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 Poëte au triste front (...) (Sunrise)

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SUNRISE
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J'ignore mon âgene sais pas où je vis. Dans la vie, je ne sais pas ce que je fais, ce que je sais, ce que je suis.




dasha sidorchuk ©️ spotless minds
L’esprit de la jeune femme est hanté par cette flamme restée sur cette plage à l’abri d’une étrange surface tranchante. Une surface bien plus grande que ses mains, bien plus grande que celles de son Ange. Elle entend la mer se déchaîner alors qu’ils s’éloignent main dans la main. Elle ignore son chemin, le chemin que la créature lui fait prendre, mais quelque chose en elle la pousserait à le suivre jusqu’au bout du monde. Homme. Est-ce qu’il est ? Les doigts de la douce rousse se resserrent autour de la main de son protecteur, comme si cette révélation allait l’éloigner d’elle. Biche craintive s’attachant éperdument à son chasseur. Le vent continue de balayer ses cheveux, et faire voler le parfum salin jusqu’à ses narines. Elle s’agrippe à l’homme, tandis que ses pieds se posent sur cette chose humide, ces grains de sable plus dangereux que secs. Parfois, elle sent que la sol a déjà été creusé. Et elle se souvient. Elle imagine. Elle croit savoir que ce sont les empruntes de celui qui la devance. Grands pieds, grandes empruntes, rattrapées par les toutes petites empruntes de l’enfant qu’elle est.

Puis il parle. Quelques mots restent dans un coin de ta tête. Vagues. Agitées. Elle penche la tête sur le côté alors qu’Ange s’arrête. L’eau vient chasser le sable sur ses talons, brûlant malgré tous les plaies. Est-ce une bonne chose ? Son emprise se resserre autour du bras de l’homme. Les larmes ont séchés sur les joues pâles de la jeune femme. De sa main libre, elle vient poser ses doigts sur les lèvres sur celle de la bête. Comme pour rendre ses mots plus présents, plus vrais, plus palpables. Alors, un sourire étire ses lèvres. Ses petites lèvres roses. Elle ne voit pas. Mais elle entend. Elle entend la douceur de sa voix, l’interrogation qui naît sur la bouche de l’Ange sans visage. Ange invisible, et pourtant si présent sous ses doigts.

L’enfant profite que son protecteur se soit arrêté pour se glisser dans ses bras. Remerciement d’avoir épargné sa vie quelques minutes de plus. Remerciement pour ne pas l’avoir laisser seule. Remerciement pour le son de sa voix qui résonne agréablement dans ses oreilles. Elle attrape les mots en plein vol et les stocke dans un coin de sa tête, peut-être pour s’en resservir plus tard, si les Dieux veulent bien lui en donner la possibilité. Alors, elle lève la tête. Un index vient caresser la paupière de l’homme avant de revenir sur les lèvres de la jeune femme. Regarde mes lèvres. Murmure silencieux. La rouquine prononce un mot sans un bruit. Vagues. Marche-t-elle sur des vagues ? Est-ce ce qu’il y a sous ses pieds ? Elle recommence encore une fois. Son Ange lui offrira-t-il la parole pour avoir essayer ? Mais ses efforts ne portent pas leurs fruits, alors elle baisse la tête. Elle n’entend pas sa propre voix. Elle n’entend que son Ange, sans le comprendre. Un soupir franchit alors ses lèvres. Elle aimerait tant sentir les bras de son protecteur se refermer contre son corps, sentir quelque chose à défaut de voir. Ressentir, à défaut d’observer.

Elle n’est qu’un enfant à qui l’on doit apprendre à parler, à qui l’on doit tout apprendre.

« Vagues. »
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June
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Havel
J'ai passé l'âge de la vie et je réside à la pension Alamayer, sur la corniche ultime du monde. Dans la vie, je me contente d’exister et savoir comment je m’en sors est vain. Sinon, d’aussi loin que je me souvienne, je suis une âme solitaire et c’est ainsi.

échoué sur une plage du bout du monde… quels souvenirs d’une autre vie ?


tom hardy © EYLIKA
Les gestes de la femme sont comme un langage tout à elle. Lorsqu’elle lui prend la main pour ne pas rester seule, lorsqu’elle pose sur les lèvres de l’homme ses doigts frêles tandis même qu’il lui parle, puis caresse sa paupière, puis désigne sa propre bouche muette. Et ces gestes ne surprennent pas Havel, il les recueille comme une eau de pluie : avec une passivité bienveillante.

