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 .À nos yeux défendant. [Leonnor]

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Le contexte du RP
Mise en situation
Dans les épisodes précédents dont personne n'est au courant :
   Ils se connaissent depuis l'enfance, mais se sont brutalement éloignés au sortir de l'adolescence pour des raisons encore troubles. Lui, que son talent pour la magie blanche destinait à une belle carrière d'enchanteur, a vu sa vie basculer lorsqu'elle, sans jamais expliquer pourquoi, lui a lancé une malédiction inaltérable.

Grandissant loin l'un de l'autre dans un monde fantasque où le merveilleux est omniprésent, ils se sont toutefois revus en de rares occasions, involontaires ou non. Chaque fois, il a essayé de lui faire lever le châtiment, en vain. Elle demeure inflexible, et lui trop aveugle pour comprendre ses motifs.

Peut-être cette nouvelle rencontre, alors qu'ils sont désormais dans la fleur de l'âge, verra-t-elle les choses s'arranger entre eux ?

Contexte provenant d'idées qu'on avait envie d'écrire
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Aldebaran
J'ai 43 ans et je vis n'importe où selon mes pérégrinations. Dans la vie, je suis mage spécialiste en malédictions et je m'en sors comme je peux. Sinon, grâce à mon charme à peu près inexistant, je suis indésirable et je le vis plutôt pas trop mal.




Patrick Petitjean © Nagib Chtaïb
Ocre, mauve, ocelles d'azur et, au loin, un essaim de libellules électriques peignaient le ciel de ce soir-là, le même firmament touche pour touche qu'il y a des années de cela, la dernière fois qu'il était venu dans les parages – annonçant comme un triste augure une défaite gagnée d'avance. Jusqu'à peu il ne s'était pas aperçu qu'il s'était aventuré de ce côté-ci des contrées, en un territoire qu'il avait coutume de fuir autant que possible et qui, pourtant, semblait l'attirer irrépressiblement sans qu'il n'en connût la cause. Ou du moins, sans qu'il souhaitât la reconnaître, car il se doutait qu'elle n'y était pas étrangère et qu'il subsistait derrière ce lointain goût de retournes-y les traces d'un envoûtement d'une nature plus pernicieuse encore.
Il le devina à la seconde où il se rappela le bosquet de papillons, celui qui ressemblait à une chauve-souris géante et qui fleurait bon le jasmin ; se rappela qu'il était passé par ce chemin il y a longtemps dans l'espoir d'être délivré du mal et qu'il était reparti honteux, humilié et assez furieux pour vouloir filer un coup de pied dans le buisson dont les milliers d'yeux le scrutaient d'un air goguenard ; se rappela que la plante – puisque c'en était une, et non pas un amas d'insectes comme illustré plus haut – lui avait craché au visage dès qu'il s'en était approché, au point de l'aveugler, mais qu'elle avait reculé aussitôt qu'il avait commencé à prononcer en représailles un sort de putréfaction. Il s'était interrompu avant que les premières feuilles ne perdissent leur teinte irisée, sensible à la peine du végétal et aux excuses dont celui-ci l'inonda. Quand il quitta l'orée du bois en songeant qu'on ne l'y reprendrait plus, ses semelles collaient à la terre et ses vêtements dégoulinaient de sucs parfum patchouli.

