur le salon, révélant à la vue de leur hôte les deux invités installés sur ses fauteuils.

« Anja ? Souffla-t-il, éberlué.
- Non, toujours pas, docteur Eiriksson. Mais vous m’aviez déjà confondue à Ust-Belaya, , si je ne m’abuse, poursuivit-elle d’une voix posée.
- Ju… Julia ?
- Ah, vous voyez que vous me remettez. Pas besoin de faire les présentations, alors. Ou pour mes camarades qui n’ont pas l’honneur de vous connaître, alors ? Le docteur Eiriksson, éminent représentant du projet Héphaïstos pour le compte de la station d’Amguema. »

Les yeux du pauvre homme s’arrondirent sous la surprise. Sa pomme d’Adam s’agita et il déglutit avec difficulté.

« Je vous en prie, prenez place, docteur, vous êtes chez vous, après tout. »

D’un geste de la main, Julia lui indiqua la banquette qui faisait face au fauteuil sur lequel elle était installée. L’intéressé tendit la main vers la table à proximité du canapé. Julia l’arrêta d’un claquement de langue. Kaësha, ombre furtive, les rejoignit en silence.

« Vous savez, ils vont me tuer si je vous parle.
- Docteur, qu’est-ce qui vous fait croire que nous ne le ferons pas si vous ne nous parlez pas, à nous. La crainte de laisser derrière vous une veuve éplorée et de petits orphelins ? Heureusement que vous vivez seul, alors.
- Ils pourraient faire pire. Vous n’imaginez pas…
- Oh, si, j’imagine très bien, rétorqua Julia du même ton glacial en faisant apparaître d’un trait sur son bracelet l’image d’un des rapports privés de Grigoriy dont elle avait récupéré une copie. »

Le scientifique déglutit une nouvelle fois.

« Docteur, il me semble que vous avez connu ma mère », reprit Julia d’une voix plus douce.

Julia n’était pas certaine de savoir où elle allait avec cette approche nouvelle. Elle doutait de sa capacité à développer beaucoup plus sur le sujet sans révéler le peu qu’elle-même connaissait de sa propre mère. Mais la façon dont il l’avait alpaguée dans le couloir l’avait hantée après l’enterrement. Il y avait eu quelque chose de douloureux dans sa façon de prononcer son nom. Et là, quelque chose qu’elle avait encore du mal à cerner. De la culpabilité ? L’homme s’empressa d’opiner du chef.

« Que croyez-vous qu’elle aurait pensé… »

Avant même qu’elle ne finisse la question, l’homme secoua la tête en signe de dénégation. Manifestement, le sujet ne lui plaisait guère.

« On fait avancer la science, jeune fille ! » S’exclama-t-il d’un ton péremptoire.

Ce qu’il fallait se dire pour mieux dormir la nuit, manqua de rétorquer la jeune femme, qui se retint à temps. Il commençait à parler. Il fallait l’encourager à continuer. Soudain, l’homme se pencha dans sa direction et s’empara de son bras. Avant même qu’aucun des deux autres n’ait le temps de réagir, celui-ci marqua un long sillon du bout de son ongle sur l’avant-bras de la jeune femme. Le trait blanc sur sa peau prit rapidement une teinte rouge qui disparut quelques secondes plus tard à peine. Comme si de rien n’était.

« Comment crois-tu que nous ayons pu développer ça… ta mère et moi ? » poursuivit-il d’un air satisfait.

Julia retira son bras d’un geste sec et gratifia l’homme d’un regard noir. Elle avait appris des années auparavant qu’elle avait bénéficié de cette technologie bien avant qu’elle soit mise sur le marché. Privilège d’être l’héritière d’un grand conglomérat, avait-elle toujours pensé. De là à imaginer qu’elle aurait pu n’être rien de plus que le cobaye de sa propre mère… Il avait réussi son coup. La jeune femme fut instantanément déstabilisée par la révélation. Elle s’efforça de ne pas laisser paraître son trouble et de maintenir une façade de sérénité. Il lui fallut quelque secondes pour se recomposer et ne pas laisser le tremblement qu’elle pouvait encore sentir dans sa voix la trahir.

« Alors c’est ça, Héphaïstos ? S’emporta-t-elle. On repasserait sur sa technique pour se recomposer.
- Oh non, ma belle, c’est bien plus que ça, se laissa alors aller à son tour son interlocuteur. Amguema n’est que le centre d’expérimentation. La suite, ce sera le lancement en production de nos créations. Mais pour ce faire, il nous faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. »

Instantanément, la jeune femme repensa au volcan où l’avait emmenée Grigoriy. Son cerveau se mit à faire les connexions qui lui manquaient.

« La ceinture de feu. Les aléoutiennes. Les escarmouches avec les jaréens ? Pour le contrôle de la ceinture ?
- Mmmh, on va plutôt dire que les jaréens n’ont pas été particulièrement ravis d’apprendre que leur tech était entre nos mains…
- Et le hangar Alpha ? »

Le visage de l’homme se tordit en une grimace. Pas de remords. Plutôt de dégoût, mêlé d’un soupçon d’autosatisfaction.

