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 Le sabre et le ciel

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Colin
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UNIVERS FÉTICHE : science-fiction, réaliste, post-apocalyptique
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7ei5.pngContexte


1574, époque Sengoku, Japon

La grande unification du Japon par Oda Nobunaga a commencé depuis 14 ans. Ce guerrier terrifiant ne recule devant rien pour conquérir de nouvelles provinces. Le pays est en proie à des conflits entre clans depuis un siècle : c'est une époque où les hiérarchies se renversent, où les destins d'une vie changent le cours de toute l'Histoire, où toutes les frontières sociales sont floues. C'est l'âge des seigneur.es de guerre.

Province d'Owari, près de Nagashima :

Où deux jeunes personnes vont à leur tour tenter leur chance dans cette époque pleine de rebondissements


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Credit icon : une photo historique
FUMI

Elle a 22 ans et a grandi dans la province d'Owari en compagnie de ses deux parents bergers. Elle désire devenir la meilleure combattante au sabre du Japon.


Une belle journée d'été

Le mois de juillet tire à sa fin. Dans le ciel bleu, une colonne de fumée noire au loin fait tâche. Fumi l'observe un long moment en jetant de temps en temps des pierres dans sa direction, qu'elle ramasse dans l'herbe de la colline. De là, on voit loin. Chaque jour de l'été, elle mène les moutons de ses parents sur cette colline. Elle passe la journée avec eux, aussi pour s'entraîner avec un sabre de bois. Bien sûr de simples bergers n'ont pas les moyens de posséder un véritable sabre, mais le moment viendra. Elle en est certaine.

La fumée vient du port de Nagashima. Ca fait déjà deux jours que la forteresse a entièrement brûlé, mais le feu couve toujours, les dernières poutres finissent de se consumer. On déblaye des centaines, des milliers de morts. Oda Nobugana vient de passer ici. Depuis des années déjà les moines Ikko-ikki du monastère de Gansho-Ji tenaient tête à Nobunaga : c'était la troisième fois en trois ans qu'il entreprenait le siège de cette forteresse. Cette fois, il a tout détruit. Il se murmure que personne n'a survécu, que les gens de Oda ont massacrés tous survivants de l'incendie. Soldats, civils, les enfants aussi. Depuis cette nuit-là, à chaque instant on découvre que tel ou telle personne connue de longue date est morte, au fur et à mesure qu'on retrouve les corps.

Depuis son enfance, Fumi connait le nom de Oda Nobunaga. Tout le Japon suit en haletant ses conquêtes, depuis son extraordinaire victoire à Okehazama en 1560. Fumi avait alors 8 ans et avait été très frappée par cet évènement. Elle aime à dire qu'il lui a ouvert les yeux. 14 ans plus tard, elle est toujours déterminée à se faire un nom par le sabre. Secrètement (parce qu'il a tué des proches de tout le monde dans cette région, des proches à elle aussi) elle admire la froideur implacable, les stratégies impeccablement cruelles de cet homme. La devise de Nobunaga : "Tenka fubu" lui plait. "Couvre le ciel avec l'épée", répéte t'elle en regardant la fumée monter sereinement. La forêt s'étend entre elle et le port dévasté. La mer attire le regard. L'eau est très paisible et par endroits elle fait mal aux yeux, blanchie par le soleil. Il fait chaud et les moutons autour d'elle mastiquent placidement, avec leur doux regard. Fumi lève le bras vers le ciel, celui qui tient son sabre de bois.

Elle l'a taillé elle-même, comme tous les autres avant, mais celui là est plus réussi et plus solide, et elle l'a depuis plusieurs mois. Elle s'entraîne avec à chaque occasion et l'emporte partout. Avec le temps elle a fini par devenir plutôt forte, et la vérité de toute façon, c'est qu'elle a toujours été forte même sans le sabre de bois. Fumi est terriblement bagarreuse, pas par mauvais caractère mais parce qu'elle adore se battre. Il lui semble que chaque adversaire lui apprend de nouvelles manières. Son ambition est de maîtriser l'art du sabre et de devenir la meilleure combattante du Japon.

Mais à déjà 22 ans, il lui faut une école. Une maîtresse du sabre pour lui enseigner ses techniques, un mentor : elle a le sentiment d'avoir atteint les limites de ce qu'elle pouvait s'apprendre seule dehors-et aussi de ce que pouvait lui apprendre sa mère, redoutable lancière dans sa jeunesse. Oui, Fumi le sait, il est temps pour elle de quitter la maison de ses parents et de se mettre à la recherche de sa véritable voie.

Le sabre de bois luit dans le soleil, renvoyant un éclat pareil à celui de la mer. Le vent fouette son visage et elle éclate de rire.

"Oui ! Il est temps !"

Sa voix fait sursauter les moutons. Elle sent une puissante joie monter dans son coeur. La certitude que tout ne fait que commencer et qu'elle possède une grande force.

***

Le soir même, elle s'ouvre à ses parents. Tout le monde est en train de manger autour du foyer creusé dans le sol : sa mère, son père, et leur jeune apprenti -un adolescent qui est devenu son ami. Elle annonce très simplement sa décision de partir sur-le-champ, enfin du moins dès le lendemain matin.  Elle répète qu'elle deviendra une samurai célèbre dans tout le Japon, et il n'y a pas le moindre doute dans sa voix. Tous connaissaient déjà ses objectifs et aucune protestation ne s'élève, même si Fumi sait parfaitement que son père désapprouve beaucoup l'idée. Sa mère hoche la tête avec un regard particulier et se lève pour préparer le sac de voyage de sa fille. Fumi la rejoint pour l'aider mais elle la repousse :

"Je voudrais faire ça une dernière fois pour toi. Mon amour pour toi enveloppera chacune de tes affaires. De plus, je sais ce qu'il te faut emporter. J'ai entrepris ce voyage avant toi."

Alors, Fumi va s'étendre sur la couche dans le coin de la pièce. Le feu projette ses dernières lueurs en crépitant. Par des failles entre les planches du mur, elle voit des branches s'agiter parmi les étoiles. Elle songe au regard de sa mère et se demande si elle aussi avait voulu, avant elle, devenir la meilleure combattante du Japon. Avant de rencontrer son mari et de tomber amoureuse et ne plus vouloir risquer sa vie tout le temps. Puis elle s'endort.

