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 la tourmente a du coeur - cendar

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UNIVERS FÉTICHE : fantastique.
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Limace

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Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
Paris, 2020. Disparition d'1% de la population française, sans explications, sans même l'ombre d'un corps.

Paris, 2021. Les disparus réapparaissent, sans explications, avec tous ces corps inchangés.

Les esprits, eux, ne sont plus les mêmes.

Les hôtes sont morts, remplacés par les anges et les démons mystérieusement réincarnés dans ces corps humains qui avaient disparu, l'année précédente. Assommés, perdus, et les humains qui se réjouissent à outrance ou flairent un complot mystérieux. Les créatures surnaturelles s'adaptent du mieux qu'ils peuvent. Et puis, il y a des évènements étranges. Des combats astronomiques. Et c'est le visage de Paris qui se transforme.

Malphas, démon supérieur de la sphère de la Discorde, et Absolem, archange du Destin. Ils se connaissent depuis leurs Créations, et l'une s'ingéniant à mettre des bâtons dans les roues de l'autre, l'autre la dépêchant pour mettre à exécution l'un de ses plans à longue portée. L'humanité les réunis physiquement. Et un coeur, c'est compliqué à gérer.

Absolem a été attaqué par des démons. Empoisonné, il se rend chez Malphas pour se soigner. Il sait que ce n'était pas la chose à faire, il sait que c'est dangereux pour ses ailes. Entre eux, c'est magnétique. Abyssal. Etourdissant. Ce n'est plus une histoire de sexe. Plus une histoire d'ange et de démon destinés à se combattre pour l'éternité.

C'est bien pire.

Reprise de rp de GoS.
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Maddox
Cartier



+ Absolem, archange du Destin.
+ Millénaire.
+ Jumeau d'Abraxas, ange supérieur de l'Equilibre.
+ L’un des plus hauts faits d’armes d’Absolem est de ne pas avoir empêché la mort du fils de Dieu.

+ Trente-six ans.
+ Héritier de la maison Cartier.
+ Célibataire, normalement.
+ Artiste-joaillier.
+ Père d'une jeune femme, Sabah Cartier.
+ Alcoolique en sevrage.
+ Foi en berne.

+ Implacable | Distrait | Passionné | Perfectionniste | Inventif | Débrouillard | Bordélique | Vindicatif | Froid | Impartial | Observateur | Instinctif.


avatar ©️ zuz'


Elle a raison. Il devrait s’en aller. Il devrait séparer tous ces endroits où leurs corps se touchent, s’échapper de ses doigts perdus sur son visage, glisser hors de portée de ses lèvres qui frôlent sa mâchoire, sa tempe, sa bouche. Ramasser ses plumes brûlées et quitter cet appartement, où l’indicible s’est produit. Où l’interdit a été défié. Où le blasphème a été prononcé. Ses mains remontent jusqu’au visage et s’emmêlent dans les mèches blondes, alors que leurs prunelles s’abîment dans l’éternité de l’autre. Il a les paumes sur ses joues, le bout des doigts en haut de son crâne. Il y a un sourire qui flotte sur ses lèvres, un sourire teinté d’une mélancolie insidieuse qu’il doit à la fatalité. Il l’a toujours connue, la fatalité. Une vieille compagne de route, qui passait son temps à inspirer les âmes sensibles pour les abandonner à l’inertie. Il ne s’est jamais douté qu’un jour, c’est lui qu’elle empoisonnerait.

L’appel résonne au travers de lui, comme les cloches de Notre-Dame.

Reste. Il embrasse les lèvres offertes, avec son sourire, avec son cœur qui bat dans sa poitrine, avec son âme qui crépite tout autour de lui. L’âme d’un archange. L’âme pure, dépossédée, l’âme à la chaleur diffuse et rassurante, l’âme forte, l’âme dévouée. Et là, au cœur de cette âme, l’humanité. L’âme de Maddox. Il croit presque l’entendre sourire, lui aussi, un peu triste, un peu désemparé. Avant de se fondre dans les ailes déplumées de son emplumé de compagnon. Lorsqu’il détache ses lèvres des siennes, c’est pour mieux les poser sur son front. Une seconde, deux secondes, peut-être. La douceur qui en coule est l’expression même d’un cœur amoureux. « Je t’empêcherai de détruire le monde. Comme toujours. » Il coule sa bouche le long de son oreille, embrasse le creux de son épaule. Il ressent le besoin viscéral d’en dévorer toujours plus, d’elle, d’emporter dans les fibres de sa chair tout ce qu’il peut. « Je reviendrai toujours vers toi. » Ses mains descendent le long de ses bras, entremêlent leurs doigts ensemble. « Je suis toujours revenu. » Il s’écarte, recule, s’assoit sur le matelas quand le sommier bute dans le creux de ses genoux. Il lève la tête pour la contempler, s’en repaître comme un affamé. Il y a toujours ce sourire, sur ses lèvres. Il tire, doucement, sur ses bras, la pousse à s’agenouiller au-dessus de lui, puis il la renverse et emprisonne son corps sous le sien. Et lentement, il entreprend de lui faire l’amour. Encore une fois.

L’appel s’intensifie, avant d’être enseveli par l’apocalypse de ses sentiments.

Son souffle, dans le creux de son cou, son corps, pressé contre le sien, la pression de ses jambes autour de ses hanches, ses lèvres qui lui brûlent la peau où elles se posent, ses prunelles enfiévrées qui cherchent les siennes, tout autant hantées, ses cheveux qui s’emmêlent sur les couvertures, sa gorge offerte, ses crocs qui le marquent à l’épaule. Ô Seigneur, je vais me perdre dans ses soupirs si Tu ne fais rien.

Le soleil décline quand il se lève. Il sent sa main se poser sur la sienne, et son regard s’accrocher au sien ; il se penche, attrape l’angle de sa mâchoire du bout des doigts et l’embrasse. La tempête s’est apaisée. La passion s’est rassasiée, animal repu installé dans sa tanière avant de se réveiller de nouveau et de réclamer son dû. La tendresse, alors, le guide. Et puis, la fatalité. « Je dois partir. »

L’appel le hante.

Ses jambes le portent. Le poison de l’arme démoniaque a disparu. Il s’habille, se retourne, lui vole un dernier baiser et disparaît dans un bruissement d’ailes.

*

« Peut-on savoir où tu as disparu ? »
« Quelque part où tu ne m’aurais pas trouvé. »
« C’est réussi. »

Il lance un regard neutre à son frère. L’autre homme le fixe d’un regard dubitatif propre à ces moments particuliers où il flaire l’entourloupe ; et Abraxas est plutôt doué à ce petit jeu. Seulement, Absolem est tout aussi performant quand il s’agit de garder ses petits secrets. Tout aussi perspicace Karma a-t-il pu se montrer, il n’a jamais réussi à percer les plans de Destin avant qu’ils ne fassent mouche.

L’ange supérieur se laisse tomber sur la pierre blanche, balançant ses jambes dans le vide. Sous eux, Paris s’endort ; les unes après les autres, les petites lucioles s’éteignent là où les fenêtres n’ouvrent plus que sur les ténèbres. De leur perchoir, ils peuvent voir jusqu’aux quartiers défoncés et abandonnés de la capitale, feue ville lumière. L’eau de la Seine scintille sous les rais fatigués de la pleine lune. C’est une belle nuit, dégagée. Absolem est adossé au pilier, les genoux relevés, et les prunelles perdues, quelque part, ailleurs. Il digère encore les souvenirs qu’il vient d’absorber.

« C’est moche ? »

Absolem hoche la tête. Les images tournoient dans tête, et parfois, il lui faut se concentrer pour se rappeler qu’un souvenir ne lui appartient pas. C’est tout ce qu’il peut faire, récolter les souvenirs des victimes dans l’espoir d’identifier l’assassin méticuleux des Templiers. Et écouter les complaintes de ceux qui le blâment de ne pas les avoir bénis, évidemment. Là-haut, il était omniscient. Il analysait, agissait. Il dirigeait, inspirait. Ici-bas, il ne voit pas plus loin que l’horizon sombre d’une ville corrompue.

Une prière flotte vers eux. Elle est puissante, vient du cœur, pieuse, volontaire et généreuse. Il se tourne vers l’intérieur du clocher, comme s’il pouvait voir à travers les murs pour apercevoir l’âme esseulée qui, dans le chœur de Notre-Dame, prie pour qu’un miracle se produise ou, à tout le moins, que l’espoir rende un peu de vie à sa ville morte. Un miracle. L’espoir. Il n’a pas la moindre idée d’où se trouve Miracle, bien malgré les quatre années qui se sont écoulées ; quant à Espoir, elle est morte il y a des décennies, déjà. A cause de lui.

