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 Chap.1 et 2- "Il faut que le noir s'accentue pour que la première étoile apparaisse".C.Bobin ✯✯ Dharma ✯✯

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Cassiopée
Desnuits

J'ai 30 ans et je vis à Paris, en France, mais j'ai accepté un poste de compagnon de sobriété à Los Angeles. Dans la vie, je suis psychologue et je m'en sors avec plein d'étoiles dans la tête. Grâce à la fragrance de la destinée, je suis célibataire et je le vis plutôt de manière étrange, en rêvant.

En quête du Prince Charmant, parce qu'elle veut vivre ses rêves et non rêver sa vie, parce qu'elle aime se perdre dans les méandres de l'Infini, parce qu'elle a soif d'Absolu, parce qu'elle pêche les étoiles au bord de la Lune, parce qu'elle le trouvera...Tôt ou tard. Peu importe ce que ça lui coûtera.

Kat Von D-Vanish
Sigur Ros-Valtari
Svrcina-Astronomical

Les ailes déployées, elle se coula dans le courant ascendant, là-bas, si haut, si loin...D'une infinie délicatesse, elle emprisonna les grains d'argent entre ses doigts puis se laissa aspirer par le vent. Elle vola toute la nuit, inlassable, et d'un battement d'ailes, se posa enfin, sans bruit.Ouvrant lentement le creux de ses mains, elle souffla avec légèreté, les yeux mi-clos, un sourire d'ange aux lèvres.
La poussière d'étoiles effleura alors l'air doux qui chuchotait et s'en fut, aérienne, invisible, se déposer sur son cœur.


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Le Chêne un jour dit au Roseau :
" Vous avez bien sujet d’accuser la Nature ;
Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau.
Le moindre vent, qui d’aventure
Fait rider la face de l’eau,
Vous oblige à baisser la tête :
Cependant que mon front, au Caucase pareil,
Non content d’arrêter les rayons du soleil,
Brave l’effort de la tempête.
Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphyr.
Encor si vous naissiez à l’abri du feuillage
Dont je couvre le voisinage,
Vous n’auriez pas tant à souffrir :
Je vous défendrais de l’orage ;
Mais vous naissez le plus souvent
Sur les humides bords des Royaumes du vent.
La nature envers vous me semble bien injuste.
- Votre compassion, lui répondit l’Arbuste,
Part d’un bon naturel ; mais quittez ce souci.
Les vents me sont moins qu’à vous redoutables.
Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu’ici
Contre leurs coups épouvantables
Résisté sans courber le dos ;
Mais attendons la fin. "Comme il disait ces mots,
Du bout de l’horizon accourt avec furie
Le plus terrible des enfants
Que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs.
L’Arbre tient bon; le Roseau plie.
Le vent redouble ses efforts,
Et fait si bien qu’il déracine
Celui de qui la tête au Ciel était voisine
Et dont les pieds touchaient à l’Empire des Morts.

Jean de la Fontaine, Le Chêne et le Roseau

Le vide d'Alastar lui retournait le cerveau...Malaise ressenti au-dessus du vide, se traduisant par la sensation d'être attiré par celui-ci et par des pertes d'équilibre *
Elle vacilla...Sensation erronée de déplacement de l'espace  par rapport au corps, liée à un déséquilibre entre les deux appareils vestibulaires*
La situation était surréaliste...Trouble dû à quelque chose d'intense*

Stupéfiée, l'intruse fixait, de ses pupilles dilatées par la nuit, l'homme réveillé. Muette, incapable d'une quelconque réaction, son palpitant battait la chamade. Elle haletait sans bruit.
Non! Non! Non! Ce n'était pas ainsi que cela devait se passer! Maudite maladresse! Elle avait échoué, détruisant cet ultime avantage dont elle espérait réparer les humiliations dont il l'avait abreuvée durant tous ces jours difficiles, si difficiles...Elle s'était tellement et désespérément accrochée à ses espoirs de rédemption, de guérison!

Pauvre fille rêveuse...Tu as appris, à tes dépens, qu'il existe des maux vampires, condamnés d'avance, que rien ni personne ne peut restaurer.

Elle était allée au bout de ce qu'elle pouvait faire, utilisant toutes les ressources possibles, toutes les connaissances accumulées et expérimentées. Démunie, sise à la bordure de son territoire à lui, elle avait atteint cette zone intime où nul ne pouvait s'avancer. Son entière liberté lui revenait de droit, elle ne pourrait plus œuvrer sans son accord ni une quelconque envie de s'en sortir, fût-elle infime. Elle avait essayé et s'y était brûlée les ailes. La mort dans l'âme, elle découvrait avec douleur ses propres limites, les siennes, et se devait de respecter son choix de ne pas être sauvé.
La raison lui avait commandé, in fine, de capituler, lui offrant en conséquence un blanc-seing mortifère. Ne fallait-il pas, au bout d'un moment, lui foutre la paix? De surcroît, un orgueil d'égo malmené, l'avait menée à une fatale décision: partir, partir loin d'un tourment qui finirait par la briser. Il fallait bien sauver sa peau, ce n'était qu'un boulot.

Mais tu sais, au fond de toi, dans ces strates secrètes que toi seule a explorées, qu'il y a un espoir. Il y aura toujours de l'espoir en toi. C'est ainsi. La mort t'a mise à terre, mais sans te briser. Alastar t'a maltraitée, mais sans te détruire. Ton Espérance, envers et contre tout, est ta grande faiblesse, mais aussi, ta force suprême.

Le cœur n'y était pas cependant, elle l'avait occulté, parce que c'était plus facile, parce qu'elle s'était épuisée à accompagner cet homme malheureux, qui ne faisait aucun effort pour survivre, déchargeant son mal-être sur elle, vomissant sa plèbe à tout ce qu'elle proposait. Son âme pesait un âne mort et elle n'avait plus la force de l'extirper de ses ténèbres sans son aide. C'était impossible.

Elle l'avait surpris dans son sommeil. Penchée sur l'endormi, une merveille, inattendue, avait pointé le bout de son nez, sortant de sa cachette: Alastar Black se révélait un être empli d'une infinie douceur. Elle aurait pu lui en vouloir, détestant par contraste, sa performance d'indifférence, son expertise à faire mal, à mépriser. Mais sa nature secrète était toute autre, de fait. Le destin lui soufflait un autre chemin, encore une fois. “Reste”, lui avait susurré la petite voix, à l'unisson de son instinct. Elle s'immergerait donc de nouveau dans l'inconnu. Oui, elle restera, cherchant, de nouveau, des solutions pour le sortir de cet enfer.

Alastar, le Souffrant, encore prisonnier des limbes d'un sommeil malade, chuchota malgré lui, le prénom de sa bien-aimée défunte. Après le vacarme de la porcelaine, le silence devint si épais, qu'elle l'entendit.
Dure et mauvaise, la voix du Condamné s'éleva dans les airs, frappant si brutalement la conscience de Cassiopée, qu'elle en sursauta. Et son regard venimeux et empoisonné, la transperça de part en part. Piquée à la réalité, elle déglutit douloureusement, la gorge serrée. Les pensées absconses, tel un automate, elle s'agenouilla alors, incapable de lui obéir, et se mit simplement à ramasser les débris, se donnant une contenance. Elle l'ignorait, à défaut de savoir quoi dire, quoi faire. “Au moins, que je nettoie”.
Au premier contre ordre, elle s'arrêta, le geste inachevé. Elle avait mal entendu, bien sûr. Au second, elle se pinça les lèvres, abasourdie. Comment avait-il su?! Terminant de rassembler les plus gros morceaux du vase brisé, elle finit par se lever et lui fit face. Elle allait lui répondre quand tout à coup, il se mit à tousser et là, quelque chose se déclencha dans sa mémoire.

Elle avait déjà entendu cette manière de tousser.

Machinalement, tout en parlant, il se frotta le nez à plusieurs reprises, se grattant les avant-bras.

Elle avait déjà vu ces réflexes, incontrôlables.

Les pièces du puzzle s'assemblèrent, lentement. Elle écoutait à peine désormais. Quelle importance, il raillait, comme d'habitude.

Il se droguait.

Les signes étaient suffisamment explicites pour ne pas remettre en cause une évidence. Comment avait-il bien pu faire, pour occulter, à la perfection, tous ces ravages? Comment n'avait-elle rien déceler?

“Quelle belle malignité machiavélique, Alastar! Tu as vraiment été extrêmement futé à me dissimuler tout ça! Quelle intelligence et quelle énergie employées à t'être moqué de moi, sur tous les plans!”
Une colère sourde gronda en ses entrailles. "Quel fumier! Pauvre type!" Mais les spectres de son épouse et de son enfant morts l'empêchèrent de sombrer dans le dégoût d'un tel mensonge. “Mélody...” La manière dont il l'avait murmuré s'imposa à son esprit et elle continua de se taire.

Le voile s'était déchiré. Sans le vouloir, il lui offrait la clef de toutes ces heures passées à ses côtés, sans résultats. Les inquiétudes, les questions sans réponses, les solutions qui n'en étaient pas, les tentatives échouées, les discussions avortées, le respect bafoué, le mépris usé et abusé, les silences hautains, les ironies, les humiliations, la violence d'indifférence, l'arrogance glorieuse...

C'était d'une lâcheté...De cette lâcheté d'épuisement qui caractérise les agonisants de la vie. Une aphasie d'amour pour une autolyse silencieuse.

Il se suicidait à petit feu.

Il l'avait toujours un peu impressionnée. Elle l'admira d'autant plus pour le courage extraordinaire dont il faisait preuve, afin de faire bonne figure. Faire croire que tout allait bien, à peu près. Il ne recevait aucune visite, jamais. Les gens, de l'extérieur, ne savaient donc pas, ne pouvaient déceler à quel point il souffrait. Seule l'intimité du quotidien pouvait éclairer les consciences d'une telle géhenne.

Elle le laissa dire, jusqu'à ce qu'il se taise. Épurée de son impuissance et de son incapacité à le soigner, qu'elle n'avait pas comprises et pour cause, la compagnon de sobriété soupira la paix retrouvée.