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Jo'
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J'ignore qui c'est
MUGEN

Orphelin à deux ans par la faute de Nobunaga Oda, il est reccueilli par une famille de bergers. A 16 ans, nourri par sa vengeance et sa quête d'identité, il part avec sa "soeur" adoptive à travers le Japon.


Les laines, les moutons, les laines, les moutons, les lai...

Mugen décroche les laines qui tiennent d'un bout molletonné et sèchent suspendues depuis le printemps, après avoir accusé le coup de quelques rosées. Il les secoue, les frotte, les dépoussière avec énergie puis les lave. C'est un travail ardu pour le corps, où les bras s'ouvrent pour étendre un pan de laine alourdi d'eau avant que la hanche ne ploie en sens retour pour replonger la fourrure. Il gratte, détache les impuretés, observe l'eau se colorer et la laine s'éclaircir - prend une pause pour déjeuner, là, à même cette rivière qu'il a rejointe pour le travail. Son eau claire s'échappe tranquillement et il semble au jeune garçon que ses pensées en font de même.

Il n'avait que deux ans lorsque ses parents sont morts, il ne s'en rappelle pour ainsi dire plus. Cette famille de bergers a eu pitié de lui, proie fragile suffisamment fine pour glisser entre les doigts d'Oda, et désormais plus rien n'indique à Mugen d'où il vient - la réponse est peut-être aux mains de ce seigneur infernal. Elevé avec soin par le couple qui avait alors une petite fille, le rejeton a néanmoins toujours senti une différence d'attention, un "comme-s'il-était-redevable", et s'estime déjà heureux d'avoir ainsi échappé à la mort. Il n'empêche, il a toujours mûri dans sa tête ce qu'aurait été sa vie, peut-être d'extraction bourgeoise qui sait, loin des toisons et du lisier. Mais la chaleur qui violente la surface de l'eau et le sommet de sa tête l'appelle au réel, et il revient à la simplicité du labeur, qui exorcise les élucubrations par les suées.

Il charge les pesants pelages sur une brouette et entame son chemin retour vers la ferme. Arrivé, il raccroche à nouveau une à une les laines qui sont toujours mouillées - cette fois, il les abrite pour qu'elles ne risquent pas d'être trempées à nouveau par quelconque précipitation. Dans quelques jours, on pourra les coudre ensemble et en faire des couvertures, des par-dessus, des bonnets que ses parents adoptifs iront vendre au marché voisin. Enfin, vient le soir. Fumi, la fille des bergers avec laquelle il s'entend, rentre des moutons. Il aimerait lui aussi amener les moutons, mais elle est bien plus habile que lui pour se défendre, entraînée par sa mère, tandis que le jeune homme a plutôt développé cette force brute et tranquille du travail avilissant. Le monde comme un équilibre.

Le repas est simple, similaire aux jours précédents, mais nourrissant - du riz et du millet se disputent la part belle avec un bouillon de navet dont Mugen reprend trois bols. Le jeune homme sort de son bourgeon et sa floraison appelle l'appétit - il sera robuste et fort assurément, ce qu'encouragent les bergers qui y voient également le développement d'un atout commercial. Alors que la famille est réunie dans le rythme de sa mastication, Fumi interpelle. Elle partira découvrir le monde et les arts du combat, comme sa mère - stupeur puis fierté animent les parents qui la couvrent de soin pour apprêter ses affaires. Son ami, lui, se sent trahi. Comment peut-elle partir avec tout ce travail qu'elle leur laisse ? Pourquoi quitte-t-elle ce foyer qui l'a vue naître, alors que lui l'outsider trimerait encore pour cette filiation si fine ? Comment diable n'en n'a-t-il pas eu lui-même l'idée ? Mugen sature de se sentir redevable d'une adoption qu'il n'a pas réclamé. Dans le secret silencieux de son bouillon adolescent, il se fait la promesse : "Demain, je partirai avec elle."

~

A l'aube, il entend la porte en bois s'ouvrir sur l'extérieur. Sous sa couverture, il a préparé un maigrelet baluchon de quelques affaires seulement - pas même de la nourriture. Il attend que Fumi s'éloigne quelques temps pour que leur conversation n'éveille pas les parents toujours enveloppé du coton de leur sommeil. Mugen sort discrètement puis, une fois dehors dans la brise agréable du matin d'été, pourchasse son amie et la ratrappe.

"Je viens avec toi."

Le soleil encore empâté dans leur dos projette devant leurs pieds leurs silhouettes étendues, et pour la première fois le jeune homme se fait la réflexion qu'il a dépassé la taille de son amie. Il en veut au monde entier d'avoir volé ses racines, d'avoir fait de lui l'intrus de sa propre famille malgré l'affection manifeste qu'on lui a porté ; mais bien que Fumi incarne ce qu'il aurait toujours voulu être aux yeux du monde et de ses parents, il n'est jamais parvenu à lui reprocher quoi que ce soit. Leur fraternité a été trop naturelle. La cible sur laquelle se pose le curseur de sa vendetta, c'est Nobunaga Oda. Ce départ le conduira plus loin, ou plus proche que jamais de la personne qu'il est, et de celle qu'il aurait dû être.





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FUMI

Elle vient des alentours de Nagashima et a 22 ans. En compagnie de Mugen, avec qui elle a grandi, elle vient de partir pour un voyage dans le but de trouver un.e maitre.sse pour lui enseigner le sabre et devenir samurai.


L'aubergiste

La journée s'annonce magnifique. L'ombre à ses pieds lui fait l'effet d'être une géante, et c'est bien ainsi qu'elle se sent. Le baluchon pèse dans sa main -elle se fait la réflexion qu'il lui faudrait un bon bâton pour le porter sur son épaule. Elle n'a pas encore regardé ce qu'il y a dedans : à son réveil il était à côté de sa tête et elle est juste sortie sans regarder en arrière. Le sabre de bois est passé à sa ceinture et elle a attaché ses longs cheveux avec un ruban rose usé.

Elle reconnaît tout de suite les pas de Mugen et s'arrête sans se retourner. L'ombre de son camarade apparait, s'étend à côté de la sienne. Elle est plus grande et plus massive, et Fumi est un peu amusée par cette différence. Elle sourit d'abord à leurs ombres, puis au visage de Mugen, et se retourne vers la cabane de bergers.

"Ils vont avoir beaucoup de travail sans nous."

