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 Quand tu regardes plus Juliette que Roméo ~Pierrehope~

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Le contexte du RP
Mise en situation

La situation

New-York 2019


Ophélie Newman est en couple avec Thomas depuis quatre ans, installée dans une routine confortable. Cela fait plusieurs mois qu'ils commencent à réfléchir à se marier, peut être avoir un enfant, sans qu'aucune décision ne se profile vraiment, entrainés par une certaine indolence et après tout... ils ont le temps.
Du moins ce qu'en pense Thomas. Ophélie, elle, a bien du mal à chasser le regard courroucé de Lisey, un ravissant grain de sable de 29ans, qu'elle n'a pas vu venir gripper l'engrenage de sa vie toute tracée
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PierreHope
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Lisey
Williams

J'ai 29 ans et je vis à New-York, USA. Dans la vie, je suis attachiantegérante d'une boutique et je m'en sors bien. Sinon parce que je le veux bien, je suis célibataire et je le vis au poil.
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J'ai pas le temps. Je suis le lapin blanc. On m'attend quelque part, en r'tard en r'tard. Non en fait j'ai le temps pour ce que je veux. Le reste... ça peut attendre (et c'est pour ça que mon appart est un bordel sans nom). Je n'aime pas qu'on me dise non non plus. Et ce petit con au comptoir m'a dit non quand j'ai voulu mettre un jeu de mot pourri à la place de mon prénom sur sa putain de tasse en carton (même pas vraiment recyclable). Bah quoi? Mon prénom le regarde pas. Et puis entendre un boutonneux ou une coucourge de 17 piges beugler mon 2e prénom (vu que le 1er plutôt crever que l'utiliser)... Merci mais non merci. Alors je lui ai dit de se mettre son café là où je pensais. Et que je serais ravie de l'y aider. Haha il était tout rouge c'était le panard! Et je me suis cassée.

Me voilà sur le trottoir, sans café, au milieu de gens pressés. Tous sur leur smartphone. Moi, j'ai un truc qui envoie des sms. Même qu'il sonne parfois et truc de gueudin, quelqu'un parle dedans! Paraîtrait qu'il peut aller sur le net mais je m'en fou un peu... J'ai Netfrix chez moi et dehors, un bouquin dans mon sac. Comme si y'avait pas assez à regarder autour de soi...

Comme à mon habitude, je marche d'un pas sûr, le nez en l'air. J'admire le jeu des rayons du soleil dans le feuillage. J'hume avec délice l'odeur du marchand de hot-dog. Ouais je sais, c'est dangereux de pas regarder ses pieds quand on marche. Mais entre nous... Y'a rien de plus chiant que des pieds et le trottoir gris triste couvert de chewing-gum usagés... Non? On est d’accord.

Et puis c'est cool de pas regarder devant soi, on fait des rencontres sympas! ...non là je déconne. Y'a toujours un connard pour me foncer dedans. Et qui m'engueule en plus. Aujourd'hui, c'est mon tour de gueuler la première. Et pas manqué, à peine je lève le nez et marche vers ma bécane garée non loin qu'un.e énergumène me fonce dedans. J'attendais que ça! Alors je gueule d'un air outré: "Pouvez pas faire attention???". Et puis je regarde ma collision du jour.

Dans la trentaine je dirais. Je l'imagine bien faire des soirées "osééées" avec ses copines de la zone pavillonnaire et acheter des parures HéM au prix de Victory'as secret à la Milf qui a flairé le bon filon des bourgeoises qui s'ennuient dans leur prison dorée. Tout ça en buvant du rosé-pamplemousse (é-v-i-d-é-m-m-e-n-t). Elle bredouille des pardons et moi, garce royale, j'exulte. Elle paye pour les autres. Eh vachard, je sais. Mais la vie est une pute, pas vrai?

Et puis je vois soudain qu'elle a répandu autant de café que d'excuses sur son joli chemisier (sans doute hors de prix). -10 points de satisfaction sadique. Elle lève ses grands yeux sur moi et là, je sais que je suis foutue... J'essaye de me retenir (j'ai ma fierté - mal placée ok) mais ça sort tout seul: "Pardon...". Mon autre moi me hurle "Ehhh ça va pas??? D'où tu t'excuses à cette girafe??". C'est vrai qu'elle est grande. Mais ce n'est pas une greluche.

On dit (oui je sais "on est un con") très pompeusement que "les yeux sont le miroir de l'âme". J'en sais rien de l'âme et de tout ce bordel, mais des gens tu les regardes dans le yeux, tu sais que c'est mort: ils sont teubé. Rien à faire, t'arriveras pas à élever le niveau avec eux. Alors qu'elle... Elle, derrière ses pupilles immenses, ça fourmille. ça frétille. "...J'aurais du regarder devant moi.". En fait non, ça aurait été une sacré erreur. Parce que j'aurais risqué de ne jamais la croiser. Enfin rencontrer. Enfin "collisionner". Bref.

Dans une ville comptant 8 millions d'habitants, les probabilités de croiser ma bobo (oui je suis sûre qu'elle mange du quinoa et fait du yoga en buvant du kombusha) étaient infinitésimalement faiblardes.

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Ophélie Newman

J'ai 31ans ans et je vis à New-york, USA. Dans la vie, je suis assistante, petite main, corvéable à merci dans une maison d'édition et je m'en sors à mon avis, plutot bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis en couple depuis quelquées années et je le vis bien.

Arrivée d'Utah il y a cinq ans, elle y retourne régulièrement pour retrouver sa famille, qui  n'en a pas bougé. Elle adore New-york, mais en deteste le  métro : vous avez vu la taille des rats?!


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-Thom', tu oublies pas? Demain,  on passe la journée avec William et Sofia, ils devraient arriver vers 11h.
Pour toute réponse, un vague grognement, un hochement de tête brune qui peut passer pour un accord, un mouvement dans le lit et une couette qui se remonte le plus haut possible. A vrai dire, Ophélie ne s'attendait pas à beaucoup mieux! Thomas et le matin, c'est une bataille qu'il perd chaque jour.  Elle, elle n'a pas ce luxe. Du moins pas celui d'arrivée en retard. Pas alors qu'ils doivent passer en revue le différent planning d'édition pour préparer les sorties de septembre. Non qu'Ophélie ait le moindre pouvoir décisionnaire, mais sa responsable oui. Et elle exige que toutes ses petites mains aient lus chacun trois des manuscrits à paraitre et lui en présente les plus grandes lignes, de manière à ce qu'elle même puisse ensuite en débattre et placer ceux qui lui paraissent les plus importants et ceux qui devraient avoir une plus grande couverture marketing.

De toute manière, elle part tot. Parce que la brunette sait depuis longtemps que si il y a un retard sur une ligne? Il est pour elle. Un embouteillage de taxi? Evidement qu'elle est coincée dedans! Une rue bloquée par une manifestation? Forcement celle qui va l'obliger à prendre un détour impossible. Elle sort en vérifiant qu'elle a bien pris ses clefs dans son sac. Pour revenir cinq minutes plus tard dans l'appartement pour récupérer au vol la bandoulière de la besace contenant les différentes épreuves, qui elles, étaient restées sur la table basse. Ophélie les range, prenant soin de ne pas corner un seul feuillet des copies. Elle tient à sa tête! Un coup d'oeil sur son télephone alors qu'elle a une grosse demi-heure de marge. Parfait. Son pas se ralentit alors que la jeune femme profite du printemps qui s'installe enfin.

Direction la Random House Tower. Et il se murmure dans les couloirs qu'un certain auteur du Maine est en visite à New-York  sur la semaine pour discuter de son dernier recueil de nouvelles à paraitre pour décembre. Bien qu' Ophélie l'ait déjà croisé, elle n'a jamais osé lui  parler directement. La langue complètement collée au palais. Si les acteurs et les musiciens la laissent totalement de marbre, ce n'est pas le cas de certains écrivains. Son petit coeur ne s'est toujours pas remis de la disparition de Sir Terry Pratchett. Oui ca fait plus de quatre ans et alors?!  Vérification de l'heure. Tout baigne. Encore vingt minutes. Le temps de prendre cinq minutes pour un café, sans chantilly, avec une pointe de noisette, et du sucre. A emporter, un sourire, un merci. Elle a deja depuis longtemps décidé que la courtoisie et la politesse étaient les meilleurs moyens de dérider les plus désagréables des new-yorkais.

Est ce qu'elle a bien pensé  à souligner que.... en tenant son café d'une main, elle recherche de l'autre dans son sac le calepin couvert des notes qu'elle a pris ces dix derniers jours, voulant vérifier un point de détail précis. C'est une erreur. Sa maladresse est légendaire, mais pour une fois.... Tout se passe bien ce matin! Plongée dans ses pensées, comptant sur le fait que le flot new-yorkais est de ceux qui s'écoule autour des écueils, Ophélie ne regarde pas sa trajectoire. Et heurte de plein fouet un obstacle qui arrivait en sens inverse.  Le carnet  lui échappe des mains après avoir pris une rasade caféiné dont le reste  implose sur le chemisier pastel qu'elle a enfilé un peu plus tot. Heureusement, le brevage a eu le temps de refroidir, mais sur l'instant, elle n'y pense pas. Elle bafouille une montagne d'excuse à la jeune femme, se sentant encore plus mal à l'aise au ton rogue qui lui adressé. Ceci dit, elle peut comprendre l'agacement. Elle finit par relever la tête, ne pensant pas encore  à ses dégats vestimentaires, d'autres mots de conciliation lui tombant des lèvres.

Un regard vert l'accroche et elle entend les paroles d'excuses. Un peu. Rarement elle croise vraiment les yeux de ceux qu'elle ne connait pas. Ne s'en détourne pas, juste là, maitenant. Un vert de Jade.  La jeune femme qui lui fait face est une vivacité colorée. Et le caractère qui semble suivre avant qu'il ne s'apaise. Un vert de Chat. Le ton courroucé s'est adoucit et une partie de sa montée de stress redescent. Un sourire s'ouvre aux lèvres d'Ophélie. -Je ne faisais pas attention non plus. Je regardais mon....

Bordel! Vivement, elle se penche pour récupérer le cahier moleskine qui allait se faire écrabouiller par une chaussure anonyme et le tient fermement au creux de sa paume. plus question qu'il s'échappe. Avant de revenir vers son interlocutrice. -Je suis désolée. Est ce que je vous ai taché? - Ce n'est qu'à ce moment qu'elle prend conscience de l'état désastreux de son haut. Et qu'elle va être en retard. Parce qu'Ophélie ne peut pas aller travailler comme ca. Et en plus, elle connaît pas bien ce bloc. et il est encore tot. Aucune boutique d'ouverte. - Je suis désolée. -Oui. Elle se repète, mais cette matinée qui avait si bien commencé tourne franchement à la catastrophe - Je ne vous ai pas fait mal, j'espère? Il faut... -Elle inspire. Se force à se calmer. Ce n'est pas SI grave. Et d'ailleurs  la rousse flamboyante prend plutot bien les choses. Prend exemple Ophélie! . - Il faut absolument que je trouve de quoi me changer. Est ce que par hasard vous savez ou je peux trouver un magasin ouvert dans le coin ou dans les cinq minutes? Vous me sauveriez la vie! Enfin... la journée quoi!
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PierreHope
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Lisey
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J'ai 29 ans et je vis à New-York, USA. Dans la vie, je suis attachiantegérante d'une boutique et je m'en sors bien. Sinon parce que je le veux bien, je suis célibataire et je le vis au poil.
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M'avoir fait mal? Mais qu'elle est choupinette! J'ai la peau tellement dure qu'il faut y aller pour atteindre la couche tendre!