La main de son frère se pose sur son épaule. « Tu sais que je crois en toi, hein ? » Il jette un œil torve à son frère, qui a l’air très content de lui. Il arque un sourcil. « Depuis quand ? » Et l’expression d’Abraxas de se faire soudainement sérieux. « Depuis toujours. Sinon, comme expliques-tu que je n’ai jamais mis le nez dans tes affaires ? » C’est vrai. Pour un emmerdeur de première, il n’a jamais cherché à en savoir plus sur ses plans que ce qu’il lui donnait. « N’empêche que je reste toujours persuadé que c’est toi qui m’a refilé ce pouvoir d’absorber les souvenirs des autres, histoire que le karma me rattrape. » Un grand sourire déforme le visage élégant de son frère, et son cœur se réchauffe un peu. La prière s’est éteinte, mais elle résonne encore dans sa tête, parce qu’elle portait ce qu’il avait perdu de vue depuis quelques temps : l’espoir, envers et contre tout.

*

Ce n’est pas simplement un sentiment. Ce n’est pas simplement un amour. Il l’avait soupçonné, mais l’évidence s’impose au point de la nuit du quatrième jour.

C’est une nécessité.

Il rentre du Temple, fatigué de son entraînement avec Elizabeth. Les résultats sont là : il sait se battre. Et il le sait parce que des muscles dont il n’a jamais soupçonné l’existence ont des courbatures. Il est minuit, il a prévenu sa fille qu’il ne serait pas de retour avant le matin – bien qu’il ne sache pas si elle-même était rentrée, il ne l’a pas vue depuis deux jours. Il erre dans les rues de Paris, en direction de son appartement, où ses pas l’ont mené sans qu’il y prête attention. C’est au pied de son immeuble qu’il s’en rend compte. Il lève les yeux vers l’étage concerné ; les lumières sont éteintes.

L’appel ronronne dans son esprit. Les autres sont ailleurs, comme lui. Et aucune prière ne le perturbe. L’appel est calme. Pas lui.

Ses ailes bruissent quand il se matérialise dans le salon. Il ôte sa veste, la pose sur le dossier du canapé, et retire ses chaussures qu’il laisse dans l’entrée. Ses pas étouffés par l’épaisse moquette, il se dirige vers la chambre à coucher. Tout son appartement est plongé dans son aura de soufre et de tumulte ; une aura qu’il inspire comme un noyé percerait la surface de l’eau. D’un coup, son cœur se défait de ses chaînes et se remet à battre, un peu fort, mais il bat, vraiment ; et l’air, d’entrer dans ses poumons, de nouveau.

Elle est emmêlée dans ses couverture, et sa crinière d’or est étalée sur ses oreillers. Elle dort. L’expression sereine de son visage lui fait penser à celui d’un ange. Il se glisse derrière elle, inspire son odeur suave, l’observe, longuement. Puis, égoïstement, il caresse ses cheveux du bout des doigts, suffisamment pour la réveiller.

« Je t’avais dit que je reviendrai. »
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Cendar
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Tortue

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Garance Lesquen
{description unique qui ne sera pas reportée par la suite}

+ Malphas, Démon supérieur de la Discorde
+ Démon millénaire
+ Reine des Enfers
+ A détrôné Lucifer
+ Démon de la Discorde et de la Frustration
+ Est particulièrement méchante
+ Et mesquine
+ Progéniture d'Azazel, le Chaos
+ Sempiternelle empêcheuse de tourner en rond

+ Garance, 30 ans.
+ Directrice marketing YSL
+ Libérée
+ Ancienne égérie de mode
+ A récupéré le jumeau de son hôte, Cécil, et vit une absurde collocation avec lui

+ Instigatrice de l'Apocalypse
+ Exubérante / Appliquée / Démonstrative / Perfectionniste / Créative / Manipulatrice / Méfiante / Sadique / Joueuse / Contrariante / Rieuse / Sournoise / Violente / Calculatrice / Rusée / Capricieuse / Exigeante / Méchante / Gourmande / Frustrante.



avatar © Babine
HURTS LIKE HELL


« Je t’avais dit que je reviendrai. »

La silhouette ensommeillée sourit paresseusement, avec la langueur propre aux amantes satisfaites, cette lenteur faite pour les instants tendres et les soifs d'éternité.

« Tu t'es fait désirer... » Souffle chaud, à la bordure de ses lèvres déjà gourmandes, à la frontière des siennes dans un élan en slow-motion. Et la garce se love au torse de son miracle, s'emmêle aux lianes de ses bras, fond son museau aux lignes masculines de sa gorge qu'elle embrasse religieusement. Il n'y a que la Lune pour éclairer Paris au cœur de la nuit, d'une lumière pâle qui souligne la nudité du corps qui émerge d'entre les couettes, la fenêtre laissée ouverte pour écouter battre l'Obscurité et mieux guetter son nouveau royaume. La porcelaine de son derme se glisse entre les mains d'Absolem. « Je t'attendais. »

Et le reste de la nuit, perdu entre passion et tendresse, lui murmurera combien il a su lui manquer.

*

Le bonheur en blasphème et la tendresse en hérésie. Il y a quelque chose de contre-nature dans la facilité avec laquelle ils se retrouvent, loin de tout, à des années lumière du paradis ou de l'enfer. Leurs corps se réclament tant qu'ils se trouvent, où qu'ils soient, d'un battement d'ailes ou de cils... Et ils se confrontent et se frôlent, dans tous les aspects de leur existence. Malphas se réveille souvent entre les draps d'Absolem, sans se rappeler s'y être téléportée. Il apparaît souvent sous sa douche, sans avoir eu besoin d'y être invité.

Paris bat la chamade, tandis qu'ils demeurent heureux, et cachés. Ils s'invitent dans des salles de cinéma dès l'extinction des lumières, font dresser des tables de restaurant dans l’arrière-salle, s'offrent des balades dans les recoins les plus oubliés de la capitale. Et puis ils existent dans le secret de leurs appartements, derrière des portes closes et des excuses à peine crédibles.

*

Tout commence avec un geste, presque anodin, lorsque Garance Lesquen, tranquillement penchée sur quelques papiers d'une importance toute relative, se gratte discrètement le flanc gauche, entre deux côtes, juste au niveau du cœur. Une démangeaison passagère, d'abord, puis désagréable, persistante, semblable à un appel désespéré de l'organe cardiaque sous l'entrelacs de peau, muscles et cage thoracique. Les sourcils froncés, la créature appuie sa paume droite sous son sein gauche, arrachée à son travail, déconcentrée par une pulsion viscérale. Elle s'interroge la bestiole, observant son bureau d'une prunelle sévère, sondant les Enfers d'un sourcil arqué pour chercher l'origine de son trouble. Lâchant son palpitant défectueux, elle s'empare de son téléphone portable, le repose. Elle se lève, la Reine, esquisse quelques pas songeurs, un index accroché au carmin de ses lèvres. L'étrangeté en manteau d'appréhensions naturelles, de paranoïa instinctive. Quelque chose ne va pas.

Et puis ça lui saute à la gorge, soudain.
La porte de son bureau s'ouvre à la volée sur la silhouette paniquée de sa secrétaire.
« Madame, il y a un souci avec votre frère. »

Paris gémit et l'électricité grésille. L'assistante sursaute, contemple le plafond, l'étage, s'étonne avant de reprendre d'une voix haletante la voiture retrouvée accidentée, le chauffeur blessé, son frère absent. Enlèvement, elle dit, et la monstruosité serre les crocs, retient difficilement l'Apocalypse qui se répand dans son être par vagues violentes et voraces.

Mademoiselle Meyers ne sait pas que le chauffeur attitré du frère Lesquen est un démon guerrier, précisément recruté pour protéger le reflet humain de sa souveraine... Elle ne comprend pas davantage la terreur du gorille lorsque sa patronne le fait convoquer dans son bureau pour lui parler.  Il a échoué à remplir l'unique mission qui lui a été attribuée... Et la Reine réclame le nom de celui qui a osé la défier, persuadée de découvrir là quelques tentatives de complot démoniaque pour l'affaiblir.

« … Ce n'était pas un démon, Majesté. »

Alors le Paradis va sombrer.

*

L'atmosphère est à peine respirable, dans la salle du trône, pulsant l'obscurité et la contrariété que dégueule Discorde à chaque seconde. Entre ses griffes, son téléphone s'acharne à rester silencieux malgré ses trois tentatives de joindre sa seule option pour rester raisonnable. À la quatrième, tandis que le répondeur déblatère des banalités à son oreille, le Monstre prend sur lui pour balancer quelques mots d'une voix tendue.

« Tes copains ont pris mon frère. J'essaye d'être l'adulte, dans cette affront ridicule... Alors je te laisse une heure pour les raisonner et me le ramener... » Un ultimatum dont elle est fière, malgré la menace de son timbre et l'évidence de ses soifs de massacre. « Ce délai expiré, je viendrais le chercher. »

Nul doute qu'elle saurait se faire remarquer.

*

De provocation en anathème.