Tu es certain de vouloir retenter ta chance, Aldebaran ? lui chuchota sa cape dans un pli inquiet. L'histoire s'est mal terminée la dernière fois, et rien ne dit qu'elle ne t'en veuille pas toujours.
« C'est mal le souci... j'ignore pourquoi elle m'en veut toujours. »
Dans son soupir s'échappa toute sa peine. Toute son appréhension aussi, tant il craignait la réaction de la magicienne qu'il s'apprêtait à déranger, pour avoir en effet pu apprécier par le passé l'étendue de son caractère. Pelisse s'en souvenait, elle aussi ; elle avait failli y laisser son tissu. Mais ils en étaient sortis indemnes – une chance – et n'eusse été l'épisode du taillis aux monarques, ils n'avaient pas trop eu à souffrir d'un châtiment supplémentaire.
Aldebaran ne comprenait pas pourquoi l'enchanteresse persistait à ne pas vouloir lui ôter la malédiction qui le rongeait depuis la fin de son adolescence. Il avait vu chaque sorcier du duché, franchi les frontières des royaumes adjacents pour y rencontrer leurs plus grands mages, s'était acoquiné avec d'anciens maudits pour glaner des informations susceptibles de faire disparaître son fardeau, ou de l'emmener auprès de professionnels capables de le soulager, mais non, partout la réponse demeurait identique, intransigeante : ce sceau est trop puissant, seule la personne qui l'a placé peut l'ôter. Sauf que cette personne-là était tout, absolument tout, à l'exception d'indulgente. Et il avait eu beau exiger, menacer, supplier, elle n'avait rien voulu entendre. Du moins, les fois précédentes.

Il se serait voilé la face s'il avait prétendu ne pas entretenir l'espérance qu'un jour elle se lassât de ce jeu immature, qu'elle daignât lever le sortilège qu'elle avait jeté sur lui et qui l'avait condamné depuis à ne plus savoir user que d'une magie sombre, vengeresse, entrelacée de larmes et de douleurs. Lui qui était voué à devenir un mage éminent, loué pour la bonté de ses arcanes et pour sa bénévolence, s'était retrouvé en un instant précipité à l'état de maudit, de paria nourri par les ombres et la mesquinerie des hommes qui le quémandaient pour punir un adversaire trop zélé, un rival victorieux, un mari volage. Il ne manquait pas de requêtes, ça non, mais elles n'étaient que revanches criardes ou gouffres de ressentiment, et là où il passait ne fleurissaient plus les roses ni les agapanthes. Cependant, par quelque miracle de l'âme, il avait su conserver une relative sagesse et des marques de bienveillance qui l'avaient empêché de s'engloutir dans un violent désespoir, en plus de lui offrir la compagnie de Pelisse qu'il avait sauvée d'une paire de ciseaux enragés, ainsi qu'une certaine tranquillité relationnelle. Outre la sorcière responsable de ses maux, il ne possédait d'ailleurs aucun ennemi notoire – si tant est qu'il pût réellement la considérer elle aussi comme telle – et son surnom, « le Mage aux tourments », ne lui avait guère valu d'opposants. Il ne faisait, en somme, qu'accomplir les souhaits des individus croisant sa route, fussent-ils amers ou mesquins. Et il en avait marre.