Il semble que les lèvres de la femme tentent de se mouvoir, de former un mot. À moins que l’homme ait rêvé ce mouvement. Il a cligné des yeux et maintenant il ne sait saisir d’elle qu’un long soupir las – aussi las que le reflux des vagues. L’ange s’approche à défaut de parler, se glisse dans ses bras. Elle est si près de lui, il la ressent tant contre lui que Havel se demande un instant si cette femme n’est pas finalement une projection de sa propre éternité lasse, aveugle et muette. Il lui semble entendre un murmure et il ignore si c’était le vent du large ou bien la voix de la femme… à moins que la femme ne parle avec la voix du vent ?

Il n’a plus envie de marcher. Il a envie d’entourer de ses bras ce corps si mince et si blanc, alors c’est ce qu’il fait. Il pose ses mains sur elle et la retient contre lui. Son étreinte est ferme et douce – il la veut rassurante. Pour elle, et pour lui aussi. Il ne l’a pas rêvée complètement. Cette femme a une réalité. Il épanche sa voix au creux de son oreille et lui chuchote un poème, ayant fermé les yeux contre la rousseur de ses cheveux. « Ne cesse pas, voix proche, il fait jour encore. Si belle est même la lumière, comme jamais. Reviens dehors, petite vie dansante… Si le désir de danser, même seule, t’enveloppe : vois, tu as sur le sable assez de lumière pour jouer avec l’ombre de ton corps. Et même, sans plus craindre, offrir tes mains au rire qui s’enténèbre dans les arbres* ». De toute la mémoire de cette plage immémoriale, quelques mots acceptent de lui venir. Il les inspire avec l’air salé de la mer, et ces mots le quittent pour se perdre à nouveau dans le vent, se réincarner peut-être – habiter le cœur d’un autre. Il n’a jamais été poète – bien loin de là. Aucun savoir n’anime plus son esprit désormais, que celui de la plage et de la mer. Et cette femme ? L’aurait-il connue un jour – et son souvenir lui serait-il devenu inconfortable ? L’aurait-elle déserté ?

Il ouvre les yeux, prend un léger recul sans cesser de bercer la femme au creux de ses bras. Son regard tombe sur les pieds fragiles abîmés par les vagues et le grain rêche du sable. Il a à nouveau envie de marcher, mais il ne veut pas qu’elle en souffre, alors il la soulève et la blottit contre son torse avant de recommencer à longer la dune. Il ignorait posséder une force telle qu’elle lui paraisse plus légère qu’un oiseau. Un vague souvenir lui revient ; il pourrait presque se rappeler pourquoi et puis… Non, le souvenir lui échappe déjà. Il s’est envolé vers le large.


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SUNRISE
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dasha sidorchuk ©️ spotless minds
Elle le regarde de ses yeux noyés d’obscurité. Son regard est pourtant doux, l’expression de son visage n’est que calme et apaisement, désormais. Le son de sa voix résonne encore dans sa tête. Elle mémorise des sons qui ne portent pas le moindre sens à son esprit. Doucement, la jeune femme aux cheveux roux se glisse dans les bras de son Ange, espérant que ce ne soit pas la dernière sensation qu’elle expérimentera. La chaleur de son corps contre le sien, glacé, la fait frissonner. Chair de poule sur l’échine, les bras et les jambes. Créature s’oubliant dans les bras de son créateur. L’enfant ferme les yeux et respire à pleins poumons l’odeur saline de l’homme. Les mains à plat contre son torse, elle découvre sa musculature. Enfant naïve, elle ignore ce que des caresses du telle sorte peut créer chez un autre qu’elle. Elle ignore les choses de la vie. Elle les a oublié. Comme la parole. Comme le sens des mots. Elle a tout oublié, jusqu’à son propre prénom.

