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 Socrate, caricature et vinasse

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Hysy
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Anastasia Duffour
J'ai 39 ans et je vis à Bordeaux, France. Dans la vie, je suis Illustratrice chez Gallimard Jeunesse et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance / Maladie, je suis divorcé et je le vis plutôt dans la dépression.

Je n’ai jamais eu la chance d’avoir des enfants, mon très cher ex époux ne m’ayant pas offert cette chance et étant partie lâchement après la découverte de ma malformation cardiaque, il y a dix ans. Il y a de cela six mois, mon état s’est dégradé au point de non retour, et je vis depuis dans une chambre d’hôpital, en attente de greffe. Le fait d’être si près de la mort me déprime mais me permet d’appréhender les choses différemment. J’ai toujours été plongée dans mon petit univers et c’est ce qui m’a poussée à devenir illustratrice jeunesse.


:copyright: Kristen Bell

Il me tendit la bouteille de vin blanc, que je saisis pour le goûter à mon tour -pas beaucoup, je n’étais pas supposée boire, mais bon un peu de vin devrait pas me tuer, si ? Il savait choisir le vin, c’était indéniable… mais mon esprit divagua… ses lèvres, à lui, c’étaient posées sur ce même goulot juste avant… Je rougis, lui rendant sa bouteille aussitôt, tandis que mon esprit avait l’impression d’avoir le goût de ses lèvres sur les miennes. Bon sang, Anastasia ressaisis-toi, tu n’es plus une enfant ! Enfin…. Je souris, pensant au fait que je rêvassais devant La Reine Des Neiges juste avant que ce bon monsieur débarque. Je ne pense pas avoir cesser d’être une enfant, dans le fond. Et je pense que je ne cesserais jamais.
Je m’approcha ensuite de lui, une main posée sur son épaule, riant doucement tandis qu’il pointait ce pauvre fumeur du doigt, prévoyant de me donner de quoi recevoir ma greffe. Je répondis au creux de son oreille, tout aussi intime et complice:
« … Bien sûr, il faut pas que vous alliez en prison, vos bouts de chou on besoin de vous… Mais si vous veniez à voler un coeur, prenez pas celui-ci, vu comment il fume, ça doit pas être beau à voir ! » Je ria doucement avant de continuer, sur le ton d’une confidence top secrète. « … Prenez-moi le coeur de J.K Rowling, plutôt. Ça c’est un bon coeur: il baigne dans le succès et l’imagination. En plus, comme ça, ça serait à moi d’écrire la suite du scénario Des Animaux Fantastiques et ça, c’est une bonne façon de recommencer à vivre. Enfin, j’imagine. D’ailleurs si on imagine que le coeur qu’on prend affecte la personne qui le reçoit selon qui était son « ancien propriétaire » qui prendriez-vous ? Un philosophe des temps moderne, un comparse peut-être ? »
Je releva la tête mais demeura calée contre son épaule, en attente de sa réponse, tandis que dans mon esprit, qui divaguait, je flottais sur un balai en pleine partie de quidditch.


"See, they're currently in alien terrain, surrounded​ by millions of the most vicious creatures on the planet... Humans."
- Newt Scammander, Fantastic Beast


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Claude
Vincent

J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool.

J'ai deux enfants, Maxime et Axelle, que je garde une semaine sur deux et la moitié des vacances.


Ville Valo :copyright: Jo'


Un commentaire sur le fumeur, que je prends un peu pour moi - évidemment, je ne suis pas étranger aux ravages de la nicotine, néanmoins il est d'une ironie amère que de se saloper la santé alors même que nous discutons avec une mourante. Nous sommes tous deux mortels, mais l'un pas autant que l'autre.

Calée contre mon épaule, elle enchaîne sur une auteure anglophone qu'elle semble estimer beaucoup. J'aime comme elle rêve près de moi, installée comme si j'allais lui conter l'histoire du soir, plus douce encore que cette nuit aoûtienne. Je me sens gagné d'une tendresse que je n'ai pas pour les femmes que je côtoie d'habitude, en raison de ses papillonnages spirituels et un peu de l'éther médical qui se dégage d'elle. Ou peut-être, son éphéméralité me perturbe : elle me force à avoir conscience du temps, et tout à la fois de son inconsistance. Je vis au jour le jour moi aussi, néanmoins comme si je n'allais mourir jamais.