Nous sommes deux pions immobiles au milieu du flot ininterrompu de gens qui se foutent royalement de nous et de son petit carnet qui à l'air de renfermer ses plus inavouables secrets vu comment elle a sauté dessus comme si sa vie en dépendait. Quoique ça serait un peu concon de noter ça et de se balader avec mais on est à New-York... Tout et tout le monde est possible ici. Je serais pas surprise qu'elle aime les costumes so fluffy. "Ce qu'elle serait chou avec des oreilles de chat...".

ça existe donc encore des gens aussi innocents et altruistes? Wahou. Je la mettrais bien sous cloche pour l'admirer un peu plus.  Je réponds pas. J'aime bien la voir paniquer (oui je suis une garce). J'aime bien son style de phrasé. Bon ok si son chemisier (même si c'est le dernier Chamel) vaut sa vie elle a pas une très haute estime d'elle-même. La journée au final? Bon... Je suis déçue mais je m'en contenterais. On dirait pas mais je suis Chevalier servant dans l'âme. Surtout avec les jolis brunes. Ou les jolis bruns. Enfin je m'en fiche de la couleur du poil. Je mange varié (non je parle pas de légumes verts pour celui qui suit pas au fond mais rendors-toi). Elle a l'air au bord de la panique mais essaie de se contrôler. J'admire ça. Elle aurait chouiné, pas sûr que je l'aurais aidée.

Enfin, j'arrête avec mon sourire en coin qui étire mes lèvres et doit me donner l'air d'une perverse sadique bossant au club "Maîtresse Donna" du block voisin (meuh non j'ai donné un nom au pif... voyons) et je fais semblant de réfléchir: "5 minutes...?". ça à l'air important pour elle. Je l'ai assez fait marronner. Alors je cesse mon petit jeu et je déclare: "ça se fait mais il va falloir me faire confiance. Suivez-moi.". J'aurais pu dire "Viens avec moi si tu veux vivre." mais j'ai trop peur de devoir des royalties à une machine à forme humaine équipée de fringues en cuir. Je lui attraperais bien la main pour la guider mais j'ai appris à mes dépends que les gens ne sont pas aussi tactiles que moi. Alors qu'elle me suive ou pas... Je trace jusqu'à ma Liseymobile (que celui ou celle qui s'est esclaffé.e à cette appellation aille se faire foutre).

J'ouvre le coffre du siège (je le ferme jamais je sais c'est une erreur mais la clef est quelque part heu... dans le capharnaüm que j'appelle "chez moa") et j'en sors le seul casque qui y est. Il est couvert de tous les autocollants que les gens distribuent un peu partout dans la ville, et de mes quelques voyages. Mais ça, y'a que moi qui le sait et de l'extérieur, ça ressemble à une oeuvre d'art incomprise de la "période drogue bleue" d'un artiste oublié.

Je lui tend (parce que oui elle m'a suivie! Elle doit vraiment être désespérée ou suicidaire): "ça serait dommage de fracasser une si jolie tête." (nan je la drague pas je suis juste aimable-et réaliste). Et j'enfourche mon Cheval Blanc. Hue cocotte. "Accrochez vous!".  Je suis de nouveau le lapin blanc et ma Alice est plus que pressée alors je démarre en trombe, me faufilant dans la circulation en jouant du klaxon comme toute bonne New-Yorkaise qui se respecte. Klaxonner est ici élevé au rang d'art. C'est une seconde langue maternelle en somme.

Je veux pas me la péter (si en fait... j'adore ça) mais je conduis comme une pro (une pro sous amphet' et avec un goût du risque un poil trop prononcé mais pro quand même). En 2 coups de cuillères à pot nous voilà à destination: "Home sweet home.".

Je saute de mon destrier et je trace vers la porte du magasin, clef déjà en main.
La grille de protection n'a pas été tirée. Encore... Je siffle entre mes dents: "Michael Clarke je vais te...Te...Arf..". Micky est adorable mais vraiment trop tête en l'air. Mais j'arrive pas à l'engueuler. On engueule pas le mec qui vous a sauvé les miches. Et qui fait les meilleurs donuts maison de New-York. J'aurais trop les boules qu'il me coupe "les vivres". J'ouvre la porte de mon lieu de travail avec la clef et le coup d'épaule habituel. La senteur de poussière antédiluvienne mêlée à un tourbillon hétéroclite d'autres notes olfactives s'insinuent et apaisent mon cerveau: c'est mon autre chez moi. Mon pawn-shop. Je passe plus de temps ici qu'à mon domicile à vrai dire. Surtout depuis l'accident.

Mon sac bandoulière se retrouve jeté derrière le comptoir et je trace vers le rayon vêtements. J'entend son pas derrière moi, un peu hésitant: c'est sûr qu'elle doit pas traîner dans ce genre de lieu avec ses BFF du Club-House. "Désolée ce qu'on a de plus classe c'est une robe de mariée et...". Je me retourne pour lui sourire: "C'est pas trop de saison.". Je reprends ma fouille et la laisse prendre ses marques tout en écoutant son pas: il est léger, comme celui d'une ballerine. Elle est classe. Délicate. Je peux pas lui refourguer n'importe quoi... Je me marre toute seule dans ma tête en passant un haut imprimé léopard: avec un petit collier à perles... le cliché de la boubourge serait parfait! "Mmmh... pas assez... quinoa. ". Enfin je trouve ce que je cherche et je la rejoint, triomphante: "ça devrait faire l'affaire. Mais ça sera un chouillat trop grand à...". Je peux quand même pas lui dire que ses petits nénés risquent d'un peu nager vu la coupe ample à la poitrine. "... un chouillat trop grand mais essayez.". Je lui tend le cintre et je reste à la regarder... Avant de tilter qu'elle va pas se foutre à poil devant moi (même si je dirais pas non et que perso, j'ai aucune pudeur). "La cabine est au fond à droite.", je lui précise en indiquant la direction de l'index. Je ne peux pas m'empêcher de rajouter avec un sourire insondable: "Rassurez-vous, les caméras ne sont pas dans les cabines. Enfin... Je crois.". Je me délecte de l'ombre du doute qui passe dans ses yeux noisettes et je la débarrasse de ses affaires.

Elle s'accroche cependant un peu à son carnet-journal-intime-textesacrésauveurdumonde qui n'a pas quitté sa paume depuis le trottoir: "Vous risquez de le poser et de l'oublier... Juré je regarde pas.". La main droite levée, j'affirme comme devant un tribunal, main gauche sur sa petite bible perso: "Moi Lisey Williams, saine de corps et d'esprit - enfin presque - jure sur l'honneur ne pas mettre mon nez dans vos affaires personnelles.". Soit elle rigole, soit elle fuit et demande une mesure d'éloignement. J'ai pas pour habitude de jouer un rôle, même au boulot. Avec personne. Mentir sur soi c'est se trahir soi-même. Même si dans mon taff c'est à la fois une bénédiction et une malédiction (Je vous laisse réfléchir au pourquoi et au comment).  

Et mentir toute façon c'est chiant: faut se rappeler ce qu'on a dit à qui et quand et quoi et pourquoi et... Que des emmerdes. Je hais les menteurs. Et les menteuses. Mais surtout les menteurs. En particulier UN menteur. Donc que ça plaise ou non, la demoiselle aura la vérité toute crue. Si son haut la boudine, elle le saura. Mais j'ai l’œil aucune chance. Je ne me trompe jamais. Ni sur les tailles, ni sur les gens. Sauf... une fois. Une seule et unique fois.

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Ophélie Newman

J'ai 31ans ans et je vis à New-york, USA. Dans la vie, je suis assistante, petite main, corvéable à merci dans une maison d'édition et je m'en sors à mon avis, plutot bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis en couple depuis quelquées années et je le vis bien.

Arrivée d'Utah il y a cinq ans, elle y retourne régulièrement pour retrouver sa famille, qui n'en a pas bougé. Elle adore New-york, mais en deteste le métro : vous avez vu la taille des rats?!

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Le silence qui dure et s'étire entre les deux jeunes femmes ne dit rien qui vaille à Ophélie. Demande de l'aide dans cette ville revient à présenter un morceau de viande sanguinolent à un T-Rex affamé. Parfois, il lui faut se souvenir qu'elle est à New-York, où un bonjour spontané à un regard croisé dans la rue a pour seule réponse une ignorance suprème. Au mieux. Pas grave. Malgré elle, elle commence à s'habituer à ce genre d'attitude. Cependant, le sourire qui orne l'écueil roux ne trahit pas le mépris, mais un amusement léger. Sans savoir pourquoi, la brune se surprend à répondre à ce sourire. Il y a un je ne sais quoi qui ne lui donne pas envie de se détourner ou de partir. C'est le plus joli T-Rex qu'elle ait jamais croisé. Malheureusement, elle ne peut vraiment pas se permettre de perdre d'avantage de temps. Pas ce matin.

Elle allait prononcer quelques paroles pour se dégager de cette rencontre orchestrée par le hasard quand le Renard prend les devant. Lui faire confiance. Franchement, elle ressemble à jasmine, pour suivre n'importe qui, elle ne sait où? Okay. Peut être un peu. Parce qu'à sa grande surprise, elle lui emboite le pas. Elle tente un petit -On va où exactement? Qui se retrouve sans réponse. C'est qu'elle marche vite en plus. Heureusement que talons carrés aux pieds ou pas, Ophélie ne se laisse pas distancer pour autant. Avant de s'immobiliser net devant la moto. Haaaa oui mais non. Ca va pas le faire. Un pas de recul alors qu'elle remet de la distance entre elle et l'engin. Ses mâchoires se sont contractées. Non. Je monte pas là dessus. C'est mort. Désolée ma renarde, mais ca je peux pas. Ses mains sont crispées sur le calepin au point que les jointures ont blanchies. Un instant, elle a l'impression de pouvoir sentir le desinfectant qui empuantissait chaque couloir de l'hopital. De revoir les murs aux teintes beigeatres. La langue collée au palais, Ophélie se retrouve avec un casque psychédélique collé sur le crâne, sans répondre à la plaisanterie de l'inconnue. C'était y a plus de dix ans. Respire. Et parvient à se détendre au fur et à mesure que la conductrice s'insinue et s'infiltre dans la circulation. Elle avait oublié à quel point elle adorait ca. En avait rayé jusqu'à l'idée. Sur la taille de Lisey, la main d'Ophélie s'est faite plus légère, l'autre agrippant l'arrière de la selle, retrouvant un équilibre qui lui est naturel. Orientant et adaptant le poids de son corps en fonction des mouvements de la moto.