Vagues. Un mot qui semble avoir une importance. Les sourcils de la rouquine se fronce lorsqu’Ange reprend la parole. Une voix douce, calme. Compréhension impossible, mais elle aime entendre le son de sa voix. Son timbre. Son ton. D’autant plus lorsque ses bras se referment sur son corps frêle. Ainsi, elle peut sentir la carrure imposante de son protecteur. Elle peut imaginer sa petitesse. Elle peut imaginer sa grandeur. Imaginer ce que ces doigts lui décrivent. Des informations précieuses que la vue ne lui permet pas d’obtenir. Un frisson continue de courir sur son corps fatigué, sentant le souffle de l’homme contre son oreille, le son résonnant sur son tympan. Douce et harmonieuse mélodie. Elle s’oublie. Oublie sa quête, oublie sa mission, oublie cette flamme ardente abandonnée sur le sable, un peu plus loin. Elle oublie. Bête chétive n’est plus craintive. Bête chétive se sent plus forte avec son Ange.

Tout à coup, il l’abandonne. C’est alors que ses pieds quittent le sol. L’enfant s’envole. L’enfant quitte la terre ferme. Un vent de panique caresse sa joue avant qu’elle ne sente à nouveau le souffle d’Ange sur son visage. Bras autour de son cou, elle peut apprécier, la douceur de la grande main de son gardien. Elle peut apprécier la douceur de son étreinte. Rouquine laissant traîner ses doigts dans la chevelure de son Ange. A-t-elle le droit ? L’enfant s’en moque. Son autre main – plus particulièrement son index – caresse la peau de son gardien. Son doigt découvre son cou, puis vient se perdre à nouveau sur son visage. Sa langue vient humidifier ses lèvres sèches avant qu’elle ne s’approche pour les déposer contre sa joue, découvrant une sensation étrange sur le bout des lèvres. Comme des centaines de petites aiguilles parfaitement indolores. Puis, elle espère. Elle espère que si elle parvient à se rappeler de ce mot encore une fois, il continuera de parler. Il continuera de lui parler. De lui apprendre.

« Vie-dansante. » chuchote l’enfant, regroupant ces syllabes bien distinctes en un seul et unique mot. Oui, vagues. Ce n’est qu’un murmure. Sa gorge lui fait mal tout à coup. Alors, la bête tousse. Elle tousse encore et encore. Comme si sa voix était entravée par cette toux incessante.
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June
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Havel
J'ai passé l'âge de la vie et je réside à la pension Alamayer, sur la corniche ultime du monde. Dans la vie, je me contente d’exister et savoir comment je m’en sors est vain. Sinon, d’aussi loin que je me souvienne, je suis une âme solitaire et c’est ainsi.

échoué sur une plage du bout du monde… quels souvenirs d’une autre vie ?


tom hardy © EYLIKA
L’homme avance encore, sur le sable. Ses pieds enfoncent légèrement dans le sol humide, ou parfois ses appuis se contentent d’éclairer, tout autour, le sable qui se gonfle d’air. Il a marché infiniment sans que le jour décline, et pourtant il le sait : à peine éprouverait-il le souhait de retrouver les hauts murs de la pension blanche qu’il la verrait, en se retournant, apparaître devant lui, sur la grande corniche du bout du monde.

Pour l’heure, il marche. La femme est dans ses bras, contre lui. La légèreté de cet ange s’incarne aussi dans ses gestes, lorsqu’elle passe ses mains dans ses cheveux, ses bras autour de son cou, ses lèvres sur la joue râpeuse. Havel comprend qu’elle expérimente chacune de ces sensations comme pour la première fois. Le vent aurait emporté sa mémoire… Ce n’est pas qu’elle est aveugle, ou qu’elle est muette. Bien plutôt elle semble vierge au monde. Elle n’a jamais appris à voir et à parler.

Qu’en est-il de lui-même ? se demande l’homme. Il a souvenir d’une vie, croit-il. Une vie de violence, une vie vaine, déchue. Il se souvient plutôt avoir eu un jour le souvenir de cette vie. Seule l’intuition de ce qu’il était lui est resté. Les années passées dans ce monde d’entre les mondes ont effacé peu à peu le contour de sa mémoire, comme les vagues ont poli avec patience les coquillages, les galets ou les éclats de verre. Il est désormais lui-même comme la roche érodée par le temps et l’eau. La fureur de vivre, la hargne d’autrefois l’ont quitté. Ses pieds rencontrent la fraîcheur visqueuse de quelques algues échouées sur la plage. Et l’homme vieux comme le monde porte dans ses bras la plus jeune de toutes les femmes, et il veille sur la naissance de cette innocence.

