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 You're Somebody Else {Teddy / Eddie}

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INSCRIPTION : 05/12/2018
CRÉDITS : nenes.

UNIVERS FÉTICHE : fantastique.
PRÉFÉRENCE DE JEU : Les deux

Limace

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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


avatar © punisher
Lorsqu’elle rentre, ce soir-là, dissimulé dans son bureau plongé dans la pénombre à peine illuminé de la seule lumière de l’écran de son pc, il a un putain de sourire qui ne se décroche pas de ses lèvres.

Et c’est tout un autre univers qui s’enracine dans cet appartement. Presque le scénario mielleux d’une comédie romantique, où tout va bien dans le meilleur des mondes, où il y a des rires et de l’amour, des sourires et des vêtements qui volent, des regards qui en disent long et des vieilles vannes pourries qui ne font rire qu’eux. Ses jambes au-dessus des siennes lorsqu’il joue à la console. Ses bras autour de sa taille lorsqu’il cuisine. Son corps emmêlé au sien lorsqu’il se réveille. Et tous ces moments d’éternité qui ont un goût de miel, un parfum de soleil.

Le jour où il se rend compte qu’il n’est plus question de la faire partir de sa vie, l’idée est morte, enterrée et à moitié dévorée par son inconscience, féroce vautour vorace. Et son cœur, tout fier de sa connerie.

Elle joue avec lui, parfois, flanc contre flanc, et lui bourre les côtes de faux coups de poings – parfois des vrais, de ceux qui lui coupent le souffle mais auxquels il répond toujours par son sourire en coin – quand il perd, et quand il gagne, aussi ; elle lui raconte sa journée en s’en fichant qu’il soit toujours en train de travailler ; elle le traîne dans des bars où il décline des invitations devant son air goguenard, et où il cache son sourire narquois derrière sa bière lorsqu’elle repousse d’éventuels flatteurs ; elle le défie dans l’arène lorsqu’il est question de s’entraîner, finissant invariablement à terre, sous le poids du corps du lycanthrope ; et elle se pavane en tenues diverses et variées, dans un autre défi bien moins bon enfant auquel, au contraire, il échoue invariablement.

Parce qu’il l’a désirée tant d’années, depuis l’âge où il a été capable de ressentir autre chose que l’innocente amitié d’un garçon et d’une fille partageant la même tente et le même sac de couchage ; parce qu’il l’a aimée tant d’années, depuis l’âge où il a compris que son attachement à cette gamine n’était pas juste une histoire de gosses. Tu l’oublieras, lui avait-on dit.

Il ne l’a jamais oubliée.

Il cuisine leurs repas, pour qu’elle se contente de s’installer lorsqu’elle rentre de ses missions tardives dans les bois du Grand Nord, épuisée. Il l’attend toujours pour dîner. Il la porte lui-même dans l’un de leurs lits, peu importe lequel, lorsqu’elle rentre de ses missions tardives, dans les bois du Grand Nord, épuisée. Il l’attend toujours pour aller se coucher. Et il veille, chaque jour, chaque nuit, se repaît de sa lumière et de son ombre, dissimulant derrière son sourire et ses baisers ses hésitations, ses doutes et ses craintes.

C’est souvent elle qui demande, parce qu’il a peur du jour où elle arrêtera de le faire.

Parfois, pourtant, c’est lui qui réclame. Lui qui se faufile sous sa douche pour lui embrasser les épaules et sentir juste son odeur, sans la moindre autre marque olfactive que la sienne. Lui qui arrête de jouer soudainement à sa console, se tourne vers elle et l’attrape dans ses bras pour la caler contre lui. Lui qui l’embrasse, comme ça, parce que l’envie l’a dévoré tout cru. Lui qui la pousse dans son lit et la couvre de tout ce qu’il peut lui donner. Lui qui la brûle de son simple toucher, quand il est fébrile, impatient, aimant, adorant.