Mais en vérité, elle est contente que Mugen veuille venir. Depuis qu'il a été recueilli par ses parents, elle le considère comme un frère -bien qu'apparemment, elle soit la seule de la famille à le considérer comme en faisant intégralement partie. Peut-être parce que dès le début, ses parents ont recueilli et élevé Mugen dans le but d'en faire "l'apprenti".  
Elle lève de nouveau les yeux vers son visage. Fumi n'a aucun soupçon des pensées qui agitent son ami ; elle ne peut se rendre compte de son état d'esprit. Elle a toujours été à sa place. Pour elle c'est l'aventure qui commence, un peu comme dans une histoire pour enfants. Par certains aspects, elle est beaucoup moins mature que Mugen. Tout ce qu'elle voit, c'est que le voyage sera plus agréable avec lui.

"Viens alors. On va marcher jusqu'au village et on mangera un peu de ce que ma mère a préparé. On devrait y être dans moins d'une heure, et là bas on laissera un message pour dire que tu es avec moi."

Il faut couper par le bois pour descendre plus vite au village. La nature s'éveille et s'étire sur leur passage. On entend des froissements dans les buissons, à hauteur des pieds, et les gouttes de rosée font briller toutes les choses dès qu'un rayon de soleil passe entre les branches. Parfois, quand les troncs s'espacent et qu'on peut voir vers la mer, on remarque au loin que la fumée de hier est presque tarie.  
Bientôt, ils arrivent au dessus des maisons. Le village est en réalité une seule rue qui réunit quelques commerces et maisons. Ils dévalent la pente pour arriver dans la cour arrière de l'auberge. Là, devant la porte coulissante, une vieille femme est assise avec du thé.

"-Mais si c'est pas la petite du berger ! Et l'apprenti avec. Je vous ai vus sortir du bois."
"-Oui, oba. On part en voyage. On va s'asseoir un peu ici pour prendre le petit déjeuner, peux-tu nous donner de l'eau ? Et appelle l'aubergiste, s'il te plait."


La vieille femme renifle avec dédain. Puis elle se lève et s'en va à petits pas. Fumi ôte le sabre de sa ceinture, s'agenouille et ouvre enfin le baluchon. Des sandales de rechange et de la paille pour les réparer. Des tissus propres. Quelques boules de riz collant enveloppées dans des grandes feuilles. Pas un sou, mais elle le savait déjà. Elle tend une boule de riz à Mugen et mord dans une autre.
Sur ces entrefaites arrive l'aubergiste. C'est un homme maigre et agité ; Mugen et Fumi le connaissent depuis très longtemps. Il s'agenouille à son tour pour déposer le pichet d'eau et regarde seulement Fumi. Apparemment, il considère que Mugen n'est là qu'en qualité d'écuyer, juste pour accompagner la future samurai.

"Alors c'est vrai ce que dit Paru ? Tu prends la voie des armes ?"

Fumi est un peu gênée, elle désigne Mugen à ses côtés pour que l'aubergiste le regarde aussi. Il lui jette à peine un coup d'oeil et reporte son attention sur elle sans comprendre.

"-On y va tous les deux. Mugen et moi."
"-Ha, bon... Très bien. Mais pourquoi partir maintenant ? Les hommes de Nobunaga infestent encore toute la région, ils pourchassent les moines en fuite. On dit que Oda est encore là, qu'il inspecte ses nouveaux territoires avec un petit détachement des meilleurs assassins du pays. Si vous les croisez, ils vous tueront même sans raison. Et puis il y a aussi les hordes de pillards qui sont venus fouiller le champ de bataille. Ils ne reculent devant rien. Restez un peu ici."


Fumi soupire et chasse distraitement une poussière de ses genoux. Ca prendrait trop longtemps d'expliquer que oui, justement, le pays est comme ça depuis des décennies, que le danger il est partout, qu'à un moment, on reste immobile ou alors on prend aussi sa place dans cette histoire. Que ça fait 14 ans qu'elle le pense. Pour Fumi, la guerre est aussi un excitant terrain de jeu. Elle n'a pas encore vu grand chose.

"On est venus te demander de laisser un message. Dis à mes parents que Mugen est avec moi et que tout va bien. Quand je reviendrai, j'aurais un nom de samurai. Merci pour l'eau et pour tes conseils."

L'aubergiste s'incline brièvement et disparait vexé. La porte coulisse fermée. De derrière, on entend les voix des clients qui s'éveillent à leur tour, les portes qui s'ouvrent et se ferment, les pas glissants de la vieille domestique. L'aube a laissé la place à la matinée.
Fumi prend le sabre de bois entre ses mains. Il est tout abîmé, plein de coups et d'entailles. Il laisse des échardes si on passe les doigts dessus. Elle hésite, jette des coups d'oeil à Mugen.

"Alors, tu... Toi aussi, tu veux devenir samurai ? Je savais pas, parce que je t'ai jamais vu t'entraîner..."

Elle rougit, gênée d'avoir peut-être laissé entendre qu'il n'était pas préparé, et enchaîne tout de suite avant qu'il réponde :

"Je peux te montrer quelques techniques sur la route. Et il va nous falloir des vrais sabres, bien sûr. Même si pour l'instant, on n'a pas d'argent du tout."

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J'ignore qui c'est
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Orphelin à deux ans par la faute de Nobunaga Oda, il est reccueilli par une famille de bergers. A 16 ans, nourri par sa vengeance et sa quête d'identité, il part avec sa "soeur" adoptive à travers le Japon.


Sur les sentiers

La forêt est bien dense mais le sentier n'est pas trop long - leurs jambes prestes et jeunes rejoignent bien vite le village sous la surveillance émeraude des feuillages, et la lumière du jour levant les taquine sur leur chemin avant de s'imposer à leurs yeux, plus fière, à la sortie du bois. En contrebas, quelques toits modestes s'alignent grossièrement, faces à faces, en un couloir d'animation toute relative. Les deux jeunes gens glissent une pente poussiéreuse qui s'effrite sous leurs pieds et se réceptionnent aux portes dérobées de l'auberge du village. Y siège, attirée par l'agitation et prévenue par les fougères, la toute vieille aubergiste : sa voix noueuse sourit à Fumi et ses pas chancelants s'en vont quérir le mari.