Si tout s'ajuste, c'est que c'est le bon chemin. N'est-ce pas Cassiopée?

Bénie soit cette intuition de ne pas partir! Oh, bien sûr, cela serait encore bien complexe et ardu, mais la donne avait changé. Il allait en baver, à son tour, mais différemment de ce qu'il avait connu jusque-là. Du moins, l'espérait-elle.

“...si le ciel est éclairé.“

Elle se mit à sourire. C'était terminé. Tout allait commencer. Peut-être, peut-être pas.

-A vos ordres, Monsieur Black, persifla t-elle à son tour.

La voix claire et assurée claqua dans la pièce. Elle s'avança près de l'entrée, tâtonna le mur et appuya sur l'interrupteur. A l'instant même où la lumière inonda la chambre toute entière, elle marcha  d'un pas militaire jusqu'à lui et sans lui laisser le temps de réagir, saisit fermement son bras droit, découvrant les traces rougies de piqûres et planta un regard de feu dans ses prunelles dilatées:

-Je suis réveillée, vois-tu, Alastar, tu n'auras pas besoin de le faire. Et comme tu peux le constater, le ciel est plus qu'éclairé, il est il .lu.mi.né, scanda t-elle dans une tendre ironie.
-Tu vas m'écouter très attentivement: soit je te dénonce au docteur Michaelson, avec un rapport circonstancié et tu retourneras en institution spécialisée. Tu seras définitivement débarrassé de ma présence horrifique, je te le garantis. Je sais y faire pour ça, vois-tu, je sais comment ça marche et ce qu'il faut faire et dire et écrire: tu es un danger pour toi même, et drogué jusqu'à l'os. Je peux en faire dix pages. Imparable. Et si vrai, n'est-ce pas, Alastar?


La douceur du ton ne présageait guère des paroles dictatoriales, qui ne laissaient aucune place à une négociation quelconque.

-Soit, on gère ça ensemble, personne ne saura, tu as ma parole. Tu resteras libre comme l'air, enfin, presque.  Mais la condition est que tu me donnes toute ta poudre, là, tout de suite, et les clefs de ta maison.

Déterminée, presque dure, elle continua sans hésiter:

-Tu décides, maintenant. Et ce ne sont pas des paroles en l'air. Je ne joue pas Alastar, je ne mens pas. Je ne cache rien. Je ne juge pas, je ne TE juge pas. Cela se déroulera tel que je le dis. Et je respecterai ton choix, crois moi, quel qu'il soit. Je ferai ce que j'ai à faire, ni plus ni moins.

On lui avait enseigné la nécessité de briser les barrières que les drogués érigeaient contre les autres, proches ou non, ainsi qu'entre eux et la réalité. La plupart vivaient dans le déni de leur addiction. La prise de conscience de leur dépendance était une première étape indispensable. Le tutoiement, thérapeutique, aidait à cette proximité réparatrice. Même si trop souvent, ils exécraient cette violation de distance qui leur permettait de s'adonner à leur diabolique servitude, convaincus de réussir à mystifier les soignants.
Elle fit une légère pause, inspirant un peu d'air, les yeux fermés. Le temps d'un battement de cil, elle prit le temps de se concentrer. Un étranger, ignorant la langue, eût pu croire que la jeune femme susurrait des verbes d'amour, tant l'inflexion de timbre prit soudain, une intonation angélique.

Mais les mots terribles, les terribles mots, s'alignèrent, alors qu'elle se penchait un peu vers lui, afin de se trouver à peu près au même niveau que ses yeux:

-Tu as oublié l'amour de Mélody, Alastar. La destruction que tu t'infliges bafoue cet amour qu'elle te porte, qu'elle t'a porté. Tu foules à tes pieds la confiance qu'elle t'a donnée. Au nom de votre petite fille, tu aurais pu honorer sa mémoire sans te perdre. Elle te voit du Ciel, Alastar, elle te voit à chaque seconde, à chaque minute qui passe. Mais la drogue assombrit son Paradis et elle ne peut pas reposer en paix.

Son regard, humble, se posait sur lui.

-Elle n'aurait jamais voulu ça. Tu le sais pertinemment. Nous le savons tous les deux.


Il fallait bien, à un moment ou un autre, curer cette plaie insondable. Cassiopée le charcutait encore davantage, à vif, disséquant sa peine crûment et sans pudeur. Ses paroles creusaient un sillon sanglant de vérité. L'échappatoire s'était éteinte, révélant son mirage mortifère. Et tous deux  jouissaient de la liberté de s'abandonner : l'un, à la Vie, l'autre à un lâcher prise.

Un même mouvement. Une même générosité de survivance.

Mais s'il tenait tant à se détruire, elle n'y pourrait rien. Elle ne pourrait agir sans sa volonté, librement consentie, de tenter de s'en sortir. Ils avaient atteint un point de rupture.

S'il refusait, elle ne reviendrait jamais dans la cité des anges.

*Vertige, définition du Larousse
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Dharma
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Alastar Black
J'ai 37 étoiles déchues et je vis à Los Angeles, aux USA. Dans la vie, je suis plus rien... à peine Astrophysicien et je m'en sors pitoyablement mal. Sinon, grâce à mon malheur, je suis veuf et je le vis excessivement mal (no shit, Sherlock).
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Empereur incontestable de sa propre déchéance, il a l'autodestruction en Sublime, écopée par ses peines. Charmante petite famille à en devenir réduite à néant, femme et enfant, il n'est resté du rêveur d'antan que l'absolu rien et la dépendance à l'illusion bienfaitrice. À peine de quoi faire briller quelques étoiles le prenant en pitié. Ô Melody, Alastar a tristement rendu son dernier souffle à tes côtés.
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Et lorsqu'il ouvrit les yeux, elle n'était plus là. Disparue dans le mystique de ses rêves cauchemardesques. Évaporée dans les rivières pourpres de son inconscient portant magnifiquement bien son nom. Évanouie dans des draps inaccessibles, étrangers, si semblables aux siens. Échappée de son auto-destruction, dans un autre monde, sur une autre planète. Elle était si loin. Il avait mal de son absence drastique. Encore. Voilà longtemps qu'il n'avait pas rêvé d'elle d'une aussi douce chanson. Mais les notes doucereuses s'étaient bien moquées de lui, à la fin; que la douleur. Toujours. Que la douleur. Charmante douleur. Elle ouvrait bien des plaies, et lui, Professeur Black détraqué, la laissait volontiers le charcuter. Peut-être que la raison était toute autre. Peut-être était-il faiblement tomber un petit peu amoureux d'elle également le temps d'un voyage ou deux. Chuut. Oh, Melody n'en saurait jamais rien.

Elle n'est plus là. Depuis si longtemps. Combien d'années ? Peut-il seulement l'oublier ? Non. Évidemment. Douze ans et deux mois.

Ne restait plus que l'ombre d'un rire chantonnant, la phosphorescence d'un regard diamant, l'intouchable d'un sourire éternel, le mensonge d'une présence oubliée.

Elle n'était plus là. Mais lui, si. La douleur aurait du s'estomper avec les années, c'était ce que l'on n'avait pas cessé de lui répéter. Il n'en pouvait plus. Heureusement, maintenant, il n'avait plus personne. Non, vraiment aucune, pas même celle portant le nom d'une constellation. Alastar, ça le faisait sourire. Il acquiesçait bêtement, à l'époque : « Tu as surement raison. » en pensant tout bas qu'il ou elle avait surement tort. Et puis cela s'était avéré avec le temps qui n'arrangeait rien. Ce sale traitre. Le temps. Il avait aimé l'étudier, jeune élève du Professeur Orion. Le temps. Il était compliqué, mais passionnant. Il n'y comprenait rien au début; à son fonctionnement, à son utilité, à sa composition.

L'on dit que le temps est aisé à percevoir, mais difficile à définir. Il est modulé par nos émotions en neurosciences, irréversible en physique statistique, seulement local en relativité, fluctuant en biologie. Est-il impossible d'en donner une définition universelle ? Pour certains physiciens, le temps n'existe tout simplement pas...

Pour le tout jeune britannique à la chevelure de jais, ce n'était pas vrai. Il aimait à rêver qu'il parviendrait un jour à l'attraper. Rien que ça. Le Professeur Orion en riait souvent, il trouvait l'idée ambitieuse. Mais pas Alastar. Ce n'était pas une blague. Un jour, le temps viendrait à lui pour lui offrir ses soupirs... Et il comprendrait tout! Ce jour ne vit évidemment jamais la lueur de la nuit. Alastar ne comprenait pas plus le temps maintenant qu'il ne l'appréciait. La brève relation qu'ils eurent dans les années 90 n'était que poussière sans intérêt. Ridicule. Il laissait l'histoire compliquée du temps aux autres physiciens. C'était mieux ainsi. Une énième histoire d'amour balayée, gâchée, ignorée.

In Flames - Digital Daggers

Lorsqu'il comprit que ce n'était qu'elle, l'Autre, pas la vrai, il se sentit partir, dépérir dans un Ailleurs loin de tout. De cette vie morbide et de cette mort qui l'appelait mais qui ne semblait pas bien plus glorieuse. Il était bloqué entre deux mondes. Assis sur le bord de son lit, les mains plaquées contre son visage encore endormi, il s'amusa un peu de Cassiopée, par habitude, mais le cœur n'y était pas. De toute façon, était-il jamais là ? Elle comptait partir. Très bien. Il serait enfin tranquille. Il aurait été sympathique qu'elle s'en aille maintenant, tout de suite. Qu'elle se casse pour ne plus jamais lui pourrir l'existence. En voilà une idée. Mais c'était mal connaitre cette sale petite peste française. Dans un soupir, il l'observa ramasser bêtement les morceaux de porcelaine. Puéril, il espérait qu'elle se coupe et parte chouiner dans les toilettes. Mais, là, encore, c'était mal connaitre la rousse. Ah, ce qu'elle pouvait être prévisible.