« Disons qu’on fait d’une pierre deux coups avec ces sauvages. »

Du coin de l’œil, Julia vit les pupilles de Kaësha se contracter en fines lignes verticales. D’un calme olympien, celle-ci n’avait pas bougé d’un iota, ce qui était loin d’être le cas de son jeune acolyte. Ce dernier fit un bond de son siège, la respiration saccadée

« Fais gaffe à c’que tu blatères, le vioque », gronda-t-il.

Le scientifique dévisagea le garçon froidement, comme s’il découvrait tout juste sa présence en ces lieux, ce qui eut pour effet de faire bondir Atoö plus encore. Julia croisa l’échange – ou plutôt le combat – de regards qui s’en suivit entre le garçon et sa mentore. Kaësha avait dû avoir le dernier mot, parce que le garçon se contenta de se renfrogner en croisant ses bras sur sa poitrine et fit quelques pas pour aller se positionner en retrait, dos à la baie vitrée.

Julia se pinça l’arête du nez comme pour remettre ses idées en place. L’image de l’ancienne Ghan Dhuna traversa momentanément son esprit. Mais l’heure n’était pas à s’interroger sur le sort des tribus de la Ceinture. Elle ne pouvait pas se laisser distraire par ses inquiétudes.

- La tech des jaréens ? Répéta-t-elle.
- Es-tu assez naïve pour croire que nous aurions pu développer tout ça, dit-il en la désignant d’un geste de la main, sans un « petit coup de pouce » ?
- Et Grigoriy dans tout ça ? Poussa-t-elle encore.
- Razamanov ? Un oiseau de malheur… mais un génie en son temps.

L’homme poussa un soupir.

- Ta mère et lui… Ta mère, elle faisait cela pour la science. Tu l’as expérimentée toi-même. Guérir les maladies. Soigner les gens. Prolonger leurs existences. Tcherno, lui… je crois que tu sais désormais ce qu’il est. Il est en quête d’immortalité. Lui aussi désire prolonger les existences… mais pas de tous.

Ménageant son effet, l’homme se leva sous le regard aiguisé de Kaësha et se dirigea vers le bar. Il saisit une carafe de cristal et emplit un verre d’un liquide ambré. Un verre. Rien que pour lui. Il le vida d’un trait et grimaça avant de reprendre la parole.

- « Car l’Eternel passera pour frapper l’Egypte, et il verra le sang sur le linteau, et sur les deux poteaux, et l’Eternel passera par-dessus la porte et ne permettra point que le destructeur entre dans vos maisons ».

Julia arqua un sourcil. Elle échangea un bref regard avec Kaësha qui ne semblait pas comprendre plus qu’elle où l’homme voulait en venir en citant les anciennes écritures. Il y avait fort longtemps que le monde avait abandonné ses religions ancestrales pour lui préférer le culte de l’argent et de sa propre personnalité. Le règne de l’égo, où chacun ne rêvait que de sa propre place au soleil. Ou sous les projecteurs. C’était du pareil au même.

L’homme se servit un nouveau verre, qui subit le même sort que le premier. S’il continuait à ce rythme, il s’effondrerait avant qu’ils puissent en tirer les informations qu’ils espéraient. Julia se leva et se porta à la hauteur du scientifique alors qu’il s’apprêtait à remplir une troisième fois son verre. Elle posa sa main sur le bouchon de cristal et écarta le récipient. Sous l’effet du regard de glace avec lequel elle le transperçait, Eiriksson, d’un air penaud, rejoignit sa place. Il se laissa lourdement retomber sur son siège tandis que, d’un geste de la main, Julia l’invitait à s’expliquer.

- Il compte utiliser les nanos comme des marqueurs.

Les nanorobots. Ceux qui circulaient à travers son organisme. On était en train de parler de développer une technologie destinée à prolonger la vie des gens. A en croire son interlocuteur, Grigoriy comptait en faire une arme. Mais comment ? Et pourquoi ?
Voyant qu’elle ne suivait pas à la même vitesse que lui, Eiriksson reprit.

- Les nanos seront « le sang sur le linteau ».

Soudain, Julia se décomposa. Aujourd’hui, cette technologie n’était encore réservée qu’à une poignée d’heureux élus. Elle n’était pas encore sur le marché et très loin d’être accessible à tous. Grigroiy rêvait d’un monde meilleur. Il rêvait d’un monde débarrassé de la vermine, comme il l’appelait. Le monde meilleur n’était pas prévu pour tous. Elle sentit son estomac se contracter.

- Et le fléau ? Parvint-elle finalement à articuler.

Le scientifique ouvrait à peine la bouche quand il fut soudain stoppé net dans son élan. Une tâche sombre et parfaitement circulaire apparut entre ses deux yeux écarquillés de surprise et d’horreur. Du trou s’écoula un épais liquide rouge. Il resta figé quelques instants, bouche bée, avant que son corps ne s’affaisse telle une chiffe sur la banquette de cuir.

- A couvert ! S’exclama Julia en se jetant au sol.
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