Généreuse, la jeune femme tend à son ami de quoi se nourrir, scindant sa propre portion, alors que ce dernier partait sans avertir quiconque et nourrit d'un tumulte sourd. Le riz cède sous leurs dents voraces et cale l'estomac gentiment tandis que le vieillard les rejoint à pas de courses. Voilà longtemps que Mugen traite avec les aubergistes, des commission pour leur apporter du lait de brebis, ou de la viande séchée que le père faisait avec les bêtes vieilles, malades ou mâles lorsqu'ils étaient en surnombre. Equilibrer le cheptel est tout une science, et si Mugen avait le droit de faire sécher les lambeaux de chair violentés par les mouches, veillant sur le feu sans discontinuer, la mise à mort elle était réservée au chef de famille. Fumi et le vieux échangent sur l'aventure qui attend les jeunes gens, sans larges égards pour le jeune garçon qui ne relève même pas, pas plus qu'il n'écoute - les aubergistes ont toujours été polis avec lui, mais peu courtois : déjà parce qu'ils jugeaient qu'il ne faisait pas suffisamment d'effort pour un garçon de son âge, mais aussi qu'ils déploraient qu'il vienne peut-être d'un sang bleu corrompu de pouvoir. L'adoption de Mugen n'est un secret pour personne.

Enfin seuls, abandonnés par les impertinents vieillards et leurs remontrances alarmistes - à raison, mais dans l'indifférence totale des deux comparses -, Fumi demande pour la première fois les motivations d'un départ si précipité. Mugen hausse les épaules. De quoi sa vie sera-t-elle faite s'il ne profite pas de cette occasion pour se risquer à la bousculer ? Les moutons, pour toujours ? Reprendre la ferme des parents en attendant le retour de l'enfant prodige honorant le bushido ? Rêver encore d'une origine, ou d'une destination, oisif dans la plaine les yeux perdus dans les nuages ? Tanner la laine et fumer la chair, traire les pis et accoucher les femelles ? Ce n'est pas tant que le jeune homme veuille devenir samouraï, mais plutôt qu'il ne veuille pas devenir berger.

"Je sais pas trop, répond-il désinvolte. Je crois que j'ai besoin de voir du pays. Ca ne te sort pas par les yeux, toi, les moutons ?"

Et puis il se dit qu'elle a sûrement le coeur plus noble que lui au contraire. Quelque part, il a aussi quelque chose de spécifique qui le pousse à prendre la route, à devenir fort, à mener ce voyage initiatique comme on les conte aux enfants : trouver qui il est et à défaut, trouver Nobunaga et lui faire payer pour avoir volé ses racines. Mais cela, il ne se le formule pas encore, objectif trop ambitieux, trop lointain, trop précis pour un jeune forçat au départ de sa quête de sens.

"De l'argent, on devrait pouvoir en trouver sur la route, ça ne m'inquiète pas."

Mugen fait allusion à ce qui se raconte sur les villes, comment tout se parie et se paye : simple travail aux marchés, jeux de go, paris de dés, parfois juste la sympathie d'un mécène envahissant. Et puis, acheter des sabres. L'apprenti n'en n'a jamais tenu ni manié, la seule lame affutée de la maison est la vieille lance de la mère, ici en emblème des motivations nobles qui l'ont conduite à se battre - mais l'approcher est interdit à toute la maisonnée. Il se figure que trancher dans le tas, ça ne doit pas être si difficile et sait déjà qu'il ne compte pas quémander de formation. Plus que tout, il ne supporte plus qu'on lui dise que faire, y compris venant de sa chère amie.

Après avoir vidé la cruche d'eau, Fumi et Mugen reprennent la route sous un soleil déjà dardant, crapahutant les sentiers de gravier et terre battue par les pas des commerçants - sur ces routes de passage, tracées par les allées et venues, les acolytes sont assurés d'arriver dans une ville, mais ils sont aussi plus à risque de se faire piller. Du moment qu'ils n'ont pas grand chose sur eux, ils décident que ce n'est pas le pire qui puisse leur arriver et suivent donc ces chemins à découvert et cléments pour les sandales. Les cigales chantent en douceur le début de l'été et Mugen se mure dans la solennité de leur bienveillance, bourru de silence comme à son habitude, contemplatif d'une nature immuable.

~~

Plusieurs heures de marche les séparent de la prochaine ville, sur des chemins étendus à l'horizon et bordés tantôt de branchages touffus, tantôt de larges plaines cultivées. Près de trois heures après leur départ, un ruisseau clair les interrompt par son roulis régulier, et chacun s'y penche pour se rafraîchir dans une pause amplement méritée. Toujours harassés par le soleil désormais à son zénith, ils s'assoient néanmoins un instant par égard pour leurs jambes. Le jeune homme se décide enfin à briser son mutisme.

"Et toi alors, pourquoi samouraï ?"

Vu les conditions géopolitiques actuelles au Nippon, on s'imagine assez facilement que le sabre y trouve de quoi s'employer, et la violence sous couvert maîtrisé a le vent en poupe. Mais la candide noblesse de Fumi n'échappe pas au sauvage Mugen qui admire en elle sa façon de rester intègre. Petit, elle lui contait souvent les histoires de sa propre mère ou d'autres guerriers, et il n'est pas sans savoir quel goût pour l'aventure l'a toujours animée, le regard perdu au loin, loin, seul endroit où y accomplit quoi que ce soit en ce bas monde. Un cliquetis mécanique se fait entendre sur la distance. S'approche la silhouette d'un boeuf portant sur lui deux énormes paniers d'osier chargés, et tractant à l'arrière une brouette pleine. Son maître se tient à ses côtés, lui aussi chargé de paquetages. Ce détail marchand rappelle à Mugen que les détrousseurs ne sont jamais bien loin des marchandises. Sur un flanc du sentier, en surplomb, une végétation dense pourrait servir d'abri à n'importe qui.

"On devrait se remettre en route."

Aujourd'hui, déambuler dans le pays n'est plus même sûr.



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photo historique
FUMI

22 ans. Au début de son voyage en compagnie de Mugen. Elle désire devenir samurai.

Ils partent du nord de Nagashima et avancent vers l'ouest où se trouve Kyoto, actuellement tenue par Oda..

Les intentions

La route est agréable pour Fumi, la marche facile. Ca ne la dérange pas de marcher dans le silence de Mugen. Elle écoute les bruits qui viennent des bois, les pas des voyageurs qui les dépassent. Ils marchent lentement, tranquillement. Le plan est ceci : au soir ils arriveront au pied des montagnes et devront établir un plan de route. Il faudra choisir par où les contourner ou les traverser. Ils pourront aller vers le nord ou vers le sud ou l'ouest, peu importe en vérité d'après Fumi. Déjà, il faut traverser. Et les montagnes ne sont pas des endroits sûrs.
Elle y pense en se rafaîchissant le visage dans la rivière, mais sereinement, et s'assied avec plaisir. Elle lève le visage vers le ciel en souriant et garde son sourire au visage en le tournant vers Mugen, quand il demande pourquoi samurai.