« Vie-dansante », chuchote l’enfant, regroupant ces syllabes bien distinctes en un seul et unique mot. C’est ce qu’elle est, une vie-dansante. La plus pure des existences.

Et néanmoins elle ne peut pas parler encore. Une toux l’a prise. À peine née qu’elle lutte déjà pour vivre. Alors Havel la serre un peu plus contre lui, et le livre lui échappe des mains, tombe sur le sable ouvert, à l’envers. « Ne cesse pas, voix dansante, parole de toujours murmurée, âme des mots qui colore et dissipe les choses, les soirs d’été où il n’est plus de nuit », chuchote-t-il pour elle. Il se souvient des pages du livre. « Pourquoi ne vous ai-je pas trouvée plus tôt ? » demande-t-il. Il ferme brièvement les yeux dans la chevelure rousse, s’autorise une halte imperceptible.

Il rouvre les yeux. Une jetée est apparue. Une grande jetée de bois qui s’avance, sur la mer plus calme. Elle est si grande qu’il n’en aperçoit pas la fin : elle se perd, avec lenteur, dans la brume des embruns.
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SUNRISE
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Les doigts de l’enfant continuent de parcourir la peau parfaitement imparfaite de l’homme. Un maigre sourire étire alors ses lèvres lorsqu’elle sent son gardien perdre le bout de son nez dans sa chevelure dont elle ignore la couleur. Elle n’est que ce que l’homme désire qu’elle soit. Dans ses bras, pourtant, elle se sent plus forte, plus en sécurité que n’importe où. Les voiles transparents de sa robe suivent le vent, indiquent une direction à prendre que le gardien semble suivre sans se poser de questions. La bête chétive prononce un mot qui fait écho dans l’âme de son ange. La chaleur de sa voix, de son souffle sur sa peau la fait frémir. Ses bras s’enroulent alors davantage autour de son cou. Comme elle aimerait voir à travers ses yeux. Comme elle aimerait comprendre les énigmes qui résonnent dans ses oreilles, comprendre le sens de chaque mot sortant de sa douce bouche. Va-t-il la garder à ses côtés pour le restant de ses jours, veiller sur elle, sur son innocence, lui apprendre ce qu’elle ignore ? L’enfant ne se pose plus aucune question. Elle se livre complètement à Ange. Elle laisse ses grandes mains se refermer sur ce corps qu’il pourrait briser si facilement.

Le vent s’engouffre dans ses cheveux, alors que son index continue de se balader sur l’épiderme de l’homme. Il descend le long de sa carotide, pour découvrir une peau douce, sans ses aiguilles indolores qu’il a sur les joues. Ici, la peau est fine, presque aussi fine que la sienne. Âmes solitaires finissant par se réunir, pour se découvrir, pour s’apprendre. Comment est le monde ? Comment est la mer ? Les sons ne font pas de jolies descriptions de ce qui les entourent. La rouquine ne fait qu’entendre le bruit des vagues, lointaines. Le vent souffle toujours. Les grains de sable se bousculent. Gardien merveilleux. La créature niche sa tête dans le cou de l’homme, y respirant son parfum comme si sa vie était en jeu. L’est-elle encore ? La flamme est-elle encore en train de consumer la mèche de la bougie ? Du bout des lèvres, elle caresse la joue d’Ange. Un remerciement, sans doute. Une preuve de son amour platonique, admiratif, pour son créateur.
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June
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L’homme a toujours l’ange entre ses bras ; l’ange a niché son visage dans son cou et ne manifeste aucune envie de descendre de cette étreinte. Alors l’homme soulève légèrement, imperceptiblement la femme pour mieux la blottir contre son torse. Il avance, silencieux cette fois. La mémoire des poèmes du monde s’est envolée ; le vent la ramènera toutefois. Il n’est pas de certitude plus douce que celle du poème.

Les éclisses du bois sont rugueuses sous ses pieds nus. Leurs rainures irrégulières s’impriment sous ses pas tandis que Havel monte les quelques marches. La jetée se perd dans l’horizon – à moins que ce ne soit la mer qui vienne la prendre, au point précis où s’arrête le regard d’un homme, et où pourtant cet homme sait de raison que la mer ne finit pas.

