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 car j'appartiens aux forêts et à la solitude (abel)

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June
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dragon June


Le contexte du RP
Mise en situation

La situation




Un jour, un homme a élu domicile dans une cabane au bord du lac Baïkal, en Sibérie orientale. Qui est-il, d’où vient-il, et pourquoi est-il venu se perdre ici ? Personne ne le sait – et nous non plus.

C’est ce que nous allons tenter d’explorer au cours de ce rp, inspiré du livre Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson, en jouant tour à tour le même personnage, qui prendra corps au fil de nos réponses.

Contexte provenant de cette recherche
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June
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dragon June



Abel Sinclair
J'ai 36 ans et je vis dans une cabane au bord du lac Baïkal, en pleine Sibérie russe. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à ma ?, je suis ? et je le vis plutôt ?.

Informations à venir.


charlie hunnam © Shiya


    11 mars

    Un mois aujourd’hui. Coupé du bois pour le feu.
    Il neige depuis trois jours. L’hiver n’en finit pas.
    Coincé ici.


C’était sur la table en bois brut devant le carreau, un cahier à spirales ouvert sur une page presque vierge. Seuls quelques mots, jetés là sans envie, que personne ne lirait.

Désormais il n’écrivait plus chaque jour. Et les jours raccourcissaient dans le cahier. Pourtant, derrière le carreau, ils allongeaient, imperceptiblement. L’hiver était long pour lui, qui avait mis si peu de volonté à connaître cette nature immense qu’il était pourtant venu défier depuis le bout du monde. Les températures étaient glaciales, et les vents rigoureux – lancés à l’assaut de la cabane, ils essayaient encore de la déraciner la nuit venue. Et pourtant, le printemps venait déjà sourdre depuis le fond du lac. Dans un mois, peut-être plus, il serait sur le Baïkal.

En attendant, l’homme avait délaissé le cahier. De dépit, il avait versé la vodka dans sa tasse en émail. Quelques heures après, il était étendu sur le lit dans un coin de la cabane. Il ronflait doucement. Au-dehors, la neige tombait drue ; emmêlée par les vents elle frappait contre les carreaux en sifflant. L’homme dormait cependant. Une nuit sans rêve. La lampe à huile avait continué d’éclairer la page, sur la table. Une nuit sans rêve le sauvait d’un sommeil intranquille. La flamme dessinait un îlot de lumière orange dans le noir, et des ombres sur le visage que mangeait déjà la barbe blonde.

La neige frappait contre les carreaux, le vent secourait les arbres mais l’homme continuait de dormir.

Il était vrai que l’intérieur de la cabane – le lit, le sac de couchage, le poêle, la lumière orange de la lampe à huile – avait quelque chose de paisible. Barque perdue dans la tempête, ou monde au creux du monde…

L’homme y était coincé parce qu’il s’était montré présomptueux. Il avait pensé conquérir la taïga. La taïga l’avait roulé et il avait trouvé refuge dans la cabane, où il passait le plus clair de son temps. Il était aisé d’accuser les intempéries. L’homme ne voulait pas s’avouer qu’il était seulement coincé parce qu’il s’interdisait de repartir. Il s’asseyait à la table devant le carreau, il regardait le lac et il ne trouvait pas la paix. Il n’en prenait pas le temps et il faisait semblant de ne pas comprendre pourquoi la paix ne venait pas.

Le bois de la cabane craquait. Celui du poêle se taisait avec les heures. Bientôt l’homme aurait froid et s’éveillerait pour se mettre correctement dans le sac de couchage. Au matin il ne s’en souviendrait probablement pas. Peut-être, au moment de s’éveiller dans la nuit, aurait-il espéré que le soleil brille sur la cabane à l’aube.
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aulélie
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Limace



Abel Sinclair
J'ai 36 ans et je vis dans une cabane au bord du lac Baïkal, en pleine Sibérie russe. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à ma ?, je suis ? et je le vis plutôt ?.

Il a 2 frères ; Caleb & Neven



charlie hunnam © Angie

Il ne fut pas réveillé par le froid, mais par une envie pressante sans doute causée par l’alcool qu’il avait ingéré avant de dormir d’un sommeil du juste. Dérangé dans ses rêveries, il laissa échapper le grognement d’un homme des cavernes : ce qu’il était en partie devenu. La main qu’il passa sur son visage bouffi échoua dans une barbe négligée depuis des lustres. D’un geste, il ramena le sac de couchage sur lui, sans pour autant se placer à l’intérieur et resta encore allongé un petit instant, contemplant le plafond de sa cabane. Il se laissa un petit temps d’adaptation, juste assez pour retrouver le plein usage de ses fonctions encore engourdies par la meilleure des vodkas qui lui ait été donné de boire. Rien que pour ça, il se félicitait d’avoir choisi de s’établir en Russie.
Lorsque sa tête lui sembla plus légère - assez pour se mettre debout - il délaissa à contre coeur sa couchette et enfila de quoi affronter le froid pour se soulager et ramasser quelques stères en prévision des prochains feux.
En ouvrant la porte, une brise glaciale le mordit en s’engouffrant à l’intérieur de sa petite cahute. Sa rétine fut aussitôt agressée par la pure blancheur de la neige accentuée par les rayons du soleil. Il grommela, bien que l’astre jaune annonçait l’arrivée de l’été prochain et des températures positives, propice à une activité autre que celle d’un bucheron...
L’homme s’acclimata de la forte luminosité non sans mal : la douleur qui lui transperçait le crâne ne l’aidait pas et il en venait à regretter de ne pas avoir de lunettes de soleil dans son paquetage…
Devant lui, entre les quelques arbres qui protégeaient sa cabane du vent, le lac Baïkal, encore recouvert d’une couche de glace - s’étendait sur plusieurs kilomètres. Un paysage digne d'une carte postale. Sous cet angle et avec l’arrivée du printemps, l’endroit commençait à lui rappeler la partie de pêche au bord du lac Ontario qu'il avait partagé avec son père et ses deux frères lorsqu’ils étaient enfants.
Ces souvenirs étaient si lointains à présent qu’il se demandait parfois s’ils n’étaient pas tirés d’une autre vie. Il se remémorait pourtant chaque détail insignifiant de cette journée comme les boutons de la chemise à carreaux du paternel, les chaussures de Caleb ou le chapeau de Neven. En revanche, il était incapable de mettre le doigt sur ce qui avait provoqué l’implosion de la famille Sinclair.

