Le Temps d'un RP
le seul rpg où tu joues
qui tu veux,
quand tu veux
Retrouve les animations du forum pour t'amuser,
découvrir de nouvelles plumes et vivre de folles aventures !
-40%
Le deal à ne pas rater :
TOSHIBA 55UA4B63DG – TV LED 4K UHD 55 » à 369,99€
369.99 € 620.54 €
Voir le deal

LE TEMPS D'UN RP

La philosophie est une pizza | Anouchka

Anouchka
Messages : 47
Date d'inscription : 09/12/2020
Crédits : moi-même

Univers fétiche : Harry Potter, Stargate
Préférence de jeu : Les deux
Noob
Anouchka
Jeu 7 Oct - 19:35
21052705021890890.jpg
Sarah Meaulnes
J'ai 16 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis lycéenne en classe de terminale et je m'en sors pas si bien que ça en dehors des études. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt avec indifférence.

Je suis née à Arles, de père inconnu et d’une mère de quinze ans. J’ai donc été élevée par mes grands-parents maternels, tout comme ma sœur jumelle, Ophélie. J’ai sauté une classe et reste en avance dans certaines matières. Pour des raisons de travail, mes grands-parents, ma mère, ma sœur et moi avons déménagé à Nancy il y a six ans. Ici, j’ai une meilleure amie, qui s’appelle Diane, sinon, avec les autres élèves, je me sens plutôt en décalage, d’autant que je suis la plus jeune de ma classe. Quant à Ophélie, elle est morte l’été dernier dans un accident de montagne…
A la fin du cours, Sarah rassembla ses affaires, mit son sac sur son dos et rejoignit en béquilles le bureau du professeur pour voir les livres qu’il lui avait proposés. Voyant le nombre d’ouvrages qu’il allait lui prêter, elle se demanda s’ils tiendraient tous dans son sac à dos, puisqu’il était certain qu’elle ne serait pas en mesure de les porter dans ses bras.

« Je veux bien, merci professeur » acquiesca-t-elle.

Il serait effectivement plus prudent qu’elle s’abstienne de les faire pendre au bout de sa béquille ou sur une seule épaule, au risque d’être déstabilisée et de rajouter une mauvaise chute à la mauvaise chute voire de faire bêtement un suraccident.
Elle prit donc lentement, mais sûrement, le chemin de ses casiers, en silence, bien trop timide et renfermée à ce stade de l’année pour prendre la parole d’elle-même, hors échange de politesses de base ou réponses à des questions.

« Merci pour les polycopiés, c’est une bonne idée »

Elle avait beau être plus avancée que ses camarades, elle était loin de penser qu’elle pouvait l’être plus que des élèves de licence, elle n’avait pas non plus encore lu autant de philosophie que cela. Et elle risquait encore moins de pouvoir les comprendre plus facilement que des professeurs, elle n'avait absolument pas cette prétention-là.

Ils marchaient donc tous deux en silence, Sarah descendant doucement l’escalier. Car non seulement les escaliers étaient glissants, mais elle avait beau faire, elle ne s’habituait pas aux béquilles dans les escaliers. Une fois devant son casier, elle appuya une béquille contre le mur, pour ouvrir l’espace de rangement qui lui était attribué. Et on ne pouvait pas précisément dire que ce qu'elle y avait mis était bien ordonné, cela avait plutôt l'air d'être entassé, même si de son point de vue à elle, chaque chose avait sa place là où celle-ci se trouvait.
A peine Claude eût-il brisé le silence, que le visage de la jeune fille s’assombrit et se ferma aussitôt. Après un silence, elle répondit à la première question, ne voulant pas se montrer impolie :

« En tous cas trois semaines de plus, après, ça sera selon l’état de ma cheville à ce moment-là. »

Elle laissa un long silence planer ensuite, ayant bien du mal à répondre à la question suivante, qui la replongeait bien trop vivement dans l’accident et le deuil tout récent. Tentant de maîtriser et sa voix et le tremblement qui la parcourait, rendant son équilibre encore plus précaire qu’il ne l’était, elle finit par dire :

« Accident de montagne »

Elle détourna ensuite le regard, sentant des larmes perler à ses yeux. Cette simple réponse, bien qu’elle évitât intentionnellement de répondre plus précisément, lui avait rappelé bien trop vivement Ophélie. Ophélie qui lui manquait tant. Elle n’avait pas accepté son absence et encore moins le fait que ce fût là définitif.




