Le Temps d'un RP
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LE TEMPS D'UN RP

Hurricane

Dreamcatcher
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patrick
Dreamcatcher
Dim 9 Oct - 16:25
Hurricane 5f27b210
Elizabeth Van Sechtelen
J'ai 28 ans et je vis à Helsinki, en Finlande. Dans la vie, je suis comédienne de théâtre et je m'en sors avec un sentiment d'exil. Et puis...Il y a LUI qui m'empêche de me suffire. Je le vis douloureusement.


Hurricane 0ce1e010

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The race

En régie, tout était prêt. Micro et casques réglés, le journaliste ajusta sa petite liasse de feuillets sur la table. Dans une poignée de secondes, « on air » s'affichera sur la porte du studio, interdisant toute intrusion. Il fit signe à ses invitées que l'émission allait commencer, attentif au décompte manuel du technicien.

5-4-3-2-1

« Bonjour chers auditeurs ! Stephan aux commandes comme d'habitude. L'interview du jour va se dérouler autour de deux personnalités, l'une est écrivaine et l'autre comédienne. Donc, bienvenue à vous, Ambre Issenman, auteur de « Un jardin dans le ciel » et bienvenue également à  Elizabeth Van Sechtelen, actrice de théâtre. Un duo d'artistes qui va nous emmener sur les planches, chacune à sa manière. On va commencer avec vous Elizabeth. Et j'ai une toute première question, certes classique mais qui me semble bien intéressante si on y répond avec sincérité. Oh mais je vous vois sourire, ça vous parle ?

-La sincérité, toujours.

-Alors allons-y, dites nous ce qui vous a amenée à pratiquer cet art presque ancestral dirais-je.

-Eh bien...Une soif d'amour peut-être ? Ce n'est pas conventionnel de répondre ça mais c'est ma vérité. Ce sont les mots et tout ce qu'ils portaient en eux...Dire « je t'aime » par exemple, ce ne sont que quelques syllabes qui s'animent, c'est du vent, du bruit, quelques sons éphémères qui ne pèsent rien scientifiquement. Et pourtant, personne ne peut vivre sans tous ces mots que l'on utilise indéfiniment. Alors un jour sont venus l'envie, le besoin même, de m'abreuver à l'amour des mots que j'éprouvais. Je les aimais en les lisant, en les écoutant, en les...mâchant si je puis dire au travers de leurs musiques, de leurs sens, de leurs silences...Le théâtre est devenu une évidence, un entremêlement avec la réalité qui oscille avec le rêve. Jouer sur scène c'est se balader dans ce qui n'existe pas en vrai. On incarne un invisible qui se laisse faire, on lui donne une existence réelle. C'est l'impalpable qui m'a amenée au théâtre...

L'entretien continua, tantôt avec l'une, tantôt avec l'autre. À un moment, Eli prit le verre d'eau posé près d'elle et la plume installée contre sa peau bougea légèrement. « Mon amour d'ici et de là-bas...Loin et tout contre moi...C'est toi que j'aime au-delà de ces mots, c'est toi mon invisible, mon infini que je veux chérir jusqu'à ma mort... »  

L'aigle volait, toutes ailes déployées. Elle le vit frémir à la brise. Il s'éloignait. Reviens ! Vol plané entre ciel et terre. Reviens, je t'en supplie...Mais il s'échappait vers l'horizon,  rapace  vorace de sa liberté...Reviens ! Ob! ...S'il te plaît...S'il te plaît... Mais l'oiseau ne voulait pas entendre.

***

Il y eut beaucoup de pièces à jouer, des tournées plus ou moins longues, des répétitions, des chamailleries, des pleurs, des rires, des bouffes, des rencontres, des soirées, des dîners...Comme d'ordinaire, comme d'habitude. La routine l'apaisait, la scène effaçait Elizabeth Van Sechtelen, elle, s'oubliait. Un intervalle, un siècle, un répit. Une pensée qui pressait soudain le cœur et son âme, attristée, pleuvait un chagrin souterrain. Mais elle avait le sourire Éli et tout d'elle mentait effrontément.  Il lui arrivait plus souvent d'avoir des trous de mémoire, là où la solitude du beau blond la déchiquetait. Et seul Élio, le boss de la troupe, devina que quelque chose avait changé.

Ob...Combien de fois l'avait-elle gémi, recroquevillée dans l'antre de son sevrage ? Les nuits s'exilaient des jours qui les dépouillaient et puis tout recommençait. Le cycle infernal ne s'arrêtait plus, cruel. Une heure après l'autre. Ob...Une tendresse après l'autre. Ob...Un battement après l'autre.

Elle le revoyait, le visage scintillant de larmes, submergé d'effort à refuser un « nous »: « Je ne peux pas, nous ne pouvons pas... » Il avait compris bien avant elle pourtant ! Tu veux donc perdurer le songe jusqu'à perpétuité ?! Le venin s'insinuant dans ses os, elle déclamait à haute voix, douloureuse: « Était-ce cela ton Graal Oskar Jensen ?! Crever dans les bas-fonds d'un éternel appétit insoutenable ?! Où places tu ton acte de foi ?! Dans un entre deux voué à mourir car lié à ta propre mort ?! Mais tu érodes ton humanité Ob ! Tu la renies en nous repoussant! »

L'éclaboussure sanglante de l'aigle. Lacérée, Elizabeth se dépeçait.

« Viens » avait-elle soufflé. Ils se seraient simplement promenés, enlacés, contemplant dans un absolu merveilleux une aurore boréale qu'elle avait admirée alors qu'elle rebroussait chemin. « Viens, que je te console, viens, je vais t'aimer en marchant à tes côtés... »

Mais.

« Je ne peux pas », ainsi, le Toi et Moi ne pouvait exister ? Paupières closes, elle l'avait laissé déposer ce baiser à la saveur de cigüe sur son front, anéantie par le sceau sacrificiel qu'il gravait sur son intime. Ob... ! oh ! Ob... ! Si tu savais ! Mais tu sais, et c'est bien là que se situe la faille, la crevasse, le ravin.

Bras ballants, elle n'avait pas bougé d'un pouce, le cœur poignardé par ses sanglots. S'infliger une telle détresse...S'offrir en holocauste pour ce qu'il estimait juste...Éli l'admira profondément, elle comprenait mais il s'en était allé trop loin, trop près et l'ordre d'un invisible chaos l'avait claquemurée dans un nœud acide.

Une sensation de... « non-vie », paralysante, éclairée par l'opacité d'une détermination qu'il lui imposait l'avait serrée dans ses rets. Le DEVOIR. Il faut. Il ne faut pas. Un point limite, une vue de l'esprit qui enchaînaient insidieusement. Elle en avait bouffé jusqu'au dégueulis Elizabeth. La vieille noblesse et ses convenances, le bien faire qui assassinait l'égo, l'estime de soi.  Elle en avait tant souffert ! Et lui, LUI, conjuguait soudain dans un impossible « nous » une espèce de croisade morale générant le deuil d'une réalité sublime, recevable. Son refus se scellait à cette volonté particulière qui caractérisait la race des cœurs nobles. Elle le respecta pour ça, détestant tout à la fois les conséquences. Merde ! Il fermait la porte d'un accessible rêvé, déraisonné certes, mais pourquoi pas ! Divaguons ! Égarons-nous ! Mille et une fois ! Il cloisonnait le Songe alors qu'Elizabeth le mêlait au quotidien. Elle s'y baignait sans cesse grâce au théâtre, s'évadant sans peur, l'esprit nomade. Vivre ses rêves : elle y croyait dur comme fer, l'expérimentait en sa chair et son âme. De quoi as-tu peur Ob ? De toi-même ? D'une vie « heureuse » ? De te lier ? De ne pas parvenir à te vivre tel que tu ES ?

Se taire et respecter son choix l'engluait comme un mauvais chiendent. Alors, elle saisissait le Temps du bout des doigts espérant qu'il retournât en arrière. Un espoir d'affligée.

Lui, de son côté, ne donna aucune nouvelle. Se maintenait-il en apnée au moins autant qu'elle ? Éli s'accrochait à la substance de son amour pour lui, embrassait et serrait contre son cœur la plume, la rose. Parlait aux fées entre une douche et un café, grondait les lutins facétieux qui se cachaient dans ses placards, s'amusait à danser dans ses bras le soir, souriant entre les étoiles et l'herbe grasse de son jardin.

Elle l'aimait.

Et chialait parfois, se maquillant à outrance pour camoufler le rouge moche et gonflé de ses yeux fatigués.

Oskar et Elizabeth ? Ils s'étaient trouvés sans même s'être cherchés.

***

La distance et le silence finirent par devenir insupportables. Trop intenses, les émotions lui ôtèrent le sommeil et la paix. Elle devait le revoir. Lui parler, lui dire... ! Mais pour atteindre le clown, l'aigle, il fallait passer par Oskar.
Aucun des deux n'avait pensé à ce qu'ils échangent leur numéro de téléphone. Éli s'empêcha de s'imposer en provoquant un trajet qui l'aurait coincé par feinte. Qu'il puisse partir à tout moment se résumait au minimum qu'elle lui offrait. Alors dès qu'elle pouvait, elle se rendait tout près des bureaux de son patron, s'asseyait sur le muret qui bordait le trottoir et l'attendait. Des secondes, des minutes, des heures parfois jusqu'à l'extinction du soleil pâle. Il finirait bien tôt ou tard par s'y rendre, non ? Hasard ou destinée, ce qui se donnera, sera.

Hurricane 3be2b512

"J'ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce que serait ta vie dedans ma vie : l'air. Tu es l'air qui ne me ferait jamais défaut, cet air si nécessaire à la pensée et au rire, cet air qui rafraîchirait mon cœur et ferait de ma solitude une place battue par tous les vents".

C.Bobin


Hurricane Deposi11
Oskar
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Oskar
Lun 10 Oct - 15:49

Oskar Benedikt Jensen, dit "Ob"
J'ai 32 ans et je vis à Helsinki, Finlande. Dans la vie, je suis chauffeur de maître et je m'en sors bien. Sinon, je suis célibataire et je le vis bien.

Accessoirement, j'ai la faculté de me transformer en ... aigle royal. Mais ne le dites pas, c'est un secret !

O. B. Jensen a écrit:
Le destin dit-on, donne à chaque homme, chaque femme, un être "lié" qui viendra le compléter. Chacun porte une phrase, une marque, qui lorsque cette moitié qui lui est réservée sera croisée, changera de peau pour aller sur la sienne, celle que portait l'âme-soeur venant orner la vôtre.
Depuis la fin des temps, les textes et les légendes rapportent que jamais cette phrase ne disparaît... Parfois, elle change, parfois immuable, elle avoue votre échec à trouver votre double. Si l'on tente de la supprimer, elle renaît, sur une autre partie du corps...
Elle ne s'efface, que lorsque le lien est rompu, lorsque amputé de votre moitié, vous errez entre l'être et le non-être, à jamais solitaire.
Je viens de perdre la mienne, ce qui signifie que Maïween, mon faucon blanc, a disparu. Pourtant, je ne me sens ni déchiré, ni en deuil, j'ai accueilli cette découverte comme l'aveu d'une erreur de la destinée, sinon, pourquoi elle et moi ne serions-nous jamais parvenus à nous rejoindre, remettant au lendemain, sans cesse, nos projets ?
Je suis un homme d'honneur et de devoir, alors j'ai téléphoné, cherché, me suis adressé à tous ceux qui connaissaient mon âme soeur... Elle a non seulement disparu de mon bras, le libérant de toute inscription, mais également de toutes les mémoires ?
Une ébauche de rêve, retournée à la nuit dont elle était sortie ? Etais-je le rêve de l'ombre qu'elle est redevenue ?

Le rêve, encore lui, s'est imposé à moi, brûlé par le feu d'une chevelure et l'incandescence d'une personnalité hors du commun... Le hasard est parfois cruel, à mettre en présence des êtres improbables et fragiles... Elizabeth, croisée déjà trois fois, à chaque fois, sa présence ruine tous les projets de raison et de sagesse que je peux me faire...
Je succombe, je me noie, entraîné par les sirènes d'un espoir insensé ! Je t'aime ! Je t'aime ! Dans ce royaume inaccessible et magique, magnifique et irréel, le rêve, je partage avec toi une intimité que le réel nous interdit !