Elle reste un peu songeuse. Les raisons sont multiples en vérité. Et chaque réponse lui semble trop intense.
Elle pourrait dire qu'elle cherche à maîtriser la voie, son corps, la lame, le degré ultime d'un art et de la discipline. Mais c'est prétentieux, et un mensonge parce qu'elle ne croit pas à ce genre de choses, seulement en la puissance et en la brutalité.
Elle pourrait dire qu'elle admire la volonté de domination de Nobunaga, qu'elle a été exaltée souvent en entendant les histoires de ses victoires. Surtout les éclatantes, avec des actions immenses meurtrières, spectaculaires. Pas contente de la mort de ces gens, et choquée et attristée... mais pas en colère. Comprenant la stratégie, l'idée derrière, un pourquoi suffisant pour elle. Ca, ce serait une vérité, et ce serait peut-être la fin de leur amitié, si elle disait ça sans s'expliquer mieux ensuite.
Elle pourrait dire qu'elle a un grand plan elle aussi, une grande idée noble de "l'honneur" et "l'accomplissement", et ça aussi serait une vérité mais pas totalement.

Elle dit :

"J'imagine que... c'est la meilleure chose à faire. Je suis une fille robuste, non ?" Elle rit franchement. "Je me bats bien. Je me suis toujours bien battue. Si je m'entraîne, je deviendrai vraiment forte et là, je pourrais faire ce que je veux, parce que c'est ça qui compte en ce moment."

Et finalement, c'est peut-être le plus "la vérité".

Ce qu'elle voudra après, ce qu'elle entend par "ce que je veux", ce n'est pas très clair encore mais ça viendra. Elle est totalement confiante. D'une confiance naïve mais portée par des vraies certitudes, vérifiées.
Elle s'est déjà battue pour de vrai et a déjà gagné. En duels, en défis d'adolescents dictés par de vraies colères, et aussi une véritable bataille une fois -contre des brigands dans la  nuit autour de la bergerie, avec l'aide de sa mère, à coups de bâton pendant que les hommes calmaient les bêtes et éteignaient un incendie. Elle a tué un homme cette nuit-là. Elle ouvre la bouche pour en reparler, mais Mugen se lève.

Elle suit son regard et comprend. Même le marchand doit être en train de se dire à l'instant même que c'est une bien mauvaise route et qu'il espère bien vite dépasser ce passage. Tout le monde connait ce fléau des brigands de route. Tout le monde n'a pas les moyens de s'en protéger, par contre.
A l'instant même où ils se mettent en route, le souvenir du son des mots de Mugen à peine évanoui dans l'air, c'est comme s'ils avaient lu l'avenir. Un homme seul sort du bois et descend la pente vers le marchand en agitant les bras d'un air étrangement jovial. Arrivé à la hauteur du boeuf, il en saisit les rênes en parlant au marchand. Des silhouettes apparaissent à la lisière d'où il est venu, juste se montrer pour l'instant, pour un avertissement. Deux. Trois avec celui qui est descendu. Celui-là a un gourdin, les autres on ne sait pas -peut-être des sabres, d'autres gourdins, des bâtons.

Fumi n'a pas le temps de détailler mieux la situation, parce que tout s'accélère soudain et elle réagit immédiatement. Le marchand pose son paquetage de son dos au sol et recule de deux pas. Un instant on dirait qu'il offre juste les marchandises contre sa vie. Mais il bouge d'un coup et tire quelque chose du paquetage du boeuf, quelque chose qui étincelle, un sabre. Dans le mouvement pour dégainer la lame, gracieuse, a tranché nettement les sacs entre lesquels elle était rangée sans fourreau. Du grain s'écoule songeusement. Le marchand tient le sabre clair, le lève pour frapper mais maladroitement, et il y a quelque chose de déchirant dans cette attaque.
Fumi est déjà en train de courir. L'autre donne un coup de gourdin dans le sabre, qui saute des mains du marchand, et il se retourne en entendant le bruit de course effrenée. Elle lui arrive dessus sans ralentir, le sabre de bois levé au dessus de sa tête -totalement ouverte. Elle l'abat de toutes ses forces sur la tête de son adversaire qui s'écroule terrassé et même mort sur le coup.

Les deux autres dévalent déjà la pente vers eux. Les grains continuent de s'écouler avec un bruit sourd de serpent. Elle jette un coup d'oeil vers le sabre qui a volé sur la route. En vérité, Fumi sait qu'à cet instant il s'agit de vie ou de mort, et elle ne s'est entraînée qu'avec le sabre de bois. Elle connait son poids, sa force. Elle a peur de se tromper, de changer d'arme à cet instant précis et que ce soit le mauvais choix et que ce soit trop tard et que... Elle se décide alors qu'elle est encore en train de penser à ses doutes, se décide en pensant en même temps qu'elle ne va pas faire ça, et se jette sur la lame brillante dans la poussière. Un des deux nouveaux assaillants court sur elle au même moment, sabre sur le côté pour lui trancher la tête mais elle relève la lame du sol dans un mouvement vif vers le ciel qui lui tranche le bras en se relevant d'un bond.
Un coup sans grâce, un coup réflexe, un coup d'ours. L'homme regarde son bras avec horreur, la regarde elle, et court sans un regard pour personne.

Fumi se tourne alors vers le reste de la scène.

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MUGEN

Orphelin à deux ans par la faute de Nobunaga Oda, il est reccueilli par une famille de bergers. A 16 ans, nourri par sa vengeance et sa quête d'identité, il part avec sa "soeur" adoptive à travers le Japon.


"Le sabre est l'âme du guerrier."

Le marchand ne se décide pas à abandonner ses marchandises pour sa vie - ses marchandises, ce sont sa vie aussi. Il tente une riposte, aveuglé par la terreur, rageant de ce trop-plein d'insécurité qui lèche tous les sentiers, fatigué probablement de fuir l'adversité. Il n'a pas beaucoup fait cela, c'est évident dans l'approximation de sa lame qui n'aura tranché aujourd'hui qu'un sac de grains qu'il protégeait pourtant si vaillamment. Fumi s'élance, et tandis que Mugen aurait préféré demeurer en retrait et bassement éviter la mort, il est contraint de suivre son courage.