La tournure que prit la situation après ses dernières plaintes lui prouva par A + B qu'il avait tort. Également qu'il ne lui faudrait plus jamais lui montrer ses faiblesses. Il fut interloqué, mais presque autant amusé. D'un amusement malsain, mauvais, vraiment bas et dégueulasse. Il arracha violemment son bras des mains du "docteur" et se mit à rire. Elle était si faible. Elle pensait jouer dans la cour des grands, prenant de grands airs, sûre d'elle et de ses beaux devoirs de sauveuse. Mais ce tutoiement, ces mots mal maitrisés, ces certitudes totalement faussées ne faisaient que le conforter dans l'idée qu'elle ne savait pas dans quel merdier elle s'efforçait à s'enfoncer. « Alors vous n'étiez vraiment pas au courant. » rit-il encore un petit moment avant de se lever et de la bousculer sans aucun ménagement pour rejoindre sa penderie. Il se foutait d'elle car, évidemment, qu'il avait su dès la seconde où son regard avait croisé le sien, qu'elle ne savait pas. De toute manière, à part le Docteur Michaelson, personne ne le savait. Elle savait si peu de choses sur lui, finalement. Et elle croyait tant savoir, tout savoir, tout pouvoir récolter à l'aide de ses beaux yeux, de son cœur dangereusement bon. Son rire dément qui fit trembler la nuit cessa tout à coup. Il était las. Ou peut-être que c'était de sa faute, à elle, la cocaïne. « Vous ne savez rien, sincèrement, Mlle Desnuits, combien de fois vais-je devoir... » ses belles paroles sarcastiques ne purent avoir l'effet escompté car il dut se résoudre à tousser encore un bon moment. Il faillit jurer, mais il n'en fit rien, se contenta d'effacer prestement cette goutte de sang qui perlait lascivement ses lèvres. Le reste, dans sa gorge, il en appréciait déjà le goût métallique depuis des lustres. Son bras le démangeait atrocement depuis son réveil, mais il ne fit rien pour apaiser sa gêne... pour la montrer. Notez l'ironie, il pouvait bien faire ce qu'il voulait maintenant que le voile était tombé, maintenant que le jeu était terminé. « Si vous ne jouez pas, pourquoi être ici ? Vous m'ennuyez à être si naïve et ignorante. » souffla-t-il dans sa barbe en s'appuyant de ses deux bras contre le meuble. Il attrapa dans le premier tiroir une chemise en soie aux couleurs de ses iris dilatés; noir nuit. Il la cala simplement contre son épaule et se retourna dans un mouvement mal assuré, mais prenant bien soin de garder un semblant de contrôle sur tout ce qu'il faisait. C'était important pour lui. Pitoyable mensonge ambulant. « Ne vous a-t-on rien dit ? » lança-t-il, plantant son regard un peu surpris dans celui assuré de la demoiselle. Décidément, de nos jours, les docteurs tel que le crétin de Michael bâclaient leur travail. C'était d'un désolant. « Prévisible. Bon, alors je vais jouer les professeurs dans ce cas. » sourit-il, mielleux, tout en se rapprochant au plus près de Cassiopée, jusqu'à ne percevoir plus que ses deux grands yeux bleus. « Les ultimatums ne fonctionnent pas avec moi, ma chère. Même si tout ce que vous racontez était vrai, je retournerais avec plaisir dans les noirceurs de cette clinique du Diable plutôt que de vous supporter encore un instant de plus, je vous le jure. Seulement il se trouve que vous ne pouvez rien faire du tout. Il n'est pas possible de faire désintoxiquer un majeur malgré lui. En effet, les démarches de soins en toxicomanie reposent sur l'adhésion de la personne et sur sa volonté de s'en sortir. Le libre consentement est une condition préalable. Après, il est vrai, comme vous dites, que si vous parveniez à convaincre le bas peuple que je suis un danger pour moi même, pour vous ou pour je ne sais quel crétin, je pourrais être interné de force en clinique psychiatrique... Mais pour cela il vous faudrait, notamment, l'avis favorable de mon tendre Docteur Michaelson. » L'anglais finit sur un ton de Tragédie. Elle ne savait visiblement pas, et il en jouait, évidemment, beaucoup. Il eut froid, tout d'un coup, mais se contenta de contenir les effets de sa drogue pour continuer son dialogue explicatif, affreusement infantilisant : « On ne veut pas de moi là-bas, ni en psychiatrie, ni nulle part. C'est dommage. Mais, vous, vous voulez bien de moi, n'est-ce pas ? » Délicatement, peut-être trop pour que ce ne soit sincère, il s'empara de ses deux mains bien plus douces qu'il ne se souvint les avoir ressenties. Cela résonnait à cette nuit chevaleresque où elle était partie dans un univers étonnant. Mais là, point d'élan spontané déraisonné, que les ténèbres en un cœur éploré. « Allez, tu sais quoi, j'accepte, ce sera amusant ! » s'emporta-t-il tout à coup, infiniment sarcastique, brisant l'instant intense de noirceur. Il lâcha ses deux mains comme s'il s'agissait de vulgaires chiffons et la contourna une nouvelle fois pour marcher, ou faire quelque chose y ressemblant, dans la pièce. « De toute manière j'ai un peu abusé ces derniers jours, et là je sens bien la fin arriver... J'étais à ça de crever, imaginez, vous seriez partie le jour de ma mort, haha ! » railla-t-il de sa propre perte. Il n'était pas souvent grossier, il n'avait pas été élevé ainsi, mais lorsqu'il sortait d'une trop grande dose, il n'était pas vraiment lui même. Il ne parlait pas comme l'aristocrate arrogant et élégant Monsieur Black. « En revanche je vous laisse chercher. Ce sera comme une chasse au trésor. » Il appuya ses dires en lançant d'un seul coup une petite clé dans la direction de la rousse. C'était la clé qui renfermait tous ses malheurs. Mais il ne lui dirait pas où se trouve le coffret. « Pour ce qui est de la maison, vous pouvez toujours courir. Vous vous croyez chez votre mère ou quoi ? » soupira-t-il, l'air de rien. S'il savait. Et il savait.

Voilà qu'elle remontait sur ses grands chevaux, et cette fois-ci, cette fois-ci il dut bien le reconnaitre : elle remporta dignement une manche de ce combat sempiternel. Elle toucha du bout de la langue toutes les douleurs de son cœur malmené. Elle appuya si fort qu'il se sentit suffoquer. Une brisure passa dans son regard. Puis la colère. Noire. Il commença à avancer tout droit dans sa direction sans ne jamais s'arrêter jusqu'à ce qu'il la coince contre un mur, non loin de la fenêtre. « Je ne veux plus jamais vous entendre écorcher son prénom devant moi. Ce qu'elle aurait voulu ne change rien, elle n'est plus là. Nous en resterons là. » Son poing se cogna contre le mur, faisant échos à ses mots.

Et sur ces mots, il s'en alla. Il enfila sa chemise aux mêmes couleurs que son âme et s'en alla, dans la nuit brune. Il était tard. Il ne savait pas, ne savait plus quelle heure il était. Il s'en moquait. Il avait quitté la maison dans un claquement sourd de la porte d'entrée sans se retourner. Oh il avait bien faillit s'écraser la tête contre les marches de l'escalier, il ne marchait pas bien droit. Et dehors c'était bien pire. La tentation était terrible, violente, horrible, méchante. Il voulait la voir. La Lune.
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En quête du Prince Charmant, parce qu'elle veut vivre ses rêves et non rêver sa vie, parce qu'elle aime se perdre dans les méandres de l'Infini, parce qu'elle a soif d'Absolu, parce qu'elle pêche les étoiles au bord de la Lune, parce qu'elle le trouvera...Tôt ou tard. Peu importe ce que ça lui coûtera.

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Les ailes déployées, elle se coula dans le courant ascendant, là-bas, si haut, si loin...D'une infinie délicatesse, elle emprisonna les grains d'argent entre ses doigts puis se laissa aspirer par le vent. Elle vola toute la nuit, inlassable, et d'un battement d'ailes, se posa enfin, sans bruit.Ouvrant lentement le creux de ses mains, elle souffla avec légèreté, les yeux mi-clos, un sourire d'ange aux lèvres.
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Rester...ou s'échouer quelque part sur une faillite brûlante qu'elle finirait par sublimer tôt ou tard ? Le vrai succès, n'était-ce pas la survie à l’échec?* La vision volée d'une fugitive vénusté avait tout chamboulé en une fraction de seconde. Elle s'était succombée, terrassée d'attendrissement face à la splendeur de l'indescriptible «Bon» d'un homme torturé. Elle ne partirait pas finalement, mais la toute fraîche décision demeurait fragile.
Il s'était tant appliqué, avec une si fine perversité, à se déshumaniser, œuvrant à se métamorphoser petit à petit en une espèce de monstre qui ne pouvait nulle part exister. Quelle imposture! Au nom de la Mort, il s'était efforcé, durant toutes ces années, à annihiler cette part sacrée d'amour qu'il avait reçue et donnée. Et l'éternelle hyménée semée et offerte, n'était pas qu'éternelle mais bien plus: indestructible, indélébile, inépuisable, divinement immortelle. Il s'était cru un Dieu tout puissant, soufflant la glace et la dureté sur son antre intérieur, se gangrenant peu à peu, figeant dans une gangue ténébreuse l'étincelle qu' il ne voyait plus, qu'il ne sentait plus. Mais, elle, sans le vouloir, sans rien chercher, l'avait entr'aperçue dans son sommeil. Un cadeau presque surnaturel, si inattendu qui ne sut que toucher son âme, à elle. Ô sublime naïveté qui permettait de voir la grandeur insondable de l'ineffable. Combien de fois s'était-il moqué de son défaut? Un nombre incalculable, accompagné toujours d'une surdose d'avanie qui finissait par l'étourdir. Mais ce n'était pas grave tout ça, car elle conserverait, à jamais, dans ses jardins secrets, la merveilleuse poussière d'étoile dérobée cette nuit-là.