Hurricane

 « Le remords est la seule douleur de l'âme
que le temps n'adoucit pas. »

Avant ce chapitre...:

Hurricane Bassin10

Préambule :

A peine avais-je prononcé les mots que je les ai regrettés...

« Je ne peux pas, nous ne pouvons pas » !

Comme la raison est déraisonnable ! Comme le pragmatisme est irréaliste  ! Non, nous ne pouvons pas, le rêve a ses propres règles, lorsqu'on les enfreint, nul n'est puni, personne n'est chassé, ce n'est pas le jardin d'Eden des Ecritures ! Simplement, il meurt... et un rêve mort est un rêve... oublié ! Une parenthèse qui se referme, une faille temporelle qui n'a pas été et ne sera plus... Pour retrouver la porte de l'onirisme, il ne faut pas la fermer. Si nous avions succombé à notre désir de nous aimer, au vu de tous, la porte aurait claqué.

Alors j'ai pris sur moi ! Les larmes aux yeux et le cœur brisé, je l'ai laissée, sans me retourner, de peur de voir en elle la même détresse qu'en moi ! J'ai regardé les étoiles, celles du ciel et non celles que j'avais lu dans ses yeux, j'ai cherché la beauté, mais nulle beauté n'atteindra jamais la sienne...

Le lendemain, à l'aube, à la stupéfaction des miens qui pensaient me garder une semaine encore, j'ai embrassé tout le monde, mis mes deux valises dans le coffre, et suis parti. Tamara et mon père m'ont étrangement regardé, à eux je n'ai pu cacher ma fuite, ils n'ont pas demandé, l'un et l'autre me connaissent assez pour savoir que je n'aurais pas répondu, ou par un joli mensonge destiné à faire taire les curieux.

Je suis rentré à Helsinki, ai échangé la voiture de louage contre la mienne, contacté dans la foulée le camionneur qui m'avait amené en Finlande et lui ai demandé un devis pour repartir en Norvège avec le mobilhome. A sa réaction ahurie « en hiver ? » j'ai répondu qu'une situation familiale urgente me rappelait chez moi et que je doutais de revenir, le prix à payer m'est arrivé en retour par mail, le lendemain mon « chez moi portatif » prenait place sur une plate-forme et partait en direction de Tromsø... J'imaginais à l'avance la tête de mon père trouvant sur son terrain ma roulotte de douze mètres de long... et moi dedans.

Oskar, démissionnaire de toute façon, puisqu' employé par une dame partie à l'autre bout du monde sans lui pouvait aller panser ses plaies loin dans le nord, passer l'hiver septentrional calfeutré dans un igloo sur roues, à proximité de l'immuable mais trop sagace figure paternelle. Je l'avais à peine pensé que le regard interrogateur de mon père m'est revenu, la caravane pouvait hiverner chez lui, mais moi, jamais !

Depuis, je regrette, mais les regrets sont totalement inutiles... J'ai des remords, j'ai l'impression de LUI avoir causé une douleur imméritée.  Le remords est la seule douleur de l'âme que le temps n'adoucit pas... Je me suis mis, le cœur en berne, à éplucher les offres d'emploi, habituant mon corps à redevenir sage en ne parvenant qu'à le torturer.

Les graines de rêve sont tenaces, retourner la terre qui les a reçues, la tamiser, la disséminer aux quatre coins du monde ne sert pas. Toujours, aussi rebelles que la tignasse d'Ob quand je me permets un interlude, elles tendent de germer et même réprimées, sûres de leur bon droit, elles retournent se tapir tout au fond d'une âme et d'un cœur, attendant leur heure !

J'ai choisi mon prochain employeur avec soin comme toujours, opposant à sa superbe et à sa détestable suffisance des références dont j'ai vu qu'elles le flattaient... Avoir à son service l'ex chauffeur de … et encore de … ! Les gens sont tous les mêmes, à plus forte raison ceux qui se figurent être au dessus des autres... Cet homme paye bien, et a tout pour que je conserve mes distances, avec lui, jamais je ne sympathiserai, il aura ce qu'il rémunère, accompagné de la curiosité préventive d'Oskar. Je le vois assez -comme bien d'autres avant lui- inventer un motif pour me congédier -lorsqu'il sera lassé de mon impeccable blondeur- en pensant gagner sur tous les terrains. Jusqu'à présent, mon CV en atteste, aucun n'y est parvenu. Si je ne parle pas et me tiens à ma place, je vois et entends bien plus que le commun... Et avec le politesse et la révérence qui me caractérisent face à mes patrons, sais en faire état lorsqu'on veut me nuire... Cela, ce n'est dans aucun des documents que je présente à l'embauche, et ne se dit pas au téléphone s'ils tentent d'en savoir plus en contactant l'un ou l'une de ceux que j'ai quitté, toujours d'un commun accord. Ils l'apprennent quand eux, ne respectent plus les règles, la réalité comme le rêve en est régie.

Je suis parti, loin, loin de la Norvège, de la Finlande et même de la Hongrie qui m'a vu grandir. J'ai juste changé de continent, mettant avec ELLE le plus de distance possible, en bon imbécile que je suis puisque ce n'est pas sa présence mais son absence qui me fait tant souffrir !


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C'est comme ça que je me trouve quitter une ville qui a l'air de ce qu'elle est, même si elle n'a rien d'Oslo, Helsinki ou Paris où je me suis bien plu... Le fait que je sache conduire -non seulement un véhicule à quatre roues : limousine, 4X4 ou camion, mais un avion de tourisme a remporté l'adhésion de mon nouvel employeur. C'est avec un guide local et ledit patron que je prends mon envol, direction nord-ouest, officiellement pour visiter ? Je n'ai pas eu besoin de longtemps pour comprendre que la présence de cet homme dans ce pays, et la région où il souhaite aller n'a rien à voir avec le tourisme, c'est un investisseur, et un investisseur du genre qui fait passer le rapport avant l'humanisme. Pour l'instant, il ne m'a rien demandé qui dérange mes principes, ce n'est pas le premier pourri que je véhicule, et sans doute pas le dernier... Et puis, surveiller, mesurer jusqu'où il est capable d'aller, ça m'évite d'évoquer trop souvent un passé récent. L'avion est un petit modèle courant, capable de transporter au plus cinq personnes, une espèce de modèle réduit d'aviation, léger et maniable.

Le trajet de la capitale à notre destination devrait pendre un peu moins de trois heures, le temps est correct pour le pays, Dieu sait qu'en bon nordique j'ai horreur de ce type de climat, pourtant, la saison est loin d'être la pire, il aurait pu décider d'y aller en pleine saison des pluies. A l'arrière, il lit des tas de trucs, son ordinateur portable est rangé, il y a de fortes chances que malgré la balise et l'antenne emportées il ne puisse pas s'en servir, les limites de la civilisation, alors il traîne du papier, comme au siècle dernier...

Moi, je vole, si je n'ai pas mis en pilote automatique c'est que je veux éloigner au maximum mes pensées... Le rêve frappe à mon âme, les nuages deviennent fées, le soleil a de longs cheveux roux... Je m'oblige à regarder le ciel, les instruments de commande, je conduis, et je conduis en plus bien loin du plancher des vaches même si ce type d'appareil, et la région traversée ne nécessitent pas une altitude élevée...

C'est le guide qui a pourtant sur les oreilles les écouteurs de son mp4 qui me tape sur l'épaule, en bas, il y a de drôles de choses ? La zone ressemble franchement à l'un de ces chantiers d'abattage clandestin, destiné à fournir le monde en essences rares dont la coupe serait paraît-il réglementée. Ce qui a alerté notre local, c'est une sorte de tube de plus d'un mètre de long sur l'épaule d'un mec ?J'ouvre des yeux ahuris ? Ils ne vont quand même pas abattre un avion de tourisme qui les survole à coup de bazooka !? J'essaie de prendre de l'altitude rapidement, mais le petit zinc hors d'âge, même bien entretenu renâcle comme un vieux cheval que tu voudrais soudainement mettre au galop après un trot déjà long qui lui a demandé des efforts... Je vois à ma stupéfaction une ligne de fumée nous fondre dessus ? Mais qu'est-ce que c'est que ces tarés ?! Le choc est perceptible, je prends du gîte, une fumée sombre qui sort de je ne sais où n'augure rien de bon... Notre passager commence à paniquer, hurlant qu'il faut sauter ? Sauter où ? Dans les pattes des fous qui nous canardent ? J'essaie de garder le contrôle, m'éloignant le plus possible, en dessous, à part la trouée de leur chantier, c'est des arbres, de l'eau parfois visible à travers l'uniformité verte que je hais déjà ! Les instruments du cockpit se mettent à déconner, le moteur crachote comme à l'agonie, mon voisin a sorti de sous sa chemise une croix et des trucs qui seraient bien des gris-gris vaudous ? Il s'y accroche et marmonne une prière, mon boss continue à hurler en exigeant que je lui sorte les parachutes ? Je vais lâcher le guidon pour ça ok !

Le petit cessna âgé touche le sol ou plutôt la cime des arbres, j'attrape le guide et le propulse hors de l'avion, la fumée n'a fait qu'augmenter, mieux vaut pour lui s'accrocher aux branches que rester coincé dedans, derrière, mon patron est en pleine crise d'hystérie, m'interdisant de le toucher, de lui donner des ordres, un bruit sec et bref me parvient aux oreilles malgré ses hurlements, je lui crie de sauter et me projette à mon tour dans les arbres, ça va exploser le réservoir est touché et le moteur surchauffe !

Je me retrouve propulsé, totalement sonné, ma première pensée est pour mes compagnons, enfin... non, ma première pensée soyons honnête, c'est que je suis en vie, même si ma jambe me fait un mal de chien et qu'elle bouge difficilement, et la seconde, presque immédiatement, en fait quasiment simultanée, c'est qu' ELLE là-bas je l'ai quittée... A quoi me servira d'avoir été raisonnable si je ne la vois plus ? Si je dois crever dans cette foutue forêt ? J'ai le cœur qui chavire, mais m'oblige à chercher les deux autres, je hurle « Béni !? Ben ? » parce que oui, le mec qui devait nous guider s'appelle Béni ? J'ignore s'il en veut à ses parents, il n'est pas le seul, on a croisé des « Trésor » qui s'appelaient vraiment ainsi pas un surnom amoureux ou affectif, des « Lundi »... Bref, les usages en matière de prénoms donnés aux enfants ne sont pas à l'ordre du jour, je veux savoir si ce pauvre type a survécu ! Et je cherche l'avion, il a pris feu, on devrait voir un début d'incendie ? Un truc de plus à gérer si le feu prend ? Mais l'humidité ambiante va peut-être l'empêcher de se propager ?

Un râle me signale le guide, l'avion, nous le trouvons ensemble, la déflagration l'a envoyé dans la rivière, il n'en subsiste qu'une aile qui sort ridiculement d'un flot boueux, Ben a l'air totalement sonné, si lui peut marcher, les jambes intactes, sa tête est salement touchée et il m'a dit voir flou. En bon européen je jette un coup d'oeil plus que méfiant à l'eau, qu'est-ce qu'il y a là-dedans à part une carcasse d'avion et probablement un employeur noyé ? Des piranhas ? Non, pas le bon continent ? Des crocodiles ? Des poissons carnivores ? Des serpents aquatiques prêts à te dévorer ?

Dans ma vie, une seule personne m'a vu évoluer dans un environnement diamétralement opposé à mon confort européen, elle était Colombienne et a tellement ri de mes réactions qu'elle a failli s'en étouffer ! Je l'avoue, l'exotisme me scie, m'épouvante... J'étais déjà mal à l'aise en ville, mais me retrouver au milieu de nulle part, blessé, le téléphone fracassé -en admettant qu'il ait pu trouver un semblant de réseau-, pas la moindre idée de l'endroit où nous sommes, avec des fous furieux de trafiquants qui canardent les avions, et mon patron probablement mort ? A moins qu'il n'ait lui aussi réussi à sauter ? Comprenant le danger ? Je me dois de vérifier ! En me mettant à l'eau, j'ai des images cauchemardesques qui m'apparaissent, je n'ai pas pris le temps de vérifier si l'animal montré en photo à l'hôtel existe ou n'était que leurre attrape-touriste crédule, je me vois avalé par un poisson géant, un crocodile, ou n'importe quoi...