Quand la deux- roues s'immobilise, impossible de se méprendre sur le sourire qui illumine le visage de la jeune femme. Sans se soucier de l'état de ses cheveux sous le casque, elle le retire pour le rendre à sa propriétaire. Ses pommettes ont pris une teinte plus soutenue, fouettée par le vent de leur course. -Merci pour ce trajet. Ca fait longtemps que j'étais pas montée à moto. J'ai adoré ca longtemps. -Elle a un sourire amusé devant les récrimintions à l'égard de l'un de ses amis. Avant de découvrir une veritable caverne d'Ali-baba. C'est la première fois qu'elle entre dans la boutique d'un prêteur sur gage et une multitude de questions lui brulent les lèvres. Le peu qu'elle en connait, c'est lorsqu'elle a zappé par hasard sur une émission de semi télé réalité mettant en scène un pawn-shop à Las Vegas. Impossible de se souvenir du nom! Sauf que son chemisier poisseux de café est devenu gelé par le trajet et elle n'a qu'une envie, c'est de s'en débarasser. Du regard, elle examine les divers articles, et il y a vraiment de tout. Un petit rire - Humm on va attendre un peu pour la robe de mariée. Mais je reviendrais vous voir dans quelques mois et vous me montrerez à ce moment là!

Non qu'elle ait l'intention d'épouser Thomas si rapidement. Mais ils commencent vaguement à en évoquer la possibilité, sans qu'aucune demande concrète n'ait été faite. Certaines des fringues exposées, jamais de la vie elle les porte. Froncement de nez et de sourcil en tombant sur une horreur avec un imprimé léopard. Ca, c'est un truc qui la dépasse completement. Ajoute un pantalon de cuir et on a un combo perdant. Foxy lui présente une blouse bohème, laissant les épaules libres avec un col rond, peut être un peu large, mais elle n'a pas l'intention de faire la difficile pour ce genre de détail. Le cintre en main, Ophélie cherche des yeux un paravent, une cabine qui lui permettrait de se changer rapidement. Et visblement, l'autre femme aime la metre un peu mal à l'aise avec son commentaire sur les caméra de surveillance. -Je vais faire comme si il n'y en avait pas!

Elle n'a toujours pas rangé son carnet dans son sac, meme si sa besace a trouvé le sol près du comptoir ou elles se tiennent. Ce qui n'échappe aux prunelles observatrices de sa vis à vis. Un petit haussement d'épaule avec un sourire d'auto-dérision. -Ce sont juste des notes pour mon travail. Rien qui nous menera sur le trésor perdu de l'atlantide ou la formule secrete pour le vaccin contre le paludisme. Mais si je le perds, ce sera plus compliqué pour ma réunion ce matin. -La brune finit par comprendre que la Flamboyante vient de se présenter au moment où elle pose le calelpin dans la poche intérieur de la besance.- Ophélie, Ophélie Newman. Je suis assistante dans une maison d'edition. Je vais me changer et je reviens.

Comme si elle allait s'enfuir! Un objet lui attire l'oeil au passage et elle se promet d'en demander le prix à Lisey une fois qu'elle aura enfin retiré cet immonde chemisier. Bien qu'elle soit presque sure qu'il n'y a pas de caméra espion dans la petite cabine, Ophélie observe d'un coup d'oeil dans les angles leur absence. Juste pour être certaine, avant de retirer le vettement souillé. De la poche de son jean, elle tire un mouchoir qui lui permet d'éponger les traces caféinés qui ont atteint sa peau. La blouse est effectivement un peu grande, mais le style même de celui-ci pardonne ce léger écart de style. En sortant, elle décroche du présentoir un pendentif en argent au bout d'une chaine dont l'apparence a été volontairement vieilli. La forme en cadrant solaire de celui ci, les éléments circulaires qui pivotent à l'intérieur, coup de coeur absolu.

-Lisey, je vous dois combien pour le haut et le bijou avec sa chainette? -montrant l'ensemble qui repose au creux de sa paume. Pas décidée à le reposer. Sauf si il coute un oeil, ce qui est bien possible, car elle n'a pas vu de prix affiché.

Elle aime bien ce moment hors du temps. Hors de sa routine habituelle. Son chemisier taché disparait au fond de son sac. Elle s'en occupera plus tard. Envie d'un autre café, mais ca devra attendre plus tard. Là, Ophélie entend presque les battements de l'horloge lui indiquant qu'elle ne sera jamais à l'heure pour la réunion. Ce qui ne sera pas la première fois. Sauf.. .qu'elle n'a pas envie de presser l'instant. Lisey l'intrigue dans sa franchise qui n'a rien de new-yorkaise, loin des apparences cultivées par ses habitants.

-On est loin d'une bouche de métro? Je ne vais pas vous obliger à faire le chemin en sens inverses, votre journée ne va pas tarder à commencer non plus. Vous en avez déjà fait bien plus que ce que vous y etiez obligé.
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Bon point: Mon petit Quinoa me fait confiance vu qu'il m'a suivi et que ice on the cake, il me confie ses petites affaires. Mauvais point: son carnet ne renferme aucun secret inavouable. Booooh... Je suis déçue. Juste un peu. Après c'est ce qu'elle dit hein... Mais quelque chose me dit que je n'ai pas à faire à une mytho comme il en grouille dans cette ville. Peut être un peu folle, mais pas menteuse. Aurais-je suivie une inconnue comme elle? Oui, au pire, je me serais jetée de la moto si je voyais que la conductrice m'emmenais dans un endroit isolé. Ou pas:  je pense que je me kifferais si je me rencontrais (vous avez vu ce chassis? Non mais vous l'avez vu?) Ouh là, quand j'en viens à me dire que je me sauterais bien, c'est que je suis en manque. C'est vrai que ça fait un petit moment. Faut dire j'ai pas une minute à moi.

Apparemment mon serment est pris pour une présentation formelle.... C'était pas mon but, j'y ai même pas pensé, à me présenter. Les conventions sociales me saoulent. Je connais à peine le nom de famille de ma meilleure amie, mais je peux vous dire quel parfum de glace elle adore et de quelle couleur était sa petite culotte en gym en 3e (et pour cause j'aurais bien mis mon nez dedans). Fort heureusement, Mademoiselle Newman (j'ai noté qu'elle n'avait pas encore la bague au doigt même si elle en a le projet visiblement... Encore une stupide norme sociale à laquelle je ne me plierais jamais) ne m'a pas tendu la main. J'ai horreur de serrer les mains. Surtout quand en face la poignée est molle ou moite. Beuh. Autant faire comme les bouffeurs de grenouilles et se "faire la biiiise" (avec l'accent) c'est plus marrant. Ou passer au french-kiss. Direct. Quels obsédés ces Français. (oui c'est l'hôpital qui se fou de la charité).

Ma brebis égarée a mit cap sur la cabine. "Assistante d'une maison d'édition hein... ". ça me fait penser au film avec Meryl Stripp, où elle maltraite son assistante qui se fait draguer par l'Australien so British sorti d'un conte de fée là (pas ma came). Quelle salope cette Miranda Priestly... Elle est pire que moi. J'espère que la cheffe d'Ophélie est plus sympa. C'est la proie idéale: elle est trop gentille. Elle veut trop bien faire. ça se voit. ça exhale de chaque pore de sa peau. Je ne suis pas suprise par son boulot: ça lui va comme un gant. C'était ça ou secrétaire. "Oh ouiiii des petites lunettes ça lui irait bien! ". Avec un tailleur! Et merde, j'aurais dû lui filer le tailleur que j'ai en stock... Juste pour mon petit plaisir. Je souris mais je me rabroue: je deviens un gros beauf quand je suis en manque. Et on touche pas aux client.e.s: jamais mêler affaires et histoires de cul. Et puis ça sent quand même bien l'hétéro cisnormée à plein tube là. "Dommage dommage .". Elle m'intéresse. J'ai le feeling. Sinon, je ne l'aurais pas aidée. Je sais pas pourquoi, mais elle m'intrigue. Peut-être ses grands yeux de biches. Peut être son accent qui est si sophistiqué par rapport au mien. Peut-être parce qu'elle vient d'un monde à des années lumières du mien (vous me voyez moi, assistante? HAHAHAHAHA je l'étouffe avec son sac Gurcci la Meryl Streep de l'Edition!). Ou peut-être ses pompes. Elle a bon goût: j'adore ses chaussures. Et puis, elle sent bon. Si ça vous fait marrer c'est que vous trainez pas assez au contact de vos semblables: c'est dingue le nombre de gens qui négligent leur hygiène corporelle. C'est pour ça entre autre que je suis motarde (et puis ça finit toujours en baston avec moi dans le bus. Trop de connards au m2. Faut toujours que je me mêle de tout et ça part en vrille.).

Elle a promis de revenir, et en effet elle revient. Faut dire elle est toute fine, mais m'étonnerais qu'elle passe par le velux rikiki de la cabine. Je souris: je suis contente, j'ai eu l'oeil. Je la vois ranger le chemisier (sale) dans son sac. Je souris plus.

"Vous croyez quand même pas que je vais vous laisser aller au boulot avec ce truc tâché dans votre sac?". Je tend la main à plat sur le comptoir: "Donnez moi ça. Sinon la tâche va rester. J'ai tout ce qu'il faut ici. Et puis...". J'utilise toutes les infos à ma disposition pour ferrer ma jolie sirène. "Si votre patronne [je prends un risque mais 90% de chance que ça soit UNE et non UN. Pourquoi? Feeling je vous dis] vois ça, elle va penser que vous êtes négligée, ça fait pas sérieux...". Je continue mon opération de charme avec un grand sourire dont j'ai le secret: "Enfin... Si vous me faites confiance.". Je prend un petit air de chat botté pour l'attendrir.  Je suis machiavélique. Quelle vilaine fille tu es Lisey... Et je reprend: "Le chemisier c'est...". J'allais dire cadeau. mais je vais y aller au culot: "...Un café. Comme ça on boucle la boucle caféiné et je vous rend votre chemisier tout beau tout propre et qui sentira bon la lavande de Provence.". Turn. Je suis gonflée: c'est moi qui lui doit un café dans l'histoire! Mais ce chemisier est pas donné. Il vaut bien plus qu'un café et elle a l'oeil: elle le sait. (M-a-c-h-i-a-v-é-l-i-q-u-e  je vous dit). J'assène mon atout final: "Le collier? Hmmm..." (genre je réflechis alors que j'ai déjà ma phrase en tête. Quelle actrice! Je me suis gourée de carrière!) Je dirais...". Nouveau sourire spécial Lisey (tchak! Botte secrète!): "Qu'on en rediscute ce soir? En attendant, je vous fais confiance et je vous le prête. Un essai en quelque sorte.". River. Evidemment, je ne fais jamais ça. Surtout avec des bijoux. Surtout ce genre de truc qui vaut son pesant de cachuètes. Et puis... Et puis surtout celui là. "Il a, comme chaque objet de la boutique, une histoire. Je vous la raconterais.". Bim. Abattage. J'ai tout donné. All in.

