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LE TEMPS D'UN RP

Les fils des sacrifiés (feat. Lulu)

Houmous
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Houmous
Jeu 24 Aoû - 21:48
Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
An de grâce 108 après la Renaissance, Royaume d'Asyiad
 
Le royaume d'Asyiad est en proie à des troubles importants. La tyrannie du roi commence à se heurter à une résistance croissante en la présence des Fils des Sacrifiés. La révolte qui tourne graduellement en révolution justifie des mesures désespérées et inhabituelles comme la levée de nombreuses troupes et le renforcement de la garde royale pour parer à toute tentative d'assassinat. 
 
 
Dans ce contexte chaotique, deux jeunes gens vont vivre des retrouvailles et tenter de trouver leur chemin parmi les intrigues, les querelles et les jeux d'alliance. 
Contexte provenant de cette recherche
Houmous
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Houmous
Jeu 24 Aoû - 21:54

Iven
(Helvith) T’sarran

J'ai 17 ans et je vis à Leseluna, au Royaume d’Asyiad. Dans la vie, je suis chevalier ombresang et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance , je suis invité à rejoindre la garde royale et je le vis plutôt extrêmement bien.

Informations supplémentaires ici.
Leseluna, la grande, s’éveillait au rythme du soleil. La nuit était chassée dès le début du jour, même des ruelles les plus sombres des bas quartiers. L’installation des opales dans les chaussées jouait pour beaucoup dans l’ambiance de ces débuts de journée. C’est certainement les reflets qui frappaient les façades qui étaient le plus responsable du surnom de Leseluna : le chemin des lunes. Il aurait voulu prendre le temps de regarder cette merveille locale pour voir si elle répondait à son souvenir mais il n’en fut pas capable à cause de sa capuche. Bien qu’il soit fort tôt, Iven n’avait guère le choix de respecter les traditions. Il ne croisa pas âme qui vive mais porta tout de même le menton baissé pour cacher au mieux sa peau encre de nuit. « Ombresang avant le lever du jour, mort sans détour » disait-on dans la maxime populaire…
 
Les chevaux de la charrette semblaient arriver à bout de leurs forces. Depuis la veille, quand il les avait échangés dans une écurie des alentours d’Echoriath, ils avaient tiré la charge non sans rechigner à la tâche, lorsque les haltes se faisaient trop distantes. Heureusement, le palais royal se dessinait maintenant au-delà des halles du marché aux épices. Avec un peu de chance, songea-t-il, ils accepteraient de le porter jusqu’aux portes du palais. Sur une autre note, il sourit de sa propre chance : Enfant du pays, il retrouvait des rues, des devantures, des odeurs, même, qui s’insinuaient profondément dans son esprit avec émerveillement. Il devait avouer ne pas se souvenir de grand-chose de cette époque. Pourtant, une part de lui se rappelait de cette mégalopole qu’il appelait autrefois « chez moi ». Il était venu aussi pour en avoir le cœur net et découvrir d’où provenait cet obstinant sentiment de devoir poser le pied sur ces pavés qui l’obsédait depuis toujours. Sa propre impatience à solder le voyage et pouvoir se décrotter, l’amusait.
 
***
 
- Et n’oublie pas, fils : lorsque tu te trouveras en présence des nobles de la cour, fit-il en avec une insistance railleuse, tu devras faire la révérence à leur passage, bien bas. Ils adorent voir ça ! Crois-moi sur ce coup !
 
Le jeune homme ne pensait guère quoi que ce soit des élucubrations mi-moqueuses de son oncle. Il n’avait jamais quitté le fort familial des coteaux de la hampe, après tout. Comme tous les hommes de la famille, il était plus familier des champs de bataille que des banquets mondains, peut-être même que de sa propre demeure. Sa mère ne tarda pas à le faire remarquer, d’ailleurs. Elle, qui avait vécu plongée dans ce monde, restait jusqu’alors plus que secrète sur la vie dans la haute société.  
 
- Ne l’écoute pas, Iven, lâcha-t-elle, assombrie, le regard plongé dans son assiette qu’elle peinait à attaquer. Je te montrerai la manière de se comporter face à ces chiens des grandes familles. Mon fils ne souffrira pas de les avoir offensé, c’est là mon serment !
 
Les deux hommes échangèrent un regard surpris avant de poursuivre leur repas en pouffant. Iven savait que sa mère n’approuvait pas. Son oncle ne comprenait pas l’utilité de partir quand la région avait tout ce dont un homme pouvait rêver à portée de main : conflits, gloire et richesses. Mais sa mère, elle, semblait véritablement hostile à l’idée de sa démarche. Elle s’était doutée que ce jour finirait par arriver. Elle le craignait au moins depuis qu’il était devenu le chevalier des T’sarran suite au triomphe à Fharblade, lors du tournoi des quatre saisons. Mais elle espérait qu’il passe au moins quelques saisons de plus parmi eux. Elle avait prévu de lui apprendre toutes ces choses dont il aurait besoin mais avait rechigné à le faire, refusant de croire que le jour arriverait. Et maintenant, elle devait le laisser partir en rustre pour faire ses armes parmi les bonnes gens les plus impitoyables du royaume d’Asyiad. Quelle mère elle faisait !
 
***
 
Les portes du palais lui furent ouvertes beaucoup plus facilement qu’il ne l’aurait cru. Le pigeon qu’il avait envoyé d’Echoriath était-il arrivé si vite qu’on l’attende de pied ferme ? Il caressa l’idée, le fantasme que son statut de chevalier ombresang lui vaudrait un traitement privilégié. Au milieu de cette vaste basse-cour où les serviteurs et domestiques étaient déjà en pleine effervescence dans un silence particulièrement surprenant, il se sentit un peu perdu. Ce fut le moment que choisit un nobliau rondouillard au pourpoint d’ocre et de cochenille pour l’approcher, goguenard.
 
- Eh bien ! Encore un de ces péquenauds qui arrive sans avoir été invité ! se moqua-t-il en tendant une main qu’il agita impatiemment. Aller, que diable ! Votre lettre de marque ou je vous fais bouter hors de ces murs sans plus de cérémonie !
 
Iven resta déstabilisé par les manières cavalières de ce bonhomme. Seule la fatigue de la route l’empêcha de le baffer avec son gant de cuir. Le jeune chevalier prit l’absence de courtoisie pour un signe et retira sa capuche avant de tirer de sa manche un papier plié en trois dont la cire avait été brisée plusieurs jours de cela déjà. Quitte à être mal vu, autant le faire confortablement. Et puis, il avait grandement besoin de détendre ses jambes alors il descendit de son siège de cocher pour dominer les faes communes d’une large tête, attirant plus l’attention aussitôt. Il semblât que le papier convainquit le majordome puisqu’il héla des domestiques pour faire décharger la charrette. En plus des quelques affaires qu’avaietn emporté Iven, la plateforme de bois comptait la dîme que la famille T’sarran reversait à la couronne. Oncle Varamis avait jugé bon de confier au jeune homme la charge d’emporter avec lui le butin pour économiser sur les frais du questeur.
 
- Je dois dire que c’est la première fois qu’un chevalier mène la livraison jusqu’à la capitale, soupira-t-il avec un peu plus d’égard envers lui mais sans se démonter. Les routes sont si peu sûres qu’on est obligé d’en arriver là, Sire T’sarran ?
 
- Mon oncle, le seigneur Varamis, a jugé que cela montrerait notre bonne volonté en ces temps troublés, répondit simplement le jeune homme en abandonnant la charrette pour se saisir de la malle qui contenait ses affaires et la prendre directement sur l’épaule sous les regards médusés des domestiques. Je dois rencontrer le grand conseiller Giraegis Falsynth, pouvez-vous m’indiquer où le trouver ?
 
Le gaillard esquissa un rictus, l’air amusé que le premier venu puisse croire un instant pouvoir prétendre à rencontrer le grand conseiller sans attente. Pourtant, il haussa des épaules et le mena vers l’intérieur du palais jusqu’à un large couloir aux bibelots soigneusement alignés sous glace. Une tapisserie qui montrait la guerre contre les Therys se trouvait face à lui. On pouvait lire l’héraldique des principales familles belligérantes.
 
L’invité était resté d’un calme désarmant tandis qu’il attendait qu’on l’invite à entrer dans l’office du Seigneur Falsynth. Il avait retenu que c’était là un nom important sans pouvoir réellement replacer quoi que ce soit à son sujet. Lorsque vint son tour d’entrer, il tenta de faire preuve de respect en faisant une révérence avant de s’asseoir. La vieille fae qui lui faisait face avait tout d’un homme du commun, avec ses ailes criardes et vulgaires. Pourtant, grâce à l’attitude seule, il faisait comprendre, sans le moindre doute possible, qu’il avait le pouvoir d’écraser qui oserait lui manquer de respect.
 
- Bienvenue à Leseluna, chevalier Iven des T’sarran ! commença-t-il pour l’accueillir en lui indiquant de s’asseoir.
 
- Oui, certainement, Seigneur Falsynth, répondit-il en inclinant la tête. J’ai fait aussi vite que les chevaux me l’ont permis. Ce n’est pas tous les jours que notre famille reçoit un mandat frappé du sceau de la couronne.
 
- Oui ! Sa majesté notre bon Roi a eu la magnanimité de faire grossir les rangs de son armée et de la garde avec des bonnes gens à la réputation brave et honorable, expliqua-t-il simplement. Il se trouve que le récit de votre duel au tournoi de… Fharblade a retenu l’attention d’un des scribes royaux et que j’ai pris sur moi de vous inviter au palais. N’y voyez pas de marque d’arrogance de ma part, mais je dois dire être fasciné par votre jeunesse. Quel âge avez-vous, chevalier ?
 
- J’ai passé mon dix-septième été, Seigneur, déclara-t-il. Mais on dit de moi que je suis bien plus fort et valeureux que mon âge saurait en présumer.
 
- Il est vrai que vous êtes bien jeune ! Et vous, qu’en diriez-vous ?
 
- Je laisse ma lame parler d’elle-même, Seigneur.
 
Le Conseiller sourit un peu en se laissant aller dans le fond de son siège. Il croisa doucement les mains devant sa bouche, amusé de croiser un jeune ombresang avec plus de courage que de jugeote. Il ne fit aucun doute dans son esprit que le chevalier ne resterait pas dans la garde longtemps… Ils gardèrent le silence un bon moment pour se toiser avant que Falsynth se relève.
 
- Très bien, chevalier des T’sarran ! Comme le veut la tradition, vous allez être présenté aux différents membres de la famille Dar’ramha Si tous vous acceptent, vous rejoindrez la garde royale séance tenante. Si au moins l’un d’entre eux vous refuse… Il prit l’air faussement contrarié avant d’annoncer la sentence, vous rejoindrez les rangs du tournoi des 5 lunes qui se tiendra dans quelques jours pour affronter d’autres chevaliers qui doivent faire leurs preuves.
 