"Whoever saves one life saves the world entire"

"De la musique avant toute chose"
Jo'
Messages : 499
Date d'inscription : 21/08/2019
Région : Grand Est
Crédits : William Turner & Alfons Mucha

Univers fétiche : /
Préférence de jeu : Les deux
cat
Jo'
Jeu 14 Oct - 8:22
mini_200802063244545047.png
Claude
Vincent

J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool. J'ai néanmoins la garde partagée de deux enfants, Maxime et Axelle, et qui me comblent.

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Ulb8C8n
La nuit entre comme une masse
de mer vide et de caverne,
elle se répand sur les bords
de l’alcool et de l’insomnie,
elle mord les mains du malade
et le cœur des mendiants,
et dans la blancheur des pages
la nuit entre aussi.

Callabero

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Bf2c441173e401cfcb185a14bf32c655
Ville Valo :copyright: Jo'

La détresse évidente dans laquelle l'a plongée ma question me fait quelque peu culpabiliser : Sarah est manifestement toujours très affectée par cet accident de montagnes et, quoique je ne sache rien de plus, je peux saisir qu'une adolescente d'à peine seize ans demeure chamboulée par ce traumatisme. J'ignore alors tout de la gravité de ce qu'elle a vécu et, pour cette exception où j'essaie d'être un peu plus personnel avec un élève - autre que mes plaisanteries graveleuses sur les vies des auteurs avec mes Master -, je dois dire que ce n'est pas franche réussite. Quelque peu désemparé par ses yeux rougissants de larmes qu'elle détourne, je me figure que je lui ai fais assez de tort - d'autant que son dos lui non plus n'aura pas fini de souffrir lorsqu'elle amènera ces ouvrages chez elle - et, lâche ou sage - quelle différence ? - prends congé d'elle par quelques banalités.

"Eh bien, je vous enverrai les polycopiés comme convenu. Bonne journée Sarah."

En espérant qu'elle soit meilleure que cette matinée.

*

Quelques jours séparent cet échange de notre prochain cours et son expression affligée ne me laisse décemment pas tranquille. Il y a quelque chose de particulier chez cette enfant à laquelle, brillante et solitaire, je pense identifier un tout jeune moi - celui d'avant le vin rouge, le mariage, les gosses et le divorce, celui qui lisait les bouquins de ses parents tout des week-ends durant dans le silence de leur menuiserie ... mh, peut-être est-elle un peu plus normale que je ne l'ai été, tout compte fait. Mais son isolement en tous cas cause à mon ermitage, aussi fais-je le phénoménal effort en cette journée de me rendre à la salle des profs.

Situons l'affaire. Une pièce si mal isolée que les fébriles petits professeurs laissent leurs écharpes et des gilets - prévus à cet effet et qui ne quittent jamais l'endroit ! - sur des chaises qui tordent le coccyx. Se tient aussi une table en plastique au motif de bois trompe-l'oeil - j'aimerais bien savoir ce que Hume a à dire là-dessus tiens : un sens dit x, l'autre dit y, si nos perceptions ne passaient pas par l'esprit j'en serais bien emmerdé de cette table - sur laquelle gisent pêle-mêle clefs, copies, ronds de tasses de café et autres trousses éventrées par les corrections. On est seulement au début de l'année et ils ont déjà tous dégainé leur stylo rouge, non mais on est où ?

Le désordre ambiant, juste assez propre pour ne pas faire fuir (les autres, car j'évite cet endroit) est à l'image des conversations qui se délient péniblement dans l'air. A base de "Alors ton week-end ?" et de "C'était l'anniversaire de ta fille hier, non ?", il me semble que s'abattent matériellement sur ma cognition la banalité de leurs discussions. Mais si je suis ici, c'est parce que la salle des profs est surtout une salle des commérages sur les élèves et que je suis à peu près sûr d'y obtenir ce que je cherche. Ma présence gêne néanmoins : remplaçant à tendance snob venu du CNRS, je n'ai pas tant le profil de leur bon pote. Une récente recrue néanmoins, peut-être 26 ans, cheveux longs et très lisses et pommettes saillantes, brise la glace.