Qu'elle accepte ou non, j'ai pris ma décision. Je rattrape mon sac et je me dirige vers la porte en faisant osciller mon index de droite à gauche, catégorique: "Tututut! Pas question. Quand je secoure une demoiselle en détresse, je ne la laisse pas à l'entrée de la caverne du Dragon. Je vous emmène. Enfin...". LiseyQuinteflush royale (+sourire botte secrète: COMBO!): "Si vous avez repris goût à la moto...?". J'ai bien noté le passé de sa phrase concernant son expérience des 2 roues. "En métro, vous serez jamais dans les temps. Et je me faufile comme personne.". Elle l'a vue elle-même. Et moi je vois ses yeux qui hésitent, qui se posent sur moi, sur tout le fatras qui nous entoure. Je comprend: "Vous inquiétez pas le gars sur lequel je ronchonnais va plus tarder il peut tenir la boutique le temps que je vous dépanne.". Je griffonne un mot agrémenté d'un petit coeur pour Clarke et j'enjoins Ophélie à me suivre avant de reboucler le tout derrière nous (avec le rideau métallique tiré cette fois-ci). Je lui précise, car elle me fait vraiment l'effet d 'avoir l'impression d'abuser: "Vraiment, ça me ferait chier, je vous le dirais et je ne le ferais pas. Mais c'est moi la patronne en ce moment ici et j'ai décidé d'être votre ange gardien.". Je lui tend à nouveau mon superbe casque avec une moue taquine: "Enfin ange... ça reste à voir.". Et je rigole avant de reprendre position en tant que chauffeur de Madame L'Assistante. J'apprécie son bras qui retrouve ma taille, mais n'en montre rien. Je la trouve moins crispée, et j'en suis honorée: c'est donc qu'elle se sent en sécurité avec moi. Pour un peu, j'en ferais une roue arrière. Mais je risque de 1)La faire flipper et 2)C'est pas vraiment mon truc les figures artistiques. Les glissés, les passages au cheveu près entre 2 camions... Ok. Mais pas de trucs de kékés.

Je conduis rarement sans casque et j'avais oublié à quel point c'était grisant d'avoir les cheveux qui claquaient au vent. Rien à foutre si je me tape un rhume. Je n'ai que rarement des passagers, je n'aime pas qu'on me colle. Mais je partirais bien en Road-Trip improvisé avec mon adorable chargement: elle ne pèse pas plus lourd qu'une plume et se comporte en passager exemplaire en basculant comme il faut pour coller aux exigeances des tracés de la route et de la gravité (rien de plus crispant quand votre accompagnant.e est un boulet qui se penche à l'opposé et pète tout votre mouvement avec la grace d'un éléphant). Elle m'indique la route du doigt et docile, j'obéis. J'ai bien pensé à lui jouer un tour pendable en faisant des détours, mais je la sais pressée. J'ai juste pas envie que ce moment s'arrête. On ne parle pas mais je suis bien. A regret, je me gare et récupère mon casque. Fin de la parenthèse enchantée avec ma Alice. C'est elle qui est en retard, contrairement au conte. "Bon... Eh bien...". Moi qui aie la langue bien pendue, je ne sais pas comment prendre congés. Mais je retrouve vite ma gouaille et mon assurance et je fouille les poches de ma veste remplies d'un bazar si dense qu'on croirait des sacs sans fond pour trouver de quoi écrire: stylo publicitaire et un ticket de concert qui doit bien dater de plusieurs semaines.

Pliée en 2 dans une position digne d'un yogi avec une de mes pattes à moitié en l'air pour faire support (et je vous sais curieux donc oui: je suis très souple), je m'applique pour que les chiffres soient bien lisibles, tirant la langue sous l'effort de concentration que cela me demande (j'écris comme un cochon sinon): "Je sais pas à quelle heure vous terminez et vu votre boulot...". Petit regard et sourire compatissant: "ça doit fonctionner au coup de bourre. Alors...". Je lui tend mon petit papier: "Appellez-moi et on se rejoindra dans un endroit pour boire notre dose de caféine et discuter boutique.". Air sérieux: "Un VRAI café cette fois-ci. J'ai une bonne adresse.". Et je pars d'un petit rire avant d'enfoncer ma touffe rousse en vrac sous mon casque-oeuvre d'art-incomprise et de le boucler. Il a pris son odeur. Une discrète note d'un parfum dont j'ai oublié le nom et une sueur sucrée aux accents de shampoing aux agrumes. Je ne porte pas de montre, mais je sais que je suis en retard moi aussi. Mais rien d'étonnant à cela, normal: je suis le lapin blanc.  Je m'installe et retire la béquille avant de redémarrer le moteur: elle aura bien carburé ce matin ma LiseyMobile! Je la regarde une dernière fois. Elle est beaucoup trop charmante. "Au revoir Alice.". Oui elle s'appelle Ophélie je le sais bien. O-p-h-é-l-i-e. C'est bien trop joli. Comme son minois. Et je pars sans un regard en arrière, manettes plein gaz.

Je file au delà du raisonnable, mais j'ai besoin de me sortir son sourire de la tête. Alors j'use et j'abuse de mon destrier pour avoir ma dose d'adrénaline et rejoindre mon lieu de travail où m'attend une pile de responsabilités, mais aussi des donuts savoureux, un employé adorable (mais tête en l'air)... Et enfin, E-N-F-I-N, un bon café. Je l'aurais bien mérité celui là.

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Ophélie Newman

J'ai 31ans ans et je vis à New-york, USA. Dans la vie, je suis assistante, petite main, corvéable à merci dans une maison d'édition et je m'en sors à mon avis, plutot bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis en couple depuis quelquées années et je le vis bien.

Arrivée d'Utah il y a cinq ans, elle y retourne régulièrement pour retrouver sa famille, qui  n'en a pas bougé. Elle adore New-york, mais en deteste le  métro : vous avez vu la taille des rats?!


Anne Hathaway:copyright:️ gallery listal

Ophélie doit admettre que dans un rapide coup d'oeil dans la glace piquetée de la cabine, elle a aimé la manière dont la blouse tombe sur sa poitrine et son ventre. Le coté fluide, léger du tissu. Sans être atrocement soucieuse de son apparence, la jeune femme n'est pas pour autant dénuée  de vanité. Est ce que Thomas aimerait ce style? Une petite grimace lorsque ses pensées dévient sur le brun de sa vie. Le travail du jeune homme lui prend de plus en plus de temps et elle a l'impression qu'ils s'éloignent. Note mentale. Diner dans un restau sympa dans la semaine. Il y en a justement un qu'elle a repéré depuis un moment sans trouver l'occasion. Ce sera parfait.

Elle revient vers le comptoir où l'attend Lisey, le joli bijou en main. Elle aime l'énergie petillante qui émane d'elle, sa franchise, sa manière de prendre les choses à bras le corps, sans trop se poser de questions. Du moins en apparence. Ophélie ne la connaît pas encore assez pour s'avancer. Et elle découvre avec surprise qu'elle a envie de découvrir d'avantage cet electron libre qui n'a rien à voir avec les autres femmes qu'elle peut fréquenter. Est ce qu'elle est tatouée?  Cela fait plusieurs années qu'elle y songe, sans avoir osé franchir le pas. Ca ne se fait pas trop dans sa famille et son milieu. Sur et certain que Lisey ne doit pas avoir peur, elle. Elle est un peu perdue dans ses rêveries d'encre, aussi range t'elle machinalement le vetement souillé dans le fond de sa besace. Pour se faire interrompre net. La brunette relève les yeux vers la rousse qui la dévisage sans ciller.

-Mais? -Un sourire, malgré elle, et son ton prend une tournure plus familière, plus taquine. - Vous êtes toujours aussi directive et serviable avec toutes les personnes qui vous bousculent? Ceci dit.... -et là, sa grimace est éloquente rien qu'à l'idée de Marlène Timsan posant l'oeil sur son chemisier froissé- Vous n'avez pas tord. Elle a un problème Massif avec les germes. -Mais par contre, laisser Lisey gérer ca? Il y a une ligne entre agréable et corvéable. Et Ophélie n'a pas l'intention de la franchir. Non que celle-ci paraisse du genre à se laisser faire. Mais quand même! -Vous devez avoir autre chose à faire?  - Il semble que la rousse ait les idées bien plantées et qu'elle ne dévie pas. Elle sait quand elle est battu à plate couture et quand accepter gracieusement la défaite. Aussi ressort elle son haut pour le poser sur le comptoir. - Un café, après le boulot... .   Vous ne seriez pas du genre un peu tentatrice? Et avec ma manie de ne regarder nulle part, c'est plutot un échec ce matin sur ce point. -Ophélie reste Ophélie. Et vaillamment, elle tente un" :  Vous n'etes pas obligé vraiment -Qui reste lettre morte. Le vetement passe au second plan dès que surgit la question du pendentif qui repose encore au creux de sa paume. Lisey ne lui donne pas l'impression d'être naive. Faire confiance et le pret d'un obiet, surtout d'un bijou, à New-York, c'est prendre le risque de ne jamais le revoir. Après elle est semble être excellent juge de caractère et a deviné qu'Ophélie ne serait jamais du genre à disparaitre dans la nature après cela. Plutot à la traquer dans toute la ville si jamais elle faisait tomber son portefeuille

-Un café et une histoire. Vous me prenez par les sentiments.
Elle écarte la masse épaisse de ses cheveux pour y fixer la chaine. Mais celle ci est aussi ancienne que le cadran solaire et l'attache n'est pas tout à fait conventionnelle. Après plusieurs essais infructueux, elle se décide. Elle contourne le comptoir et vient devant la flamboyante, inclinant légèrement la nuque après avoir déplacé sur le coté ses mèches brunes -Vous pouvez me le mettre ? J'ai l'impression d'avoir deux mains gauches ce matin! -Une bouffée de son parfum qui flotte à elle. Frais. C'est quelque chose de frais, d'agrumes, de piquant. Et qu'il lui va bien! La légèreté des doigts de Lisey sur sa nuque la chatouille presque alors qu'elle remet un peu de distance entre elles. -Merci!

Elle en avait presque oublié sa demande pour retrouver le métro, pas son interlocutrice. Si la New-Yorkaise avait été en face d'un homme, elle aurait juré etre la destinataire  d'un numéro de charme extrement bien rodé. Et efficace en plus. Venant d'une autre femme, c'est un peu destabilisant d'avoir ses signaux mixés de cette manière. Un peu plus serein aussi. Parce qu'elle n'a pas à craindre de faire un geste ou d'avoir une parole encourageant une situation trouble. Pas besoin de se surveiller. Okay. Elle lit en elle comme un livre ouvert. C'est... Sorcière. Sa sorcière rousse. Un hochement de tête un peu tendu. Un peu plus restreint. Oui. Bordel, oui. Elle a adoré retrouver ces sensations là. Pourtant, elle hésite encore. Elle s'est juré de ne plus jamais retombée amoureuse des deux- roues. Et puis, oui, clairement, elle abuse largement de la bienveillance de Lisey. A un point où elle ne se reconnait pas. Sauf que là encore...  Un rire entre l'amusement et la fatalité-Vous lisez dans mes pensées, en fait? Vous avez caché un décodeur ?

