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 An angel has fallen

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DonJuanAuxEnfers
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Féminin MESSAGES : 102
INSCRIPTION : 05/02/2020
CRÉDITS : Startgirl

UNIVERS FÉTICHE : Réel/Science-Fiction/Surnaturel/Fantastique/Disney/Autre
PRÉFÉRENCE DE JEU : Homme

https://www.letempsdunrp.com/t3573-permettez-moi-de-vous-present https://www.letempsdunrp.com/t3830-quel-capharnaum#81139 https://www.letempsdunrp.com/t3829-l-esprit-a-des-facettes-et-l-ame-a-des-versants-a-c
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Le contexte du RP
Mise en situation
La situation

Chaque humain possède son propre ange gardien. Pourtant aux yeux de leurs protégés ils ne sont que de simple mortel. Parfois ils se mêlent à leur existence, parfois ils les laissent vivre tout en veillant sur eux de loin. Chaque ange possède sa propre manière d’agir. Mais en aucun cas leur nature ne doit être révélée, au risque de subir un terrible courroux.

Adriel Taylor ne déroge pas à la règle. Mais depuis qu’il protège Mademoiselle Noémie Fauvelle toute sa vie terrestre tourne autour d’elle. Si dans le ciel il est un ange parmi tant d’autres, pour elle il n’est qu’un client habituel de sa petite boutique.

Contexte provenant d'une discussion en privée


« Si c’était à recommencer, je te rencontrerai sans te chercher. »
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Noémie Favelle
J'ai 32 ans ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis Caviste, Onoeulogue et je m'en sors parfaitement bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis mariée à un homme merveilleux et je le vis plutôt superbement.

Informations supplémentaires ici.


Rachelle Lefèvre :copyright:️ Praimfaya

Février 2015

Noémie finit de préparer un colis qui partira à Lyon, s’assurant que le papier bulle est mis de manière à protéger correctement les bouteilles pour éviter qu’elles ne s’entrechoquent. Une petite moue pensive avant qu’elle n’en rajoute une couche et replie le carton. Un nœud et un petit autocollant portant le nom de la boutique achèvent le paquet, elle demandera à sa vendeuse de le mettre à la poste demain à la première heure. Un rapide coup d’œil à l’horloge murale lui apprend qu’il est bientôt 18h45. Elle va pouvoir fermer et compter la caisse avant de filer. Heureusement, le dernier client a fait son choix et s’apprête à quitter les lieux. Un vendredi soir qui s’annonce bien.

Sur un sourire et quelques mots de politesse, elle le raccompagne à la porte, repoussant machinalement une mèche rousse venant lui chatouiller le menton. C’est le léger bip de son téléphone qui attire son attention alors qu’elle referme les bouteilles de différents gins qu’elle a décidé de mettre en avant sur l’ensemble du mois de février. Sourire qui s’étiole en lisant le message. Filippo devait venir la chercher chez eux, le temps de rentrer chacun de leurs cotés et de repartir pour aller dîner dehors avec les enfants. Sauf que leur voiture est en rade du coté de champs sur marne, il a appelé le dépanneur, pas avant deux heures avant qu’il ne puisse venir et il a juste un peu de monnaie sur lui. Grimace d’agacement. Ca fait au moins cinq fois qu’elle lui répète que sa carte est démagnétisée et qu’il faut absolument qu’il passe à la banque pour qu’elle soit changée. Elle aurait du lui dire une sixième fois. Et juste comme ca, au passage, c’est où Champs sur marnes ? Et qu’est ce qu’il faisait là bas. Elle ferme les yeux. Questions subsidiaires dont elle s’occupera plus tard.

Avec un soupire, Noémie appelle rapidement le restaurant pour annuler le diner. Okay, première étape. Deuxième étape, prévenir la baby sitter qu’elle risque d’être en retard, le temps de chercher une solution pour que Filip’ puisse revenir ce soir, au lieu de devoir trouver un hotel elle ne sait trop où. Qu’il ne pourrait de toute manière pas payer. Non. Elle va devoir aller le chercher. Heureusement que le dépannage entre dans le cadre de leur assurance. Elle croit.
-Jeanne, bonsoir. C’est Noémie. Est-ce que cela te pose problème si je rentre plus tard que d’habitude ?
La petite cloche de la portée d’entrée tintinabule et intérieurement, la jeune femme se maudit. Elle a totalement oublié de verrouiller la boutique et c’est forcement à ce moment là qu’un retardataire se pointe. Loi de Murphy dans toute sa splendeur. Pourtant, en reconnaissant le client, les traits de la rousse s’adoucissent. Pendant que Jeanne règle rapidement un xiemme conflit entre les deux terreurs, elle s’adresse rapidement au nouvel arrivant, un bref sourire sur ses lèvres, alors qu’elle abaisse son portable.
-Hey, bonsoir Adriel, donne moi cinq minutes et je suis à toi. Le frère de Filipo m’a envoyé deux petites merveilles d’une petite production de Tequila qui vient directement du Mexique. Je te laisse regarder, elles sont sur l’étagère au fond, à ta droite.