Il ne se pose pas de questions. Il ne le veut pas. C’est arrivé, et il l’accepte. Le reste… eh bien, c’est le reste.

Il est de sortie, en territoire loup, en compagnie des rares locaux dont il s’est attiré sinon l’affection, au moins la curiosité, lorsqu’elle l’appelle. Il demande un instant pour répondre. Il ne le fait que pour elle. Il a le geste tranquille quand il pêche son téléphone dans sa poche, et un battement raté de son cœur lorsqu’il entend le mot chuchoté sur le ton de la confidence de l’un des deux autres loups. Il a appris quelques bribes de finnois depuis qu’il est ici, et ce mot, ce mot-là, il le connaît.

Il le connaît très bien.

« Allô ? » C’est le silence qui lui répond. La dernière chose qu’il laisse à ses compagnons est l’empreinte de ses pas dans la neige fraîche.

Il a les enjambées grandes, le souffle profond et les prunelles dilatées par l’adrénaline. Il grimpe quatre à quatre les escaliers de leur immeuble et la porte claque à s’en déboiter de ses gonds lorsqu’il la bouscule. Ce qu’il trouve dans l’appartement, ce qu’il voit et ce qu’il y sent, lui retourne l’estomac au même instant qu’un grondement lugubre remonte de ses tripes. Il n’y a pas beaucoup de traces de lutte visibles, mais celles olfactives sont bien trop prégnantes et bien trop criantes pour qu’il ignore ce qu’il s’est passé. Et sa vision se teinte d’un voile sombre, comme son esprit, ses pensées galopantes qui se hérissent et se cognent contre les parois de son crâne. Il a un souffle puissant, les épaules tendues, les poings serrés aux phalanges blanches. Et il essaie de se calmer, de réfléchir, parce que c’est comme ça que ça doit fonctionner, parce qu’un alpha doit conserver son sang-froid en toutes circonstances, mais il n’y parvient pas et chaque seconde de plus à observer l’appartement vide, les draps froissés du lit d’Eddie, à respirer l’odeur âcre de la colère, celle, fauve, d’Ester, et celle, fraîche et encore sucrée du parfum de son gel douche, d’Elena, et les autres qui se mêlent et se démêlent, de la sueur, mâtinée d’un peu de peur, et les effluves d’un combat avorté… Il sent tout. Absolument tout. Et le couteau abandonné sur le sol achève son présumé sang-froid. Il ne rugit pas. Il ne rugit jamais. Mais ce qui brille dans ses yeux, lorsqu’il sort de l’immeuble, s’emplafonnant dans l’air glacé sans en accuser la gifle, c’est tout comme.

Il cavale jusque chez elle. Il connaît le chemin par cœur. Il n’aurait pas dû. S’il ne l’avait pas connu, ce chemin, alors elle n’aurait eu aucune raison de faire ça, et Eddie ne serait pas là-bas. Il flaire leurs odeurs avant même d’arriver jusque devant sa maison. Par chance, il a choisi de s’envoyer en l’air avec la louve la plus ermite dont dispose la meute locale, aussi n’habite-elle pas avec eux, comme les loups en ont d’ordinaire l’habitude. Ca facilitera les choses.

Enfin, s’il ne pète pas un plomb.

Il ouvre la porte avec autant de douceur dont il est capable, soit pas grand-chose. Son œil accroche celle de la louve à peine la vue dégagée. Il ne note même pas la remarque d’Elena. Il s’avance, et sa poitrine est tremblante du grondement qu’il contient. Ses prunelles ont la sauvagerie du loup, et il contient à grand-peine l’animal prêt à sauter à la gorge d’Ester qui se plante devant lui, l’œil furibard. Pas autant de moi.