« Si je n'essaye pas, je risque de le regretter encore une fois. N'est-ce pas toi qui me répètes toujours qu'il faut saisir les opportunités ? » constata Aldebaran tandis qu'il distinguait, non loin, les contours de la résidence.
Pelisse ne put réprimer un froufrou contrarié.
Tu risques surtout de le regretter si tu y retournes. Les opportunités, oui, mais quand elles sont à ton avantage !
L'homme la tira davantage sur ses épaules en signe de désaccord. C'était un des défauts majeurs de Pelisse : son pessimisme. Surtout à l'égard des humains. Néanmoins, il ne pouvait pas vraiment lui donner tort sur ce point.
« Peut-être qu'elle a oublié depuis le temps et qu'elle sera de meilleure humeur qu'il y a sept ans ?
Non, en fait, c'était son propre optimisme qu'il voyait comme un défaut majeur. Un défaut qui lui vaudrait peut-être de finir face contre terre et le cul littéralement débordé de nouilles, mais pour le coup, même cette vision-là ne parvint pas à le retenir de gravir la volée de marches du perron menant à sa future hôtesse.
Sur la porte à double battant, deux loquets en forme de tête de panthère observèrent les nouveaux venus tout en bayant aux corneilles. Leurs iris félins brillaient d'un éclat vert dans le vent du soir. Le museau de gauche miaula :
« Êtes-vous attendus ? Déclinez vos identités s'il vous plaît. »
Et celui de droite de feuler :
« Notre maîtresse ne reçoit pas ! Déguerpissez !! »
Ce qui ne suffit pas à démonter Aldebaran, habitué aux rancœurs verbales et autre jurons qu'il entendait parfois derrière son dos. D'un ton calme, sa paume appliquée en douceur sur son thorax comme s'il avait pu apaiser les battements de son myocarde, il obéit à la première panthère – gardant silencieux la remarque qu'il n'y avait pas besoin d'énoncer son nom quand la propriétaire était déjà au courant de sa présence au moins une heure à l'avance grâce à ses dons de prescience.
« Je suis Aldebaran, surnommé le Mage aux tourments. Et voici Pelisse, mon acolyte. Nous désirerions nous entretenir avec votre maîtresse. »  
La fraîcheur du crépuscule, soudain, eut quelque chose de mordant.
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Caliorhée
J'ai 43 ans d'apparence mais beaucoup plus d'existence et je vis à l'orée de la forêt sans orée, . Dans la vie, je suis tisseuse de malédictions et de charmes en tous genres et je m'en sors on ne peut mieux. Sinon, grâce à ma malchance, je suis célibataire et je le vis comme la connasse aigrie que je sais si bien être.

Informations supplémentaires ici.


Lara Pulver © NOM CRÉATEUR
Caliorhée, la tisseuse comme on la surnommait dans la forêt sans orée et par-delà les terres de brume et de lavande du Sud, occupait ses doigts longs et parsemés de stries à caresser l'encolure d'un mouton à corne alangui à ses côtés. Le mouton à corne était une espèce quasiment inexistante dans les alentours de la forêt. Certains racontaient que si on posait les yeux sur un specimen alors à la seconde même où l'on clignait des yeux, il avait disparu. Caliorhée savait surtout que le mouton à corne, facétieuse créature dans l'âme, s'amusait aux dépends des voyageurs perdus en feignant de les aider pour mieux les perdre ou les rendre fou. Géhenne pour sa part était un animal étrangement affectueux. Il avait commencé à suivre la sorcière alors qu'elle n'avait même pas un quart de siècle. Ce qui représente une bagatelle pour une sorcière d'un certain âge (aujourd'hui toujours inconnu du plus grand nombre évidemment).  

Le mouton avait été vexé de se faire ignorer lui qu'on cherchait d'ordinaire avec tant de volonté. C'était une époque où les humains couraient comme des poulets sans tête en quête d'animaux fantastiques pour donner du sens à leur existence. Bien évidemment, cela n'avait en vérité aucun intérêt car aucun de ces loques stupides et bornées n'auraient su quoi faire s'ils avaient capturés un animal. Imaginez pour l'ego gigantesque du mouton, la vexation de se faire ignorer comme s'il avait été du vulgaire bétail. Il se mit donc en tête de se faire remarquer, commençant à jouer mille et un tours pour essayer d'attirer un sourire ou un minimum d'attention. Caliorhée cependant ayant compris son jeu prenait un malin plaisir à laisser l'animal se perdre en simagrées et facéties. La jeune fille qu'elle était se demandait combien de temps celui-ci mettrait à se lasser de ce petit jeu. Il s'avéra que bien des années plus tard, il avait fini par se retrouver à trôner en permanence à ses côtés aussi fidèle qu'un chien mais considérablement plus utile et moins envahissant.  