Rien qu’à entendre ce mot, les prunelles du jeune homme adoptèrent un éclat fasciné. L’une des rares choses que sa mère avait consenti à lui dire sur son père était qu’il fut sacré grand champion de ce tournoi. Les vivats de la foule avaient forcé le bon Roi Eláriel II à le prendre sous son aile dans la garde royale avant qu’il ne gravisse les échelons. La chance de prouver sa valeur devant ses ancêtres emplit Iven d’une bouffée d’orgueil. En réponse, il hocha joyeusement de la tête, se fendant de son premier sourire depuis le début de cette conversation. Délaissant son coffre, il suivit son guide pour arpenter les gigantesques halls du palais en recherche de chacun des membres de la famille royale.
Lulu
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Ven 25 Aoû - 19:21

Lysária
Dar'ramha

Dix-neuf lunes, et déjà sa nuque se fissure sous le poids de la couronne féerique. Son cœur, tel un lac en hiver, s'est gelé lorsque la mer avide a englouti sa mère bien-aimée. Nul allié en vue, point de répit, la princesse dissimule ses émotions, érigeant l'inexpressivité en une forteresse impénétrable. Son sang royal a scellé son sort dès ses premiers cris, condamnant son futur à l'échiquier du pouvoir, ne lui offrant guère l'opportunité de s’enfuir de ces mystérieuses dédales. Joyau prisonnier du Palais Argenté, elle n'a quitté ses enceintes qu'à une unique occasion, lors d'une promenade de santé. C’est sur les îles qu’elle a enfoui sa candeur et son bonheur, tout comme des trésors à jamais perdus sous une couche de grains d'opale.
LYSÁRIA'S POV. Les jardins royaux étaient baignés dans des eaux dorées, les rayons du soleil caressant la flore de leurs lueurs vives, et ne laissaient aucune marge aux ténèbres pour s'y épanouir. Si seulement sa maudite caboche ressemblait à cet endroit enchanteur ; il lui suffirait alors de contempler les cieux pour éclaircir les brumes de ses pensées. Hélas, ces pensées étaient condamnées à se corrompre, à fermenter dans son esprit tourmenté et à ne jamais s'évanouir. Impuissante devant leur présence, la potentielle héritière ne pouvait s'empêcher de scruter l'avenir avec un regard soucieux. Le sang qui coulait dans ses veines semblait plus toxique que les eaux souillées des caniveaux, et aucune saignée ne pourrait  la soulager de son destin démentiel. À moins que sa beauté Dar’ramhienne ne la trompe, en lui faisant croire qu'elle porte davantage l'héritage de son père que de sa mère. Lysária Dar’ramha était une créature extraite des cieux oubliés de Lóthliel. Sa chevelure argentée scintillait, comme si chaque mèche enfermait une constellation, et ses yeux azur, profonds et envoûtants, étaient deux abîmes étoilés, où se reflétaient les mystères insaisissables d'une civilisation disparue. Quant à sa peau nacrée, elle semblait émettre une douce lumière, comme si elle portait en elle la clarté des astres eux-mêmes. Enfin, ses petites ailes avaient des teintes subtiles, allant des tons pastel aux éclats perlés, révélant une délicatesse rare. Elles semblaient se cacher parmi les plis de sa robe et comme des bijoux oubliés, elles savaient dévoiler leur propre splendeur discrète si on réussissait à les repérer. Cette apparence enchanteresse éclipsait les ombres parmi lesquelles les Dar’ramha évoluaient. Cependant, ces ombres ne s'évanouissaient pas, car il suffisait de briser cet enchantement ou de rester simplement insensible à lui pour pouvoir les discerner, et considérer cette lignée avec un jugement plus lucide ; en chaque membre résidait une folie que personne sensé ne souhaiterait voir grandir.

Malheureusement, nul n'était en mesure de contenir le tourbillon de folie qui dévorait l'esprit du Roi Eláriel II, et qui, au fil des saisons, gagnait en intensité. Le dernier acte barbare, conséquence inéluctable de la démence du souverain, fut d'arracher la langue à tous les serviteurs liés à lui, afin que nul ne puisse entacher son nom en son absence, ou révéler les secrets de la couronne. À présent, le palais fourmillait de domestiques muets aux regards horrifiés. Mais ce que subissaient les membres de la plèbe n'était pas le souci majeur des seigneurs et des personnalités parées d'or. Ceux-ci étaient davantage préoccupés par la dernière fantaisie de leur cher roi.

Mes conseillers, laissez-moi vous transmettre la volonté des étoiles qui m'est apparue en songe… Celles-là mêmes qui ont guidé mes ancêtres vers la victoire sont formelles : elles désirent voir ma fille, Lysária, me succéder.

Ces paroles suffirent à déchaîner une tempête d'inquiétude et de rébellion parmi les seigneurs, peu enclins à plier le genou devant une femme. Heureusement pour eux, cette idée n'était encore qu'un projet, une éventualité à laquelle le roi songeait encore. À moins que son esprit perturbé ne se soit trouvé de nouvelles distractions, l'empêchant de s'accrocher davantage à cette idée absurde. Ainsi, les seigneurs et les nobles continuaient de prier au crépuscule pour que cette aberration ne prenne jamais vie. Malheureusement pour eux, ils ne pouvaient trouver de réconfort dans l'absence d'ambition du frère, héritier initial du trône, Velharn Dar’ramha, qui n'avait jamais manifesté d'intérêt pour la régence du royaume.

La princesse était au courant de l'absurde désir de son père, et depuis que cette déclaration avait été faite, les mots résonnaient inlassablement en elle. Le doute empoisonnait sa position sur cette question, et malgré les sollicitations de Lord Falsynth, la princesse ne s'était jamais confiée à lui. Même si cet homme avait fidèlement servi son père pendant des décennies et que sa famille était connue pour sa loyauté envers les Dar’ramha, Lysária n'oubliait pas les rares enseignements que sa mère lui avait donnés avant de disparaître dans les abysses : ne jamais accorder sa confiance aux hommes puissants, et encore moins à ceux qui se cachaient dans l'ombre des régents. Ainsi, Lysária  gardait ses lèvres closes et observait avec attention ce jeu politique dans lequel elle avait été plongée dès sa naissance.

Au cœur du palais, là où les pierres antiques se dressaient, une loggia se tenait comme un joyau entre les murs du château. Les arches avaient été sculptées avec soin par des mains expertes. Les colonnes solides étaient ornées de motifs floraux ainsi que de créatures mythiques, et se dressaient comme des gardiennes de l'histoire, portant avec elles les échos d'une époque où le royaume avait été forgé dans le feu des batailles. Des voiles de soie et de velours étaient suspendus aux arches, jouant avec les rayons du soleil qui illuminaient le jardin intérieur. La conspuée avait trouvé refuge sur ce balcon de pierre, contemplant avec une certaine mélancolie cet endroit qui lui était cher. Aucune âme ne l'entourait. Une scène inhabituelle de solitude, car il y avait à peine quelques semaines encore, la princesse et sa chère cousine, Lady Nor’ytrin, se promenaient bras dessus, bras dessous dans les couloirs du palais, affichant fièrement leur complicité. Hélas, son amie précieuse et fidèle avait été emportée par le devoir, exprimé par son oncle qui cherchait des prétendants pour sa fille. Lady Nor’ytrin avait été contrainte d'abandonner sa presque-sœur et le palais pour suivre son père dans cette quête cupidine. Accablée par la solitude, l'ennui et les questions suscitées par les désirs de son père, Lysária se réfugiait régulièrement dans ce sanctuaire floral, en quête de réconfort. Aujourd'hui, ses méditations furent interrompues lorsque des pas résonnèrent dans les arches de pierre. Intriguée, la princesse tourna son regard vers ces deux visiteurs non sollicités, reconnaissant uniquement la mine d'un d'entre eux.

— « Princesse Lysária ! » salua Lord Falsynth avec enthousiasme en s'inclinant. Le conseiller manqua de toucher le sol du bout de son nez, mais il se releva rapidement pour offrir à la jeune fille un sourire rayonnant. « Permettez-moi de vous présenter Sire T’sarran, qui devrait, grâce à votre bienveillance, rejoindre la Garde Royale sous peu. »

Le regard scrutateur de la princesse étudia la silhouette vaillante du jeune chevalier, dont le teint bleu nuit évoquait une somptueuse nuit étoilée. Un ombresang, nota-t-elle avant de relever sa prestance. Il était difficile de se rappeler la dernière fois où elle avait croisé le regard d'une de ces créatures qui peuplaient pourtant l'armée. Seuls trois d'entre eux avaient laissé une empreinte dans sa mémoire, mais ils avaient depuis longtemps quitté les murs de ce palais. Lysária réussit à contenir sa mélancolie, et au lieu de laisser son cœur s'adoucir devant les souvenirs de ces fantômes, elle scruta le nouvel arrivant d'un air dédaigneux.

— « Je constate que nos contrées hostiles ont su donner naissance à autre chose qu'à de simples bêtes sauvages. » remarqua la jeune femme, avant de relever ses yeux bleus dans ceux, tout aussi azurés, du nouveau venu. « J'espère que sa formation... rudimentaire, ne ternira pas la réputation de notre prestigieuse Garde Royale. »
— « Constatez également, Princesse, que Sire T’sarran a prouvé sa valeur lors du tournoi de Fharblade, faisant preuve d'une habileté exceptionnelle face à ses adversaires. Son dévouement envers la chevalerie et son désir de servir notre royaume sont incontestables ! »
— « Vous parlez d'un endroit où les hommes jouent à la guerre comme s'ils étaient de véritables combattants. Dites-moi, Sire T’sarran, le tournoi de Fharblade vous a-t-il laissé des souvenirs mémorables, mis à part peut-être quelques hématomes bien mérités ? » demanda-t-elle, scrutant intensément le regard du jeune homme, prête à décrypter la moindre de ses expressions.

Le sourire de Lord Falsynth fut éclipsé par l’impétuosité de la princesse, et le fae lança un regard compatissant au jeune chevalier. Le château pouvait être aussi exigeant et brutal qu'un champ de bataille, et s'y faire une place ne serait pas une tâche aisée, surtout pour un ombresang.
Houmous
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Houmous
Sam 26 Aoû - 13:03

Iven
(Helvith) T’sarran

J'ai 17 ans et je vis à Leseluna, au Royaume d’Asyiad. Dans la vie, je suis chevalier ombresang et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance , je suis invité à rejoindre la garde royale et je le vis plutôt extrêmement bien.

