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 "Si pitié de nous pauvres avez..." ¤ ft Mama Marvel

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Jérémie
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Le contexte du RP
Mise en situation

La situation

France, 1493. Au seuil d'une ère nouvelle, où la Terre s'est agrandie d'un continent et où des livres commencent à s'imprimer, la bonne ville de Marseille respire un incessant flux et reflux de bateaux chargés de leurs trésors du Nouveau Monde. La cité récemment rattachée au royaume de France, après des années d'indépendance, construit son essor économique en rivalité avec sa voisine, Aix-en-Provence. Mais dans les rues les plus modestes et les bas-fonds, vivre ou plutôt survivre est la principale préoccupation, bien loin pour l'instant des affaires qui intéressent les savants, les navigateurs et les Grands de ce monde.


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Jérémie
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Tristan
Darcy

J'ai 15 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis vagabond, magicien et danseur et je m'en sors plus ou moins bien selon les jours. Sinon, à cause de mon handicap, je ne suis embauché nulle part et suis obligé de voler, de faire des tours dans les rues et mendier pour survivre. Je le vis plutôt mal.


avatar ©️ Digital painting par Jeannie Croset


Une radieuse journée de juin. La ville et ses pavés buvaient tant de soleil ! Ils semblaient aussi blancs que les ombres qui s'y écrasaient étaient d'encre, dans un saisissant contraste entre cet éclat aveuglant et les murs noirs de lumière. L'air marin soulevait des odeurs de varech et de transpiration, tandis que des dizaines de travailleurs allaient et venaient, chargeaient et déchargeaient. Les parfums de sel et de poiscaille, de sueur et de saletés affluaient dans chaque artère. Partout roulaient les bruits des hommes et des bêtes. Chevaux et carrosses partaient en tous sens.
En suivant l'une des principales artères de la cité, l'on pouvait bientôt ouïr les claquements cuivrés d'instruments de musique. Dansaient les archets et sifflaient les flûteaux. Il s'envolait, aux quatre coins de la place, des chansons parfumées aux chaleurs de l'orient. Des passants s'arrêtaient pour écouter les bohémiens qui avaient coutume de jouer là, aux abords du marché. Mais on ne venait pas seulement se délecter des mélodies...

Les myriades d'yeux s'accrochaient à la singulière silhouette qui tournoyait sur le dallage, cheveux au vent, et dont les gestes brodaient autour des vives cadences du petit orchestre. Assis dans un curieux chariot, roulant ici et là, était-ce un garçon ou une fille ? Un félin ou une brise ?
D'abord timides puis plus assurés, les bras de la créature ondoyaient comme les vagues de la mer plus loin sur le port. Ses poignets et ses mains s'entortillaient à la manière de deux cobras jouant ensemble. Au sol, leurs ombres dessinaient de longues dentelles qui s'étiraient, se gonflaient ou se courbaient au gré des fantaisies de la lumière.
Quelques personnes dans le public frappaient des mains, suivant le tempo des musiciens et des roues de l'artiste en landau. Des enfants arrêtaient leurs parents et pointaient l'invalide. On se réjouissait avec de sautillants :

"Oh m'man ! Y est là aujourd'hui, le petit soleil.
- C'est-y comment son nom ?
- Tristan je crois."

D'autres badauds dardaient sur le danseur des regards froids. Si les uns étaient troublés par ce drôle de phénomène et suivaient leur chemin sans un mot, leurs voisins ne manquaient pas de lâcher au passage de sévères :

"Visez-moi ça, il a pas honte ma parole.
- Faudrait que les gens d'armes et Monseigneur l'évêque nous chasse ça vite fait bien fait.
- Ils devraient se trouver un travail dare-dare ces parasites ou au moins avoir la décence de se faire discrets."

Ivre de musique et des tracés de son corps, Tristan n'écoutait pas. A vive allure, ses mains s'ouvraient, se fermaient, faisaient apparaître puis disparaître les petits cailloux, qu'il envoyait ensuite rouler le long de ses bras fins. Puis l'une des pierres parut se volatiliser au creux de sa paume, pour céder la place à des brins de chanvre qu'il jeta dans les airs et qui s'y dissolurent. La naïveté de ce tour s'alliait à sa poésie. Soudain, les cailloux réapparurent dans son autre main. Les plus jeunes sautillaient devant ce qu'ils prenaient pour de la magie.
Les longs doigts de l'infirme attrapèrent les roues. Il tourna sur lui-même, donna de l'élan à son siège pour continuer à valser alors que ses bras pourraient prolonger les courbes de son corps au dessus de sa tête. Son dos se creusa, sa tête plongea en arrière, avant de revenir s'enrouler tout entier en escargot, vers le sol. Sol dans lequel ses griffes félines se plantèrent en un mouvement fauve comme pour en aspirer la force. Tristan se redressa. Lentement. Une a une, ses vertèbres traçaient la ligne d'une vague où s'accrochaient de chauds rayons. Du bout de ses pieds, il fit reculer le landau qui lui servait de fauteuil, pendant que ses épaules, sa taille marquée et son bassin roulaient. Mains dans le dos. Puis sur le côté. Puis en décrochés à gauche et à droite, comme le faisaient des gitans danseurs de flamenco.

Les dernières notes moururent et Tristan s'inclina. Alors seulement, il se rappela de son corps fatigué et de la sueur à ses aisselles. Mais le spectacle avait été beau, espérait-il. L'invalide tendit au public son sourire timide en guise de remerciement pour leurs applaudissements. Ses grands yeux ambrés allaient cueillir les expressions sur les visages des uns et des autres. Il inspira et souffla pour retrouver ses forces. Sa main passa dans les mèches de ses cheveux châtains, humides après l'effort.
Déjà, un des gitans faisait passer une coupelle où ceux qui le souhaitaient pouvaient laisser une piécette pour les artistes. Le petit infirme s'était entendu avec les bohémiens : il profitait de leur musique, et sa danse leur ramenait du monde en échange. Aussi le groupe acceptait-il de laisser à Tristan un quart de la recette.