"Ah, vous êtes Claude c'est ça ? Vous remplacez, euhm ... cherche-t-elle.
- Monsieur Erler, oui. Je remplace Monsieur Erler."


Ce disant, je m'installe à côté d'elle.

"Vous mangez là aujourd'hui ?"

Grands dieux mais faites-la taire. J'ai bien conscience qu'elle est tout sauf stupide et qu'elle tente seulement de tailler la bavette, mais je suis littéralement en train de croquer dans une pomme - car en effet, pour quérir les infos qui me manquent sur Sarah, j'ai bien dû trouver l'excuse d'un déjeuner sur place. Je ne réponds pas mais ce silence réprobateur ne la décourage pas : à dire vrai, elle me facilite la tâche.

"Comment sont vos classes ?
- Endormies dès le premier quart d'heure, pour la plupart."


Elle rit un peu et je poursuis.

"En fait il y a une élève qui me préoccupe. Je lui prêtais des ouvrages l'autre matin et, faisant la causette sur sa jambe plâtrée, elle a eu l'air de se mettre à pleurer.
- Vous vous faites sûrement des idées pour rien Claude, c'est le début d'année, les élèves aussi sont sous pression."


Pardon Blondie mais c'est pas ce que je suis venu entendre. Debout contre l'élément du lavabo, un autre professeur s'insère dans la conversation. Il a à peu près mon âge mais paraît plus rangé ; sans tatouage, cheveux courts, petit polo kaki sur un jean difforme qui imprime le pli du repassage. Il en est à son dessert - un Savane format individuel, comme mes gosses quand y a pas le temps de faire le goûter - avec son café et, comble de l'anarchie, ne s'est pas assis pour le prendre. Perché là sur ses deux pattes, il se donne l'air d'un sage hibou donneur de leçons - diantre, est-ce là la béatitude tant recherchée de Buddha ? Un Savane et un café les bras ramassés sur soi dans le froid d'une salle des profs ?

"Vous parlez sans doute de Sarah Meaulnes.
- Exactement."


L'homme s'assombrit théâtralement et s'installe face à nous sur une chaise qui n'est pas marquée comme son territoire - comprenez, où il y a la veste et l'écharpe d'une autre personne. Son air contrit laisse toutefois transparaître quel professeur affectueux il peut être et son implication émue remets quelque peu à sa place ma cuistrerie.

"La pauvre petite a perdu sa soeur. Sa jumelle, rendez-vous compte. C'était l'été dernier."

Unies depuis près de dix-sept ans depuis les tripes de leur mère et séparées par les roches stériles. J'en suis un peu retourné, ce fait divers, on a tendance à penser qu'ils sont lointains.

"Circonstances horribles en plus, c'était dans les journaux et tout ça. Alors entre ça, le fait qu'elle a sauté une classe et ses super résultats, la gamine elle est seule au monde. Seule-au-monde !"

Il articule ces derniers mots avec grands affres qui ne me sortent pas de ma torpeur, même pour tout le comique de sa diatribe. A côté de moi, la jeune prof affiche une expression estomaquée qui l'empêche même de finir sa barquette de soupe de courges. Je hoche la tête pour moi-même alors que mes pensées s'égarent - la réaction de Sarah fait bien plus sens, et quant à moi le goujat de service, je m'en retourne à ma salle de classe pour les prochains cours - qui ne sont pas avec sa classe. L'adolescente doit être tout bonnement dépeuplée.


La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532433La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 76406_10
Anouchka
Messages : 47
Date d'inscription : 09/12/2020
Crédits : moi-même

Univers fétiche : Harry Potter, Stargate
Préférence de jeu : Les deux
Noob
Anouchka
Sam 19 Mar - 18:48
21052705021890890.jpg
Sarah Meaulnes
J'ai 16 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis lycéenne en classe de terminale et je m'en sors pas si bien que ça en dehors des études. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt avec indifférence.