Informations supplémentaires ici.
Iven n’avait que faire de l’architecture. Là où il avait grandi, on attendait d’un toit et de murs qu’ils protègent des vents, de la pluie, de la glace ou des tempêtes de sable. On n’ornait pas chaque mur de tapisseries car sinon, elles prendraient la poussière. Il n’y avait pas une armée de domestiques, le visage fermé, qui s’afféraient en permanence à nettoyer en essayant de rester le plus invisible possible. Non, on n’avait que faire de ce luxe et de ces richesses car on ne vivait en général pas assez longtemps pour pouvoir en profiter. Alors quand on mettait la main sur un butin, on le dépensait comme si l’or brûlait les doigts. Sur la hampe du colosse, la vie était rude et brutale. Le confort rendait faible alors il n’y en avait pas. La noblesse formelle donnait des droits à des ombresangs faibles alors il n’y en avait pas. Des familles ressortaient du lot, certes, mais c’était essentiellement parce que depuis des générations, les chefs de ces familles montraient une détermination à toutes épreuves à l’idée de devenir chefs de clan. Iven, lui, savait être taillé dans le même roc que son père illustre. Et pour prouver ses dires, il avait répudié son propre nom pour arborer celui de sa mère et de son oncle, inconnus de la cour royale. Rempli de jeunesse et de fougue, il voulait faire ses preuves et laisser sa marque à son tour. Plus tard, il reprendrait le nom de Sire Iven Helvith. Il en avait fait le serment.

 
Il s’agenouilla devant la princesse alors que le Lord Falsynth était en train de faire les présentations et ne releva la tête qu’un peu après lui. Lorsqu’il croisa le regard de la femme qui, disait-on, dirigerait l’ensemble du Royaume d’Asyiad un jour, il ne put s’empêcher de la jauger. Il savait que les faes nobles de la capitale avaient des pouvoirs étranges dont les ombresangs ne pouvaient que rêver. Et pourtant, la différence entre leurs gabarits était ridicule. Si la princesse avait été de sa race, elle n’aurait pas passé son douzième été tant elle restait menue et plus petite que lui. Et à bien y réfléchir et en regardant Lord Falsynth, il se sentit comme si c’était plutôt lui le géant. Parmi les siens, il n’était pas particulièrement remarquable mais au milieu des faes, il ressortait étrangement… Cela ajoutait au malaise du regard et des propos dédaigneux de la princesse.
 
Sans prévenir, il tira de l’intérieur de ses vêtements de voyage une dague de granit et la lui tendit en la laissant reposer sur ses deux mains ouvertes, avec cérémonie. Pour un chevalier ombresang, c’était la plus grande marque de respect qui soit. Selon la tradition, chaque jeune ombresang mâle doit façonner de ses propres mains une dague de pierre à son douzième anniversaire. Il la portera avec lui tout le long de sa carrière, représentant sous forme de gravures les moments marquants de sa saga. Et lorsque la dague serait remplie d’exploits et de gloires, le guerrier pourrait consentir à s’établir loin des champs de bataille pour fonder une famille dans l’honneur. Mais il n’était pas rare que les ombresangs les plus téméraires et belliqueux remplissent plusieurs de ces « reta » au cours de leur vie. Les vieux guerriers se montraient leurs retas pour se remémorer le temps de leur jeunesse. Des blessés de guerre discutaient parfois, grâce à ces lames-histoires, d’escarmouches qu’ils avaient vécu dans des camps opposés. C’était le symbole de toute une communauté qu’il la laissait observer librement. Dans son cas, la seule gravure qui montrait le début de son périple était deux silhouettes faiblement définies. L’une d’elles était juchée sur une monture à cornes et brandissait une hache tandis que l’autre avait adopté une pose d’escrime sans monture.
 
- Si c’est ce que Sa Majesté souhaite, je vais raconter le tournoi…
 
***
 
Musique:

Son oncle, le chevalier Varamis, avait déclaré qu’il donnerait en prix, au grand vainqueur du tournoi de Fharblade, son titre et ses terres. Les traditions étaient formelles, le leg n’était pas possible pour un seigneur sans descendance directe. Et quand bien même descendance il y aurait eu, il aurait fallu qu’elle ait déjà fait ses preuves avant d’hériter. Chez les ombresangs, la force faisant tout simplement loi, les duels d’honneur se seraient succédés à l’issue de la cérémonie d’instauration jusqu’à ce que le peuple se satisfasse de son nouveau seigneur ou qu’il meure. Ainsi, mettre en jeu ses titres lors d’un tournoi donnait à chacun l’occasion de tenter sa chance et d’établir la légitimité du futur Seigneur. Iven avait naturellement décidé de participer pour pouvoir remporter ce qui lui revenait de droit mais qu’il ne pouvait revendiquer. Il n’était guère impressionné par ses concurrents mais plutôt fasciné de voir toute la faune que cette annonce avait mobilisé. Des bandits de grand chemin, des soldats des corps expéditionnaires, son maitre d’armes et toutes sortes de badauds voulaient lui arracher son nom.
 
Tout au long du jour, des épreuves diverses et des célébrations s’étaient succédées. Le public avait été impressionné par le vacarme de la bataille rangée et la concentration des compétiteurs au tir à l’arc. Les verres avaient trinqué à la gloire des morts des heures durant mais ce que tous attendaient avec impatience, c’était le clou du spectacle qui clôturerait l’événement et déciderait du grand vainqueur. Et il y avait fort à parier que les spectateurs vibreraient quand on connaissait les têtes d’affiche. Entre le maitre d’armes de Varamis, Rohirim « la bourrasque », le célèbre Brennor « flancs d’acier » des corps expéditionnaires, le grand favori Urgi « course sauvage » et le descendant du seigneur actuel, la foule ne savait où donner de la tête. Les pièces allaient et venaient tandis que les paris s’établissaient, en écho aux vivats de la foule.
 
Iven et les autres duellistes savaient que leur vie était en jeu dans ce combat lorsqu’ils entrèrent tous dans l’arène. A Fharblade, on considère qu’un vrai duel se fait dans les conditions de la guerre : sur un champ de bataille, entouré d’ennemis et jusqu’à la mort. Alors, c’est tout naturellement que la finale se tint dans une mêlée générale entre les quatre guerriers. Pour ne pas être déconcentré, Iven ne porta pas son regard sur son oncle et sa mère, en loge d’honneur tandis qu’ils saluaient la foule avant de commencer. Il se contenta de lever une main et prit place au coin Sud. Malgré l’heure avancée, le soleil brûlait encore la rétine. Le combattant placé au coin Est risquait d’avoir fort à faire, le nez face au couchant. Un dernier instant de trac et il décrocha sa cape avant de tirer sa lame. Il ne pourrait s’en rappeler mais il lui semblât que la foule hurlait à pleins poumons, assoiffée de sang. La danse commençait.
 
Dès que le coup d’envoi fut donné, Brennor et Urgi, respectivement aux coins Ouest et Nord, coururent vers Rohirim pour l’abattre tant que le Soleil le déconcentrait. La charge d’Urgi avec sa lourde hache à deux mains avait quelque chose d’effrayant. Pour ajouter à la menace de son physique imposant, il rugit de manière bestiale et semblait avoir oublié la présence du dernier combattant. Mais avant qu’il ne puisse croiser le fer avec la fine lame de l’Est, il entendit Brennor et Iven combattre. Le futur chevalier n’avait pu se résoudre à accepter que les deux hommes d’armes se liguent contre quelqu’un de désavantagé.
 
Si Urgi avait tout du guerrier des plaines cendrées : grand, fort, la peau de cuivre ; Brennor était un barbare du Nord. Il portait bouclier et épée droite d’obsidienne et protégeait sa tête d’un haubert. Tandis qu’il tentait d’abattre Iven, la lame chantait en fendant l’air. Le sans-nom dansait au gré de cette mélodie funeste. On lui avait appris à déstabiliser l’adversaire avant de frapper fort et vite. Il s’y employa en se plaçant toujours plus proche de son ennemi pour que sa garde en soit fragilisée. Lorsque la danse lui dicta de frapper, il fit un moulinet large et fort qui entama l’écu. Brennor crut que la lame resterait bloquée et tenta de tirer parti de la faute pour le désarmer. Malheureusement, ce fut sa dernière erreur car, dans une botte précautionneusement préparée, Iven tourna sur lui-même pour accompagner le mouvement du bouclier en reprenant son épée avant de frapper à l’aisselle maintenant libre. Le choc et la surprise contractèrent Brennor, prévenant son coup de tomber. Sa garde définitivement brisée, Iven lui tourna le dos. Il n’avait encore jamais tué et eut le sentiment d’en avoir déjà bien assez fait.
 
Urgi et Rohirim avaient eu le droit à leur combat eux aussi. Iven s’attendait à tout sauf retrouver le maitre d’armes à genoux, la hache plantée dans son front écrasé. Le jeune ombresang serra la main sur le manche de son arme en croisant le regard du barbare. Rohirim lui avait appris comment danser sur le champ de bataille mais jamais nul n’aurait cru qu’il ferait un faux pas au moment crucial. La foule extatique se remuait dans un élan fébrile, Varamis leva la main pour indiquer à ses aides de poursuivre avec les festivités. Le vin coulait déjà à flots mais plus encore fut servi et plus d’un verre tomba au sol tandis qu’un auroch était lâché dans l’arène. Piqué à l’arrière train, il arriva furieusement sur le sable chaud pour commencer à le parcourir, les cornes les premières. Iven dut plonger dans le sable pour esquiver la charge du puissant animal furieux.
 
Ce n’était pas un mystère si Urgi avait la préférence du public. Depuis déjà plus d’une décennie, il voyageait partout dans l’Est d’Asyiad pour combattre dans des tournois et des démonstrations. Il savait exactement ce qui impressionnerait la foule et avait appris à la contenter. Alors, quand l’auroch furieux fonça dans sa direction, il n’eut pas la même réaction de préservation qu’Iven. Il attrapa directement le taureau par les cornes, soutenant sa puissance pour finir par le subjuguer. Bien que le bovin se jetait violemment d’avant en arrière, le gladiateur s’était tout de même juché sur son dos et le dirigeait tant bien que mal, une main tenant une de ses cornes. Lorsque la bête renonça, il brandit sa hache haut au-dessus de sa tête en signe de victoire. Le spectacle était exceptionnel et, encore une fois, son public le lui rendit bien à grands renforts de piétinement sur les gradins de bois dans une cacophonie ahurissante et déraisonnée. Mais l’orgueil est bien piètre conseiller…
 
***
 
- Le taureau a foncé vers moi, déclara-t-il, factuel et froid. Mes ailes sont assez puissantes donc j’ai sauté et me suis orienté pour aller frapper en plein cœur le meurtrier de mon maitre d’escrime. Et, une chose en faisant une autre, j’ai été remarqué et invité à rejoindre la garde royale.
 
Il croisa un peu les bras en toisant un moment la princesse. Il ne savait pas réellement dire s’il l’avait horrifiée ou fascinée. Pour autant, il n’avait rien affabulé. Lord Falsynth, juste à côté, hoca de la tête pour confirmer les dires du jeune chevalier.
 