Le casque sur le crane, un bras autour de la taille de sa conductrice, l'autre derrière elle. Deja ses habitudes reviennent. Et bordel qu'elle adore ca. Vous n'avez jamais fait de moto tant que vous n'avez pas avalé l'asphalte du Grand Staircase-Escalante. Bordel. Que l'Utah lui manque parfois. L'envie folle de tout plaquer et de guider Lisey jusqu'à la limite de la ville pour bruler les pneus de sa becane sur le goudron pendant des miles, jusqu'aux routes ocres, rouges et jaunes. Jusqu'aux espaces ouverts à perte de vue et aux motels pourris. Non. Il n'y a pas que des Mormons en Utah. Mais qu'est ce qui lui prend. Une courte inspiration plus tard et elle chasse ces visions. Manque de café et trop de moto. Combinaison mortelle. Les directions sont données, sans erreur ni hésitation. Si elle parait maladroite -elle l'est- l'orientation n'a jamais été un problème.  Elle se sait se repérer sans failles. Mais déjà elles arrivent en vue de la Random Tower. Et leur destrier mécanique s'immobilise contre le trottoir.  Finalement, pas trop envie de bosser. Quelques secondes de calme. Avant qu'Ophélie ne rende le casque à sa propriétaire. Presque envie de le garder avec. Doudou pour affronter la tempete de la journée. Elle est totalement à l'ouest, ce matin. Ou pas assez. Selon le point de vue.

Elle prend le numéro que Lisey lui donne après un instant équilibriste, avec un petit hochement des épaules fataliste. -C'est souvent comme ca, mais j'imagine que vous aussi, surtout avec ce dernier client hyper penible qui se pointe cinq minutes avant la fermeture et qui vous tient une demi heure la jambe.  Je vous appelle dès que je peux. Je n'oublie pas que vous avez promis d'être ma Shéhérazade. -L'histoire l'interesse bien plus que son chemisier. Il lui faut quelques minutes de plus pour se décider à rentrer dans les bureaux, un sourire vissé sur les lèvres. Alice hein...

Parfois, les choses s'ajustent bien. Quand elle rentre, c'est pour apprendre d'une des secrétaires que Marlène est malade, un virus foudroyant et qu'elle va devoir diriger la réunion elle même. En temps normal, cette responsabilité aurait paralysée Ophélie. Pas ce matin. D'une part parce qu'elle connait très bien les rouages de ce qui va suivre et d'une autre, elle a l'impression que rien ne peut vraiment se placer sur son chemin ce matin. Les heures qui suivent sont frénétiques, pour rassembler les notes des deux autres assistants et prendre connaissance rapidement des différents manuscrits et des enjeux derrières. Ce n'est que vers 14h qu'elle émerge. Juste le temps de grignoter une salade de quinoa lentille féta. Et d'envoyer un petit message .
2125096995 a écrit:
-Juste pour que tu ais mon numéro. Bonne Am, à ce soir. Alice. Ps. Non. n'arrache pas la tête du gamin qui a fait tomber sa glace par terre.
Il est près de dix huit heures quand les choix sont fait et accepté par l'ensemble des maillons supérieurs de la chaine éditoriales. Ce ne sont probablement pas ceux qu'auraient fait sa chef, mais qu'importe, Ophélie est certaine qu'elle ne s'est pas trompée. L'espère très fort.

En sortant quelques minutes plus tard, le bip de son téléphone indique un message vocal. La voix de Thomas. Le plaisir d'entendre son timbre unique est vite gaché parce qu'il lui dit. Elle aurait du s'y attendre, ce qui n’empêche pas la déception. Ceci dit, tant pis. Et Ophélie a une idée bien précise qu'elle veux mettre en oeuvre. Pourtant, ce n'est que vers 19h qu'elle envoie un nouveau sms  -"
2125096995 a écrit:
1440 Broadway, New York, NY 10018" tu me rejoins quand tu peux?  Alice."
Quand Lisey arrive, Ophélie l'attend devant un restau bar mexicain. Et non un coffé -shop quelconque. Elle a dans les mains un sac un peu volumineux, mais qu'importe. Un sourire qui s'agrandit quand elle arrive à sa hauteur. -Je ne sais pas ce que tu en penses, mais il est un peu tard pour un café, j'ai plus envie d'une margarita et de grignoter des quesadillas. C'est celui que je préfère dans les blocs aux alentours  Si tu n'aimes pas, on peut aller ailleurs. Pas de souci. Par contre...

-Et pour la première fois, il y a de l'acier dans le regard qui accroche les prunelles de Lisey. -Je ne vais plus nulle part avec toi, tant que... - elle désigne le sac et le tend à la jolie rousse- C'est pour toi. Cadeau. N'essaie même pas de refuser. -Enfin, elle pourrait. Mais ce serait la dernière fois qu'elles font de la moto ensemble. La jeune femme pourra découvrir à l'intérieur  un carton carré emballé dans un papier cadeau coloré, puis enfin un casque de moto argenté flambant neuf. A coté, deux accessoires différents, juste pour le fun. Elle pourra choisir entre des oreilles de lapin blanc ou des petites ailes d'ange. Les deux se fixent à l'aide de ventouses puissantes et qui se retirent aussi facilement qu'elles se mettent.  Malgré son serieux, une pointe de malice en attendant que la rousse déballe l'ensemble - Je ne monte plus derrière toi sans que tu portes un  casque, Lisey.
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PierreHope
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Lisey
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J'ai 29 ans et je vis à New-York, USA. Dans la vie, je suis attachiantegérante d'une boutique et je m'en sors bien. Sinon parce que je le veux bien, je suis célibataire et je le vis au poil.
Alexandra Breckenridge :copyright: blogspot


Si je suis Shéhérazade, elle m'a menti et s'appelle Cassandre. Pas Ophélie (et c'est intéressant mais moins joli). Sauf que ce n'était pas une glace mais du chocolat. Et sauf que la mère a démonté le gamin comme il fallait. Et payé les dégâts. Tant mieux pour lui (et pour elle): avec moi, il aurait fini dans la benne de l'arrière-cour (et sa mère avec si elle avait refusé de réparer les conneries de sa progéniture). Là, il s'est juste fait priver de Border de Lande. Aucune idée de ce que c'est mais il faisait grave la gueule le môme. C'était tordant. Sinon la journée été assez calme à part comme d'hab' le casse-ovaire quotidien qui est persuadé que sa babiole vaut le triple ou qui essaye de me refourguer du matos volé. "Ouech ma soeur!". Je suis pas leur sœur: je suis fille unique. Quand je leur dis ils s'énervent et je passe de Sainte Lisey à Lisey la Salope. Et Clarke entre en scène. Souvent il a juste à se lever et à croiser ses immenses bras couverts de tatouages (paraîtrait y'en a de gangs ou je sais pas quoi). Et ça suffit. Cette fois aussi ça a suffit. Et puis il se rassied et chausse ses petites lunettes avant de rouvrir son bouquin à l'eau de rose. Je te jure: crédibilité 0.

J'ai dû ouvrir un bouquin la dernière fois ça devait être heu... ça compte le menu du resto? Pourtant je suis de bonne volonté: y'en a un qui traîne au fond de mon sac. Même que son titre c'est... heu... Un truc qui parle de bargeots qui crament des livres là. Non mais sérieux mec c'est pas parce que ta prof t'as traumatisé avec l'Attrappe-cœur qu'il faut en vouloir à tous les bouquins de la terre! Moi je veux bien, lire. Mais vraiment: j'ai pas le temps.

Le temps, parlons-en. J'ai regardé au moins 10 putain de fois les montres qu'on a en vente, pestant sur celles qui retardaient. Mon employé s'est même foutu de ma gueule me demandant si j'attendais quelqu'un ("Ou quelqu'une!". Eh ouais mon "régime alimentaire" n'est un secret pour personne vu que je ne m'en cache pas). Je lui ai jeté le chiffon à poussière à la tronche (rien à foutre de son asthme). J'attend que dalle. Rien du tout.

J'ai pas du tout sauté sur mon mobile quand il a vibré vers 14h. Je l'ai superbement ignoré. Je l'ai même pas entendu... Oh et puis merde ouais j'avoue: j'ai souris comme une conne et j'ai siffloté: j'avais vraiment ferré mon joli poisson. Jackpot vers 19h: j'ai rencard. On me sort. Paraîtrait que je me suis plus recoiffée que d'habitude et que j'ai mis mon "rouge à lèvre de chasse". Pfff n'importe quoi. "C'est purement professionnel.", que j'ai dis au géant rigolard. Je lui ai tiré la langue mais je ne suis pas rancunière et je lui ai collé une trace de rouge à lèvre avant de m'enfuir. A lui de fermer même si c'était mon tour. "Et AVEC LE RIDEAU Michael!".

***

J'ai été sage avec mon deux roues. J'ai même pas grillé un feu: pas envie de me faire aligner, contester, m'embrouiller, et me retrouver au poste pour la nuit avec la vieille pute bourrée du coin et le bargeot éploré qui cherche un dénommé Jimmy (J'avais proposé "dans ton cul" mais cet abruti m'a demandé si je pouvait vérifier car il n'y avait pas accès: j'avais trouvé mon maître en bargitude cette nuit là). Bon ok j'ai insulté ceux qui conduisaient mal (c'est à dire tout le monde) mais c'est pas interdit par le code de la route... Si? Rien à foutre en fait. Oubliez.

J'avise la vitrine so kitch de mon point de rendez-vous: y'a même un sombrero et un cactus gonflable (si si je vous jure). Si le patron a une grosse moustache noire, juré je serais sympa avec un gosse - j'ai HORREUR des gosses... ça chouine ça colle ça pue c'est chiant ça a aucune conversation faut pas dire bite chatte ou merde quand ils sont dans le coin... Sauf de rares exceptions, j'ai envie de les envoyer taquiner la stratosphère. Même si j'ai remarqué qu'ils sont 4 fois moins relou quand môman est pas dans le coin (ouais parce que pôpa ça reste rare, phallocratie bitch!). Ouf apparemment c'est pas un resto familial où on va essayer de me refourguer un putain de ballon via le mec qui fait l'animation (ballon que j'ai envie de lui coller... devinez où tiens, vous commencez à me connaitre!). Je fais semblant de regarder le menu sur la vitrine mais je mate à l'intérieur . Pas question de rentrer et de me faire poser un lapin (mwarf ça serait le comble!) ou pire... Qu'elle m'attende avec son Jules, Dave, ou quel que soit le blase de son Bo-beauquartier quirouleenbenzbenzbenz (électrique bien sûr, putain la planète Lisey, merde quoi!). Et je la vois.
Elle est seule. Enfin seule si on omet l'énorme sac qu'elle se trimbale - des bouquins à résumer pour demain...? Meuh non Lisey tout est sur tablette maintenant! Berk, encore un écran. Je préfère regarder ma Alice de zyeux à zyeux.