Je souris. "Je connais cette auteure, Maxime a 11 ans, il est en plein dans ce genre de lecture. Il les bouffe, les livres, des tomes entiers les uns à la suite des autres. Axelle est plus jeune mais elle lui emboîte le pas.

Buvant une nouvelle gorgée de Marival pour me donner un temps de réflexion, j'enchaîne sur une réponse : "Je pense que je choisirais le coeur d'un peintre plutôt, de Gustav Klimt en fait. Il est bien plus rangé que moi. Et gentleman, aussi. Et néanmoins, tout aussi bon père." Baissant les yeux sur elle, je poursuis : "Mais si je devais choisir quelqu'un qui me ressemble, alors ce serait probablement Nietzsche ou LaVey, qui sont un peu des raclures, mais des raclures brillantes s'il en est." Satisfait de mon trait d'esprit, je lui décoche un sourire taquin.

Ses cheveux, sous mon nez, sentent le sucre ; son coeur malade comme tuméfié me revient dans la tête par relents ; le blanc, déjà plus qu'entamé et bu à jeun dans l'épuisement du voyage commence à faire son effet. Les derniers fumeurs retournent dans leurs chambres, ou regagnent leurs voitures. Les infirmières ne semblent pas se soucier de l'état d'Anastasia - trop occupées sûrement, baisse d'effectifs - et nous laissent livrés à nous-mêmes dans le halo des lumières de veille. J'aurais envie de dormir sur ce banc, avec elle toute entière : bouteille d'oxygène et rouge à lèvres, chemisier léger ou tunique hospitalière impudique, prunelles turquoises et teint malade, dans toute sa maigreur alléchante et sa tranquillité du bord-du-gouffre.

Le sérieux me gagne alors que je déclare, presque solennellement : "Je ferais peut-être mieux de vous raccompagner à votre chambre. Et puis, comme invoqué par cette phrase, un feux me gagne l'estomac, me gratte la gorge d'un pas-assez, remonte lécher mes tempes qui pulsent sous mes boucles geais. Un sentiment de maintenant où jamais !, urgent, impérieux, voudrait me pousser vers elle. Je lutte, mais tout semble s’appesantir sur ma volonté, sur mon libre-arbitre. Nous ne sommes que des esclaves du déterminisme, j'en suis convaincu, mais ici nous en sommes à du mysticisme. Philosophe scientifique, je deviens maintenant tantrique.

C'est inévitable. "Je me sens un peu ouateux, commencè-je plus bas, m'approchant de son visage. Je suis dévoré par la nuque, mille lionnes m'assènent et même un buffle tomberait sous leurs dents. "Je dois encore me trouver un hôtel, poursuis-je posant mon front sur le sien, sans vraiment la regarder, d'une voix plus basse encore. "Je ne voudrais ... " Les banshees, et les succubes, et les diables, et Cupidon fils-de-satan participent à l'abandon. "pas ...", soufflè-je quasi imperceptiblement alors que je frôle le flanc de son nez avec le mien.

J'allonge un peu ma nuque, et nos lèvres s'épousent comme si toujours elles étaient jumelées. Implosion dans mon ventre, dans mon échine, jusque sous mes ongles. L'onde de choc me fait vriller la mâchoire imperceptiblement, mes yeux se ferment pour ne pas s'enflammer comme un lac de napalm, la chaleur enfin vient s'écraser dans ma gorge et brûle à pourpoint mes lèvres. La marche arrière ne fonctionne plus. Je l'embrasse, lèvres entrouvertes sur ma perdition, le soupir balayant chacune des idées que je ne m'étais pourtant pas faites en arrivant ici.



C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. - Saint Exupéry
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J'ai 39 ans et je vis à Bordeaux, France. Dans la vie, je suis Illustratrice chez Gallimard Jeunesse et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance / Maladie, je suis divorcé et je le vis plutôt dans la dépression.

Je n’ai jamais eu la chance d’avoir des enfants, mon très cher ex époux ne m’ayant pas offert cette chance et étant partie lâchement après la découverte de ma malformation cardiaque, il y a dix ans. Il y a de cela six mois, mon état s’est dégradé au point de non retour, et je vis depuis dans une chambre d’hôpital, en attente de greffe. Le fait d’être si près de la mort me déprime mais me permet d’appréhender les choses différemment. J’ai toujours été plongée dans mon petit univers et c’est ce qui m’a poussée à devenir illustratrice jeunesse.