- Les scribes m’ont raconté le tournoi de Fharblade dans des termes similaires. Ils n’avaient pas sa modestie ni sa concision, s’amusa-t-il.
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Lulu
Sam 26 Aoû - 22:21

Lysária
Dar'ramha

Dix-neuf lunes, et déjà sa nuque se fissure sous le poids de la couronne féerique. Son cœur, tel un lac en hiver, s'est gelé lorsque la mer avide a englouti sa mère bien-aimée. Nul allié en vue, point de répit, la princesse dissimule ses émotions, érigeant l'inexpressivité en une forteresse impénétrable. Son sang royal a scellé son sort dès ses premiers cris, condamnant son futur à l'échiquier du pouvoir, ne lui offrant guère l'opportunité de s’enfuir de ces mystérieuses dédales. Joyau prisonnier du Palais Argenté, elle n'a quitté ses enceintes qu'à une unique occasion, lors d'une promenade de santé. C’est sur les îles qu’elle a enfoui sa candeur et son bonheur, tout comme des trésors à jamais perdus sous une couche de grains d'opale.
LYSÁRIA'S POV. La nuque de la princesse ne fléchit pas, tandis que ses perles azurées effleurèrent fugacement cette dague marquée par les triomphes du preux. Cette vision raviva une tendre réminiscence, à l'époque où la Garde Royale comptait parmi ses membres un chevalier vénérable, qui avait, à son insu, suscité chez la jeune princesse un intérêt pour l'art de l'épée. Hélas, la Garde était à présent peuplée d'une multitude de chevaliers insipides, tous recrutés lors de tournois stupides. Ainsi, l'enthousiasme de la jeune princesse s'était évanoui, reléguant la plus âgée à ne ressentir d'émotions vives qu'en se remémorant les contes héroïques du regretté. Lysária releva ses perles insondables, et malgré l'air désintéressé qu'elle arborait, la jeune fae écouta attentivement le récit du petit nouveau que Lord Falsynth avait déniché.

À mesure que le chevalier narrait son histoire, les pensées de la princesse s'accordèrent à ses paroles, peignant dans son esprit un spectacle de marionnettes fières et résolues, qui offraient des valses sanglantes et farouches à un auditoire exalté. Lysária assistait rarement aux tournois, ces danses mortelles ne suscitant nul plaisir en elle. Malheureusement, son père, le roi, les chérissait. Ainsi, sa fille ne pouvait souvent se soustraire à ces événements, où elle se contentait de faire acte de présence. De toute évidence, peu d'activités parvenaient à captiver son intérêt, particulièrement depuis son retour à la capitale. L'adolescence et le deuil ne faisaient pas bon ménage. Par conséquent, Lord Falsynth avait grandement recommandé au roi d'offrir à sa fille une période de convalescence dans les terres de Nor'ytrin, où elle avait séjourné jusqu'à ses seize ans, soit une année durant. Sur cette île isolée, ourlée d'écume, à l’air embaumé d’iode et à la nature luxuriante, la princesse avait trouvé un baume pour ses plaies. Mais une fois de retour dans la capitale, ses rues sales, son odeur répugnante et ses rats pullulant, les blessures s'étaient rouvertes, plus douloureuses que jamais.

L'attention de la royale fut mise à mal par ses divagations intempestives, et son imagination fut projetée à l'instant où le jeune ombresang fit une sinistre découverte. Son maître d'armes n'avait pas survécu au tournoi, et lui, livra un dernier combat vengeur pour honorer héroïquement la mémoire de son aîné. Cette conclusion parvint presque à arracher un frisson d'émotion au doux visage de la jeune fae. Cependant, sous le regard aiguisé du Conseiller et en présence d'un étranger, elle demeura impassible. Lysária devait enfouir ses sentiments les plus intimes et, si elle ne le pouvait, s'efforcer de les contenir. Heureusement, Lord Falsynth lui vint en aide en esquissant un commentaire léger sur cette précieuse trouvaille, soulignant l’humilité de celle-ci.

— « Nous savons, vous et moi, Lord Falsynth, que les scribes ont un penchant pour l'exagération. Il est aisé de transformer une simple altercation en duel épique, et un modeste saut en une prouesse aérienne… » fit-elle remarquer, son regard nullement détourné des yeux du jeune ombresang. Avec prudence, Lysária tentait de le sonder. Il était en effet urgent pour elle de cerner ce nouveau pion que Lord Falsynth essayait d'ajouter à l'échiquier, celui-ci était capable tout autant de la protéger que de la renverser.
— « Princesse, dans ce cas précis, je suis enclin à croire que les exploits de Sire T’sarran ne sont pas totalement dénués de vérité. Les événements du tournoi de Fharblade ont laissé une empreinte marquante dans les plumes et sur les langues qui s'en sont emparées », assura le Conseiller, déterminé à lui montrer que cette nouvelle recrue était essentielle à la couronne.
— « J'admire votre dévouement, Lord Falsynth », murmura la princesse, jetant un bref coup d'œil à celui qui l'avait surveillée sans relâche depuis ses premiers pleurs. « Cependant, Sire T’sarran, poursuivit-elle, les compétences requises pour manier une épée ne constituent qu'un pan des exigences de la Garde Royale. Les batailles silencieuses dans les couloirs, lors des conseils et des événements mondains, sont tout aussi cruciales. Ne craignez-vous pas d'échouer dans ce domaine ? » interrogea-t-elle, tandis que la stature de Lord Falsynth se redressait discrètement, lançant un regard intrigué au jeune chevalier.

La moindre bévue pourrait leur être fatale, à lui comme à la couronne. Les manipulateurs, les curieux, les envieux, foisonnaient à Leseluna, sans doute en plus grand nombre que les rats. Lysária doutait de la diplomatie, et plus généralement, de la sagacité d'un ombresang. Même s'ils se montraient d'une férocité exceptionnelle sur le champ de bataille, il lui semblait qu'aucun d'entre eux n'avait conquis une position éminente à la cour… Du moins, depuis des années.

Houmous
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Houmous
Sam 2 Sep - 20:43

Iven
(Helvith) T’sarran

J'ai 17 ans et je vis à Leseluna, au Royaume d’Asyiad. Dans la vie, je suis chevalier ombresang et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance , je suis invité à rejoindre la garde royale et je le vis plutôt extrêmement bien.

Informations supplémentaires ici.
Iven contempla la situation dans laquelle il s’était retrouvé. Il se rappela de certaines choses que lui avaient dit sa mère à ce sujet bien trop prévisible. Elle avait été très claire et explicite, d’ailleurs, car elle se doutait qu’il viendrait un moment où il faudrait y répondre. Alors, il esquissa un sourire léger qui brisait son faciès de statue de granit. Ses mots se superposèrent à ceux de Lady Sibilla T’sarran.

- Ma damoiselle, si je puis me permettre, je ne suis qu’un humble ombresang, commença-t-il, tranchant avec son ton plus direct jusqu’ici. Si d’aventure mon statut de chevalier vous a mené à vous méprendre au sujet de mes ambitions, n’ayez crainte. Je ne suis ici que pour servir et prouver ma fidélité selon la plus pure interprétation du code de la chevalerie. Je serai tel l’ombre qui surveille patiemment les agissements de la cour et pareil au chien de garde de la suite royale.
 
Il ajouta à cette déclaration une révérence qui semblât satisfaire Lord Falsynth. En ce qui concernait la princesse, il eut plus de mal à savoir si ses mots avaient eu l’effet escompté. Seul le temps le dirait, supposa-t-il. Il constata avec déception, une fois de plus, à quel point les ombresangs étaient considérés comme des bêtes sauvages incapables de raison.
 
- Fort bien, Sire T’sarran ! conclut finalement le Grand Conseiller. Comme notre bien-aimée Princesse semble avoir quelques réticences, nous allons maintenant prendre congé et la laissez étudier la question. Merci pour votre temps, Demoiselle Dar’ramha et puissiez-vous passer une sérénissime journée !
 
Le vieux fae s’inclina bien bas à son tour et laissa le temps à sa révérence d’être pleinement ressentie avant de s’en aller, tout d’abord sans tourner le dos à la jeune héritière. Il semblait que le décorum autour de personnes d’une importance telle était étouffant mais Iven avait lui aussi décidé de se tenir à cet exercice exigeant. Néanmoins, il se contenta de faire quelques pas en arrière avant de s’en aller directement à la suite de son guide attitré.
 
A nouveau, ils voyagèrent au sein de l’immense palais pour aller trouver d’autres nobles réticents à l’idée de recruter dans l’armée la plus prestigieuse du Royaume un être d’une caste considérée comme inférieure. Comme sa mère lui avait intimé, il resta de marbre et digne face à ces notables snobs tant qu’il le fallait. Tout ceci faisait partie du test car il était impensable qu’un garde royal puisse avoir la moindre volonté à défendre son honneur au risque de froisser des invités de marque. Le jeune chevalier avait encore beaucoup à apprendre mais sa forte stature intimidante, son regard froid et calme et la grande harmonie de ses traits convainquaient. Force était de constater qu’on se voyait bien adopter ce spécimen dans la garde royale, rien que pour le prestige de pouvoir l’exhiber comme un phénomène de foire. Il fallait bien avouer qu’il tranchait avec les idées que se faisaient ces nobles des soldats de leur armée. Ils les voyaient sanguinaires, fous et instables : tout le contraire du colosse calme qui leur faisait face et qui se contentait de répondre avec concision quand on l’y invitait.
 
Et puis, Lord Falsynth dut bien se résoudre à l’inévitable. Il s’approcha d’un serviteur et lui souffla quelques mots. De ce qu’Iven put en comprendre, il était question de savoir si Sa Majesté était dans de bonnes dispositions et si venir présenter le nouvel arrivant pour sa garde était avisé. La domestique, dans une tenue impeccable et un silence glaçant, le toisa un instant avant d’hocher légèrement de la tête et de se remettre à l’ouvrage de son ménage. Lord Falsynth souffla donc un grand coup avant de mener son invité jusqu’à l’entrée de la salle du trône.
 
Là, de nombreux futurs pairs du chevalier montaient la garde de chaque côté du hall. Leurs armures réhaussées de liserais virides et de motifs herbacés adoucissaient une apparence austère et patiente. Ils portaient directement dans la main, semblait-il depuis longtemps, écu et hallebarde finement forgés et ouvragés. L’héraldique de la famille royale Dar’ramha était visible sur des fanions de tissu, les boucliers et le tapis de satin qui traversait la pièce. On y voyait chaque fois le même symbole de l’arbre luxuriant de la vie selon les Onirotrophes, le très noble akébie à cinq feuilles. Ils avancèrent en direction du promontoire sur lequel se trouvait le trône de bois blanc et, juché dessus, le Souverain d’Asyiad tout entier, le Roi Eláriel II de la famille Dar’ramha. Lorsqu’ils furent à une distance raisonnable, ils s’agenouillèrent tous deux, l’un mimant l’autre.
 
- Mon bon Conseiller, relevez-vous et venez à mes côtés ! tonna le lige à son proche. Et expliquez-moi à quoi rime cette simagrée !
 