Parmi l'une des raisons pour laquelle on appelait la jeune femme la tisseuse, il y avait notamment le fait qu'elle construisait des charmes et des enchantements qui se constituaient d'enchevêtrements de la laine de Géhenne et de pierre minérale. Ces deux éléments intimement liés par leur lien à la nature permettait de constituer des sorts d'une puissance sans égale. Avec toutefois l'inconvénient majeur de ne jamais savoir quel enchantement on allait fabriquer. Ce résultat aléatoire se monnayait pourtant à prix d'or à la cour de la Reine. Ne serait-ce que pour des buts ornementaux. La sorcière trouvait cela fort cocasse d'imaginer ces bécasses lorsqu'elles découvraient ce que leur charme faisait. La plupart du temps, cela lui permettait d'avoir une clientèle fidèle qui revenait régulièrement et une journée qui commençait par un amusement certain. Qu'est-ce qu'elle détestait ces fats qui se pensaient au-dessus des autres avec leurs atours ridicules et parfois même dangereux. Ils étaient aux yeux de l'enchanteresse la lie de l'humanité. Un individu cependant se trouvait encore plus bas sur l'échelle de valeurs de la magicienne. C'était justement lui qui osait encore une fois se présenter devant sa demeure. Pourtant, il n'avait jamais été bien accueilli. Ne comprenait-il pas qu'il garderait sa malédiction jusqu'à ce qu'il en meure ? Et encore cela ne réparerait pas l'outrage qu'il avait commis.  

Aldebaran avait encore une grande motivation pour oser se présenter devant elle ainsi. Les panthères de porte réagissaient pourtant à son humeur face au visiteur. Il devait déjà avoir compris qu'il n'était certainement pas le bienvenue en ces lieux. Qu'à cela ne tienne, s'il voulait venir encore la supplier et espérer sa pitié, elle se délecterait des tourments du mage éponyme. La délicate ironie glissa le long de son cerveau comme une douce mélopée charme les oreilles. L'idée même qu'il s'humilierait encore une fois la réjouissait plus qu'une centaine de courtisanes ridiculisées par le passif de leur charme magique.  

 

"Qu'on le fasse entrer" lança-t-elle sans même jeter un coup d'œil aux panthères à qui elle s'adressait. Ces dernières courbèrent malgré tout l'échine en signe d'assentiment. La porte grinça dans un bruissement étrangement long et sinistre.  L'espace de vie de Caliorhée était du même acabit. L'endroit était encombré bien que ranger de façon admirable pour qui comprend la classification utilisée. Les potions se baladaient librement en flottant dans les airs. Les panthères s'étaient déplacées se mouvant contre les murs telles des ombres vivantes. Elles avaient finis par venir se coucher au pied de leur maîtresse adoptant une forme vaporeuse légèrement translucide.  



"Aldebaran" commença-t-elle d'un ton vipérin. "Quel bon vent t'amène donc en ma demeure ? C'est un plaisir sans cesse renouveler à chaque fois que tu m'honores du plaisir de ta compagnie." La femme avait beau sourire, on ne lisait que le sarcasme et le marasme dans ses traits. Ses mains se croisèrent sur ses genoux alors qu'elle tournait un visage qu'on aurait pu croire innocent maintenant. Toutefois, pour qui la connaissait, le vice et la fourberie étaient si ancrés dans ses yeux qu'on ne se trompait pas en pensant que ses intentions étaient la plus part du temps malavisées.  


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Aldebaran
J'ai 43 ans et je vis n'importe où selon mes pérégrinations. Dans la vie, je suis mage spécialiste en malédictions et je m'en sors comme je peux. Sinon, grâce à mon charme à peu près inexistant, je suis indésirable et je le vis plutôt pas trop mal.