Je n'ai pas loin à aller, le pied encore retenu par la carcasse, mon ex-patron ne me paiera plus jamais... Dois-je le laisser là où il est ou tenter de l'extraire pour lui donner une sépulture plus décente ? Ni Ben ni moi n'avons d'outils, et il n'est pas dit qu'il serait moins à l'abri des prédateurs et nécrophages à terre... J'essaie de trouver une prière, mais j'ai peur de n'être qu'un athée sans foi... Peut-être mon compagnon saura-t-il lui, adresser cette âme à Dieu, et intercéder pour que pardon soit donné car à ce que j'ai entendre c'était une belle enflure.

Revenu à terre, je me laisse sombrer, nous sommes deux hommes, aussi différents qu'il est possible physiquement, aussi amochés l'un que l'autre, il fait un signe de croix que je n'imite pas... Moi, la fatigue, la peur, et la douleur ont raison de moi...

Au milieu du cauchemar, je rêve... Certains diraient que je délire, mais non, je survis !

Je suis sous un chapiteau, une aurore boréale illumine le ciel de couleurs qu'ici ils n'ont jamais vues... Une princesse rousse danse sur la piste, au son d'une musique éthérée et prenante, elle me susurre « Viens » et je me transforme, aigle, je traverse les airs pour me poser sur son bras, prenant bien soin de ne pas la blesser de mes serres... Je picote sa joue de mon bec, avant d'homme redevenir et de l'entraîner dans une valse magique, entre ciel et terre, les pieds dans le vide féérique ! « Viens » dit-elle, et je ne dis pas « je ne peux pas » mais « oui ! », je saute dans le rêve et en perd mon aspect, il n'y a plus de Ob, plus d'Oskar, juste un elfe, une fée, un sujet d'un royaume autre, une vision d'ailleurs, plus rien de ce monde... La parenthèse s'est bien fermée, mais au lieu de tuer le rêve, elle a tué la réalité ! Éternellement Elizabeth, éternellement ! Pour toujours je suis à toi ! Aime moi !


Hurricane Bassin11

Hum...:


@dreamcatcher


Prendre son envol

et tout oublier
Dreamcatcher
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Dim 16 Oct - 19:33
Hurricane 5f27b210
Elizabeth Van Sechtelen
J'ai 28 ans et je vis à Helsinki, en Finlande. Dans la vie, je suis comédienne de théâtre et je m'en sors avec un sentiment d'exil. Et puis...Il y a LUI qui m'empêche de me suffire. Je le vis douloureusement.


Hurricane 0ce1e010

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Hurricane M0bk


Le Temps, celui qui ondoie, qui câline les blessures et les duretés de l'existence, qui s'amasse lentement mais sûrement, baume solide des sanguinolences muettes. Quand les plaies finissent par se tarir, mais seulement à ce moment-là, on soupire, on recommence légèrement à sourire. Les guerres ou les morts s'enterrent enfin, laissant un filet de lumière transpercer les ténèbres. Ce Temps-là est bon.

Mais il y a l'autre.

Celui qui s'effrange en gouttelettes de pierre, qui érode chaque respiration. Enclavé, le cœur  se traîne, s'empoussière de chagrin. Et l'âme se rouille au fer du manque, écharpée par l'absence. La mémoire devient cénotaphe, tordue vers le Passé. Ne pas se souvenir. Oublier l'inoubliable.

Elizabeth ou la terreur d'un espace déchiré. « Ob ! Ne te fuis pas, ne nous fuis pas... ».

L'Amour, égrené par l'éternité, sanglotait sans fin.

Time

***

-Attendez, je me renseigne.

La secrétaire dédiée à l'accueil disparut dans le couloir. Et s'il déboulait tout à coup ? Oh Seigneur!... L'autre revint, une feuille à la main.

-Cela fait plusieurs mois que Monsieur Jensen n'est pas engagé chez nous. Certains chauffeurs ont des contrats avec des clients pour de longues périodes et ne viennent à l'agence que par intermittence. Je ne peux rien vous dire de plus.

-J'ai besoin de le contacter. Vous pouvez me donner son téléphone ?

-Nous ne fonctionnons pas ainsi.

Le regard ironique, l'expression de son visage devint désagréable. Déçue, Eli n'y prêta guère attention et quitta le hall en se sauvant. Il n'y avait donc aucun moyen de le joindre d'une manière ou d'une autre !
Tout ce Temps perdu à l'attendre, à l'espérer pour rien, pour du vide ! Tout cet espoir fracassé !

Where's My Love

Je n'ai que la nuit à caresser
Le noir à aimer
Où es tu !
L'Absence gargouille
J'ai froid
Je m'appuie doucement contre l'étoile
L'étoile de toi, l'étoile de nous
Où es tu !
L'ennemi murmure si fort
Ton souffle me laisse seule
Ta voix me laisse seule
Ton échappée me laisse seule
Je pose ma main sur le visage
souffrant de l'aube,
enlève un peu de larmes sur mes joues.


***

« Je ne peux pas ». Les mots ruaient, lui meurtrissaient les artères, martelaient ses os. Lorsqu'elle rentrait chez elle, Eli se heurtait désormais trop souvent à ses « crises », se hurlait contre les murs, éclaboussait le sol de larmes lourdes.  

L'histoire ne pouvait pas se répéter ! Pas lui ! Ob n'était pas comme les autres, elle en avait eu la prescience dès le début, dès le premier regard posé sur lui. Tous les pores de son être suintaient alors ce « quelque chose » d'ineffable qu'elle avait profondément perçu.

Roméo avait disparu et Juliette en crevait.

Au fil des répétitions, Eino le metteur en scène finit par s'apercevoir que la comédienne ne tournait pas rond.  Un soir, il lui imposa une entrevue au café du coin qu'elle accepta du bout des lèvres.

-Raconte ce qui cloche.

Sans se presser pour lui répondre, elle but une gorgée de café.

-Les crises, tu sais bien. Elles sont revenues plus fortes, plus souvent. Je dors mal et peu, suis crevée c'est tout.

-Ah ouais ? Tu me prends pour un con ?

« J'aimerais bien » s'entendit-elle penser, agacée par sa perspicacité.

-Ne juge pas s'il te plaît, tu ne sais pas ce que c'est alors tais toi. Si je te disais que je devrais m'arrêter de jouer pendant assez longtemps pour retomber sur mes pattes, tu aurais peut-être un peu plus de patience et de bienveillance. Je sais que ce n'est pas la forme en ce moment mais ça va passer. Je ne maîtrise pas toujours, ok ? Je suis désolée que tu aies perçu ça mais à part toi, les autres n'ont rien vu parce que je reste pro sur scène et ça doit rester privé donc tout va bien.

Un joli sourire sincère pour noyer le poisson.

-Je relâche un peu en répète j'avoue, mais mieux vaut merder là que les soirs de représentations et jusqu'à présent, tout s'est bien passé, non ? Alors c'est bon, il n'y a rien à dire de plus. Je bosse comme il faut et je m'occupe de mes fesses comme je dois le faire, fais moi confiance.

Menteuse. Tu es submergée, anéantie par l'ultime vol de l'aigle.

***

La musique forte emplissait la voiture. Le coffre blindé de courses, la rouquine rentrait chez elle. Depuis le Temps, il arrivait parfois que son esprit savoure une pause de lui.

Et puis...il y eut un flash spécial, pile au moment où elle s'engageait sur un rond-point. Elle ne fit pas un geste pour changer de station, écoutant d'une oreille distraite. Mais brusquement, oh si violemment ! : « …où l'avion de l'investisseur Alexandre Cronmat piloté par son chauffeur Oskar Jensen, est tombé. D'après les premières infos que nous avons, l'appareil a chuté en pleine forêt entre Kinshasa et Goma. Nous n'avons pour le moment aucune nouvelle des trois passagers à bord, dont un guide local, Béni Makosso. Ce terrible accident... »

Au nom d'Oskar, Eli se sentit défaillir. Son cœur ralentit, elle n'entendit plus rien, regarda la route machinalement.

-Ob !...Murmura t-elle sans relâche.

Des pensées s'enchevêtrèrent partout, le corps tremblant, elle  roula ainsi plusieurs kilomètres au hasard, finit par se garer quelque part, coupa le contact.

Était il...mort ? L'avenir sur cette terre serait sans lui...Paupières closes, les joues trempées, elle sut qu'elle ne pourrait y survivre.

-Mon amour...Un autre chuchotement.

Effondrée, elle se mit à prier à mi-voix. Implora son Dieu comme jamais elle ne l'avait fait. Les mots coulaient au rythme du flot de ses larmes, s'entrecoupaient dans les sanglots, gémissaient entre les suppliques. Combien de Temps resta t-elle ainsi ? Un long Temps, un Temps d'offertoire, un Temps d'espoir.

À la fin naquit la révolte, enfin.

-Pourquoi es tu parti sans rien me dire ? POURQUOI? Me crucifier ici sans toi...!

Le chauffeur de maître s'était évaporé dans un pays lointain. Pendant ce Temps, elle était restée clouée aux bouffissures d'un désert innommable.

Le désarroi de ne pas savoir s'il était encore en vie devint une détresse, le manque de lui une obsession, cette solitude là un calvaire. L'amour muta en soif inextinguible, douloureuse.

Elizabeth, hantée par des cauchemars, ne rêvait plus.

***

-Je dois partir.

Le boss la transperça du regard, mauvais, en colère.

-Tu as signé pour la tournée ! Tu sais ce qui t'attends si tu fais ça Eli ! Tu vas tout perdre ! Reste, je t'en prie, on a besoin de toi !

Mais il savait déjà que c'était peine perdue.

-Je ne peux pas...

The way

"J'ai trouvé, mon amour, le nom le plus secret et le plus clair pour dire ce que serait ta vie dedans ma vie : l'air. Tu es l'air qui ne me ferait jamais défaut, cet air si nécessaire à la pensée et au rire, cet air qui rafraîchirait mon cœur et ferait de ma solitude une place battue par tous les vents".

C.Bobin

Hurricane Deposi11
Oskar
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Oskar
Mar 1 Nov - 16:10

Oskar Benedikt Jensen, dit "Ob"
J'ai 32 ans et je vis à Helsinki, Finlande. Dans la vie, je suis chauffeur de maître et je m'en sors bien. Sinon, je suis célibataire et je le vis bien.

Accessoirement, j'ai la faculté de me transformer en ... aigle royal. Mais ne le dites pas, c'est un secret !

O. B. Jensen a écrit:
Le destin dit-on, donne à chaque homme, chaque femme, un être "lié" qui viendra le compléter. Chacun porte une phrase, une marque, qui lorsque cette moitié qui lui est réservée sera croisée, changera de peau pour aller sur la sienne, celle que portait l'âme-soeur venant orner la vôtre.
Depuis la fin des temps, les textes et les légendes rapportent que jamais cette phrase ne disparaît... Parfois, elle change, parfois immuable, elle avoue votre échec à trouver votre double. Si l'on tente de la supprimer, elle renaît, sur une autre partie du corps...
Elle ne s'efface, que lorsque le lien est rompu, lorsque amputé de votre moitié, vous errez entre l'être et le non-être, à jamais solitaire.
Je viens de perdre la mienne, ce qui signifie que Maïween, mon faucon blanc, a disparu. Pourtant, je ne me sens ni déchiré, ni en deuil, j'ai accueilli cette découverte comme l'aveu d'une erreur de la destinée, sinon, pourquoi elle et moi ne serions-nous jamais parvenus à nous rejoindre, remettant au lendemain, sans cesse, nos projets ?
Je suis un homme d'honneur et de devoir, alors j'ai téléphoné, cherché, me suis adressé à tous ceux qui connaissaient mon âme soeur... Elle a non seulement disparu de mon bras, le libérant de toute inscription, mais également de toutes les mémoires ?
Une ébauche de rêve, retournée à la nuit dont elle était sortie ? Etais-je le rêve de l'ombre qu'elle est redevenue ?