Il n’en fallut pas plus pour qu’Iven se trouve seul sous de nombreux regards inquisiteurs au sommet desquels se trouvait celui du Roi. Lord Falsynth s’approcha pour souffler quelques mots à l’oreille comme il était habituel qu’il le fasse pour qu’enfin le regard se porte à nouveau sur l’ombresang. Un sourire mauvais se forma sur les lèvres du Roi avant qu’il ne se lève et n’approche. Tout près de lui, deux gardes ne quittèrent pas du regard le moindre mouvement suspect du nouveau chevalier de la cour.
 
- Mmh… Un ombresang à la garde royale ? Voilà une idée fort amusante, mon bon Conseiller, s’amusa Eláriel II. Comment vous est-elle venue ? Un de vos scribes l’a-t-il soufflé à vous ?
 
- Oui, votre Seigneurerie ! C’est l’un de mes scribes qui a relevé les exploits lors du tournoi de Fharblade qui a vu la consécration de Sire T’sarran… J’ai jugé bon de-
 

- Qu’on appelle mon héritière ! Plus vite que ça ! s’écria le Roi en continuant à considérer le jeune ombresang, ce même sourire aux lèvres.
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Lun 4 Sep - 20:15

Lysária
Dar'ramha

Dix-neuf lunes, et déjà sa nuque se fissure sous le poids de la couronne féerique. Son cœur, tel un lac en hiver, s'est gelé lorsque la mer avide a englouti sa mère bien-aimée. Nul allié en vue, point de répit, la princesse dissimule ses émotions, érigeant l'inexpressivité en une forteresse impénétrable. Son sang royal a scellé son sort dès ses premiers cris, condamnant son futur à l'échiquier du pouvoir, ne lui offrant guère l'opportunité de s’enfuir de ces mystérieuses dédales. Joyau prisonnier du Palais Argenté, elle n'a quitté ses enceintes qu'à une unique occasion, lors d'une promenade de santé. C’est sur les îles qu’elle a enfoui sa candeur et son bonheur, tout comme des trésors à jamais perdus sous une couche de grains d'opale.
LYSÁRIA'S POV. À peine les lèvres du souverain eurent-elles le loisir de se clore, que des valets affolés accoururent en quête de l’héritière. L’intéressée n’avait pas déserté sa loge, ses prunelles perdues dans l'étendue de verdure où tant de doux souvenirs étaient nichés. On l'arracha de ses songeries, par ordre de son père, lui fit comprendre l’un des domestiques. Le masque de marbre que portait la princesse se fendit, le temps d'un froncement de sourcils éphémère. Qu'espérait-il d'elle ? Incertaine et coutumière de son humeur versatile, Lysária prit discrètement, une profonde inspiration de cet air frais aux fragrances chargées de souvenirs, avant de se perdre à nouveau dans ce labyrinthe doré. Qu'elle puisse, priait-elle, le traverser sans perdre quelques plumes.

Les portes majestueuses de la salle du trône s'ouvrirent, révélant la frêle silhouette de la princesse, au visage grave, ses mains enchaînées devant elle. Les yeux des serviteurs dévoués du roi se fixèrent sur la jeune femme, destinée à devenir leur future reine. Aucun sourire, ni regard réconfortant n'accueillit l'argentée lorsqu'elle avança jusqu'aux pieds de son père. Loin d'être exempte des formalités royales, Lysária inclina humblement la tête pour saluer le roi Eláriel II. Le bruissement léger de sa tunique verte pâle fut le seul bruit qui osa troubler ce silence solennel.
Dès que la princesse Lysária releva son regard, elle découvrit le visage d'un homme marqué par la fatigue et les tourments. Le roi n'était plus l'homme aux formes joufflues, mais une silhouette émaciée. Ses joues étaient creusées, ses yeux enfoncés profondément dans leurs orbites, et sa mâchoire saillante. À l'observer, on aurait dit contempler un crâne plus qu'un visage bien en chair. Sa longue chevelure argentée, autrefois aussi éclatante que celle de sa fille, était désormais criblée de nœuds. Aucun domestique de rang modeste n'avait l'autorisation d'y toucher, et aucun descendant du peuple de Lóthliel, qu'il soit Nor’itryn, Dar’ramha ou autre, ne s'adonnait à cette tâche.
Tel du lierre qui s'entremêler à la pierre, ses cheveux s'étaient mêlés à la couronne. On racontait même, à en juger par l'état de sa chevelure, que le roi dormait avec celle-ci, incapable de la retirer par lui-même. De la même manière que les domestiques n'étaient pas autorisés à toucher sa chevelure avec leurs doigts supposés souillés, le corps était également privé de soins. Cela expliquait l'odeur persistante d'un parfum rance, qui piquait les narines et emplissait la salle du trône. Eláriel II n'était plus cet homme charismatique, bien en chair, qu'il avait été par le passé. La folie l'avait rongé, le laissant abîmé et défiguré.

— « Ah, ma chère enfant… », soupira-t-il d'une voix rocailleuse.
— « Votre Majesté », répondit l'héritière en abaissant de nouveau la tête.
— « En tant qu'héritière du trône, ton opinion m'importe. Dis-moi... Crois-tu que ce jeune ombresang mérite de rejoindre notre prestigieuse Garde Royale ? », demanda-t-il, en désignant Sire T'sarran d'un geste lourd de tête.

Lysária releva la tête, scrutant son père pendant quelques instants, cherchant à discerner son état d'esprit. Cependant, la folie avait voilé ses yeux, les rendant impénétrables. La princesse prit une discrète inspiration.

— « Je n'ai malheureusement pas eu l'occasion de discuter davantage avec lui, je… »
— « Tu évites ma question », coupa le roi. « Rappelle-toi qu'un souverain n'a pas toujours le loisir de mûrir ses réflexions... Alors, quel est ton avis ? » insista-t-il, relevant légèrement le menton d'un air inquisiteur.
— « J'ai des doutes », admit-elle enfin. « Sire T'sarran est... »
— « Plus fort », exigea le roi d'une voix glaciale.

L'héritière sentit sa mâchoire se crisper, consciente que le silence n'était pas de mise en cet instant. D'un mouvement léger, Lysária redressa ses épaules frêles, cherchant à donner plus de prestance à sa silhouette qui semblait s'évaporer sous l'ombre du roi impatient et capricieux.

— « J'ai des doutes, Votre Majesté », avoua-t-elle d'une voix plus résolue. « Je crains que Sire T'sarran ne soit encore trop jeune pour prétendre à une place au sein de la Garde Royale. »
— « Est-ce là ton unique préoccupation, ma chère enfant ? Ou bien refuses-tu de reconnaître que tu ne juges la valeur de ce vaillant homme que par son sang ? », interrogea-t-il, ses ongles si longs qu'ils semblaient être des griffes, s’enfoncèrent dans l'accoudoir du trône, richement orné de motifs floraux. Sa haute silhouette se pencha vers celle de sa fille, tandis que des braises inquiétantes commencèrent à crépiter dans son regard.

L'accusée était obligée de reconnaître que le sang qui coulait dans les veines de ce chevalier jouait en sa défaveur. La Garde Royale était formée de faes distingués, capables de passer sans effort d'une attitude noble à une férocité féroce, et selon les circonstances. Là où les ombresangs, étaient reconnus pour leurs manières peu distinguées et leur tendance à l’emportement. L’obscurité des ombresangs les tenaient en étrangers à l'éducation distinguée que seuls les chevaliers d'illustres lignées pouvaient savourer. De plus, Sire T'sarran ne lui semblait pas être très âgé. Trop jeune, peut-être même trop immature, il n'avait sûrement pas la même sagesse que ses aînés, et encore moins l'expérience des jeux subtils, et potentiellement fatals, de la cour. Les chevaliers de la Garde Royale, à la vigilance aiguisée, savaient qu'en ces lieux, la méfiance devait toujours être leur compagne, même loin des champs de bataille.
Sire T'sarran, en revanche, donnait l'impression de n'avoir jamais affronté la cruauté de cette cour. Dans l'esprit de l'héritière, l'idée de le nommer à un poste de haut-gradé au sein de leur armée paraissait bien plus judicieuse. Ainsi, il ne pouvait, à ses yeux, pas être un prétendant idéal, du moins pas pour le moment. Toutefois,  Les lèvres de l’héritière restèrent scellées face au ton inquisiteur de son père, n’osant nullement lui dire qu’il n’avait que partiellement raison… Mais était-ce la une bonne idée ? Lysária, pourtant née au cœur de ce labyrinthe perfide où la courtoisie, la manipulation et le doute régnaient en maîtres, s’y sentait souvent égarée. Elle n'avait pas encore su dompter les caprices de son environnement, et la tâche se révélait particulièrement ardue quand elle se trouvait face à ceux qui, depuis des années, parcouraient ces dédales. Ses mains se crispèrent, et l'ongle de son index s'enfonça profondément dans sa chair. Elle se devait de garder son sang-froid, son calme était sa seule armure.

— « Ah quelle l’ironie ! », s’exclama le souverain, qui laissa jaillir de ses lèvres abîmées un rire lourd, teinté de mépris. « Laisse-moi te montrer, comment ces messieurs si présents te perçoivent… », susurra-t-il d'une voix glaçante, tandis que les braises se muèrent en un brasier ardent. « Ma fille est trop vêtue… Allégez-la de ce fardeau », ordonna-t-il froidement, à celui qu'on nommait Sire Denys Mullendore, Commandant de la Garde Royale.

Et le masque de marbre se fissura subitement. La jeune fae jeta un regard empli de terreur à Sire Mullendore, dissimulé sous un heaume sinistre, qui évoquait le crâne d'un loup. D'un pas résolu, il s'avança derrière la silhouette royale qui tenta de se soustraire à l’injure… Mais elle découvrit qu'il était impossible d’échapper à la poigne d’un chevalier résolu. Puis, le bruit d'un tissu déchiré résonna dans la salle. Certains affichaient une gravité feinte, d'autres détournèrent le regard, et quelques-uns jetèrent des œillades furtives. Lysária s'agenouilla, et ses doigts graciles effleurèrent ses épaules pour prévenir la chute du vêtement qui menaçait de dévoiler son corset. Son cœur tambourinait furieusement, tel un oiseau en détresse, tandis que ses yeux, fixés sur le sol, fuyaient soigneusement les regards scrutateurs de l’assemblée muette. Sire Mullendore se pencha sur la silhouette de la jeune fae, et sa poigne puissante agrippa l’un des lambeaux de tissu qui dissimulait le bas de son dos. La voix du roi, soudain, s'éleva de nouveau.

— « Arrêtez ! » ordonna le roi d'un ton impérieux.

Le Commandant obéit, relevant son corps tout en glissant discrètement ses mains derrière son dos. Nul ne pouvait discerner si, en humiliant ainsi sa future souveraine, il ressentait du plaisir ou du dégoût. Lysária, prostrée, agrippait fermement les plis soyeux de sa robe, ses mèches argentées chutant en cascade sur son visage. Ses émotions étaient difficiles à percevoir à cause de ce voile argenté, mais les contractions de son corps trahissaient l'ampleur de son affliction.