Je suis née à Arles, de père inconnu et d’une mère de quinze ans. J’ai donc été élevée par mes grands-parents maternels, tout comme ma sœur jumelle, Ophélie. J’ai sauté une classe et reste en avance dans certaines matières. Pour des raisons de travail, mes grands-parents, ma mère, ma sœur et moi avons déménagé à Nancy il y a six ans. Ici, j’ai une meilleure amie, qui s’appelle Diane, sinon, avec les autres élèves, je me sens plutôt en décalage, d’autant que je suis la plus jeune de ma classe. Quant à Ophélie, elle est morte l’été dernier dans un accident de montagne…
C’était mal parti pour que la journée de Sarah fût bonne. Néanmoins, elle prit sur elle de ne faire aucune réflexion en ce sens et de répondre à son professeur :

« Bonne journée à vous aussi »

Après quoi et après avoir refermé son casier, elle partit à la recherche de Diane. Celle-ci comprit en un clin d’œil que sa meilleure amie pensait à Ophélie. Elle tenta de la faire parler, mais en vain, alors, elle fit de son mieux pour l’entourer de son affection et lui changer les idées. Si Sarah n’avait eu sa meilleure amie – bien que malheureusement dans une autre classe et une autre section, donc aucun cours commun en dehors de quelques séances de sport dans l’année – et sans sa sœur jumelle, la jeune fille eut été tout bonnement complètement perdue dans son lycée.

Le reste de la journée, elle avait été distraite, plus encore qu’à son habitude. Le soir, ses grands-parents l’avaient trouvé encore moins loquace que les jours précédents et compris eux aussi qu’elle pensait à ce jour funeste dans les Pyrénées. Ils s’inquiétaient de ne jamais la voir exprimer ses émotions quant à la mort de sa sœur, qu’elle ne parlât pas d’Ophélie.

Il lui fallut plusieurs jours pour redevenir aussi attentive que sa cheville le lui permettait et chasser le fantôme du souvenir de sa jumelle des couloirs de l’établissement, du moins, temporairement. Cependant elle gardait contenance, se cachant derrière sa blessure quand par hasard on venait à relever son humeur.

Dès qu’elle eut retrouvé un peu de concentration, elle relu plusieurs fois son cours de philosophie ainsi que Descartes, pour se rafraichir la mémoire avant de s’attaquer aux œuvres que son professeur lui avait prêtées et qu’elle devrait encore découvrir, tout en se demandant par où elle allait commencer. C’est alors qu’elle se souvint qu’il avait promis de lui envoyer les fiches qu’il utilisait avec ses élèves de la fac et consulta ses mails pour trouver les documents concernés. Elle nota les noms des auteurs afin de mener des recherches à leur propos, les connaître un peu avant de les aborder. Elle avait eu le temps de se pencher sur la question et d’enregistrer quelques informations sur son ordinateur lorsqu’elle revint au lycée pour le cours de philosophie suivant.


"Whoever saves one life saves the world entire"

"De la musique avant toute chose"
Jo'
Messages : 499
Date d'inscription : 21/08/2019
Région : Grand Est
Crédits : William Turner & Alfons Mucha

Univers fétiche : /
Préférence de jeu : Les deux
cat
Jo'
Mar 22 Mar - 17:15
mini_200802063244545047.png
Claude
Vincent

J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool. J'ai néanmoins la garde partagée de deux enfants, Maxime et Axelle, et qui me comblent.

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Ulb8C8n
La nuit entre comme une masse
de mer vide et de caverne,
elle se répand sur les bords
de l’alcool et de l’insomnie,
elle mord les mains du malade
et le cœur des mendiants,
et dans la blancheur des pages
la nuit entre aussi.

Callabero

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Bf2c441173e401cfcb185a14bf32c655
Ville Valo :copyright: Jo'

Citation :
Randonnée : deux jumelles chutent.

"On les a retrouvées en contrebas d'un chemin", confirme Patricia Sugosse, cheffe des opérations de secours dans le massif. Hier vers dix heures du matin, Ophélie et Sarah, jumelles âgées d'une quinzaine d'années, partent sur un sentier de randonnée auquel elles ont été préparées. Elles confient leur itinéraire à l'hôtel où elles passent leur séjour mais décident de ne pas emmener leurs téléphones. Au cours de la promenade, l'une d'elles tombe, puis l'autre.