Le rêve, encore lui, s'est imposé à moi, brûlé par le feu d'une chevelure et l'incandescence d'une personnalité hors du commun... Le hasard est parfois cruel, à mettre en présence des êtres improbables et fragiles... Elizabeth, croisée déjà trois fois, à chaque fois, sa présence ruine tous les projets de raison et de sagesse que je peux me faire...
Je succombe, je me noie, entraîné par les sirènes d'un espoir insensé ! Je t'aime ! Je t'aime ! Dans ce royaume inaccessible et magique, magnifique et irréel, le rêve, je partage avec toi une intimité que le réel nous interdit !




Hurricane

 « Le remords est la seule douleur de l'âme
que le temps n'adoucit pas. »

Avant ce chapitre...:

Hurricane XB-JZF

Flash d'information spécial


La bourse connaît de graves turbulences après la nouvelle du crash du sesna du célèbre financier Alexandre Cronmat ! Le milliardaire -très controversé- avait en effet des participations dans de nombreuses entreprises dont les actions ont drastiquement chuté. « Monsieur Alexandre », investisseur téméraire, était connu et suivi de près par les instances de surveillance de la finance internationale. Ses projets en Afrique tout particulièrement étaient jugés particulièrement audacieux, et suspectés de n'être que des écrans destinés à dissimuler des activités nettement moins légales.
Le mystère s'épaissit d'ailleurs au sujet de son accident d'avion. Le plan de vol prévoyait un voyage de Kinshasa à Goma, alors que l'appareil a rapidement détourné sa route en direction du nord semblant se diriger vers Bangui. Nous ignorons à cette heure si ce changement de destination était du fait du milliardaire, ou s'il est dû à l'intervention d'un tiers. Ni le guide engagé, ni le pilote -chauffeur de Monsieur Alexandre- ne semblent avoir eu d'antécédents suspects.
La carcasse de l'appareil a été repêchée dans un bras de la rivière Ubangi dans une zone où la forêt est omniprésente. Un seul corps a été retrouvé, celui du financier semble-t-il, ainsi que des bagages légers. D'après le contenu des valises et sacs, aucun des trois hommes ne paraient avoir prévu une longue absence, les dossiers emportés par Monsieur Alexandre n'ont pu être identifiés, détruits par l'eau et la faune.
Les corps de Monsieur Jensen, le pilote, et de Ben Makosso le guide n'ont pas été retrouvés à cette heure.
L'état de l'avion n'a pas permis pour l'instant de définir les causes de l'accident, mais notre journaliste sur place aurait entendu des rumeurs laissant à penser que ce n'est pas dû à une défaillance mécanique...
Nous vous tiendrons au courant dès que possible.
Monsieur Alexandre était une figure peu banale et très présente de la Gentry aussi bien dans son paye d'origine, la Belgique, que dans le monde entier. Bien qu'ouvertement traité d'escroc par beaucoup, il n'en était pas moins une personnalité connue et appréciée du public...




Je me suis réveillé, nauséeux, endolori de partout, abruti par ce sommeil dans un environnement inconnu et hostile. Il m'a fallu un moment certain avant de me souvenir... L'avion s'est crashé, il est tombé parce qu'on nous a délibérément visé avec un bazooka ! Ça n'avait rien d'une panne ou d'une défaillance, je n'étais pas en cause non plus ! Je revois la silhouette ridicule de mon boss, accroché par le pied  à la carlingue, une chaussette noire à petit dessin rose... Monsieur Alexandre aimait la panthère rose ! Comme quoi, je ferai gaffe à mes chaussettes la prochaine fois que je prends un avion ! Je revois Béni aussi, errant comme un zombie en râlant, et aussitôt ça me réveille ! Où est le guide ?

Je me lève d'un bond, comme si rien ne s'était passé, chez moi c'est une habitude que je regrette aussitôt. Ma jambe me fait un mal de chien, elle s'est raidie pendant la … nuit ? Je prends conscience que la noirceur du sous-bois n'est pas due au nombre d'arbres qui cachent le soleil. Nous nous sommes posés n'importe où, en pleine nuit, dans une forêt tropicale !

Je m'en veux, non pas d'avoir dormi, je ne tenais plus, mais de ne m'être pas documenté plus que ça sur le pays, la nature, la faune. Je suis norvégien, autant dire qu'ici, pour moi, c'est la lune ou mars, au choix. Il y a des arbres immenses, des filets d'eau, des espèces de mares stagnantes, des bruits bizarres dans les alentours. Il y a aussi des types qu sont en train de piller en toute illégalité la beauté du lieu, et qui n'hésitent pas à descendre les avions qui les survolent ? Autant dire qu'ils doivent éliminer les piétons aussi.

Je cherche autour de moi, Ben était blessé, à la tête lui, il disait ne pas voir clair, ou très peu,avoir une vision floue et des écrans noirs ? Où est-il ? Nous étions ensemble quand je me suis effondré, incapable de marcher plus. Nous avions décidé de retrouver la rivière et de la suivre, autant que faire ce peu, nous voulions rejoindre un village ou une ville, si la forêt ressemble à un désert hostile, peuplé en fait de fort peu d'hommes mis à part les brigands qui nous ont abattu, mais d'animaux à n'en pas douter tous plus redoutables les uns que les autres, je cesse de céder à la panique quand je me souviens que nous devions survoler plusieurs villes... La rivière ! Il nous faut trouver la rivière... Le seul problème est de reconnaître la bonne, elle a un paquet d'affluents, de tailles diverses. Si nous suivons l'un d'eux, ou pire, à chaque bifurcation nous trompons, nous aurons vite fait de perdre le nord, au sens propre du terme. Mais peut-être le guide est-il plus futé que moi ? À condition qu'il voit clair ! Je me tiens à un arbre que je regarde avec suspicion, pas d'insectes voraces ? De serpents qui tombent des branches ? De substances empoisonnées suintant de l'écorce ou des feuilles, de grosses bestioles te sautant dessus en te prenant pour un casse-croûte ? Oui, je suis ridicule ! D'autant plus ridicule que … le monde animal et moi... mais c'est viscéral. Ce type de « nature brute » me fout la colique ! Je me tiens donc à cet arbre qui semble inoffensif, pour soulager ma jambe, et appelle, d'abord à voix relativement basse puis carrément en hurlant :

« Ben ? Béni ? Béni ? Makosso ! Où es-tu ?! Tu m'entends ? Ben ! »

Mes cris ont dû réveiller quelques bestioles ? Des singes ? Je ne sais pas ! Mais de voix humaine aucune... ou il s'est barré, sûr de retrouver son chemin, ou il est tombé dans un traquenard, ou il s'est perdu, aveugle, ou il a perdu connaissance et ne m'entend pas ? En tout cas de Béni point il n'y a. Et j'avoue, ma solitude ne me ravit pas le moins du monde ? D'abord, je m'inquiète pour lui, oui -d'abord !- ensuite, il était probablement notre chance de salut, après tout c'est son pays... L'environnement lui semble sans doute moins terrifiant qu'à moi ?

Je regarde autour de moi. Comment se met-on à l'abri dans une forêt de ce type, quand on sent déjà le cadavre à cause d'une blessure impossible à soigner, et qu'on ignore tout de tout ?

Enfin Oskar reprends-toi ! C'est la brousse certes, mais pas au sens que tu lui donnes ! Tu es dans un pays peuplé, il y a des humains, des villages, des pêcheurs sans doute et peut-être des chasseurs ! Cesse de réagir en Robinson Crusoé perdu sur une île pleine de cannibales !

Oui, je sais. Je sais tout ça ! Toutefois est-ce la fièvre ou simplement cette peur native que j'ai de la nature trop luxuriante -tropicale ou équatoriale surtout, mais la luxuriance existe-elle ailleurs ?- mais si je pouvais courir je pense que je prendrais mes jambes à mon cou, dans une fuite débile et incontrôlée. Là, j'en suis réduit à imaginer ce pauvre Ben disséqué par un animal dangereux, ou capturé par de sauvages trafiquants.

J'essaie d'avancer, faisant appel à tout ce que je peux posséder de calme et de self-control, céder à la panique ne me servira à rien... Et puis, un trou dans le sol me fait tordre la jambe, la douleur est telle que je me laisse tomber, sans plus m'occuper des fourmis carnivores ou autres vers nécrophages issus des bouquins que je dévorais enfant. J'ai mal, à en perdre le souffle … Je me sens sombrer... Il fait nuit, je suis au milieu de nulle part, seul...

Dans mon sommeil agité, un aigle vole... la serre de sa patte gauche est comme engourdie, il peine à s'en servir... Mais il vole... Et étrangement, il survole une forêt septentrionale sur fond de neige, une forêt d'automne, où les conifères voisinent avec des feuillus aux feuilles orange vif... Et ces feuilles rousses murmurent, chantent, parlent « Ob ! Ob ! Ne t'en vas pas ! Reste avec moi ! Pourquoi m'as-tu laissée... pourquoi ? »

Du haut des cieux, je scrute le sol, pourquoi fait-il si chaud ? Est-ce que mon corps malade a pris pour des feuilles d'automne les flammes d'un incendie ? Je sombre à nouveau

Et je ne sais que répondre Elizabeth Ma Mie... Tu vois, je suis puni, loin de toi, je ne suis rien !


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Sam 5 Nov - 6:29
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Elizabeth Van Sechtelen
J'ai 28 ans et je vis à Helsinki, en Finlande. Dans la vie, je suis comédienne de théâtre et je m'en sors avec un sentiment d'exil. Et puis...Il y a LUI qui m'empêche de me suffire. Je le vis douloureusement.


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Without You

Je ne veux pas...:

Son pèlerinage sur cette Terre ne sera pas sans savoir si Oskar Jensen était mort ou vif, sans savoir authentiquement si Ob le Rêveur, Ob l'Aigle s'était foutu de sa gueule ? Car depuis sa « disparition », Elizabeth s'enfonçait dans des phases de doutes, ruminait, se torturait à sonder un néant sans réponse. Et si c'était simplement d'avoir été elle-même ? Avait-il perçu à quel point elle pouvait être excessive, trop sensible, sombrer dans un onirisme pathologique ? Ils avaient joué mais elle...Elle avait choisi d'y croire absolument, - oui ! Les fées existent ! - se laissant emporter dans les abysses des songes, s'en repaissant, s'abreuvant à leurs couleurs d'arc en ciel. La fille aux mille palpitants se noyait dans leurs macrocosmes, respirant l'infini des étoiles et des astres chantants. Avait-il deviné sa schizophrénie d'actrice ? Cette aura intérieure qu'elle éveillait à chaque fois qu'elle incarnait un rôle ? « Je ne mute pas en animal comme toi mais je m'envole autrement, déployant des ailes invisibles mais bien réelles ». Le théâtre se résumait à des shoots vibratoires, à des addictions de cosmos invisibles, à planer immobile au travers d'extras-ordinaires. « C'en est effrayant n'est-ce pas Ob ? Tu as eu peur d'une telle humanité inhumaine ! Peur à t'enfuir -oh si loin !- d'un amour trop puissant, ciselé par l'éternité, sculpté pour un absolu, scellé dans l'insondable !  Je n'aurais pas du te rencontrer dans cette vie, je n'avais pas prévu cet accident fatal !  »

Le sentiment d'exil s'effaçait puis revenait, disloqué, torturé. Pas maintenant, pas dans cette vie !...L'équilibre se bouleversait, muet, pétrifié.

Mais la petite voix résonnait, insidieuse : « … il n'est pas comme les autres...Pas comme les autres... ». La folle échappée la faisait courir dans le noir si noir, elle courait, courait de toutes ses forces ! Que Ça ne la rattrape pas !...Ne la rattrape pas... ! Et puis elle se cognait soudain : les cieux, retournés, riaient à l'envers ! Il fallait repartir dans l'autre sens ! Le rattraper ! OB ! Ne te pers pas ! Reviens !