Les spectateurs se dispersaient. Sans un mot, le garçon fourra sa part des gains au fond de la poche de sa vieille tunique élimée. Avant de s'éloigner pour quérir quelque nourriture, il tendit à ses amis son habituelle expression reconnaissante, radieuse et pourtant pleine de réserve. Un amical signe de main. Puis il s'envola au gré du marché, dans la discrétion féline où il se voilait. Ne pas se faire prendre. Ne pas se faire arracher par d'autres vagabonds les pièces qu'il venait de gagner, comme cela arrivait trop souvent malgré ses précautions... Au moins, aujourd'hui personne n'était venu le chasser de la place et il avait pu danser -- meilleure option que le vol ou la mendicité. Ses roues s'étaient plu à profiter de cet endroit dallé, bien plus pratique pour son chariot que les rues boueuses ou pavées qu'il avait à affronter le reste du temps.

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Mama Marvel
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UNIVERS FÉTICHE : univers venant de livres (hp, hg, âmes vagabondes), de DA (disney, avatar le dernier maître de l'air), de films (marvel, à l'eau de rose) ou réel, bref un peu tout...
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Hélo

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Madeleine Reynaud
J'ai 16 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis nouvelle bourgeoise et ça va. Sinon, je suis bientôt fiancée et je le vis plutôt normalement.

Informations supplémentaires ici.


©️ digital painting d'Anne Boleyn, par Jenny Mary
Après le sac de Marseille, la ville avait mis longtemps à se reconstruire, le père de la famille Reynaud avait été l'un des premiers à revenir et investir. Étrangement, pour la première fois depuis des générations, la chance leur avait sourit. Ils avaient cessé d'être une famille de pêcheurs simples, pour devenir des bourgeois. La transition avait été dure pour la famille qui n'était pas prête à un tel cap, mais ils avaient tous fait des efforts pour satisfaire leur père. De toute manière, Madeleine et ses soeurs étaient obligées d'en fournir deux fois plus puisque leur mère désespérait de ne pas fournir d'héritier à leur père. En voyant toute l'énergie que mettait sa soeur aînée à ressembler aux riches bourgeois bien établis, Madeleine se félicitait de n'être que la seconde, elle pouvait ainsi rester elle-même plus simplement. Elle n'oubliait pas les longues heures passées au soleil sur une barque, ses mains d'ailleurs n'avaient rien des  mains fines et délicates des nobles. Pourtant la jeune fille apprenait à écrire, à lire, à parler correctement, mais elle avait tant de retard ! Les autres petites filles étaient baignées dans cela dès leur naissance, elle avait 12 ans de retard. Même ses petites soeurs apprenaient plus vite qu'elle. Alors Madeleine s'était forgé un visage dur et hautain, celui de l'extérieur, qu'elle abandonnait avec joie en arrivant chez elle.

Ce jour-là était beau, comme souvent à Marseille, même au coeur de l'hiver un doux soleil éblouissait le ciel. Aujourd'hui, en plus d'être présent, le soleil était chaleureux. Madeleine mourrait d'envie de relever ses manches et de savourer la caresse de l'astre lumineux sur sa peau, mais elle se devait être blanche et non plus bronzée. Baissant la tête, sous son faramineux chapeau, elle soupirait doucement. Parfois, elle se disait qu'elle aurait préférée rester pauvre. Et plus encore quand elle entend la musique de la rue, celle qu'elle aimait tant autrefois, quand elle rentrait assez tôt, ou qu'elle vendait des fleurs sur le marché.

Malgré elle, Madeleine s'approche. Elle sait qu'elle ne devrait pas être attirée par ces sons, qu'elle ne devrait pas aller voir, sauf que c'est bien plus fort qu'elle. Et elle arrive devant le spectacle de l'infirme. Ce qu'elle s'interdit de penser, c'est qu'elle trouve ça formidable. Alors elle se colle son masque hautain, se force à lever les yeux au ciel -au cas où on la regarde- se mêle au troupeau de personne bien pensantes, évite les pauvres et ... reste regarder. Elle approuve d'un signe de têtes ces gentilshommes qui critiquent tout en observant les doigts fins et agiles de l'infirme. Elle ne connaît même pas son prénom et elle s'en félicite, au moins si elle en parle, elle ne pourra pas passer pour quelqu'un d'intéressée.

Quand le spectacle termine, elle se dépêche de partir dans l'autre sens. D'agir comme si elle n'avait pas vu un spectacle de rue, comme si elle n'avait pas hésité à laisser une pièce d'argent dans la cagnotte tendue, comme si cela ne l'atteignait pas. Définitivement, c'est dur d'être une nouvelle bourgeoise. A la fois pas acceptée par ceux qui le sont déjà et rejetée par ceux avec qui elle traînait avant. Ni à l'aise dans un coin, ni dans l'autre. Heureusement qu'elles se serraient les coudes entre soeurs. Elle s'adosse à un mur -plus ou moins propre, sa mère la tuerait si elle voyait ça- pour se permettre de réfléchir. Elle en a oublié son objectif principal, elle était descendue en ville pour acheter un produit pour son père, Madeleine avait failli rentrer sans. Se mordant les lèvres, la demoiselle resserre son chapeau sur sa petite tête et fait demi-tour. En dix pas, alors qu'elle tourne à droite, elle tombe sur le garçon en fauteuil. Celui de la danse. Elle s'immobilise, prise de cours. Elle cligne des yeux, deux fois, puis s'impose le masque hautain. Elle arrive même à lui offrir une grimace de dégoût qu'il est obligé de prendre pour lui. Elle reste immobile, bien droite, le sourire forcé, les yeux levés au ciel, attendant qu'il se décale -dans l'égout- pour qu'elle puise passer au centre de la rue, comme son rang -croit-elle- le mérite.


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J'ai 15 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis vagabond, magicien et danseur et je m'en sors plus ou moins bien selon les jours. Sinon, à cause de mon handicap, je ne suis embauché nulle part et suis obligé de voler, de faire des tours dans les rues et mendier pour survivre. Je le vis plutôt mal.