La dernière seconde de l'heure allouée crève à même le sol du quartier général des démons. Et peut-être que la terre se met à trembler. Ou peut-être qu'Edgar est en train de se l'imaginer, alors que sa reine balance son téléphone contre le mur qui lui fait face, réduisant l'appareil en miettes. Premier serviteur de la couronne, le majordome a appris à se noyer dans l'aura tempête de la souveraine pour ne pas y pourrir... Il peine pourtant à exister, dans les noirceurs qui l'entourent. Elle est l'origine du chaos, plus en cette seconde qu'en nulle autre, tandis qu'elle se redresse et s'étire, un sourire terriblement froid sur ses lèvres écarlates.

« Ce n'est qu'un humain, ma Reine...
- C'est mon humain. » qu'elle gronde, à voix basse. « Et il n'est pas écrit que je laisserai les rejetons du paradis me provoquer impunément. Pas que je sois dérangée à l'idée de ne pas jouer fairplay, Edgar, mais j'espère que l'Histoire retiendra que ce n'est pas moi qui ai commencé les hostilités... »

Parce que la sentence est tombée. Parce qu'elle doit aller le chercher. Cecil, son jumeau, le reflet génétique du corps de son hôte, sa noirceur mortelle et éphémère. Son frère. Parce qu'il est à lui, et que c'est ainsi. Parce que les anges et les démons, dans leur foutue guerre, avaient toujours préservé les parties humaines du conflit, laissé les épouses, gosses et autres parties des familles loin de leurs batailles et autres tentatives de prise de pouvoir. Parce qu'une attaque frontale contre elle aurait été divertissante, que cette espèce de perfidie débile n'est qu'insultante. Parce qu'elle mettra Paris à genoux, s'il le faut.

« Prends ton appareil photo, nous allons visiter l'Île de la Cité. »

Ce jour serait marqué par l'explosion de lignes à ne pas franchir...

*

Il éclate de rire, dans l'immensité vide de son loft, d'un rire guttural qui remonte jusqu'à ses babines retroussées. Il rit, Chaos, à gorge déployée. Parce qu'il sent, sous sa peau, en serpent le long de ses os, les orages de Discorde qui s'abattent sur son cœur et sur Paris. Parce qu'il sait, parce qu'il se gave, parce qu'il inspire à pleins poumons la noirceur bénie de sa progéniture.

Un rictus infâme sur sa gueule ensanglantée, Azazel fait rouler les muscles de ses épaules comme pour ébouriffer ses ailes putréfiées. Sa journée vient de s'illuminer et il achève la pauvre rouquine gémissante qui agonisait à ses pieds. « J'arrive, mon cœur. » qu'il murmure au silence, attrapant une serviette pour se débarbouiller avant de disparaître.

*

Sur le parvis de Notre-Dame, une rouquine flamboyante fume une cigarette à la gauche d'un homme d'affaire au regard fasciné. Non loin, la silhouette du majordome reste immobile, figée dans l'expectative de la fin du monde. Au moins d'un monde.

Parce que l'Apocalypse frappe aux portes de la Cathédrale. Pris d'une folie soudaine, les centaines de touristes présents en cette journée ensoleillée se sont retournées contre le bâtiment, vociférant dans toutes les langues des paroles menaçantes et pleines d'aigreur, balançant des déchets et autres projectiles contre les murs séculaires. Au cœur de la foule, une blonde demeure droite, le regard noir accroché aux portes immenses de la maison du sacré. Le vent agite ses cheveux et le tissus de sa robe aussi rouge que le sang qu'elle entend faire couler. Ce n'est encore qu'un avertissement, tandis que les humains s'accrochent aux grilles et continuent leurs hurlements saturés de démence. Elle peut faire mieux, ou pire, et tellement plus spectaculaire. Elle peut ouvrir les Enfers sous leurs pieds et tout engouffrer. Elle peut tout faire.

« Reste sage. », il dit contre sa nuque, caressant son épaule du bout des doigts. « Je viens passer un message... » Et Chaos sourit, doucement, avant de retourner vers Briffaut sans un mot. Parce qu'elle n'arrive plus à parler, Discorde. Parce qu'elle n'est plus là pour jouer, qu'elle n'a plus la patience. Et ses griffes s'emparent d'une silhouette innocente qui la frôle pour mieux l'attirer à ses crocs affamés. « Rentre. Rentre et dis leur qu'ils ont cinq minutes pour me rendre mon frère avant que je n'explose leurs portes et le reste de leur putain d'Eglise pour le récupérer moi-même. »

Il titube, le blondin, sonné par la puissance des mots qui lui traversent l'encéphale, la violence des émotions qui lui crament les nerfs, rougissent ses joues et bourdonnent à ses oreilles. Et il tremble, un pas après l'autre, en direction des portes de Notre Dame et des oreilles angéliques qui voudront bien l'écouter avant que son cœur ne se décide à lâcher, incapable de supporter les malédictions murmurées à son âme trop humaine.

Il y a trop d'orages, dans la caboche de la Reine. Trop d'injustices et d'incompréhensions. Et ce cœur, entre ses côtes, qui saute et qui hurle, et qui réclame et qui exige. Et elle ne comprend pas, elle, pourquoi ils font ça. Pourquoi ils s'en prennent à cette humanité qu'ils veulent défendre. Pourquoi ils l'obligent une fois de plus à être la méchante de l'Histoire. Elle ne veut que la fin du monde, la blonde, elle a été créée pour ça, dessinée pour cette unique raison, dégueulée des enfers pour flirter avec l'Apocalypse. Mais elle a été raisonnable, presque correcte, a fait respecter les lignes discrètes de pactes jamais passés, de poignées de mains jamais échangées. Elle a tu ses appétits les plus dégueulasses, muselé ses monstres, discipliné ses rangs. Tout ça pour qu'un emplumé dénonce leurs accords et vienne lui arracher la seule partie d'elle qui soit vraiment humaine. Tout ça pour tenter de la tourner en ridicule, de la faire passer pour une faible. Et elle se fout du blondin, de son cœur au bord de l'explosion ou des cerveaux en ébullition de la chair à canon qu'elle balance contre les remparts de Notre-Dame. Et c'est à peine si elle entend les auras tempétueuses qui se sont glissées dans son ombre, son père et sa fille qui la couvent du regard pour éviter qu'elle ne brise son corps à trop vouloir vomir ses rancœurs sur le monde. Elle ne perçoit même pas les bruissements d'ailes nerveux de l'âme qui résonne avec la sienne, de l'autre côté des murs, dans les tranchées ennemies.

Il n'y a plus que la rage, le désespoir, l'Apocalypse et l'Oubli.

Excuse-moi, Absolem.
Et rappelle-toi combien tu m'aimes.



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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Maddox
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+ Absolem, archange du Destin.
+ Millénaire.
+ Jumeau d'Abraxas, ange supérieur de l'Equilibre.
+ L’un des plus hauts faits d’armes d’Absolem est de ne pas avoir empêché la mort du fils de Dieu.

+ Trente-six ans.
+ Héritier de la maison Cartier.
+ Célibataire, normalement.
+ Artiste-joaillier.
+ Père d'une jeune femme, Sabah Cartier.
+ Alcoolique en sevrage.
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avatar ©️ zuz'
Il s’emmerde profondément lorsque l’appel résonne comme le bourdon d’une cathédrale.

La mascarade est polie jusqu’à la corde. Les invités défilent dans l’immense pièce avec cette aisance que seul le milieu naturel confère à ses habitants, un sourire de bienséance accroché aux lèvres, les cheveux laqués, les vêtements les plus onéreux arborés et, évidemment, Cartier, tout autour, partout, les poignets, les doigts, les bras parfois, les cous, même une cheville, a-t-il repéré. Lui, planté au milieu de ses sœurs et au bras de sa mère, reçoit les compliments comme un automate.

Il est impeccable, dans son costume trois pièces ivoire et blanc, étranglé par sa cravate noire. Il porte une boucle d’oreille en argent signée de sa propre main, une gourmette dont le design a été dessinée par un collègue, et sa chevalière frappée d’un C majuscule et ouvragé alourdit son annulaire droit. Absolem a appris à aimer ce que créent les mains de Maddox, et a compris quel plaisir il pouvait en tirer ; mais les réceptions, si ce n’est pas au-dessus de ses forces, il n’en est pas loin.

Il embrasse sa mère sur la tempe, ses sœurs sur les joues, et s’éclipse malgré les récriminations faibles de la matriarche qui ne peut rien lui refuser, lui, l’enfant chéri des Cartier. Il longe quelques couloirs et une fois la rumeur des conversations dissipée, se téléporte dans un bruissement d’ailes doux, caressant.

Un grondement l’accueille dans le ventre de Notre-Dame, à l’image d’une créature souterraine et millénaire s’éveillant lentement. Il perçoit des cris, des heurts, des hurlements, des fracas, des injures, la pierre qui tremble. Et il y a cette force, implacable, qui le prend à la gorge dès que ses pieds touchent les dalles de la nef. Une doucereuse odeur de soufre, infime, ténue, comme un poison, comme une brume de peste dans l’air, inspirée, expulsée, revigorée, plus puissante. Des miasmes. Discorde.