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L’idée que ses enfants soient dans leur pleine période **harry potter** me fit doucement sourire et je me surpris à penser leur rendre visite un jour pour leur en faire la lecture. Mais ma pensée s’arrêta net, perturbée par deux choses: Un, je ne sortirai peut-être jamais de cet hôpital et de deux… Il n’y a aucune raison qu’il me présente à ses enfants, si ? Si, en tant qu’illustratrice. Au mieux, vraiment, une amie. Ne t’emballe pas de la sorte, Anastasia, tu as l’air aussi candide et naïve que la princesse Anna d’Arendelle. Et ça, c’est pas acceptable peu importe ta condition.
Je fus ensuite surprise du peu d’estime qu’il pouvait avoir de lui même, se qualifiant - tout comme Nietzsche ou LaVey - de « raclure brillante. Il avait certes l’air bourru et négligé, mais de là à se qualifier de « raclure » il y avait tout un monde, tout de même !
Je n’eus pas le loisir de lui exposer mon point de vue sur la question, puisqu’il me proposa de retourner à ma chambre. J’allais approuver gentiment et me défaire de lui à contrecoeur, prenant sur moi pour me dire que ça avait déjà été une belle soirée et que je ne pouvais pas exiger plus de lui telle une enfant capricieuse.
Cependant, ce qui arriva ensuite me pris de court: ses lèvres se posèrent sur les miennes, lentement, après qu’il est balbutié des choses à propos d’un hôtel. Je ferma les yeux, tandis que le goût de ses lèvres se mêlèrent doucement au goût du vin et des macarons précédemment ingérés. Quel divin mélange. Et… Bon sang, ce qu’il embrassait bien. Cela me faisait presque oublier le relent d’alcool et de tabac froid venant de sa part: ce n’était qu’arrière-plan dans ce tableau exquis et spontané. Sentant ses lèvres entrouvertes, ma langue ne pu résister à la tentation et alla éveiller la sienne tandis que mes mains passaient dans ses boucles noires voluptueuses que formaient ses cheveux.
Je me souvins plus qui mit fin au baiser, mais il me laissa pantelante avec une sensation de papillon dans l’estomac … Ou le bas ventre … ? Je me leva rapidement, déboussolée.
« Vous avez raison: je devrais retourner à ma chambre, vous m’accompagnez ? »
Ma voix se fit plus haut perché que je l’aurais voulu et je me mordis nerveusement la lèvre, tandis que mon pauvre coeur tambourinait dans ma poitrine, bon sang, ma vieille ressaisis-toi ! Faudrait pas que ton coeur lâche maintenant.



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J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool.

J'ai deux enfants, Maxime et Axelle, que je garde une semaine sur deux et la moitié des vacances.


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Elle passe ses doigts dans mes cheveux comme autant de malignes couleuvres et sa langue entre mes lèvres vient tourmenter la mienne - qui se voulait, oh, si tranquille. A mesure qu'Anastasia prend de l'assurance dans cette éternité languissante et langoureuse, nous accordons nos ondulations et, j'aime à le croire en tous cas, notre désir. "Le baiser est la plus sûre façon de se taire en disant tout", confiait Maupassant. Guy, mon Guy, si tu avais vécu ce baiser-là, le Horla ne t'aurait jamais tourmenté. Un baiser, oui, dans toute la divinité de l'imprévu, qui vous extirpe moultes promesses des bronches à chaque soupir haletant. On se détache pour que nos coeurs - et surtout le sien, j'imagine - puissent reprendre leur souffle.

Je reste incrédule sur le banc alors qu'elle se lève en toute hâte et me propose hautement perchée de la raccompagner. Je n'ai pas fumé d'herbe, mais j'ai l'impression d'avoir enchaîné six rouleaux. Ne sachant comment rebondir, je me lève à mon tour et acquiesce en hissant mon sac sur une épaule. Nous rebroussons chemin dans l'hôpital encore plus esseulé : mais je n'y vois plus un cimetière, j'y vois un écrin obscur pour recevoir notre idylle, je ne vois que des endroits où j'aimerais l'attirer à moi et parler littérature-philo-dessins-maladie-ouriendutout tout en l'honorant. Ici c'est mon corps qui parle.