En cherchant désespérément à fuir une vie monotone et sans saveur, il avait pensé - espéré, même - que ce paysage propice au calme et à la médiation l’aiderait à devenir un sage homme…
Au lieu de ça, l’endroit ne lui avait amené que plus d’interrogations encore et contribuait à renforcer sa tolérance à l’alcool. Ou pas…



signature à venir

ma recherche : ici :)
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June
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Abel Sinclair
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Il a 2 petits frères, Caleb et Neven


charlie hunnam © Shiya

L’homme s’était levé à grand-peine. Il avait enfoncé ses poings dans les manches de sa parka, un bonnet sur sa tête – il avait mis les grosses chaussures qui lui faisaient le corps lourd et les gants rigides qui le rendaient maladroit.
À chaque fois qu’il devait sortir et prendre l’éternité nécessaire à s’équiper pour le grand froid, Abel perdait son calme. Il avait horreur d’être engoncé dans tout ce matériel spécialisé qui portait sans doute, pour certains modèles, le nom de la région même où il était venu se perdre. Il grognait, il marmonnait pour lui-même qu’il aurait au moins pu attendre l’été pour aller foutre sa vie en l’air.
Cette pensée était évidemment exagérée et il se sentait plus amer encore au moment de reconnaître – généralement, il en était alors à enfiler ses gants – qu’il n’avait pourtant rien eu à foutre en l’air. Aucune vie à gâcher, briser, et que sa bravade n’avait de sens que parce qu’il n’y avait plus rien eu à perdre.

Il avait ouvert la porte et immédiatement senti la morsure du froid sur les quelques centimètres de peau laissés découverts entre le bonnet et le col remonté de sa parka. Une douleur aigue lui avait traversé la tête et il s’était senti profondément agressé par la blancheur du paysage.
Il s’était plaint de la neige, plaint de la tempête. De la même manière, il avait désormais en horreur le soleil que reflétait la surface éclatante du lac.

Il jura et sortit dans le grand froid, traçant un sillon dans la neige.

Pendant plusieurs minutes, l’homme avait ensuite agi machinalement, sans vraiment savoir ce qu’il faisait. Il avait soulagé sa vessie, ramassé quelques tasseaux de bois restés à côté de la souche qu’il utilisait pour débiter les troncs. Il était rentré dans la cabane en dispersant la neige autour de lui, pour jeter dans le poêle les bûches promises.

Les bûches avaient pris la neige, étaient devenues humides et le feu ne prit pas.

Après avoir avalé quelques cachets de paracétamol, Abel était sorti de la cabane à nouveau.
Il marcha résolument vers le lac. Arrivé sur la rive il ne s’arrêta pas ; il continua d’avancer, le regard fixe. Loin sous les couches de vêtements, son cœur battait d’énervement.

Ce n’est que lorsqu’il se trouva étalé sur le dos, de tout son long sur la glace face à l’immensité du ciel, qu’il reprit conscience de lui-même et cessa de lutter. Le calme enfin l’avait envahi. La sensation d’immobilité, après tant d’agitation vaine.
Le calme l’avait envahi, au prix cependant d’une émotion bien plus sourde, que l’homme évitait plus encore que d’affronter l’extérieur de la cabane.

Il n’avait rien d’un sage homme. Il étendit les bras. Il imagina les profondeurs du lac, juste là, sous son propre corps. Quel genre de poissons pêchait-on, dans le lac Baïkal ? Il se souvenait des saumons, des truites qu’il avait pêchés autrefois – sous l’œil rancunier de Caleb, qui n’avait jamais été doué pour ça. Neven, lui, son autre petit frère, n’avait jamais tellement aimé pêcher. Il avait plutôt coutume de disparaître derrière les arbres.

Abel se rendait compte aujourd’hui à quel point ces moments, passés au bord d’un tout autre lac, avaient été tout autant inapaisés que son expérience sibérienne.
À l’époque il n’était qu’un enfant, l’aîné de la fratrie qui se devait de tenir son rang, fier alors de s’attirer les faveurs du père. Désormais, il voyait les choses autrement. Il comprenait ce que Caleb avait dû ressentir, sous les remarques désobligeantes de leur père. Il imaginait aussi le sentiment d’abandon qui avait dû ternir la liberté dont Neven croyait lui-même jouir alors, car le père ne se souciait jamais qu’il soit toujours en vue.