"D'après le récit de Sarah, elle serait tombée la première puis sa soeur en essayant de la hisser sur le chemin. Ophélie a malheureusement chuté plus bas et a dégringolé un flanc de niveau."

Je clique sur un nouvel article - "Ouvrir dans un nouvel onglet". Toutes ces phrases datent de l'été dernier, elles se lisent dans des périodiques locaux.

Citation :
Jumelles tombées en randonnées : l'une des deux décède

Au lendemain de la triste découverte faite hier en fin de soirée, l'hôpital de Tarbes communique sur l'état de santé des jumelles accidentées. "La première s'en sortira avec une fracture complexe de la cheville et des contusions générales mais elle s'en remettra sans séquelles. Malheureusement, la seconde soeur a subit davantage de traumatismes lors de sa chute et lorsque nous l'avons enregistrée dans nos services elle était déjà sans vie.

Je contemple la merde que traverse mon élève. La gamine perd sa jumelle alors qu'elle est presque indemne, mais surtout, elle l'a perdue en sollicitant son aide. Le Bordeaux commence doucement à grignoter mon estomac de son acidité et je somnole déjà devant l'écran. Une notification de mail m'effraie presque - moi qui n'ouvre jamais mes mails, ce sentiment insalubre d'être seul à lire les déboires de Sarah comme un voyeur me pousse à trouver la compagnie d'une correspondance. Manque de peau, c'est justement cette élève, qui me réclame les polycopiés de licence. Je suis admiratif du temps qu'elle a trouvé pour abattre du travail supplémentaire dans ces semaines lycéennes ahurissantes. Ahurissantes, ou abrutissantes. Sa curiosité, à elle, a l'air de tenir bon.

Je joins les polycopiés à un mail tout ce qu'il y a de plus révérencieux. Je maintiens la distance. Le Bordeaux persifle à mes tempes que je ne vaux guère mieux que les autres, ces autres qui savent, qui se repaissent des ragots désastreux de la vie de cette jeune fille, mais n'agissent jamais. Nous verrons si cette pensée me taraude toujours une fois sobre. J'envoie la documentation. Je suis remplaçant : il n'est peut être nul besoin de trop s'engager.

*

Deux semaines tout à fait normales ont passé. Le Bordeaux ou cette pensée, le Bordeaux et cette pensée, ne m'ont toujours pas quitté. Peu importe, aujourd'hui est un jour d'examen. Un test continu de ces têtes blondes pour s'assurer que le bourrage de crâne qu'elles endurent est efficace et qu'elles sauront tout recracher pour l'examen. Paraît-il que ce n'est pas du par coeur. Montaigne et son cerveau-abeille producteur de miel-raisonnements à partir de fleurs-savoirs ne serait pas du même avis. Le lycée s'approche davantage du gavage que du butinage.

Le contrôle de connaissance portera sur la Vérité, ce concept que nous malaxons dans tous les sens depuis plusieurs séances. Je tente de ne pas faire de sentiments mais je ne peux m'empêcher d'appréhender les résultats de Sarah - quoique je ne me fasse aucun problème pour ses capacités cognitives, au vu de ses interventions dûment sollicitées mais remarquées tout au long des séances. Depuis le temps, son gros plâtre a été troqué pour une attèle plus versatile. Elle ne semble cependant pas avoir été allégée du même poids dans sa poitrine.

"C'est un exercice type BAC, commencè-je alors que chacun s'installe à sa table et isole de sa trousse stylos et tip-ex. On a libéré quatre heures dans votre emploi du temps pour vous laisser le loisir d'argumenter, mais puisque c'est votre premier entraînement, je ne noterai pas aussi sévèrement que vous le serez à la fin de l'année." Je tends un tas de feuilles où est imprimé un extrait de Platon au sujet de la Vérité. Sur le tableau j'écris un autre sujet : Pensez-vous que la vérité s'obtient par la connaissance ? "Vous pouvez choisir le commentaire de texte ou la dissertation que je vous ai indiquée au tableau. Vous pourrez sortir au bout de trois heures et aller aux toilettes après la première heure."

Je m'installe, croise le regard de Sarah, la sent concentrée. Quant à moi, j'ouvre un livre et fais semblant de surveiller les ouailles.