Et il passe à côté d’elle, sans même la toucher, en prenant même soin de s’écarter un peu plus d’elle, comme on soignerait une distance entre soi et quelque chose de peu ragoûtant. Il ôte sa veste et la place sur les épaules d’Elena, la couvrant autant qu’il le peut, et se plante derrière pour défaire ses liens. Il n’a aucun égard pour Ester. Et il sent, à son odeur, que ça la rend folle de rage.

Il bloque sa main qui tente de s’accrocher à son épaule en accrochant ses doigts autour de son poignet, au moment où elle allait le saisir d’un geste brusque. Et il croise son regard, de nouveau. Il y a quelque chose qui vacille dans celui de la louve, et comme un prédateur face à sa proie, il en a la volonté attisée. Lentement, il se redresse. Les liens d’Elena tombent au sol, de même que le couteau qu’il a emporté de chez lui. Celui qu’il avait trouvé sur le sol. Et il serre si fort le poignet d’Ester qu’il sent les battement de ses veines contre ses doigts.

« Quelle putain de prétention t’a fait croire que tu pouvais t’inviter chez moi et revendiquer une place que tu n’as pas ? » Il n’est pas con, Teddy. Pas con au point de ne pas comprendre pourquoi Ester en était venue à flairer sa piste pour le retrouver. Entre eux, bien que la communication ne soit pas aisée du fait de la barrière de la langue, il y avait eu une alchimie qui lui avait valu de retourner auprès d’elle plusieurs fois, plutôt que de la laisser tomber comme toutes ses autres aventures. Elle était devenue régulière, dans sa vie, de la même façon qu’il s’était creusé un trou dans la sienne. Il n’y avait pas d’amour, pas de sentiments, pas ce genre de choses ; mais une connexion sous-jacente, presque intime, qui les liait et les rendait exempts de langue commune. Une crevasse dans sa réalité pourrie où il pouvait se faufiler pour y échapper un peu.

Elle était venue aux nouvelles, et avait trouvé Elena. Compte tenu de la tenue dans laquelle il l’avait quittée et qu’elle devait encore porter quand elle était arrivée, elle n’a dû éprouver de difficultés à comprendre la portée de leur relation toute neuve. Et il sentait encore les effluves de la jalousie sur la peau de la louve.

Les loups n’aiment pas la polygamie. Un peu d’attachement, et le monde devient aussi petit que leur tanière.

Ester ne l’a pas supporté. Elle a sans doute vu plus loin que le bout de son nez, a anticipé, a imaginé. Ce serait presque normal, si ça ne le rendait pas aussi furieux de ne pas s’en être rendu compte à temps. Même s’il admet ne jamais y avoir réfléchi. Aux conséquences de ce lien, entre eux.

C’est peut-être un peu de sa faute, aussi. Il aurait dû la prévenir.

Il l’a juste oubliée.

Maintenant, c’est elle qui n’oubliera pas son regard, et ses doigts sur son poignet, et ses mots, et ce qu’ils impliquent.

Comme un écho, le son de l’évidence, à ce que les loups qu’il a laissé en plan tout à l’heure se confiaient, avec ce petit sourire entendu aux lèvres qu’on a toujours dans on parle de ce genre de chose. Hänen kumppaninsa.

« Essaie encore une fois de toucher à ma compagne, et je t'éviscère. »

Sa compagne. La seule. Celle pour laquelle il tuerait le moindre loup qui se dresserait sur sa route. Celle pour laquelle il donnerait sa vie. Celle qui dirige sa vie, celle qui le fait vivre, celle qui pour son cœur bat. Celle que personne ne remplacera jamais.