Mon intellect, lui, se torture à nouveau. Donner des espoirs à une femme au bord de sa vie, hospitalisée à 800km de mon quotidien, un soir d'été à l'improviste et alcoolisé, c'est peu digne. Les femmes qui s'échouent dans mes draps savent qu'il n'y a pas de promesse, aucune exclusivité, qu'aucune ancre ne me tient sur un port depuis Gabrielle. Ou bien mon affliction vient d'ailleurs - vient du fait que j'aimerais m'ancrer en elle mais surtout avec elle ; que sa dérive m'irrigue ; que le fleuve qui me traverse à sa pensée jaillit de ma poitrine, et non d'ailleurs ; qu'elle est comme l'onde, oui, qui vient désaltérer l'aridité restée d'un ex-mariage inégal. Ce n'est pas l'alcool qui donne pareils effets - je suis alcoolique 183 jours par an, je le saurais si la bibine me rendait amoureux. Amoureux, c'est le mot - "sentiment intense et agréable qui incite les êtres à s'unir".

Nous arrivons, tout en silence, devant sa porte - je ne veux pas y entrer. Je ne veux plus approcher la literie qui la recevra ce soir, fébrile et fraîche, peut-être à nouveau si doucement vêtue. On se fait face, il y a de la tension, et plus que les veilleuses dans les couloirs.

"J'ai été ravi de faire votre connaissance.

Je déglutis. Je m'apprête à lui mentir, évidemment j'ai l'habitude, cette fois néanmoins ma gorge se serre sur ma voix.

"Ceci dit, ce soir, n'y prêtez pas attention. J'ai bu, presque rien dormi, rien mangé, il fallait que ça arrive, vous êtes quelqu'un de brillant. Mais ça ne veut rien dire, vraiment rien. En tout cas je vous souhaite cette greffe de tout coeur, si je puis dire."

D'un demi-souffle, je lui esquisse un sourire plaisantin - un peu crispé, car j'ai envie d'embrasser ses yeux lunaires et de me perdre dans sa poitrine malade, ou l'inverse. Bientôt, toute cette nuit ne sera qu'un souvenir ridé, et je me le remémorerai avec sympathie en parlant de ma vie d'adulte avec mes enfants lorsqu'ils auront eux aussi la 40aine. Bientôt, je l'oublierai, il le faut. Je suis père, professeur, amant. Au grand jamais, plus jamais, ne serai couple - aliéné.



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J'ai deux enfants, Maxime et Axelle, que je garde une semaine sur deux et la moitié des vacances.


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Deux semaines s'étaient passées avant qu'elle ne m'écrive pour m'anoncer qu'elle était remontée dans la liste d'attente pour recevoir un coeur. Quelques autres jours encore pour qu'elle puisse se réjouir, en fin de matinée, d'une opération programmée à 16h. Nous sommes en août, et hormis préparer les cours de la rentrée et avancer mon propre sujet de recherche sur Carl Gustav Jung, je me situe entre disponibilité et oisiveté assumée. Je n'ai pas réfléchi - encore. Une envie de la voir sûrement, mais que j'aurais pu congédier avec quelques verres. Surtout, en réalité, une envie d'être là. Pour elle, ou pour moi. Je ne suis plus trop sûr. Je ne réponds qu'un mot à son mail : "J'arrive".

Je n'arrive pourtant pas avant 22H à Bordeaux, même en sautant dans le prochain train. Je galoppe pour arriver à quai à temps et m'engouffre dans la ramme à cinq minutes du départ. Je n'ai pas le temps de bifurquer à la confiserie, mais j'ai une correspondance à Paris où j'achète plus qu'il n'en faut de macarons au caramel et de fleurs. Je suis stressé pour son opération, bien moins tranquille en effet qu'il y a des semaines où je lui ai rendu visite sans songer qu'il y aurait un Avant-Anastasia et un Après-Anastasia. Sans songer en effet qu'il y aurait son baiser, et ses yeux, et toute sa petite personne délicate et savoureuse qui ferait soupirer un défunt.