— « Je me suis permis, ma douce enfant, de te rappeler que ta condition n’est guère différente. Si certains considèrent ce jeune ombresang comme un barbare en raison de son lignage, d'autres te perçoivent comme une putain à cause de ton sexe. Désagréable, n'est-ce pas ? » Sa main se desserra autour de l'accoudoir, et son dos retrouva le confort du fauteuil.

Lysária n'entendait que le battement saccadé de son sang pulser dans ses oreilles. Elle évitait soigneusement les regards scrutateurs de ces messieurs de la haute, même si quelques-uns d'entre eux semblaient lui offrir des œillades compatissantes. La honte, telle une bête féroce, la dévorait de l'intérieur, pendant que son père s'extasiait en secret d'avoir administré une leçon bien méritée à sa fille qu'il avait autrefois tant choyée. D'un geste impérieux, il fit signe à l'une de ses servantes de couvrir le dos partiellement dénudé de la jeune fae, dont les ailes fragiles s’étaient déployées en une vaine tentative de préserver sa pudeur. La domestique désignée se hâta d’attraper sa cape pour envelopper la princesse, la dissimulant sous cet écrin improvisé. Malgré tout, Lysária n'osait retirer ses mains de ses épaules, pétrifiée par la honte. Discrètement, la servante lui offrit une accolade compatissante et lui suggéra de se redresser, tout en douceur. C’est ce qu’elle fit. Son visage, à présent exposé, trahissait un profond malaise. Sa mâchoire crispée, ses lèvres pincées, et ses yeux étincelants de larmes qui ne tomberont pas. Restée digne, tel était son unique impératif, quand bien même elle se trouvait dans un état lamentable. Le roi, de sa voix impérieuse, se résolut à briser le silence pesant, annonçant avec une froideur glaciale :

— « Pour expier cet affront, ce jeune ombresang aura l'opportunité de prouver que tu t’es trompée sur lui. Il s'engagera dans le tournoi des cinq lunes... pour restaurer l'honneur que toi, ainsi que tant d'autres, avez tant souillé ! » Exigea-t-il, tandis que son regard, tranchant comme une lame, se posa sur le jeune chevalier.
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Iven
(Helvith) T’sarran

J'ai 17 ans et je vis à Leseluna, au Royaume d’Asyiad. Dans la vie, je suis chevalier ombresang et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance , je suis invité à rejoindre la garde royale et je le vis plutôt extrêmement bien.

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Iven observa un instant la scène qui se déroulait à côté de lui puis s’en détourna froidement, profondément dégoûté du décalage avec ce qu’il avait imaginé. Les valeurs qu’on lui avait inculquées avec beaucoup d’insistance, ses idéaux, tout était bafoué en l’espace d’un instant. Il avait fait tout ce chemin jusqu’à la capitale pour faire demi-tour et abandonner ? Peut-être, finalement. Une image vaut mieux que mille discours et à la cruauté dont on pouvait faire preuve à l’égard d’une femme du rang de Damoiselle Lysária Dar-ramha, il jugea qu’on pourrait lui faire subir et commettre les pires horreurs sans sourciller. Mais malgré tout, le Roi ne semblait pas l’entendre de cette oreille. On lui ordonna de combattre lors du tournoi des cinq lunes. Alors, il combattrait, mais en ses propres termes.

 
- Votre Majesté, s’empressa-t-il d’ajouter avant d’être chassé par la doléance suivante, à la grande surprise de la cour, le champion de votre garde participera-t-il au tournoi des cinq lunes ? J’aimerais croiser le fer avec lui.
 
Le Souverain se fendit d’un sourire amusé tandis que Lord Falsynth pâlissait à mesure qu’il voyait la situation se développer. Où pouvait bien en venir ce jeune chevalier ? Il avait déjà eu la chance de survivre à une entrevue avec le Roi alors qu’il se montrait particulièrement changeant et caractériel, quel besoin pouvait-il bien avoir à chercher plus encore son attention ? Les quelques courtisans et domestiques retenaient leur souffle dans l’attente de voir la réaction de leur bon Roi.
 
- Oui, mon petit chevalier, se gaussa-t-il. Sire Mullendore affrontera le finaliste des duels, quel qu’il soit ! N’est-ce pas Denys ?
 
La tête de loup métallique hocha légèrement, imperturbable aux provocations qui semblaient lui être faites. Une rumeur se répandrait aussitôt dans les rangs des courtisans : le jeune ombresang voulait se mesurer au capitaine de la garde pour le remplacer. Les plus romanesques y voyaient un acte formel de courtisan pour gagner les faveurs de la Princesse en rachetant son honneur. D’autres encore pensaient à une tentative d’assurer sa place au sein de l’armée par sa bravoure sans réellement croire en la possibilité d’une victoire. Il fallait avouer que Sire Mullendore jouissait d’une excellente réputation, que ce soit dans la cour ou dans tout Asyiad, notamment de par ses faits d’armes nombreux et fascinants. Le Roi lui vouait une confiance sans bornes, le chargeant à l’occasion de certains de ses propres contingents et secrets. C’était presque devenu un bras droit ou un confident pour le vieillard aliéné qui tenait le trône à l’heure actuelle, quelqu’un que même le Grand Conseiller jalousait. Mais de tout cela, Iven n’avait connaissance de rien. Tout ce qu’il savait, c’était que ce fae avait déshonoré un membre de la famille royale sans la moindre hésitation. Eut-il montré le moindre doute, Iven n’aurait pas tant pris ombrage de l’acte. Mais l’altercation s’était faite beaucoup plus brutalement et il savait dans sa chair qu’il ne pourrait le tolérer. Il n’accepterait pas d’avoir quelqu’un comme lui pour le diriger, de lui laisser le pouvoir de décider son destin.
 
Les quelques jours qui séparaient l’audience du coup d’envoi du tournoi virent toutes sortes de nobles, de gardes et de domestiques approcher le jeune chevalier. Certains pour se moquer de son audace ridicule et démente, d’autres pour louer son courage et sa noblesse. Mais il fallait avouer que nul ne restait insensible à cette situation et qu’Iven avait su attirer l’attention sur lui dès son arrivée. Cette nouvelle notoriété matinée d’une curiosité maladive pouvait s’apparenter à une arme à double tranchant. Tous les regards seraient tournés sur eux lorsque le combat débuterait. Les quelques-uns qui pouvaient se sentir rebutés par une telle démonstration de barbarie ne pourraient rester insensible aux enjeux de ce face à face. Et les acclamations en faveur du vainqueur ne se tariraient pas de sitôt.
 
- Soit prudent et audacieux à la fois pour qu’ils ne sachent prévoir tes actions, mon fils, avait dit Lady Sibilla T’sarran. Soit humble et formel lorsqu’on attend de toi que tu perdes ton sang-froid et brave et imperturbable lorsque tu devrais ressentir la peur. La cour te tolérera pour tes triomphes, ignorera tes victoires et te haïra au moindre signe de faiblesse. Ainsi va le sort des ombresangs lorsqu’ils quittent les champs de bataille qui se combattent avec les armes pour ceux qui font la part belle aux mots. Mais si tu veux réellement briller comme le fit ton père, apprend-leur à te craindre d’abord. Ils ne te respecteront jamais mais ils ne t’offenseront plus s’ils croient n’avoir aucune chance et beaucoup à perdre face à toi.
 
Les mots résonnaient encore dans son esprit tandis qu’il méditait en marge du terrain d’entrainement. Trouver la concentration nécessaire à faire face comme une seule chose demandait de la préparation. Mais lorsqu’Iven parvenait dans le bon état d’esprit, il savait que l’épée se comportait comme le prolongement de son avant-bras. C’était dans cet esprit qu’il voulait se préparer pendant le peu de temps dont il disposait. Il avait bien conscience d’être visible de tous et, bien que cela l’ait perturbé un premier temps, il ne le remarquait désormais plus. Les bruits des foulées dans la terre battue, les ailes qui se déployaient et ployaient sous la fatigue et les armes qui s’entrechoquaient avaient rejoint les battements de son cœur, le souffle du vent et le sifflement des arbres pour s’y mêler parfaitement. Même les ricanements des nobles qui le fixaient du belvédère s’étaient tus dans ses pensées. Il ne subsista que le jeune ombresang et le souvenir de l’arbre unique duquel il tirait sa concentration lorsqu’il était encore à Fharblade. Iven n’était pas religieux mais méditer sur le faible poids de son existence l’avait aidé à garder son calme lors du dernier tournoi.
 
- Abandonne tout ce qui ne fait pas parti du vent et de la lame, Iven, avait un jour dit Rohirim. C’est le seul chemin vers la victoire : abandonner tout ce qui fait partie de soi. Seule la lame existe réellement. Elle continuera d’exister une fois que nos corps auront rejoint les terres des Rêves. Elle perdurera même lorsqu’elle sera brisée. Deviens la lame et laisse-la te guider. Danse et valse pour lui permettre de se montrer au monde et à tes adversaires. Seuls eux pourront la comprendre réellement, l’espace d’un instant, alors que la vie quitte leur regard.
 
Ses pensées, sans cesse, se tournaient vers le passé pour y puiser la force. Il doutait et savait qu’il ne pourrait accepter dûment la lame ainsi. Alors, il dégaina et commença une longue lutte avec ses propres faiblesses pour les dépasser et les laisser se consumer lentement sur le fil. Continuellement, il assaillait le mannequin avec la même frappe simple et verticale. Sans laisser ses pensées s’introduire dans l’exercice, il écoutait le chant de l’arme, chaque fois légèrement différent. Il était essentiel qu’il l’entende chanter sans fausse note avant de se sentir prêt. Cette attitude dévouée semblait difficile à concevoir de ses pairs qui venaient observer et le railler. Heureusement, aucun d’entre eux ne parlait plus fort que vent sur l’épée. Et lorsqu’enfin le chant se corrigea, le mannequin s’ouvrit de toute sa hauteur pour déverser le sable qu’il contenait au sol. Le son que la frappe avait produit était distinctement différent pour lui mais il lui parut que personne ne l’avait saisi puisque les moqueries reprirent de plus belle.
 
- Qui crois-tu impressionner, oiseau de mauvais augure ? soupira l’un.
 
- Rien de bien surprenant à ce que le sac craque à force de taper dessus comme un sourd ! Tu ne toucheras jamais le Seigneur Commandeur, se gonfla l’autre.
 