Malphas.

Ses yeux qui se posent sur la silhouette enchaînée sur une chaise, au beau milieu de la nef, dans la flaque de lumière dégueulée par les vitraux ; seules ses pupilles se dilatent alors que le reste de sa figure demeure impénétrable. Il s’avance. Autour, quelques archanges, des anges supérieurs, des anges. Il y a le bruit de leurs conversations assourdies, de leurs messes basses alors qu’ils fixent l’otage, le dévisagent, l’envisagent. Personne ne fait attention à lui alors qu’il les rejoint. Il lâche Cécil du regard, fait le tour de l’assemblée : Mort est la seule à l’observer, le transperçant de son regard. Elle ne dit rien. Puis, la main d’Equilibre tombe sur son épaule ; lui non plus ne dit rien.

Debout devant l’autel, Gabriel attend. Et à son côté, Hanabel, l’ange des révolutions. L’un des siens. Il ne lui en faut pas plus pour comprendre ce qu’il se passe, et son poing se serre. Hanabel n’a jamais brillé par sa loyauté envers lui, jouant toujours sur le tableau de la Guerre et du Destin. Toutes les révolutions n’ont pas été brutales. Sauf lorsque Gabriel s’en mêlait. Ou Malphas.

Lorsque Gabriel prend la parole, le silence se fait. Même le désordre de l’extérieur disparaît sous l’autorité de l’archange des archanges. Il parle. Il vante Hanabel, et son projet de voler à la reine du Tréfonds ce qui lui est le plus cher, afin de la provoquer. De briser ce statu quo qui les empoisonne. Gabriel parle de cette théorie qui circule dans leurs rangs, selon laquelle leur prison terrestre n’est due qu’à leur inertie. Qu’en réalité, c’est avec les faiblesses de l’Homme qu’ils doivent affronter leurs ennemis, afin de les éradiquer, que c’est ainsi que les textes auraient dû être interprétés. Qu’il faut agir. Que la révolution doit commencer.

L’œillade que Gabriel lui lance lui soulève le cœur. « Qu’en penses-tu ? » Ce n’est pas une question, pas vraiment. Un défi. Rien de ce qu’il dira n’a d’importance, pour Guerre. Il veut juste lui rappeler sa place. Et le mettre à l’épreuve de l’opinion des leurs. Lui faire dire qu’il a manqué à son devoir. Mais Absolem n’a jamais été dompté. « Que c’est une connerie. » Un bruissement de stupeur parcourt l’assemblée. Il sent la présence de son frère dans son dos, soutien indéfectible. Absolem n’a jamais cillé. « Le conflit, la guerre, ça ne m’a jamais fait peur. Je n’ai pas reculé devant eux. Mais on parle de Malphas. Et de l’Homme. Que diras-tu quand elle aura décimé toute la Terre, qu’il n’y aura plus que nous pour nous entretuer ? Paris est déjà à bout de souffle. » Et le sien est court, dans sa poitrine. « Je connais Malphas. » Ces mots glissent d’entre ses lèvres, une expiration. Il soutient le regard de Gabriel. « Je l’affronte depuis la Création. » Ils ne peuvent pas le nier. Personne ne peut le nier. Discorde est celle qui perturbe le plus Destin. « Elle va détruire Paris. Elle les tuera tous. Et nous n’aurons plus personne à protéger. Ca », il pointe Cécil du doigt, « c’est un couteau dans le dos. Et ça », il désigne l’extérieur, qu’ils n’entendent plus, mais qu’ils sentent au plus profond de leurs os, « ce n’est même pas le quart de ce dont elle est capable. » Il y a en sous-entendu le souvenir de la Révolution française, qu’ils savent tous marqués du sceau de Discorde, en plus du sien. Il n’avait pas pu la vaincre ; personne ne sait vraiment qu’il l’a laissé faire. « Laisse-moi lui parler. »

« Je le garde. » Il opine. Il s’en doutait. « Mais Azraël t’accompagne. » Le garde-fou. Evidemment. « Abraxas aussi. » Ils s’affrontent du regard. Gabriel ne dit rien. Alors, Absolem tourne les talons. Et sur ses talons, l’archange de la Mort, et l’ange supérieur de l’Equilibre.

La foule s’écarte quand ils sortent. Ils ont l’œil révulsé, fou, hanté, certains ont même la bave aux lèvres. Ils ont l’allure de zombie. Il reconnaît l’œuvre de Malphas. Il les regarde à peine. Il observe Malphas. Azazel. Briffaut. Et l’aura sombre qui les enveloppe, comme un essaim de chauve-souris. Elle aussi l’observe. Il supporte son regard. Comme il les a toujours supporté. La main d’Azraël lui attrape le poignet, l’arrête. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il décroche ses prunelles des siennes, et tourne le regard vers Mort. « Si tu crois que je suis dupe… » Il arrache son bras de ses doigts ; elle le griffe, il ne le sent pas. « Comme toujours », siffle-t-il. Puis, ils s’enfoncent dans l’essaim de chauve-souris.

Son cœur cogne dans sa poitrine. Elle lui coupe la respiration. Dans sa prestance, dans tout ce qu’elle dégage, dans toute sa splendeur de reine.

Ce n’est plus Garance et Maddox, mais Malphas et Absolem. Leurs ailes dans leurs dos, son cuir, ses plumes.

« Quatre minutes et trente-six secondes. Rappelle tes troupes, Malphas. » Sa voix ne tremble pas. Elle est aussi ferme qu’auparavant, lorsqu’il venait la trouver, lorsqu’elle venait le trouver. « Aucun mal ne lui a été fait, mais Gabriel… veut le garder tant qu’on n’aura pas discuté. Une guerre en bonne et due forme. » Il s’interrompt. Il a toujours négocié avec elle. Mais ils avaient toujours quelque chose à échanger.

Pas cette fois. « Laisse les humains en dehors de ça. » Il reprend son souffle. « Et si tu veux une monnaie d’échange, prends-moi. Comme d’habitude. » Comme d’habitude.

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Garance Lesquen


+ Malphas, Démon supérieur de la Discorde
+ Démon millénaire
+ Reine des Enfers
+ A détrôné Lucifer
+ Démon de la Discorde et de la Frustration
+ Est particulièrement méchante
+ Et mesquine
+ Progéniture d'Azazel, le Chaos
+ Sempiternelle empêcheuse de tourner en rond

+ Garance, 30 ans.
+ Directrice marketing YSL
+ Libérée
+ Ancienne égérie de mode
+ A récupéré le jumeau de son hôte, Cécil, et vit une absurde collocation avec lui

+ Instigatrice de l'Apocalypse
+ Exubérante / Appliquée / Démonstrative / Perfectionniste / Créative / Manipulatrice / Méfiante / Sadique / Joueuse / Contrariante / Rieuse / Sournoise / Violente / Calculatrice / Rusée / Capricieuse / Exigeante / Méchante / Gourmande / Frustrante.



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Le parvis de Notre-Dame hurle, invective et s'énerve. Il crie, tabasse, fracasse, injurie. Il se révolte, le Parvis, prend à partie ce dieu qui reste silencieux, et tous ses anges qui trahissent, qui déçoivent. Et la Reine compte. Deux cent dix. Deux cent onze. Deux cent douze. Le temps court, file et s'échappe d'entre les doigts de protagonistes qui n'ont plus vraiment le choix. Il y a de l'injustice, dans le fond de l'air, des violences dos au mur qui ne peuvent que montrer les crocs et se préparer à dépasser les bornes, défiées jusqu'à la connerie... Parce qu'elle ne peut pas céder, Malphas, parce qu'elle ne peut plus reculer. Parce qu'elle garde les yeux vrillés aux grandes portes de la cathédrale, parce qu'elle attend. Parce que ce n'est plus qu'une question de tour de force et qu'elle puise dans les discordances parisiennes pour dégueuler ses atrocités. Parce qu'ils l'obligent à contre-attaquer et qu'elle n'a plus rien à faire que compter. Deux cent quarante sept. Deux cent quarante huit. Le temps se suspend lorsqu'enfin la cathédrale crache quelques silhouettes au creux de ses entrailles aux mille visages... Pour ne voir apparaître que des paires d'ailes. Que des mensonges. Que des promesses. « Mort, Destin et Équilibre sont sur un bateau... » Dans son ombre, l'Ange jubile, se gausse quelque peu devant les pauvres décisions de sa fratrie reniée il y a de cela quelques éternités. « … Le Paradis tombe à l'eau. » Le Parvis gronde de plus belle, tandis qu'elle ne quitte pas Absolem des prunelles. Sa silhouette à lui, flanquée de deux autres émissaires. Sans son frère. Sans rien pour lui permettre de faire demi tour. Sans aucune concession. Deux cent soixante neuf. Et il est proche. Pourtant si lointain. Hors de portée. Le regard qui le cueille n'a rien d'aimant ou de tendre, gorgé d'obscurités et d'homicides volontaires. Pas toi, aimerait-elle lui cracher. « Quatre minutes et trente-six secondes. Rappelle tes troupes, Malphas. » Elle arque un sourcil, à mesure qu'Azazel et Briffaut se rapprochent dans son dos. « Aucun mal ne lui a été fait, mais Gabriel… veut le garder tant qu’on n’aura pas discuté. Une guerre en bonne et due forme. » Puis elle sourit, mesquine et détachée, les iris en errance entre ses traits qu'elle connaît par cœur et les courbes agressives de la foule qui perd les pédales derrière lui. Ils parlent pour elle. Hurlent pour elle. Détruisent pour elle. « Laisse les humains en dehors de ça. » Le monstre penche la tête sur le côté, doucement, jauge son interlocuteur avant de tourner le museau en direction de Mort qu'elle transperce du regard, sans la moindre pudeur. « Et si tu veux une monnaie d’échange, prends-moi. Comme d’habitude. »

Trois cent.