Il ne restait à Alastar la Tarasque, que des impossibles désormais : l'impossible contact d'une autre peau, l'impossible conscience des autres, l'impossible écoute de paroles rédemptrices. Ainsi, seules les aiguilles de la destruction trouvaient grâce à son épiderme, seule la cocaïne l'aidait à se tolérer, seuls les hurlements mutiques des eaux de l'Achéron** résonnaient à son ouïe.

L'animal se rétracta donc brutalement aux doigts de l'humaine, crachant d'instinct un rictus venimeux. Puis, il éructa un jet de paroles empoisonnées, l'éclaboussant toute entière, aspirant sans doute à ce que l'acide invisible la rongeât une bonne fois pour toutes. Le coup de pattes la fit vaciller d'un pas mais elle ne fit que soupirer légèrement, haussant les épaules. Car plus il s'enfonçait dans un comportement oppressif, plus elle se renforçait dans un calme profond. Une Force Tranquille s'insinuait dans ses veines, ses artères, ses muscles. Elle accueillait le Mal tel qu'il s'exprimait, à nu, à vif, sans parade, sans bouclier, mais surtout, elle observait. Elle l'observait. Elle savait si parfaitement, à quel point sa présence le dérangeait dans sa tanière maudite, à quel point sa maladresse chamboulait le désordre ordonné de ses démons. Ce rire démoniaque n'était qu'une piètre contenance tant il sonnait faux. Cette agressivité n'était qu'une pitoyable parade de bête agonisante. Les réminiscences de la drogue ne faisaient qu'attiser sa perdition.
Elle profita d'un répit lorsque la toux diabolique le prit.

-Je ne savais pas, en effet,
constata t-elle d'un ton neutre, vaincue.

Mais à l'intérieur, des pans entiers se déchirèrent. L'instant fut atroce. Pourquoi Mickaelson ne lui avait rien dit? Elle n'aurait peut-être pas accepté d'en arriver jusque là. Tout ça, pour ça. Le petit Chaperon Rouge s'était jetée dans la gueule du loup! Et il y avait de quoi se perdre, à vivre ainsi, quotidiennement, aux côtés d'un tel niveau d'addiction. Quelle hypocrisie! Elle s'était faite avoir jusqu'à l'os ! Trop de confiance, trop d'inexpérience et le patient avait dépassé le maître. Évidemment, qu'il avait eu raison, depuis le début : naïve et ignorante et ennuyeuse. Comme il avait du prendre son pied à la manipuler! Tout ce temps à y croire, toute cette énergie à donner le meilleur d'elle-même pour qu'il s'en sorte. Pour rien, pour ça.

Choquée, elle se mit à respirer trop rapidement, les dents serrées. Sa poitrine se soulevait, douloureuse d’opprobre. Malgré tout, elle trouva le courage de maîtriser le sentiment d'humiliation qui l'envahissait. Mais c'était allé trop loin, beaucoup trop loin. Toute cette merde devait se terminer.

La gouttelette vermillon n'échappa pas à son regard d'aigle, pas plus que le geste furtif qui l'effaça. Elle n'haussa que légèrement les sourcils, effarée de l'ampleur des dégâts. Et s'attarda à rester muette, incapable d'une quelconque réaction. Le coup était très dur à encaisser. Seules ses prunelles, noires de détermination, trahissaient une volonté de fer: elle allait quitter définitivement ce lieu maudit, quitter enfin ce démon.

Il était fascinant d'observer une tempête qui se déchaînait alors même que l'on se sentait protégé à l'intérieur de sa demeure. La sensation d'être intouchable procurait un vif sentiment de bien-être  rassurant. Cassiopée n'était point en son doux nid pour affronter la Créature, mais malgré tout, sans pouvoir bénéficier de cette sécurité-là, elle se sentait solide comme un roc. Les pieds bien ancrés dans la Terre, elle savait que la Lumière de Vie ne s'éteindrait jamais, où qu'elle soit, quoi qu'il advienne, parce c'était ainsi du plus loin qu'elle se souvînt. La Bête de Mort versus la Bête de Vie. Qui en sortirait victorieux ?

-Tu as la bonne réponse: je t'ennuie.


Caustique, la colère montait, elle n'en avait plus rien à faire. Il n'était plus son problème. On lui avait dissimulé un point essentiel, elle n'entendait ni ne voyait plus rien d'autre.
Il creusait l'affront en lui parlant de dos. Elle aurait pu l'abandonner, là, c'eut été si simple. Mais la française faisait partie de cette espèce qui buvait la coupe jusqu'à la lie.
Il esquissa un mouvement incertain et elle en ressentit une joie triomphante. Il n'était même pas dans son état normal. Pitoyable.
Elle soutint son regard, froide et grimaçante à son haleine fétide et ne chercha plus à paraître polie.

-Tu as mal écouté, pauvre con. Tu crois vraiment que je ne connais pas les lois ? Je n'ai pas obtenu ma thèse dans une pochette surprise. J'ai seulement dit que je ferai ce rapport, et à mon tour, mon cher, je rajouterai autant de mensonges que nécessaire et le Mickaelson sera obligé de te coffrer parce qu'aucun toubib ne prendra le risque d'avoir un moribond sur les bras. Ce sera ta parole contre la mienne. On verra bien qui aura le dernier mot. Quand à le convaincre...Tu sais, j'ai des armes que tu n'auras jamais.

Carnassiers, les sous-entendus étaient multiples et osés.

Chien et chat dressés l'un contre l'autre, le poil hérissé, ils se tenaient à deux griffes de se sauter dessus, chacun envahi par sa propre détestation.

-Mmh, dommage pour qui, affirma t-elle du bout des lèvres.

Pour qui se prenait-il cet esbroufeur de malheur? S'imaginait-il véritablement qu'elle allait endurer sans mot dire l'offense qu'elle subissait ? Il était de ces sensibilités qu'il valait mieux ne jamais abîmer...

Ils n'avaient rien dit.

Et la sale bestiole eut cette parole irréelle qui déclencha un lumineux sourire en coin de la belle. Il acceptait, jouant du tutoiement comme d'un arrachement? Allons donc!

-Ouiii... bien sûr que ce sera amusant. répondit-elle, totalement incrédule.

Il était trop tard, elle n'y croyait plus. Pire, elle n'avait plus envie d'y croire.

Lorsqu'il lui prit les mains, elle se laissa faire, encore sonnée par ce qu'elle venait d'apprendre, écœurée du piège dans lequel elle était tombée. La sensation d'une douche glacée qui lui tombait sur la tête, perdurait.

Ils n'avaient rien dit.

Salopards.

Elle n'avait rien décelé.

Pauvre conne.

Elle ne s'en remettait pas, se sentant outrageusement bafouée, si désinformée durant tous ces mois et ces jours déchus.

-Si tu le dis, je devrais regretter un grand moment alors?

La voix douce et traître à entendre, n'en usait pas moins de sarcasmes.

Ils n'avaient rien dit.

Le Roi des ténèbres persista cependant et lança tout à coup une clef fine qui scintilla brièvement à la lumière, avant de tomber sans bruit sur le tapis précieux. Elle n'y jeta qu'un œil distrait, trop blessée pour y accorder une quelconque attention. Pour qui se prenait-il ? Pour qui la prenait-il ? Oh, ça ! Elle avait la réponse. Une chasse au trésor...Et pourquoi pas une chasse aux œufs tant qu'on y était?

Désabusée de ses élucubrations inspirées par sa défonce et la méchanceté, elle dodina la tête de droite à gauche, déçue et mortifiée.

Qu'il aille se faire foutre. Elle en avait plus qu'assez.

Mais le cruel rapace fut atteint par la Vérité qu'il fuyait depuis les Enfers... Il fondit sur sa proie sans crier gare, l'ire grandiose de douleur. Elle ne chercha pas à lutter contre sa force décuplée, un réflexe de survie accompagnant son mouvement en reculant. Il la dominait de toute son envergure, déployant sa taille menaçante. Elle, paraissait si frêle. Mais malgré son infériorité physique, elle le défiait de tout son être, fière et sans peur.
Le mur dur arrêta brutalement ce pas de danse macabre. Alors que son crâne butait contre, la proximité infernale de son corps effleurant le sien, l'intensité de sa voix lui fut insupportable. Elle ferma les yeux, tournant la tête sur le côté, priant que la paroi s'enfonçât afin de disparaître. Féroce, il frappa si fort et si près, qu'elle sentit la vibration du coup sur son visage.


White light fades to red
La lumière blanche passe au rouge
As I enter the City of the Dead
Alors que je pénètre dans la Cité des Morts
...
Rex tremendae majestatis
Roi à l'immense majesté
Qui salvandos salvas Gratis
Qui sauve de ta grâce ceux qui doivent être sauvés
Salvificem Fons pietatis
Sauve-le, Source de piété
Salvificem fons pietatis
Sauve-le Source de piété
Sauve le...Sauve le...
Eurielle-City of the Dead

Un instant
Un bref instant
Il s'était retrouvé
Il ne s'était pas menti
Il ne s'était pas anesthésié
Il ne s'était pas fui

Et bien sûr, sans crier gare, il déguerpit, la plantant là, comme une vulgaire chaussette salie d'affront.

Leur non dit l'insultait.
Inadmissible.
Scandaleux.

Une fureur de rébellion germa dans ses tripes, imprévisible, épaisse.

Durant quelques minutes, elle demeura en suspension, soulagée de son absence. Incapable de réfléchir, elle n'éprouva plus qu'un besoin bouillonnant de lui déverser sa révolte. Ça ne changerait rien, certes, sauf pour une chose essentielle: lui procurer un bien fou!

Elle quitta alors la pièce en trombe, espérant le rattraper, ramassa la clef au passage et dévala l'escalier. Rapidement, elle se retrouva au bout de l'allée. Où pouvait-il bien être ? Compte tenu de l'état où il se trouvait, il ne pouvait être bien loin. Indécise, la rouquine hésita sur la direction à prendre quand soudain, un vrombissement anormalement bruyant creva la nuit et attira son attention: un taré conduisait à tombeau ouvert, profitant des rues désertes. Les phares apparurent au loin et, à contre jour, vacillant, elle l'aperçut qui s'éloignait.
Oubliant, sur l'instant, sa colère, elle hurla :

-Alastar!