Adriel est ce genre de client qui finit par faire parti de la famille ou presque. Fidèle dès les premières heures de la cave presque quatre ans plus tôt, il leur a montré un soutien indéfectible, n’hésitant pas à les recommander à ses amis ou pour des soirées externes. Lorsqu’elle recoit des bouteilles qui pourraient l’intéresser, Noémie a pris l’habitude de les lui mettre de coté pour une dégustation informelle quand ils en ont le temps. Néanmoins, ce soir, elle est un peu tendue et plus brusque qu’à l’ordinaire. Et cela ne s’améliore pas lorsque la baby-sitter revient en ligne après avoir restauré un calme relatif entre les enfants.

-Je suis désolée, Noémie, mais je ne pourrais vraiment pas rester plus longtemps ce soir. C’est notre anniversaire de mariage et j’ai réservé un diner sur un bateau-mouche.
-Je comprends. Je vais faire en sorte de ne pas te mettre en retard.
-Tu veux que je leur fasse prendre leur bain et les mette en pyjama ?
-Non, il est possible qu’on ressorte, est ce que tu peux juste me préparer leurs manteaux et leurs chaussures, juste au cas où ?


Merde. Merde. Merde. Elle finit par raccrocher quelques instants plus tard, et avant de rejoindre Adriel, elle prend le temps d’éteindre les lumières de la devanture, de retourner le panneau ouvert et de donner un tour de clef dans la serrure. Elle fermera plus totalement une fois qu’il sera parti. Mais vu comme sa soirée démarre bien, elle peut aussi bien prendre dix quinze minutes pour lui trouver Le vin dont il a besoin. Le stress se ressent dans sa posture et elle est à deux doigts d’allumer une cigarette à l’intérieur, allant à l’encontre de ses propres principes. Elle sort deux petits verres et ouvre une bouteille de Padre Azul, au bouchon typique, représentant une tête de mort, remplissant à demi l’un des deux shooter.

-Celle-ci, c’est une anejo, deux fois distillée et âgée en fut de bourbon. -Pour l’autre, elle attire une bouteille noire dont la forme rappelle celle des décorations du Dia de Los Muertos. – Elle, c'est la Kah, aussi une anejo, 100% agave bleue. Dans les découvertes récentes de mon beau-frère, c’est ma favorite.

Elle finit par retrouver un rythme de parole un peu plus calme, venant s’appuyer à demi sur une des tables de démonstrations. Elle se passe la main sur le visage, - Je suis désolée pour tout à l’heure. Ma soirée vient de se faire torpiller en flèche. On devait sortir ce soir avec les grémlins, au lieu de cela, Fil’ est coincé à trou perdu sur marnes, et je sais pas encore trop comment on va se débrouiller. Surtout qu’il faudra que j’aille récupérer les enfants, ma baby sitter peut pas rester plus tard. Bref, je vais bien finir par trouver, la providence, tout ca, tout ca.  -un mouvement du poignet alors qu’elle clos le sujet.  -tu passais pour faire un coucou ou tu avais besoin d’un sauvetage de dernière minute? -et cette fois, la taquinerie est un peu plus légère, un peu plus sincère.
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Adriel Taylor
J'ai 7 000 ans ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis ange gardien et je m'en sors parfaitement bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt bien. De toute manière je n'ai pas le temps de me consacrer à quelqu'un d'autre..

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Dan Stevens :copyright:️ Amnesis

L’épais manteau grisâtre qui recouvre la capitale française s’éprend peu à peu des petites rues parisiennes. L’air ambiant qui se dégage des toits en ardoise tente de s’évaporer parmi les vapeurs de certaines cheminées encore en activité. Les flaques d’eau qui stagnent sur le bitume froid terminent leurs courses contre le pied des immeubles ou les passants lorsque la gomme des pneus de voitures grince en s’approchant d’un peu trop près. Un vent froid et insistant s’engouffre à travers le dédale des pavés poreux des rues parisiennes. Il se faufile entre le commun des mortels, leur arrache un frisson de fraîcheur avant de se disperser. Les dernières feuilles de l’hiver achèvent leur course contre le sol humide. De fines gouttes de pluie commencent à se perdre contre les baies vitrées des magasins. Les premiers parapluies s’élèvent. Les capuches se redressent. Plusieurs personnes courent s’abriter sous les devantures des grandes enseignes comme les Galerie Lafayette. Les rues se dépeuplent en quelques minutes. Les habitants se réfugient sous des porches, parfois trop étroits. D’autre se hâtent de finir leur course et hèle un taxi dans l’espoir fou qu’il s’arrête et les conduisent en lieu sûr. Pour certains il s’agit de leur dernier voyage. Ils règlent le chauffeur, comme les Grecs anciens payaient Charon sur les bords du Styx.