Je ne mange rien - pire, je ne lis rien de la journée. J'enchaîne les cigarettes mais elles enflent ma nausée déjà présente. Je compte les heures et l'imagine - elle doit être préparée à l'opération ; elle doit attendre le contrôle de l'anesthésite ; elle doit angoisser seule ; etc etc. Je parcours internet avec mon téléphone pour trouver toute information sur ce qui l'attend : elle sera en service de réanimation pour surveillance rapprochée 2 ou 3 jours, puis en chambre 2 semaines, et enfin dans un service de rééducation cardio-vasculaire. Je ne serai pas là pour tout ça. Les enfants doivent encore venir d'ici là, et la rentrée, et la vie continue alors qu'elle sera allongée à l'autre bout du pays, esseulée. Elle me manque rien que d'y penser.

Il fait nuit lorsque j'arrive en gare. Le taxi est cette fois moins coûteux - je sais déjà de quel hôpital il s'agit. J'arrive à son étage et demande aux infirmières où est ma soi-disante femme. L'opération s'est bien passée car Madame a pris grand soin de sa santé jusqu'ici, mais elle ne s'est pas encore réveillée. Elle est encore au bloc jusqu'à ce que ses paupières s'ouvrent.

Je les remercie et rejoins les toilettes pour vomir - une forme de soulagement ? - et une envie de pleurer me mord le visage sans que je ne me laisse pas faire par ces loups des lagunes. Malgré les risques importants liés à l'opération, personne ne me fait signer de décharge - j'en conclus qu'ils ont bien compris que je n'ai pas de réel lien marital avec Anastasia. Ceci étant, elle n'a que moi, ils l'ont bien vu.

Après une rapide toilette et suivant docilement les indications du personnel médical, je me présente en service de réanimation. Anastasia - son prénom a de plus en plus de corps pour moi - est entre deux sommeils mais disposée à gagner sa chambre ici. Elle apparaît enfin après quelques heures encore, des tubes lui sortant de tous les pores, de larges drains plantés dans sa poitrine blême, perclues d'électrodes et perfusions de tous ordres. J'aimerais qu'elle s'éveille et qu'elle meure tout à la fois. Pour la première fois depuis la naissance d'Axelle, je ne songe pas à la philo.

Je tire une chaise aux abords de son lit, prends ses doigts libres et froids dans ma main, et la regarde dormir, intranquille. Je serai là pour son réveil.



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C’était le fameux jour. Aujourd’hui était le fameux jour. Je n’arrivais même pas à écouter ce que disais les médecins, de toutes façon, je connaissais déjà le topo, j’avais même déjà signé la décharge, lorsque l’état de mon coeur avait atteint un point critique, il y a une semaine. Malgré tout, une partie de moi continuait de se demander si j’étais « digne » de recevoir ce nouveau coeur, mais d’après la psychologue c’était normal et elle est supposée m’aider à traverser cela. Je devrais aussi voir une nutritionniste car le traitement anti-rejet m’obligerais à ne pas faire n’importe quoi avec ma santé non plus, en plus d’éliminer le peu d’espoir d’être maman qu’il me restait. Mais bon, vu mon âge, cet espoir, je me doutais bien qu’il ne ferait pas long feu.
Heureusement pour moi, le médicament pour me détendre avant d’aller au bloc fus particulièrement efficace sur moi, c’est donc totalement dans les vapes que je rejoignis le bloc, toute question et sentiment de stress envolé.
J’émergea une première fois sans aucune notion de temporalité, un goût de sang sur les lèvres et la gorge en feu, un peu paniquée car je ne me souvins pas que l’anesthésiste m’avait prévenu que ça arriverait lorsque qu’on me retirerait le tube. Une main chaude et vaguement familière tenait la mienne. Qui ? J’étais pourtant si seule… Je tourna lourdement la tête sur le côté… et puis je me sentie sombrer à nouveau, sans pouvoir lutter, la forme d’un visage familier imprimé sur la rétine de ma paupière.
J’émergea une seconde fois, toujours sans notion de temporalité et avec cette douleur à la gorge mais sans l’odeur et le goût du sang et, mon visage était toujours tournée vers lui. Claude. Il était là. Il était venu. Je me mis à pleurer malgré moi, incapable de contenir la moindre émotion dans mon état.
« Merci…d’être venu… » Murmurais-je d’une voix rauque et douloureuse.
Je voulu bouger pour me redresser mais rien ne se passa et je ne réussis qu’à m’arracher un grognement de douleur qui me fit ensuite tousser. Ma gorge n’apprécia pas l’initiative et de nouveau ma bouche s’emplit de sang, tandis que mes lèvres passaient du rouge à lèvre au rouge sang et que les larmes coulaient toujours.