Cette scène dont il était pourtant nostalgique… il la voyait désormais comme très significative, et il en était las.
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Pepperpotts
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Abel Sinclair
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Il a 2 petits frères, Caleb et Neven


charlie hunnam © Morrigan
Abel poussa un soupir sans même savoir si c'était de soulagement ou de résignation. Il savait juste qu'il était coincé là pour quelques semaines voire mois et qu'il était temps de l'accepter.

De son regard il tenta de faire le tour du lac, mais ses yeux ne firent que se perdre dans l'immensité de la nature, il est une si petite chose face à ce monde si blanc et étincelant. Il sait qu'il doit pêcher ici pour manger du poisson et en finir avec ces boîtes de conserve. Mais saura-t-il le faire ? dans tout son équipement il y a sûrement les filets que l'on installe sous le lac, un trou doit être déjà fait par un autre pêcheur, ou doit-il le faire lui même ? Seulement, l'heure n'est plus au doutes, mais à l'action.

Doucement Abel se redresse sur ses pieds, le froid est mordant, presque brulant sur son visage gelée. Il serre sa veste sur son coeur et avance lentement dans la neige. L'immensité le rend morose, à moins que ce ne soit la solitude. Il n'en a pas l'habitude de ce silence glacial, les villes dans lesquelles il a toujours vécu grouillaient de monde. De gens idiots qui se croient intouchables par leur supériorité. Ici, seul le calme répond à tous les cris poussés, la seule compagnie de l'homme c'est l'air de l'hiver. Abel se sent lâcher prise.

Il avance sur le lac, gelé, en se disant que des litres d'eau vogueront sur la surface d'ici quelques mois, que bientôt le printemps fera son apparition et qu'il ne pourra plus marcher sur la glace. Comment un paysage peut-il se modifier du tout au tout en quelques mois ? C'est fascinant de voir que la nature a toutes les ressources et que l'homme est inutile, sauf quand il s'agit de détruire et salir. Un sourire mauvais s'étire sur ses lèvres quand il revoit les carcasse de pneus qu'il a dégagés autour de la cabane.

Il s'accroche à un bâton et continue sa route jusqu'à tomber sur un endroit propice, mais c'est bredouille qu'il retourne à la cabane, après tout, il n'avait aucun matériel de pêche sur lui.

Fouillant parmi les étagères, il cherche un livre qui lui serait utile, mais maintenant que le soleil est presque couché, l'heure est au confinement. Il se sert un verre de vodka, pour tromper l'ennui de la soirée morne et solitaire tout en ouvrant le bouquin devant lui. Abel n'est pas sûr de trouver ce qu'il cherche, il risque de pêcher selon ses souvenirs d'avant, alors que rien ici ne peut y ressembler.
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June
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Abel Sinclair
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charlie hunnam © Shiya
Le soleil déclinait déjà lorsqu’Abel prit le chemin de la cabane. Il se défit de son équipement, faisant de son mieux pour ignorer la sensation de froid, que dominait son soulagement à l’idée de reprendre possession de ses membres jusqu’ici engoncés dans tout cet attirail. Comment pouvait-on cesser de se montrer maladroit, comment la subtilité de certains gestes s’accommodait-elle d’un climat si rude ? L’enfant qui pêchait autrefois sur le lac Ontario avait coutume de s’enorgueillir des félicitations de son père – l’adulte qu’il était devenu se montrait, quant à lui, incapable de la moindre prise.

Il aurait été sensé de penser que le lac Ontario n’était pas, en ces jours lointains, pris dans une épaisse couche de glace – contrairement au Baïkal. Mais les vertus consolatrices du bon sens se rappelaient rarement à Abel, qui préférait se morfondre et culpabiliser.

Il voulait – il aurait tant voulu porter le poids du monde sur ses épaules. Se désigner pour seul responsable des grands échecs de son existence, s’autoriser à sombrer pour toute peine eût été apaisant, quelque part – car facile. Plus facile que de démêler les causes réelles, ainsi que la nature et les limites de ses implications à lui. Plus facile que de s’avouer la vanité, l’impuissance. Et que certaines choses nous échappent malgré nous – si injustement, contre toute attente et, pour autant, définitivement.

Seulement voilà, il avait beau faire des pieds et des mains pour s’accabler lui-même, chercher à se convaincre de sa culpabilité, c’était un leurre : il ne portait pas le poids du monde sur ses épaules. Il n’était même rien, au regard du monde. Jouer à être maudit ne mettait en évidence que sa naïveté d’enfant, sa puérilité.

S’il détestait autant la taïga, c’est parce qu’elle lui rappelait sans cesse que rien n’était jamais sous contrôle. Il avait bien cru que la maîtrise de la nature et des éléments, dans leur état brut – ou plutôt, le constat qu’une telle maîtrise était possible – le soulagerait. Car si une telle maîtrise avait été réalisable, alors il aurait eu la preuve qu’il avait échoué dans sa vie. Qu’il n’avait qu’à se condamner lui-même pour que tout rentre dans l’ordre. Et que, autour de lui, bien que sans lui, le pardon soit possible.