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A l'abri d'une arcade, lové au creux de l'ombre avant de retourner errer sous le soleil au plus fort de sa poigne, Tristan baissa les yeux vers la poche de sa tunique. Bien à l'abri, là où nul autre vagabond ne viendrait lui arracher son gain, il tira les quelques sous et se livra à un bref comptage. Oh le garçon ne savait ni lire ni calculer, mais il avait retenu que pour un fruit ou une miche de pain, il fallait donner une petite pièce. Pour un peu de poisson, les plus grosses. Un sourire fleurit à ses lèvres : avec la moisson du jour, il disposait de quatre ou cinq repas en perspective. La faim ne reviendrait pas tout de suite lui grignoter le ventre et il pourrait prendre le temps de circuler au cœur de la ville sans l'angoisse de l'urgence.
Tristan rangea précautionneusement ses pécunes. Il porta les mains à ses roues, quitta l'abri de l'arcade puis avança entre les hauts murs ceinturant la venelle qui s'offrait à présent à lui : son sol terreux et aux pavés désossés restait à peu près praticable. Le garçon dut malgré tout y mettre quelques efforts et il pouvait sentir chaque creux, chaque bosse secouer son chariot, remonter le long de ses membres, bander ses muscles. Il cahotait sur la houle des pierres. Ses doigts et ses roues ne tardèrent pas à partager la crasse du sol que son véhicule affrontait.

Bientôt, son regard qui errait au sol remarqua une ombre poussant face à lui. Les pupilles remontèrent à tâtons vers sa propriétaire et découvrirent une paire de souliers de luxe, le bas d'une robe ruisselante de broderies, une silhouette de statue comme corsetée dans la fierté de son rang. Elle ne bougeait pas. Ses traits restaient froids. Tristan ressentit chez cette importante Dame un étrange paradoxe entre le velours de ses larges yeux noirs et la dureté qu'elle leur imprimant - un combat intérieur que pressentit le vagabond. Humble, il courba aussitôt l'échine : scruter trop longtemps le regard d'un supérieur relèverait de l'inconvenance. Observant de nouveau la terre boueuse, il ne garda donc que sur la toile de son esprit l'image de la jeune femme en contre-jour, elle debout et lui assis, le soleil logé derrière la demoiselle, semblant ainsi symboliser à quel point elle était aussi haute que lui était bas.
Tristan comprit très vite qu'elle attendait le passage. Il s'employa aussitôt à manier tant bien que mal sa chariote en vue de se décaler suffisamment. La rue cependant était si étroite qu'il se retrouverait dans la fange. Il se pinça la lèvre et entreprit la manœuvre qui fit descendre ses roues du trottoir, non sans une violente secousse au passage de la marche. Son corps ployé vers l'avant, il avança une jambe en vue d'assurer l’atterrissage et enfin, dans un effort qui le fit haleter quelques secondes, libéra complètement le trottoir. La brutale retombée de son fauteuil au bas de la marche émit un claquement sec. Les pieds nus de Tristan se trouvèrent éclaboussés de l'eau nauséabonde chargée de ses déchets. L'infirme serra les dents. Il devrait s'enquérir de la fontaine la plus proche et nettoyer cette saleté. En attendant son corps se trouvait échoué là, noyée dans l'ombre infinie de la supérieure avec tout ce que cela symbolisait à ses yeux.
L'espace d'un instant, il envia avec amertume ce qu'il s'imaginait d'elle : la famille qu'il n'avait pas eue, le confort financier qu'il n'avait pas, l'estime qu'il n'aurait jamais... Et pourtant elle conservait ce visage si fermé, semblable aux masques inexpressifs de ces poupées derrière certaines vitrines. A cette nouvelle pensée, l'invalide chassa sa stupide jalousie : une poupée, c'était charmant en façade mais ça se fêlait, si facilement... Et derrière leur glacis de cire qu'y avait-il ? Souvent pas grand chose. Il se surprit alors à se demander si, derrière l'estime que les Dames comme elle inspiraient, il y avait autour d'elles de l'affection sincère.

La voie était libre pour la demoiselle. Toujours timidement incliné, Tristan s'aventura à relever très légèrement ses pupilles ambrées vers le buste et le visage de la femme. Comme elle était jeune ! Guère plus âgée que lui... A la considérer ainsi en toute discrétion, l'infirme se souvint alors : elle se tenait parmi ses spectateurs, un peu plus tôt ! Une riche Dame avait pris le temps de contempler sa danse : trop rare pour ne pas être noté. Comme Tristan songeait à cela, de sautillantes pattes d'oie naquirent au coin de ses yeux et à ses lèvres, deux fossettes parurent, égayant le glacis de son visage pâlichon.
La douce expression retomba néanmoins aussitôt lorsque l'invalide reçut, presque aussi violemment qu'une claque, la légère grimace de dégoût que lui adressait la jeune Dame. Et si elle ne l'avait donc regardé danser que par curiosité mal placée et moquerie ? Un voile ombrageux traversa alors les yeux dorés du garçon et, froid, immobile, il n'attendit que le départ de la demoiselle pour continuer sa route et la chasser aussitôt de son esprit.


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Heureusement, elle n'eut pas le toiser avec mépris longtemps, puisqu'il s'acquitta de sa tâche en descendant dans les égouts, quand elle vit le pied du jeune homme toucher l'eau impure elle ne put retenir une grimace de dégoût, mais il valait mieux son pied à lui que sa robe à elle. Alors elle ne dit rien, ne fit aucun geste pour l'aider, ni même un mouvement pour lui laisser un peu de place. Elle se contenta de le regarder passer, toujours immobile et silencieuse. Pourtant, au fond d'elle, Madeleine avait envie de lui dire quelque chose, de le féliciter pour le spectacle, de lui demander de rejouer une fois de plus avec ses mains si agiles, mais c'était impossible. Encore une fois, ses propres envies étaient irréalisable et ce qu'elle pouvait faire était très limité. Jamais elle n'aurait cru avoir eu plus de liberté plus jeune. Elle qui pensait que l'argent comblait tout. D'ailleurs, elle vit dans son regard que c'était bien ce qu'il pensait. Encore une fois, un gouffre -et pas que d'égout- les séparaient.