Merde grillée, elle m'a vue. Elle me sourit. "Arrête de sourire." que j'ai envie de lui dire. "Il va RIEN se passer tu vas passer une BONNE soirée avec une meuf HETERO qui sera sinon une AMIE, au moins une bonne..." "Ah ça ouais elle est bonne!" PAF. Le beauf, ta gueule, soit sage. "... une bonne COPINE.". Voilà voilà.

Une fois à l'intérieur, voilà qu'on a déjà franchis une étape: "Ha on se tutoies?". Question rhétorique juste pour la taquiner: une convention sociale en moins, je dis pas non.

Pfff... J'espère que le crétin de hipster qui va lui mettre la bague au doigt sait la chance qu'il a. Non mais ce sourire quoi. Qu'est ce que tu veux que je fasse face à ce sourire...? Rien. Alors je m’assoie et je veux lui rendre son chemisier, mais elle m'agite son gros sac sous le nez. Je la regarde, sourcils arqués: elle veut refaire ma culture littéraire en une soirée? Ah non. Ouh la! MAÎTRESSE Ophélie! (*wotchi! - bruit de fouet). J'ai envie de rigoler mais je m'exécute sans un mot. Je suis bien trop contente qu'elle me confirme ne pas être une pauvre petite chose qui fait tout ce qu'on lui dit. Son regard qui ne souffre aucune réplique me le confirme et l'affirme: elle sait très bien être ferme quand il le faut. ça me plaît. Le cadeau me plaît encore plus, même si je sais vraiment pas comment réagir. J'ai pas vraiment l'habitude des jolis cadeaux, surtout dès le 1er soir. On m'a même déjà déposé des cadeaux au délicat fumet sur le paillasson du boulot... Et si déjà j'ai le droit à un petit dej chez mon plan Q je m'estime heureuse. "Ophélie c'est...".

Les gens disent "cey trooop" et autres conneries. Pas moi. "... C'est trop CANON bordel, mais je suis fan!!!". J’attrape les oreilles de lapins et je fais la débile avec en les plaçant sur ma tête, et je suspend mon imitation du lagomorphe à sa dernière phrase: "Attend ça veux dire que...". Wahou, j'en crois pas ma chance HAHAHAHA. "... Que tu acceptes d'être ma copilote?". Hm. On croirait limite une demande d'engagement. Genre je vais sortir un contrat avec de très petits caractères en bas du parchemin de 15 mètres de long disant "Et votre âme sera à moi bien entendu. CQFD."."Enfin, heu... ma passagère?". Je suis ravie, et ça se voit. J’attrape les ailes d'anges et je les colle de chaque côté des bras de la ravissante créature qui me fait face, fermant un œil pour que l'effet d'optique soit plus convaincant: "Elles sont parfaites pour toi!". Je me lève et je la prend dans mes bras: je m'en cogne si ça ne se fait pas. Son intention m'a beaucoup touchée. "...Merci.". Je me sent un peu bête mais j'en montre rien: j'ai une pokerface du tonnerre, je plume mes partenaires de jeu autant que je le veux. Mais j'ai pas envie de la plumer, elle. Alors je remplis ma part du contrat et je lui tend son chemisier bien à l'abri dans son sac, propre comme un sous neuf (et avec une carte de la boutique, réflexe de bonne commerçante- et de meuf intéressée ouais okay): "Moi aussi j'ai un cadeau!" je sors, rigolarde.

Avec tout ça, j'ai même pas dit si son choix de lieu de papotage-graillage me sied ou non. "Je connais pas mais tu as raison: je boufferais un mexicain entier!". Le couple de la table d'à côté me jette un regard intrigué puis reprend sa discussion. Bah quoi? J'ai déjà goutté c'est très bon le mexicain! Et pas si poilu qu'on le raconte. J'ouvre la carte: "Tu sais moi tant qu'il y a de quoi manger et picoler je suis pas très chiante...". Je laisse dépasser mes yeux bleus qui pétillent d'amusement: "J'avoue avoir eu peur que tu veuilles m’emmener dans un restaurant végétarien qui sert de la cuisine moléculaire uniquement à base de boulgourde ou de trucs du genre.". Et je m'esclaffe. Je suis enchantée que son côté bobo ne concerne pas la nourriture. Les légumes verts et la cuisine à la vapeur, très peu pour moi. Si t'as peur de prendre du cul avec ce que tu bouffes, va le bouger en salle de gym (ou allie l'utile à l'agréable et bouge le avec un.e partenaire!). Rien de plus chiant que des gens qui mastiquent du bout des lèvres et se plaignent des 0.3g qu'ils ont pris rien qu'en regardant ton donut... Ma quinoa sait s'empiffrer. Ou tout du moins manger gras. On va bien s'entendre. "Toi qui vient souvent ici, tu me conseilles quoi?". J'en sais rien en fait, mais comme ça je saurais si en traînant dans le coin j'aurais une chance de tomber sur elle ("T'as encore mangé mexicain Lisey??? Mais tu bouffes que ça ces derniers temps!" hahaha). J'ai envie de tout prendre. De tout dévorer.

Le serveur vient s'enquérir de notre souhait d'apéritifs. je le regarde avec des yeux ronds: "Y'a des gens qui prennent autre chose que la margarita?". ouf, je tombe enfin sur la 2e personne non coincée de New-York (si j'exclue Mike et le rigolo de cet aprem qui m'a fait me bidonner avec son histoire abracadabrante sur la provenance de son tableau soit disant impressionniste du 18e siècle - 1 siècle trop tôt environ mec, try again!). Il est pas vilain en plus et me dit qu'on lui a déjà chié une pendule parce qu'ils n'avaient pas de Black Russian et qu'on l'avait grave méprisé quand il avait rétorqué que c'était plutôt un White Russian qu'il servirait de ce côté de l'Atlantique... Je suis bluffée de sa culture des cocktails et je siffle: "Eh ben vous connaissez votre boulot!". Je désigne mon accompagnante: "Je prendrais ce que prends ma charmante compagn-ie: elle a toute ma confiance.". J'ai fais exprès de couper le mot parce que j'aime bien voir le doute dans les yeux des gens. Surtout les mecs, ça manque jamais. Ophélie passe commande et mon œil est attiré par un éclat sur sa poitrine (non je n'ai PAS maté ses nénés je sais me tenir!... Bon ok vite fait mais c'était pas volontaire juré). "Alors, tu t'es décidée pour la breloque? T'a-t'elle portée chance?", questionnais-je avec un petit air mystérieux. Je vais concocter une histoire aux petits oignons sur le pendentif. J'ai rien préparé mais je sais improviser comme personne. Et puis en partant de la vérité et en brodant juste ce qu'il faut... J'adore raconter des histoires. Le seul truc que j'aime faire avec des gosses. Les adultes ronchonnent quand je lis à haute voix: aucun goût tsssk.

Je me décide soudain (ou enfin) à essayer le casque. J'ai tellement fait l'idiote avec les accessoires que ça m'est sorti de la tête. Ouais en plein resto. Regard une nouvelle fois intrigué voir flippé de nos voisins. "Hey c'est ma taille!". Je me tourne à la recherche d'un miroir et m'observe dedans à demi retournée: "Il est parfait!".  JE suis parfaite! (merci de vous inquiétez mes chevilles vont bien, vous êtes des choux!). De nouveau tournée vers la table, sourire méga ravie: "Hein qu'il me va bien? Il met mes yeux en valeur!". Et je minaude. Bon j'arrête mes conneries et l'enlève avant de le ranger bien à l'abri dans sa boîte avec ses accessoires trop rigolos que je pose près de mon sac. les consos arrivent. "Merci honey!".

Je lui fais un clin d’œil et je lève mon verre: "A quoi on trinque?".

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Ophélie Newman

J'ai 31ans ans et je vis à New-york, USA. Dans la vie, je suis assistante, petite main, corvéable à merci dans une maison d'édition et je m'en sors à mon avis, plutot bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis en couple depuis quelquées années et je le vis bien.

Arrivée d'Utah il y a cinq ans, elle y retourne régulièrement pour retrouver sa famille, qui n'en a pas bougé. Elle adore New-york, mais en deteste le métro : vous avez vu la taille des rats?!

Anne Hathaway:copyright:️ gallery listal

Elle est impatiente. Impatiente comme elle ne l’a plus été depuis des mois. Depuis son arrivée à New-York. Cette rencontre imprévue, aux apparences banales se révèle bien plus riche et agréable qu’Ophélie n’aurait pu l’imaginer. Le naturel, la gentillesse, l’humour de Lisey offre l’espoir d’une amitié durable et solide. Elle sautille presque sur place avec son paquet dans les mains. ! Amusée, elle se rend compte qu’elle commence à reconnaitre le son de la moto de Lisey parmi les bruits de la circulation. Et cela ne manque pas. Quelques secondes à peine, son ange-gardien se gare devant le trottoir. Si elle n’aime pas le mexicain, ce n’est pas grave. Elles iront ailleurs. Mais le sourire éclatant de la rousse dissipe les doutes qui avaient pu s’inviter. Rapidement, elles sont installées à une table contre l’un des murs, un peu à l’éccart des autres dineurs. Parfait. Ophélie lutte pour ne pas simplement coller son cadeau dans les mains, juste pour l’envie de voir son visage en ouvrant ce qu’elle a trouvé pour elle.

Un rire qui lui échappe à sa remarque. Comment résister ? Ophélie ne peut s’empecher d’en rajouter. Elle mime une révérence outrageuse devant Lisey, enlevant un couvre-chef imaginaire. -Si Mademoiselle la Marquise accepte cette entorse à l’étiquette bien sur ! – Elle attire un peu l’attention sur elles, mais sans que cela ne la préoccupe vraiment. Impossible d’attendre d’avantage. Dès qu’elles sont assises l’une face à l’autre, elle pousse la boite rectangulaire assortie de quelques paroles. Sur l’instant, Ophélie se demande si elle n’a pas été trop sèche ou un peu trop affirmative dans ses propos. Cependant, elle pense chacune des syllables. Avoir vu conduire la petillante rousse conduire sans casque après lui avoir prêté le sien a été un rappel un peu trop douloureux des conséquences de ce genre de folie. Plus jamais. Suspendue à ses lèvres. Littéralement suspendues à ses lèvres. Essayant de se persuader que si elle n’aime pas, ce ne sera pas grave. Si elle ne se met pas à sauter sur place, c’est juste parce qu’il lui reste un brin de retenue. Et qu’être si expensive n’est pas dans son caractère. Ses joues ont rosies devant le plaisir si manifeste de Lisey. -Je suis vraiment vraiment vraiment trop contente que cela te plaise ! J’avais peur que tu ne trouves ca « too much », alors qu’on se connait pas encore beaucoup.
Décidement, elle fait un lapin absolument craquant, néanmoins, c’est une réflexion qu’Ophélie garde pour elle. Avant de hocher la tête, réalisant dans le même temps qu’elle s’est peut être un peu avancée. Mais pourquoi le nier. Elle a aimé être sa passagère, même si ce n’était que sur des trajets urbains. -Si tu as envie, si tu as le temps de faire quelques virées de temps en temps, pourquoi pas ? Non, non, les ailes sont à toi ! C’est toi mon ange-gardien ! Pas l’inverse ! – Elle repousse sa chaise quand Lisey se lève et entoure ses épaules de ses bras en un hug affectueux. Elle dépose un bisou sur sa joue droite, ajoutant -Je sais que ca fait hyper mère-poule stressée, mais j’aime pas l’idée que tu roules sans casques quand tu transportes quelqu’un.