Énième cauchemar où les draps trempés frissonnaient de terreur. Détestables insomnies tétanisées par l'angoisse de ne pas savoir. Franchir l'espace du vide qu'il avait imposé, qu'elle subissait n'avait de sens que si elle allait jusqu'au bout du voyage. Jusqu'au bout !

***

Elle s'était juré de ne jamais utiliser sa notoriété pour quoi que ce soit de personnel. Encore un sujet lié à Ob qui pulvérisait une de ses valeurs ! Non seulement elle brisait un contrat en plein milieu d'une saison mais se permettait de surcroît de contacter le milieu des médias à des fins privées !  Elle s'en moquait royalement, obéissant à un instinct féroce, à une force digne d'une moissonneuse batteuse.

Quelques coups de fil suffirent pour qu'une bonne âme la mette rapidement en relation avec un correspondant sur place. Mukeba wa Mukeba Martial Papy, ou simplement Martial Papy, un journaliste qui travaillait pour Radio Okapi à Kinshasa. Les ondes FM 103.5 n'eurent bientôt plus aucun secret pour Eli qui suivait scrupuleusement toutes les informations diffusées sur l'accident d'avion. Le dernier en date précisa que le plan de vol n'avait pas été respecté. Vers Banghi... ? Mais dans quoi tu t'es fourré Ob ?! Évidemment qu'il n'avait pas d'antécédents ! ...Rivière Ubangi...forêt  omniprésente. Un seul corps retrouvé...pas dû à une défaillance mécanique...Un escroc ?! Que s'était-il passé là-haut ?! « Tu es vivant Ob ! Tu es VIVANT ! »

Le vol le plus rapide affichait 12H45 de trajet, une escale de presque deux heures à Paris. 7200 secondes perdues à fumer d'impatience !

***

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Le rendez-vous était programmé le lendemain de son arrivée au Majestic River, un bateau de croisière où l'on pouvait prendre un verre face au fleuve Congo et jeter un œil à Brazzaville qui se profilait au loin. L'humidité ambiante pesait sur son corps de nordique et avec ses cheveux roux et sa peau de lait, Eli s'affichait sans le vouloir en touriste à plein nez ! Enfin, ce n'était pas bien grave tant qu'elle ne chopperait pas de coups de soleil, le reste...Bah le reste elle verrait bien !

Près du bord, assis à une table, un homme lui fit signe de la main alors qu'elle arrivait à l'entrée du pont. Une fois rejoints, ils se saluèrent et la conversation devint bientôt sérieuse. Il fallait au moins deux guides pour se rendre sur le lieu du crash, l'un servirait d'interprète en anglais avec un minimum de connaissances de l'environnement et l'autre se devait d'être un expert afin de l'accompagner au mieux avec un maximum de sécurité. L'idéal aurait été avec un troisième guide mais cela serait beaucoup plus cher...

-L'argent n'est pas un problème, je paierai ce qui est nécessaire tant que je suis assurée de le retrouver.

-Je ne veux pas vous donner de faux espoirs, ici ça peut être...aléatoire et dangereux. Je ne vous cache pas qu'il peut avoir été enlevé pour une rançon, la rive gauche se situant très près de milices armées ou de groupuscules qui pillent, volent...Il peut être blessé ou même...pardon mais s'il est mort vous n'aurez que peu de chance de retrouver...mmh...
toussota t-il,  son corps.
Mutique, Eli ne cilla pas. De sa sacoche, il sortit et déplia une carte, pointant son index :

-Impfondo, c'est une ville au nord de Kinshasa, il y a un petit aéroport. Ça, c'est la partie facile. Un 4X4 vous amènera ensuite sur un petit bateau de pêche. Il y a environ deux trois kilomètres de navigation sur la rivière et enfin, la partie dure pour vous : marcher en pleine forêt tropicale. Et par pitié, n'ayez pas cet orgueil mal placé de touristes qui s'imaginent que c'est une partie de plaisir. Aucun indigène ne sous estime ce milieu. Calfeutrez vos jambes, porter de bonnes chaussures, couvrez vos bras. La faune et la flore ne sont pas anodines croyez moi. La moindre égratignure peut virer à la gangrène, l'humidité pourrira vos pieds, les pluies torrentielles quoique brèves peuvent vous rendre malade, la fièvre est parfois tueuse...

Il sourit :

-Je n'exagère pas, je cite simplement les cas extrêmes qui peuvent se produire. Tout ira bien. Je vous ai écrit une liste de médicaments et deux ou trois choses indispensables que vous devrez emporter. Je ne cherche pas à vous décourager, je vous informe, c'est tout. Vous en faites de ce que vous voulez. Ah oui ! Vous ne savez pas combien de temps cette...épopée va durer, ce sera sans votre téléphone, il n'y a pas de réseau en forêt, vous serez seule avec deux ou trois types au milieu de nulle part. Je ne vous confie pas à n'importe qui, ils sont de confiance mais si un très grave problème se produisait...Un animal sauvage qui bouffe une jambe ou une tique qui assassine, ils sauveront leur peau avant la vôtre.

-Eh bien, ça a le mérite d'être clair.

-Là, je force un peu, ajouta-t-il, mi figue mi raisin. Mais sérieusement, soyez prudente, ne jouez pas à la Indiana Jones et suivez leurs conseils, même si certaines choses vous paraîtront idiotes ou inutiles. Ça vous évitera des dégâts que vous regretterez. Vous savez...

Il la regarda avec un peu plus de...douceur ?

-...Ce que vous allez faire n'a rien à voir avec les visites conventionnelles des parcs ou de ces sentiers bordés, usés par les passages incessants d'étrangers en mal d'exotisme. Je dois vous paraître sévère ou pessimiste mais je ne suis que réaliste. La forêt tropicale ne s'apprivoise pas, c'est l'homme qui doit se plier à ses règles ni plus ni moins et parfois elle les dévore sans retour.

La rouquine acquiesçait et bien qu'attentive à ses paroles, dépensait une énergie notoire à masquer l'anxiété qui l'étreignait. Enfin, après toutes ces précisions, ils bavardèrent plus légèrement sur leur métier respectif. Helsinki se réduisait soudain à un vague souvenir ...

Elle rentra à l'hôtel vidée. Dans quel état se trouvait Ob ? « Était-il seul ? Trempé par les averses ? Malade ? Avait-il froid ? Faim ? Était-il blessé ? Menacé ? Violenté ? Ou pire...Torturé ? Des images sanglantes lui martelèrent le cerveau, elle se réveilla en pleine nuit, le cœur à la gorge. Ob !... Ob !...

Demain serait un autre jour. Demain...Les hommes qui devaient l'accompagner n'étaient pas disponibles avant dimanche. Trois jours à  se ronger les sangs...Trois jours...
Oskar
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Univers fétiche : Pas de préférence, avatars réels par contre
Préférence de jeu : Homme
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https://www.letempsdunrp.com/t4980-dis-moi-qui-tu-es-je-te-dirais-peut-etre-qui-je-suis https://www.letempsdunrp.com/t5135-carnet-de-reves#102392 https://www.letempsdunrp.com/t4979-que-suis-je-venu-faire-ici
Oskar
Dim 6 Nov - 10:35

Oskar Benedikt Jensen, dit "Ob"
J'ai 32 ans et je vis à Helsinki, Finlande. Dans la vie, je suis chauffeur de maître et je m'en sors bien. Sinon, je suis célibataire et je le vis bien.

Accessoirement, j'ai la faculté de me transformer en ... aigle royal. Mais ne le dites pas, c'est un secret !

O. B. Jensen a écrit:
Le destin dit-on, donne à chaque homme, chaque femme, un être "lié" qui viendra le compléter. Chacun porte une phrase, une marque, qui lorsque cette moitié qui lui est réservée sera croisée, changera de peau pour aller sur la sienne, celle que portait l'âme-soeur venant orner la vôtre.
Depuis la fin des temps, les textes et les légendes rapportent que jamais cette phrase ne disparaît... Parfois, elle change, parfois immuable, elle avoue votre échec à trouver votre double. Si l'on tente de la supprimer, elle renaît, sur une autre partie du corps...
Elle ne s'efface, que lorsque le lien est rompu, lorsque amputé de votre moitié, vous errez entre l'être et le non-être, à jamais solitaire.
Je viens de perdre la mienne, ce qui signifie que Maïween, mon faucon blanc, a disparu. Pourtant, je ne me sens ni déchiré, ni en deuil, j'ai accueilli cette découverte comme l'aveu d'une erreur de la destinée, sinon, pourquoi elle et moi ne serions-nous jamais parvenus à nous rejoindre, remettant au lendemain, sans cesse, nos projets ?
Je suis un homme d'honneur et de devoir, alors j'ai téléphoné, cherché, me suis adressé à tous ceux qui connaissaient mon âme soeur... Elle a non seulement disparu de mon bras, le libérant de toute inscription, mais également de toutes les mémoires ?
Une ébauche de rêve, retournée à la nuit dont elle était sortie ? Etais-je le rêve de l'ombre qu'elle est redevenue ?

Le rêve, encore lui, s'est imposé à moi, brûlé par le feu d'une chevelure et l'incandescence d'une personnalité hors du commun... Le hasard est parfois cruel, à mettre en présence des êtres improbables et fragiles... Elizabeth, croisée déjà trois fois, à chaque fois, sa présence ruine tous les projets de raison et de sagesse que je peux me faire...
Je succombe, je me noie, entraîné par les sirènes d'un espoir insensé ! Je t'aime ! Je t'aime ! Dans ce royaume inaccessible et magique, magnifique et irréel, le rêve, je partage avec toi une intimité que le réel nous interdit !




Hurricane

 « Le remords est la seule douleur de l'âme
que le temps n'adoucit pas. »

Avant ce chapitre...:

Hurricane Foret_13

Flash d'information spécial


Notre flash spécial concernant la disparition du regretté « Monsieur Alexandre », financier internationalement connu mais très controversé ! Nos correspondants auprès de la brigade financière d'Interpol prendront la suite, pour quelques informations -délivrées au compte-goutte par les autorités- sur la nature et la portée exactes des activités du milliardaire !

En République du Congo, les recherches ont été abandonnées ce matin nous ont appris nos informateurs sur place. Les restes de Ben Makosso qui accompagnait Alexandre Cronmat ont été identifiés grâce à sa médaille de naissance, reconnue par les siens. L'autre disparu, le pilote norvégien Oskar Jensen n'a pas été retrouvé, mais les traces de son sang autour de l'impact de l'avion ne laissent guère d'espoir de le ramener vivant. En l'absence de toute piste, l'équipe chargée des investigations est rentrée à Kinshasa, nous a-t-on dit pour analyser certaines données, il n'en reste pas moins que l'Européen, s'il n'est pas mort, est désormais livré à lui-même. Des secours seront parait-il de nouveau diligentés lorsque la cause de l'accident aura été confirmée.
Notre journaliste aurait entendu parler d'un tir à l'arme lourde, par probablement des trafiquants ou braconniers qui pullulent dans la région. Si Monsieur Jensen s'est trouvé face à ces hommes implacables, il est peu probable qu'ils lui aient laissé la vie sauve.  De source sûre, aucune demande de rançon n'a été transmise.

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J'ai continué à appeler Ben, jusqu'à en avoir la voix cassée... Au fond de moi, c'était plus pour entendre un être humain parler que parce que je pensais le trouver. Le guide n'était pas bavard mais savait se faire respecter, au besoin en se posant devant mon boss et en lui disant d'un ton ferme qu'ici, l'argent servait moins que l'expérience, surtout pour aller où il souhaitait aller ! C'était un type sympathique, qui blaguait à froid avec un humour certain, et avait sans aucun doute dix fois plus de valeur humaine que l'abruti qu'il accompagnait et que je véhiculais ! Il avait dans la tête bien plus que notre patron ne le supposait, mais cet impudent personnage rabaissait chacun à sa valeur marchande, je devais être sur une marche à peine au dessus de Béni, cours des changes obligent, sinon, l'un et l'autre étions des êtres achetables pour un salaire qui ne faisait pas même une encoche dans sa fortune !