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Il était encore temps de rebrousser chemin, de s'excuser pour le dérangement et de déguerpir échine basse en prétendant n'avoir jamais mis les pattes dans cette forêt sordide dont les arbres, disait-on, avaient été sculptés à même les squelettes distordus des voyageurs égarés. Oui il était encore temps de se moquer de sa propre témérité, de daigner offrir à Pelisse le bénéfice du doute et de se carapater séance tenante hors de ces bois perdus à la mélodie entêtante, imprégnés de magie jusqu'à la lie, pour retrouver la monotonie d'une existence sa foi tranquille à défaut d'être des plus excitantes.
Sauf qu'Aldebaran possédait, au nombre de ses travers peu ou prou acceptables, un certain  amour-propre à l'égard de sa parole et, lorsqu'il disait faire quelque chose, il mettait un point d'honneur à s'y tenir. Par fierté, parce qu'il ne souhaitait pas non plus devenir comme ces hommes dépourvus d'intégrité et ne plus pouvoir se regarder dans un miroir sans y contempler sa lâcheté, sa pleutrerie. Pareil caractère lui interdisait donc de fausser compagnie à ces deux panthères pourtant fort peu avenantes, mais il lui fallut tout de même une légère impulsion de la part de sa cape pour franchir le seuil nouvellement accessible de la demeure.

Le temps n'avait rien gâché de la superbe qui définissait l'endroit. Là où beaucoup de résidences de sorciers affichaient volontiers un luxe futile, une sorte d'obséquiosité dans les marques de richesse et de pouvoir – quand il ne s'agissait pas d'un mauvais goût naturel –, le temple de la Tisseuse avait la beauté des plus belles soies et le sobre raffinement d'une toile perlée de rosée au petit jour ; rien en ces lieux ne paraissaient bêtement ostentatoire, aucune antiquité clinquante, aucune pompe excessive, mais l'unique aura d'une puissance sans égale et d'une élégance rare, à l'image de la propriétaire. Dommage qu'elle fut d'un esprit si féroce, d'une âme si cruelle, car à n'en pas douter elle aurait fait les grâces de tout le royaume si elle n'avait pas eu cette manie de mépriser quiconque avant de le connaître et de le conspuer dès lors qu'elle le connaissait. Le verdict était clair : personne jamais n'avait suscité chez elle compassion ou affection. Du moins Aldebaran ignorait si tel avait déjà été le cas, alors que contrairement à n'importe qui il pouvait se targuer de l'avoir fréquentée durant une longue période.
Déambuler dans cette bâtisse, aussi exiguë de l'extérieur qu'elle se révélait vaste et labyrinthique de l'intérieur, ravivait chez le Mage des souvenirs étranges, mi-figue mi-patate douce, et il ne savait dire si la familiarité des objets, des couloirs, de l'odeur l'apaisait ou le terrorisait. Pelisse flottait en douceur autour de lui, calme quoique sur ses gardes ; il était rassuré de la compter à ses côtés, de pouvoir se draper sous son tissu rêche et chaleureux. Les capes conscientes étaient probablement plus précieuses que les chats de faïence vivants, mais il était presque impossible d'en obtenir une qui ne fût pas un simple drap voué à obéir et dénué d'esprit critique – ce que Pelisse n'était guère, loin de là. Et bien qu'elle se montrât parfois boudeuse, cassante ou mesquine, il ne l'aurait échangée contre aucun dragon à moteur.