Le temps se suspend, et elle montre les crocs sans lâcher Azraël des yeux, préférant destiner ses apocalypses à celle qu'elle est la plus disposée à réduire en charpie... « Je ne me rappelle pas avoir dit que vous aviez cinq minutes pour venir négocier... » Et le Parvis rigole, de rires gras, hystériques ou indécents. « Je crois même avoir été assez claire, en disant que vous aviez cinq minutes pour me ramener mon frère. N’est-ce pas ? », qu'elle demande, se tournant vers Absolem, des orages plein la cage thoracique, tempêtes électriques et sauvages. « A croire qu'à force de se regarder le nombril, Gabriel a oublié ce qu'était la guerre en bonne et due forme. » Parce qu'ils ont trahi. Menti. Brisé les interdits. Parce qu'elle va tous les plumer, s'il le faut. « Tu n'as rien pour négocier, Chaton. Le cœur vaillant, peut-être, mais les mains vides... J'ai été patiente... Mais va savoir pourquoi, je ne suis pas particulièrement encline à vous laisser me prendre pour une conne. » Une fracture lézarde son joli minois, saturé d'envies contraires et voraces, au bord de l'explosion. Elle a eu la connerie de croire qu'il pourrait tous les sauver et, à l'évidence, s'est trompée. « Ce n'était pas compliqué. Il n'y avait qu'à me le ramener. » Que ça. Et elle serait repartie en emportant sa malédiction avec elle. Tic. Tac. La garce pourrait se perdre dans les océans bleutés d'Absolem... Mais les siens se remplissent de noirceurs dégueulasses, en contraste impeccable avec la blancheur de ses canines découvertes dans un sourire carnassier. « Vous allez être mignons et restez avec Papa et Bébé, maintenant... Sinon je les massacre tous. » Au rictus qu'elle aperçoit aux côtés de son amant, elle répond d'un air plus sombre encore. « Oh, n'y pense pas Azraël. Il y a tellement pire que la Mort... Ne m'oblige pas à te montrer. » Le regarder est devenu trop douloureux. La Garce se tourne vers ses Autres, tandis que l'air vibre autour d'elle en cataclysmes insondables... Et puis ça s'arrête, derrière. Brutalement, sans crier gare. Elle ravale toutes ses crasses et abandonne le Parvis à son incompréhension et son désarrois. Parce qu'il l'a demandé. Parce qu'elle n'a pas besoin de ça. Parce qu'elle y va. Lui l’attrape, fermement, l'attirant dans une comédie de dissuasion auxquels leurs spectateurs croiront.

« Fais pas de conneries, reviens. » Un grondement, sourd, alors qu'elle se libère sans une once de douceur. « Je t'ai laissé assez de temps... Ça ne dépend plus de moi. »

Parce qu'elle y va.

Les portes claquent dans le silence soudain qui a envahi le Parvis de Notre-Dame, assassinent le calme fébrile d'une Nef à bout de souffle. Et il y a une silhouette blonde au sourire fou et au regard noir, au seuil de la Cathédrale. Une silhouette qui pénètre le sacré sans y avoir été invitée, fait trembler le fond de l'air et pleurer les anges. Une silhouette qui profane, qui blasphème et qui avance, sans broncher, sans faillir, les prunelles gorgées de noir, du sang sur le bout de la langue. Au bout des cils. Guerre l'observe, depuis l'autel, les bras fièrement croisés sur sa poitrine, le regard haut et la gueule contrariée. Devant lui, sur une chaise, la silhouette de Cécil tourne le dos à sa sœur. Autour, des anges par dizaines ou par centaines, qui contemplent l'intrusion de la Reine d'un air horrifié. Ils attendent, signent ou prient. Frémissent, peut-être. Tenter de résister au poison qu'elle dégueule à chaque seconde. « Tu fais chier, Gabriel. » qu'elle dit, continuant d'avancer. Et sa voix résonne comme celle des milles autres qui se sont tus dehors, et qui se regardent sans comprendre, le cœur battant la chamade. « Tu crois que tu peux me défier ? Tu crois que tu peux enfreindre tes propres règles ? Ils vont dire quoi, tes pigeons, quand je vais faire égorger tous les proches de leurs hôtes pour t'apprendre une putain de leçon ? » L'autre fronce les sourcils, décroisant les bras pour mieux se préparer au combat. « Ne sois pas ridicule sinon je désacralise la Cathédrale.
- Ta seule présence suffit, Malphas.
- Tu crois ?» qu'elle feule, à deux mètres de son humain. « Tu crois que je ne peux faire que ça, fouler le sol de ta jolie Notre-Dame ? » Et il y a comme un silence entre eux, son frère au milieu. Guerre et Discorde s'affrontent du regard, l'un clair et contrarié, l'autre sombre et goguenard. « Je peux répandre du sang sur le parvis, jeter des corps innocents sur tes murs jusqu'à en faire de la viande hachée, faire chialer ton christ sur la croix, liguer tout Paris contre toi... Et quand il n'y aura plus rien de sacré ici, quand ils ne croiront plus en rien à part en moi, je les enverrai faire péter tous les autres clochers de la capitale, et puis ta gueule après... Si je ne m'en suis pas déjà occupée. » Il saute sur l'autel, une épée entre les mains. Elle gronde, sa faux entre les doigts, le métal grattant la pierre à défaut de pouvoir le trancher en deux par caprice. Et ça se jauge, tandis que les gargouilles geignent, que les bénitiers s'assèchent et que le Christ a mauvaise mine. « Ton ego va tous nous condamner, imbécile ! Tu commences une guerre que tu ne peux pas gagner ! Parce que si c'est comme ça que tu veux jouer, vous n'aurez plus rien à sauver, tu comprends ça ? Là tu peux encore effacer les mémoires et garder la face, grand débile, après ça ce sera la fin, la Guerre, la vraie, celle que les anges ne peuvent pas gagner parce qu'on est toujours plus imaginatifs que vous quand il faut être un enculé de première, qu'on est plus nombreux et moins scrupuleux. Qu'on en aura rien à foutre d'égorger les gens qui vous prient en plein jour dans les rues pour vous affaiblir. Qu'on crucifiera vos morts et qu'on éventrera vos fidèles. Qu'on jouera avec les règles que tu caresses du bout des doigts aujourd'hui et que pour ça, ils n'ont pas besoin de moi. Tu peux bien essayer de me buter maintenant, de toutes façons j'aurai déjà ruiné ta Cathédrale et t'auras déclenché l'Apocalypse pour moi. » Et toujours le silence, les dizaines, centaines de paires d'yeux. Les souffles suspendus et les larmes de sang qui coulent sur les joues d'albâtre de la Reine. Les pavés commencent à noircir, autour d'elle, et les vitraux à se couvrir de suie. « Ou tu me laisses partir et ça restera entre nous. Tu ne peux pas toujours avoir de bonnes idées. » L'archange des archanges n'a pas bougé. N'a ni cédé ni attaqué. Guerre respire la Discorde et ressent la désapprobation de ses rangs qui ne veulent que le départ du démon. Eux savent qu'elle a raison, quand bien même ils obéiront. Il a des miasmes dans les synapses, du poison plein les sinus, des rêves de victoire au bout des lèvres et la réalité du massacre à venir devant ses yeux. Elle les enivre tous, en catin trop gourmande. Sans un mot, le Héraut reste debout sur son piédestal, la contemple d'un air mauvais, pèse le poids de la décision qu'il prendra et qu'elle n'attend pas. A bout de patience, Malphas s'avance de deux pas supplémentaires, arrache les liens de son frère et l'emporte avec elle. « Faut pas jouer au plus con avec un démon, Gabriel, ça finit jamais bien. », qu'elle dit, la main humaine entre ses griffes tremblantes de rage et de pulsions meurtrières. « On rentre à la maison. »

La foule se disperse, dans un murmure abruti et épuisé, quelques poings en sang, des côtes douloureuses... Invisibles parmi les anonymes, les jumeaux Lesquen apparaissent, l'un aux poignets marqués, l'autre aux sillons carmins sur son visage porcelaine. Elle fonce droit devant elle, jusqu'aux silhouettes qu'elle a abandonnées quelques minutes plus tôt. Elle fonce et n'a pas un regard pour Mort, Équilibre ou son Destin. Discorde percute Chaos de plein fouet et s'abandonne à ses bras dans un râle colérique et endolori. « Je suis fatiguée... Allons-nous-en. » Les bras se referment autour de la carcasse épuisée de sa progéniture, l’œil moqueur à l'attention de ses frères et de sa sœur. « On vous laisse le soin de tout nettoyer... », souffle-t-il en serrant contre lui sa femelle avant de disparaître dans un grondement rauque, suivi de Briffaut, d'Edgar et du mortel insignifiant pour lequel le monde vient de manquer de s'écrouler.