Paris. La ville qui ne dort jamais, qui n’a jamais sommeil. Autrefois elle s’appelait Lutèce. Adriel arpentait ces rues avec la même passion et vitalité. L’énergie et le rythme de cette ville lui offraient les vibrations et le goût du paradoxe nécessaire à son existence. Il était l’incarnation vivante de ce dynamisme, de cette ambition sans bornes et de cette puissance unique. Le temps se fige durant quelques secondes. Comme à chaque fois qu’il réapparait sur Terre, ses vieux réflexes s’éprennent de sa personne. Ses ailes opalescentes deviennent sombres puis elles se replient sur elles-mêmes, jusqu’à se dissimuler derrière une épaisse veste de cuir brune vieilli par le temps. Ses yeux bleus reflètent ses sept-mille ans d’existence jonchée de guerre et paix, même si Léon Tolstoï n’existe plus à présent. Puis le Maître du temps reprend ses droits. La vie reprend son cours. Un commerçant commence à se plaindre du mauvais temps, alors que son voisin renchérit de plus belle. En somme ils représentent les râleurs parisiens par excellence. Malgré les siècles passés, certaines villes continuent d’être fidèles à elle-même. Dans une certaine mesure elles lui ressemblent. Adriel a prêté allégeance il y a des siècles. Sa mission ? Veiller sur les créatures que Dieu a créées : les Hommes. Si certains anges se répugnent à protéger la race humaine, pour leurs homologues Démons c’est pire. Ils ne représentent rien, si ce n’est un moyen de pression sur le Tout-Puissant. La guerre qui anime ces deux clans, autrefois frère, s’éternise depuis des millénaires. Lorsqu’un orage gronde, les scientifiques contemporains pensent qu’il s’agit d’un phénomène météorologique des plus anodins. Pourtant les Hommes ont longtemps pensé qu’il s’agissait du reflet de la colère de leurs Dieux. Ils n’avaient pas totalement tort. Sauf qu’ils ne dissimulent pas la fureur vengeresse, mais simplement les combats qu’Anges et Démon se livrent corps et âme. Les éclairs qui fendent le ciel s’apparentent à la disparition de l’un d’entre eux. Ils grondent telles les trompettes de la mort. Sans le savoir et comprendre pourquoi, un humain est choisi pour ressentir la peine de cette perte. C’est l’une des raisons pour lesquels ils deviennent parfois tristes. Il n’y a aucune raison apparente, ils l’ignorent, mais ce sont eux qui portent le deuil de leurs protecteurs.

Aujourd’hui Adriel continue de se fondre au commun des mortels : partager leurs modes de vie, leurs mœurs. L’adage « métro-boulot-dodo » l’ennuie profondément. Le palais d’argent lui manque. Toutefois il doit se plier et paraître comme l’un d’entre eux afin de protéger Mademoiselle Noémie Favelle. Il s’est immiscé discrètement dans sa vie. À ses yeux il ne représente rien ni personne : un simple client lambda présent au moment opportun. Pourtant il demeure présent en permanence. Combien de fois lui a-t-il évité un sort plus terrible que la mort elle-même ? Elle n’en a strictement aucune connaissance, et c’est mieux ainsi. Imaginer les conséquences d’une telle découverte s’apparenterait presque à un blasphème. La Ville lumière ne tarde pas à sombrer dans les mains du poing d’argent de la nuit. C’est l’heure pour tous les démons de quitter leurs repaires et d’échafauder les plans les plus pervers et machiavéliques qu’il ne puisse exister.

Même si son refuge bénéficie du niveau d’insonorisation que l’on attend d’une demeure aussi froide et impersonnelle, les sons de la ville filtrent malgré tous les chuchotements des pneus sur l’asphalte, le crissement de protestation des freins et le concert des klaxons des taxis. Cependant il y a une personne qui ne peut se dissimuler à travers les bruits citadins. Depuis sa naissance l’écho de ses pleurs, de ses cris, de sa voix le suit continuellement. Assis contre l’ardoise de son balcon, non loin de la petite boutique dans laquelle elle travaille, Adriel continue de veiller sur elle. Si certains de ses pouvoirs angéliques lui permettent de surpasser ses adversaires, il y en a un contre lequel il ne peut rien : elle-même. Depuis trente-deux ans et même plus, Adriel veille sur elle. Il suit chacun de ses pas, entends ses mots, sa détresse et sa fragilité. Elle n’est plus la petite fille qu’il a vu naître. Aujourd’hui Noémie est une femme accomplie : un mari aimant et deux beaux enfants. Que peut-on lui souhaiter de plus ?

En entendant sa conversation téléphonique avec la nourrice de ses enfants, ses sourcils se froncent. Si pour le commun des mortels il s’agit d’un évènement anodin, pour lui non. Il y a autre chose. Un problème sous-jacent. Après tout, il n’y a pas de hasard, mais simplement des rendez-vous. Elle fait mille et une choses à la fois, mais comment parvient-elle à ne pas perdre la tête ? Puis Noémie se hâte de fermer le magasin afin de retrouver toute sa petite famille. Il passe le seuil de sa porte. La sonnette qu’elle a accrochée au-dessus sonne alors qu’un fin bruit cristallin retentit. Elle lui adresse rapidement quelques paroles tout en terminant sa conversation avec Jeanne. Il n’a même pas le temps d’en placer une que les octaves de sa voix s’élèvent. Elle lui présente un nouvel arrivage de Tequila alors que ses yeux feignent de s’intéresser à sa trouvaille salvatrice. Enfin elle se calme et se pose. Rapidement elle lui explique que sa soirée si tombe à l’eau. C’est le cas de le dire. La pluie redouble d’ardeur.