Elle est grandement assurée, vive, toute en réflexe, impressionnante. On voit en elle la lignée guerrière de sa mère, son éducation martiale même sommaire, toute sa vigueur nerveuse. Elle assomme le premier d'un matraquage violent par son outil de bois, puis récupère le sabre pour couper la chique, et le bras, du second qui en voulait à sa peau. De son côté, Mugen est bien empoté pour le combat, lui le paysan pur et dur, qui sait faire accoucher les brebis, donner la vie pour ainsi dire, mais bien moins l'ôter. Il se jette sur le troisième brigand - alors concentré sur la jeune lionne qui les épate - et le fait chuter à plat ventre avec force impact. Le bandit se débat mais le fermier ne déchante pas et demeure assis sur ses reins, maintenant ses poignets au sol fermement pour l'empêcher d'agiter son sabre. Inexpérimenté mais pas ignare, Mugen s'empare du wakizashi à la ceinture de son adversaire alors sans défense et l'enfonce par l'énergie de la panique entre ses côtes.

La lame trouve résistance dans les muscles intercostaux mais finit par percer la carapace et se loger quelque part dans un organe, accueillie par un râle de souffrance mourant dans le glouglou sanguin de la trachée victime. Mugen laisse le sabre réduit logé dans la cage thoracique du brigand et se lève terriblement troublé par son action - une suée froide lui saigne le dos à blanc, ruisselant depuis sa nuque jusqu'à ses reins, et il est prit d'une nausée qu'il contient. Il passe ses doigts dans ses cheveux humides et peine à retrouver un aplomb lorsque le paysan se surexcite joyeusement, l'appelant à la réalité.

"Ca alors, vous êtes mes bienfaiteurs ! Merci, merci infiniment !"

Mugen laisse traîner des yeux hagards entre le marchand, les grains déversés au sol, le boeuf anxieux et son amie. Sans jamais avoir combattu ni être sorti du terrain de ses parents, l'adolescent découvre le grand bain du Nippon à feu et à sang sans préambule ni tour de chauffe. Un meurtre qui le fait prendre dix ans d'un coup. Un premier meurtre, dont personne ne revient identique à lui-même. Le regard du mort, surpris de son départ, s'écarquille sur l'âme marquée du jeune berger.

"Vous êtes jeunes mais bons guerriers. Tenez, prenez ça, c'est peu mais c'est une petite compensation pour votre risque."

Le bonhomme, pour qui la mort fait partie du paysage et n'affecte plus, tire d'un des vastes paniers dressés sur le dos de la bête tout un ensemble de navets, carottes, daikon et azukis secs. La trivialité de la nourriture rappelle à Mugen que la vie comme la mort sont faites de nécessaire, et cet assortiment qui servira pour une soupe sur deux jours au moins n'est pas sans ravir les comparses dans leur ébranlement.

"Où allez-vous comme ça ? Je peux vous dire qu'aucun sentier n'est sûr ces temps-ci ! Heureusement vous n'avez pas grand-chose sur vous, mais ne soyez pas trop confiants, les gens sont désespérés. J'en ai entendus prêts à tuer pour voler des sandales !"

Le jeune paysan ne répond guère et observe distraitement les alentours couverts, chassant la vue du cadavre et se figurant que ce refrain réfractaire sera leur plus fidèle compagnon : ils sont jeunes et le pays est dangereux, ce que ne manquent décidément pas de rappeler chaque personne qu'ils croisent. L'adolescent charge le panier de provisions sur son dos, laissant libres mouvements à son acolyte bien plus agile que lui en cas d'attaque, et ils saluent le bougre poursuivant leur route.

Comme pour faire taire sa culpabilité et achever de le faire mûrir, Mugen retire au passage le wakizashi des côtes de sa victime et l'attache à sa propre ceinture. A la découverte de ce qu'il est, il se rencontre une première fois dans le sang.

Fumi, elle a déjà tué - il aimerait avoir son sang-froid et son énergie.



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FUMI

Fumi est une jeune fille brutale. Elle a 22 ans et désire devenir la meilleure samurai du Japon. La voici partie sur les routes avec son frère adoptif Mugen. Ils se déplacent des alentours de Nagashima vers la province d'Ise. Actuellement aux alentours du mont Iga, en passant par Kameyama.


Le sabre du marchand

Fumi regarde avec attention comment l'homme se débat sous le poids de Mugen. Il ne pourra pas le soulever. Ses talons laissent des sillons dans la poussière de la route. Mugen est lourd et robuste. Elle se sent l'esprit très clair ou alors vidé. Elle regarde tendue la lame s'enfoncer et l'homme mourir, le visage de Mugen à ce moment-là et quand il bondit presque en arrière après. Elle voit son expression, son effort pour se reprendre. "Pourtant, il a gagné ce combat."

Résultat de l'intervention : trois survivants, deux morts et un estropié en fuite. Le bras encore par terre dans une flaque de sang. Le marchand n'y fait même pas attention, pas plus qu'aux deux cadavres d'ailleurs.
Fumi elle-même ressent un grand sang-froid. Elle s'entend penser : "Ils voulaient se battre et ils ont perdu, et c'est tout." Pour elle c'est aussi simple que ça.
Elle voit tout ceci comme une grande bataille : ceux qui veulent se battre et qui sont prêts à mourir et ceux qui meurent tués par les premiers. Pour elle seul compte d'avoir gagné. D'être vivante maintenant alors que eux sont morts. De survivre pour se battre encore.

Mugen n'a pas l'air de  le vivre de la même manière. Voyant le trouble qui l'empêche de répondre, Fumi s'avance vers le marchand et s'incline pour le remercier de son cadeau, se mord les lèvres dans l'ombre de sa queue de cheval. Elle a toujours le sabre dans la main. Son poids lui plaït. Elle a l'impression de plus le mériter que le marchand. Elle laisse l'homme poser la nourriture à ses pieds, s'incline de nouveau en remerciement.
Juste après que le marchand ait dit qu'il avait vu des gens prêts à tuer pour voler des sandales, Fumi lui dit :

"Puis-je vous demander de me donner ce sabre, s'il vous plait ?"

Le marchand se fige de surprise. Son regard va de la lame au visage de Fumi. Se pose un instant sur les cadavres.

"Oui... bien sûr. Prenez-le."

Et il s'en va hâtivement.