Je sais parfaitement que -pragmatique et sérieux- s'il m'avait entendu, il aurait répondu, même groggy comme il l'était hier... ou avant-hier ? Je ne sais guère, la fièvre m'envahit petit à petit, lui aurait sans doute en bon broussard trouvé une herbe quelconque à piler ou mâchouiller pour la faire tomber, moi, je suis accroc à mon allopathie sous forme de comprimés... introuvables ici !

Je ne suis pas sûr d'avoir bougé beaucoup, à quoi bon ? Plus je me démène et plus ma jambe me fait souffrir, plus la blessure s'ouvre, sa couleur me déplaît fortement, et ce qui vole autour plus encore. L'avantage des pays froids comme le mien, c'est que l'hiver chasse la vermine ! Ici il semble lui redonner vie... Je me maudis, j'ai reproduit à dix ans d'intervalle l'erreur qui m'avait valu tant de frayeurs en Colombie ! Arriver en territoire sinon hostile du moins totalement étranger à ce que je pratique habituellement, confiant en la technologie et l'existence de villes. Ici, comme dans la plupart des pays du monde à l'exception de l'Europe qui m'a vu naître, s'écarter des grands centres signifie nature omniprésente et autrement impérieuse que chez nous. Au nord de la Norvège, là où mon père a décidé de se perdre pour sa retraite, un randonneur pris dans une tempête de neige peut décéder d'hypothermie, mais en général les Secours le retrouvent avant, immédiatement prévenus et en capacité de le localiser grâce en particulier à son téléphone qui fait « balise »... J'ai trop ancré -ou encré ? -en moi ces réflexes de nanti. Même si mon téléphone était en état de marche, la luxuriance de la forêt autour, et son immensité, rendraient inefficace tout système de guidage... Ou bien, me mettrait sur le dos les gars qui nous ont tiré dessus, eux équipés de relais satellites à n'en pas douter.

Bref, je mérite en partie mon sort, mourir en le sachant ne me tente pourtant pas ! Je me battrai, aussi longtemps que je le pourrais, au besoin en curant à coup de couteau de chasse les saloperies que je vois poindre dans la brèche dans ma chair, si je dois être dévoré par les vers, que ça soit mort et enterré ! Il est hors de question qu'une seule de ces bestioles s'abreuve de mon sang moi vivant !

Me reviennent des bribes d'articles pseudo-médicaux, glanés par ci par là, sur les bienfaits dans la cicatrisation de certaines de ces « vermines » que j'extermine au mieux ? Je suis peut-être en train de faire le contraire de ce qu'il faut ? Je n'en sais rien, je peine à réfléchir et à faire le point, Oskar le pratique, le fonctionnel est enveloppé de traînées de rêves et cauchemars qui sortent des limbes.

Dans les trouées parfois visibles entre les cimes, j'essaie de trouver le soleil, mais l'absence de repère temporel rend difficile l'orientation, c'est ici le contraire de mon grand nord, ce n'est pas la nuit qui t'envahit mais le jour, la lumière même sous la canopée est partout, elle joue avec mes yeux, crée des ombres, me fait voir des choses qui ne sont pas et que la fièvre amplifie... Je soupçonne parfois d'anciennes exploitations forestières en raison de la densité moindre des végétaux, mais légales ou illégales ? Ce sont des voleurs de bois qui nous ont mis à terre ! Je suis malade, malade de la douleur et de l'infection que je crains dans ma jambe, mais surtout de cette peur viscérale qui m'a toujours pris face à l'immensité de ce type de nature !

Ici, je ne suis pas chez moi, je n'appartiens en rien aux espèces endémiques, je n'ai pas de repères, jusqu'aux bruits qui me sont étrangers. J'oscille par moment entre suivre au mieux la rivière pour trouver des hommes, et m'en éloigner de crainte d'être abattu. La volatilisation de Ben, pourtant familier de cet environnement m'a atteint plus que je ne le voudrais... A terre, je ne verrai rien, de cela je suis sûr... et non seulement je reste aveugle, mais suis plus facilement repérable, si nos agresseurs se sont mis en tête de retrouver l'avion !

J'ai besoin, besoin de me souvenir... Là-bas, un mur de neige, des chevaux à l'écurie, encore chauds d'un galop intense ! Un soleil froid caché derrière la brume, et des flocons, des flocons qui empêchent la lumière de fuir... Un peu comme ici les feuilles et leurs murs d'arbres et de cours d'eau...

Ai-je chaud parce que la température s'élève, ou la fièvre me brûle-t-elle ? Je murmure, à genoux, insensible à ce qui m'entoure ! Je flotte dans un monde parallèle... Loin, loin de la moiteur, des bruits inconnus, de cette luminosité étrangère...

«Le secret du chapiteau perdu au milieu des neiges ne vous sera révélé qu'une fois le serment prêté ! Jurez après moi : Par le pouvoir du rêve et de l'imagination, je jure de n'être ni pragmatique, ni équilibrée, ni sérieuse ! J'accepte pour la durée de mon séjour, d'oublier toute l'éducation que j'ai pu recevoir, de laisser au bord de la route mes repères habituels... Et de me plonger avec sincérité et délectation dans l'onirisme le plus débridé ? »

- Je jure, yeux dans les yeux... Vous prenez des risques !

Un sourire doit se former sur mes traits fatigués... Sois là avec moi Reine des Elfes ! J'ai besoin de te sentir présente ! Je me suis trompé ! Fermer la parenthèse ne tue pas le rêve ! Ça ne fait que tuer la banalité ! Veux-tu te perdre avec moi ? Veux-tu ? Te souviens tu ce que je t'avais dit ? « Pour devenir Orlov, même quelques instants, il faut faire preuve de la plus grande déraison... »

Cette déraison va me sauver, j'en suis certain, il le faut, je n'ai pas tout dit ! Je me reporte, me transporte... De la neige ! Il me faut de la neige et des aurores boréales !

Dans mon délire, j'ai je pense un sourire, repensant à un jeu avec ma sœur et mon frère, cachés sous un grand drap, nous allions faucher des biscuits dans la cuisine en murmurant « Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises », j'avais quoi ? Une douzaine d'années ? Pourquoi cela me revient-il ici ? Maintenant ? Il y a longtemps qu'Oskar, chauffeur de maître ne détaille plus la nature de ses intentions ?

Peut-être parce que les miens me sont tout ? Et que j'espère bien serrer à nouveau ma mère, mon père, et tous ceux qui me tiennent à cœur contre ma poitrine, sans un mot, juste... en donnant tout cet amour que j'ai gaspillé ?

A nouveau elle revient... Je tends une longue plume... Qu'ai-je dit déjà à ce moment ?

Qu'ai-je dit !?

Mon Dieu, je ne sais plus !

Je suis en train de la perdre !


La douleur m'arrache un cri, mais je ne mourrai pas ici ! De cela, je fais le serment !

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Dim 20 Nov - 17:04
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Elizabeth Van Sechtelen
J'ai 28 ans et je vis à Helsinki, en Finlande. Dans la vie, je suis comédienne de théâtre et je m'en sors avec un sentiment d'exil. Et puis...Il y a LUI qui m'empêche de me suffire. Je le vis douloureusement.

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Congo from the sky

"La vie, c'est la coïncidence ou la chance ? Le hasard ou le destin ? Quelqu'un veille." Rafenberg


« ...les recherches ont été abandonnées ce matin ...L'autre disparu, le pilote norvégien Oskar Jensen n'a pas été retrouvé, mais les traces de son sang autour de l'impact de l'avion ne laissent guère d'espoir de le ramener vivant... livré à lui-même...Si Monsieur Jensen s'est trouvé face à ces hommes implacables, il est peu probable qu'ils lui aient laissé la vie sauve...  De source sûre, aucune demande de rançon n'a été transmise...»

Le flash infos de dix neuf heures. Elle se préparait pour aller dîner quand la voix masculine au fort accent résonna dans la chambre de l'hôtel. Interdite, elle resta assise sur le bord du lit, les deux mains bien à plat sur le matelas, figée, les yeux collés sur le sol blanc. Recherches abandonnées: logique implacable ! Hormis l'homme d'affaires qui générait du fric et des emplois, les autres, quel intérêt ?! Le gouvernement avait agi avec le minimum syndical, se mettait la presse dans la poche, et gouzi gouzi on passait à autre chose. Qu'en avait-il à faire d'un freluquet de blondinet ?

Du sang...en pleine jungle...soit. Mais le reste était inenvisageable. Ob se transformerait en oiseau, même blessé, n'est-ce pas ? Il lui était absolument impossible de l'imaginer prisonnier. Quelque chose en lui empêchait cette éventualité. C'était...indéfinissable, parfaitement irrationnel et tout à la fois profondément ancré en elle. Non ! Un Orlov ne se laisserait jamais attraper ainsi ! Sa manière d'être, son regard dégageaient une forme de puissance, d'esprit peu communs qui l'avaient touchée. Il n'était pas comme les autres et cette différence, dans cet accident d'avion, allait lui sauver la peau !  

Elle le revoyait, ouvrant la portière, la mine bien faite, grand, sapé dans des fringues de prix, juste ce qu'il fallait. L'impeccable au service de la neutralité, la politesse délicate en tour d'ivoire, l’œil vif mais discret, une très grande intelligence qui se taisait derrière des sourires de stratège. Il savait se rendre invisible face à ses clients, rien  ne dépassait de ses territoires réservés et il se ferait choper comme un rat au fond d'une cour ? Allons donc ! Il usera de toute sa hargne perspicace pour ne pas se faire prendre, se protégera à mort pour survivre ! Contre vents et marées, Elizabeth lui vouait une confiance aberrante, refusant farouchement qu'il fut enlevé comme un vulgaire tas de viande à négocier ou pire...assassiné ! Son cerveau s'arc-boutait sur la limite de l'insoutenable.
Les traces de sang pesaient lourd dans l'angoisse certes, mais qui étaient-ils ces gens, pour se permettre d'affirmer qu'il n'y avait plus d'espoir ?!

La nuit qui s'ensuivit se traîna. L'impression d'étouffer la prenait à la gorge. À plusieurs reprises, elle dut aller à la fenêtre pour prendre l'air. Attendre lui lacérait le cœur, l'impatience la rongeait, l'impuissance la minait.

À toute ombre sa lumière. Une vérité d'expériences à laquelle elle se raccrochait. Y croire avec espoir malgré le désespoir.

Lueurs éteintes, le Ciel pleure. Les astres, muets, content l'insupportable. Les débris de Lune lèchent la grande douleur, la sienne, l'unique. Le tourment l'embrasse à pleine mâchoire et mord le cœur. Son ventre si serré ! Et l'Absence qui plisse les paupières trempées. Elle ne sait plus...Elle a peur. Elle tremble.

Elle détesta son insomnie, nourrissant la machine de guerre qui en découla: à l'abandon des recherches, elle opposa son excès d'optimisme.

-Martial ? C'est Elizabeth. Pardon de vous importuner de nouveau mais je veux que le troisième guide soit médecin.

Le journaliste avait été prévenu avant que l'article ne soit diffusé et avait pris ses dispositions pour trouver un volontaire.

-Célestin Tamalou, chef du service des urgences de l'hôpital général de Brazzaville. C'est un ancien militaire rompu à ce genre de...mission. Il connait son affaire, a un caractère de cochon mais c'est un chirurgien hors pair.

Il garda pour lui qu'il avait l'habitude de réparer les sales blessures des machettes et que sa réputation en faisait une petite célébrité dans le coin. Il était un des rares à pouvoir se déplacer dans quasiment tous les alentours à des kilomètres à la ronde sans être inquiété par les groupuscules armés. On ménageait l'homme aux mains fines et longues qui sauvait des vies, quelles qu'elles soient.

***

Hurricane Congo-10

Ç'aurait pu être un très beau voyage de vacances : des paysages sublimes, l'horizon qui semblait s'échapper sans cesse, cette immensité verte, insondable. Le vol, quoique bref, dévoila les splendeurs du Congo. Surréaliste.