- « Oh… Non, cela peut attendre. Je repasserai demain matin ! Ce n’est pas urgent. File vite retrouver tes enfants et ton mari avant qu’ils ne se transforment en Grimlins, ou loup-garou, c’est au choix ! » Glissa-t-il d’un air plaisantin en sortant les crocs, tel un loup. « Tu veux peut-être que je te prête ma voiture ? Je suis garé à deux rues d’ici. Je la récupérerai demain en venant chercher ma commande, non ? » Lui proposa-t-il tout naturellement en sortant les clés de sa poche afin de les déposer sur le comptoir. « Évite juste de me la rayer, elle sort tout droit du garage ! » Ajoute-t-il sur le même ton.

Lorsqu’il faut se plier aux exigences humaines, il faut leur emprunter non seulement leurs habitudes, mais également locutions verbales.

- « Je peux même fermer le magasin si cela peut te faire gagner du temps ! »

Officiellement c’est une manière de lui faciliter la vie, officieusement Adriel compte bien mettre ce temps pour vérifier certains éléments. Depuis plusieurs mois la menace d’un plan démoniaque se rapproche de jour en jour. Aucun Homme n’est à l’abri de leur colère vengeresse.



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Noémie Favelle
J'ai 32 ans ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis Caviste, Onoeulogue et je m'en sors parfaitement bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis mariée à un homme merveilleux et je le vis plutôt superbement.

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Ce n’est qu’en voyant l’eau qui dégouline de l’imperméable d’Adriel que Noémie prend conscience des trombes qui s’abattent sur la ville. Un grognement interne qui ne fait qu’amplifier le sentiment que quelqu’un a décidé que cette soirée sera un total désastre. Evidemment qu’elle n’a pas pris de parapluie le matin. Il ne pleuvait pas quand elle est partie, et c’est plus encombrant qu’autre chose dans le métro. Là maintenant tout de suite, les centaines de mètres qui la séparent de la boutique de l’une des entrés de Chatelet les Halles sont une promesse d’arriver sans un cheveux sec à sa correspondance. Le retour jusqu’au Kremlin-Bicêtre promet d’être super fun.

En rejoignant Adriel, elle ferme les yeux, l’espace d’un court instant. Essayant de lutter contre un sentiment d’agacement qui ne sert à rien dans la situation présente. Luttant aussi contre l’envie d’ouvrir une bouteille de Pauillac, juste là maintenant tout de suite. Se frottant l’arrête du nez d’un geste nerveux dont elle a peine conscience, elle repousse l’idée. Si elle doit louer une voiture pour aller chercher Filippo, la jeune femme n’a pas l’intention d’avoir un gramme d’alcool dans le sang. Encore moins en ayant les deux lutins à l’arrière. Vendre du vin et des spiritueux n’équivaux pas à adopter un comportement irresponsable. Il n’empêche qu’elle peut presque sentir sur sa langue les saveurs du Bordeaux. Discuter rapidement avec son client dissipe les dernières tentacules capricieuses. En quelques phrases, Noémie s’excuse pour son comportement un peu moins commerçant qu’à l’ordinaire. Meme si avec lui, elle peut se montrer plus naturelle que les codes de la vente ne le le permettent ordinairement. Ses épaules se détendent et son sourire se décrispe un peu. Pour le moment, elle ne peut pas influer sur la situation, donc autant ne pas se comporter comme un ours à la veille de l’hibernation. Quoique, sur un coup d’œil à la vitrine martelée par les hallebardes de pluie, l’hibernation ne paraît pas une si mauvaise idée.

L’homme est à l’aise dans la boutique, il semble à sa place. Exactement là où il doit être, dans un état d’esprit ancré dans le moment qu’il vit. La rousse envie un peu sa capacité à occuper l’instant présent. Ou en tout cas, cette impression qu’il projette. Il émane quelque chose de chaleureux et solide dans sa posture et son regard. Rien que de lui parler, elle se sent plus stable.

-Tu es sur ? Tu as bravé ce temps pourri juste pour un brin de causette ? -Il n’y a pas de suspicions dans son ton, mais une pointe de curiosité certaine. Elle ne sait pas grand-chose d’Adriel, à part les éléments les plus basiques. Un léger soupire lui échappe à sa remarque -Vu ce que j’ai entendu au téléphone, ils sont déjà bien partis pour etre bien agités! - Légère emphase sur le Bien.

Ses yeux s’agrandissent légèrement à sa proposition et elle prend le temps d’y réfléchir quelques secondes. En temps normal, elle n’accepterait probablement pas. C’est un peu différent. Aller chercher les enfants en voiture plutôt que de rentrer en métro lui prendra deux fois moins de temps. Et ce serait beaucoup plus simple comme solution que de devoir louer un véhicule à cette heure-ci pour aller ensuite se perdre dans la campagne. Quoique, une rapide recherche sur google maps (love technology !) lui a a appris que ce n’était qu’à trente cing minutes en voiture. A condition que l’A4 ne soit pas totalement bloquée. Mais elle espère farouchement qu’un vendredi soir, ce ne sera pas le cas. -Tu es sur, tu n’en aura pas besoin ? Franchement, ca me sauverait la vie ! -Il peut sentir la tension qui glisse de ses épaules, en prenant conscience que ce ne sera peut être pas aussi compliqué qu’elle ne l’avait envisagé de prime abord. Un sourire plus franc éclaire son visage tachetée de taches rousseurs -Bon d’accord, peut être pas la vie, mais ca m’enlèverait une belle épine du pied. -Elle hausse un sourcil à sa remarque avant qu’un léger éclat de rire ne franchisse ses lèvres. La jeune femme fait quelques pas dans la boutique et referme la main droite sur le trousseau de clés qu’il vient de déposer. -Promis, elle n’aura pas une égratignure, ta poupée sur roue. Et ta commande demain, elle est pour moi. Je te dois bien ca !