***

Le soir du lendemain, dans le minuscule village de Kameyama, province de Ise.
Ils  ont avancé tranquillement. Au rythme de ceux qui n'ont pas vraiment de destination précise, en parlant peu. Fumi a dans l'idée d'aller vers Kyoto : elle se dit que là-bas il y aura les meilleur.es guerrièr.es du pays. Ou juste des choses à faire. Elle garde le sabre du marchand dans la main parce qu'il n'a pas de fourreau, ou par moments elle l'enroule dans un tissu.

Ensuite ils sont assis autour d'un feu sur lequel cuit le reste des légumes. Le bois craque sèchement. La nuit est agréable. Fumi a maintenant une brindille dans la main et dessine un plan dans le sable avec. Il n'y a pas vraiment besoin de dessiner car son plan est très simple mais ça lui fait plaisir.

"D'ici, on continue droit vers l'ouest à travers les montagnes, et on arrive à Kyoto. Faut juste dépasser Iga. Une vieille me l'a expliqué quand j'ai demandé notre chemin."

Elle jette un coup d'oeil furtif à son ami. Elle lui trouve l'air changé. Mais elle n'ose pas demander parce qu'elle ne sait pas quoi lui dire, qu'elle a bizarrement honte ? et aussi elle est trop fatiguée pour parler. Elle mange en silence et ils se couchent à la belle étoile sans qu'elle dise rien.

***

Tout le monde à Kameyama les a prévenus qu'ils tomberaient sur le mont Iga s'ils allaient plus loin ; à sept heures de marche dans les montagnes. Entre eux et Kyoto. Le territoire des shinobis, un groupe d'espions et de mercenaires... On dit qu'ils maîtrisent des techniques explosives, les poisons, qu'ils sont furtifs et ont des méthodes "pragmatiques". Non conventionnelles. On dit que beaucoup des moines Ikko-Ikki, les rebelles mis en déroute à Nagashima, se cachent au mont Iga. Et que les shinobis d'Iga et les moines partagent les redoutables techniques Ninjutsu.
Mais pour l'instant rien de tout cela n'est visible, et Fumi a même peine à y croire encore. Elle s'attendait à bien pire. Il y a juste la forêt, la pente, le soleil. Des bruissements dans les buissons. Ils marchent en silence depuis deux ou trois heures maintenant.

"Mugen ?" Elle est derrière lui et espère qu'il ne va pas se retourner. Elle enchaîne précipitamment, comme toujours quand elle est gênée. "Depuis le marchand, tu... hemm...T'en as pensé quoi ?"

De tout ? Elle ne sait pas s'il est en colère contre elle parce qu'elle a pris le sabre -pourtant elle l'a juste demandé. Si le combat lui a déplu, ou l'a effrayé ? Ou c'est d'avoir tué ?

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Orphelin à deux ans par la faute de Nobunaga Oda, il est reccueilli par une famille de bergers. A 16 ans, nourri par sa vengeance et sa quête d'identité, il part avec sa "soeur" adoptive à travers le Japon. Ayant tué pour la première fois au cours de ce périple, il est en proie à une lourde culpabilité.


Idéaliste

La route est calme à partir de là, et les deux comparses aussi. La nature est prétexte à contemplation et chacun y regarde ce qu'il trouve en lui - sous les paupières de Mugen est peint le visage du mort, et chaque fois qu'il laisse vagabonder son esprit un peu plus loin que ses pieds, il lui semble sentir encore le sang chaud ruisseler sur ses phalanges d'une vie qui s'écoule. Bien sûr, il a vu le père tuer certaines bêtes, il sait que leurs victimes étaient des vandales, que la mère ou même Fumi ont déjà dû achever pour protéger la ferme. Mais quoi qu'il retourne encore et encore le problème, il ne peut se résoudre à la morale commune,  à la chanson du pas-le-choix - trop brut peut-être pour la comprendre. Trop borné en tout cas pour l'admettre.

Ils se dirigent vers Kyoto, et traverseront le Mont Iga. Les remontrances des villageois sont plus précises à mesure que leur projet se peaufine, on ne les alarme plus vaguement du remugle général qui secoue le Nippon, mais on pose maintenant des noms sur la menace : les shinobis, les Ikko-Ikkis, diable, la montagne elle-même. Mugen relativise - tous ces dangers ne sont pas moins meurtriers qu'eux. Lui, a détroussé son mort de son wakizashi. Fumi, elle, s'est emparé d'un sabre qui n'a pas même la sécurité d'un fourreau. Ils sont armés. Ils ont tué. Quelle différence maintenant entre eux et les adversaires, si ce n'est l'efficacité à la tâche ? Mugen dort d'un sommeil de brave, et s'éveille toujours fatigué.

La marche est plus roide à mesure qu'ils progressent dans les reliefs du Japon, mais les deux paysans ont l'habitude, et leurs pieds calleux souffrent bien l'inconfort des sandales. Ils sont alertes aux murmures des branches, surtout depuis l'embuscade qu'ils ont rembarrée, aussi la voix de Fumi sonne-t-elle lourdement dans leur mutisme. Qu'a-t-il pensé depuis le marchand ? C'est difficile pour lui d'y mettre les mots. Il s'en veut de ne pas suivre la mouvance brutale du pays. Il s'en veut de ne pas savoir composer avec la mort. Il s'en veut de l'avoir suivie tout en sachant qu'il ne serait pas capable de cela. Il se sent faible, et désormais, il se sent aussi souillé. Il porte à ses hanches un sabre minuscule, un sabre joker, et c'est déjà trop. Il en veut à Nobunaga d'avoir décimé tout ce qu'il aurait dû être par la violence, et il en veut à la violence elle-même. Il fallait qu'il parte, qu'il sache, qu'il découvre, mais quoi qu'il n'ai pas peur de l'extérieur, il lui préfère peut-être malgré tout les moutons. L'extérieur, en réalité, le dégoûte. Et toutes les étendues luxuriantes ne pourront rien contre cela.

Quelque part, Fumi aussi le dégoûte. Parce qu'elle baigne là-dedans comme un poisson dans le fleuve. Parce qu'elle parvient à faire abstraction. Parce qu'elle envie ces guerriers puissants, mais aussi sauvages. Parce qu'elle veut en devenir une, courtisée par la grandeur et le mérite. Elle incarne ce qu'il aurait dû être pour cette aventure, et lui, lui, est moins robuste semble-t-il que les chevilles des agneaux. Il ne dit pas tout cela - parce qu'il ne comprend pas encore ce qui le tourmente, et qu'il aime Fumi comme une soeur quoi qu'on en dise. Leurs jeux, et leurs histoires. Cette vigueur brutale et cette ambition magnifique, quel modèle de bravoure. Mugen voit son pacifisme comme une faiblesse au contraire, et que ce relent détestable, il le doit probablement à la couardise plutôt qu'à la sensibilité - d'ailleurs, il ne fait pas la différence entre les deux. Aussi, comme lui, sa réponse est confuse, faussement désinvolte. Il ne se retourne pas et continue à ouvrir la voie. "J'en pense qu'on aurait pas dû se mêler de ça. C'était pas nos affaires."