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Perdue entre sommeil et douleur, il est près de 4h du matin lorsqu'elle me reconnaît. Son visage est torturé, tout son corps est à fleur de peau et son âme prise dans ses cils - elle en déborde par grosses larmes alors que sa voix d'outre-tombe prononce un remerciement. Je l'intime de se taire d'un chhhht qui lovait déjà mes enfants dans les bras de Morphée, et passe une main sur son front - la chaleur de ce puissant été est insupportable dans cette chambre aux meurtrières condamnées, Anastasia est trempée de sueur, les lèvres sèches.

D'un gant de toilette humide, je rafraîchis de mille précautions ma funeste Vénus, je le presse sur sa bouche pour qu'elle puisse boire un peu de son eau - il lui est encore interdit de boire ou manger jusqu'à huit heures demain -, descends dans son cou absorber la transpiration qui la parcourt par rigoles. Je ne vais pas plus bas, ni avec le gant de toilette, ni avec les yeux. Sa poitrine, enguirlandée dans six milliards de pansements, s'offrirait pourtant à moi, mais il est hors de question que je profane ce corps malade.

Je m'installe à nouveau près d'elle, recueille ses larmes à même sa peau du dos de la main, laisse encore parcourir mes doigts dans ses cheveux - je ne sais que faire pour focaliser son attention ailleurs que dans sa trachée labourée ou sa poitrine immolée. L'amour propre, disait Rousseau, sert à préserver sa vie. Je n'en n'ai jamais manqué. En revanche, poursuivait-il, l'empathie sert à préserver la vie de nos semblables - ceci je le découvre enfin pour autre que mes enfants. Ce désir de lui arracher sa douleur, sa maladie, de la serrer dans mes bras sinon dans mes yeux. De la chérir enfin, ad vitam eternam.

Lorsque je devine, à tort ou à raison, qu'elle gagne en lucidité, je la rassure tout bas - "Votre opération s'est bien passée, Anastasia. Vous avez été très forte, reposez-vous tout votre soûl maintenant, je reste."


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Je n’ai jamais eu la chance d’avoir des enfants, mon très cher ex époux ne m’ayant pas offert cette chance et étant partie lâchement après la découverte de ma malformation cardiaque, il y a dix ans. Il y a de cela six mois, mon état s’est dégradé au point de non retour, et je vis depuis dans une chambre d’hôpital, en attente de greffe. Le fait d’être si près de la mort me déprime mais me permet d’appréhender les choses différemment. J’ai toujours été plongée dans mon petit univers et c’est ce qui m’a poussée à devenir illustratrice jeunesse.


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La tendresse avec laquelle il m’intima de ne pas forcer pour parler, m’arracha des frissons et un léger sourire. Il avait cette assurance rassurante de l’homme à la tête d’une famille, et, je n’avais pas les mots pour lui exprimer ma reconnaissance, ni même à quel point j’étais contente qu’il soit le premier visage que je vois à mon réveil - de toute façon, je ne pouvais pas tellement parler.
Je fus reconnaissante également qu’il me passe un coup de gant, consciente sans avoir conscience qu’il faisait chaud. Je me défis d’une main lourde les draps, sans avoir conscience de ma quasi nudité totale. Je lui fis signe qu’il pouvait ne pas s’arrêter au visage, tout en m’endormant sous les caresses qu’il prodigua dans mes cheveux, sans pouvoir prêter attention à ce qu’il me déclara.
Je me réveilla une nouvelle fois, cette fois-ci dans la douleur, qui m’arracha une plainte tandis que je me recroquevillais. Cette douleur, perfide, partait dans ma poitrine, me faisant suffoquer et irradiais mes membres. Je ne sais pas combien de temps passa mais, j’entendis des voix sans les distinguer et je senti une aiguille percer ma peau. La douleur fini par partir, me laissant cette fois-ci bien alerte et réveillée. Je réalisa que je n’étais qu’en culotte, celle fourni par l’hôpital en plus, et que Claude était toujours à mes côtés. Avait-il seulement ne serais-ce que manger ou dormi ? Ma main toujours dans la sienne je demanda en un murmure essoufflée, tordue par la douleur précédente.
« Allez vous reposez… visiblement je suis en vie. »
Je tenta de rire, mais ma gorge me fit comprendre que ce n’est pas encore une bonne idée. Mon ventre gargouilla et je remonta un peu la couverture sur moi, mais, me rendant compte de l’entrelacs de fils desquels j’étais prisonnière, je laissa tomber, essoufflée par cet exercice. Mon ventre gargouilla et j’étais partagée entre la sensation de nausée et l’envie de manger, toujours prudemment, je me renseigna:
« Désolé pour la vision digne de Guernica… Il est quel heure ? Je peux boire et manger ? »
Je me sentais étrangement en confiance avec lui, suffisamment pour le laisser me voir dans de pareil condition, sachant bien qu’il ne sexualiserait pas la chose dans de pareil condition bien que le souvenir de notre langoureux baiser se frayait un chemin, de façon perfide, dans ma mémoire embué par l’anesthésie.  