Elle se mit à courir comme une dératée, la voiture approchant dangereusement, ses lumières grossissant à mesure de son approche. Plus que quelques mètres. L'anglais ne modifiait pas son trajet.

Le bolide allait le percuter.

Alors, dans une ultime accélération, à bout de souffle, Cassiopée se jeta littéralement sur lui, le poussant de tout son poids et son élan.

Ils chutèrent ensemble, violemment, tandis que le conducteur klaxonnait sans même ralentir. Les mains et les genoux écorchés par le bitume, Cassiopée reprenait ses esprits, haletante.
Ils l'avaient échappé belle. Il l'avait échappé belle.

Près d'elle, étendu de tout son long, Alastar gisait, inerte. La peau salement éclatée de son front pissait le sang.

-Hey! Alastar! Alastar!

Elle tapota ses joues en vain. La blessure ne semblait pas très grave mais saignait beaucoup et nécessitait sans doute quelques points de suture. Il fallait le déplacer de cette foutue chaussée.
Sans attendre, elle le saisit donc sous les bras et tira comme elle put, par à-coups successifs. Il était lourd le bougre, mais elle finit par réussir à l'amener sur le trottoir et le positionna tant bien que mal en PLS. A la fin, elle se laissa choir sur le sol, reprenant des forces, cherchant désespérément des Kleenex. L'urgence était désormais de stopper le filet continu qui dégoulinait.
Alors, pragmatique, elle se résolut à ôter son cardigan et son tee-shirt. Elle roula le premier vêtement en boule et le plaça sous sa nuque puis se servit du second pour éponger le sang et compresser la plaie.
Elle soupirait d'émotion contenue, fébrile, ne réalisant pas encore qu'elle venait de lui sauver la peau. Elle voulait appeler les secours mais tous deux étaient partis en trombe de la maison et ni l'un ni l'autre n'avait son portable sur lui.

-Merde! S'exclama t-elle, excédée.

S'il ne reprenait pas conscience, d'une part, ce serait inquiétant et d'autre part, elle devrait le laisser pour retourner à la villa et téléphoner.

Seule au milieu de la nuit, en petite tenue, Cassiopée se retrouvait à éponger l’hémoglobine d'un homme qui la haïssait, du moins était-ce sa conviction, et dont elle ne voulait plus s'occuper.
Plus que tout, le mensonge par omission ne passait pas. Vraiment pas. Penchée sur son visage, une main fermement appuyée sur le pansement de fortune, les mots tournoyaient dans sa tête: naïve, ignorante et ennuyeuse. Naïve, ignorante et ennuyeuse...

-Tu as toujours tout compris toi, n'est-ce pas, dit-elle en français, la voix amèrement chevrotante. Elle s'était mise à grelotter de froid, par contre coup.

Au fond, son courroux couvinait, attendant son heure.

Elle lui en voulait à mort.

*D'après D. Toscan du Plantier
**Fleuve du Chagrin
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Alastar Black
J'ai 37 étoiles déchues et je vis à Los Angeles, aux USA. Dans la vie, je suis plus rien... à peine Astrophysicien et je m'en sors pitoyablement mal. Sinon, grâce à mon malheur, je suis veuf et je le vis excessivement mal (no shit, Sherlock).
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Empereur incontestable de sa propre déchéance, il a l'autodestruction en Sublime, écopée par ses peines. Charmante petite famille à en devenir réduite à néant, femme et enfant, il n'est resté du rêveur d'antan que l'absolu rien et la dépendance à l'illusion bienfaitrice. À peine de quoi faire briller quelques étoiles le prenant en pitié. Ô Melody, Alastar a tristement rendu son dernier souffle à tes côtés.
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Zack Hemsey - "The Way (Instrumental)"

Il ne s'était jamais tant posé la question.

Elle
gravitait dans son antre nuits et jours, jusqu'à frôler son cœur funèbre, elle voletait dans sa tanière jours et nuits, jusqu'à attiser férocement le brasier. Il entendait chacun de ses soupirs, devait supporter le souffle constant et serein de sa respiration lorsqu'elle décidait, pour une raison qu'il préférait lui échapper, d'être simplement présente dans la même pièce que lui. Elle dérangeait chacune de ses habitudes, réveillait chacun de ses maux les mieux enfouis. Elle était là. Elle restait là. Il se contentait de l'ignorer, le plus souvent, le reste du temps : la Bête lui tombait dessus, violente et sanglante à ne pas s'en priver. Mais elle restait là, indéniablement forte. Et il se demandait, rare occasion où il s'intéressait à elle pour une autre raison que celle de la voir hors de sa vue.

Que faisait-elle encore ici ?


N'importe qui aurait vu le visage de la Mort. N'importe qui aurait pris la fuite. N'importe qui aurait choisi sa Vie. N'importe qui n'était pas un héro. N'importe qui n'était pas un sauveur. N'importe qui n'était pas inconscient d'Espoir utopique. N'importe qui n'était pas Cassiopée Desnuits. Et c'était là, en ces bas-fonds révélateurs que gisait toute la problématique. Le scientifique avait son plan de recherche depuis le début, mais aucune hypothèse plausible n'avait pulsé dans les derniers neurones non corrompus lui restant. La française était une énigme bien plus volatile que n'importe quels éléments chimiques ou molécules. Et le problème restait inchangé. Elle restait là et il ne comprenait pas pourquoi.

Pourtant ce soir, cette nuit, elle comptait s'en aller.

Il l'avait senti dans sa puissance d’Être. Il l'avait compris dans son essence d’Âme. Et lorsqu'il lui balança tout à la gueule, Diable dans son dernier souffle insipide, malade comme un chien, perdu l'orphelin, il percuta l'océan sentencieux, déterminé à achever le Noir avant de repartir cueillir le Blanc. Le laisser derrière. Seul. Comme avant.

Allait-elle vraiment partir ?

Sa colère emmurée l'amusait noire, elle amusait le Malade, non pas l'Homme. Lui ne réalisait pas. Lui demeurait assoupi sous cette couverture de soie émeraude. Alastar n'était pas là. Il rêvait d'amour, de cet amour Melody. Personne ne l'avait prévenue du traquenard Black, personne n'avait pris la peine. Et pour une seconde, il eut si peu de peine. C'était injuste, il en avait glorieusement profité. Elle aurait été une autre, un autre, qu'il en aurait fait de même. Rien de personnel. Mais il fallait bien se battre contre cette envie de Vie. "Je ne savais pas, en effet." La voix lui brouilla la vue un instant. Cette gamine prenait son boulot beaucoup trop à cœur. Ce ne fut certainement pas à cet instant précis qu'il le réalisait pour la première fois, mais la flagrance époustouflante de l'intensité de ses mots, de son sens tout à coup, le prirent de grâce à se requestionner. Pourquoi se donnait-elle tant de mal ? Pourquoi lui-même se donnait-il tant de mal ?

Et lorsqu'elle survint de nouveau à l'attaque, cruor de rage intenable, plus mordante que jamais, la hyène se contenta de rire gras face à la beauté royale de la lionne ancestrale. Il cacha sa stupéfaction, il planqua sa satisfaction. Elle ne se laissait faire d'aucune façon. Et c'était là le vrai combat. La dernière fulgurance des vaincus. Il souffla dans un sourire sans couleur, chuchotement divin ou satanique ? : « Tu n'es rien Desnuits. Aucune source de pouvoir, aucune lueur d'espoir, aucune once d'utilité, je ne vois rien à sauver. Quelle ironie. À quoi es-tu censée me servir ? Qu'es-tu censée me faire ? » Elle lui parlait d'armes qu'il savaient inutilisables, si aisément brisables. Michaelson était un con, lui aussi, et parmi les bons, de ceux impériales que l'on ne pouvait soudoyer lorsque l'idée était ancrée dans le plus profond des veines. Elle ne pourrait rien faire contre lui. Il était déjà Ailleurs depuis bien trop longtemps.

La fatalité de la vérité le fit entrer dans une colère noire. Une singulière douleur du cœur qu'elle sut à la perfection raviver sous ses yeux. Ivre de ce duel corsé, de sa défonce surpuissante, le corps s'envola dans un vertige inévitable. Et le cœur malade de tempêtes cogna sa déchéance. La tête pleine de paysages ensanglantés, le visage de sa bien aimée. La voix fêlée de cris serpents. La déchirure ouverte où bouillonnaient des blessures millénaires.

S'engager nulle part au flamboiement des révélations.

Sous la voûte crépusculaire habillée de bleu cobalt, le Loup fuît le petit chaperon rouge. Courser la Lune sans ne jamais oser lui hurler son amour. Il s'arrêta une seconde pour respirer cet air pur. Il ne sentit que l'Opium. Le drogué chancelait pitoyablement du trottoir à la chaussée. La voix de Cassiopée lui parvint à peine. N'en n'avait-elle pas enfin terminé avec lui ? Il allait sans ne savoir où. Qu'importait la destination. Il avait besoin de Solitude. Il n'avait pas besoin d'Elle. Il remarqua cette lueur étrangement intense au loin, ce bruit sourd de moteur.

Et le Temps, ce vieil amant, compagnon bafoué, lui implora d'exister en un arrêt brutal du cœur. L'ignoble Mort insupportable. Trépanation. Terreur. La drogue, la guerre, la Mort, en un théâtre sinistre. Les yeux dans le vague, Alastar se laissa faiblement envouter par ces voix apaisantes, encourageantes qui le poussaient à continuer : Vas-y, tu n'as plus rien à perdre... ; Cette Vie ne t'a apporté que du mal ; Tu ne mérites pas de vivre sans elles ; À quoi bon vivre Mort ? Aux couleurs orageuses d'une crise exceptionnelle, l'étendard de la Mort se déployait réellement face à lui. Il voulut le porter un instant, il voulut oser, il voulut l'approcher. La Mort jubilait en ce moment là. Entre pas et trépas, le regard de la Mort pour un dernier repos. Si sensible aux échos de l'abime. Rage et ravages de la névrose et son coup de grâce. Il pourrait briser la terreur du deuil, l'obsession de la défenestration. Dormir au bout du ciel. Dormir à fleur de terre. Dormir amer de vie. Dormir à goût de fiel. Dormir profond de Lune. Dormir de jour et de nuit. Dormir avec Melody. Absolument dormir . . .