*

La Monstruosité panse ses blessures, au fond de sa tanière, enterrée sous des tonnes de couvertures, abandonnée au moelleux de son matelas. Elle est fatiguée, la Reine. Un étage au dessous d'elle, à l'exact même endroit, son frère contemple le plafond, déboussolé. Une partie de sa mémoire aura été effacée, assez pour ôter l'évidence du surnaturel tout en expliquant son enlèvement. Une sale histoire de mafia, comme il s'en doute depuis un moment déjà... Il y a des restes, pourtant, des fantômes qui lui traînent dans la boîte crânienne et lui racontent comme sa sœur est forte, et folle, et puissante. Dangereuse. Sublime. Menaçante. Possessive.

« Tu aurais pu mourir. » Le reproche gronde depuis le coin d'ombre qu'Azazel s'est approprié, le livre d'un poète maudit entre les mains. « Imagine la gueule de Gabriel quand il a compris que ça n'arriverait pas... » Le sourire lui échappe, malencontreusement, tandis qu'il se relève et s'approche, aussi rapace que félin. « J'imagine très bien... » qu'il souffle, contre sa joue pâle, la recouvrant de toute sa brutalité. « Tu dois te reposer, maintenant. Récupérer des forces. Je m'assurerai qu'on ne vienne pas nous déranger... »

*

Deux jours durant, Azazel est resté au chevet de sa progéniture, sans quitter l'appartement, sans laisser une chance à quiconque de l'approcher de peur de voir une tentative de vengeance ou de putsch essayer de la faucher dans un moment de faiblesse. Et la rumeur de son exploit a grondé au creux des Enfers, jusqu'à ce que sa victoire devienne la leur. Deux jours durant, le Monstre a monté la garde auprès de la Reine et Chaos rôdé autour de Discorde comme un vautour énamouré d'une carcasse. Puis ils se sont engueulés, suffisamment pour qu'elle le chasse. Pour qu'il lui foute la paix.

Deux jours d'une obscurité sans nuage ni lumière.
Lorsqu'elle ouvre enfin les volets de sa chambre, Malphas coule un regard au bleu fragile sur l'immensité parisienne. Lorsqu'elle observe enfin la Capitale, le Monstre gronde à l'égard de la Cathédrale dont les contours se dessinent en clair obscur sur l'horizon. « Au moins, maintenant, tout le monde sait que Gaby est un sale con. »

*

Les enceintes du salon chantonnent de vieux airs de piano pour la silhouette solitaire de Garance, coulée dans un jean moulant et une immense chemise blanche, la crinière ébouriffée et la prunelle vive. Fatiguée, toujours, mais ravie de son coup d'éclat, de la violence de sa réponse, des rages froides qui lui parcourent encore les veines et la réchauffent dans son épuisement. Demain, ce sera le monde, se rassure-t-elle lorsque ses organes lui font trop mal. Ou peut-être la Cathédrale. Malphas n'aime pas être un adulte responsable, déteste avoir dû être raisonnable. Le message était passé sans qu'aucune goutte de sang ne soit versée, ou presque... Et ça lui donne la nausée. Ses doigts s'enfoncent dans le cuir du canapé et elle inspire, doucement, expire. Essaye de se rappeler. Puis d'oublier. Lui, flanquée de Mort et d'Equilibre. Lui et sa distance, ses ailes encombrantes et sa belle gueule. Elle pense, à Lui. À ses yeux. À la ligne parfaite de l'arête de son nez. À l'insolence de ses pommettes. Elle pense à lui, et elle l'aime, et elle le déteste, et elle veut tout oublier, parce qu'il est là, qu'il est partout et qu'elle y pense, encore et encore. Qu'elle y pense tellement qu'elle se surprendrait presque à le prier. Absolem.

L'Archange apparaît, comme invoqué par accident, sollicité par mégarde. De déliquescence en déperdition, elle se fige sur son sofa, se redresse pour mieux l'observer, pour le bouffer des yeux quand il a tant tardé à la retrouver. « Ne me dis pas que tu veux encore négocier... » Murmure au creux des lignes mélodiques que les enceintes crachotent encore. Si elle ne s'approche pas, c'est parce qu'elle n'est pas tout à fait sure qu'il est bien là et qu'elle ne le rêve pas. « Parle, parce que je ne suis pas d'humeur à t'halluciner. »



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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Maddox
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+ Absolem, archange du Destin.
+ Millénaire.
+ Jumeau d'Abraxas, ange supérieur de l'Equilibre.
+ L’un des plus hauts faits d’armes d’Absolem est de ne pas avoir empêché la mort du fils de Dieu.  

+ Trente-six ans.
+ Héritier de la maison Cartier.
+ Célibataire, normalement.
+ Artiste-joaillier.
+ Père d'une jeune femme, Sabah Cartier.
+ Alcoolique en sevrage.
+ Foi en berne.

+ Implacable | Distrait | Passionné | Perfectionniste | Inventif | Débrouillard | Bordélique | Vindicatif | Froid | Impartial | Observateur | Instinctif.



avatar ©️ zuz'
« Mmh. T’as pas le dos aussi large que mon barbu, mais ça devrait convenir. » Son sourire de serpent coule contre son oreille. Elle enserre son cou de sa poigne démoniaque, pas assez pour l’étrangler, suffisamment pour le dissuader. Ses jambes lui ceignent la taille, appuyant contre son abdomen. Il l’image comme une araignée enroulée autour de sa proie, et il ne doit pas être loin de la vérité. Il ne lui répond pas, ne bouge pas. Il n’en avait pas l’intention, de toute façon, mais avec Briffaut sur le dos, il n’a plus qu’à attendre. Il connaît la démone ; elle est aussi déterminée qu’elle est retorse. Et Dieu qu’elle est retorse.

Abraxas et Azraël ne bougent pas. Et il attendant. Il affronte le regard de Chaos sans sourciller. Il n’a jamais vraiment eu à craindre le créateur de Malphas, celui-ci s’affichant davantage comme l’ennemi d’Ordre que comme le sien. Maintenant encore, il ne le craint pas. Même s’il a une vague idée du danger qu’il court.

Puis, il y a cette résonnance insoutenable qui le foudroie sur place. L’impression d’être écartelé, d’un coup, sans autre forme de procès. Sa respiration qui se bloque dans sa gorge et sa mâchoire qui se serre pour étrangler un hurlement, sa tête qui explose. Il tient bon, alors même que ses genoux ne demandent qu’à se dérober sous lui. Avec une douceur trop lente pour être honnête, Briffaut se coule le long de son dos et ses talons aiguille n’émettent pas le moindre son lorsqu’ils atteignent le parvis. Alors, seulement, Destin s’effondre. La résonnance est sourde, elle le paralyse, elle le tétanise.

C’est Notre-Dame qui rugit.

Les bras d’Abraxas se glissent sous ses aisselles et il le relève, le soutient. Il a le visage tendu, les prunelles hantées, dilatées. Il semble si lointain, dans cette image qu’il lui offre lorsqu’il le prend sous son aile. Perdu ailleurs, trop loin, juste assez près pour se rappeler d’exister, d’agir. Absolem, lui, n’appartient plus à rien. Ni à ses ailes, ni à ce monde. La douleur est sourde, laissée là par la résonnance qui s’atténue, comme des ruines après un bombardement meurtrier. Elle n’est rien, cependant, comparée à l’intense tristesse qui le submerge avec la force d’une lame de fond. Des larmes roulent sur ses joues. Grosses, comme des perles translucides qui laissent un bout d’elles à chaque centimètres, finissant leur existence écrasée sur le parvis, ne laissant qu’une tache humide qui s’effacera.

Comme tout.