Son amour. Son cœur. Sa compagne.
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Elena
« Eddie »
Dwayne



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SOMEBODY ELSE


« I used to recognize myself
It's funny how reflections change
When we're becoming something else
I think it's time to walk away
Everything that's broke
Leave it to the breeze
Why don't you be you
And I'll be me »

Il y a quelque chose qui se casse la gueule, du haut d'une chaise sans attrait, sur laquelle patiente une brune au regard sombre. Quelque chose de profond, de sombre, d'inaccessible. Quelque chose qu'elle ne comprend pas, Eddie, et qui lui hérisse le poil. Dès qu'il entre dans la pièce, c'est comme si Théodore percutait son univers tout entier pour mieux la tordre de l'intérieur. Le temps lui échappe, lui glisse entre ses doigts tremblants de froid. Parce qu'il est silencieux, méthodique. Parce qu'il ne la regarde pas. Il ne la regarde même pas.

La veste est placée sur ses épaules avec trop de rigidité pour ne pas blesser ses épaules aux articulations malmenées et elle manque de lui feuler un avertissement tandis qu'il s'applique à la détacher, achevant de la plonger dans un océan de honte glaciale. Elle ne dit rien, la protectrice, alors qu'elle ramène ses bras contre elle, frotte ses poignets d'un air absent, les prunelles accrochées au parquet irrégulier, les mains déjà occupées à enfiler une couche de plus d'un vêtement qui ne lui appartient pas. Elle serre les mâchoires, roulant les chevilles pour récupérer un peu d'adresse et ramener du sang dans ses extrémités frigorifiées. Et elle pourrait les buter, tous les deux. Les deux loups qui se toisent et règlent leurs petites affaires de sauvageons des temps modernes. Nul besoin de tourner le regard pour deviner ce qu'il se trame à sa gauche, les silhouettes qui se jaugent, les corps qui se répondent. Ces corps qui se sont bien connus. Qui se connaissent encore. Au moins un peu. Suffisamment pour l'avoir obligée elle à commettre une belle connerie et lui à retrouver le chemin d'une maison dans laquelle Eddie sentirait sans doute son odeur si elle avait le museau plus affûté. Elle déteste cette sensation, cette amertume qui lui remonte du fond de l'estomac, qu'elle n'analyse que comme le goût de l'humiliation. Et puis il y a la colère, cette rage peu commune qui lui tord les tripes et manque de la voir sortir de ses gonds. Si elle n'avait pas dû plier devant le risque de voir la louve perdre le contrôle, la militaire n'aurait eu aucun mal à maîtriser son assaillante. C'est du moins ce qu'elle se raconte, ce qu'elle se répète, ce avec quoi elle essaye de consoler son esprit à vif.

« Essaie encore une fois de toucher à ma compagne, et je t'éviscère. »

Les crocs se serrent davantage. Trop. Jusqu'à rendre ses molaires douloureuses, les terminaisons nerveuses de sa mâchoire qui lui remontent jusque dans les tempes et écrasent son encéphale dans un étau à peine supportable. Elle va péter un câble.

« Ca suffit... », qu'elle crache, se relevant d'un geste souple avant de traîner ses pieds nus jusqu'aux deux lycans. Aux deux amants. Le visage fermé, elle s'applique à ne pas le regarder, à ne pas l'imaginer ici, ou dehors. Occupé. À sa place. Tellement plus à sa place que chez eux. Et le quelque chose geint au sol, planterait bien ses griffes dans son cœur si elle en avait un. Si elle en avait encore un. La connasse tend une main sans appel en direction de la rouquine, plantant dans son regard une prunelle assassine. « Tes clés de bagnole. » Et elle grogne, d'un ton pourtant calme, feutré dans la menace quand son autre main a récupéré le couteau ayant échoué près de ses orteils dans la précipitation. « N'aggrave pas ton cas. » Et ce n'est pas difficile de s'imaginer la lame froide rencontrer l'abdomen chaud, en traverser les couches de chair dans le moindre effort. Encore et encore. L'autre cède, sans doute davantage à l'alpha qu'à la silhouette longiligne, ridicule dans sa chemise à carreaux, avec ses jambes nues et ses orteils à l'air. Ou peut-être qu'elle sait, qu'elle a compris, que l'Ordre règlerait ses comptes ensuite. Qu'importe. Elle n'est déjà plus là, Eddie, elle prend déjà la porte. La neige sous ses pieds est presque rassurante, toute mordante soit-elle sur le chemin jusqu'au pick up gris de la louve, garé devant le chalet, entre deux tas de bois comme posés là pour répondre aux exigences des clichés finnois.