À l'évidence – et sans surprise – la Tisseuse les attendait, mais elle semblait de meilleure humeur qu'en de précédentes occasions. C'était un spectacle impressionnant que de l'admirer dans toute sa prestance de magicienne, son mouton à corne – comment s'appelait-il déjà ? Haleine ? Phalène ? – occupé à ronronner à moitié sous ses ongles, les deux félins de porte en guise de gardiens à la silhouette éthérée, en une posture si intimidante que n'importe quel péon ou soldat se serait aussitôt prosterné, écrasé de stupeur et de fascination. Deux sentiments qu'Aldebaran comprenait, mais qu'il se refusait à éprouver en cet instant. La revoir, l'entendre prononcer son nom, plonger dans ses iris de sirène misandre, tout lui rappelait qu'il n'était qu'une marionnette dont elle se gaussait depuis trop longtemps maintenant et qu'elle le dénigrait lui comme tous les autres, peut-être même davantage. De son côté il aurait aimé ne la considérer qu'en tant qu'odieuse magicienne, ne discerner en elle que l'ignominie de son caractère et la tyrannie de son comportement.
Mais.
Non.
Parce qu'il l'avait côtoyée jeune, quand on disait des filles qu'elles étaient « jolies » et qu'il lui cueillait des pommes qu'il transformait ensuite en quartiers bondissant à l'instar de petits lapins de sucre ; parce qu'il l'avait vue retrousser ses jupes pour tremper ses chevilles dans la rivière en amont du village où leurs parents vivaient et qu'elle l'avait poussé à l'eau pour ce voyeurisme un nombre incalculable de fois ; parce qu'elle avait appris à parler aux orages et qu'aucun sortilège n'était assez dur pour qu'elle abandonnât, pugnace, sûre de sa force et de son talent, sévère envers les faibles et les couards. Parce qu'il se souvenait de toutes ces insignifiances, ces détails désormais dissimulés derrière le masque de sa maturité éclatante, et que lorsqu'elle lui apparaissait ainsi, caustique, reptilienne, il ne parvenait pas à oublier qu'elle avait aussi été devant lui souris, chatte, tourterelle, fouine ou renarde. Et que toutes ces facettes roulaient encore dans ce
« Caliorhée »
dont il la salua en retour, austère, se retenant de rentrer trop tôt dans son jeu. L'une des règles essentielles de celui-ci consistait d'ailleurs à ne jamais sous-estimer l'ironie dont elle pouvait faire preuve. Une autre s'attachait au fait que ses promesses n'engageaient que le béjaune qui y croyait. Il connaissait chacune d'entre elles, sans être certain d'y échapper à coup sûr. D'un geste discret, il avança son premier pion.
« Ce plaisir est partagé. Je remercierai ce vent-là, car tu me sais fort aise de te revoir en si belle forme. »
Certes il ne maniait pas le cynisme avec autant de dextérité, toutefois il avait été à bonne école et, sous les fines ridules au coin de ses yeux limpides, le mensonge ne se trahissait guère.
« Quelles sont les nouvelles ? Je passais par ici et souhaitais m'enquérir de tes activités » reprit-il, usant de cet anodin badinage pour renforcer sa contenance. Et aussi pour jauger le moral de sa chère et ô combien détestable vieille amie.
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Le son de sa voix chétive roulait dans les oreilles de Caliorhée comme une ode à sa propre perfidie. Il était à n'en pas douter aussi miteux et misérable que d'ordinaire. Peut-être même plus si on comptait cet aspect loqueteux qui semblait habiter en toutes circonstances son échine décharnée. Cela lui arracha un sourire mesquin presque malgré elle. Sa jambe droite s'enroba lentement autour de sa jambe gauche dans un geste lascif et paresseux alors qu'elle dardait sur lui un regard de reine prétentieux. Le mouton à corne se redressa pour venir humer l'arrivant d'un air presque plus dédaigneux, si cela était seulement possible, que sa aimable possesseuse. C'est d'une voix aussi acide que la potion qui décantait sur son établis qu'elle répondit.  

" J'aurais aimé pouvoir en dire autant de toi mais tu ressembles à un vagabond. On aurait presque envie de te faire l'aumône." Les panthères rodaient sous forme d'ombre à présent commençant une danse macabre et prédatrice autour du pauvre hère que l'on prétendait magicien.  