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Claude
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J'ai 40 ans et je vis à Nancy, France. Dans la vie, je suis prof de philo et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis divorcé et je le vis plutôt dans l'alcool.

J'ai deux enfants, Maxime et Axelle, que je garde une semaine sur deux et la moitié des vacances.


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Neuf heures. Elle se réveille par la douleur et il m'est de plus en plus difficile d'assister impuissant au tourment de ses chairs. J'ai veillé toute la nuit sur son corps nu, laiteux, souffreteux, alternant eau fraîche et caresses dans son visage et sa chevelure. Pas une fois n'ai-je pourtant eu la sensation de toucher son enveloppe charnelle - au contraire, je ne m'étais jamais senti si proche de son âme qu'en éventant ses flancs bouillants et frôlant ses épaules frissonnantes. Un expérience cartésienne, entre substances pensantes ... pouvait-elle penser dans ce sommeil artificiel ?

Au matin enfin, neuf heures donc, on lui administre ce qu'il lui fallait de morphine ou dérivé dont j'ignore la composition pour l'éveiller un peu plus confortablement. Elle réalise sa nudité avant moi, en réalité, et cherche à récupérer un peu de pudeur - vite découragée par l’entrelacs de tubes et câbles assurant la connexion entre son corps et le monde des vivants. Anticipant la faiblesse de son souffle, je m'approche de son visage pour l'entendre. La voilà qui évoque Guernica, et si le tableau laisse bien l'effet d'un Picasso - "Que suis-je en train de regarder ?" -, elle est incomparablement plus magnifique que n'importe laquelle des toiles de cet affreux jojo. Je déteste Picasso, alors que je l'adore, elle. Elle toute défunte et plus vivante qu'un riche rouge. Elle transfigurée par la douleur mais tellement plus expressive que son cubisme à deux balles. Elle plus vaillante qu'un coup de pinceau et forte qu'un cadre en bois massif. Plus noble que les dorures enfin, même celles de Klimt. Je ne réponds rien.

Elle a faim, ça me soulage. "Il est neuf heures." Je m'en retourne informer l'infirmière qui arrive avec un peu de pain et jambon blancs, et de l'eau. "Repas de monastère, dis-je. J'ai hâte de pouvoir mettre mes macarons à contribution." Je souris en ouvrant les emballages individuels fournis sur le plateau délavé.

Je me sens apte à faire face à l'épreuve de l'alimentation. Gabrielle a subi une césarienne pour Maxime, et je me conduis à peu près de la même manière avec Anastasia qu'avec elle à l'époque - ici, malheureusement, sans mon nourrisson premier né. "On va essayer de faire en sorte que le pain sec ne fasse pas fausse route, je crois que vous n'avez pas besoin d'une quinte de toux. Je vais vous relever un peu, la préviens-je." Avec toutes les précautions du monde, je m'assois derrière l'oreiller d'Anastasia, adossé à la tête de lit, l'installant à peine inclinée avec son coussin sur mon buste. L'opération prend près d'une demi-heure tant je m'affaire à ne pas la faire davantage souffrir. Par moments néanmoins, malgré mes prestidigitations, je la sens se crisper silencieusement.