La jeté, un assemblement de planches brutes sans aucune rampe, est si basse qu’on l’imagine aisément immergée, à marée haute. À l’heure actuelle, il suffirait de s’asseoir à son bord pour que les pieds viennent effleurer la surface de l’eau. Havel avance avec plus de stabilité, sur le vieux bois. Il se demande si, arrivé au bout, il distinguera, en se retournant, la corniche blanche. Il se demande si la femme a remarqué que le bruit de ses pas avait changé ; non plus étouffé, mais net et sourd désormais. Plus distinct, sans que le bois faillisse à absorber son écho. Il se demande si elle a compris où ils allaient, maintenant que sans doute la rumeur de la mer ne fait plus que d’être contenue à leur gauche, mais au contraire se manifeste de tous côtés, tout autour – les entoure.

Après avoir marché plus loin sur la jetée, l’homme s’arrête et dépose la femme tout au bord, tout doucement. Il l’assoit, invite ses mains à rencontrer les irrégularités du bois, à en accueillir la rugosité. Il sait que ses pieds ont pénétré dans l’eau maintenant ; que le sel de la mer la fera frémir sans doute au contact de ses plaies. Mais il est là depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’il n’est rien que la mer ne puisse guérir.

À son tour, il s’assoit. Il s’assoit près, tout près d’elle. Il ne veut pas qu’elle cesse de le sentir. De sa main calleuse, il éprouve son aptitude à la délicatesse en venant rassembler la chevelure rousse dans le dos de la femme, dégageant son visage, son cou. Sans effleurer la peau fragile de son visage, que la corne du bout de ses doigts pourrait indisposer. Ses pieds à lui reçoivent à leur tour la fraîcheur des vagues, comme une grâce consentie par la mer. Un poème remonte comme un frisson dans le dos de l'homme, sur ses bras dont la chair se contracte. « J’ai rêvé, l’autre soir, d’îles plus vertes que le songe… Et les navigateurs descendent au rivage en quête d’une eau bleue ; ils voient – c’est le reflux – le lit refait des sables ruisselants : la mer arborescente y laisse, s’enlisant, ces pures empreintes capillaires, comme de grandes palmes suppliciées, de grandes filles extasiées qu’elle couche en larmes dans leurs pagnes et dans leurs tresses dénouées…* »

Sur la courbe de sa mâchoire désormais dégagée, l’homme dépose un baiser. Ses lèvres n’ont rien de la dureté de ses mains. Leur douceur communique aisément avec celle de la peau blanche de la femme. Cette sensation lui rappelle brièvement sa vie passée. Il apprend – il réapprend, à son tour.


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SUNRISE
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River
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dasha sidorchuk ©️ spotless minds
Les sons se bousculent dans sa tête. Le sable est soulevé par les pas de l’homme. Le vent continue de balayer sa chevelure rousse à son gré. Le souffle du gardien se perd sur sa peau. Les doigts de la créature caresse l’os de la mâchoire, alors que ses lèvres s’approchent pour embrasser sa joue. Célébration de cet amour platonique. Remerciement de l’avoir épargné quelques instants de plus, d’avoir sauvegardé sa flamme, après l’agonie. Remerciement pour cette pitié que le gardien semble avoir eu à l’égard de sa bête craintive. Bercée par les bras d’Ange alors qu’il s’avance, elle entend le bruit du sable disparaître, pour un autre dont elle ignore la provenance. Le bruit des vagues revient, de plus en plus fort. Comme si elle était sous l’eau. Comme si elle, lui et la mer ne formaient plus qu’une seule et même entité dans un monde obscur. Dans une pénombre infinie.

Grincements. L’Ange la fait-il quitter la plage pour un autre endroit ? Son périple interminable dans le sable a-t-il finalement trouvé un dénouement ? Ses bras se resserrent alors autour du cou de son gardien. L’air ne semble pourtant pas changer. Il y a toujours cette brise marine qui lui chatouille les narines, et ce sel qui continue de brûler les plaies de ses pieds. Elle respire à pleins poumons ce mélange de parfum et d’iode. Elle entend l’écume apparaître et disparaître avec les vagues dans leurs vas-et-vient incessants. La jeune femme repose sa tête contre l’épaule de son Ange, avant que celui-ci ne la dépose sur un sol imparfait. Elle le laisse guider ses mains sur la surface rugueuse et humide. Quelques épines lui chatouillent les doigts. Ses pieds redécouvrent la fraîcheur douloureuse de l’eau salée, ne faisant que lui arracher une légère grimace jusqu’à ce que la bête rousse ne s’habitue à nouveau à son contact.