Par contre, sa seconde proposition ne lui agrée pas. Gentiment, mais fermement, Noémie croise ses prunelles azur à celles du jeune homme, et son expression est un refus. -C’est adorable de ta part, mais cela ne me prendra pas longtemps pour boucler la cave si tu veux bien attendre encore dix minutes, le temps que je ferme l’ordi et la caisse? Je suis encore dans mon horaire habituel-Elle a beau s’entendre raisonnablement bien avec lui, lui laisser les clés de la boutique est hors de question. -Je ne peux pas te laisser fermer, les assurances se feront un plaisir de me tomber sur le dos si il y a le moindre problème pendant la nuit. Même un accident aussi bénin qu’un volet arraché par le vent suffirait pour que l’on doive remplir des tonnes de paperasserie.

Facette qui est probablement la plus pénible dans le faire d’avoir son propre commerce. Son pas est plus léger alors qu’elle remet de l’ordre rapidement dans les rayonnages et remet en ordre de manière à pouvoir trier facilement les livraisons qu’elle va recevoir le lendemain matin. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à discuter avec lui pendant qu’elle s’active. Il est évident qu’elle aime ces moments qui clôturent une journée bien remplie. Si elle adore avoir des clients non stop, ces moments de calme sont tout aussi savourés. -Tu viens de dire qu’elle sort du garage, je dois être délicate avec elle ?

C’est avant la fin du temps annoncé qu’elle récupère son sac à sa main et sa veste de cuir dans l’arrière boutique. Noémie rassemble ses cheveux en une queue de cheval qu’elle accroche vaguement avec un élastique. Attrapant au passage une bouteille au hasard qu’elle ouvrira une fois qu’elle sera rentrée au bercail avec mari et enfants. Si tout va bien, d’ici trois heures maximum. D’un geste du poignet, elle lui indique les étagères. -Si tu veux quelque chose, je te t’offre. -Elle équilibrera les stock et les comptes demain. Le laissant choisir, ou non, elle se dirige vers la porte d’entrée, avant d’avoir un brusque mouvement de recul quand une rafale d’eau et de vent glaciaux lui gifle le visage, un murmure qui lui échappe. -P’tain, il fait hyper froid. -Resserrant les pans autour de sa taille, elle ramène étroitement son sac à main contre son flanc et attend qu’Adriel sorte de la cave pour ferme la porte à clef, puis le rideau de fer qu’elle verrouille à son tour. Si le quartier des Halles s’est bien amélioré depuis une dizaine d’année, la faune qui traîne habituellement aux alentours du forum n’a pas besoin d’être tentée inutilement. Autour d’eux, les autres commerçants ferment boutiques aussi et elle salue courtoisement ceux qu’elle croise, échangeant quelques mots rapides, le temps de février n’invitant pas à s’attarder à l’extérieur. Frictionnant ses bras, elle reste sous l’auvent pour éviter de se faire tremper prématurément, le temps qu’Adriel soit à ses cotés et la guide vers sa voiture, prête à lui emboîter le pas – Après vous, monsieur le chevalier servant, sauveur de damoiselle en détresse, le taquine t’elle en réprimant un frisson en sentant plusieurs gouttes de dos se faufiler dans l’encolure de son chemisier, glissant avec une lenteur tortueuse le long de sa colonne vertébrale
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Adriel Taylor
J'ai 7 000 ans ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis ange gardien et je m'en sors parfaitement bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt bien. De toute manière je n'ai pas le temps de me consacrer à quelqu'un d'autre..

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S’il y a bien une chose qu’Adriel déteste devoir feindre, c’est le comportement lambda des êtres humains. La faim, le froid, le sommeil… Pour le commun des mortels, il s’agit de sensation naturelle et innée. Mais pas pour lui. Même après plus de soixante-dix siècles passés sur Terre, quelques habitudes ne lui sont pas encore familières. Il ne peut les ressentir que s’il se l’autorise. En revanche certaines émotions demeurent incompressibles. Elles surgissent de leurs ombres de lumières sans prévenir. La douleur et la tristesse ne lui laissent guère le choix du luxe. Alors lorsqu’ils quittent l’enseigne de Mademoiselle Favelle, sa petite réflexion l’amuse. C’est vrai qu’il fait froid. L’espace de quelques secondes, Adriel s’autorise à le ressentir. Le temps austère de ce mois de février ne laisse nullement de place au doute. Un frisson insensible s’éprend de son échine, tandis qu’elle donne le dernier coup de clé dans la serrure de sa cave à vin.