Et dans son esprit, c'était tout. "Mais bon, on a eu à manger pour deux jours, c'est ça de pris." Son pragmatisme lui permet de temporiser son affect alors qu'ils avancent toujours d'un pas soldat.

~

Ils sont désormais plus enfouis dans les sentiers tortueux qui contournent bon gré mal gré le mont. Mugen se sent observé, mais le bruissement alentour semble si naturel qu'il renfloue son angoisse au rang de paranoïa. Peut-être, s'ils sont chez les shinobis ou les ikko-ikkis, cette montagne est-elle truffée de pièges. Peut-être, en effet, juchés sur des pics rocheux ou nichés dans des crevasses, quelques guerriers les guettent. Camouflés, de bons ninjas. Leur route les conduit à dépasser un torii de pierres donnant sur quelques marches mousseuses en montée. C'est alors qu'ils se font héler, du fond du chemin plus en hauteur, par une lourde voix étouffée.

"Halte !"

Contrits par l'autorité naturelle du ton, les voyageurs se figent. S'approchent et descendent vers eux deux silhouettes armées - des moines, reconnaissables à leur voile blanc couvrant tête et bouche. Ils portent tous deux un épais hangi orange surmonté d'un large habit sans manche gris, réunis autour de leurs hanches par un obi dûment serré. A leurs avant-bras, deux pièces d'armures couvrant aussi leurs mains décorées de bracelets rituels et autour de leur cou, encadrant l'amoncellement de tissus qui leur donnent l'air d'avoir une gorge énorme, siège un collier protecteur en billes de bois. Ils portent à leur ceinture un sabre chacun, et dans leur main est dressée une naginata, lance longiligne à lame courbe qui achève avec élégance leur intimidation. Les deux moines observent les alentours avant de les sommer de les accompagner.

"Par ici."



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FUMI

Une jeune fille de 22 ans au début de son périple pour devenir samurai.

Mugen et Fumi viennent d'arriver au mont d'Iga..

Iga

Fumi est stupéfaite à la vue des deux moines. Elle ne les avait pas du tout vus arriver. Leur aspect l'impressionne profondément. Pas juste leurs tenues complexes ou leurs armes éloquentes. Surtout leurs attitudes... qui inspirent le danger.
Plus ils approchent et plus ses muscles à elle se tendent comme face à des panthères. La pointe de son sabre s'aligne avec eux instinctivement même si elle sait qu'elle ne peut pas les affronter. "Pas tous les deux en même temps, en tout cas. Un seul, possible." Son coeur bat très fort, ses mains et ses pieds se placent, une forte vigueur combative envahit Fumi. Elle se sent très menacée.
Mais après ce que lui a dit Mugen -qu'ils n'auraient pas dû se mêler de l'affaire du marchand- elle ne veut pas lancer un combat qu'il ne désire pas. Surtout ici où leurs morts sont plus que probables. Ils le tueraient aussi même s'il n'attaque pas, sûre. Elle ne peut pas décider ça.
Alors sans rien dire elle baisse son sabre et obéit à leur ordre... en restant néanmoins intensément sur ses gardes.

Les moines les escortent jusqu'à un grand portail qui apparaît soudainement entre les arbres. Autour d'eux les bruissements ont cessé dans les buissons. Le portail donne sur un intérieur, une étroite maison adossée à la muraille comme une antichambre pour le village. Dans une pièce de cette maison les attendent deux femmes d'aspect sévère et deux moines. Les femmes sont vêtues d'habits pratiques et simples mais entièrement noirs.
Ici, on leur enlève leurs armes et on les interroge sur leurs intentions, sur leur voyage et leur but. Fumi répond pour deux qu'ils veulent devenir combattants, et en apprenant leur absence d'allégeance actuelle les moines se montrent très intéressés. On leur propose de rester quelques temps, ne serait-ce que la nuit. Il est déjà tard et le soleil va se coucher bientôt. On glisse qu'ici, il y a du travail et le logement avec. Fumi accepte avec nervosité pour la nuit. Dans un coin, une vieille moine agenouillée ne la quitte pas des yeux. Elle a l'air de se moquer d'elle.

A la surprise de Fumi le village ressemble plutôt à un château ou à un temple avec une enceinte. Il s'agit en réalité d'une école comprenant un temple, d'ailleurs. Les petites gens y ont des chambres plutôt que des maisonnettes. On compte plusieurs grands bâtiments avec de grandes salles d'entraînements, des couloirs tortueux dont on a du mal à comprendre l'architecture (Fumi comprendra plus tard que c'est à cause des pièces secrètes). Il y a une grande cour avec des potagers, un puits, des rangées de mannequins de paille sur des pieux.
Il y a beaucoup de moines mais aussi des paysans, des marchands et surtout des gens dont elle ne reconnaît pas la tenue -la même tenue que les deux femmes sévères à l'entrée. Fumi suppose qu'il s'agit des fameux shinobis. Beaucoup sont des femmes, la plupart en vérité, tandis que chez les moines il y a une plus grande diversité de genres. Leur arrivée est accueillie avec une curiosité passagère vite passée en indifférence.

Un garçon d'une douzaine d'années, vêtu de noir lui aussi, leur montre une chambre qu'ils devront partager avec des inconnus. Plusieurs couches de paille sont étendues au sol. Il leur en désigne deux, annonce qu'un repas sera apporté bientôt et disparaît. On ne leur a pas rendu leurs armes.
Fumi et Mugen sont seuls pour la première fois depuis leur arrivée dans ce château. Elle ragarde Mugen en haussant les sourcils et les épaules d'un air de dire "mais que vient-il de se passer ?" et prononce d'un ton incertain :

"etto... Je sais pas si on vient d'être accueillis ou recrutés ou enlevés ?"

Mais elle n'est pas vraiment inquiète. En vérité, Fumi est plutôt curieuse de cet endroit. Elle souhaite proposer à Mugen d'accepter de rester quelques temps.

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