Pas forcement uniquement elle. Dans sa vie de tous les jours. Réprimant un éclat de rire, elle récupère son haut qu’elle glisse dans son sac en bandoulière- Je crois que cela va devenir mon chemisier porte- bonheur, maintenant ! -Elles finissent par jeter un coup d’œil à la carte et de lui répondre en toute -fausse- innocence- Et je suis certaine que ça n’a pas du lui déplaire, au méxicain. Si tu aimes les associations de saveur, essaie leur poulet sauce Mole, il est juste terrible. On partage une entrée de quesadillas au fromage et guacamole ? Humm moi je crois que je vais prendre un ceviche de poissons. -Elle plante ses prunelles dans celles de Lisey et ajoute, la bouche en cœur, la taquinant sans merci pour sa suggestion loufoque– Un végétarien moléculaire ? D’accord ! Je te laisse le choisir pour notre prochain restau ensemble ! -Pour le coup, Ophélie a hate de voir ce qu’elle pourrait dénicher dans le style qui serait quand même mangeable. Mais après tout, c’est elle qui l’a proposé en premier…. Surprend moi, Lisey !

Ce sera un pichet de Margarita, sans même avoir besoin de se concerter. Une évidence ! Et le serveur apprécie visiblement l’approche de Lisey et le sourire et regards qu’il lui décoche ont le parfait équilibre entre une pointe decisive et subtilité. Il y a toutes les chances pour qu’une certaine rousse reçoive un numéro ecrit sur la note. C’était sans compter la pointe de malice et le doute qu’elle fait planer sur sa relation avec la brune. Les prunelles du jeune homme s’agrandissent quelques secondes, essayant de jauger ce qu’il en est. Sans qu’aucune des deux femmes ne lui donne une réponse claire, Ophélie s’amusant bien trop du quiproco provoqué. La commande passée, il s’éloigne, avec une expression un peu troublée sur le visage. – C’est pas un peu cruel de le torturer comme ca ? Il est plutôt mignon en plus

Ho, she’s a tease. Ses doigts se déplacent et effleurent l’argent veillis qui orne sont cou. Pas du tout décidée à le lui rendre. Elle en aime bien trop la sensation contre sa gorge. -J’attend juste que tu me donnes ton prix ! En plus oui ! Ma boss était pas là aujourd’hui, du coup, c’est moi qui ait fait la présentation et ca c’est super bien passée. Je crois que j’ai impressionné mon N+2. Et pas de stress de toute la journée. Quand je te dis que tu es mon ange gardien !

Okay, il y a eu l’appel de Thomas lui disant qu’il devait travailler sur un projet super important et qu’il ne serait pas à l’appart avant… heure indéfinie. Ce n’est pas totalement une déception, puisque cela lui permet un diner impromptu avec Lisey. Finalement, Ophélie aime bien cette rupture dans sa routine habituelle. -Et je n’oublie pas que tu dois me conter son histoire. Tu m’as rendu hyper curieuse, ce matin.

Le casque est essayé avec tout le cérémonial requis et Ophélie a un nouvel éclat de rire en voyant les mines offusquées de leurs voisins de table. Visiblement, ils auraient appréciés un peu plus de sérieux. Ce n’est pas ce qui auront ce soir. Pas avec une rousse déjantée. Et elle n’a pas une seconde l’intention de lui demander d’être plus discrète. Elle adore son exubérance et sa manière de se comporter. -You’re welcome, QueenBee

Margarita, Baby ! Il y a rien de mieux pour bien débuter une soirée. En bonne compagn-ie. Ophélie entrechoque délicatement son verre avec celui de Lisey en se penchant légèrement vers elle. Elle se sent bien avec elle. Vraiment bien. Ce n’est pas habituelle. Elle a une nature un peu reservée qui ne lui permet pas de se détendre facilement. C’est comme si Lisey abaissait naturement ses barrières, sans même chercher à le faire. C’est une sensation un peu grisante. -A la rencontre de Shéhérazade et Alice ! -Les entrées ne tardent pas à suivre les premiers verres et elle pousse l’assiette de triangle délicieusement tièdes vers Lisey après avoir bu une première gorgée du cocktail -Et ta journée ? Ca c’est aussi bien passé que la mienne ? Ca fait longtemps que tu travailles dans une boutique de prêt sur gage ?

Trop de questions. Elle pose beaucoup trop de questions ! Et elle se tait en mangeant une des quesadillas. Savourant les différentes textures de la petite crèpe mexicaine. Okay. Sa salade ce midi était bonne mais là c’est d’un autre niveau ! Et vu comme Lisey mange aussi, elle n’a pas peur de passer pour une ogresse. Déjà un premier verre de margarita vidé. Elle devrait faire attention, mais il y a un second en préparation. Elle est responsable 90% du temps, alors pour une fois, cesser de s’inquiéter de tout, c’est libérateur. -Et tu va me prendre pour une reine de l’Inquisition, maintenant !
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PierreHope
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Lisey
Williams

J'ai 29 ans et je vis à New-York, USA. Dans la vie, je suis attachiantegérante d'une boutique et je m'en sors bien. Sinon parce que je le veux bien, je suis célibataire et je le vis au poil.
Alexandra Breckenridge :copyright: blogspot


Ma gracile brune s'agite, s'esclaffe, vit tout simplement. Elle s'anime sous mes yeux ravis. Je la trouve resplendissante et pour une fois, je ne suis pas celle qui parle le plus (je vous jure que c'est rare même pour certaines parties de jambe en l'air il faut que je commente ce que je ressens ou veux c'est plus fort que moi mais paraît que ça fait trop "porno"... Ben désolée si l'industrie du X m'a pris comme modèle les gars hein!). Ses grand yeux expressifs s'illuminent. Ses mains volettent tandis qu'elle parle. Je me sent glisser vers ce que je me suis promise de ne pas faire: je suis tombée un peu plus sous son charme. Ma belle résistance est petit à petit grignotée, entamée par cette femme qui a l'air de s'éclater comme jamais avec juste une margarita sous le nez (et non pas dedans. Enfin pas encore. Tiens-t'elle l'alcool? Je parierais que non... Nan je vais pas la pousser à boire pour en profiter j'adore l'image que vous avez de moi merci! Et puis c'est d'un chiant d'être la seule active à bord... Enfin vous m'avez comprise). Ça fuse dans tout les sens. Et ça à l'air de s'agiter encore plus derrière ce joli minois. Elle s'apaise d'un coup et se moque un peu d'elle même en s'auto-proclamant (ou plutôt s'auto-rabrouant) "Reine de l'inquisition".

Je souris en posant mon verre et place mon visage sur mes mains jointes en coupe:
"Inquisition: Non. Ou tu caches bien ton jeu. Reine? Oui sans aucun doute. On t'a déjà dit que tu avais un port de tête très altier?".
Elle pue la classe ouais. Ophélie pourrait se pavaner et prendre ses semblables de haut, et la plupart ouvriraient la bouche sans rien trouver à répliquer, troublés par sa beauté. Mais c'est pas du tout son genre (et ça le serait, le plat de quesadillas lui aurait atterri dans la tronche. Du gâchis que je classe au rang III des crimes de lèche heu non pardon lèse-Lisey). "Ces quesadillas déchirent leur race.", dis-je en léchant avec délice chacun de mes doigts, en regardant bien le mignon serveur en terminant amoureusement le pourléchage du dernier. Petite sourire, un chouillat gêné: il m'a vu. Je suis satisfaite. Un point pour moi. Ophélie à l’œil: il a un sacré joli pétard en plus. Je le mate sans vergogne en terminant ma margarita et fait ce que je fais de mieux: me faire remarquer.

"Ohé, tavernier!".
Petitcul se retourne et vient s'enquérir de ma demande:
"Rusty, la même chose!".
"Heu... Moi c'est Nick Mademoiselle."
Je lui lance mon sourire made in Lisey avec un léger battement de cil (j'appelle ça LiseyCabotinage):
"Nick? C'est mignon... Je m'en souviendrais.".
Une petite technique pour connaître le prénom de mon mini crush. En tout bien tout honneur. S'il a pas compris qu'il y a pas que la margarita double ration qui m'intéresse, je peux plus rien faire pour toi gars! Je me retiens de claquer le fessier moulé (je sais me tenir quand même! ... Parfois. Un peu.) et reporte mon attention sur la créature de rêve qui me fait face, mais qui m'est, hélas, en partie inaccessible:
"Les hommes adorent qu'on les torture. N'oublie jamais ça jeune padawan.". Je m'esclaffe et propose de partager la dernière quesadillas qui me nargue en me tirant sa langue de fromage fondant, exquis, savoureux... La bouffe c'est du cul putain.

Je remercie Nick en l’appelant par son prénom alors qu'il m'amène ma commande et démonte le parasol tout en répondant à la question sur le travail:
"Orf, la routine... Un gros con qui pense que parce que mes organes génitaux sont à l'intérieur il m'est supérieur et peut m'entuber, un gamin qui a faillit passer par la fenêtre parce qu'il touchait à tout et que sa mère était pas foutue de le tenir, ma petite vieille qui n'a toujours pas compris que sa boucherie où est maintenant le PawnShop a fermé ses portes il y a plus de 15 ans... J'y travaille depuis 8 ans. Alors la petite mamie, je la connais depuis toujours.".

Je regarde à gauche, je regarde à droite (Vu le gros degueu de la table du fond qui se cure le nez!) et lui dit sur le ton de la confidence en me penchant légèrement vers elle:
"Garde-le pour toi mais j'ai fini par prendre l'habitude d'acheter une livre de viande hachée le matin ou à la pause-déjeuner et je la colle au frigo du personnel en attendant qu'elle vienne la chercher... ".
Je me rassied et achève mon déroulage de sommet de parasol avec un sourire un peu douloureux:
"Tu comprends... J'ai essayé de lui expliquer mais...".
Je mime le sucrage de fraise de mon index qui vrille sur ma tempe:
"Les fils se touchent plus là-haut, et j'avais peur qu'elle se nourrisse plus. Et puis le patron le fait... Enfin faisait - il s'amusait même beaucoup à jouer le boucher- alors je continue. Et puis elle est trop mignonne, tu verrais ses culs de bouteilles! On dirait une petite taupe.".