Rapidement les deux recrues furent rappelées à l’ordre par un officier. Iven avait fini par sortir de l’état dans lequel il cherchait le chant de son arme. Il porta son regard sur Sire Mullendore qui l’observait. Peut-être était-ce un ffet de la lumière qui réfléchissait sur son casque mais Iven eut la nette impression qu’il le fixait aussi. Avait-il compris ?
Lulu
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Lulu
Lun 11 Sep - 11:29

Lysária
Dar'ramha

Dix-neuf lunes, et déjà sa nuque se fissure sous le poids de la couronne féerique. Son cœur, tel un lac en hiver, s'est gelé lorsque la mer avide a englouti sa mère bien-aimée. Nul allié en vue, point de répit, la princesse dissimule ses émotions, érigeant l'inexpressivité en une forteresse impénétrable. Son sang royal a scellé son sort dès ses premiers cris, condamnant son futur à l'échiquier du pouvoir, ne lui offrant guère l'opportunité de s’enfuir de ces mystérieuses dédales. Joyau prisonnier du Palais Argenté, elle n'a quitté ses enceintes qu'à une unique occasion, lors d'une promenade de santé. C’est sur les îles qu’elle a enfoui sa candeur et son bonheur, tout comme des trésors à jamais perdus sous une couche de grains d'opale.
LYSÁRIA'S POV. Jamais encore le tournoi des cinq lunes n'avait rassemblé une assemblée si imposante, comme si la présence d'un ombresang lors d'un tournoi si prestigieux avait su guider les pas de multitudes curieux. À croire que le courage et la loyauté de ce chevalier avaient le pouvoir de galvaniser les foules, bien plus que les noms illustres gravés dans le prestigieux recueil de la Garde Royale.

Les motivations de la majorité de ces curieux demeuraient étaient faciles à devenir à en croire le mélange repoussant de fascination malsaine et de dédain qui flottait dans l'air sec de la capitale. Assis sur des sièges en osier finement tressés par les doigts les plus habiles du royaume, certains de ces nobles trépignaient d'impatience, avides de voir le vaillant Sire Mullendore réduire en bouillie le crâne du jeune effronté. D'autres, plus discrets, nourrissaient secrètement l'espoir de voir ce géant invincible subir une humiliation royale, un revers inattendu que personne n'aurait osé prédire. Et le reste de l'assemblée se frottait les mains, curieux de découvrir quelle tête couronnée les dieux avaient choisi de bénir : le souverain dérangé, père d'un royaume en perdition, ou sa fille, l'héritière conspuée. Les enjeux étaient plus profonds que ce que l'œil pouvait percevoir, et leurs conséquences ne tenaient qu'à un coup d'épée savamment placé.

Sous le vaste ciel qui brillait d'un bleu immaculé, deux crinières d'argent se distinguaient nettement au milieu de la multitude aux cheveux cuivrés, dorés ou ébènes. La première silhouette se tordait sur son siège, l’échine courbée, comme si elle portait sur ses épaules le fardeau de toutes les cruautés du monde. La douleur, aussi bien psychique que physique, semblait l'envelopper, l'emprisonner dans un sombre tourment. Une odeur putride émanait de ce vieil homme, dont on pouvait trouver les restes de son dernier repas dans certaines mèches de sa chevelure emmêlée. Quant à la seconde, elle demeurait droite et inébranlable, et s’élevait telle une figure de résistance au sein de la foule. Sa posture exprimait une détermination solide, une force intérieure inaltérable face aux tumultes qui s'annonçaient. Et par-dessus tout, cette silhouette arborait un visage dont aucun œil, même le plus acéré, ne saurait pénétrer les secrets. Quand bien même cette silhouette avait l’étoffe d’un souverain, rares étaient ceux qui validaient sa légitimité. En raison de ce qu’elle avait entre les jambes, ou plutôt, de ce qu’elle n’avait pas, avait affirmé son père face à toute une assemblée prestigieuse. Après la disgrâce, ce fut seulement cachée à l'abri des regards indiscrets, que la princesse s’était empressée d’arracher son masque et s'était effondrée en silence. Seuls les murs de sa chambre savaient dans quel piètre état se trouvait le cœur de la jeune Lysária, un état qui égalait en intensité celui du physique et du mental du souverain brisé mais dont personne ne soupçonnait les blessures. Cependant, si jusqu'à présent, son honneur avait été si souvent piétiné, sous le regard indifférent de tous, en ce jour, Sire T'sarran lui offrait l'occasion rêvée de réparer toutes ces offenses, tout en prouvant qu’il était digne d’intégrer la Garde Royale… Et plus encore, qu’il était déterminé à en raviver le prestige.

Lysária sentait son cœur frémir, comme un papillon de nuit virevoltant autour d’une torche, face à la noblesse d'âme de cet ombresang autrefois honni. La pureté de son cœur, sa détermination à briller au sein de l'obscurité, commençaient à fissurer les préjugés qui avaient empoisonné l'esprit de la princesse. Mais celle-ci se méfiait de cette curiosité naissante. Lysária savait que la solitude et la détresse qui la hantaient étaient des tourments qui pourraient la pousser à s'accrocher à la moindre lueur d'espoir, même si celle-ci émanait d'un être dont elle aurait autrefois redouté la présence. Elle ne voulait pas être une jeune fille naïve, qui se flétrissait devant la moindre bienveillance que le premier venu daignait lui offrir, elle ne souhaitait pas être une jeune fille aveuglée par son propre chagrin, et être à l'image de son père, ce vieil homme dévoré par ses souffrances intérieures. Pourtant, n'était-elle pas une jeune âme naufragée ? N'avait-elle pas subi les mêmes tragédies que son géniteur ? Et ne faisait-elle pas face seule à des tumultes qui la dépassaient ? Ses mains enserrèrent discrètement un mouchoir de soie, orné de ses initiales et de deux célosies brodées, puis le vent caressa doucement son visage, lui offrant un instant de répit face à ces craintes silencieuses qui l'assaillaient. Gracieusement, le minois de la princesse se tourna vers Lyna Brykas, sa dame de compagnie. Une jeune femme un peu plus âgée, au teint pâle, presque translucide, et aux cheveux ébène. Les deux demoiselles ne partageaient aucune complicité, l'une trop méfiante pour offrir sa confiance, et l'autre trop sérieuse pour se permettre la moindre amabilité envers la princesse.

— « Lady Brykas, auriez-vous l’amabilité d’offrir ce présent à Sire T’sarran avant que les réjouissances ne débutent ? » interrogea la jeune princesse à l’attention de la Brykas, qui prit avec délicatesse le mouchoir que sa dame lui tendait. Ce même mouchoir qu'elle avait serré précédemment entre ses mains.
— « Bien entendu, votre Majesté », répondit la jeune femme, s'envolant aussitôt pour rejoindre le chevalier ombresang.

Un rire lourd éclata à ses côtés, émanant de la charogne puante qui lui servait de roi. Lysária ne daigna pas lui accorder le moindre regard, maintenant son attention fixée sur la piste sableuse où les chevaliers s'apprêtaient à s'affronter.

— « Je suis persuadé que l'ombresang trouvera une utilité parfaite pour ton mouchoir si ses entrailles viennent à lui faillir à la vue de Sire Mullendore ! » déclara-t-il, d'un air moqueur. Quelques laquais accompagnèrent les facéties du roi de rires, tous sonnant plus faux les uns que les autres.

La princesse fut contrainte de se mordre la langue à plusieurs reprises pour réfréner l'envie de lui répondre que ce mouchoir pourrait lui être utile pour nettoyer son épée du sang de Sire Mullendore. À la place, Lysária adressa un sourire fade au souverain.

— « Je ne fais que suivre les traditions du tournoi, votre Majesté », articula-t-elle d'une voix douce. Aucune approbation des laquets cette fois-ci, pourtant, elle les savait particulièrement attachés aux traditions.

C'était un rituel subtil, un trait d'élégance au milieu de la bravoure et des joutes épiques. Les jeunes filles nobles, drapées dans leurs robes chatoyantes, offraient au chevalier qui attisait leur faveur, un mouchoir de soie d'une blancheur immaculée, parfois orné de motifs délicats et d'initiales qu’elles avaient brodé avec soin. Ils symbolisaient une connexion secrète, un lien invisible tissé entre la dame et son chevalier favori. Nombre d'entre eux convoitaient celui de la jeune princesse, plus précieux encore que tout l'or que pourrait amasser le vainqueur du tournoi des cinq lunes. Mais nul d'entre eux n’avait osé défendre son honneur avec la même ferveur qu'ils mettaient à défendre sa beauté lors de leurs soirées arrosées. Ainsi, Lysária avait décidé d'offrir, à sa manière, son soutien à ce jeune chevalier méprisé qui bientôt devrait prouver sa vaillance.

Au cœur de l'arène, un bouffon aux vêtements colorés s'éleva brusquement, perché sur une estrade éphémère. Son chapeau pointu, orné de grelots tintinnabulants, carillonnait au rythme de ses pas, et son visage masqué, où se dessinaient des traits grotesques, reflétait une malice irrépressible. À sa simple apparition, le roi émit un éclat de joie. Lunion, tel était le nom de sa nouvelle lubie. Le fou du roi était extravagant, et surtout, capable d'alléger l'humeur de la tête couronnée avec une grâce déconcertante. Lysária, quant à elle, le considérait avec méfiance, voyant en lui un rongeur de raison, et un allié inquiétant à la folie de son père.

— « Dames, seigneurs et preux chevaliers, le moment est venu ! Oui, oui ! » s'écria-t-il d'une voix nasillarde, perçant le tumulte de la foule. Brandissant son bâton orné de clochettes, il fit tinter les grelots avec une exubérance enfantine. Tous les regards se tournèrent vers lui, suspendus à ses mots. « Le grand tournoi des cinq lunes s'apprête à débuter, et les montures piaffent d'impatience, prêtes à se lancer dans l'arène ! Nos vaillants chevaliers s'affronteront dans des duels épiques, pour l'honneur, la gloire, et l'amour de notre souverain bien-aimé ! Oui, oui ! » Une révérence théâtrale, et sa marotte en forme de lune flotta dans l'air, légère comme une plume. « Que le spectacle commence ! Que les lames s'entrechoquent, que les lances se brisent, et que la bravoure brille comme la lune dans son plein éclat ! Que ce tournoi soit gravé dans les mémoires, et que la victoire sourie au champion le plus intrépide ! Oui, oui ! » conclut-il, sous les applaudissements et les acclamations de la foule, emportée par l'enthousiasme de Lunion.
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HOUMOUS
Houmous
Mer 13 Sep - 20:17

Iven
(Helvith) T’sarran

J'ai 17 ans et je vis à Leseluna, au Royaume d’Asyiad. Dans la vie, je suis chevalier ombresang et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance , je suis invité à rejoindre la garde royale et je le vis plutôt extrêmement bien.

Informations supplémentaires ici.
Leseluna était une cité complexe comme toutes les villes qui comptaient autant d’âmes. Elle était tout et son contraire mais ce qui la définissait réellement, c’est ce que ses habitants en faisaient à un moment donné. Si d’habitude Leseluna était un port de commerce majeur, donc un nœud marchand essentiel dans la région, on aurait pu croire que ce serait une ville populaire où les artisans, les commerçants et les guildes trouvent leur essor. Mais la ville haute comportait le palais royal. De par la présence du lieu de résidence principal du Roi, le prestige de la capitale augmentait considérablement. Et pourtant, avec ce prestige, des castes plus pauvres se formaient dans la ville. En effet, les nobles voulaient s’élever au même niveau de vie que le Roi à grand renfort de faste et de lucre. Les sirènes de l’or et du luxe ruisselaient alors pour obséder les bourgeois et les commerçants les plus riches, certains étant même apparentés aux puissants Vael’or de Mírielindë. Mais cette gourmandise dévorante avait un prix, et à Leseluna, le solde en était acquitté par des armées entières de larbins, serviteurs, ouvriers et serfs. Des intouchables, en somme, invisibles de la cour pour la plupart. Ils étaient quantité négligeable, n’avaient pour seule perspective que celle d’un repas chaud et d’un lit et l’on ne s’intéressait à eux que lorsque la faim viscérale des puissants n’était pas rassasiée.