La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532433La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 76406_10
Anouchka
Messages : 47
Date d'inscription : 09/12/2020
Crédits : moi-même

Univers fétiche : Harry Potter, Stargate
Préférence de jeu : Les deux
Noob
Anouchka
Ven 29 Avr - 21:47
21052705021890890.jpg
Sarah Meaulnes
J'ai 16 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis lycéenne en classe de terminale et je m'en sors pas si bien que ça en dehors des études. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt avec indifférence.

Je suis née à Arles, de père inconnu et d’une mère de quinze ans. J’ai donc été élevée par mes grands-parents maternels, tout comme ma sœur jumelle, Ophélie. J’ai sauté une classe et reste en avance dans certaines matières. Pour des raisons de travail, mes grands-parents, ma mère, ma sœur et moi avons déménagé à Nancy il y a six ans. Ici, j’ai une meilleure amie, qui s’appelle Diane, sinon, avec les autres élèves, je me sens plutôt en décalage, d’autant que je suis la plus jeune de ma classe. Quant à Ophélie, elle est morte l’été dernier dans un accident de montagne…

Comme Sarah n’avait finalement pas reçu à la date dite les polycopiés promis, elle les avait poliment demandé par mail à son professeur. Peu importait qu’il l’eût questionnée sur l’accident, ne mesurant pas qu’il mettait les pieds dans le plat, ça ne changeait rien à la curiosité de la demoiselle pour la discipline étudiée. Après quoi, elle était allée dormir et ce fut le lendemain matin qu’elle vu le mail, distant, mais poli contenant en attaché les documents demandés. Elle les enregistra sur son ordinateur, remercia poliment le professeur par mail, puis se prépara pour aller au lycée. Elle n’avait toujours pas reparlé d’Ophélie avec ses grands-parents et l’évoquait toujours aussi peu avec Diane. Cela avait continué ainsi pendant les deux semaines suivantes, semaines qu’elle avait mises à profit pour avancer dans les lectures prêtées par Claude Vincent et période pendant laquelle elle s’exprimait toujours aussi peu en classe, mais n'hésitait pas à poser des questions toujours pertinentes.
Si on lui avait retiré son plâtre et prescrit à la place une attelle, elle était cependant toujours en béquilles pour ne pas solliciter de façon excessive sa cheville blessée. D’autant qu’avec cette immobilisation forcée, elle avait bien évidemment perdu du muscle.

Bien évidemment, elle se montra fort attentive à ce en quoi l’exercice consisterait. Elle opta pour la dissertation et échangea un regard avec le professeur avant de s’atteler au travail. Elle proposa une introduction qui expliquait les concepts clefs, avant d’amener la problématique et d’annoncer son plan, qui était bien choisi. Ensuite, elle proposa des arguments qui répondaient correctement à la problématique et illustrés de citations ou de pensées d’auteurs qui tombaient à la perfection. Quant à la conclusion, elle parvint à amener une ouverture cohérente et intéressante. Elle était parvenue à ne pas se laisser distraire par de tristes souvenirs. Elle termina avec suffisamment d’avance pour pouvoir relire sa copie plusieurs fois et corriger les fautes d’inattention qui s’étaient glissées ça et là.



"Whoever saves one life saves the world entire"

"De la musique avant toute chose"
Jo'
Messages : 499
Date d'inscription : 21/08/2019
Région : Grand Est
Crédits : William Turner & Alfons Mucha

Univers fétiche : /
Préférence de jeu : Les deux
cat
Jo'
Mer 4 Mai - 14:12
mini_200802063244545047.png
Claude
Vincent

J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool. J'ai néanmoins la garde partagée de deux enfants, Maxime et Axelle, et qui me comblent.

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Ulb8C8n
La nuit entre comme une masse
de mer vide et de caverne,
elle se répand sur les bords
de l’alcool et de l’insomnie,
elle mord les mains du malade
et le cœur des mendiants,
et dans la blancheur des pages
la nuit entre aussi.