La démesure des émotions qui la parcourent voudrait arracher la portière conducteur au lieu de l'ouvrir, foutre le feu à la baraque au lieu de prendre la poudre d'escampette. Alors elle grimpe, s'agrippe au volant et pose son front sur le cuir gelé, serrant encore un peu plus les dents pour ravaler les hurlements silencieux qui lui déchirent le gosier. « Me touche pas. » Doucement elle se tourne vers sa droite, pour mieux dévisager l'intrus qu'elle a pris grand soin de ne pas regarder avant. Et elle se déteste autant qu'elle le hait, en cet instant. Se déteste de le repousser avec autant d'injustice, le hait d'avoir autant besoin de se lover contre son torse pour y dérober un peu de chaleur et de réconfort. Elle préfère le froid et la solitude, loin de toutes ces choses qu'elle ne maîtrise pas. À des années lumières de ce fichu sentiment qui ne la lâche plus et lui donne la gerbe. Sans un mot de plus, la brune s'arrache à sa contemplation pour démarrer la voiture sans la moindre délicatesse, abandonnant le chalet derrière elle. Et elle accélère. Trop. Parce que ça fait du bien, parce que ça soulage. Parce que le putain de bruit du moteur couvre jusqu'à la plus petite mesquinerie qu'elle serait tentée de lui dégueuler. L'allure se fait plus sage à l'entrée de la ville, respectueuse des règles jusqu'au bas de l'immeuble. La voiture s'arrête d'un crissement délicat dans la neige encore fraîche. Elena est complètement abrutie par le froid, la fatigue. Et le reste. Tout le reste. Ma compagne. Secouant la tête, elle recroqueville deux fois ses orteils pour trouver le courage de retrouver la neige sous ses pieds. « Tu ne crois pas que le fait que tu sois en couple avec une louve de la meute sur le territoire de laquelle nous vivons aurait pu être une information intéressante pour ta protectrice ? », qu'elle lâche, d'un timbre qui ne lui ressemble pas. Une voix morne, détachée, sans rire ni affect. Ta protectrice. Tout ce qu'elle est. Tout ce qu'elle sait être. Ce pour quoi elle a été élevée. Ce qu'il n'a pas le droit de lui enlever, jamais.Alors qu'elle crève d'envie de se planquer dans ses bras. De tout oublier. De tirer un putain de trait. Mais elle ne peut pas. Ils ne peuvent pas lui enlever ça. Parce qu'elle est protectrice avant tout. Que son enlèvement est un crime au regard de la loi lupine. Que c'était la seule chose à dire. Que le reste n'a pas d'importance. Pas davantage que les images qui lui tournent dans la tête, mettant en scène une louve rousse et un mâle fauve. C'est l'ordre naturel des choses. Elle a le cœur au bord des lèvres... Et l'horreur de s'en découvrir un.
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Ses prunelles ne quittent pas celles d’Ester. Et l’effroi lui broie les entrailles quand il se rend compte de l’intense satisfaction presque morbide qui lui brûle l’estomac aux émois qu’il lit dans les siennes. Il ne saura sans doute jamais ce qui l’a motivée à kidnapper celle qui, de toute évidence, entretient autre chose que des liens cordiaux avec le loup qui se faufilait quelques fois dans sa tanière, autrefois ; quelle cruelle conviction l’a poussée à croire qu’elle agissait dans son bon droit. Ester n’est pas bête. Et bien que solitaire, elle sait. Que cette femme, c’est sa protectrice, celle d’un alpha en balade loin de chez lui ; mais la protectrice d’un alpha tout de même. C’est une information de meute.