Puis, elle sent sa présence. Il n’est pas loin. Elle guette ses mouvements, attentive. Elle sent son bras frôler le sien, un million de frissons la parcourt. Sensation loin d’être étrangère. Puis sa présence se rapproche davantage. Sa longue chevelure est dégagée de son visage, les mèches rebelles sont retirées de ses lèvres. Un fin sourire les étire alors. C’est ainsi que sa voix lui parvient, les yeux grands ouverts sur un monde qu’elle ne peut pas encore admirer. Lente naissance. Ses lèvres s’entrouvrent alors qu’elle sent la douceur de ceux de son protecteur sur sa peau blafarde. À tâtons, elle cherche les mains de son Ange pour qu’il recommence. Ses petits doigts serrent sa grande main pour qu’il recommence. Ses petites mains découvrent des mains abîmées que l’enfant porte à ses lèvres, comme pour les soigner. Doucement, elle se laisse tomber dans les bras de son créateur. Profiter pleinement de sa tendresse réconfortante, de sa chaleur apaisante. « River. » s’efforce de dire la rouquine. Un prénom. Son prénom.
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Havel
J'ai passé l'âge de la vie et je réside à la pension Alamayer, sur la corniche ultime du monde. Dans la vie, je me contente d’exister et savoir comment je m’en sors est vain. Sinon, d’aussi loin que je me souvienne, je suis une âme solitaire et c’est ainsi.

échoué sur une plage du bout du monde… quels souvenirs d’une autre vie ?


tom hardy © EYLIKA
L’homme recommence ; il embrasse à nouveau sa mâchoire blanche, là où la peau est la plus fine – l’os saillant. Quelque chose en lui a compris le vœu silencieux des petites mains qui serraient sa grande main – la serraient pour qu’il recommence. La peau a le goût de sel de la mer. Ses doigts qu’elle embrasse à son tour s’en sont-ils, eux aussi, imprégnés ? La réponse est-elle dans ces grands yeux aveugles tournés vers le large ?

Et puis soudain, tandis que le rythme lancinant de la mer berce leur solitude immense, tandis que l’ange se love plus près de l’homme et que de leur étreinte naît la plus inattendue des chaleurs, un souffle de vent réapprend à la femme le nom qu’elle lui avait, un jour, égaré. « River. » River. Est-ce bien son nom ? Une syllabe, ascendante, lumineuse. Et une autre, languissante et définitive. River n’est pas si différent de Havel. Havel n’a pas la lumière, cependant. Havel est neutre, égal. Le vent peut aisément glisser à sa surface.

« River, vie-dansante, » déclare l’homme. Il fait un léger sourire – qu’elle ne peut pas voir, mais entendra peut-être dans sa voix. Il a dit cela comme si cela faisait sens. Comme si c’était une évidence, même. River, vie-dansante a l’évidence des vagues que la mer jette sur le sable, plus ou moins fort, pour évacuer la tension de ses tourments. Quelles que soient les tempêtes au large, les vagues qui viennent mourir sur le sable ont trouvé la paix. Elles s’évanouissent dans le plus grand calme. Leur dernier soupir est un murmure qui chante des poèmes aux oreilles des passants.

Havel vient poser une main sur la joue blanche. Il semble que sa peau soit moins rêche désormais. Il guide le visage de River jusqu’au sien. Il l’arrête à quelques centimètres seulement – juste assez loin pour voir encore distinctement chacun de ses traits. Il prend le temps de les regarder, voire même il les examine, longtemps. Il fait appel à sa mémoire : a-t-il le souvenir d’avoir jamais vu un visage semblable ? Non, non – il ne se souvient pas. Alors, il regarde les lèvres. Il étudie leur contour, estime leur douceur, leur fermeté. Et les navigateurs descendent au rivage… Sa main glisse ; il retient son menton, du bout des doigts, lorsqu’il vient appliquer ses lèvres contre les siennes, après une brève hésitation.