L'idée d'une fin tragique au bout de la tristesse infinie de l'anglais se décomposa au milieu des spasmes du Temps. La Mort se tut, un instant. Vint le Silence et son absence d'arguments. La lenteur du Silence aux branchies de ses songes. La pensée s'évaporait comme un gouffre et il ne sut plus qui croire. L'agonie dur du Silence accueillit sa voix. Melody. Hey! Alastar! Alastar! Quand s'évanouît le cri suspendu dans l'horreur et que bleuît à l'orée de la nuit. Un ultime sursaut vers le réveil. L'ivresse nocturne aveugle l'eut nourri de ténèbres. Dracula reviendrait au prochain crépuscule. Mais ce soir, cette nuit, il eut terriblement peur de mourir. La Mort le sentit, la mort lui sourit. Diabolique. Et puis, pourquoi aurais-tu peur de moi ? Je ne te demande pas de faire saigner les pierres, ni de me servir la Lune sur un plateau d'argent. L'angoisse irréversible dénoua les feux sublimes. Les yeux saillirent, le cœur s'affola. Il suffisait d'un instant, le Temps sifflait sa vengeance et, maintenant, il était trop tard. Il avait perdu la liberté du choix, le chemin de la rédemption.

Mourir d'étoile amère sous ce ciel saupoudré de clartés en perdition.
Aurait-il de quoi l'admirer une dernière fois ?

Mais. Son heure n'était pas venue. Le Temps ne lui réservait pas vilement cette Fin là. Pas encore. Il s'accéléra, si vite, si fort qu'Alastar en perdit toute conscience de la réalité. Le brouillard épais. La silhouette de sa défunte épouse se dessina précisément dans cet espace, cet Ailleurs lointain où régnait le Blanc. Tout. Partout. Sa vue l’apaisa. Mais sa voix. Mais son regard. Sa voix le prit de court. Son regard le blessa. Tant d'intensité, de colère, tant de peur et de rancœur. Qu'est-ce que tu croyais faire, Alastar ?! DÉGAGE DE LA PAUVRE CON! Il recula, atrocement démuni. RÉVEILLE-TOI! Il n'y arrivait pas. Il ne respirait plus. Il se sentait si mal à côté d'elle, pour la toute première fois. Melody, je... Le brouillard devint opaque, Noir. Elle disparut de sa vision, mais il la sentait toujours présente. Quelque part dans ce brouillard. Et cette affreuse odeur nauséabonde. Ce gout de souffre au bout de la langue. Que se passait-il ? Le dernier coup  sanglant au cœur avant le retour sur Terre : RÉVEILLE-TOI! ELLE EST LA!

Etait-elle vraiment là ?

Revenu. Il ne rouvrit pas les yeux. Pas de suite. La main s'appliquant contre son front le brûlait, mais s'efforçait au mieux à faire cesser le sang de fleurir, il le sentait. L'éveil en un coup d'aile. La conscience éclatée. Il eut froid, tout d'un coup. Mais il était réveillé. Il l'avait écoutée. Et elle, que faisait-elle encore là ? Il entendit des murmures, des mots désorganisés...  du français. L'esquisse d'un sourire amusé tenta de conquérir sa douleur. Cette situation était pitoyable. Il était pitoyable. Il l'avait déçue. « Bien sûr..... » qu'il souffla avec peine dans un français approximatif mais correct. « que je sais..... » Un clignement et il ne voyait plus rien les yeux grands ouverts. Les sourcils froncés, il dévisagea un long moment la rousse sans dire un mot de plus. Il se fixa sur elle, dans son regard tumultueux pour reprendre pleinement conscience. Il se détendit peu à peu, presque serein. Il voulut se relever après ça, aussi dignement qu'il ne lui était PAS donné de le faire, mais il manqua de s'étaler de nouveau. « Bloody hell! Piss Off, woman! » Il râlait, l'agonisant, contre elle qui venait de lui sauver la vie, contre lui qui avait bien failli y rester contre son gré. Quelle ironie. Puis ils rentrèrent, sans qu'il ne lui accorde plus aucun intérêt. Elle venait de lui sauver la vie. Il le réalisait à peine. Pauvre idiote...

Lorsqu'il s'affala sur le canapé de cuir du salon à l'aide de Cassiopée, il laissa son regard se perdre sur le plafond qui devint tout à coup hypnotisant, si sublime. Il voyait des étoiles. Des milliers, des millions, des paquets d'astres tous plus éblouissants les uns des autres. « Je pensais que vous seriez déjà partie... » Le ton semblait sorti de ses songes, presque malheureux de rêves impossibles. « Je l'ai vue, de mes yeux vue... Elle m'a parlé ! » Son regard tenta d'accrocher le sien désespérément. Il ne savait pas pourquoi il lui disait ça, encore moins pour quelle raison il avait besoin de sentir son regard sur le sien, le sachant pourtant encore effroyablement orageux de leurs altercations antérieures. Il ne craignait pas sa colère. Peut-être qu'il la méritait bien, finalement. Mais il avait besoin d’extérioriser. Qu'elle l'écoute ou non. « Si vous n'aviez pas été là, elle m'en aurait voulue... » Mais les mots moururent en même temps que ses paupières. Il se sentait partir. Dormir. Pas loin d'ici, tout à côté de Cassiopée. Et comme si cela justifiait tout, dans un dernier souffle, il se confia « Ce n'est pas contre vous, mais j'ai déjà essayé. » Tout ça. Ce n'était que le fruit du hasard. Et c'était un bien gros mensonge. Il n'avait jamais rien essayé du tout et il arrivait, en sachant cela, à se persuader de ne pas y arriver s'il s'y essayait tout seul. Peut-être que s'il s'était donné les moyens, ils auraient réussis, ensemble, main dans la main. Ce n'était qu'une cruelle utopie. Une utopie dont il eut un peu envie. Mais il était si tard maintenant. Trop tard.

Elle partait.

Fort tard dans la nuit, avant son départ, il espéra qu'elle demeure.
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Cassiopée
Desnuits

J'ai 30 ans et je vis à Paris, en France, mais j'ai accepté un poste de compagnon de sobriété à Los Angeles. Dans la vie, je suis psychologue et je m'en sors avec plein d'étoiles dans la tête. Grâce à la fragrance de la destinée, je suis célibataire et je le vis plutôt de manière étrange, en rêvant.

En quête du Prince Charmant, parce qu'elle veut vivre ses rêves et non rêver sa vie, parce qu'elle aime se perdre dans les méandres de l'Infini, parce qu'elle a soif d'Absolu, parce qu'elle pêche les étoiles au bord de la Lune, parce qu'elle le trouvera...Tôt ou tard. Peu importe ce que ça lui coûtera.

Kat Von D-Vanish
Sigur Ros-Valtari
Svrcina-Astronomical

Les ailes déployées, elle se coula dans le courant ascendant, là-bas, si haut, si loin...D'une infinie délicatesse, elle emprisonna les grains d'argent entre ses doigts puis se laissa aspirer par le vent. Elle vola toute la nuit, inlassable, et d'un battement d'ailes, se posa enfin, sans bruit.Ouvrant lentement le creux de ses mains, elle souffla avec légèreté, les yeux mi-clos, un sourire d'ange aux lèvres.
La poussière d'étoiles effleura alors l'air doux qui chuchotait et s'en fut, aérienne, invisible, se déposer sur son cœur.


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La Terre est dans l'ombre, où sont leurs cœurs?

Suspendue à sa reprise de conscience qu'elle attendait avec anxiété, malgré tout, les minutes à suivre l'évolution de son état furent longues, très longues à mourir. Mourir...Cette échéance, prématurée, cet imprescriptible mystère qu'il avait frôlés, qu'elle lui avait évité. Était-ce si important à la fin!? Une nausée de mal de Liberté la prit à la gorge soudain, elle en eut un haut le cœur qui la fit tousser. L'overdose d'affres sombres la rendait malade. Elle ne voulait plus être ici, elle ne voulait plus le voir. Ô désir furieux de se trouver partout ailleurs, à l'autre bout du monde, de lui et de ses désastres ! S'évader de ces ruines, de ces cathédrales effondrées ! S’extirper de l'asphyxie de cette serre humaine ! Son corps parlait, criant sa révulsion à l'obligation morale de l'aider, de s'en occuper, encore. « ...Tu n'es rien Desnuits... je ne vois rien à sauver...À quoi es-tu censée me servir ? Qu'es-tu censée me faire ? ».« A rien, au néant, du vide », avait-elle répondu en silence, presque malgré elle.
Elle l'acceptait, enfin.
Elle s'était fourvoyée dans un désert, ensablée d'une cécité d'espoir. Elle s'était illusionnée, sourde aux lumières impossibles.
Il ne l'avait pas maniée au hasard mais avait profité, oh l'euphémisme !, d'une espèce de partenariat implicite, jouant sur les faiblesses de sa proie où le jeu machiavélique de la mystification, raffiné, s'était infiltré chirurgicalement au cœur de sa nature, malmenant les chairs de son essence. Et elle, minable victime, avait espéré tout du long de cette symphonie saignante, au rythme scélérat d'une méprisante imposture. Il l'avait dépecée avec ordre et méthode, proprement. Elle n'avait rien vu, aveuglée de naïveté et d'ignorance.
La sinistre partition retentissait violemment.

Le Ciel s'est perdu dans les nébuleuses , où sont les âmes?

Mordue par le froid et le choc, elle fulminait contre cette mâchoire glacée de gueux. Les rues vides, le silence lourd du milieu de la brune, grandissaient les reflets des ombres éclairés par les lampadaires. C'était glauque.