Si elle eut quelques consciences que ce fut du sarcasme du magicien, elle préféra l'ignorer. Quelle vanité de sa part de penser qu'elle se souciait suffisamment de sa personne pour faire attention à ses intonations de voix. La brune n'avait cure de ses petits enfantillages. Il pouvait bien s'amuser. Tous deux savaient qui menait la danse à ce rituel galvaudé auquel ils s'adonnaient tous deux depuis qu'ils étaient jeunes. " Oh comme c'est touchant de te voir venir uniquement pour prendre le thé et échanger les ragots du Royaume avec moi. Désires-tu que nous passions l'après-midi à faire de la couture également ? Je pourrais aussi te peigner les cheveux avec la tendresse d'une mère pour son enfant." La chaleur artificielle de sa voix ne faisait que rendre chaque mot plus piquant que le précédent. L'homme se trouvait toujours au milieu de son salon. Il ne fallait pas compter sur la magicienne pour faire preuve de civilité. Les conventions ne lui étaient pas inconnues mais elle s'amusait à ne pas les respecter dès qu'elle pouvait se le permettre. Après tout, chacun était maître en sa demeure. "Tu n'es pas un très bon manipulateur, on te voit venir comme le vent cramoisi des terres du Sud. En plus nauséabond je dirais. Tu aurais au moins pu avoir l'obligeance de prendre un bain dans une source avant de te présenter devant moi. Je suis une femme respectable, ne le penses-tu pas ?" La sorcière espérait qu'il prendrait cette perche pour essayer soit de nier soit de flatter son ego. Quoiqu'un subtil mélange des deux serait une mélopée agréable à ses oreilles. La curiosité de savoir quel angle d'attaque il allait aborder l'intéressait. C'était comme de regarder une mouche prise au piège dans la toile d'une araignée. Le vieux grigou se débattait pour ne se retrouver que plus étouffé dans le piège. C'en était risible. Risible et distrayant.  




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S'il eut existé un diplôme en méchanceté ou une pierre à aiguiser les piques verbales, Caliorhée en aurait sans nul doute été la fière détentrice tant elle excellait dans ce domaine pour le moins controversé du cynisme. Pour autant, et malgré le soin qu'elle mettait à concocter les plus acides de ses critiques, ces dernières ne parvenaient guère à trouer le cuir d'Aldebaran, trop usé déjà pour s'égratigner de ses  pichenettes corrosives. Tous les malheureux qui connaissaient la Tisseuse – et suffisamment chanceux pour être sortis intacts à cette rencontre – affirmaient qu'il valait mieux l'avoir dans sa poche qu'autre part ailleurs, et encore, car cet endroit ne les épargnait d'aucunes représailles ; le mage aux Tourments, lui, riait sous pelisse en songeant que même enterré sous tous les petits papiers de la Dame, celle-ci y bouterait le feu avec une joie féroce, justement parce qu'il s'y nichait. Il ignorait d'ailleurs où est-ce qu'il pouvait ne serait-ce que prétendre se positionner vis-à-vis d'elle ; était-il au nombre de ses proches qui se comptaient sur les doigts d'un manchot ? ou bien n'était-il qu'une âme parmi d'autres, un fantôme dont elle oubliait le nom sitôt qu'il franchissait le seuil de son manoir ? Ils avaient été amis dans le temps – quel mot convenait à présent pour décrire leur relation ?
Qu'elle ne se gêne pas pour la faire, on aura de quoi se payer un gueuleton... grinça Pelisse, qui prit l'attaque pour elle-même. Traiter Aldebaran de vagabond, même si c'était un fait autant qu'une évidence, revenait à la traiter de torchon ; et si son propriétaire et ami n'avait pas assez d'amour-propre pour s'approprier l'insulte, il eut toutefois le réflexe de caresser doucement le vêtement, comme pour en apaiser la froissure. L'apparence avait beau induire une première impression, lui se fichait depuis longtemps de la sienne, contrairement à sa bourrelle de toujours.

Le comble était sans conteste qu'un après-midi tricot et biscuits ne l'aurait pas du tout dérangé – ce qui l'aurait fait, en revanche, était d'imaginer que l'ensorceleuse l'y invitait avec sérieux. Il lui fallut donc ravaler un « oui » qui n'intégrait cependant pas la dernière partie de la suggestion, cette histoire de chevelure, parce qu'il avait une terrible horreur qu'on la lui touche. En plus de la savoir si emmêlée qu'un peigne y serait resté accroché au premier coup. C'était bien Caliorhée, ça : subvertir la maternité pour la transformer en démonstration de supériorité par effet d'infantilisation. Mais cela ne trahissait-il pas, quelque part, son propre désir ?
Le Mage baissa les yeux vers les deux panthères qui lui rôdaient autour. Avec le mouton non loin, il avait l'impression de se tenir à l'intérieur d'une cage aux lions et eut soudain cette pensée à laquelle il n'avait jamais vraiment réfléchi ; eut-il pu se glisser jusqu'à elle s'il s'était métamorphosé à son tour en chimère ? Aurait-elle daigné lui accorder un regard qui ne fût ni railleur ni méprisant, lui prodiguer ne serait-ce qu'une caresse distraite ? Il était trop tard pour tenter l'expérience, mais une prochaine fois peut-être...