Il voulait se souvenir. Et, au moment où il éprouve la douceur, la fermeté de ces lèvres, il se souvient de chacune des femmes qu’il a embrassées au cours de sa longue existence fatiguée. Puis les lèvres se séparent – les souvenirs se sont dissipés, déjà. J'ai rêvé, l'autre soir, d'îles plus vertes que le songe… Il ne reste plus que la curieuse sensation de ce baiser – le premier baiser de sa longue existence. Un baiser neutre et sans désir, et même pas tout à fait un baiser. Un geste expérimental, né de l’idée soudaine de faire se rencontrer ces deux parties si semblables de leurs corps. Et d’étudier ce que pourrait bien provoquer ce contact inédit, comme Havel a déjà longuement étudié le visage de la femme.
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SUNRISE
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River
J'ignore mon âge et je ne sais pas où je vis. Dans la vie, je ne sais pas ce que je fais, ce que je sais, ce que je suis.




dasha sidorchuk ©️ spotless minds
Le vent emporte sa chevelure dans une douce brise caressant leurs visages. Il emporte les quelques voilages de sa robe blanche pour les faire danser dans son dos. Le sourire de la jeune femme s’agrandit lorsque les lèvres fines de son Ange se dépose contre sa peau. La peur s’envole avec les grains de sable, dans l’océan qui glisse sur ses chevilles nues. L’homme à ses côtés la rassure par sa simple présence. Il lui offre le creux de ses bras, un endroit dans lequel elle peut se réfugier lorsque ses sens lui font défaut. Tête sur l’épaule de son gardien, elle agite les jambes dans l’eau, lavant ses plaies avec le sel marin. Elle écoute son prénom dans la bouche de l’autre. Une douceur qu’il semble laisser fondre sur le bout de sa langue. La dernière syllabe reste suspendue dans les airs, au-dessus et autour d’eux. Les vagues se jettent contre les rochers. Les embruns titillent leurs narines. Ici, elle rêve de voir le monde, de le découvrir. De découvrir l’univers contre lequel la petite bête craintive se réfugie. Les doigts de l’enfant dessinent avec douceur le contour des phalanges du poète. Elle s’habitue à son contact. La pulpe de son index s’attarde sur toutes les imperfections de sa peau. River garde en mémoire toutes ses formes. La paume de ses mains, autrefois léchées par la flamme de la bougie, trouve une autre chaleur à protéger. Une chaleur bien plus importante, bien plus délectable. Elle ne doit plus protéger la flamme de sa vie, mais la source même de cette flamme vacillante. Un Ange.

La jeune femme sent les doigts de son gardien soulever son menton. Cette dernière peut sentir le souffle de l’homme contre ses joues. Elle ferme les yeux, se laissant emporter par la douceur de son geste. Ses petites mains continuent de protéger la sienne, caressant chaque relief, mémorisant chaque détail de sa peau, pour s’en faire une description parfaite dans son esprit. Les vagues cognent les rochers. Les oiseaux virevoltent au-dessus de leurs têtes. L’eau mouille leurs chevilles. Et leurs lèvres s’effleurent. River s’immobilise, les yeux voilés regardant droit devant elle. Sensation agréable, faisant voler quelques papillons au centre de son estomac. Douceur. Tendresse. Ange s’éloigne une nouvelle fois avant qu’elle ne puisse réagir. L’enfant se rapproche un peu plus de lui, et saisit son visage entre ses mains. Était-ce un baiser ? Un adieu ? Un gage de protection ? Était-ce une simple folie de son imagination juvénile ? La réponse ne lui sera jamais offerte, à moins qu’elle ne lui rende l’objet de son expérience sensorielle. Alors, elle s’approche, et puis sa bouche frôle encore la sienne. Ses lèvres ne bougent pas, ne se collent pas contre les siennes. Elles se contentent d’effleurer sa bouche. Le temps se fige, mais la mélodie de l’océan continue de raisonner dans leurs cœurs. Tandis qu’elle se recule, prise d’une timidité soudaine, elle bat des paupières. Le blanc laiteux couvrant ses yeux s’envole-t-il avec l’air marin ?
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June
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dolores June



Havel
J'ai passé l'âge de la vie et je réside à la pension Alamayer, sur la corniche ultime du monde. Dans la vie, je me contente d’exister et savoir comment je m’en sors est vain. Sinon, d’aussi loin que je me souvienne, je suis une âme solitaire et c’est ainsi.