- « Oui elle sort tout droit du garage ! Elle avait besoin d’un chouchoutage express ! Ce n’est pas le moment de jouer aux autotamponneuses ! Je t’emmènerai à la Foire du Trône si tu veux te défouler après que tes enfants vous aient ligoté Filippo et toi-même ! » Glissa-t-il d’un ton amusé rien que d’imaginer Noémie et son époux ligoté à leur chaise, pendant que leurs enfants s’amusent à courir et gesticuler autour d’eux tels des Indiens heureux d’avoir attrapé leur proie avant de sacrifier un bison.

Le temps s’est brusquement rafraîchi. La grisâtre du ciel s’est amplifiée. Adriel relève la tête et scrute les cieux. Personne ne survole Paris. Aucun ange ni démon. Mais alors que signifie toute cette agitation ? Est-ce les prémices d’une colère sans pareille ? Sans pouvoir s’interroger plus longtemps, ils marchent tous deux en direction de sa voiture. Encore un instrument du Diable ! Aucun ange ou démon n’a besoin d’un véhicule pour se déplacer. Une paire d’ailes demeure bien plus rapide et fiable que cet engin monté sur quatre roues. Pourtant pour se fondre dans la masse, Adriel doit en posséder une et faire comme s’il était Monsieur Tout-Le-Monde.

- « Et voilà ! Le carrosse de Madame est avancé ! Tu n’es pas obligé de me la rendre avant minuit hein ! » Ajouta-t-il d’un ton plaisantin. « Voici les clés ! Je te la confie, tu prends soin d’elle ! » Dit-il en regardant sa voiture.

Difficile de dire à qui Adriel s’adressait réellement. Pour son interlocutrice, il s’agissait d’elle. Mais pour son véhicule, il s’agissait de Noémie. Cet énoncé à double sens demeurait plus que discret, mais signifiait tout. Même dans une situation des plus anodines, il se devait de veiller sur elle. Peut-être que ses interrogations et ses pressentiments demeuraient infondés ? Il n’était sans doute question que de évènements indépendants et de malheureuses coïncidences.

- « Je viendrai la récupérer demain dans la journée ! » Annonça-t-il en lui ouvrant la portière, tel que le ferait le portier d’un hôtel de luxe. « Aller file ! Avec un peu de chance, tu vas pouvoir éviter les embouteillages ! Et surtout… Amuse-toi bien avec tes bambins ! Je suis certain que tu vas être ravi de leurs cadeaux en pâte à sel et collier de pâte ! » Lâcha-t-il d’un ton ironique en riant avant de se pencher et de l’embrasser. « Un petit conseil… Profites en ! Ils grandissent si vite ! » Souffla-t-il d’un air sûr de lui.

Si pour le commun des mortels Adriel n’avait pas d’enfant, il n’empêche qu’il veillait sur ses protégés comme s’il s’agissait des siens. Aux yeux des Hommes le Temps est tout, sauf un cadeau. Jusqu’au dernier moment, il le perçoit comme un voleur qui me prend tout ce qu’il aime. Mais à la fin ils comprennent qu’il donne avant de prendre, que chaque jour est un cadeau, chaque heure, chaque minute, chaque seconde. La vie d’un ange ne semble pas pouvoir s’achever d’une manière aussi conventionnelle que celle des Hommes. Bien au contraire, ils sont les gardiens de leurs protégés. Ce que Noémie vit avec ses enfants et son époux, rien ni personne ne pourra lui retirer tant qu’il sera là. Alors qu’elle s’éloigne peu à peu, sa main se lève afin de la saluer une dernière fois. Puis elle disparaît en dépassant le coin de la rue. Soudain le Temps s’arrête quelques secondes. Ses ailes opalescentes se déploient, puis il s’envole à travers le ciel obscur. Le léger coup de vent qu’il laisse derrière lui surprend les quelques feuilles qui jonchent le sol humide.

De loin il suit son véhicule, et plus encore Noémie. Soudain un appel de détresse de l’un de ses homologues perturbe ses pensées. Adriel jette un dernier regard à sa protégée avant de voler à contrecœur en direction d’un autre ange. Brutalement il débarque et casse l’une des fenêtres d’un immeuble désaffecté. Ses ailes se replient alors que tous ses sens demeurent en alerte. Dans la pénombre du vieux bâtiment vétuste, quelques traces de sang argenté recouvrent le carrelage poussiéreux. Son poing s’arme de patience, prêt à bondir sur n’importe qui. Soudain une faible voix s’élève. Par précaution il s’approche lentement alors qu’une silhouette de dessine peu à peu dans l’obscurité.

- « Tu en as mis du temps. » Lâcha son interlocuteur en quittant l’ombre du pilier sous lequel il s’était réfugié.
- « Il y avait des embouteillages sur le périphérique. » Rétorqua-t-il d’un ton sarcastique. Que s’est-il passé ? » Demanda Adriel en pointant les taches de sang argenté du menton.
- « Ils sont de retour. La guerre est proche Adriel. Mais cette fois ils ne se contenteront pas de nous tuer. Ils nous prendront ce qui compte le plus à nos yeux. »

Le ton de sa voix se mêla aux traits de son visage fatigué. Samuel livrait un combat depuis des milliers d’années. Et aujourd’hui la guerre semblait être à leurs portes. Péniblement il se redressa et étendit ses ailes brunes. Le regard qu’il adressa à son frère se perdit entre l’espoir insensé de repousser cette nouvelle attaque et l’affection qu’il lui portait.