Avec le temps la magicienne avait perfectionné son humeur, affûté son caractère. De vilaine elle était devenue perfide, et sa cruauté s'était ciselée en un vice de la pire espèce. Il ne l'aurait jamais avoué à voix haute, mais Aldebaran la plaignait un peu ; on ne tirait guère un plaisir durable à faire souffrir les autres. Il était bien placé pour en juger, lui qui côtoyait sans cesse des êtres que le Mal avait poussé à commettre crimes et délits pour leur profit personnel. Du roi désirant se débarrasser de ses rivaux au péon excessivement jaloux de son frère, il avait contemplé la réjouissance dans leurs yeux pervers, et sitôt après, irrémédiablement, une forme de remords, de culpabilité, ou d'envie plus folle encore, une noirceur plus sombre, qui n'augurait rien de bon. Lui disparaissait souvent avant qu'on en lui demandât de nouveau une tâche à accomplir, mais il devinait sans problème quelle aurait été la requête.
Néanmoins, tenter de faire changer d'avis la Tisseuse, l'avertir du cercle vicieux qui s'était refermé sur elle, était peine perdue : elle s'y était vautrée tant et tant, de son plein gré, qu'il n'existait plus vraiment de sauvetage possible. Et lui qui s'échinait, idiot, qui s'acharnait à ne pas rompre les liens qui perduraient entre eux. Quand Pelisse lui conseillait d'abandonner, elle ne parlait pas de cette entrevue-là en particulier, mais de leur relation tout entière – pas grand-chose, en vérité –, alors que lui, bêta, obstiné, aveugle peut-être aussi, s'efforçait de croire son ancienne amie encore douée de raison et d'empathie. Quelle bêtise de sa part.
« Respectable, certes, respectée, en revanche... Et j'ai pour principe de n'accorder mon estime qu'à ceux qui m'offrent la leur en retour. » Ce qui n'est pas ton cas, se retint-il d'ajouter, considérant qu'elle avait tout à fait compris où il voulait en venir. Cela étant il ne la regarda pas tandis qu'il répondait, le regard au loin comme s'il s'adressait à d'autres gens, ceux-là même qui ne lui avaient jamais fait l'honneur de lui témoigner du respect – et Diable qu'ils étaient nombreux, alors, un de plus ou un de moins ne changeait rien à son affaire.
« Si mon apparence t'importune, propose-moi un brin de toilette dans ta salle d'eau ? J'ai ouï dire que les nymphes des cascades elles-mêmes jalousaient la pureté de tes sources et que tu faisais venir tes parfums des monts d'Orion. Je m'en voudrais de te voir retrousser narines d'un bout à l'autre de notre conversation. »
Il lui paraissait inutile de préciser pourquoi il ne se baignait plus en pleine nature. Maudit jusqu'à l'os qu'il était, il finissait invariablement par contaminer les étangs ou les mares où il s'immergeait, les transformant malgré lui en marais saumâtres. Et comme il n'avait pas toujours un enchanteur blanc sous le coude pour réparer le sort, il avait décidé de ne plus se laver qu'avec des baquets et des seaux, à l'ancienne. Du moins, quand il avait la chance qu'on le lui suggérât ; il restait rare que ses clients le dédommagent de cette manière, surtout qu'à choisir, il préférait obtenir à manger.
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