Mais pourquoi, il s’en fout. Comment, il a compris. Maintenant, c’est toutes les conséquences qui se déversent dans ces prunelles sauvages, quand elle comprend qu’il ne plaisante pas, son visage qui se décompose quand il l’appelle par ce mot sacré. Il ne l’a pas dit au hasard, et elle l’a compris. Et il y a ses mâchoires qui se serrent et cette jubilation infâme qui lui noue la gorge lorsque la peur dilate la pupille de ses yeux. Et cette conviction vindicative qu’il ne fera rien pour empêcher la sanction de tomber.

Elena est sortie lorsqu’il consent enfin à bouger. Il rompt le contact visuel sans un mot, et c’est dans un silence aussi glacial que la température extérieure qu’il quitte la tanière de la louve condamnée.

Il touche du bout des doigts la carrosserie froide du pick-up d’Ester, prend le temps d’en faire le tour pour en éprouver toute la température, anesthésier cette boule de rage qui palpite au fond de son ventre. Il respire l’air glacé, respire l’humeur d’Elena, rentrée côté conducteur, sa propre colère qui émane d’elle en tourbillons chaotiques, la blessure ouverte qui taille son âme, et la mort de quelque chose, quelque chose de précieux, quelque chose d’inestimable. Lui-même la ressent, cette mort, cette disparition si soudaine qu’il a l’impression qu’on lui a arraché un membre. Une part de lui-même. Il sait cependant très bien de quoi il s’agit.

« Me touche pas. » Il n’en a jamais eu l’intention. Il s’installe, ne prend pas la peine d’attacher sa ceinture, et tant pis si la vitesse à laquelle elle roule les envoie dans le fossé, avec sa régénération accélérée, à moins de se rompre le cou, il ne risque rien, et il sera toujours assez libre de ses mouvements pour la protéger, elle. Et puis, il prie presque pour que ça arrive, parce qu’au moins, la douleur physique occulterait celle, intangible et immortelle, qui lui balafre le cœur.

La voix d’Elena est mécanique. Il la reconnaît, et plus que n’importe quoi d’autre, c’est ça qui m’achève. Soudainement, la rage a disparu. Soudainement, l’adrénaline reflue. Soudainement, le froid. Le vide. La fatigue. La lassitude. « Depuis quand baiser inclut une relation de couple ? Si c’est le cas, on est méchamment polygames, toi et moi. » Il fait jouer ses épaules, la tension qui s’y est accumulée l’oppresse. Il passe devant Elena et s’efface pour la laisser entrer. Elle ne lui laisse pas vraiment le choix, de toute façon. Il y a un silence incisif entre eux, lourd de tout ce qu’ils ne se disent pas et des questions qu’ils ne se posent pas. Ce même silence qui les avait séparé, durant des années ; ce même silence qu’il a appelé de ses vœux, durant toutes ces années.

Mais Teddy a grandi. C’est facile de se bercer d’illusions, quand on est enfant, même adolescent, c’est même vachement confortable. Ca évite de devoir affronter la réalité, de se la prendre en pleine gueule avec cette délicatesse légendaire qui la caractérise tant, et qui l’a tant de fois battu à l’aide de la grande patte de son père adoptif, voire de sa ceinture. Quand il n’était qu’un petit louveteau, ou qu’un adolescent découvrant la joie du parfum des hormones, il a cru qu’il pourrait oublier. Qu’il trouverait une autre fille, qui lui ferait tourner la tête et lui permettrait de regarder Elena en face en lui souriant, serein. Il a même essayé, plusieurs fois, parce qu’il faut bien essayer pour voir si ça fonctionne. Et ça n’a jamais fonctionné. Elle était là, dans sa tête, chaque fois qu’il embrassait une autre ou qu’il couchait avec elle, et il donnait à ces autres une part de ce qu’il aurait lui donner, à elle, à elle seule, seulement elle.