- « Les légions d’anges se regroupent par millier dans le ciel. » Lâcha son interlocuteur en quittant l’ombre du pilier sous lequel il s’était réfugié. « Même si leur messager a rejoint Lucifer, ils n’abandonneront pas. » Dit-il en désignant à son tour les traces de sang.
- « Qu’est-ce que cela signifie ? » Demanda-t-il en fronçant les sourcils d’un air inquiet. « Tu n’es pas simplement venu me dire que les Démons se regroupent. Tu as besoin de moi ? »
- « Nous nous en occupons. Continue de veiller sur les Hommes. Ce sont eux que nous protégeons. » Répondit-il d’un ton solennel alors que ses ailes commençaient à brasser de l’air et à s’élever.

Soudain un vif pressentiment dangereux s’éprit d’Adriel. Les pupilles de ses yeux se dilatèrent immédiatement. Les poils de ses bras se hérissèrent alors que ses ailes se déployèrent. Il sortit en trombe du bâtiment sans prendre le temps de saluer son interlocuteur, puis il s’élança dans le ciel de la capitale.



« Si c’était à recommencer, je te rencontrerai sans te chercher. »
©Crack in time
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Noémie Favelle
J'ai 32 ans ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis Caviste, Onoeulogue et je m'en sors parfaitement bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis mariée à un homme merveilleux et je le vis plutôt superbement.

Informations supplémentaires ici.


Rachelle Lefèvre :copyright:️ Praimfaya

Le temps glacial de ce début de soirée de février n’invite pas à discuter plus longuement sur le parvis avant de se séparer. Noémie est vraiment reconnaissante à Adriel de lui prêter sa voiture pour la soirée. Elle lui adresse un sourire plus léger en écoutant ses plaisanteries. -Une soirée à manger de la barbe à papa et des Churros ? Partante ! définitivement partante ! On pourra induire un coma glycémique chez les enfants et profiter de la fin de soirée avec une bonne bouteille à la maison ! -L’idée lui plait bien et ce sera peut être l’occasion d’en apprendre un peu plus sur son adorable bienfaiteur qui reste si discret sur lui-même. Peut être aussi lui présenter une ou deux de ses amies célibataires. Elle est certaine qu’il s’entendrait bien avec Laetitia. Et la jolie blonde aurait bien besoin d’une sortie pour la divertir de son divorce.

Elle n’accorde qu’une attention distraite à la voiture, si Adriel lui assure qu’elle est en parfait état de marche, la rousse ne voit aucune raison d’en douter. Surtout si elle sort juste d’une révision au garage. -En quinze ans de conduite, je n’ai jamais eu aucun accident. Ta citrouille sur roue est entre de bonnes mains. -la jeune femme exagère une expression horrifiée devant les « cadeaux » qui l’attendent après une longue après midi de bricolage comme le suggère son ami. -Je sais quoi t’offrir pour Noël, du coup ! A demain Adri, bonne soirée, j’espère que ca ira en métro. -Lui rendant sa bise, elle s’installe dans l’habitacle et ne tarde pas à s’infiltrer dans la circulation encore fluide. Direction le Kremlin puis Champs sur Marnes. Avec un arrêt au premier fast Food venu. Avec un peu de chance les deux vont rapidement s’endormir après leur estomac rempli. De l’attention intense dont elle fait l’objet de la part de l’Ange déguisé, Noémie ne perçoit rien. Pas plus que de l’intérêt malveillant qu’elle a éveillé.


Dans un garage anonyme du périphérique Sud, le mécanicien en chef et patron de sa petite boîte fait un tour méthodique de sa propriété. Le pas sur et décidé, il ouvre toutes les bouteilles de gaz qui sont sur son chemin, de la plus petite qui sert à ses soudures aux plus importantes dans le petit coin cuisine. Il déverse sur le sol tous les bidons de gazole et d’huile, de liquide de refroidissement qui sont sur son passage. Si ses gestes n’ont pas la moindre hésitation, son regard est vitreux, opaque. Il y a une tension mécanique dans sa démarche et sa main droite est régulièrement agitée d’un spasme nerveux qui la contracte brusquement. Ses employés ne sont pas là pour l’observer, ils ont terminé leur journée de travail une heure auparavant. Pourtant, il n'est pas seul. Cela fait plusieurs mois qu’il n’est plus jamais seul. Il semble peser autour de lui un miasme plus opaque que le pétrole. Si Adriel et ses collègues veillent sur l’Humanité et tentent de l’orienter vers l’harmonie, des forces obscures entravent chacun de leurs pas. Un équilibre instable qui est sur le point de basculer. Sans marquer de temps d’arrêt, il marche dans les flaques aux fumées toxiques, s’imbibe le bas du bleu de travail à chaque pas. Son atelier est dévasté après son passage, il n’en voit rien. Il s’allume une cigarette au milieu du carnage. Il n’aura pas le temps de goûter la première bouffée. Ce sont les vapeurs qui s’enflamment en premier. Son cri de terreur et de réalisation se noie dans le fracas des flammes affamées et carnivores. Il a retrouvé sa conscience au dernier moment. Cruauté particulière de son ombre indésirable. Ombre qui s’efface, à la présence indétectable. Elle n’a pas finit son travail pour cette nuit.