Il avait exploité et gâté l'ultime bouée de sauvetage qui aurait pu le sauver. Il ne lui était resté que ce seul instinct, né d'une volonté d'un passé crucifiant, de réminiscences qui le hantaient dans des cauchemars d'outre-tombe : tuer toute forme de sentiment. Des petits meurtres sans importance, injugeables, si perfides, si minuscules et intelligents de discrétion.Quelle scandaleuse expression d'une insolence toute particulière.
Et la française, passionnée de dissection d'âmes et de cœurs, était tombée dans le panneau comme une merde. Les sirènes des ténèbres lui avaient chanté leur lugubre concerto et l'appelaient désormais à méloper le chant du cygne.

La Lumière s'est éteinte, où est l'espoir?


Il émergeait enfin. Elle aperçut le frémissement de ses lèvres en un très léger sourire. IL l'avait entendue, le Fourbe. Et même dans les vapes, il trouvait encore de quoi lui glavioter son ironie dévastratrice. Toute spontanéité était décidément à bannir, où qu'elle soit, quoiqu'elle fasse, il retournerait sans cesse la situation contre elle !

-Fer-mez-la. Elle claquait des dents de manière irrépressible, transie.

Il n'était plus question pour elle d'utiliser le tutoiement. Au Diable les astuces thérapeutiques vaines et ridicules qui ne fonctionnaient pas avec cet olibrius. Ah oui ! Combien de fois lui avait-il balancé qu'elle était ridicule ? Un nombre in-cal-cu-la-ble. Elle se sentait absolument niaise. Mourir d'idiotie, c'était excessivement douloureux, de fait. Elle le découvrait à ses dépends. Quelle affligeante médiocrité.
Elle n'aspirait plus qu'à s'éloigner de ce cadavre de vie.

Appuyant encore sur la plaie, elle se concentra à ignorer son regard bien qu'elle lui jetât un œil assassin lorsqu'il parla.
Alors qu'il essayait de se lever, elle en profita pour se vêtir prestement de son gilet. A peine les manches enfilées, elle dut le rattraper, incapable qu'il était de se relever seul.

-Mais non, voyons mec, c'est trop bon de vous faire chier. Allez, arrêtez ça et appuyez-vous sur moi sans me cracher dessus sinon, je vais glisser et vous allez vous retrouver encore le cul par terre.

Exit les bonnes manières et les codes sociaux. Il avait tout perdu, elle n'avait plus rien à perdre.

Bon gré, mal gré, il finit par réussir à se lever, non sans peine. Elle le tirait aussi fort qu'elle pouvait et lorsqu'enfin il fut debout, bien que vacillant dangereusement, elle passa un bras autour de sa taille, empoignant la ceinture du jean pour avoir une bonne prise, tandis que de l'autre côté, elle maintenait son bras posé sur son épaule. «David et Goliath, c'est le monde à l'envers, » pensa-t-elle non sans humour alors qu'elle le guidait de son mieux jusqu'à la maison. Qu'est-ce qu'elle foutait là, à 3h du matin passé, à des milliers de kilomètres de chez elle,  avec ce type malfaisant, qu'elle se trimbalait à l'arrache, pété de drogue ?!  Il s'appuyait assez lourdement sur elle et à un moment, elle crut ne pas y parvenir.

-Alastar, nom d'un chien, faites un effort, on y est presque.

Il lui ficha la paix et se tut durant le trajet, elle en fut soulagée et hormis leurs respirations poussives, rien ne vint troubler ce bref répit.
Elle l'aida à s'échoir sur le canapé, ôtant ses chaussures, et l'installant le plus confortablement possible. A moitié conscient, il était agité par de grands frissons. Elle se dépêcha :

-Je reviens.

A l'étage, elle prit tout ce dont elle avait besoin. Une fois descendue, elle le recouvrit d'une couette et s'assit tout contre lui, glissant un oreiller protégé par une serviette éponge sous sa nuque. Puis, enfila des gants et cala fermement le crâne blessé contre elle. Avec douceur, elle entreprit le nettoyage qui s'imposait. Les traînées brunes qui sillonnaient son visage et son cou disparurent. Enfin, bien dégagée, la peau révéla ses contours irréguliers. A priori, des bandes de Stéristrip suffiraient, ce qu'elle s'appliqua à poser. Ça saignait encore cependant, et alors qu'elle ajoutait un hémostatique, Alastar, soudain, rompit le silence. La voix comme enivrée, il délirait, il ne pouvait en être autrement. Elle le laissa balbutier, concentrée sur ses gestes et n'ayant aucune envie de batailler à lui répondre. De toute façon, quoiqu'il dise, ça lui glissait dessus comme l'eau sur les plumes d'un canard.
Elle cala le bout de la bande. C'était fini. Il dormait, épuisé.
Elle se retrouvait, seule.
Elle l'observa quelques instants, dubitative. L'élan mauvais s'était évaporé. Mais pas elles, la colère, la rancœur, la déception, l'envie de lui faire payer. Elle avait froid, elle aussi. Surtout à l'intérieur...

Un peu plus tard, douchée et emmitouflée dans un gros pull, elle s'assit en tailleur sur l'autre sofa, juste en face de lui, un café à la main. Le sommeil était foutu, elle ferait une nuit blanche.

Poser les choses, ne pas prendre de décision sous l'emprise des émotions.
Prendre du recul, de la hauteur.
S'apaiser.
La colère est un lien, une des premières notions qu'elle avait apprises, il y avait si longtemps.
Couper le lien.


C'était beau la théorie. C'était tellement difficile à mettre en pratique, pour elle-même.

Elle eut envie d'un bain de ciel.

Sur un navire de flocons, il voguait à la brise. Au hasard de son errance, elle l' accueillait au creux de sa paume. Elle percevait une présence. Un fil, un simple fil.Ténu, existait-il vraiment ? Peut-être n'était-il qu'une onde éphémère qui se perdra un jour. La douceur soyeuse l’emporta. Alors, elle s'abandonna, un peu, juste un peu. A fleur d’ailleurs…Elle vagabondait...Elle rêvait...
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse la Terre prendre soin de toi.
Vois, la nuit douce qui coule sur ta peau.
Sens, le vent qui te caresse sans bruit.
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse le Ciel prendre soin de toi.
Respire, la brise qui te souffle la vie.
Savoure les étoiles qui t’embrassent.
Va…
Laisse aller…Laisse…
Laisse la mer prendre soin de toi.
Palpitante, insouciante, légère.
Écoute,  les vagues qui te murmurent leurs voyages.
Va…
Laisse aller…Laisse


Pourquoi s’ensanglanter sur l’impossible?

Elle regardait cette âme endormie et flétrie. Elle le regardait. Au fond, il l'a faisait grandir, la bousculait, la poussait en dehors de sa zone de confort. Elle pourrait en apprendre, bien plus qu'elle ne se l'était imaginé. «Tout ce que je sais, c'est que je ne sais rien »*. Elle adorait cette phrase et s'en délectait, souvent. Elle possédait au moins ça, l'humilité de le reconnaître.

C'était dur à vivre. Comme s'il devinait la tragédie qui se déroulait, Edgar surgit tout à coup, tout ronronnant et vibrant de câlins. Il s'installa sur ses genoux et elle le caressa, lui souriant un peu.

Fatale destinée. Elle n'y pouvait rien. Elle pouvait s'y perdre. Elle s'y était perdue avec l'anglais.
Ses réflexions s’entremêlèrent, se bousculèrent dans sa tête. Et la colère recommença  à irradier, monstrueuse. Le tumulte intérieur s'amplifiait. Il finit par éclabousser les murs.

-Ouais, je suis naïve, et ignorante et ennuyeuse, mais je vous emmerde Alastar Black, je vous emmerde ! C'est immonde ce que vous avez fait, ce que vous M'avez fait. Ne vous êtes-vous jamais demandé...Quand nous passerons dans l’autre monde...et vous avant moi, ahahah,...qu’importent au final les plaisirs ou les peines que nous y avons éprouvés? Hein ? Dites moi, vous qui savez tout !Tout ça n’existe qu’au moment où c'est ressenti. Alors, allez vous faire foutre et laissez-moi la liberté de croire que moi, la conne de service, je ne laisserai que le Bien que j’ai fait, que je fais et que je ferai tant que je vivrai. Sauf avec VOUS! Je veux vivre à ma façon et quand je le décide, mes rêves, tous mes rêves, y compris celui de combattre le Mal et la Souffrance des hommes. Sauf les vôtres, évidemment ! Vous serez l'exception qui confirme la règle, ah!

Elle but puis reprit, la voix corrosive:

-Vous savez, mais non, ça , vous ne pouvez pas le savoir, j’ai appris que pour tendre la main à ceux qui sont dans le gouffre, il faut d’abord être heureux soi-même. Je le suis, Alastar, et ce n'est pas vous ni qui que ce soit d'autre qui m'en empêchera ! J'ai le droit de donner un peu de lumière à qui je veux ! Grâce à vous, j’ai appris que l’on ne peut pas sauver quelqu'un malgré lui. Ouais, ça sera ma grande leçon du jour. Je ne suis pas complètement ignare, voyez, vous vous trompez sur ce coup-là ! Ah ! Ah ! Le grand Black s'est planté ! Et personne ne m'empêchera d'essayer, même si au bout, je me cogne un refus ! A chacun son métier mon pote. Celui que je me suis choisi, c'est d'essayer de rayonner la vie et la joie. Et je sais encore une petite chose, une toute toute petite chose : qu'un geste, une parole…ça peut ressusciter un cœur rongé et desséché par la dureté de l'existence. Et je m'en fous si ça ne dure que le temps d’un battement de cils ! JE-M'EN-FOUS, entendez-vous! Parfois, ça suffit. Ça me suffit. Et rien que pour ça, ça vaut la peine d'essayer. Vous ne m'enlèverez pas ça ! Personne ne me l'enlèvera !

Elle se leva, dégageant sans ménagement le chat qui s'enfuit à toutes pattes, et tandis qu'elle posait une main légère sur son front, vérifiant par réflexe s'il n'avait pas de fièvre, elle se pencha sur son oreille, chuchotante :

-Que le papillon me renverse de son aile ou que l’épée me transperce, ma mort sera belle.