Ainsi, en temps normal, la magnifique cité de Leseluna prenait des airs de fourmilière où les ouvrières ailées couraient de-ci de-là pour satisfaire la caste de reines sous la contrainte et la menace des soldats. Mais aujourd’hui, rien qu’aujourd’hui, tout le monde prenait le temps de paraitre oublier. Oui, d’oublier et de se réjouir de la fascination pour l’or, les bijoux, le pouvoir et les terres comme si cela était source de toutes beautés. Tout le monde faisait semblant que rien ne comptait plus que la bonne chair, les breuvages ambrés ou cristallins et l’amour. Et là encore, l’amour prenait de multiples facettes selon à qui on posait la question dans les rues encombrées attenantes à la place du marché. Le charpentier, sa femme au bras et une chope de bière dans l’autre main, teindrait-il le même discours que Lady Nor’itryn, cousine de la Princesse héritière ? Il s’avérait qu’en ce jour fatidique, il était possible que leurs idées se rapprochent plus qu’il n’est possible de l’imaginer. Et cette effervescence provenait de l’élément central de cette journée : le tournoi. Voir des hommes rompus aux arts de la guerre s’affronter pour la gloire, la richesse et les faveurs royales est, certes, particulièrement divertissant. Mais ce qui rendait cet instant si magique, c’était bien la courtoisie. Grâce à elle, tout acte pouvait avoir la prétention de toucher au divin, à l’idée du beau. Et dans ce contexte, le courage effronté de Sire T’sarran avait su trouver un écho dans le peuple tout entier. Le courage de faire face lorsque l’on n’est guère plus qu’un grain de sable à la cour galvanisait le bas peuple. En prime, une fierté chauvine s’était emparée des ombresangs des quartiers les plus défavorisés à l’idée de voir un frère au centre de cette attention. Les classes plus hautes voyaient dans le comportement du jeune chevalier la fougue d’une jeunesse intraitable et fascinante, parfaitement à l’image des légendes sur les ombresangs. Il ressemblait pour eux, à bien des égards, à un jeune étalon à débourrer, infiniment vrai envers lui-même. Une conquête de plus à réaliser, bien que son sort semble déjà scellé par son imprudence et sa provocation.

Musique:

Ainsi, dans cette arène aux oriflammes de toutes les maisons majeures, l’attention était à son summum. Les chevaliers en armure étincelante paraissaient les uns après les autres pour être annoncés par le bouffon du Roi, selon leurs titres et leurs hauts faits. Chacun à leur tour, ils juraient fidélité à leur lige à cette occasion unique pour ne recevoir qu’un vague assentiment distrait du souverain mis à part des encouragements de la foule. Lorsqu’enfin, il fut le moment d’annoncer le nouveau compétiteur, le public entra dans un délire fiévreux. Le pauvre Lunion eut grand peine, même à l’aide de son bâton grelottant, à acquérir une voix au milieu des spéculations, des cris et des huements. Cette attente offrit le temps de remarquer d’étranges détails dans l’armure du jeune ombresang pour les plus observateurs du public. Le chevalier ne portait ni armes, ni armure de son peuple guerrier et fier. En lieu et place de cela, il avait revêtu exactement les mêmes éléments que tout autre compétiteur du tournoi et s’en trouvait peu discernable, en conséquence. Ni son heaume à visière relevée, ni le choix d’une armure à lourdes plates ne reflétaient son héritage des steppes arides du Nord. Pis encore, le rouge et le noir, habituellement insignes des ombresangs, ne figuraient que marginalement sur sa couronne de tissu tressé et non dans un grand héraldique sur un surcot comme la logique l’aurait voulu. Mais ce qui frappa les ombresangs du public, ce fut bien de remarquer qu’il portait lance, écu et, surtout, épée droite.

- Jeune Sire T’sarran, champion du tournoi de Fharblade et détenteur des terres du commandeur de ces régions extérieures, jurez-vous loyauté et honneur dans ce tournoi ? questionna finalement Lunion, excédé de ne pouvoir se faire mieux entendre.

- Certainement, fit-il, s’agenouillant. Je jure fidélité et dédie ma vie au Roi et à la Princesse de tous les faes.

Il se releva aussitôt après pour quitter rapidement la terre battue où les premières animations se préparaient déjà. Tandis que des écuyers se lançaient dans des défis d’adresse et d’équitation, Lunion énumérait déjà les premiers duels qui auraient lieu ainsi que les conditions de ceux-ci. Le dernier verrait la rencontre entre les Sires Aldmer Hrayek et Iven T’sarran. Ce premier combat consisterait en un baptême du feu pour le tout nouveau venu et se disputerait à la manière traditionnelle, par l’écu et l’épée longue. Le cruel Aldmer était connu pour être un tacticien appliqué et implacable, que ce soit sur le champ de bataille ou lors des duels d’honneur. Nul doute ne subsistait quant à la tournure musclée que prendrait la rixe.

***

- Eh bien, vous ne pourrez concourir, Seigneur T’sarran, soupira le chambellan qui enregistrait les entrées du tournoi en vue d’en définir les différents duels. Vos armes ne sont ni neutralisées, ni réglementaires et votre armure ne vous protégera pas suffisamment en cas de coup de déveine.

- Je ne peux avoir d’autres armes que celles-ci, s’empressa-t-il de rétorquer. Et mon armure porte le médaillon familial sur le cœur ! Je ne peux me permettre de combattre sans !

- Les règles sont très claires, Sire T’sarran ! Vous ne pouvez être compétiteur en l’état ! Revenez lorsque vous aurez un équipement adapté et acceptable !

Le chambellan tourna des talons pour s’en aller examiner les affaires d’autres chevaliers venus des quatre coins du Royaume pour l’occasion. Son scribe nota tristement, mais sans se rebiffer, que le chevalier ombresang avait été refusé. Quel déshonneur ce serait s’il ne pouvait aller accomplir sa parole ! La colère, enfin, bouillonnait en son for intérieur. Comment voulaient-ils qu’un ombresang possède armure de plates et armes forgées par un maitre de la capitale ? Encore une fois, il subissait l’injustice de son éloignement culturel et géographique, restant ignorant de pareilles coutumes. Déjà il avait fort à faire pour accepter qu’un duel ne doive se poursuivre au-delà des premiers sangs mais si en plus il devait montrer patte blanche en se faisant un garde royal avant l’heure, il n’en finirait pas de décolérer. Il tourna des talons pour remballer son barda et se retirer dans ses appartements et remarqua enfin une silhouette qui voulait attirer son attention. Il passa toutes ses affaires dans le coffre sans prendre le soin habituel à tout parfaitement replier et nettoyer pour s’empresser d’aller à la rencontre du curieux personnage.

- C’est vous qu’on appelle le Sire Iven des T’sarran ? chuchota presque le jeune homme qui lui faisait face, pour recevoir un simple hochement de tête en réponse. Merveilleux ! Je suis ravi de faire votre rencontre, mon cher ! Nous avons à parler… A l’abri des oreilles indiscrètes. Voulez-vous me suivre ?

Le fae qui était venu à sa rencontre était particulièrement étrange. Même pour un fae inférieur, il souffrait d’une stature malingre et d’un manque de charisme flagrant. Il semblait en être conscient à la manière dont il cachait sa honteuse faiblesse sous des couches multiples de capes et de tuniques. Même ses oreilles et sa chevelure restaient hors de vue, dissimulés sous une capuche de toile fine. Pourtant, Iven pouvait comprendre à son attitude inquisitrice et cavalière qu’il devait avoir de l’importance d’une manière ou d’une autre. Lorsqu’enfin, le gringalet jugea que le chevalier honni et lui étaient suffisamment loin de tout, il tira sa capuche pour dévoiler une longue crinière acajou parfaitement entretenue et coiffée. Loin d’avoir l’air d’une demi-portion, finalement, il portait surtout les traits d’un éphèbe au visage doux et harmonieux dont les boucles réhaussaient le regard vert perçant. Et surtout, son sourire éclatant et sans demi-mesure appuyait la confiance manifeste qu’il plaçait en sa propre personne. Iven fronça des sourcils, voyant d’avance se profiler les premiers jeux mortels auxquels se livraient la jeune noblesse.

- Parfait ! Nous voilà enfin au calme ! se détendit-il aussitôt avant de se laisser tomber dans un banc de marbre et d’indiquer à Iven d’en faire de même. Je suis navré des précautions que j’ai dû prendre mais il s’avère que votre personne a fait forte impression depuis son arrivée, cher Sire T’sarran… Mais voyons, je n’ai pas eu la politesse de me présenter : je me nomme Galbreth Falsynth et je suis à votre service !

- Enchanté, Lord Falsynth, répondit simplement Iven qui contemplait cette perspective que le fils ou le neveu du Grand Conseiller ait à s’entretenir discrètement avec lui.

- Tout d’abord, permettez-moi de m’excuser au nom de toute la noblesse de Leseluna. Je sais que l’accueil que vous avez reçu laissait largement à désirer… Plus encore que cela, je comprendrais que vous en vouliez à mes congénères qui vous ont traités sans le respect qui vous est dû de par votre rang et vos titres… dodelina-t-il en quête du moindre enthousiasme. Je suis également très déçu d’apprendre que vous ne pourrez pas participer au tournoi des cinq lunes après que vous ayez pris position en faveur de la Princesse. Après tout, elle en possède déjà si peu…

Iven resta silencieux. Il attendait de voir où voulait en venir Galbreth. Si les conditions étaient acceptables, il serait prêt à faire affaire. Ne pas concourir était pour lui parfaitement inacceptable, notamment à cause de l’esclandre par laquelle la Princesse se verrait à nouveau éclaboussée en plus de son propre déshonneur.

- Mais je dois dire que nous sommes alliés par cet état de fait, admit-il finalement, d’abord sans préciser le sens de ses mots. La Princesse, tout comme moi-même, n’avons pas eu la chance d’être largement entourés et de jouir de soutiens dans les eaux troubles que sont celles de la cour royale. Cela dit, avec votre arrivée, un marginal de plus vient se joindre à nous. Alors, forcément, je ne peux rester complètement insensible à vos peines et me dois de venir à votre secours, Seigneur T’sarran. Je viens à vous avec un marché, lâcha-t-il en termes de résumé, je vous fournirai le matériel qui permettra de participer au tournoi et en échange, vous me rendez un service. Ecoutez plutôt…
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