Il commençait toutefois à comprendre que l’homme maître et possesseur de la nature était une illusion. Et que rien n’était si simple qu’il l’avait voulu, dans son arrogance à croire tout arranger en se condamnant à l’exil et à la solitude. Qui était-il, d’ailleurs, pour se juger lui-même ? Un monstre de présomption. L’état d’esprit dans lequel il se trouvait, un mois plus tôt, au moment de monter dans cet avion pour la Russie, était significatif. Maintenant, il le savait : l’homme n’est pas en mesure de s’envoyer lui-même au purgatoire, de soulager sa conscience si aisément. L’homme est faible et il ne peut pas se passer de souffrir.

L’homme serait un roseau – pas même une mésange, comme celle qui s’attardait au carreau de la cabane depuis plusieurs soirs maintenant.

*

Néanmoins, quelque chose en lui avait dû changer, imperceptiblement, car Abel ouvrit sans y penser un livre sur les techniques de pêche qu’il ne se souvenait même pas avoir emporté. L’homme n’était sans doute pas à même d’acquérir une maîtrise totale de la nature mais, s’il acceptait d’être humble, il disposait de plusieurs recours. Il pouvait apprendre certaines techniques qui lui permettraient de se faire l’ami des éléments.

Il ouvrit le volume aux pages consacrées aux techniques de pêche adaptées aux conditions climatiques du Baïkal en hiver. Puis il s’attela à faire du feu, et alluma la lampe à huile sur le bureau. Il mit de l’eau à bouillir, se prépara un bol de riz au tabasco. Il mangea tout en parcourant les pages illustrées de photographies et de schémas, se servit un second verre de vodka.

Il lui fallait d’abord creuser un trou dans la glace, avant d’appâter le poisson puis de jeter sa ligne de mouche. L’appât le plus courant se composait de puces d’eau récoltées dans les marais, mais il était possible de cultiver d’autres formes de micro-organismes dans le sol, en laissant stagner dans de l’eau plusieurs brassées de branches de cèdres sciées*.

Abel étudia longuement ces quelques pages, comme s’il ne parvenait pas à croire que ce soit, en vérité, si simple. Il avait toujours eu tendance à se faire une montagne de toutes les choses qu’il ne connaissait pas, avant de découvrir qu’il suffisait de se renseigner, pour être en mesure d’appréhender ce qui n’était souvent pas aussi compliqué qu’on pouvait le croire. Dans ces moments-là, il s’était toujours senti légèrement trahi. Il en voulait au monde entier de ne pas le lui avoir montré plus tôt – il lui en voulait, à elle.

Gagné par un élan de motivation, il décida de s’équiper à nouveau pour aller mettre en culture ces vers qui lui serviraient d’appâts d’ici quelques jours. D’aussi loin qu’il se souvenait, il avait toujours eu un caractère farouche et taciturne, particulièrement difficile. Du moins, à partir de son entrée dans ce que la plupart des gens appellent la vie d’adulte… Il ajusta sa lampe frontale et sortit de la cabane en prenant bien soin de refermer la porte pour y conserver la chaleur des braises actives.

Etait-ce là qu’était sa responsabilité – était-ce pour tout cela que ç’avait été si difficile ?

*

Il avait emporté sa scie pliable pour débiter quelques branches de cèdre. Le soleil était largement passé derrière les montagnes désormais, mais le ciel, bien dégagé, était resté clair et légèrement rosé au-dessus des quelques sommets qui faisaient face à sa rive.

Il lui fallait donc marcher quelques centaines de mètres avant d’atteindre le couvert des arbres, puis revenir près du lac pour enfouir les branches dans un sol humide. Pour l’heure, il aurait presque pu se passer de sa frontale – au retour toutefois, il ferait probablement complètement nuit.

Ses pensées continuaient de s’égarer. Il avait atteint un certain état de méditation et son corps se mouvait automatiquement, sans qu’il ait besoin d’y penser. Il n’avait plus vraiment la maîtrise de son propre flux de conscience – aucun recul sur les réflexions, l’image des souvenirs qui venaient à lui.

Il était dans la nuit du Baïkal – il marchait dans la pénombre et le sol était blanc ; la lueur de la cabane, ce petit carré de lumière s’éloignait de pas en pas et il était sans but.


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Pepperpotts
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Il a 2 petits frères, Caleb et Neven. I


charlie hunnam © Morrigan
Attendre, espérer, rester silencieux, patienter, regarder, boire. Tel était sa routine quotidienne. Il n'avait pas grand-chose à faire ici, par contre, il avait de nombreuses choses à fuir, c'était certain. Et les rictus de colère qu'il avait l'habitude de produire en ville, n'avaient aucun impact ici, personne pour les regarder et les comprendre. Les oiseaux se moquaient bien de lui quand il les entendait piailler en passant au dessus de lui. Abel se sentait seul et misérable, or il détestait ça. Sa tendance a prendre pour lui les soucis -surtout familiaux- lui avait musclé les épaules et farci la tête de connerie. Or voilà qu'il voulait se prouver encore quelque chose, au lieu d'accepter et de laisser vivre, laisser passer cette culpabilité qui le rongeait inutilement.