Il pleure, Destin, face à l’inéluctable. Face à l’espoir assassiné. Face au sacré profané. Que peut-il bien resté si ce qui demeure inébranlable est détruit ? « Absolem », murmure Azraël. Elle a le nez contre son cou, il sent l’humidité de ses joues contre sa peau. « Absolem, reprends-toi. » Elle a la voix brisée. Il frissonne. « Reviens. » Et le mot le percute comme un coup de poing à l’estomac. Fais pas de conneries, reviens. Quel abruti. Et il n’y a plus que les ténèbres, autour de lui. Il la voit, sans vraiment la voir, croise ses prunelles et les traînées de sang de ses propres larmes sur ses joues d’albâtre. Et son cœur, qui cogne dans sa poitrine. Et ses ailes qui tressaillent, dans son dos, et sa peau qui se hérisse. Démon. La tristesse infinie, le chagrin interminable. Il détourne le regard et se laisse emporter vers Notre-Dame, au milieu d’une foule hagarde, désorientée, qui a oublié ce qu’elle vient de commettre contre les pierres sacrées de la cathédrale.

*

Trois jours. Notre-Dame a été fermée pour cause de rénovation, mais qui aurait deviné la nature de ces travaux ? Trois jours. Les archanges dans les tours, les anges dans les nefs et les cryptes. Ils ont donné ce qu’ils avaient à donner : tout. Leurs cœurs, leurs âmes, leurs ailes. La chaleur de leur amour dans les pierres froides et centenaires d’un édifice qui souffre. Trois jours. Trois longs jours, sans boire, ni manger, ni dormir. Trois jours. Mort s’est endormie contre son épaule à plusieurs reprises, succombant à la jeunesse de son corps, il l’a veillée, échangé sa force avec Equilibre, prié, prié et encore prié. Trois jours.

Il est épuisé. Ses yeux le brûlent. Son ventre gronde. Ses forces le quittent. Dans sa poche, son téléphone vibre une fois encore, pour la sixième fois, et Sabah lui laisse un nouveau message. Elle ne sait pas où il est. Elle dit qu’elle est inquiète, qu’elle ne veut pas le harceler mais qu’il pourrait donner signe de vie, au moins. Ses six messages disent la même chose. Il raccroche. Il a les mains noircies par la poussière, les vêtements blanchis par la poudre des pierres effritées. Son corps est perclus de douleurs, physiques pour la plupart ; l’autre demeure au creux de son ventre, le grignotant petit à petit. Et il y a ce chagrin, qui demeure. Un chagrin si insondable.

Un murmure, au fond de son crâne, une voix lointaine, douce, une prière, d’une intimité troublante.

« Rentre chez toi. » La voix de Gabriel résonne dans le clocher. Absolem est assis au bord, il observe Paris, comme à son habitude. Son aura est faible, presque éteinte, il la sent diminuer autour de lui. Plus que beaucoup d’autres, la désacralisation de Notre-Dame l’a déchiré. C’est en son sein qu’ils sont venus confier leurs espoirs et rêver d’un avenir glorieux. C’est dans ces projets mêmes qu’ils l’ont construite. Notre-Dame de Paris, la grande, la parfaite. Son repère. Son antre. Gabriel s’arrête dans son dos, à quelques pas de lui. Son aura est plus étincelante que la sienne et l’effleure sans douceur, avec la force de la détermination de Guerre, de son caractère implacable. Guerre l’intangible. Ils se ressemblent, tous les deux, à la différence que Destin a toujours été plus insidieux que Guerre, bien plus frontal. C’est peut-être pour ça qu’ils se sont souvent opposés, alors même qu’ils partagent les mêmes idéaux et les mêmes méthodes.

Gabriel est fatigué, comme tout le monde, mais il reste debout, par la force inébranlable de son caractère. Comme Absolem. A la différence peut-être qu’au contraire de Guerre, Destin a tout donné à Notre-Dame. « J’ai l’autorisation de me soucier de ma fille, alors ? », demande-t-il, venimeux. Gabriel l’encaisse. « On doit se donner les moyens, tu connais bien. » « Pas ceux-là. Je n’ai jamais eu besoin de recourir à une si basse manœuvre, Gabriel. Et toi non plus. » Il se lève, se retourne et affronte l’archange en face. « Nous n’avons jamais utilisé l’amour des humains pour le retourner contre eux. C’est une manœuvre démoniaque, pas angélique. Tu n’avais pas le droit d’absoudre Hanabel. » « Je peux savoir ce qui te prend ? » « L’humanité. Voilà ce qui me prend, Gabriel. J’ai au moins le mérite de le reconnaître. Nous avons fait tant de choses sans nous soucier de tout cela, quand nous étions à la Cité. C’est différent, maintenant. Et tu l’es, toi aussi. Regarde ce que tu as fait. Ce qu’Hanabel a fait. » Gabriel demeure silencieux. Son regard est aussi aiguisé qu’une lame de poignard. « Tu ne parles pas comme un archange. » « Nous ne sommes plus les mêmes archanges. Il faudrait que tu le comprennes. En attaquant Malphas de cette façon, tu as mis tout Paris en danger. Toi non plus, tu n’es plus le même. » Sacrifier tout un peuple pour une guerre ne te ressemble pas. Les mots restent en suspens entre eux. « Rentre chez toi. » Gabriel tourne les talons. Et Maddox rentre chez lui.

L’appartement est silencieux. Il sort son téléphone de sa poche, appelle Sabah, lui laisse un message. Je suis désolé. Je vais bien. Il ne sait pas quoi lui dire d’autre. Il n’a pas d’excuses. Pas la force d’en trouver une non plus. Sa fatigue s’abat sur lui comme un oiseau de proie. Il ne veut que dormir. Dormir toute la journée, toute la semaine peut-être. Dormir. Oublier. Il se traîne jusque sa chambre, et se fige. Ses draps sont encore emmêlés. Son empreinte est encore sur le matelas. Son empreinte… leur empreinte. Il est probablement le seul à la voir. Les autres ne verraient qu’un lit défait. Pas lui.

Le murmure enfle sous son crâne alors que Malphas se glisse dans ses pensées. Sa figure marquée de traînées sanglantes. L’aura sombre, meurtrière, qui l’avait enveloppée. Et ses crocs, et sa langue qui l’avait flagellé. Et tout le reste. Tout leur reste. Leurs rires, leur complicité, leur conflit, leur violence, leur passion, son amour. Irréel. Irrationnel. Démesuré. Impossible. Il passe une main dans ses cheveux emmêlés et poussiéreux, serre entre ses doigts plusieurs mèches. C’est si intense, et si douloureux, si euphorisant, et si condamnable. Absolem. Il la sent, il la ressent. Il y a une supplique, dans sa voix, dans ce murmure. Il veut répondre. Il ne sait pas s’il peut.

Et puis, il y a le souvenir de ce regard, et cette sensation d’être arraché à lui-même. Et ces mots, que la cathédrale n’a cessé de répéter, pendant trois jours. L’étincelle d’un brasier qui ronfle au creux de son ventre. Il disparaît dans un bruissement d’ailes.

L’endroit n’a pas changé, et pourtant, il s’y sent comme en territoire ennemi. Elle est affalée dans le canapé, mais se redresse vivement lorsqu’il se matérialise devant elle. Et tout ce qu’il ressent pour elle l’éclabousse, le tance, le percute. C’est si violent. Les sentiments sont si violents. Si insidieux. Si sauvages. Ses prunelles se froissent de stupeur, le temps se suspend, et il a envie de se jeter sur elle, de l’étrangler ou de la baiser, de la sentir contre lui, sa peau contre la sienne, que ses cheveux caressent ses épaules et que son souffle se mêle au sien. Et rien de tout cela ne se passe. Rien, car le chagrin le rattrape au vol et le plaque au sol, l’écrase de son poids, celui du monde. Celui du cœur de la cathédrale qui hurle. Et du sien, à lui. « Ne me dis pas que tu veux encore négocier... » Il reste silencieux, ombre de contre-jour, abîme de pénombre. Il accuse le coup. Le revers bas de ce qu’il a tenté pour éviter que le monde n’implose. Sa propre humiliation devant ses pairs. Il l’observe, impudique. « Parle, parce que je ne suis pas d'humeur à t'halluciner. » « Tes désirs sont des ordres. Comme toujours. » Sa voix est rauque, basse. Tout juste s’il a assez de forces pour faire du sarcasme.

Il crève d’envie de s’assoir, mais ne le fait pas. Il reste debout, assis de l’autre côté de la table basse qui les sépare. « Rassure-toi, je n’ai plus rien à négocier. Le monde t’appartient. » Il le croit presque lui-même. Il est si fatigué. « Je n’ai qu’une seule question. Tu te crois invincible ? » Il ne bouge pas. N’esquisse pas le moindre geste. « Invincible au point de défier seule Gabriel et son armée, sur le sol sacré de Notre-Dame ? » Oui, Notre-Dame a hurlé, oui, Notre-Dame a déchiré son âme. Oui, la tristesse et le chagrin le dominent, l’enveloppent, le hantent. Mais qu’elle ait défié, seule et convaincue de sa supériorité, Gabriel et ses soldats sur le sol même de leurs racines angéliques le lacère, le déchire, le laisse pour mort.