Et se redressa, dominante :

-Là est ma richesse et mon savoir, pauvre fou. Je vous abandonne aux vôtres. Vous puez la Mort, Alastar Black, qui voudrait d'un tel parfum? Vous avez libérez Belzébuth, il est en train de vous dévorer. Et je vais m'amuser à le voir bouffer tous vos morceaux.
-Et faites semblant de dormir, lâche que vous êtes, si ça vous arrange. Le Rien vous a parlé et vous parlera encore si l'envie lui prend !"


Il serait mort à l'instant, qu'elle en aurait été totalement indifférente. Elle gerbait
le suc de toute la noirceur qu'il lui avait fait endurer et l'ultime coup fatidique, éprouvant la jouissance prometteuse d'une vengeresse.
Que la brisure de son corps affranchisse le mal qu’il ne pourra plus commettre. Que les pensées moribondes de cette plèbe humaine se lèvent, terrorisées de la lumière crue de l'au-delà.
Le quitter ? Allons donc ! Il aurait été bien trop heureux et soulagé ! Il devait payer la loi du talion qu'il avait provoquée.
Pourquoi lui offrir cette joie gratuite et pure ?

Elle bouillait, elle le détestait, elle lui en voulait tellement, tellement. Même affaibli, il lui sembla qu'il se moquait. Encore.
Elle aurait souhaité lui crier sa rage,l'invectiver haut et fort, lui asséner ses quatre vérités. L'avilir comme elle se sentait avilie. Le frapper de sa pitié. Le frapper tout court. Mais elle se retint Cassiopée, elle se retint, car au-delà d'une réaction de tempête bien légitime, elle avait beau s'essayer à le haïr, elle n'y parvenait pas.Elle aimait trop l'Humain pour ça.

Il l'avait toujours su, lui.

Poings et dents serrés, elle s'imagina le réveiller, -enfin, s'il dormait vraiment !-, avec une paire de gifles fracassantes. Mais le rêve s'acheva dans un grognement frustré. Il fallait qu'elle quitte cette pièce, cette vue détestable. L'idéal eut été d'évacuer sa fureur à l'extérieur, loin de cette maison trop luxueuse et aseptisée. Mais elle était fatiguée et n'avait plus le courage de sortir. Elle le quitta donc, à bout de nerfs, claquant la porte à la volée, furibonde. Et puis...
Elle passa devant la salle de musique. Revint sur ses pas. Le piano... Jusqu'à présent, elle n'avait pas osé toucher au piano, ni prit le temps. C'était un magnifique Steinway à queue. Pourquoi pas ? C'était un bon début, non? Passer son agressivité sur l'instrument et se contrefoutre de tout le reste !
Elle ouvrit grand la porte, n'alluma qu'une petite lampe et s'installa. C'était merveilleux pour un amateur de se mesurer avec une telle perfection. Elle tapota quelques notes au hasard, le son était sublime, profond, puissant, clair.
Elle réchauffa ses mains et commença à jouer, lâchant son courroux dans la force de frappe, dans l'intention qu'elle y mettait. Elle abusa de la pédale forte, histoire d'amplifier à outrance les harmonies. Combien de temps mélodia t-elle ainsi ? Longtemps, très longtemps, au point d'être en nage et d'avoir les doigts échauffés. Elle ne s'arrêtait plus, se noyait, s'évacuait, se grisait. Ses pensées virevoltaient, elle combattait par l'esprit le Chevalier Noir.

"Tu n'es rien!" "Mais je peux voler sans ailes..."
"Ignorante! " "Mais je peux rêver sans artifice..."
"Naïve!" "Mais je vois les étoiles les yeux fermés..."
"Ennuyeuse!" "Mais je danse avec la Lumière..."

Elle cinglait les blanches et les noires comme l'on meurt, avec intensité. Elle se dé-chaînait, se réappropriait une liberté qu'elle avait failli oublier. Elle martelait encore et encore. C'était lui qu'elle frappait, lui collant une dérouillée dont elle seule possédait les clefs.

Elle resterait, juste le temps de mener à bien le supplice qu'elle espérait lui infliger.

Elle allait le pourrir.
Non pas à mort, mais à Vie.

*Socrate
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Dharma
Dharma
Féminin MESSAGES : 104
INSCRIPTION : 15/04/2019
RÉGION : Quelque part sur Gallifrey
CRÉDITS : wadewicons

UNIVERS FÉTICHE : SF, Fantasy, Contemporain, Post-apo, Steampunk
PRÉFÉRENCE DE JEU : Homme

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Alastar Black
J'ai 37 étoiles déchues et je vis à Los Angeles, aux USA. Dans la vie, je suis plus rien... à peine Astrophysicien et je m'en sors pitoyablement mal. Sinon, grâce à mon malheur, je suis veuf et je le vis excessivement mal (no shit, Sherlock).
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Empereur incontestable de sa propre déchéance, il a l'autodestruction en Sublime, écopée par ses peines. Charmante petite famille à en devenir réduite à néant, femme et enfant, il n'est resté du rêveur d'antan que l'absolu rien et la dépendance à l'illusion bienfaitrice. À peine de quoi faire briller quelques étoiles le prenant en pitié. Ô Melody, Alastar a tristement rendu son dernier souffle à tes côtés.
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Bury my heart

Écorché vivant. Enterré vivant. Encore mourir tant qu'il fait noir. Monstres hideux dans les prunelles abîmées. Cauchemars visqueux au creux des sourires carbonisés. La tête pleine de ténèbres et d'hallucinations. Il eut l'impression d'entendre murmurer le miel du Diable. La douleur n'eut plus tant d'ampleur, douce nostalgie larmoyante. Il n'entendait que la ballade de la Mort. Les échos de l'abime ne purent paraitre plus glorieux qu'en l'instant puissant.

Mal d'Outre-tombe prend la parole et marche :

Avant l'apocalypse, tu étais humain,
Dans ces ombres disparates, tu ne voyais rien,
L'onctueuse du sommeil, tu la chantais bien,
Cadavre immaculé de vie, n'était pas tiens,
La vérité, ta brûlure, tu l'aimais bien,
Oh, mais, Alastar, tu ne le sais que trop bien,
L'incantation de la mort, tu la craignais bien,
L'obsessionnel de l'amour, était tout douçain,
Drame où frémit le miroir, et là vint la fin.
L’apocalypse est tombée, tu n'es plus humain.


Entre les dents acérées de la sirène, il se sentit plonger plus profondément encore dans le typhon apparut en son honneur. La Terre parut douce et dure. Une fleur de paradoxe aux supplices de la colère noire qui s’emparait tyranniquement de la blancheur Desnuits. Le visage pâle, las, dénué de tout attrait; Alastar n'en demeurait pas moins éveillé. Il l'avait toujours été. Il ne ressentait rien. N'en avait plus la force. Ne pouvait émettre un seul mot. N'en ressentait pas le besoin. La Haine, la profonde Rancœur, se devait d'être déversée au plus vite chez une personne aussi lumineuse de Vie qu'était Cassiopée. Elle ne pouvait décemment agir comme lui et se contenter de l'avaler avec dégout et de laisser trainer là, au plus près du cœur d'ébène. Il ne voulut rien dire. Ne savait pas tant qu'il aimait à prétendre. Il attendit patiemment la fin du monologue assourdissant. Et ne sachant si elle était encore là, il s'en moqua. « Je ne vous ai jamais rien demandé, laissez-moi vivre la paix des condamnés. » Il avait entendu, même pourrait-on oser dire écouté, chacun de ses mots, chacun de ses états d'âmes. Il n'avait nul besoin de la regarder pour l'imaginer pourrir littéralement de cette rage qui lui noircissait l'esprit pur. Ah, voilà ce dont était véritablement capable le Black. Était-ce l'un de ses derniers miracles d'horreur ?


Et il savait. Il savait, Seigneur qu'il savait, qu'après ça, qu'après quoi; elle resterait. Ne serait-ce que pour se venger, de manière vile, de manière basse, de manière amplement méritée. Car malgré toutes ses croyances, toutes ses bonnes paroles, malgré toutes ses certitudes, et toute sa volonté, qui lui, le faisait bien marrer : elle ne valait pas mieux que son macabre patient à la bordure des Enfers. Elle ne le lâcherait pas de si tôt. Pas après ça. Pas après quoi. Jusqu'où était-elle prête à tomber ?

Détruire l'éternité, le soleil et le temps. Jouer des mirages, des affres de l’absence. Alastar somnola de nouveau. Il ne voyait plus rien, de nouveau. Le chalumeau dans la cervelle, le reste restait glaciale. L'hibernation du feu crépitant. L'incendie de la moelle et des méninges. Il faisait froid. Il avait chaud. Tout à coup, il sentit quelque chose se promener sur sa jambe... Il reconnut le tintement des ronronnements d'Edgar et ses griffes qui jouaient sur sa chemises. Il n'eut pas la force de grogner, pas même de rouvrir un œil. Et puis la boule de poils à l'éclat si pur et si doux, trouva sa place en plein milieu du torse du mort-vivant, se roulant sur elle même telle la peluche qu'elle était. Le réconfort éphémère, ridicule. Et dans le rêve du scientifique incapable de formuler quelconque thèse, l'azur s'ouvrait à l'enfance. Espace ouvert. Cercle brisé. L'innocence de jeunes regards échangés. Émeraude s'alliant au Saphir.

Melody.

Et le cœur au galop ! Tu t'en souviens ?


Sur ce dernier souvenir d'enfance, la mélancolie divine de l'amour perdu.
Sur ce dernier voyage des pleurs, le Vie se fait couleur, devient auteure.
Sur ce dernier élan de bonheur, les fleurs du temps renaissent de beauté.
Sur ce dernier espoir disparaissant, il ne voit qu'elle et lui, l'infini passé ébloui.

Et dans un dernier soupir,
Dans un dernier regard,
Un si maigre sourire,
Un si profond poignard,

L'âme en peine de l'amoureux maudit,
Achève donc la Lune,
Dans la nuit brune.


Il sourit.

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