Les vieux c'est mon point faible. Je peux bloquer la circulation avec ma mob' pour qu'une petite mamie puisse traverser en paix. Je supporte pas qu'on les maltraite. Bon en fait je supporte pas les gens qui s'en prennent à plus faible, ou aux femmes (qui ne sont pas à ranger parmi la population "fragile"... On verra si tu te sent pas fragile une fois que tes couilles auront croisé mon 40 fillette!), mais les vieux et à plus fort raison les vieilles... Je pète un câble et je tabasse à coup de casque la moindre incivilité à leur encontre. Evidemment je discerne: la Cassandra Darke, j'hésite pas à lui faire un croche-patte, faut pas pousser mémé dans les bégonias... (enfin là si justement, hinhinhin).

Je présente avec un grand sourire ma guirlande de papier journal chinois déchiré qui était à l'origine un joli chapeau de parasol de margarita. J'ai toujours fait ça depuis gamine, essayant vainement de réunir le puzzle de morceaux d'écritures auxquelles je ne comprenais rien en dépouillant tous les parasols à cocktail du restaurant (provoquant les excuses à répétition pour mon comportement de gamine "hyperactive"... Tu parles. Je me faisais juste chier et je m'occupais intelligemment c'est tout!). J'ai une idée: la guirlande servira de portail d'entrée dans le conte accompagnant le mystérieux pendentif.

Nick Quasi Dans Mon lit vient s’enquérir des plats et je suis les recommandations de mon amie à la lettre, choisissant un verre de rosé pour accompagner mon poulet (mais pas du pamplemousse hein, SURTOUT PAS du rosé pamplemousse!). Serveurchouchou dragouille en me gratifiant d'un "Mademoiselle a du goût" qui me fait répondre:
"Et pas que sur le vin...".
Mystérieux, passe-partout, piège à mec. Je m'esclaffe de concert avec Ophélie dès qu'il s'éloigne. Mon petit jeu à l'air de beaucoup l'amuser.

Je me racle la gorge et prend un air hyper-sérieux style maîtresse d'école qui essaye de ramener une classe dissipée au silence avec ses grozyeux. (manque plus que le chignon et la règle en bois... Ça existe encore les règles en bois? Enfin je veux dire... Hors SM quoi... Comment ça on s'en fou? Je vous parle d'objets témoignant de notre histoire scolaire commune et vous, vous... Oh et puis merde).
"Bon reprenons.".
Je déplie à nouveau ma banderole de papier journal qui répand son noir sur mes doigts (heureusement pour le serveur, il n'a pas essayé de l'embarquer sinon, je l'aurais boudé et aucune chance que je lui pardonne. Bon sauf s'il voulait bien jouer avec moi et la règle en bois, lui en mauvais élève et... OUI JE SAIS CE N EST PAS PERTINENT. Hum.).

Je prends ma voix veloutée de mystère ou voix de Shéhérazade pour ceux qui ont suivi:
"L'histoire commence il y a fort fort longtemps...".
Tu parles, même pas 8 ans. Mais ça, ma Alice n'a pas à le savoir pour le moment.
"... dans un lointain pays...".
Kansas. Rose Hill. Son petit centre ville. Son centre commercial...
"... vivait, au sein d'un château rose pastel...".
... et sa banlieue mortifère avec ses maisons identiques, sa barrière blanche identique, son gazon peint identique, son couple blanc hétéro et ses 2,1 enfant et son caniche identique... et ce choix WTF de peindre les maisons chacune en une couleur Barbiesque carrément vomitive.
"... une princesse à la chevelure ambrée.".
Qui c'esssssst? ... Nan pas la rouquine de Disney qui tabasse ses prétendants, bande d'incapables! (mais merci du compliment). Je sais pas tirer à l'arc et j'ai jamais monté un cheval, mais je suis balèze au rodéo mécanique (et humain héhéhé... hem.)
"Princesse Ambre s'ennuyait au sein de ce mouroir rose bonbon, grandissant, s'embarquant dans toutes les bêtises du qu... royaume, rêvant d'ailleurs...".
Demandez au Shérif du coin s'il se souvient de Lisey Williams... Y'a des chances qu'il vous fasse une belle crise d'apoplexie.
"... sentant de plus en plus qu'elle n'était pas vraiment une enfant comme les autres.".

Lisey eût un sourire distrait en jouant avec sa bannière de caractères orientaux échouée sur la table en se remémorant cette rencontre qui avait changé sa vie.
"Un jour, Ambre rencontra son opposée: ses cheveux étaient noirs comme la nuit, sa peau blanche comme l'ivoire, sans aucune imperfection dont souffrait Princesse Ambre.".
Ses foutus tâches de rousseurs. Qu'elle n'aimait toujours pas d'ailleurs. Mais heureusement, elles ne ressortaient que quand elle prenait le soleil. Dalmatien on l’appelait. De sorcière on l'insultait. Alors elle se battait. Ne sachant comment exprimer sa frustration et canaliser son énergie débordante.
"Les deux princesses se lièrent d'amitié. Le calme de Princesse de Jais déteignait sur Princesse Ambre qui en sa présence, s'apaisait.".
Ellen. Ellen était la patience même face à l'animal sauvage qu'elle était. Toujours souriante, toujours aimable.
"Elle révéla à Ambre son talent enfoui pour l'Art, et se promirent de partir ensemble au Pays des Arts quand elles seraient adultes.".

La rouquine hocha la tête avec un sourire un peu triste quand le serveur demanda s'il pouvait la débarrasser de son "art contemporain" et attendit qu'il ne soit plus à portée d'oreille pour continuer son récit:
"Mais Ambre était... différente. Et s'éprit de sa jeune amie... Qui n'avait point les même transports qu'elle.".

Décidément Nick ne les lâchait plus et prenait sa tâche très au sérieux, présentant la bouteille de rosé à sa cliente après lui avoir versé le fond du verre pour qu'elle puisse le goûter. Pratique qui détonnait un peu dans ce restaurant mais c'était charmant, et dénotait une certaine éducation de la part du brun. Son office remplie, il s'en alla et Shérazade continua de tisser son conte:
"Le cœur blessé, elle enterra ses sentiments. Se jurant de ne jamais recommencer. Le Roi et la Reine, apprenant ce qu'ils appelèrent une lubie contre-nature de la part de leur enfant, la répudièrent. Les années passèrent... Vint le moment du départ pour le pays lointain.".
Ouais enfin Kansas City c'était pas non plus le Pays d'Oz mais pour deux bouseuses, c'était Broadway.
"Déshéritée, Princesse Ambre dût subvenir seule à ses besoins. L'instruction et la vie étaient chères au sein de cette contrée...".
39 000$ l'année à l'Ecole d'Art. Autant dire une fortune. Une fortune qu'elle ne possédait pas et que son cumul de petits boulots ne couvrait pas totalement.

"Les sentiments sont des animaux sauvages qui refusent d'être mis en cage. Et quand un Prince croisa son chemin... Princesse Ambre voulu croire à nouveau à l'amour.".
James. James et son sourire charmeur. James et ses mots enjôleurs. James et ses bras cajoleurs. Elle était jeune. Perdue. Et seule. Son amitié avec Ellen avait tenue bon mais... Ça n'était plus comme avant. En tout cas plus pour elle.
"Le Prince lui offrit un présent, symbole de son engagement éternel. Une... relique royale transmise de génération en génération.".
L'excentrique du duo refusa de se souvenir de cette journée dont la plaie était à peine refermée. Le fumet des plats parvenait aux narines de la jeune femme. Ils ne tarderaient plus.

Elle accéléra très légèrement sa diction, mais sans bousculer l'histoire. On ne rabotait pas impunément les contes.
"La vie est cruelle et injuste. Et n'en avait pas finit avec Princesse L... Ambre. Princesse aime Princesse. Mais Princesse ne l'aime pas. Princesse aime Prince, mais... Prince donna finalement son cœur à Princesse de Jais.".
La trahison ultime. Le cliché de série romantique éculé jusqu'à la corde. Mais... Ça s'était passé. Elle l'avait vécu. Elle n'avait encore jamais raconté son histoire à personne. Vaguement au patron, bien obligée. Et on ne racontait rien de personnel à un plan Q.
"Las, Ambre parti en voyage à travers les contrées inconnues. Pour oublier son cœur meurtri. Pour accomplir enfin sa vie.".

Le récit s’allégeait, son humeur retrouvait son beau fixe. Elle illustra son parcours en mimant des jambes avec ses doigts, traversant la table avec son mini elle.
"Ambre affronta les éléments, les monstres, sans jamais défaillir et un beau jour... Elle s'établie près d'une étendue d'eau dont l'horizon échappait au regard.".
New-York. Elle ne pouvait plus aller plus loin sans quitter le pays.
"Princesse Ambre fît la rencontre d'un gentil sorcier.".
Lisey pouffa: ça aurait plus à Gary d'être ainsi grimé, mais il aurait râlé pour la forme et pour préserver son image de vieux ronchonchon.
"Il lui offrit un refuge et même un poste de... d'Apprenti sorcière, en échange du présent de son amour oublié.".

Ce pendentif ne valait pas autant que Gary lui avait offert. Il était resté au clou depuis lors, attirant les regards, mais le patron dissuadait les quelques acheteurs intéressés. Lisey n'en voulait plus de ce truc, mais il insistait pour qu'elle attende "la bonne personne" pour s'en séparer. La femme aux yeux verts bût une gorgée du vin (qui était bon) et termina son histoire tandis que les plats étaient servis:
"Dès lors, Ambre vécu heureuse dans le royaume lacustre en compagnie de ses nouveaux amis, et n'offrit plus jamais son cœur à personne. Fin.".

Ophélie avait l'air un peu sonnée et tripotait le collier. Évidemment qu'elle avait compris que Princesse Ambre n'était autre que son ange gardien à l'auréole rousse. Lisey vu ce qu'elle avait en tête et l'arrêta d'un geste ferme en plaçant sa main sur la sienne:
"Non Ophélie. Ça ne me fait plus mal de le voir. Et tu es...".
Comment elle pouvait sortir ça sans avoir l'air d'une prédicatrice fêlée à l'autre avec ses grosses lunettes dans la saga du sorcier tellement crétin que c'est la gonzesse qui en a dans la cervelle (et c'est bien la seule, ha!) qui lui sauve tout le temps les miches?
"... tu es la personne que ce collier attendait.".

"Et que j'attendais.", ajouta une partie d'elle-même. Cette partie qui croyait encore aux coups de foudres (amicaux comme amoureux), aux fées, à une égalité salariale entre les hommes et les femmes, et à une réduction sur ce t-shirt trop classe qui lui faisait de l’œil dans la boutique en face de son PawnShop.
"Je t'obligerais évidemment pas à l'accepter mais je pense vraiment que... Te voir avec ce foutu bidule autour du cou me permettrait de définitivement tourner ces pages de mon histoire.".

Les plats allaient refroidir. Et on ne gâchait pas de la bouffe, ça, jamais! Alors elle entama joyeusement son plat avant de s'écrouler sur son dossier en poussant un cri étouffé de jouissance gustative:
"Put... Mais... ce plat!!!".
Elle adorait les arômes puissantes, les mélanges de saveurs, les plats audacieux... Elle était servie. Ophélie avait tapé dans le mille.

La vendeuse retourna au front avec avidité, alternant entre saveur acidulée de l'alcool et le fumet délicieusement braisé du poulet.

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