Réduite à marcher entre les deux guides qui la précédaient et le toubib qui fermait la marche, la finlandaise se sentait minuscule. Silencieuse, elle s'efforçait de suivre leur rythme, en vain. Muscles affûtés et souffle endurant, les hommes durent ralentir la cadence. Lors d'une pause, l'un d'entre eux, Christ, la désigna du menton sans complaisance :

-Azali kozongisa biso nsima, asengeli kofuta.¹
-Bomitungisa te, aza muasi ya mobali ya europe. Akofuta. Ba prêt pona ba pembe nionso ya riche.²

La rousse comprit qu'ils parlaient d'elle mais fit comme si de rien n'était.

-Vous ne marchez pas assez vite, ça va doubler les jours et le prix.

Elle buvait une gorgée, déglutit en regardant Bisimwa l'interprète, d'un air indéfinissable.

-Très bien, c'est d'accord.


Que dire d'autre ? Elle était à leur merci, négocier n'était pas un sujet compte tenu des circonstances. Sans leur aide indispensable tout s'écroulait alors, peu importait le prix à payer, dans tous les sens du terme.

L'humidité ambiante plombait les corps. Les autochtones semblaient ne pas en souffrir, se déplaçaient avec une aisance qu'elle leur envia. Elle avait attaché ses cheveux en un chignon sévère, mais sa peau dégoulinait de partout. Régulièrement, elle devait s'essuyer le visage pour empêcher la sueur de lui brûler les yeux. Parfois, elle  suffoquait lorsqu'il fallait grimper de gros talus. L'air alourdi par l'eau s'engouffrait plus difficilement dans les poumons.

Les hommes parlaient essentiellement entre eux, elle ne s'en mêlait pas, ne cherchait pas à se lier plus que nécessaire. Lors des bivouacs nocturnes, elle obéissait à leurs indications, se couchait habillée, épuisée et courbaturée. Ça permettait également de gagner du temps au réveil. Depuis leur départ, seul un minimum d'hygiène avait été respecté. Elle puait, s'en foutait.

En dépit d'une bonne condition physique, réaliser une marche forcée avec des congénères aguerris n'avait rien de comparable avec une randonnée du dimanche, fut-elle  longue. Huit heures de marche quotidienne environ lui mit bientôt les pieds et les genoux en vrac. Il fallait éviter de grosses lianes, contourner des « fourrés » trop épais pour être franchis, des marres saumâtres, avaler des dénivelés plus ou moins abruptes, escalader des amas de roches...Elle souffrait en serrant les dents, de grosses ampoules s'étaient éclatées et commençaient déjà à se creuser, à suinter. Chaque pas lui incendiait la peau malgré les pansements dédiés qu'elle s'était appliquée. Une bestiole l'avait piquée sur le bras malgré les manches longues. En quelques heures, le bouton devint une plaque énorme et rouge qui la démangeait sans arrêt. Des petits bobos dont elle ne se plaignait pas, qu'elle camouflait.

Concentrée sur l'effort, -ne pas tomber, ni s'écorcher-, elle s'interdisait de penser à la faune qui pouvait se révéler dangereuse. Son champ de vision se limitait à suivre le tracé de son prédécesseur et rien d'autre.
Au bout de cinq jours, ils atteignirent enfin le rivage du bras de la rivière Ubangi. De l'autre côté, quelque part,  se trouvaient les débris de l'avion.
Une pirogue les attendait. Par quel miracle était-elle ainsi prête ? Eli ne le saura jamais. Toujours est-il qu'un des indigènes déposa des billets dans une petite boîte planquée dans un creux d'arbre. C'en était presque drôle.

La nuit allait tomber, il fut décidé qu'ils traverseraient à l'aube. C'était bon de voir le ciel dégagé après cet interminable voile dû à la densité de la forêt. Une brise très légère se levait de temps à autre offrant une délicieuse sensation de fraîcheur. Bisimwa discutait avec ses compagnons puis se tourna tout à trac vers Elizabeth, assise en tailleur sur le sable ocre :

-On va faire un feu, profitez en pour sécher vos vêtements et allez vous laver là-bas, derrière le gros tronc.

Elle obtempéra, leur tourna le dos afin de grimacer tout son content lorsqu'elle ôta ses chaussures. Et ne put s'empêcher de gémir lorsque l'eau froide lécha ses plaies.
Ils dînèrent sommairement tous ensemble autour du feu. Eli n'eut pas le courage d'engager la conversation et de leur côté, les hommes parlèrent peu.

Au cœur de la brune, ça ronflait sec et fort autour d'elle. Allongée à même le sol, la rouquine ne trouvait pas le sommeil. Mains derrière la tête, elle se gavait des étoiles, de la voie lactée qui scintillaient trop loin. Ob...Et si...Et si elle s'était fourvoyée ? Pitoyable fleur bleue ! Partir comme ça...Il s'était foutu d'elle, une parmi tant d'autres...Toutes ces filles qui lui mangeaient dans la main, ça ne pouvait pas être autrement ! Il était trop beau, trop secret, trop...séducteur. Cette gueule d'amour qui faisait craquer...Ce sourire de tombeur qui faisait genre je n'y touche pas... Ces jolis mots de rêves, de songes, de chimères qu'il avait tissé tout autour de son âme, de son cœur ! Ce n'était qu'une toile d'araignée épaisse, gluante ! Un prédateur et sa proie. Un bonimenteur et une naïve ! Le machiavélique au service d'une couillonnade. Elle s'était faite prendre au piège de l'ado en mal d'amour, en mal d'un romantisme bas de gamme !

-Quelle connasse.


Elle avait parlé haut malgré elle, perdue dans ses réflexions.
« Qu'est-ce que je fais là ? Mais qu'est-ce que je fais là ?! » Projetée dans un avenir plus ou moins proche, elle ne pouvait que constater les conséquences : virée de la troupe, plus de boulot, Eino qui risquait de la griller dans le milieu, il était capable de tout celui-là, du meilleur comme du pire. Il n'y aurait pas de demi mesure, soit il ruinerait sa réputation soit il se la fermerait. Et elle, risquait sa passion pour un type qu'elle connaissait à peine ! Pour des bons mots, du vent, du flanc !

-Pauvre conne, pauvre conne...Un serment de mensonges...

Le murmure s'envolait, stérile. Malade de lui, elle s'enfiévrait avec la Raison, omettait qu'il s'était confié à elle comme jamais il ne l'avait fait.

Une nuit blanche pour un cœur sanguinolant du noir.
L'aigle planait et ses ailes noircissait l’Étincelle.


***

-Kuna !³

L'exubérance végétale laissait apparaître des morceaux déglingués de la carlingue. Sur le coup, Elizabeth s'arrêta brutalement manquant de se heurter au toubib. Ça se rapprochait...Pliée en deux, elle fit une courte pause les mains appuyées au-dessus des genoux. Lutter contre ce besoin furieux de gueuler son nom ! Où es tu Ob ?! Où es tu ?! Paupières plissées, elle se reprit, fit comprendre que tout allait bien et reprit la piste.

Elle s'était plantée comme une merde, il ne l'aimait pas. Elle n'avait rien à faire ici si ce n'était se perdre et se vomir! Mais elle ira jusqu'au bout, boira la cigüe jusqu'à la lie.

O lourde légèreté ! Sérieuse vanité !
Et chaos difforme de belles apparences !
Plumes de plomb, fumée lumineuse,
Flamme glacée, santé malade,
Sommeil qui toujours veille et n'est point ce qu'il est !
Voici l'amour que je ressens.

W.Shakespeare, Roméo et Juliette

From Ash To Fire



-Elle nous retarde, elle doit payer¹
-T'en fais pas, c'est la femme de l'européen. Elle paiera. Ils sont prêts à tout les blancs riches.²
-Là-bas !³
Oskar
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tea
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Oskar
Ven 25 Nov - 19:56

Oskar Benedikt Jensen, dit "Ob"
J'ai 32 ans et je vis à Helsinki, Finlande. Dans la vie, je suis chauffeur de maître et je m'en sors bien. Sinon, je suis célibataire et je le vis bien.

Accessoirement, j'ai la faculté de me transformer en ... aigle royal. Mais ne le dites pas, c'est un secret !

O. B. Jensen a écrit:
Le destin dit-on, donne à chaque homme, chaque femme, un être "lié" qui viendra le compléter. Chacun porte une phrase, une marque, qui lorsque cette moitié qui lui est réservée sera croisée, changera de peau pour aller sur la sienne, celle que portait l'âme-soeur venant orner la vôtre.
Depuis la fin des temps, les textes et les légendes rapportent que jamais cette phrase ne disparaît... Parfois, elle change, parfois immuable, elle avoue votre échec à trouver votre double. Si l'on tente de la supprimer, elle renaît, sur une autre partie du corps...
Elle ne s'efface, que lorsque le lien est rompu, lorsque amputé de votre moitié, vous errez entre l'être et le non-être, à jamais solitaire.
Je viens de perdre la mienne, ce qui signifie que Maïween, mon faucon blanc, a disparu. Pourtant, je ne me sens ni déchiré, ni en deuil, j'ai accueilli cette découverte comme l'aveu d'une erreur de la destinée, sinon, pourquoi elle et moi ne serions-nous jamais parvenus à nous rejoindre, remettant au lendemain, sans cesse, nos projets ?
Je suis un homme d'honneur et de devoir, alors j'ai téléphoné, cherché, me suis adressé à tous ceux qui connaissaient mon âme soeur... Elle a non seulement disparu de mon bras, le libérant de toute inscription, mais également de toutes les mémoires ?
Une ébauche de rêve, retournée à la nuit dont elle était sortie ? Etais-je le rêve de l'ombre qu'elle est redevenue ?

Le rêve, encore lui, s'est imposé à moi, brûlé par le feu d'une chevelure et l'incandescence d'une personnalité hors du commun... Le hasard est parfois cruel, à mettre en présence des êtres improbables et fragiles... Elizabeth, croisée déjà trois fois, à chaque fois, sa présence ruine tous les projets de raison et de sagesse que je peux me faire...
Je succombe, je me noie, entraîné par les sirènes d'un espoir insensé ! Je t'aime ! Je t'aime ! Dans ce royaume inaccessible et magique, magnifique et irréel, le rêve, je partage avec toi une intimité que le réel nous interdit !




Hurricane

 « Le remords est la seule douleur de l'âme
que le temps n'adoucit pas. »

Avant ce chapitre...:

Hurricane Sunset-on-river-1640525


Il y a longtemps que j'ai cessé de me préoccuper de savoir si j'avais de la fièvre ou pas, comme je ne me soucie plus d'où je vais... Je suis posé sur un sol spongieux, adossé à une sorte d'amas de troncs d'arbres probablement couverts de tas de cochonneries de bestioles prêtes à investir ma peau pour y pondre n'importe quoi ou se nourrir de mon sang... Plus le temps passe, plus je suis insensible à ce qui m'entoure. Je sais que je devrais marcher, toujours dans la même direction mais depuis les scouts à l'âge de huit ans en Hongrie je n'ai pas fait de raids « survie », si l'on peut appeler « raid survie » le séjour d'une vingtaine de gamins dans la campagne hongroise entourés de quatre adultes... Mon parcours particulier m'a même évité tout service militaire, pas en état d'aller crapahuter en treillis, je sortais de deux ans de tortures physiques et psychologiques. Comment le Laboratoire a-t-il modifier mon dossier militaire pour que je ne sois jamais appelé je l'ignore, il y a bien des choses que j'ignore encore de ces personnes, mais je sais qu'ils m'ont donné une force qui m'est unique !