Pourtant soudainement, leurs regards se croisèrent et un sourire s'installa sur les lèvres du garçon. Un sourire sincère, joli -malgré son infirmité-, un sourire franc et réel. Plus qu'aucun qu'elle ne pourrait jamais faire en public face à un inconnu. Et la violence de son émotion déclenchant un regard de dégoût et de mépris. De dégoût pour elle-même et ce que la société voulait qu'elle soit, de mépris pour lui parce que c'était tout ce qu'il méritait. Elle devait se le rentrer dans le crâne, cet infirme n'était rien sinon moins que rien. Il ne méritait pas d'être heureux, mais de mourir. Non, elle ne pouvait pas formuler ceci, même en pensées. Elle ne voulait jamais repenser cela d'elle-même.

Après un temps infini, juste pour le faire poireauter encore un peu -comme il le méritait- dans le bas de la rue, sombre, sale et puante, elle se remit en marche. Sans un regard en arrière, le dos bien droit, la tête haute. Elle se permit même un sourire, sa mère aurait été fière d'elle dans cette tenue et à cet instant. Elle peut reprendre sa course, la douce futilité de son achat, dépenser l'argent avec nonchalance comme si elle en avait toujours eu. Pourtant, au moment de payer, elle repense au garçon en fauteuil, celui pour qui ce genre de pièce induit un réel et bon repas. Et elle s'en veut de n'avoir rien donner. Elle aurait pu faire tomber une pièce au sol, comme si ce n'était pas fait exprès et refuser de se baisser parce qu'elle n'en était pas digne, puis elle aurait attendu qu'il la lui tende et refuser de la toucher maintenant qu'elle était passées dans ses doigts sales. Oui, elle aurait pu faire cela, ça aurait été acceptable. Elle n'en aurait parlé à personne, bien sûr, mais elle aurait pu.

Madeleine chasse ces pensées de son esprit et se concentre sur le chemin du retour, son chapeau bien vissé sur la tête l'empêchant encore une fois de profiter du doux soleil.

« Oh Madeleine, regarde donc la soie que Père a ramené, de la soie, tu te rends compte ? »
« Les épices que la bonne a ramenées du marché embaument la cuisine, nous allons nous régaler. »
« Mère m'a offert une poupée ! »

Les piaillements de ses soeurs, a des lieues de son monologue intérieur rendent Madeleine folle, pourtant elle acquiesce, sourit, fait semblant de s'intéresser, caresse même la poupée de la benjamine. Elle, qui rêvait d'une poupée plus jeune, n'est même pas jalouse, Madeleine est juste lasse de faire semblant. Assise sur son lit -un lit juste pour elle et sa soeur ! au lieu de le partager avec toutes ses soeurs- elle regarde par la fenêtre une mouette planer. Et elle s'imagine sur les flots, dans la petite barque, en train d'aider son père, chance ultime qu'il n'ait pas eu de fils, sinon jamais elle n'aurait pu monter à bord. Elle ferme les yeux et s'imagine bercée par le vent, les vagues, elle sent le sel et dans ses mains, elle caresse un coquillage, signe d'une ancienne vie que ses parents ne veulent plus voir, pourtant elle n'arrive pas à s'en défaire.

Puis elle songe, demain, elle retournera au marché et peut être qu'elle le verra danser encore ? Non, elle ne doit plus songer à cet être insignifiant, elle ne doit plus être intéressée ni captivée. Demain et toute la semaine suivante, elle n'ira pas en ville.


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Tristan
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Comme son visage était toujours baissé, ce ne fut qu'à l’ouïe et au glissement de l'ombre que Tristan comprit : elle s'éloignait enfin. Il attendit qu'elle eut totalement disparu derrière un mur pour quitter sa posture soumise. Ses orteils dardés par l'eau boueuse, gelée, se serrèrent dans un léger tremblement avant qu'il n'entreprît de quitter la fange. Par un sursaut de fierté blessée, le garçon haussa le menton et comprima les poings autour de ses roues. Une parmi tant d'autres à n'avoir vu en lui qu'un objet digne de mépris. Il secoua la tête : peu importait, la bourgeoise devait à présent quitter ses pensées comme elle venait de se volatiliser au coin d'une bâtisse. Tristan inspira. Ses pupilles scrutatrices commencèrent à analyser les alentours pour trouver un moyen de quitter ce trou. Après une courte réflexion, il poussa sur ses pieds. Mains contre le mur. Torsion du bassin pour une brusque impulsion. Avec une secousse qui claqua et remonta douloureusement au creux de ses nerfs, les roues avant d'abord regagnèrent la voie qu'une marchette séparait du caniveau. Le garçon dut s’agripper à un pilier non loin et donner une rude impulsion à ses talons déjà malmenés : ne surtout pas retomber maintenant qu'il était déjà à moitié remonté. Ses bras forcèrent sur les grandes roues et le reste suivit.
Victoire ! De nouveau sur l'allée pavée. Le petit invalide ne retint pas un sourire entre deux halètements. Son souffle dut prendre quelques secondes pour se poser. Il passa la main dans ses cheveux châtains où perlait un peu de sueur, quand soudain une cavalcade tout près de lui attira son attention. Les claquements de sabots et tintements de pièces à ses pieds l'alertèrent : dans la manœuvre, ses quelques pécunes étaient tombées et déjà, des mômes de passage les ramassaient.

"Non ! Attendez !"

Ses mots ressemblèrent à un cri d'horreur. Il se tendit en avant et essaya d'attraper un des garnements afin de lui arracher son argent. En vain. Les deux autres gamins loqueteux qui l'accompagnaient eurent vite fait de repousser Tristan, qui lâcha prise dans un gémissement piqué de colère. D'une voix cette fois-ci suppliante, il héla le trio qui s'enfuyait :

"S'y vous plaît c'est mon argent..."

Il voulut les poursuivre mais les lascars étaient bien plus rapides et les pavés de la ruelle freinaient cruellement le véhicule. Une fois quelques empans dévalés avec ce qui lui restait de force, l'infirme se rendit à l'évidence : c'était peine perdue. Il ne pourrait rouler davantage et les vauriens se trouvaient maintenant hors de portée. Dans un ultime mouvement de panique, Tristan appela à tout hasard :

"On m'a volé, au s'cours..."

Personne ne passait cependant. Il soupira. Lui, crier au vol... C'était l'hôpital qui se fichait de la charité. Sous le poids de la malchance, sa tête plongea de nouveau vers le sol. Quelques larmes roulèrent le long de ses joues. La rue restait impitoyable et même des chapardeurs se chapardaient entre eux - car après tout ces mômes crevaient la faim comme lui. Les poings du garçon donnèrent un coup rageur sur ses jambes : quatre jours à pouvoir manger qui se volatilisaient.
La mort dans l'âme, il reprit sans entrain son errance au creux des plus petites venelles. Tristan se sentait perdu entre le défilement infini des murs de la ville, pareils à autant de vieilles mains calleuses, sales et crevassées resserrant leur emprise autour de lui.

Une dure semaine passa. A mesure que son ventre se creusait, Tristan le trouvait semblable à une gourde qu'on pressait, pressait, pressait jusqu'à la froisser et faire sortir la dernière goutte restée au bord du goulot. L'épuisement grignotait son corps. Oh il essaya bien de danser ici ou là, mais il fallait croire que ces jours-ci se tenaient sous le signe de la mauvaise fortune : un petit commerçant, puis un prêtre l'avaient chassé, avec des sifflements serpentins comparables à ceux qu'on adresse au chat de gouttière à faire déguerpir. Il fallait croire que chance et malchance tournaient sans cesse - rayons d'une impitoyable roue au milieu de laquelle galopait sans fin l'animal essoufflé. Une autre fois, le garçon se résolut à mendier à la sortie de la messe, puis dut bien vite déchanter néanmoins : les deux portes de l'église se trouvaient déjà occupées par des bandes de pouilleux auxquelles chercher des histoires ou faire de la concurrence s'avérait suicidaire. Le reste de son temps, pour la énième fois l'invalide alla toquer aux portes des boutiques, se présenter aux artisans, supplier un potentiel employeur.

"M'sieur, vous pouvez m'faire confiance. J'suis dur à l'ouvrage. J'ai pas peur de travailler longtemps et d'faire bien des besognes... J'travaille comme n'importe qui sur des trucs qui peuvent se faire assis..."

Toujours ce refrain qu'il connaissait par cœur et récitait sans même y prêter vraiment attention, tant l'habitude parlait pour lui. Toujours les mêmes réponses : pas d’invalide ; cela portait malheur ; que faire d'une demi-portion dans son entrepôt, même si Tristan prétendait être habile. Il dut renoncer et continuer de traîner, en écume sale échouée sur les rives de Marseille.


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Madeleine Reynaud
J'ai 16 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis nouvelle bourgeoise et ça va. Sinon, je suis bientôt fiancée et je le vis plutôt normalement.


©️ digital painting d'Anne Boleyn, par Jenny Mary
Et le temps passait, toujours plus lentement, toujours trop vite. Madeleine n'arrivait pas réellement à comprendre comment les choses pouvaient être si différentes. Parfois, elle regardait un calendrier et s'affolait de voir qu'il était loin le temps où elle était si petite sur ce bateau au large du port. Parfois, elle s'affolait de voir qu'elle avait encore passé une journée à ne rien faire sinon apprendre des mots de latin. Cela lui semblait si inintéressant et si peu utile. Elle qui voulait parcourir le monde, découvrir les cultures, voyager. Oh si seulement elle pouvait partir d'ici. Seulement, elle savait bien que ce n'était que des rêves, avec six filles à la maison, la dote était bien trop élevée pour gâcher le moindre écu pour elle. Les enfants Reynaud espéraient juste être bonne à marier pour trouver une famille stable et un rythme de vie similaire à celui qu'elles occupaient, à moins que ce ne soit un statu meilleur. Oui, l'une d'elles pourraient améliorer sa condition. Madeleine avait bien d'autres rêves que d'épouser un noble, cependant elle ne disait rien, souriait aux jacassements de ses soeurs et acquiesçait toujours aux dires de son père.

Une semaine plus tard, elle osa de nouveau sortir en ville, quitter cette maison trop pleine de faux-semblant pour retrouver la vraie vie. Elle aimait se déguiser et parcourir les rues comme avant, mais aujourd'hui elle n'avait pas osé. Sa longue robe rouge la détachait du paysage, elle était conquérante, belle, attirante. Les regards se posaient sur elle, Madeleine rougissait à chaque fois qu'elle en croisait, mais son ombrelle ne permettait pas que cela se voit distinctement. La jeune bourgeoise marchait dans les rues, fière de son allure, enfin, elle en donnait l'impression. C'était un autre exercice de déguisement. Elle voulait s'emparer de ce personnage, elle voulait que cette Madeleine- soit elle-même, pour faire plaisir à ses parents. Et elle avait du mal.

Une rue moins passante et elle ferme les yeux en inspirant profondément. L'air de la mer ne cache pas tout à fait les effluves des égouts, pourtant elle aime sentir ces odeurs bien plus concrètes et réelles que les multiples parfums de sa mère. Les yeux fermés, immobiles, patiente, elle n'écoute plus vraiment le monde qui l'entoure, elle essaie juste de le deviner. Par exemple, ces petits pas pressés vers la gauche ne sont pas un enfant qui court rejoindre sa mère ? Et cette charrette qui passe n'a-t-elle pas des fruits et légumes appétissant à son bord ? Et ces rires d'enfants peuvent-ils provenir d'une farce de l'un d'eux ? Ces mots sévères à qui sont-ils désignés ? Elle sourit, toute à son imaginaire toujours les yeux fermés, d'imaginer chacune de ses situations. Elle sait que le charme sera rompu quand elle ouvrira les yeux, parce qu'elle verra de la pauvreté, de la misère, des enfants qui crient et pleurent, les petits pas appartiennent peut être à un voleur et cette charrette est peut être le moyen de transport d'un infirme. Alors elle garde les yeux fermés encore un instant, préférant son monde doux à la dure réalité.

C'est à cet instant qu'elle entend le tintement des pièces. Et le poids plus léger dans sa poche. Elle ouvre instantanément les yeux à la recherche du coupable.


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Jérémie
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Tristan
Darcy

J'ai 15 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis vagabond, magicien et danseur et je m'en sors plus ou moins bien selon les jours. Sinon, à cause de mon handicap, je ne suis embauché nulle part et suis obligé de voler, de faire des tours dans les rues et mendier pour survivre. Je le vis plutôt mal.


avatar ©️ Digital painting par Jeannie Croset



Le temps avait coulé, graine après graine, dans la taille-sablier du petit vagabond. Les demandes d'emploi n'avaient rien donné et faire la manche devant l'église ne s'était révélé guère fructueux. Tristan errait le jour et, le soir, s'endormait de plus en plus tôt sous le premier pont ou bâtiment public qu'il trouvait. Rongé par la fatigue, son corps cédait si vite au sommeil ! Malgré les heures assoupies, il n'émergeait que plus faible encore à chaque nouvelle aube tant le ventre restait creux. Quand tournerait la roue de l'infortune ? Quand de bons citadins lui donneraient-ils quelque chose ? Au moins ce qu'il fallait pour récupérer un peu d'énergie et danser. Ou faire ses tours de magie dont raffolaient les enfants. Cela plutôt que mendier. Même le vol lui semblait préférable.

Ce jour-là, beaucoup de monde circulait à travers les rues. L'air charriait mille odeurs et autant de couleurs au gré des véhicules allant et venant, pleins de fruits, légumes et poissons. Cruel spectacle pour un Tantale soumis à cette nourriture qu'il ne pouvait s'offrir. Mais le garçon devait faire quelque chose. Immédiatement. Ou bientôt il s'effondrerait, parvenu aux dernières limites de ses muscles. Il étudia les environs. Il tendit la main ici où là pour adresser son rituel et suppliant :

"A vot' bon cœur M'sieur... M'dame, Dieu vous l'rendra."

Sans succès. Les jambes pressées se hâtaient et le petit chariot se perdait au milieu des châles flottant alentour. Avec sa tête qui ne dépassait pas la poitrine des valides, il se sentait aspiré entre les uns et les autres. Les presses humaines au moins lui donnaient une certaine discrétion pour un larcin... Tristan venait de prendre sa décision : il n'avait plus le choix et devait recourir à son activité la moins légale.
Il prit ses roues et son courage à deux mains. Sa voiture suivit une ruelle moins étouffante mais suffisamment animée de passants pour que son vol passe inaperçu. Du moins l'espérait-il. L'invalide joignit ses doigts fébriles et adressa au Ciel une honteuse prière. Chaparder était mal, mais que s'il existait une divinité, elle ait de la compassion pour lui. Tristan baissa les yeux et rougit.
Enfin, il inspira. Concentration. Rassembler son peu d'énergie et en irriguer chaque membre pour le tour funambule en approche. Bientôt, une superbe robe rouge se détacha au milieu des badauds. La femme était de dos, pensive. Elle portait une copieuse aumônière à sa ceinture et une poche de côté devant être riche en pièces. Tristan s'efforça de maîtriser ses tremblements. Il se pencha et, avec la vélocité d'un félin dont la queue joue et ondoie entre des obstacles sans les toucher, entra en action. Son bassin roula en avant, son bras se courba, sa paume s'ouvrit. Souffle coupé. Ses doigts et leur agilité de fil de pêche prirent le relais, commençant à extirper quelques pécunes alors que de premières gouttes de sueur perlaient au front du larron.

Sa victime sembla soudain suspendre ses mouvements. Tristan blanchit et se figea. Elle l'avait senti ! Il ne s'était pas montré aussi adroit que d'habitude et déjà, d'autres passants le fusillaient du regard. Un homme trapu lui attrapa le poignet avant que le vagabond ait pu filer. Il lâcha les pièces qui tintèrent sur le pavé. L'homme grogna :

"Halte-là, voleur !"

Ses voisins faisaient un remous qui allait sans aucun doute attirer l'attention de la bourgeoise, tandis qu'ils cernaient Tristan et immobilisaient son autre bras. Le garçon poussa un cri d'épouvante puis se mit à sangloter :

"Non ! Pitié... Pitié, j'vous demande pardon... Pardon, Madame."

Ses derniers mots s'adressaient, par anticipation, à la victime en robe rouge qui allait se retourner et le découvrir. Dans la folie du désespoir, le garçon tenta une dernière fois de se défaire de l'emprise par l'une des contorsions dont il avait le secret. Si seulement il pouvait être assez rapide... Tirer le couteau caché à sa ceinture, juste pour effrayer les badauds et s'enfuir... Mais son corps n'avait plus de force. Il ne pouvait pas. L'infirme s'affaissa complètement entre les mains des gaillards. Il serra les dents et renifla : on le maintenait avec une brutale fermeté et l'un des messieurs venait de défaire sa ceinture, pour lui nouer solidement les poignets derrière le dos. Le garçon s'en voulut. A lui autant qu'à ses gardiens : pour combien ceux-là allaient-ils le livrer aux gens d'armes les plus proches ?

Une femme rejoignit le groupe, jaugea d'abord l'invalide avec pitié, puis pleine de mépris, avant de siffler :

"En voilà un qu'y va falloir dresser !

- J'vous en supplie non, j'ai... j'ai juste faim..."

Tristan se rendait bien compte que sa pauvre réponse semblerait stupide. Comme si cela l'excusait. Il ne se tassa que plus encore, évitant les yeux de tous ces gens. Encore plus ceux de la femme en rouge. La passante reprit :

"Et tu crois que c'est là une raison valable ! Le pilori, une oreille ou une main coupée devraient te faire ton affaire à toi !"

A côté, le robuste passant s'adressa à Madeleine, plein de déférence :

"Madame désire-t-elle que l'on aille quérir la maréchaussée ? Comment souhaitez-vous que ce vaurien soit puni ?"


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Madeleine Reynaud
J'ai 16 ans et je vis à Marseille, Royaume de France. Dans la vie, je suis nouvelle bourgeoise et ça va. Sinon, je suis bientôt fiancée et je le vis plutôt normalement.


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On lui a volé sa bourse. Madeleine est tétanisée par la peur, incapable de bouger. Elle a envie de pleurer. Les émotions qui la traverse ne sont pas digne de son rang de nouvelle bourgeoise, mais elle n'attendra jamais la perfection des aristocrate, alors tant pis. Pourtant, elle retient ses larmes et se déplace. Elle va voir. Curiosité morbide ? Non, elle entend des voix, des cris, des supplications. Elle veut savoir ce qu'il s'est passé et ce qu'il arrivera. En réalité cette bourse ne valait pas grand-chose aux yeux de ses parents, aux siens c'est différent, elle sera sûrement réprimandée pour l'avoir perdue, mais ce n'est rien comparé au voleur s'il se fait attraper... or c'est ce qui est en train de se produire.

Soudain elle le voit. Lui. Et ses doigts si agiles. Lui et son attraction étrange qu'il exerce sur elle avec sa capacité si unique d'être. Et là voilà dans une impasse. Elle ne peut pas le gracier, elle ne doit pas faire comme si de rien n'était, mais elle ne peut pas les laisser lui faire du mal. Après tout, elle était une gamine des rues elle aussi, la seule différence c'est qu'elle est en bonne santé et pas orpheline. Que serait devenu cet infirme dans d'autres conditions ? Une question à laquelle peu de passants songent, pourtant c'est toujours intéressant de savoir se remettre à sa place.

"En voilà un qu'y va falloir dresser !

- J'vous en supplie non, j'ai... j'ai juste faim...

- Et tu crois que c'est là une raison valable ! Le pilori, une oreille ou une main coupée devraient te faire ton affaire à toi !

- Madame désire-t-elle que l'on aille quérir la maréchaussée ? Comment souhaitez-vous que ce vaurien soit puni ?"

Les mots vont trop vite, elle risque de tourner de l'oeil. Ses mains. Ils vont lui couper ses mains. Et elle sait que c'est la seule agilité qu'il lui reste, si elle les laisse faire, ils vont le tuer. Oh, pas directement, mais ça reviendra au même. Elle fronce les sourcils, pourquoi se soucie-t-elle de son sort ? Elle s'était promis de ne plus jamais s'intéresser à lui, elle n'a pas le droit.

Elle soupire, lève les yeux au ciel, elle se sait incapable de lui tourner le dos. Il ne la sûrement pas reconnu, mais la dernière fois qu'elle l'a fait descendre dans le caniveau elle en a eu honte, peut être est-ce là une manière de se rattraper ?

Madeleine tend la main vers l'infirme, ignorant les passants.

« Ma bourse. »

Il ne l'a déjà plus, c'est un jeune homme fort musclé qui la lui tend. Pourtant, elle conserve son regard froid dans celui du gamin. Et elle lit dans ses yeux une réelle supplication. Ah, elle hésite déjà tellement ! Comment faire pour agir avec justice ?

"Madame ?"

La voix la sort de ses pensées, elle doit être étrange à rester sans rien dire. Surtout que s'ils n'étaient pas là, elle n'aurait jamais pu récupérer son argent. Elle se pare de son visage le plus froid. Elle espère que sa robe rouge si flash -tient c'est sûrement à cause d'elle que l'infirme l'a remarquée- évite qu'on s'attarde sur son visage.

« Cet infirme mérite qu'on lui coupe les mains, seulement mon domestique vient de mourir. S'il arrive à le remplacer pendant un mois le temps qu'on trouve quelqu'un de qualifié, il pourra peut être sauver ses mains. » lâche-t-elle improvisant au fur et à mesure.

Elle n'a jamais eu de domestique personnel et personne n'est mort dans la maisonnée. Mais les passants ne la connaissent pas, ils ne peuvent pas savoir. Son mensonge pourra passer, elle l'espère du moins.

« S'il tente la moindre chose, mon père le tuera sur le champ. »

Comme si son père en était capable, comme si la famille Reynaud n'avait pas besoin d'autorité compétente de la ville. Seulement, Madeleine a rapidement compris qu'avec suffisamment de cran et de froideur on pouvait tout faire passer.

Elle salue d'un signe de tête les passants, remercie plus chaleureusement l'homme qui a sauvé son argent. Et s'en va. Elle n'entend pas de bruit derrière elle, alors elle soupire sans se retourner.

« Je n'attendrai pas, domestique. »

Ce nouveau terme évite qu'elle insiste sur sa condition d'infirme, mais comme elle ne connaît pas son prénom et ne veut surtout pas lui demander devant son public, elle n'a pas d'autres choix.

Arrivés dans une rue proche de chez elle -un pavé qu'il n'a pas souvent du emprunter- elle se retourne vers lui. Il n'y a personne dans les environs. Elle le regard et ses yeux sont plus froid qu'elle ne le voudrait, mais il le faut.

« Je n'ai pas fait ça par gaité de coeur et je n'attends aucun remerciement. Tu vas réellement travailler pour moi et correctement. Si je te surprends à voler ou à t'enfuir, tu mourras, tu le sais. Alors fais du mieux qu'il t'est possible. »

Elle lui laisse une chance, une vraie chance, mais elle a peur d'avoir fait une énorme bêtise. Que va dire Père ? Comment vont réagir ses soeurs ? Il est trop tard pour faire marche arrière. Dans quel pétrin s'est-elle fourrée ?


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Derrière le regard polaire que la bourgeoise affichait, Tristan devinait d'autres choses. Il ne savait quoi, pourtant la sensation de masque se prononçait davantage. Sans doute était-ce corroboré par la grâce qu'elle lui accordait. Le malheureux s'attendait à être livré au bourreau, qui lui aurait coupé une main, l'aurait battu, exposé en place publique.
Rien de tout cela. Sous l'effet de la surprise, le garçon écarquilla les yeux et releva la tête vers la demoiselle - avant de la baisser à nouveau aussitôt, conscient de l'impolitesse de sa réaction spontanée.

Les soldats s'occupèrent de rendre sa bourse à la jeune femme, puis, après un échange de regards étonnés devant sa décision, ils se résolurent à couper les cordes qui serraient les poignets de Tristan derrière son dos. L'infirme accueillit cette libération par une bienheureuse inspiration. Les yeux au ciel, l'air galopant dans ses poumons, il avait l'air d'un noyé rejailli à la surface. Des larmes de joie perlèrent le long de ses joues.

Une fois le soulagement passé, Tristan analysa l'ensemble de la situation. La demoiselle évoquait un employé décédé et l'envie de le remplacer par nul autre que son voleur. Son cœur accéléra. Le serviteur en question avait-il trépassé de vieillesse ? Ou bien ces gens traitaient-ils aussi rudement leur personnel ?
Vinrent les interrogations le concernant : lui, domestique ? Si la décision de cette femme semblait vouloir lui sauver la mise, il redouta d'autres intentions plus secrètes - voire plus sournoises... Bien malin en effet aurait été celui capable de prédire le traitement réservé au vagabond, une fois entre les murs de la riche demeure. Si cette bourgeoise souhaitait le châtier, il ne serait probablement pas payé - pendant un temps - mais au moins logé et nourri. Tristan préféra d'ailleurs ne pas réfléchir à la qualité des repas et de l'hébergement qui seraient siens.
Toujours tassé et muet au milieu de la rue, le souffle coupé par la honte et l'envie de disparaître revenues le saisir, l'infirme entendait le remous des spectateurs. Les gens d'armes attendaient que l'accusé parte sagement derrière sa patronne, prêts à parer toute tentative de fuite. Ils faisaient claquer leurs lances pour lui ordonner de se dépêcher. Les badauds chuchotaient, dardaient leurs pupilles sur l'invalide ou contemplaient la tenue écarlate de la jeune femme au visage quelque peu dissimulé par l'ombre de son chapeau sous le soleil. Les uns et les autres commentaient à voix feutrée :

"Elle est bien bonne. Moi j'te l'aurai expédié au pilori.
- Y fera pas long feu avant de mal se comporter...
- Je sais pas. Après tout, on verra si elle a raison d'lui faire confiance."

Si les premières invectives avaient glissé sur les épaules de Tristan, habitué à ces attaques aussi présentes qu'une seconde peau, le vœu formulé par l'homme ayant parlé en dernier rendit un éclat d'espoir à ses yeux ambrés. Après tout, il recevait l'opportunité de prouver sa capacité à travailler dur. Il entrevoyait un emploi. Pourquoi pas une bonne place et un salaire, une fois que serait cicatrisé l'incident de sa rapine. Le garçon risquait de payer cher, les premiers temps, son geste regrettable, cependant à la longue... Il se redressa, prêt à prendre le pari. Il y arriverait. Oh sans doute les conditions allaient-elle s'avérer rudes, toutefois ce serait préférable au danger des rues, de la mendicité, des chapardages. Sans compter toutes ces fois ou des dévots l'avaient fait chasser en pleine danse, pour offense aux bonnes mœurs.
Une brève grimace plissa les lèvres de Tristan à ce souvenir. Il le chassa d'un geste du bout des doigts, avant de se masser les poignets encore endolories par les cordes. S'il devenait serviteur, les travaux qu'on attendrait de lui ne relèveraient certainement pas de l'art. Encore moins de la danse. Son agilité et sa rapidité cependant l'aideraient. Il était prêt à assurer au mieux même de rudes besognes.

Une nouvelle menace claqua : celle de le tuer à la moindre désobéissance. Des spectateurs approuvaient, tandis que d'autres s'en retournaient à leurs affaires à présent que l'incident était clos. Tristan acquiesça d'un geste fébrile. Ces riches familles avaient donc un tel pouvoir sur les serviteurs au sein de leur fief ? Il inspira et voulut se donner du courage : un serment intérieur l'anima - celui de ne jamais leur fournir l'occasion de prouver l'étendue de leur sévérité.

La foule s'éparpillait et la jeune femme ordonnait sévèrement à Tristan de la suivre. Il devint son ombre. Les roues de son fauteuil claquaient et tressautaient sur les pavés inégaux de ce chemin. Par compensation, le garçon s'efforça de se faire le plus silencieux du monde. Une présence absente, voilée dans la discrétion et pourtant prête à obéir au moindre signe, ainsi que devaient sûrement apprendre à le faire des serviteurs. Aucun son prêt à quitter ses lèvres. Une posture ferme malgré les secousses et les tensions musculaires imprimées par la rue escarpée.
L'endroit semblait déjà plus luxueux, constatait le vagabond en prêtant attention à ces pavés clairs, aux murs lisses et ornés qui les ceinturaient. Il entrait dans les riches quartiers. Le poids de ces richesses l'oppressa un instant : il se sentit comme une faute de goût dans ce décor, une mouche encombrante entre les plis d'une soierie.

Il s'arrêta quand elle s'arrêta. Se tourna quand elle se tourna. Maladroite partition greffée sur celle de sa maîtresse. Tristan l'écouta reformuler sa menace. Il murmura :

"Entendu, Madame. J'vous servirai aussi bien qu'possible. Encore pardon pour..."

Sa voix se perdit dans la confusion. Ses roues prêtes à redémarrer quand elle le souhaiterait, Tristan guetta la route encore à parcourir. Il se sentit envahi de questions jalonnant le chemin : comment l'accueillerait ce père apparemment si sévère ? Et le reste de la famille de cette demoiselle ? Comment s'appelait-elle d'ailleurs ? Il se prépara à demeurer neutre quoiqu'il pourrait lui arriver et adressa au ciel une humble prière.

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