échoué sur une plage du bout du monde… quels souvenirs d’une autre vie ?


tom hardy © EYLIKA
La deuxième fois que leurs lèvres se rencontrent, c’est au moment où le cri solitaire d’une mouette emplit le midi éternel et vide de la plage. Havel n’avait jamais fait attention que des oiseaux parcouraient la luminosité indifférente du ciel. Il les remarque pour la première fois.

Il a beau avoir le sens de la vue, il n’a pas prévu l’instant où l’expérience serait renouvelée. Et néanmoins la femme a reproduit ce geste, recréé ce contact d’une manière qui lui est analogue : avec légèreté. La sensation est différente cette fois : plus ténue. On aurait presque peur de la laisser échapper, on croirait presque l’avoir rêvée. On ne sait plus si les lèvres se sont touchées, ou non.

L’effleurement est comme un frisson, se dit Havel. C’est comme quand il entre dans l’eau froide de la mer, et qu’un frisson remonte le long de son corps jusqu’à son échine, lui hérissant la peau. En plus léger, cependant – en plus agréable. Est-ce un effet logique, prévisible de ce frisson quand la femme prend recul soudainement ? Ses yeux papillonnent – il ne faudrait pas que l’ange aux cheveux roux s’envole parmi les oiseaux. Alors Havel la prend à nouveau, dans ses bras.

Cette fois, il est plus attentif à ce contact. Lui aussi, lui qui est pourtant maître de ses cinq sens – lui aussi, il commence son apprentissage. Il commence de comprendre toutes ces sensations qu’il avait oubliées. Tout est ralenti, suspendu, figé. Ce n’est pas vraiment lui, pour autant. Ce n’est pas vraiment lui, qui accueille ces sensations – il n’est qu’un esprit, la métaphore d’un poème brièvement incarnée pour servir l’ouvrage inlassable de la mer et du vent. Seuls la mer et le vent accueillent la mémoire de ses sens. Il est dans cet autre monde au service d’une œuvre plus grande et plus belle, et il la sert avec la reconnaissance de celui qui croyait ne jamais mériter sa rédemption.

Il fait glisser, d’une main, les voilages blancs de l’épaule de la femme. Et l’épaule nue et blanche de la femme se découvre à lui, et il l’embrasse. Il ne voit plus le visage de River, de l’autre côté de lui. Il ne sait si ses paupières ont cessé de battre ou si les contours de ce monde en bleu et argent se sont dessinés dans ses yeux. Il embrasse cette épaule. Ses mains voudraient défaire la robe, la faire glisser plus loin sur le corps de River.

C’est une sensation trop humaine, et Havel s’éloigne plutôt. La bulle d’un poème éclate dans son esprit, mais cette fois il le dit en-dedans de lui-même.
    N’être rien, être une figure de roman,
    sans vie, sans mort matérielle, une idée,
    une chose que rien ne rende utile ou laide,
    une ombre sur un sol irréel, un songe épouvanté.
    *
Havel se lève et ôte sa chemise ; défait son pantalon, qui lui glisse le long des jambes. Il abandonne son petit tas de vêtements, sur le ponton de bois, à côté de la femme. Nu, il se laisse glisser dans l’eau. Un frisson remonte le long de son corps jusqu’à son échine, lui hérissant la peau – bien que l’eau ne soit ni froide, ni chaude. C’est comme l’effleurement d’un baiser, mais en plus fort.

Le corps pris par la mer, il s’accoude à la jetée, tout près de River. « Amants, ô tard venus parmi les marbres et les bronzes, dans l’allongement des premiers feux du soir… Amants qui vous taisiez au sein des foules étrangères, Vous témoignerez aussi ce soir en l’honneur de la Mer**, » récite-t-il. Il détache son regard de la rousseur d’une chevelure pour jauger l’horizon : mais non, il fait jour encore. Il fait jour éternellement.


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Poëte au triste front (...) (Sunrise)
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