Callabero

La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 Bf2c441173e401cfcb185a14bf32c655
Ville Valo :copyright: Jo'

Sa copie est un beau rendu de bon petit soldat. Le cours y est. La structure du plan attendue à l'examen aussi - je m'étonne de la voir la maîtriser puisque je n'ai jamais pu me résoudre à l'enseigner (thèse-antithèse-foutaises, de l'intérêt bachelier de pondre une théorie pour la démonter le paragraphe suivant, avant d'établir un entre-deux sans goût ni assomption, c'est comme ça qu'on leur apprend à penser ?). Tout cela témoigne de son sérieux et de son objectif. Je comprends que dans mon cours, elle ne prend que ce qu'elle a à prendre, et c'est exactement ce que j'attends des élèves. Je suis peu utile à l'examen final, à dire vrai. Une aubaine que je ne reste qu'un trimestre. L'écriture est ronde et détachée, caractéristique des adolescents, elle a écrit son nom dans les marges et tracé un trait à la règle pour la notation comme le veut le protocole.

Bon bon. Tout cela manque d'âme. A choisir, je suis peut-être davantage interpelé par le travail du caïd de la classe, parti dès que possible, qui a choisi L parce qu'on lui aura dit qu'ailleurs c'est pas dans ses capacités et que le professionnel c'est pas pour rien branler. Il a réussi à broder un laïus sur ses propres sales notes pour parler de connaissance et de vérité. Claude lui mettrait la note maximale et une bonne bière en prime - non attends, il est mineur - mais le prof Vincent doit se résoudre à un quatre. Sarah obtiendra 17 avec une remarque enjouée : "Remarquable, c'est ce qui sera attendu à l'examen. N'hésitez pas à ajouter plus de personnalité aux arguments et auteurs du cours."

*

Quelques semaines et une seconde note plus tard - sacro-saint bulletin oblige -, c'est la réunion parents-profs. Je m'enquiers logiquement du déroulé de la corvée auprès des collègues : rebelotte la salle froide aux murs peints de nuances qui n'ont jamais été tendances et par-dessus un crépis aux reliefs douteux. Cette fois, ni Blondie ni Buddha au gâteau industriel ne sont là pour me canuler, je suis confronté à une professeure cachectique, cheveux au carré, visage raviné et nez aquilin. La douceur de sa voix couplée au raffinement de ses manières contrastent avec cette allure puritaine.

"Je suis supposé faire une liste avec les parents d'élèves que je veux voir, c'est ça ? Parce que ça va être vite bouclé : j'ai envie de voir personne."

Elle capte l'ironie d'un sourire complice.

"Non, le premier et le dernier trimestre, on voit tous les parents de nos terminales. Tu comptes 10 minutes par rendez-vous, plus les retards, t'en as pour presque minuit."

Ma déconfiture la fait pouffer d'une moquerie camarade puis elle hausse sa tasse de thé sans goût comme on trinque à la santé. "Bienvenue au lycée, l'universitaire !"

*

Devant moi, la pile de bulletins s'égrène comme on compte les heures. Je n'ai proprement rien à dire à tous ces parents mi tourmentés mi fiers, et un désir puissant de cigarette et d'entonner une parénèse à l'encontre de cette vaste mascarade m'habitent. Ce défilé ne rime à rien. Le BAC va-t-il conditionner le reste de leur existence ? Probablement pas. En tous cas, le miens n'aura pas garantis pour moi la promesse d'épanouissement et de vie de famille heureuse. Est-ce que j'ai quoi que ce soit de pertinent à apporter à ces marmots et à leurs parents ? Nullement - soit ils ont des résultats misérables et je n'ai rien à ajouter, soit ils sont bons élèves et je n'ai rien à ajouter non plus. Quant à mon investissement n'en parlons pas, d'ici quelques semaines je disparaîtrai des bancs de la petite école, et heureusement.

J'en arrive à Sarah, que je m'étonne de voir s'installer avec ses grands-parents.


La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532433La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 16532434
"Le plus clair de mon temps, je le passe à l'obscurcir" - Boris Vian
La philosophie est une pizza | Anouchka - Page 2 76406_10
Contenu sponsorisé
La philosophie est une pizza | Anouchka
Page 2 sur 2
Aller à la page : Précédent  1, 2
Sujets similaires
-
» pizza 4 fromages
» Anouchka
» Les rps d'Anouchka
» love is a weakness | Pizza
» Et un deux trois... un deux trois [ft. Anouchka]

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
LE TEMPS D'UN RP :: Les Univers :: Univers réel :: Europe-
Sauter vers: