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Jérémie
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Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
Rome. 63 après Jésus-Christ sous le règne de Néron. Le sénateur Septimus Caïus Pompéius va faire l'acquisition d'un nouvel esclave pour sa villa aux abords de la cité éternelle. C'est ainsi qu'il s'apprête à rencontrer Ilias, jeune prisonnier raflé dans les campagnes de Grèce. Le politicien ignore encore tout de ce garçon, en particulier son intellect hors du commun et sa propension à aller mettre son nez dans des connaissances qui a priori ne sont pas accessibles à un être de sa condition. Le tout dans un contexte politique trouble qui sent de plus en plus le roussi pour les sénateurs, dans le collimateur du divin Néron...

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Ilias
J'ai 20 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis esclave et je m'en sors aussi bien que possible. Sinon, grâce à mon potentiel intellectuel particulier, je ne sais pas trop sur quel pied danser et je le vis plutôt comme une équation avec beaucoup trop d'inconnues.

Acheté par le sénateur Septimus Caïus Pompéius pour des travaux domestiques.


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Beaucoup trop de sons dans ses oreilles, de senteurs contradictoires dans ses narines et de questions sans réponses au fond de son esprit abîmé. Le grand forum grouillait de corps aux mouvements multiples. On allait, on venait. Ça criait ici, ça causait là-bas, ça marchandait et achetait. Des politiciens vendaient leurs promesses aussi bien que des charlatans vantaient leurs bibelots. Quelque part, le processus était étonnamment semblable : les uns devaient convaincre avec des idées, les autres avec des produits. Au milieu de cette masse de corps encombrant l'espace, en monstre informe aux milliers d'yeux, se dressait l'estrade de Bhurrus, négociant d'esclaves.
Sur les planches de la sinistre scène s'étalaient des loqueteux comme autant de fantômes, chargés de chaînes. Les uns ployaient la tête quand leurs voisins tremblaient ou relevaient leurs visages labourés de larmes. D'autres encore affichaient une stature digne dans l'épreuve.
Ilias ne pensait rien. Aussi immobile qu'une enveloppe inhabitée, un corps sans personne, il suivait son esprit qui s'évaporait çà et là sur le forum. Il en calculait les dimensions, les forces en présence, les amitiés ou complots qui se devinaient dans un sourire, un regard de travers, un mot un peu trop fort... Ses yeux noirs disséquaient. Un cliquetis macabre accompagnait le morne balancier de ses poings serrés dans les menottes. Il y avait à son cou une affichette qui le proposait pour 1000 sesterces : prix moyen pour un gaillard sec et osseux mais tout de même vigoureux, ainsi que l'avait assuré le marchand. De temps à autres, ses pupilles cendreuses avaient l'air de chercher quelque chose à lire dans les regards de ses compagnons d'infortune. Une histoire. Des familles laissées au pays. Une capture par des pirates peut-être ? Alors, lui-même se souvenait...
La vague d'un groupe de routiers déferlant sur les campagnes autour d'Athènes. Une rafle dans laquelle il avait été pris. Capturer d'insignifiants paysans, voilà qui diplomatiquement ne causait nul ennui : personne ne se souciait de pouilleux des champs. Ilias avait été arraché en plein labours, chargé de chaînes et jeté dans une charrette avec quelques-uns des autres agriculteurs du coin. S'en était suivie la route. Interminable. Ilias avait tenté de garder le compte des heures et même d'en déduire les distances parcourues mais, trop fatigué, il avait fini par perdre le fil. Et toute sa vie passée avec lui.
Égaré dans les méandres de sa mémoire, il en oubliait complètement l'estrade, les romains qui le dévisageaient comme un meuble, la voix tonitruante du marchand qui allait et venait pour venter les atouts de chacune de ses marchandises. Le temps se disloquait dans un magmas informe. Ilias s'habituait même aux brûlures causées par les fers à ses pieds : les arguments fallacieux d'un politicien juste à côté l'occupaient - l'amusaient presque.

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Septimus Caïus Pompéius
J'ai 34 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis sénateur et propriétaire d'une villa en dehors de Rome et je m'en sors très bien. Sinon, à cause de mon statut, je suis marié à une femme insipide et je le vis plutôt mal mais je trouve des compensations.

Septimus est l'un des plus jeunes sénateur romain. Guerrier accompli, brillant général et tacticien, il a rapidement gravi les échelons après avoir pris sa retraite de soldat suite à une mauvaise blessure à la hanche. Il ne garde aucune séquelle à part une grande cicatrice sur sa hanche gauche.


Michiel Huisman ©️ Arté

J'étais en tenu et prêt à partir. Je voulais rentrer chez moi. Ma belle villa en dehors de la ville me manquait. J'avais envie de pouvoir m'allonger sous un des arbres qui bordait la propriété, m'installer avec un traité de philosophie et juste me détendre. Je n'en pouvais plus de cette ambiance étouffante, des bruits trop bruyants de la ville, des relents de puanteur qui s'élevaient des égouts. Je voulais rentrer et fuir tout ça. J'avais déjà revêtu ma tenue de voyage, mes bagages étaient prêts et mon escorte m'attendait. Mais j'avais reçu un message, de cet imbécile de Severus, qui demandait à me voir d'urgence avant mon départ. Cela faisait deux semaines que j'étais à Rome. J'avais passé le plus clair de mon temps au Sénat ou aux jeux du cirque qui avaient été organisé la semaine dernière. Il avait eu tout le temps de me parler mais c'était maintenant qu'il voulait le faire.

Je le rejoignis donc au marché d'esclave, me disant que cette entrevue allait être la perte de temps que je m'imaginais, j'allais au moins pouvoir m'occuper un peu en cherchant de nouveaux esclaves. Ceux qui travaillaient sur les champs avaient tendance à ne pas toujours tenir aussi longtemps que je le souhaitais. Même s'il n'y avait pas eu de perte pendant mon absence, en acheter de nouveaux ne ferait pas de mal.

Je marchais au milieu de la foule, plus occupé à contempler la marchandise sous mes yeux qu'à réellement écouté ce que disait mon collègue sénateur. Il me parlait encore des mêmes futilités dont il nous rabattait tous depuis des mois. Il voulait faire passer une loi au Sénat. Elle visait à réglementer l'importation de certains produits venus du sud. La vérité, c'était que Severus faisait aussi le commerce de ces produits. Une telle loi mettrait ses concurrents en difficulté et lui permettait d'être le seul à être compétitif sur le marché. Personne n'était dupe de son petit manège mais il continuait de tenter de nous convaincre tous.

"Rends toi compte Septimus, on ne peut permettre à ces marchands de tapis de venir voler le pain d'honnêtes travailleurs romains."

Je continuais de marcher en souriant légèrement.

- Des honnêtes travailleurs romains ou toi cher Severus?

Le petit homme rondouillard s'arrêta et se mit à bafouiller.

- Je ne vais pas voter pour une loi qui va entraver et injustement taxé des partenaires commerciaux juste pour que tu t'enrichisses un peu plus. La discussion est close.

Il continua de me poursuivre en balbutiant des excuses toutes plus ridicules les unes que les autres. Je l'ignorais alors que je m'arrêtais devant un esclave. Je le détaillais de haut en bas, évaluant son état physique.

- Combien pour celui là?

Le vendeur arriva rapidement, nous saluant mon collègue et moi.

"1000 sesterces seigneur sénateur"

Je continuais d'évaluer l'homme des yeux.

- Il est trop maigre pour valoir ce prix là... 500.

On marchanda un moment avant que je ne réussisse à avoir l'esclave pour 800 sesterces. Je sortais l'argent et le donnais à l'homme avant de saluer mon collègue sénateur. Je le plantais là avant de faire signe à l'esclave de me suivre. Je repartis vers ma villa avant de confier l'esclave à un membre de mon escorte.

- Donnez lui un cheval. Je veux partir d'ici le plus vite possible.

Je me détournais, ne vérifiant pas si mes ordres allaient être suivi ou non. J'allais retrouver mon cheval et grimpais dessus avant de quitter rapidement la ville. Enfin, le soir même je serais enfin chez moi.
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Ilias
J'ai 20 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis esclave et je m'en sors aussi bien que possible. Sinon, grâce à mon potentiel intellectuel particulier, je ne sais pas trop sur quel pied danser et je le vis plutôt comme une équation avec beaucoup trop d'inconnues.

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Une imperceptible cassure à ses lèvres, en guise de sourire, naquit en entendant la conversation entre deux sénateurs près de l'estrade. Celui à l'embonpoint exposait des arguments aussi pesants que sa personne et d'une maladresse évidente. Son collègue mit, d'un trait d'esprit, un veto sur une proposition de loi visant en réalité à l'enrichir. Ce débat là clos, l'attention d'Ilias revint sur le politicien qui haranguait maladroitement un attroupement à ses pieds. Syllogismes erronés, généralisations, prémisse inexacte, faire de l'exception un contre-argument suffisant... l'esprit de l'esclave s'amusait à équarrir tous ces arguments fallacieux, à les désosser presque comme un chat jouant d'une souris entre ses pattes.
Il n'en entendit même pas le débat sur son prix, entre le sénateur et le marchand. Ilias ne retrouva son corps et la réalité que lorsqu'il se sentit tiré par le bras : on l'avait acheté et il fallait descendre. On lui ôta ses chaînes et l'affichette qu'il avait au cou. Ses yeux charbonneux tombèrent au sol, n'osant pas trop regarder son nouveau maître. Il arqua un sourcil surpris quand l'homme lui fit amener à cheval : des esclaves sur monture, c'était rare. Il en voyait si souvent devoir marcher derrière la litière du maître. Ou au mieux dans une carriole suivant le véhicule d'un noble.
Ilias se trouva penaud : il ne savait pas monter. Ses gestes maladroits durent attirer l'attention d'un membre de la suite du sénateur, qui vint l'aider. Enfin à croupe, il se débrouilla tant bien que mal et le balancier de son corps osseux se fondit dans la cadence de l'animal. L'esclave semblait tout perdu, et observé curieusement, lui sur un cheval, avec sa tunique toute poisseuse après des semaines de voyage. Il préféra se concentrer entièrement sur la bête dont la chaleur et les mouvements n'étaient pas désagréables. Discrètement, ses pupilles s'échouèrent sur le maître dont il jaugea la stature sobre mais élégante et l'autorité qu'il semblait inspirer.
On se mit en route. Ce ne fut pas sans déplaisir qu'Ilias s'éloigna du vacarme citadin, malgré sa curiosité éveillée par chaque bâtiment, chaque panneau qu'il lisait en secret, chaque conversation croisée le long du chemin. Sur le pavé, ça se bousculait, ça cahotait et gueulait. Bientôt la campagne succéda à la cité : son maître devait habiter une belle domus hors les murs de la ville, au calme comme l'aimaient les patriciens. Se déroulèrent autour de lui les champs aspergés de lumière, des troncs à la calme respiration poussant jusqu'au ciel et au pied desquels jouaient bergères et moutons. Un voile mélancolique habita ses yeux devant le spectacle d'une ruralité si proche de celle dans laquelle il avait grandi. Oh ce n'était pas tous les jours facile, loin s'en fallait ; la nature et les récoltes n'étaient pas toujours complaisantes... Restaient cependant des souvenirs d'étés radieux et de sa famille. Ilias ne s'occupera même pas à décompter le trajet, tout à ses observations et à sa nostalgie. Il verra bientôt se dresser le villa que le maître allait sûrement lui faire visiter, tout en lui énonçant ses tâches.
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Septimus est l'un des plus jeunes sénateur romain. Guerrier accompli, brillant général et tacticien, il a rapidement gravi les échelons après avoir pris sa retraite de soldat suite à une mauvaise blessure à la hanche. Il ne garde aucune séquelle à part une grande cicatrice sur sa hanche gauche.


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Le voyage avait été interminable. Il était tard quand on était arrivé le soir. La nuit était tombée depuis longtemps quand je descendis enfin de mon cheval. Aussitôt une nuée de serviteurs arriva, prêts à répondre au moindre de mes désirs, m'assaillant de questions. Je réglais le plus urgent. Je leur donnais des consignes pour envoyer le nouvel esclave avec les autres dans les champs. J'ordonnais ensuite qu'on me prépare un bain et de quoi diner. Je saluais simplement ma femme avant de rentrer dans la maison.

Le lendemain je me sentais un peu plus frais et dispo. J'évitais ma femme et m'enfermais dans mon bureau pour régler quelques affaires avant de m'en aller. J'avais passé les jours précédents enfermé dans un bureau à régler les affaires de l'état, à supporter la puanteur des rues de la ville. J'avais besoin d'air pur et de me dépenser un peu. Je quittais la villa et fit seller mon cheval avant de partir vers les champs.

Je m'arrêtais une fois arrivé, confiant mon cheval à un esclave avant de faire le tour des champs avec le contremaitre, lui demandant des comptes sur ce qui se passait. J'approchais finalement du nouvel esclave que je venais d'acheter et qui était déjà au travail.

- Comment ça se passe avec lui?

- Ca a été une vraie bénédiction que Monseigneur achète un nouvel esclave. Nous venions d'en perdre un à cause d'une mauvaise fièvre. Un nouvel esclave était vraiment le bienvenue Seigneur.

Je fronçais les sourcils alors qu'il parlait en se courbant devant moi. Un jour il allait finir par toucher le sol et par tomber à forcer de se pencher comme ça. Il ne répondait pas à ma question, contournant le sujet. Que me cachait il sur cet esclave? Il avait l'air robuste. Le vendeur m'avait assuré qu'il était rompu au travail dans les champs. M'avait il menti? Ce ne serait pas la première fois qu'un vendeur tenterait de duper un de ses clients. Heureusement que je ne l'avais pas acheté cher, ça aurait été un mauvais investissement sinon.

- Ce n'est pas la question que je t'ai posé.

Il recommença à balbutier avant que je le fasse taire d'un signe de main. Je n'étais pas d'humeur à entendre ses fausses excuses. Soit il était honnête et me faisait un vrai compte rendu des activités sur mes terres, soit je trouverais un autre contremaitre.

- Esclave... quel est ton nom? Nous n'avons pas eu le temps de discuter hier. Dis moi qui tu es et ce que tu faisais avant d'être vendu.

Mon collègue sénateur m'avait fait perdre trop de temps et j'avais étéi trop pressé de rentrer chez moi pour prendre le temps de m'occuper correctement de mon nouvel esclave. Maintenant que je me sentais mieux, il était temps que je me renseigne sur mon investissement.


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Ilias
J'ai 20 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis esclave et je m'en sors aussi bien que possible. Sinon, grâce à mon potentiel intellectuel particulier, je ne sais pas trop sur quel pied danser et je le vis plutôt comme une équation avec beaucoup trop d'inconnues.

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Dès son arrivée, on l'avait envoyé aux champs où un maître d’œuvres s'était appliqué à lui exposer son travail : rejoindre le groupe d'esclaves occupés à la récolte en cette chaude saison des moissons. Le seigneur possédait ses propres arpents et l'on amassait le blé pour le pain et les céréales de la maisonnée. Il se fondit aux hommes solides dont les bras armés de faux allaient et venaient avec un éternel mouvement de balancier, faisant chuter les gerbes qui s'entassaient les unes sur les autres. Sa tâche consistait à les ramasser, à les nouer puis à les porter. Il participa ainsi aux allées et venues jusqu'aux charrettes où s’amoncelaient les précieuses denrées aux teintes d'or. Une fois la récolte accomplie, entendit-il au détour d'une conversation, la besogne des esclaves consisterait à ramasser les grains, à les moudre, à les stocker.
Au milieu des pousses battues de çà de là par la cohorte de lames, Ilias se fondit dans la mécanique de son corps qui prit vite le pli à aller, venir, se baisser, courber le dos puis repartir léger jusqu'à la prochaine charge. Rien de bien différent de ce qu'il avait connu avant la capture. Seule la perte de sa famille et de son environnement lui embrumait les yeux, lui faisant parfois ravaler discrètement quelques larmes qui ne devaient surtout pas apparaître. Il se reprenait heureusement vite et ses membres quasi automatiques n'interrompaient pas le labeur. Ilias voulut se concentrer rapidement sur un autre objet d'attention pour se détourner de son chagrin. Ce furent donc ses compagnons de servitude, sur lesquels se focalisa son attention. Il les écoutait, notait d'où pouvaient venir les uns et les autres, les liens d'amitié ici ou là. Son imagination tentait d'écrire leurs histoires respectives et de recomposer le tout comme une complexe mosaïque de destins croisés.
De temps à autres, un esclave le regardait avec curiosité. Il était "le nouveau" et on lui demandait son nom, son origine, parfois un peu davantage. Ilias répondait volontiers et rendait la pareille, mais ses pensées toujours un peu ailleurs. Les conversations devaient se faire à voir basse pour ne pas attirer l’œil d'aigle des surveillants les plus hargneux.

Le soir venu, les esclaves furent conduits à leur local : une pièce commune où, dans l'obscurité, la masse trouble et suante de tous leurs corps, si près les uns des autres, put prendre du repos sur les matelas. Ilias se terra au mieux entre deux confrères et les sentit vite rattrapés par le sommeil. Lui-même ne coula pas immédiatement au creux du lourd repos : il y avait une petite fenêtre à la forme circulaire et à travers laquelle il se perdit à suivre la traînée des astres. Un cercle... Cette forme lui inspirait des idées troubles et bien des questions, sur l'existence dans laquelle on se trouvait jetés sans rien comprendre. Un jour libre et le lendemain esclave, et cela comme petit effet de grandes causes plus haut dans les sphères des pouvoirs politiques et décisions militaires. Un dieu était-il à l'oeuvre ? Lequel parmi cette foule de divinités ? Ce sort était-il à accepter comme un mal pour un bien ou pour quelque raison qui le dépassait ? La rafale de questions prit fin quand la fatigue se montra la plus forte.

Le lendemain, cela recommença. Une modeste ration, une toilette sommaire, puis le départ pour les champs. Ilias ne s'occupa guère du temps qui coulait jusqu'à ce que l'attelage du maître approchât du groupe servile. Le sénateur posa pied à terre et s'entretint avec le contremaître tout près du jeune homme. Il écoutait tout, mais prenait bien garde de ne surtout pas ralentir son travail, ni la cadence de ses gestes tendis qu'il nouait des gerbes.
Une vague de crainte saisit le nouvel esclave en entendant le contremaître se défiler à la question du sénateur au sujet de sa dernière acquisition. Le seigneur penserait qu'il y avait quelque chose à cacher. Ilias gardait la tête penchée, l'air soucieux. Était-ce le petit incident de la veille auquel pensait le contremaître et pour lequel il ne répondait pas de la qualité de l'esclave ? Un incident... si peu de choses en vérité : à un moment donné, Ilias s'était laissé happer par une discussion de deux convoyeurs en chemin le long du champ ; ils étaient contents de leurs dernières affaires à la ville et essayaient de calculer le rapport gains-pertes tout en faisant route, grattant des chiffres sur leurs tablettes pour additionner, diviser... Ilias avait calculé plus vite. Mais n'en avait pas écouté un ordre donné par le contremaître, qui avait aussitôt répliqué d'un coup contre sa nuque. L'homme risquait de le prendre pour un fainéant, un distrait ou un irrévérencieux désormais. Ilias avait pourtant fourni un travail impeccable hormis ce petit faux-pas.

Le sénateur s'adressa alors à lui. Ses mains interrompirent quelques secondes leur ouvrage et il se redressa, non sans garder les yeux humblement baissés toutefois.

"Ilias, maître. Ma famille et moi travaillions dans des champs aux alentours d'Athènes."

Il jugea plus prudent de ne pas ajouter que sa principale passion consistait à s'introduire dans les bibliothèques quand on l'envoyait livrer des denrées en ville.

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"Ilias, maître. Ma famille et moi travaillions dans des champs aux alentours d'Athènes."

Je hochais simplement la tête en l'entendant. C'était plus ou moins ce que m'avait dit le vendeur. Vu que j'avais acheté l'esclave sur un coup de tête, sans vraiment m'attarder sur lui, je n'étais pas certain d'avoir fait le bon choix en le prenant et en le mettant aux champs. Et les balbutiements de l'autre incapable ne me rassuraient absolument pas. Il s'était passé quelque chose avec ce nouvel esclave pour qu'il en perde ses moyens. Quoi exactement je ne le savais pas. L'autre avait trop peur de me dire la vérité. Il craignait pour sa place. Si jamais je me rendais compte que les esclaves qu'il dirigeait ne travaillaient pas correctement, il pouvait en perdre sa place. Après tout, c'était lui qui était responsable d'eux. Leurs fautes lui retombait forcément dessus et il en paierait le prix, il le savait. Ca semblait cruel mais c'était une façon de m'assurer que tout le monde ferait bien son travail. Le contremaitre avait la pression de perdre la tête s'il ne faisait pas bien travailler ses esclaves. Alors il mettait la pression sur les esclaves qui à leur tour savaient qu'ils risquaient de perdre leur tête s'ils ne travaillaient pas bien. Et je n'avais qu'à venir de temps en temps pour entretenir la pression sur les épaules du contremaitre.

- Tu connais donc bien le travail dans les champs. Explique moi, pourquoi ce cher contremaitre ici présent s'obstine à me cacher des choses te concernant? Es tu fainéant? Lui as tu répondu? As tu cherché à t'enfuir?

Le contremaitre se remit à balbutier, tentant une fois de plus de se justifier.

"Mais maitre... vous vous trompez. Je n'ai aucun soucis avec cet esclave. Votre grandeur fait toujours de très bon investissements...

Je soupirais et agitais à nouveau la main pour le faire taire. Il m'épuisait. Je sentais mon mal de tête me prendre à nouveau. A ce rythme là je n'allais pas tenir longtemps ici. Je commençais à rêver d'un bon verre de vin comme savait les préparer la cuisinière. J'irais peut être me détendre dans ma chambre avec de préférence un mignon petit esclave entre mes cuisses occupé à me satisfaire. Je ferais ça oui, une fois que j'aurais cette histoire avec ce nouvel esclave.

- Ce n'est pas à toi que je posais la question mais à Ilias. Serais tu stupide au point de ne pas reconnaitre quand je m'adresse ou non à toi.

"Mais maitre..."

- Stop! Laisse parler Ilias ou je devrais me trouver un autre contremaitre.

Ca a au moins le mérite de faire taire l'homme. Je poussais un nouveau soupir avant de me retourner vers l'esclave.

- Tu peux parler. Ne tiens pas compte de cet homme.
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Le regard toujours soucieux d'Ilias faisait balancier entre le contremaître et le sénateur. Il lui fallait fournir de gros efforts pour se concentrer uniquement sur les paroles de ce dernier et ne pas laisser son esprit partir de nouveau en vrille alors qu'un groupe d'oiseaux passait dans le ciel avec des ellipses et trajectoires de vol fascinantes à décortiquer. Rester fixé sur une tâche. Une seule tâche. Concentration. Ilias se martelait intérieurement cette consigne : sa distraction lui avait déjà joué un tour la veille. Ici, il n'était plus avec sa famille et ses voisins auprès desquels il semblait un peu bizarre mais sans grosses conséquentes. Devenu esclave, il n'aurait plus droit à l'erreur. A cette pensée, son regard se flouta d'anxiété et ses pupilles gardèrent une étrange fixité. Quand le maître mit en doute sa politesse, ou bien son travail, ou encore le suspectait d'avoir tenté de fuir, saisi d'horreur il hocha négativement la tête dans une raideur nerveuse.
L'incriminé s'apprêtait à répondre quand soudain l'intendant revint en scène, toujours aussi gluant et plus zélé qu'un roseau prompt à courber l'échine au moindre coup de vent. Comme il s'aplatissait, celui-ci ! Ilias devina sans mal quelle pression contraignait ses épaules et, par corollaire, que ladite pression retombait inévitablement et de façon décuplée sur le dos des esclaves. Un système bien huilé pour permettre aux sou-fifres d'exercer leurs frustrations sur les seuls êtres encore inférieurs à eux, ne put s'empêcher de se dire Ilias non sans ironie. Alors il se mit à imaginer la société toute entière modélisée comme une machine ou un système spatial, avec des hiérarchies et des forces en permanence imbriquées les unes dans les autres. Sa tête pencha légèrement sur le côté tandis qu'il suivait cette rêverie. L'esclave ne s'occupait alors même plus des balbutiements du ridicule intendant encore près de lui.
La voix du maître s'éleva alors avec autorité : son claquement sévère tel un coup de fouet fit redescendre Ilias et timidement, il considéra le sénateur, puis l'administrateur ainsi grondé. Enfin, le maître lui redonna la parole mais ce ne fut pas vraiment pour rassurer Ilias : il fallait penser stratégie. Ou bien il allait dans le sens de l'intendant et disait qu'il n'avait rien fait, mais le sénateur n'était pas dupe et quoi qu'il en fut, le sous-fifre ne se priverait pas, une fois le supérieur parti, de se décharger sur la nouvelle acquisition. Ou bien... la vérité. Cette seconde option était la plus logique et raisonnable.

"Je... Euh... Oui, j'ai été un peu distrait un court moment hier et n'ai pas entendu une information qu'on m'adressait. C'est... Cela ne se reproduira pas et je vous demande pardon."

Il avait légèrement rougi en prononçant ces paroles d'une voix timide. A nouveau, Ilias se souffla intérieurement qu'il allait devoir se faire très concentré. Au moins pour les apparences car en vérité, il n'avait pas eu besoin la veille du morceau manquant de ce que lui avait expliqué le contremaître pour bien le deviner tout seul. Ce n'était que le constat de ne pas être écouté par un esclave qui avait irrité l'intendant. Cette confession faite, Ilias se mordilla le creux de la joue, espérant que l'administrateur le laisserait vite tranquille. D'un coup d’œil rapide, il observa la robuste silhouette du maître, sa neutralité distante et ses traits nobles qui pour l'heure gardaient la sévérité nécessaire à la bonne gestion de son domaine. Ilias guettait sa réaction avec un fond d'inquiétude.


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Septimus Caïus Pompéius
J'ai 34 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis sénateur et propriétaire d'une villa en dehors de Rome et je m'en sors très bien. Sinon, à cause de mon statut, je suis marié à une femme insipide et je le vis plutôt mal mais je trouve des compensations.

Septimus est l'un des plus jeunes sénateur romain. Guerrier accompli, brillant général et tacticien, il a rapidement gravi les échelons après avoir pris sa retraite de soldat suite à une mauvaise blessure à la hanche. Il ne garde aucune séquelle à part une grande cicatrice sur sa hanche gauche.


Michiel Huisman ©️ Arté

"Je... Euh... Oui, j'ai été un peu distrait un court moment hier et n'ai pas entendu une information qu'on m'adressait. C'est... Cela ne se reproduira pas et je vous demande pardon."

Je hochais simplement la tête en l'entendant. Je sentais mon mal de tête empirer davantage. C'était juste pour ça que cet idiot de contremaitre perdait tous ses moyens? Parce qu'un esclave avait été distrait un court instant? N'était il donc pas capable de gérer ça? Un coup de fouet pour rappeler le dit esclave à l'ordre et l'histoire était réglé. Je n'avais pas à perdre mon temps pour ce genre de détail. C'était son travail. Il n'avait même pas à m'en parler. Ce n'était qu'une anecdote, un détail sans importance.

- Merci pour ton honnêteté Ilias. Je te laisse retourner à ton travail. Nous t'avons assez ennuyé comme ça.

Je lui adressais un bref salut avant de partir avec le contremaitre sur mes talons. Il continuait de pleurnicher, essayant de se justifier par rapport à ce qu'il venait de se passer. Je retournais dans ma villa, ignorant ses paroles mielleuses destinées à rattraper ses fautes. Je m'arrêtais finalement devant un de mes intendants.

- Dix coups de fouets pour lui. Et je vous préviens, je veux pouvoir compter les coups sur son dos. Allez ensuite lui donner un poste dans les champs. Je vous laisse désigner un nouveau contremaitre un qui... saura gérer les esclaves sans mon aide.

Je retournais dans la maison alors que deux hommes emportaient le contremaitre. Plus je m'éloignais et moins j'entendais ses cris désespérés pour me faire changer d'avis. C'était pourtant ainsi que le monde tournait et il le savait. Il devait même s'estimer heureux de ne pas être entrain de se balancer au bout d'une corde. A force de diriger les autres esclaves, il en avait oublié qu'il en était un lui même et que sa vie était suspendue à mes décisions.

Je passais le reste de ma journée dans mon bureau à travailler. Mon épouse avait fini par venir me tourmenter. Elle avait je ne sais combien de problèmes insignifiants à régler. Des choses qu'elle aurait été capable de gérer seule mais que bien entendu elle n'arrivait pas à faire. Epouse inutile... je passais brièvement contempler le résultat du travail de mes deux fils, les seuls qui arrivaient vraiment à m'arracher un sourire dans cet endroit.

Le soir venu, j'étais occupé à me détendre dans ma chambre, un verre de vin épicé à la main tandis que je regardais la nuit par la fenêtre. Je réfléchissais mais inlassablement me revenait à l'esprit ce nouvel esclave. Il semblait différent des autres mais je n'arrivais pas encore à déterminer en quoi. Qu'est ce qui pouvait bien me perturber en lui pour que je n'arrive pas à me le sortir de l'esprit?

Je soupirais avant d'appeler un de mes serviteurs.

- Faites venir l'esclave Ilias qui travaille au champ. Et donnez lui un bain et des vêtements propres avant.

Ce moment en valait bien un autre pour tirer ça au clair. En outre, j'avais grand besoin de me détendre ce soir...


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Jérémie
Jérémie
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Tortue

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Ilias
J'ai 20 ans et je vis à Rome, Italie. Dans la vie, je suis esclave et je m'en sors aussi bien que possible. Sinon, grâce à mon potentiel intellectuel particulier, je ne sais pas trop sur quel pied danser et je le vis plutôt comme une équation avec beaucoup trop d'inconnues.

Acheté par le sénateur Septimus Caïus Pompéius pour des travaux domestiques.


avatar ©️ Ben Whishaw



Il y eut une seconde d'hébétude et d'immobilité, comme un corps suspendu dans le vide, lorsque le maître remercia Ilias pour son honnêteté. Il s'attendait à une remontrance. Son inattention ne lui semblait donc pas si répréhensible... L'esclave retint un sourire soulagé et pencha la tête en signe de reconnaissance. Ses bras s'empressèrent de reprendre le rythme de la besogne, allant et venant au milieu des gerbes à rassembler, à serrer, à nouer, à entasser.
Son attention toutefois demeura rivée, drapée dans sa discrétion, sur le contremaître balbutiant et le seigneur en colère - qui n'avait pas tort : l'intendant se liquéfiait sur place et, quand il ne se déchargeait pas gratuitement sur la main d'oeuvre servile, il ne savait s'en faire justement respecter. Les ordres du sénateur claquèrent alors et Ilias en conçut un léger recul, ne sachant se dire désolé pour le dirigeant, ou pour le puni : il était donc lui-même un esclave... Comme cela en disait long sur la manière dont, en cet Empire, d'un jour à l'autre l'on pouvait monter sur les collines du pouvoir, puis se retrouver projeté du haut de la roche tarpéienne. Le garçon ne s'en trouva guère rassuré. D'ailleurs lui-même, qu'aurait-il fait en lieu et place du contremaître ? Devoir dominer ses anciens compagnons d'infortune, tout en ne craignant pas moins le seigneur des lieux... Il se pinça la lèvre en songeant à cela, tandis que la mécanique de son corps s'était remise à suivre sans en prendre conscience les vas-et-vient du labeur routinier. Et cependant, une once de satisfaction lui demeurait tel un éclat au fond de l’œil, à voir ainsi rabaissé au niveau de ses semblables l'individu qui venait de se mettre dans tous ses états pour une broutille.

Quand l'administrateur déchu regagna un peu plus tard les champs - portant, au lieu de sa tunique, un vulgaire pagne laissant voir son dos nu et lacéré - Ilias préféra ne pas le regarder ni le croiser, troublé qu'il était encore par l'incident et ce qu'il disait de la hiérarchie en ces lieux. L'homme, en revanche, dardait sur lui toute la noirceur d'une colère retenue et que le garçon perçut rapidement. Il risquait de tenir Ilias pour responsable de son malheur, de chercher à le lui faire payer. Il s'arrangea pour tenir la distance autant que possible.

Quand vint le soir, les membres lourds de fatigue et le dos rompu par les heures de travail sous un soleil au plus fort de sa poigne, l'esclave vit des gardes approcher. Leurs silhouettes massives se découpaient sur le ciel nocturne et deux d'entre elles se rapprochèrent de lui. Pourquoi ? Il se tendit. De toute évidence, ces commis ne venaient pas seulement signifier la fin des corvées journalières. Non : le sénateur avait apparemment fait appeler sa nouvelle acquisition. Ilias les suivit d'un pas silencieux et régulier - trop régulier pour être serein - à l'intérieur de la domus.

Entrer dans la villa replaça toutefois très vite les angoisses du garçon par un émerveillement quasi enfantin. Il avait une intarissable curiosité et un drôle d'air rêveur qui le prenaient à chaque fois qu'il pouvait découvrir quelque chose - à plus forte raison quelque chose d'aussi rare et raffiné. Ses pas suivaient une ligne droite au sol, comme si ça avançait tout seul et que l'esprit fusait partout sauf dans son enveloppe. Et effectivement l'on pouvait voir ses yeux filer à gauche, à droite, ici sur une mosaïque, là sur une maquette de cité, en hauteur pour suivre les dessins d'une colonnade, ou à ses pieds le long de dalles aux formes géométriques - d'un rapport d'à peu près 1,6... il paraissait que c'étaient les proportions parfaites. Ses mains croisées dans son dos ne remuaient pas et son souffle s'entendait à peine alors que, avançant à la suite des gardes, Ilias suivait le tournoiement des flammes jaillies de lampes à huile. Il pleuvait des lames de lumière sur le mobilier de luxe et les sculptures des boiseries paraissaient s'animer, remuer au gré des langues dorées en pleine danse. Une bibliothèque pleine de codex et de rouleaux faillit l'arrêter mais le garçon s'en garda bien. Quelle tentation pourtant que de disparaître pour aller s'y plonger !
L'esclave restait absorbé par ses découvertes quand une voix lui indiqua d'enter dans la salle d'ablutions. On lui désigna un bassin de grosse pierre où de l'eau venait d'être versée. Pour lui ? Un bain ? L'attention le rassura et il souffla un petit :

"Merci."

Un mot adressé autant aux serviteurs que, dans ses idées, au maître dont venait probablement la consigne. Un sourire flou, à mi-chemin entre le contentement et la gêne, passa sur ses lèvres avant qu'il ne retire son habit loqueteux. Se retrouvant seul alors qu'on emportait sa guenille, Ilias gagna le bain et s'y assit. Il prit le temps de se frotter non sans contentement et eut la brève sensation que les peines et sueurs des derniers jours tombaient avec la crasse au fond du cuvier. Il se ramassa, posa le menton sur ses genoux et se reconfigura le détail des pièces traversées. Un plan se construisait dans sa tête et sa marche imaginaire suivit une branche, puis une autre, et une autre encore.

"Ilias... Ilias ! Eh mais t'es bouché gamin ?" le taquina d'une voix sonore et rieuse la servante venue le faire sortir de l'eau pour l'amener au maître.

"Ah... déjà ? Enfin... non, pardon Sempronia."

"B'en mes aïeux t'as bonne mémoire par contre."

Il sourit et haussa les épaules : il avait entendu son nom au milieu de ceux des nombreux autres domestiques la veille, et les avait retenus - cela lui semblait naturel. Elle lui déposa une tunique propre et se tourna, le temps que le garçon quitte le bassin et se change. Puis elle le conduisit à l'entrée des appartements du sénateur. Ilias la remercia et toqua trois coups timides à la porte. Il se présentera discrètement devant le seigneur quand ce dernier l'aura invité à entrer.

"Maître, que puis-je pour vous ?"

Sa pupille gauche partait en vrille : au fond de la pièce, un cadre n'était pas très droit par rapport à l'autre, ça le perturbait. Fichue manie. Un détail, Ilias. T'es con. Focalise-toi sur le maître. Concentration.


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