Je n'ai pas survécu à deux années d'expérimentations à coup de cocktails chimiques détonants pour crever dans une semi-jungle africaine ! Je refuse de mourir sans avoir revu ma famille, toute ma famille, j'y inclus ma reine des elfes... Pourquoi ? Comment ? Ne lui ai-je pas ressassé que les reines et les valets ne cheminent pas ensemble dans ce monde ? Et bien nous nous trouverons un autre monde ! Plus le temps passe et plus je me maudis d'avoir sacrifié à des préceptes d'un autre âge, pourquoi, pourquoi n'avions-nous pas le droit de rêver côte à côte ? Parce qu'elle était au sommet et moi si bas sur cette échelle sociale dont je me … contrefous ! En souhaitant la préserver je me la suis aliénée, j'ai besoin d'elle, on ne rencontre pas deux fois une femme comme elle, mon père a rencontré ma mère, lui aussi était chauffeur et elle ne l'a pas bouté hors de sa vue ? Pourtant, elle était promise à un avenir rayonnant, petite surdouée courtisée par les plus grands, un avenir professionnel fabuleux s'ouvrait à elle, pour lui elle est devenue secrétaire, à l'ambassade qui l'employait. Je ne demande pas à ma mie d'oublier son succès, ses tournées, tout ce qui la fait elle et pas une autre, juste, d'avoir du haut de son ciel étoilé un petit regard de temps en temps, pour le ver de terre amoureux de la lune... Je délire ! Un long frisson me parcourt, je sens la sueur couler le long de mes membres et de mon torse, trempant mes vêtements en lambeaux... je délire, dans tous les sens du terme, la fièvre de mon corps rejoint celle de mon esprit, je suis fou, de douleur, physique comme mentale...

Je délire... encore et encore, insoucieux du temps, de l'espace, de l'endroit. Mon corps se délite, comme si je le perdais... J'ai l'impression que la souffrance est ailleurs, emprisonnée dans un être qui n'est pas moi ! Je revois les restes de mon boss et de Béni... Ai-je vraiment vu la mort de Ben ou est-ce mon esprit qui l'imagine ? Ai-je vraiment crashé un avion de tourisme, à la suite d'un tir au bazooka ? Dans une zone réputée sûre de la vallée du Congo ? Je laisse errer mes pensées... Plus de chaleur, plus de moiteur, j'ai au contraire très froid... La glace me fige, je la sens prendre possession de mes jambes, de mes mains... Je dois sortir de cette froidure, je sais que la neige et le gel tuent ! Autour de moi des hurlements de démons peuplent une nuit éternelle, je dois quitter cette contrée...

Une partie de moi sait que je délire toujours, que la gangrène doit s'installer, qui suis-je ? Je revois des images de partout, sont-elles fiables ? Je l'ignore ! Un quartier arboré, propre, aux immeubles résidentiels, à Budapest, en face de notre bâtiment de petite taille au crépis jaune l'impressionnante hauteur des archives nationales tout en pierres rouges et sombres, autour, des rues larges, un environnement clair, dépouillé, confortable... J'aimais ce quartier, j'aimais cette ville, la quitter pour Helsinki, m'enfermer dans ce complexe de recherches pseudo-médicales a été un premier traumatisme, le second est venu une fois que prisonnier j'ai compris sinon la teneur des expériences menées du moins qu'elles pourraient signifier ma mort si je ne parvenais pas à résister de toute ma force, celle de mon corps et celle de cette âme que je déniais jusqu'alors !

Je ne dirais pas que je suis devenu croyant, j'ai dépassé le stade des dieux des hommes, j'ai pris la mesure d'un tout immense et sans limite, je suis devenu... citoyen de l'univers ! Quand mes plumes ont poussé et que mes ailes se sont étendues, avides de vol dans un ciel libéré, je le suis resté...

Dans la forêt congolaise, un cri d'un animal inconnu doit retentir... Mon corps d'homme en effet se délite, mes ailes s'étendent, donnent à mon corps à la patte raide et sanglante une poussée digne d'un hélicoptère de combat ! Je n'ai qu'une serre pour chasser, mais mes ailes sont presque intactes, elles sont de toute façon ma seule chance de survie ! Je dois depuis les cieux faire l'inventaire de la zone, m'écarter loin des chasseurs éventuels et des naturalistes qu'un aigle royal en Afrique pourrait surprendre au point qu'ils veuillent le capturer !

Je vole, difficilement, le fièvre de l'homme ravage l'oiseau, mais je vole, fini la moiteur du sous-bois, la touffeur, la vue obstruée par des branches et des feuilles... Dans le ciel congolais, un cri strident me signale, un nouveau prédateur est apparu, il me faut me nourrir, me repérer, et qui sait arriver près d'un endroit où l'on me soignera... Mon avenir dépend de ma capacité à renier mon humanité... Plus je resterai dans cette enveloppe incongrue pour la plupart des hommes, et moins je risquerai de crever dans un environnement hostile ! Homme je suis la proie, Aigle, je suis roi des cieux...

Hurricane Vk7v1v

Dans les nuages, le soleil se couche, une chevelure de rousseur accueille la nuit bientôt tombée, ma mère me dirait : il va y avoir du vent, les nuages sont roses... Moi, je dis qu'ils sont oranges, et qu'elle est là à me voir... ma reine des elfes !


Prendre son envol

et tout oublier
Dreamcatcher
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patrick
Dreamcatcher
Dim 27 Nov - 21:57
Hurricane Eliok10
Elizabeth Van Sechtelen
J'ai 28 ans et je vis à Helsinki, en Finlande. Dans la vie, je suis comédienne de théâtre et je m'en sors avec un sentiment d'exil. Et puis...Il y a LUI qui m'empêche de me suffire. Je le vis douloureusement.

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Alone

Alone:

L'humidité, écrasante en cette saison, donnait l'impression d'un sol fumant une vapeur invisible et pourtant bien réelle. La canopée s'opposait à la lumière du ciel et cette espèce de pénombre verte qui n'en était pas une, étouffait les corps. Parfois, des trouées de soleil plus ou moins grandes crevaient l'épaisseur des végétaux. Les yeux soudain inondés de volutes lumineuses, la rouquine s'imaginait être aspirée par un des faisceaux, remontant enfin vers la clarté. Ainsi, certains morceaux de ferraille de l'avion brillaient aux lueurs du jour. Le crash avait détruit des branches sur son passage, créant une petite clairière éphémère, des lianes commençant déjà à pousser le long des parois tombées sur le sol.

-Des traces de sang, ici.

L'interprète montrait du doigt de larges feuilles aux taches brunies. Visage fermé, Elizabeth s'approcha.

-Le guide cherche sa piste et il va la trouver. Ceux envoyés par le gouvernement ne sont pas toujours les bonnes personnes. Lui, il sait.

Elle ne pipa mot, hocha la tête, désincarnée, brutalement bercée par une ignoble répugnance. Au bord d'un continent inconnu, l'évidence de son absence se pourléchait les babines, avide des saveurs d'un cœur fracassé. Et les cendres de l'Espoir s'éparpillaient au gré des affres sans couleur. Il ne restait rien, un rien absolu: Oskar avait assassiné sa présence en disparaissant. Elle y avait cru pourtant, naïve « actrice » d'un amour voué à l'échec. « C'est la seconde fois Eli que tu te fais avoir... » « Mais il n'est pas comme les autres ! » « Mais il t'a quittée... » Le venin s'immisçait comme une teigne, dépouillé d'optimisme, creusant ses ornières profondes au fil des heures interminables. Le cafard alourdissait le Temps. Sept jours écoulés, sept nuits écorchées. Une éternité de crasse. Elle dormait peu, le moral étiolé à chaque pas. Dépouillée de tous ses repères, elle souffrait à outrance de l'abandon, absorbait la maltraitance du silence imposé par le -trop- beau blond. Manipulée, elle avait été manipulée ! ...La poussière de fées se réduisait à de la poudre de perlimpinpin. Ce si...joli serment, une chimère de bonimenteur.

-Va te faire foutre Ob.

Ça lui fit -un peu- de bien ce mot vulgaire, stérile. Un mot de douleur et de carapace.

Elle fit le tour des débris, jeta un œil dans ce qui restait du cockpit. Il n'y avait pas grand chose à en tirer. Soupirant mal et fort, elle finit par s'assoir sur un tronc bardé de mousse, attendant la suite, les trois hommes fouinant les alentours plus ou moins proches. Elle prenait, enfin, une courte pause, lâchant un bout de cette tension qui lui coupait l'appétit depuis leur départ. Une multitude d'animaux vivaient là-dedans bien que seule une infime partie se rendait visible. Parfois, un cri strident éclatait au loin. Les arbres dégageaient...Comment dire ? Une puissance ? La luxuriance ambiante étalait sa beauté grasse et verte mais Eli ne se sentait pas à l'aise malgré la présence des congolais. Elle n'était qu'une étrangère, une intruse dans un univers qui se suffisait à lui même.
Elle en profita pour changer les pansements de ses ampoules aux pieds dont l'état s'était aggravé. Creusées, les plaies saignaient. Il aurait suffi de les laisser à l'air quelques jours et tout serait rentré dans l'ordre. Elle en était là de ses pensées quand tout à coup, un son grave et régulier émergea tout près.

Hurricane Screen15

*Cri du Touraco de Lady Ross

À quelques mètres de là, agrippé sur l'écorce d'un immense arbre, un gros oiseau * chantait. Fascinée, Eli l'écouta, l'admira, ne bougea plus...
Au bout d'une poignée de minutes, l'animal grimpa et finit par disparaître. La finlandaise resta figée, léthargique. Et puis, son cerveau s'éveilla. Elle pensait à l'aigle...L'aigle...qui volait. Et si... ? Oh !  

L'idée la rendit folle d'impatience. Elle termina de lacer ses chaussures à la va-vite, balança son sac à dos sur ses épaules et se mit à courir, butant sur le sol afin de rejoindre l'interprète.

-Bisimwa ! Bisimwa !

L'autre, surpris, se retourna.

-Bisimwa ! Il faut faire un feu dans une clairière ! Je sais ce que je dis, je vous en prie. L'ai...le...pilote peut repérer la fumée, je le sais. Ce n'est pas une option, c'est une certitude. Il va voir la fumée, l'odeur...Je vous en prie, ce n'est pas un caprice c'est...un ordre. C'est moi qui paie alors s'il vous plaît, faites ce que je demande.

De fébrile, sa voix devint presque autoritaire. Bisimwa  eut un instant d'hésitation mais face à sa détermination et à la justesse de ses propos, acquiesça.

-Ok. Christ a trouvé la piste de votre homme de toute façon. Elle va vers l'ouest, un peu plus au nord. Il a du essayer de rejoindre la rivière.

L'espoir...L'espoir fou la faisait respirer trop fort. Comment n'y avait-elle pas pensé plus tôt ?! Ob pouvait se transformer en aigle ! Il volerait dans les hauteurs et ses yeux perçants de rapace distingueraient la nuée blanche à des kilomètres ! Il était vivant ! VIVANT !

***

Le petit groupe suivit donc la piste d'Oskar Jensen avec plus ou moins de difficultés. Parfois, ils faisaient demi-tour, tournaient à droite, à gauche. Le guide s'accroupissait, vérifiait la moindre trace, réfléchissait, s'arrêtait, observait, repartait. Ils marchèrent ainsi jusqu'à la fin de l'après midi. Enfin, une « clairière » apparut. Il s'agissait plutôt d'un bouquet d'arbres espacés qui laissait percer le jour mais cela suffisait. Bientôt, le crépuscule allait tomber.

-Il faut ramasser du bois. On s'occupe d'allumer votre feu. On mangera après.

Soit. Les pieds en sang, Elizabeth serra les dents, épuisée. Elle n'en pouvait plus d'attendre, de ne pas savoir, de se cogner à une multitude de contradictions, d'idées noires, de tristesses, d'exaltations, d'excès d'amour, de rejet...Paumée, elle regrettait tout et rien, espérait et désespérait à la fois. Sale et puante, le cheveu gras, elle avait encore maigri, deux trous de ceinture en moins. Quand allait donc se terminer ce calvaire ?

-Je n'aurai jamais du...Jamais du...

Les autres dormaient depuis longtemps. Elle murmurait dans le noir, nourrissant les flammes encore et encore, s'abîmant les yeux à regarder l'azur assombri. Peut-être allait-il apparaître entre deux étoiles ? Ses grandes ailes découpées sur l'infini ? La lune souriait, toujours aussi douce.

-Ob...

Recroquevillée, elle avait cru voir l'oiseau royal surgissant du feu, tout de flammes vêtu avant de s'écrouler dans un sommeil malheureux. Inconsciente, elle serrait contre elle un morceau de bois, enlacée à un fantôme.

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