Parce qu’elle aurait pu mourir.

Il l’a refoulé, aussi longtemps qu’il ne la voyait pas, aussi longtemps que Notre-Dame l’occupait. Il ne peut plus le retenir. « Je suppose que tu n’as pas pensé à l’éventualité que tu y laisses ta peau. » La colère roule sur sa langue. « Et au son des cors du Tréfonds, je devine que tes inférieurs pensent comme toi. » Les conflits entre anges et démons sont naturels. Normaux. Ils doivent arriver. Ca n’aurait pas dû le toucher. Sa façon de se jeter ainsi sur ses ennemis, et s’en rengorger, n’aurait pas dû l’atteindre. Au contraire, à défaut de s’en réjouir, il aurait dû y être parfaitement indifférent.

Mais il a un cœur, aussi explosé et exposé peut-il être. Un cœur qui lui comprime la poitrine et lui coupe le souffle. « Merci de ne pas avoir fait de conneries. Mais ne refais jamais ça, Malphas. » Il y a tellement de choses dans sa voix. Trop de choses. « Qu’Il me pardonne de t’aimer au point d’en être plus déchiré à la perspective de te perdre qu’à l’assassinat de Notre-Dame. »

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« Tes désirs sont des ordres. Comme toujours. » Et la voix de l'archange emplit le silence de ses délires, de ses fatigues. Elle ne dit rien, la Garce, reste assise sur son canapé à le contempler, à se rappeler les anges de pierre, de chair et de sang, les pierres noircies de la cathédrale et les bénitiers cendrés. Elle reste assise et elle respire les mots qu'il a craché, de cette voix rauque qu'elle lui reconnaît à peine et qui vient érafler son cœur asséché par l'épuisement. Absolem, pour sa part, demeure de marbre. « Rassure-toi, je n’ai plus rien à négocier. Le monde t’appartient. » Il y avait les hurlements, la masse organique de son mécontentement. Son téléphone inerte. Il y avait le monde, au bout de ses griffes, qu'elle aurait dévoré sans se poser la moindre question, s'il n'avait pas été là. Il n'avait pas été là. La blonde garde les mâchoires serrées, observant l'immobilisme insupportable de son amant sans dire un mot, lui laissant la scène et toute l'horreur de son envolée lyrique. « Je n’ai qu’une seule question. Tu te crois invincible ? » Froncement de sourcils, en demie teinte d'interrogation mutique. Le monstre ferme sa gueule, pour ne pas montrer les crocs, pour ne pas sortir les griffes. Pas devant lui, pas dans cet état-là. Et il y a le souvenir persistant de sa silhouette traversant le parvis de Notre-Dame, flanqué de ses deux acolytes, apparaissant comme par miracle après l'avoir abandonnée à son désarroi quand elle n'attendait que lui. Fidèle jusqu'à la connerie. Et lui, lui et sa belle gueule, ses ailes d'ange, son air fier. Ce souvenir qui l'empêche de bouger, de se lever et de le prendre dans ses bras, de l'inviter à s'asseoir, à se reposer contre elle. Ce souvenir qui la retient dans ses tendresses comme dans ses faiblesses, qui ravale son rire las ou son grognement désapprobateur. « Invincible au point de défier seule Gabriel et son armée, sur le sol sacré de Notre-Dame ? » Ses poings se serrent, contre ses cuisses immobiles, faites d'un roc similaire à celui de la statue qui lui fait face. Toujours plus inerte, toujours plus loin. Elle ne le comprend pas ou le soupçonne de se foutre de sa gueule, s'imagine un bref instant lui balancer la table basse en pleine tronche, exploser sa jolie petite boîte crânienne et ses airs de divinité grecque, juste pour voir s'il bougerait. S'il reculerait. S'il comprendrait, lui, avec sa lecture des événements des jours précédents, ses préceptes angéliques plein la tête. En cet instant, sans doute, au milieu de tout son amour, elle le déteste. « Je suppose que tu n’as pas pensé à l’éventualité que tu y laisses ta peau. » Ta gueule. « Et au son des cors du Tréfonds, je devine que tes inférieurs pensent comme toi. » Sa seigneurie se fait experte en politique des Enfers, à mesure qu'elle avale chacune de ses couleuvres comme autant d'offenses portées à sa loyauté. Blessée jusqu'à l'os, la Reine observe, toujours. Croise ses longues jambes pour mieux assister au spectacle du masque figé de Destin et de ses accusations qui n'ont pas de sens, qui ne trouvent aucune putain de résonance dans sa caboche. Et il est loin, lointain et distant, en bon pléonasme personnifié... L'éternité semble même lui échapper, à cette Reine infernale qui posséderait le monde s'il l'intéressait encore, si son monde n'était pas là prédire sa mort. « Merci de ne pas avoir fait de conneries. Mais ne refais jamais ça, Malphas. » Je te demande pardon? « Qu’Il me pardonne de t’aimer au point d’en être plus déchiré à la perspective de te perdre qu’à l’assassinat de Notre-Dame. » Et son monde ne la comprend pas. L'enterre, l'achève, l'épuise. Elle râle, la Garce, pour ne pas hurler.

Le silence a un quelque chose de confortable, forme de cocon de délicatesse autour de lézardes et des fêlures qui manquent de tout briser. Parce qu'elle est exténuée, ravagée, aliénée. Parce que c'est lui qui l'assassine, avec tout l'amour qu'il lui assène dans sa distance mortifère. Parce que si elle parle, c'est ce monde qui va s'écrouler... Et il lui faut répondre.

« L'assassinat de Notre-Dame, tu crois ? » Timbre métallique hors de lèvres mécaniques. Un fantôme de sourire carnassier lui échappe, à mesure qu'elle s'oblige à desserrer les poings. « Nous savons tous les deux que je peux faire tellement mieux que ça... », qu'elle souffle, gronde ou soupire. Discorde se relève, finalement, décide d'utiliser ses membres ankylosés pour mieux abandonner son livre et son canapé, récupérer une cigarette et la glisser entre ses lèvres. Et tout faire voler en fumée. « Invincible, tu dis ? » Il est dans son dos, l'archange, loin de ses yeux couleur effroi. « Tu penses que je me crois invincible, quand je commence par t'appeler et te laisser une longueur d'avance sur les autres ? » Et peut-être que l'histoire mériterait de changer de narration. « Que je me crois au dessus de tout quand je te laisse une heure pour essayer d'arranger les choses quand tes frères sont venus me provoquer sans aucune putain de raison ? » La rage flirte avec l'épuisement, l'amour avec le dégoût, le légendaire avec le pathétique. « Qu’est-ce que j'ai fait, au juste ? », elle demande, se retournant pour mieux lui faire face, avec son teint porcelaine, livide et sans apparat. « A part ne pas répondre à la folie des tiens ? » Et c'est trop, sous son derme, entre ses côtes, dans cette distance qu'il leur impose. « Je suis un putain de démon, bordel ! La pire, même ! Et qu’est-ce que j'ai fait ? Je t'ai appelé à l'aide. » Les mots qui lui échappent résonnent avec la force des corps qu'elle a jetés sans pitié sur la Cathédrale. « J'ai cherché à impressionner sans laisser entrer un seul innocent sur ta terre sacrée. Je vous ai même laissé cinq minutes de plus pour réfléchir à votre connerie. » Sa cigarette est morte entre ses doigts, sans même qu'elle ne réalise qu'elle l'a consumée jusqu'au filtre. « J'ai lâché les humains quand tu me l'as demandé. », elle dit, se trouvant fort injustement blâmée. « Comment aurait réagi Gabriel si j'étais entrée accompagnée, dis-moi ? » Le mégot est balancé dans le fond d'un cendrier, tandis qu'elle se retrouve en proie à une angoisse sourde qui ne lui ressemble pas, imbibée d'un dégoût qui ne la lâche plus depuis trois jours. Elle s'approche, finalement, pour s'arrêter à quelques centimètres de sa silhouette sans l'effleurer. « C'est toi qui ne veux pas que je détruise le monde... Je fais ce que je peux. » Et ça l'obsède, ça l'empoisonne. Le souvenir de Notre-Dame, de Chaos abandonné au Parvis, de l'immensité angélique et sacrée qui a cherché à l'étouffer. La sale gueule de Gabriel et son air satisfait. Son plaidoyer pour une fin heureuse, ou la moins malheureuse possible. Ses appétits de destruction révoltés au creux de ses tripes endolories de ne plus rien avoir à gerber. Et trois jours. « Trois jours. » C'est tout le temps qu'il a laissé s'écouler. « C'était trois jours de trop... Alors que je ne t'ai demandé ni la tête ni les ailes d'Hanabel. » Il avait fallu un peu moins que ça aux démons pour trouver l'identité du génie mal avisé qui l'avait défiée... « Ce n'est pas à Dieu, que tu dois demander pardon. » Et le monstre se surprend à rêver de ne plus savoir l'aimer.



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