Il faudra plusieurs heures aux pompiers pour maîtriser l’incendie et le corps calciné ne sera découvert qu’au petit matin. Bien d’avantage pour l’identifier avec certitude.


C’est avec soulagement que Noémie constate que ses prévisions se réalisent. Les enfants ont été plutôt calmes dans la voiture et ravis de cette sortie inattendue.  Installer les deux sièges auto qu’ils ont de cotés quand leurs parents respectifs prennent les lutins s’est révélé moins compliqué qu’à l’ordinaire. Se rendre à Champs sur Marne a été beaucoup plus facile que prévu, merci google maps et son gps intégré ! Seules les conditions météorologiques s’acharnent de plus en plus sur l’île de France. La pluie succède à la neige pour revenir sur de la pluie en un rideau interrompue. Heureusement que Filippo a pu trouver un refuge dans un café prés de la gare. Leur propre voiture, elle, n’a pas bougé d’un iota. Noémie ignore ce qui cloche avec elle, mais ce qui est certain, c’est qu’elle n’a pas envie de passer quatre heures à attendre sur place. Le couple déteste jeter de l’argent par les fenêtres mais ce sera l’exception qui confirme la règle. C’est en marchant de long en large, tirant machinalement sur ses mèches rousses que la jeune femme s’assure que leur véhicule en rade sera rapatrié le lendemain par un garagiste en contrat avec leur assurance. L’idée d’attendre deux heures de plus minimum pour que la dépanneuse se déplace ce soir est au dessus de leur force. Pas quand il est déjà plus de vingt et une heure trente et que la chaussée s’orne d’une brillance qui trahit la présence d’un verglas traître. Ils ont encore le temps de rentrer, coucher les enfants et profiter d’un peu de temps pour eux en partageant un dîner livré par une appli ou une autre.

De plus, Noémie est nerveuse. Sans qu’elle ne puisse s’expliquer pourquoi, il y a un je ne sais quoi dans l’air qui la pousse à retrouver au plus vite la sécurité de leur appartement. Il n’y a rien de tangible qui explique son sentiment. Elle n’en parle pas à son époux. Non qu’il se moquerait delle, il a l’habitude de ses intuitions qui leur ont permis de dénicher des petits vignobles aux crus exceptionnels. Mais cette fois, elle n’a absolument aucun éléments tangibles. Juste cette impression qu’ils sont observés. Qu’il y une atmosphère dangereuse qui rode. Pour la première fois depuis la grossesse d’Auriane, elle a terriblement envie d’une cigarette.

Le disque du semi remorque, le chronotachygraphe, aurait du indiquer que le chauffeur du poids lourd venu d’Italie avait dépassé son temps de conduite de plus de cinq heures. Qu’il n’avait pas pris de pause depuis près de quatre. Rien de tout cela n’est pourtant enregistré sur son panel numérique. Aucune anomalie n’est à détecter sur sa carte conducteur. Le chauffeur lui-même ne sent plus la fatigue et n’a pas conscience qu’il tire sur les limites tant de son camion que de lui-même. Sa route habituelle ne passe pas en Ile de France. Il devrait être sur la A26 et non la A4. Il a ignoré plusieurs appels de son supérieur et son téléphone est passé par la fenêtre avant de se faire broyer par les roues. Son visage est couvert d’une fine pellicule de sueur qu’il essuie d’un dos de main qui revient se poser sur le volant. Quand bien même il a tenté plusieurs fois de se ranger sur le bas coté, il oublie rapidement d’où lui vient l’impulsion de se garer et de descendre de son 36t. Non. Il doit continuer. Impérativement. Il a rendez vous. C’est important. C’est crucial. C’est vital. Non. Il doit se garer et arrêter de conduire. Ou faire demi-tour. Ou… Ses doigts se contractent sur le volant et il donne encore d’avantage de vitesse à son camion. Clignant des yeux de plus en plus fortement.

Fil lui a proposé de conduire pour le retour mais Noémie l’en a dissuadé sereinement. Une sérénité qu’elle feint. Une angoisse de plus en plus palpable lui serre le cœur. Elle s’est retournée plusieurs fois sans voir personne. Maintenant qu’elle a rejoint l’autoroute, Noémie s’est surprise a vérifier plusieurs fois si la même voiture n’était pas dans son rétroviseur. Rien. Sinon la pluie verglaçante qui redouble de vigueur. Au point que les essuies-glaces peinent à chasser l’eau du pare-brise. Et une nuit sombre, si sombre que les lampadaires censés éclairer la nuit sont de pauvres îlots à la luminosité qui créent plus d’ombres qu’ils n’en éloignent. A l’arrière les enfants se sont endormis tout comme son époux. La radio n’émet que de la statique, sans doute que les ondes sont troublées par la tempête qui fait rage. Il n’y a aucun bruit de klaxon quand les phares du semi remorque surgissent derrière elle. L’aveuglant momentanément. Le camion entreprend de la dépasser. Sa masse rendant insignifiante la taule de la voiture d’Adriel.
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