Une fois enchevêtrés ainsi, j'attire le plateau à nous - avec une perfusion à un bras, et un brassard de tension à l'autre activé toutes les 15 minutes, la pauvre est opérée du coeur mais paralysée entièrement. J'assemble de petites tartines avec le peu de ressources dont nous disposons. Je ne dis rien, je ne veux pas qu'elle s'époumone à me répondre. A cet instant simplement, comme il arrive si peu, je sens que je suis à ma place. Son petit corps frêle et son âme à peine plus épaisse m'expulsent du temps. D'aucuns, comme Proust, diraient qu'il s'agit là du seul bonheur - l'extratemporalité.



C'est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante. Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé. - Saint Exupéry
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Anastasia Duffour
J'ai 39 ans et je vis à Bordeaux, France. Dans la vie, je suis Illustratrice chez Gallimard Jeunesse et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma malchance / Maladie, je suis divorcé et je le vis plutôt dans la dépression.

Je n’ai jamais eu la chance d’avoir des enfants, mon très cher ex époux ne m’ayant pas offert cette chance et étant partie lâchement après la découverte de ma malformation cardiaque, il y a dix ans. Il y a de cela six mois, mon état s’est dégradé au point de non retour, et je vis depuis dans une chambre d’hôpital, en attente de greffe. Le fait d’être si près de la mort me déprime mais me permet d’appréhender les choses différemment. J’ai toujours été plongée dans mon petit univers et c’est ce qui m’a poussée à devenir illustratrice jeunesse.


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Il me prévint qu’il allait me remonter afin que le repas ne se termine pas en un désastre pour ma gorge meurtrie, mais je ne compris pas ce qu’il comptait faire jusqu’à ce qu’avec lenteur et précision, il me plaça sur lui, l’oreiller sur son torse. Je le regarda assembler des tartines. Honnêtement, le repas me coupait l’appétit mais el voir prendre soin de moi de la sorte me dissuada d’émettre une quelconque protestation: je voulais manger ces tartines. Non pas parce que ces tartines me faisaient envie - loin de là - mais parce que l’observer faire ça pour moi, me donnait l’impression d’être quelqu’un d’important à ces yeux. Cette idée, bien qu’elle soit peut-être un fantasme de ma part, me fis d’autant plus apprécier notre proximité et me fis penser à autre chose qu’à cette douleur assommante. Je pouvais sentir son odeur: mélange de cigarette et de parfum. D’habitude l’odeur du tabac froid me répugnait, mais là, elle faisait partie du personnage: ce dandy un peu perché qui planait à coup de joint, d’alcool et de philosophie. Cette pensée me fit sourire tandis que je tenta de prendre une première tartine mais la morphine émoussait mes sens et mon esprit, et sans que je comprenne trop comment, la tartine tomba mollement sur moi. Je soupira, tentant désespérément de rattraper ma bourde, mais je ne fis qu’en mettre partout, tel un petit enfant maladroit. Aussi, du-je me ressouder à laisser cet homme me choyer d’avantage et le laissa me nettoyer avant de me nourrir. Je m’excusa d’un faible murmure de ma maladresse, les joues rougies lorsque sa main s’affaira à nettoyer mon corps de mon désastre alimentaire.
Il me nourrissait donc, mais je ne pu manger grand chose: le pain sec faisait terriblement souffrir ma gorge qui ne manqua pas de protester à grand coup de douleur et même, de nouveau de sang. Mais ils étaient tarés dans cet hôpital pour me donner du pain alors que ma gorge criait déjà « au secours ! » Depuis de longues heures. Je pense en réalité qu’ils n’y avaient pas penser ou alors je ne devrais déjà ne plus avoir mal ? Quelque chose n’allait pas ? C’est vrai ça, j’étais opérée, pourquoi j’avais encore si mal à la poitrine ? Je remettais la greffe ou autre ? Inconsciente que mes pensées n’étaient pas vraiment cohérentes, je me mis à paniquer, et j’eu du mal à respirer.
« Je vais pas m’en remettre, je vais quand même mourir, de toute façon, je mérite pas cette greffe. » Suffoquais-je.
En proie à la panique, incapable de sentir les battements de ce coeur si étranger, un coeur qui n’était pas le mien mais celui d’une personne plus méritante, l’appareil qui mesurait les battements de mon coeur commença à s’affoler, remarquant bien une hausse anormale.  


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