En fermant la porte de sa cabane, tout en songeant à ce livre entrouvert qu'il avait dévoré et le feu qu'il avait bien garni pour le conserver, Abel se rend compte qu'il a déjà évolué depuis son arrivée. Et si la vie était finalement faite pour être prise en main ? Et s'il lui était possible d'agir de lui-même plutôt que d'attendre que tout lui tombe tout cuit ? Bien sûr qu'il savait agir par sa propre volonté, sinon il ne serait pas là dans la taïga à mourir de froid, mais il y avait quelque chose d'autre, comme si sa vie n'était en réalité qu'une pièce de monnaie à deux faces : tout ou rien. Abel n'avait jamais été dans la mesure, mais seulement aujourd'hui, perdu dans l'hiver d'un blanc pur, il se rendait compte que ce n'était pas une vie possible. Il lui fallait accepter le drame familial. Ses yeux se fermèrent à cette pensée et il s'immobilisa, acceptant un court instant l'idée que ce n'était pas sa faute, le calme commençait à l'engourdir, le détendre, puis la vie reprend son flux d'énergie, sa colère remonta à la surface, son outrecuidance intenable s'entêta et il refusa l'idée avant de se remettre en marche. Accepter était impossible.

Assis sur trois couverture épaisse posées sur un rondin de bois, il tenait ses filets. Sa lampe frontale éclairait avec force là où il tournait la tête et cela l'exaspérait, mais il essayait plutôt de penser aux poissons qu'il pourrait bientôt faire cuire. Maintenant qu'il avait tout lu, il semblait persuadé de réussir. Après tout, il était doué plus jeune et il se sentait capable, il n'avait aucune raison de douter de lui. Seulement, les longues minutes passées à attendre, dans le froid de la nuit, avec pour seule compagnie ses souvenirs n'aidaient pas. Abel n'avait emporté aucun livre pour tromper l'ennui et son visage était présent, de plus en plus ces derniers jours. Se pouvait-il qu'il avait commis une erreur de jugement en la laissant là-bas ? Heureusement, une tension dans le filet lui changea les idées, il n'avait aucune envie de penser à ça maintenant.

Deux heure plus tard, il était de retour, après avoir traversé le lac gelé, le couvert des arbres sombres et la neige à perte de vue, il arriva devant la faible lueur qui brillait encore dans sa cabane, un sac contenant quelques poissons sur le dos. Il n'avait pas espéré en attraper autant ; il ne pourrait sûrement pas tout manger trop rapidement ce serait trop ça finirait en bouille ou soupe, mais cela ferait du bien de changer des boîtes de conserve, des pâtes et du ketchup.

Fatigué par sa marche et son attente, il hésita entre se coucher tout de suite après un verre de vodka, ou commencer à s'occuper des poissons avant qu'il ne soit trop tard.
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June
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Abel Sinclair
J'ai 36 ans et je vis dans une cabane au bord du lac Baïkal, en pleine Sibérie russe. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à mon caractère de merde, je suis seul et je le vis plutôt mal.

A longtemps vécu en ville ⊰ a 2 petits frères, Caleb et Neven ⊰ sa famille a implosé suite à un évènement malheureux qui le poursuit encore ⊰ il semblerait qu’il y ait un jour eu une femme dans sa vie ⊰ a une forte propension assez peu constructive à la culpabilité et au manichéisme


charlie hunnam © Shiya
Machinalement, l’homme avait traversé la nuit à nouveau, revenant sur ses pas jusqu’à la cabane. Il fut un temps où il se serait enorgueilli d’avoir fait bonne pêche, mais pas cette fois. Il avait très bien en tête qu’il ne devait sa prise qu’au livre dont il s’était contenté de suivre les instructions. La vie était finalement plutôt simple, dans la résignation à l’obéissance, la sujétion au savoir des érudits. Elle était plus humble, certes, mais en quoi était-ce si important ?

Abel ne pensait pas vraiment de cette façon – devenir soudainement une sorte de sage stoïcien n’était certainement pas son lot. Il était seulement épuisé de ces heures passées dans le froid, de sa marche dans l’épaisseur de la neige. Et las, oui ; ce soir, Abel était, avant toute chose, infiniment las. Nombre de pensées l’avaient traversé et, sans qu’il cherche pourtant à leur donner prise, elles l’avaient imprégné d’une tristesse passive qui s’arrangeait particulièrement mal de la solitude. Dans cet état de lassitude, le sentiment de la vanité de toute chose, il pouvait bien lâcher prise et cesser d’être fier.

Il vint alimenter le feu avec maladresse, frictionna brièvement ses jambes ankylosées. Du coin de l’œil, il avait aperçu le verre de vodka sur la table et il lui était infiniment tentant de le vider cul sec avant de s’effondrer dans le sac de couchage. Néanmoins, le livre de pêche encore ouvert brillait à la lueur de la lampe à huile et il se décida à traiter le fruit de son labeur. Il ôta ses gants et parcourut les quelques pages concernant les diverses techniques de conservation du poisson. Les températures lui paraissaient suffisamment basses pour qu’il lui suffise d’enfouir les ombles dans le sol gelé. Mais il choisit finalement de séparer sa prise en deux moitiés, de manière à augmenter ses chances de réussite. Il ressortit dehors avec la première, et s’éloigna suffisamment pour que le poisson ne risque pas d’attirer des prédateurs trop près de la cabane – il n’avait pas particulièrement envie de tomber nez-à-nez sur un ours au petit matin. Eclairé de sa frontale, il creusa dans le permafrost un trou qu’il jugea assez profond, y déposa quelques ombles et les recouvrit de gel.

De retour à la cabane, il put enfin se défaire de son équipement. Il fut satisfait de constater que la température était désormais viable à l’intérieur, grâce aux braises entretenues. Il ôta ses bottes avec un soupir de soulagement ; il sentait à peine le bout de ses orteils, tant à cause du froid que de la compression opérée par ces énormes chaussures. Il entreprit de s’occuper de la seconde moitié de sa pêche et, sur les conseils de son ouvrage, il commença par nettoyer les ombles dans une bassine d’eau, avant d’entamer son stock de gros sel pour leur saler le corps – en particulier la bouche et les branchies. Il les enveloppa ensuite dans un torchon propre qu’il déposa à l’opposé du poêle, contre le mur de la cabane, en espérant que l’ensemble serait suffisamment réfrigéré dans la nuit. Demain, au grand jour, il pourrait dresser une corde et les mettre à sécher.

Lorsqu’il eut enfin terminé, il prit soin de refermer le gros volume. Il en tapota brièvement la quatrième de couverture, du bout des doigts. Ce bouquin lui avait bien servi, finalement. Il attrapa son verre de vodka et vint s’échouer sur la couchette, exténué. Il ramena le duvet sur lui, s’adossa contre son oreiller et considéra l’intérieur de la cabane, où brillait encore la lueur orange de la lampe, et celle du feu qui achevait de se consumer dans un craquement. Quelle heure pouvait-il bien être ? Il avait perdu la notion du temps. La solitude, l’immensité, le climat sibérien et la répétition des simples tâches, manuelles et vitales, du quotidien, contribuaient à brouiller ses repères. Il était là, assis dans une nuit sans fin, dans sa coquille de solitude. En cet instant, c’était comme si rien d’autre n’existait. Rien d’autre que ce qu’il pouvait voir, toucher. Toutes ces choses, tous ces êtres qui peuplent le monde… existent-ils encore, dès lors que l’on n’est plus là pour en témoigner ?

La vodka commençait à lui chauffer la gorge et le cœur. Il appréciait son oisiveté soudaine. Et il se mit à chanter. Là, seul dans la cabane, où personne ne pourrait l’entendre. Là où il avait cessé d’exister au regard du monde. « Ho-o-omeward bound, I wish I was. Ho-o-omeward bound… » Sa voix était comme brisée. Il y avait si longtemps qu’il ne s’en était pas servi – excepté pour quelques jurons, sans doute. Pourquoi diable fallait-il que cette maudite chanson, précisément, se soit rappelée à lui ? À s’entendre ainsi, à comprendre le sens de ces paroles comme s’il les écoutait pour la première fois, il sentit quelque chose se reconnecter en lui. Il se rendit compte qu’au fil du temps, insidieusement, il avait fini par ne plus avoir aucune maîtrise de ce qu’il pensait. Par ne même plus se rendre compte qu’il pensait. C’était une sensation perturbante, déplaisante. Sans compter les émotions que retracer le fil de ces pensées perdues, révélées par la réminiscence d’une chanson qui parlait de rentrer chez soi, avait fait sourdre en lui. Etait-il en train de perdre le contrôle ? Il eut un rire nerveux et se prit la tête d’une main. Peut-être était-il juste complètement ivre.

Il acheva son verre et le déposa sur son chevet, un rondin de bois brut sur lequel s’empilaient plusieurs livres qu’il n’avait pas touchés depuis plusieurs jours. Son regard accrocha l’un des titres – À la lumière d’hiver. C’était un recueil de poésie française. Il soupira profondément sans remarquer qu’il s’affaissait, peu à peu, vers le sommeil. Son dernier geste avant de s’endormir fut d’ouvrir le petit volume au hasard. Il lut :

J’aurais voulu parler sans images, simplement
pousser la porte…
                   J’ai trop de crainte
pour cela, d’incertitude, parfois de pitié :
on ne vit pas longtemps comme les oiseaux
dans l’évidence du ciel,
                   et retombé à terre,
on ne voit plus en eux précisément que des images
ou des rêves.
*

Sa dernière pensée fut qu’il n’y avait décidément qu’elle pour avoir glissé de force ce livre dans son sac, probablement un jour de rupture… comme ils en avaient tant connus. C’était une pensée douce et c’était une pensée amère. Le petit volume se replia sur lui-même et tomba, tout doucement, au bas du lit lorsque sa main finit par en perdre la page. Il s’était endormi.


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Abel Sinclair
J'ai 36 ans et je vis dans une cabane au bord du lac Baïkal, en pleine Sibérie russe. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à mon caractère de merde, je suis seul et je le vis plutôt mal.

A longtemps vécu en ville ⊰ a 2 petits frères, Caleb et Neven ⊰ sa famille a implosé suite à un évènement malheureux qui le poursuit encore ⊰ il semblerait qu’il y ait un jour eu une femme dans sa vie ⊰ a une forte propension assez peu constructive à la culpabilité et au manichéisme


charlie hunnam © Morrigan
Le mal de tête habituel au réveil fini de lui rappeler que ce qu’il vit là, n’est pas le fruit de son imagination. Abel s’est bien enfermé dans une cabane en Sibérie volontairement, un faible rire s’échappe de sa gorge en admettant cela. Et pendant un court instant il se dit qu’il est réellement son pire ennemi, puisqu’il est capable de s’infliger des choses sans qu’il ne puisse les maîtriser lui-même. La taïga est indomptable, cela il l’a bien compris depuis le temps.

Avec des gestes lents d’un homme pas bien en forme, il va voir son poisson dans le sel et un sentiment de soulagement passe sur son visage, les ombles ont l’air en parfait état. Sa curiosité ne veut pas attendre plus et il s’habille rapidement pour voir dehors, en espérant de tout coeur qu’un ours n’est pas venu dans la nuit. Non, la neige est compacte au-dessus et aucune trace de pas, son poisson est sauf. Maintenant que le soleil est haut dans le ciel blanc, il va tendre une corde et commence à disposer le poisson pour le faire sécher. Il travaille avec persévérance et méthode, mais uniquement parce qu’il suit les conseils, rien n’est inné ou basé sur son expérience et cela le rend un peu morose. Il pourrait ressentir un peu de fierté, mais il n’en fait rien, ce n’est pas de lui tout simplement et puis si des ermites ont pu vivre dans ces cabanes pendant des siècles, pourquoi lui en serait-il un homme meilleur ?

La journée avance, mais rien ne lui permet de savoir précisément l’heure qu'il est, il se règle tout seul sur ses envies, il mange quand il a faim, pas uniquement parce qu’il est treize heures et que c’est la pause au boulot. Cette vie ordonnée et normée par les autres lui parait si loin, ici c’est la nature qui décide, pas les inventions de l’Homme et lui, pas plus qu’un autre, ne pourra rien y changer. Assis sur un rondin, il laisse ses yeux vagabonder dans la nature, ce paysage maintenant familier et toujours aussi hostile à son égard. Il lui faut réfléchir à ce qu’il va faire, ce qu’il doit faire, mais c’est tellement plus simple de vivre au jour le jour, sans penser à rien d’autre que lui.

Une fois le poisson accroché, la cabane rangée -peut-on appeler cela comme ça alors qu’il n’a fait que déplacer des choses de part et d’autres, l’ordre a-t-il un sens ?- il s’assoit à sa table et repense à sa soirée précédente. L’ivresse que la vodka pure a provoqué lui a fait faire quelque chose mais il ne se souvient plus quoi. Il attrape le livre qu’il avait ouvert avant de s’endormir et relit des vers au hasard, incapable de retrouver ceux qu’il avait lu la veille, sans comprendre pourquoi il les cherchait. Au fond de lui, il savait qui cherchait-il, mais il préférait continuer à se mentir.

Il ouvrit son carnet, celui qui avait recensé ses premières pensées, ses premiers exploits. Il prit son stylo et hésita un instant sur la date.

    Plus tard en mars.
    Premier poisson pêché, éviscéré et séché.
    Lu un livre de poésie française, les souvenirs me pèsent.
    Combien de temps encore ?


Il est le seul maître de son destin, mais il est incapable de renoncer à l'idée qu'il resterait six mois ici au moins. Alors il va se battre et rester, mais sans savoir pour qui et pour quoi il a besoin de le prouver. Il relit ses mots et hésite à les barrer, il n'a pas parlé de quelqu'un en particulier, mais son odeur est partout. Et il se déteste pour ça.
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June
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Abel Sinclair
J'ai 36 ans et je vis dans une cabane au bord du lac Baïkal, en pleine Sibérie russe. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à mon caractère de merde, je suis seul et je le vis plutôt mal.

A longtemps vécu en ville ⊰ a 2 petits frères, Caleb et Neven ⊰ sa famille a implosé suite à un évènement malheureux qui le poursuit encore ⊰ il semblerait qu’il y ait un jour eu une femme dans sa vie ⊰ a une forte propension assez peu constructive à la culpabilité et au manichéisme


charlie hunnam © Shiya
À quel moment de son existence Abel était-il devenu un homme amer ? À quel moment sa force de caractère, autrefois profondément vitale, s’était-elle muée en pulsion destructive ? Il avait vu ce changement se produire et il n’avait rien fait. La renonciation lui avait paru plus facile. Et un jour, il s’était mis à considérer le fait de se battre pour sa chance comme une candeur à laquelle il n'avait pas droit. Ce n’était pourtant pas la vie qui l’avait maudit. Elle l’avait déçu, c’est vrai. Mais il était l’unique acteur de sa propre malédiction, lui qui s’était mis à repousser ou déconstruire, pièce par pièce, tout ce qu’il lui était arrivé de bon. S’il n’avait pas été taciturne, sans doute aurait-il pu s’ouvrir – il aurait pu parler, s’autoriser à être aimé. Il aurait alors compris que la grande lassitude qui s’était installée en lui pouvait porter un nom. Était-ce de dépression, de burn out ou bien d’autre chose, qu’il avait été victime ? Jamais il ne songea que ce mal-être latent pût avoir des causes extérieures, et que rien ne l’obligeait à le subir.

Abel avait pourtant un jour été idéaliste. Entre l’enfant qui s’enorgueillissait de la fierté du père, et l’adulte éteint, désabusé et découragé par la vie, déjà si vieux, avait existé une jeunesse pleine d’entrain et de fougue. L’empreinte de cette audace se devinait encore à la pulsion même qui l’avait conduit ici, où il survivait malgré tout avec une certaine forme de courage. Pour autant Abel, qui terminait de suspendre les ombles salés dans l’ivresse de la veille, se demandait si cet homme, dont il avait encore le souvenir, c’était bien lui. Désormais il se sentait plus proche de l’enfant vaniteux que de cette version meilleure de lui-même, peu à peu érodée par la vie, remisée et oubliée.

C’était comme ça. Il n’avait rien fait pour se sauver lui-même de son propre naufrage, et en même temps il accueillait cette pensée avec la même lassitude : en haussant les épaules. C’était comme ça, ce n’était pas bien important.

Il lui fallait réfléchir à ce qu’il allait faire – ce qu’il devait faire. Cette pensée commençait à se faire jour dans son esprit ; inévitable elle lui apparaissait chaque fois qu’il contemplait le lac de cristal. Au beau milieu de cette immensité blanche, elle se découvrait dans son plus pur appareil. Et il trouvait encore le moyen de l’ignorer, de remettre au lendemain. Il ne prenait pas encore cette question au sérieux, parce qu’il lui était impossible qu’existât une réponse. Et pourtant, réfléchir aux raisons profondes de sa présence ici, n’était-ce pas là le cœur-même de son châtiment ? Au moment où il renonçait à réfléchir pour aujourd’hui, cette forme d’indulgence envers lui-même l’amenait à se détester plus encore. Il n’assumait toujours pas d’être là, d’être perdu. Il trouvait toujours injuste la punition qu’il s’était pourtant infligée à lui-même – incapable de prendre ses responsabilités.

Abel reprit sa marche vers la cabane, qu’il rangea avant de s’asseoir au bureau. Il n’était pas encore arrivé au point de pleine conscience qui lui permettrait de se dresser devant sa propre vie, d’en embrasser l’ensemble puis d’y distinguer chaque évènement et ses implications, de comprendre leurs causes et leurs conséquences. Tout était encore là sur lui comme une chape noire et il confondait tout. Les visages de ses deux frères, du père et celui de la femme qui l’avait aimé se superposaient brouillés dans sa mémoire. La clairvoyance était un long chemin… Plus ardu que celui de la taïga. Et Abel, âme si défaitiste, ne pouvait pas encore accepter d’être pénétré par une quelconque vérité. L’ultime sagesse eut été de comprendre que rester à la cabane, rester au grand froid et au lac gelé n’avait rien de sage. Rester n’avait pas de sens ; rester était une folie.

*

« Combien de temps encore ? », écrit-il dans le cahier à spirales, peu après avoir feuilleté le recueil de poésie française sans y trouver ce qu’il cherchait. Mais cela est une posture. Cela voudrait dire qu’il regrette d’être là, et qu’il a hâte de rentrer.

Mais c’est faux. Combien de temps encore est une question fausse. Jamais Abel ne s’est senti plus enchaîné à son isolement, son petit coin de Sibérie. Au plus profond de lui, il est si loin de renoncer à l’ermitage. Feuilleter le cahier, relire des passages de ce qu’il a écrit aux premiers jours ne fait que l’en convaincre davantage. Ces pages lui rappellent à quel point il est misérable. L’absence au monde lui convient bien mieux que la responsabilité de la souffrance d’autrui.

Quelle heure est-il ? Le soleil a déjà dépassé son zénith. A-t-il dormi longtemps ce matin ? Combien d’heures les jours durent-ils à la fin de l’hiver, au Baïkal ? Abel se sent prêt à se restaurer. Il se vêt à nouveau et sort pour aller faire griller un poisson. Le goût de l’omble le change des éternels bols de pâtes ou de riz, relevés au tabasco. Il s’en délecte longuement, assis face au lac gelé. Plus tard, il se met à neiger, mais le ciel est resté lumineux – quelque chose a changé. La fréquentation des seuils lui est devenue familière. La frontière entre l’ombre et la lumière, le désespoir et l’espoir, est si mince. Être suspendu entre les deux ne dit cependant pas de quel côté l’on finira par pencher.

*

Abel revint à la cabane. Il avait bien mangé, il se sentait un peu rasséréné. Il avait repris consistance après la nausée du matin. Dans la neige, au bas de la fenêtre, il trouva une mésange inanimée. Elle avait dû s’y cogner et le froid l’avait prise ; elle s’était trouvée trop faible pour s’envoler à nouveau. Il décida d'en prendre soin et la ramassa avec toute la délicatesse dont il était capable, pour l’amener avec lui dans la cabane. Il l’installa de son mieux dans un nid de serviettes, sur le bureau, pour lui donner chaud, à côté du cahier. Il débita de nouveaux tasseaux et s’appliqua à entretenir le feu, pour maintenir dans la cabane une température décente.

Il finit par se rasseoir à l’établis. Tandis qu’il regardait la mésange se remettre doucement, il reprit le livre de poésie et en lut quelques extraits à haute voix.*

« Sur tout cela maintenant je voudrais
que descende la neige, lentement,
qu’elle se pose sur les choses tout au long du jour
– elle qui parle toujours à voix basse –
(…)
Alors, je me ressouviendrais de ce visage
qui demeure, lui aussi, derrière
la lente chute des cristaux humides,
qui change, avec ses yeux limpides ou en larmes,
impatiemment fidèles…
»

Il n’avait jamais été plus misérable, alors peut-être la seule direction, le seul cheminement possibles étaient-ils désormais ceux de la lumière ? Il osa, l’espace d’un instant, encouragé par le poème, se remémorer un visage depuis longtemps oublié. Était-elle toujours là, serait-il capable de convoquer ses traits avec exactitude ? Ou bien son souvenir l’avait-il déserté… Il baissa les yeux sur la page. Il restait deux vers au poème. Il n’osa pas les lire à la mésange – elle en savait déjà beaucoup trop. Alors il les garda pour lui.

             Et, caché par la neige,
de nouveaux j’oserais louer leur clarté bleue.



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car j'appartiens aux forêts et à la solitude (abel)
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