Et maintenant qu’il l’avait fait, une fois, deux fois, trois fois, dix fois, qu’il avait goûté ses lèvres, son corps, son odeur, qu’il avait éprouvé un morceau de ce que ce serait, si tout ça était vrai, il ne peut plus faire comme si.

Il ne ferme pas la porte de l’entrée quand il pénètre dans leur appartement, sur les talons d’Elena. Il a gardé les yeux rivés sur son dos, là, entre ses omoplates, où il avait planté tant de baisers qu’il ne pouvait les compter. Il glisse les mains dans les poches de son jean. Les mots glissent d’entre ses lèvres comme l’eau d’une digue qui se rompt.

« Je vais pas m’excuser d’avoir cherché à oublier mes sentiments auprès d’autres ou d’avoir couché avec Ester quand j’en pouvais plus de jalousie de te savoir dans les bras d’un autre. Je crève d’amour pour toi depuis qu’on est gosses, et ça ne changera jamais. » L’avouer ne lui ni chaud ni froid. Il n’eut pas cette sensation vertigineuse, comme celle qu’on a avant de se jeter depuis le plus haut plongeoir de la piscine d’à côté, qu’il a ressenti toutes les fois où il s’est imaginé lui dire qu’il était amoureux, quand ils étaient enfants, ou quand, adolescent, il était à deux doigts de craquer et de briser sa promesse de la protéger de lui et son poison. Non, rien de tout ça. « Que tu n’ais pas voulu le voir, d’accord, aucun souci. La comédie était plutôt facile à jouer, et je… j’ai pu enfin touché et goûté ce à quoi je rêve depuis des années. Mais je refuse que tu m’engueules pour ça. » Et tout ce qu’il aurait dû faire lui revient en pleine gueule, parce qu’il l’a bien mérité, ce direct du droit là. « Pour ce que ça vaut, un jour, j’aurais peut-être une femme. Mais je n’aurais jamais de compagne. Ça, c’est ma réalité. » Il a les doigts qui s’agitent au fond de ses poches. Son corps qui tremble, sa peau qui tressaille, ses membres qui le démangent. Il lève une main, pose son poing fermé entre les deux yeux et inspire profondément. « Gueule-moi dessus, si ça te fait du bien. Je m’en fous. »

Et le pire, c’est que c’est vrai.
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Elena
« Eddie »
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« I'm so tired, of playing
Playing with this bow and arrow
Gonna give my heart away
Leave it to the other girls to play
For I've been a temptress too long
Just
Give me a reason to love you »

« Arrête de me mentir... », elle murmure, d'abord. D'une voix basse, usée, au bord de la rupture. Fissurée. À l'image de ce masque sur sa gueule qui n'en mène pas large après la fatigue et le froid. Elle a écouté toutes les conneries que Teddy a bien voulu lui dire, elle a entendu ses accusations, ses déclarations, ses non-sens, les affirmations douloureuses qu'il s'est permis de lui balancer entre les omoplates. Et elle secoue la tête, lentement, se retournant pour lui faire face, les sourcils froncés et la silhouette encore tremblante. Il ne lui laisse jamais une seule seconde de répit. Jamais. Alors la brune soupire, se penchant pour ôter ses chaussettes trempées de neige et de boue. « Je ne t'ai pas demandé de t'excuser, tes histoires de cul ne regardent que toi... » qu'elle souffle, remuant ses orteils. « Mais viens pas essayer de m'expliquer qu'un simple plan baise m'a enlevée par jalousie, alors qu'elle risque le bannissement ou la mort pour avoir eu cette idée de merde. » Elle se redresse, les bras croisés sur sa poitrine, le regard errant dans la pièce. « Personne n'est assez con pour risquer sa vie pour ça, aussi bon amant que tu puisses être. » L'appartement a presque l'air étranger, hostile, parce qu'elle n'a pas envie d'y rester s'il n'est pas là pour l'y enlacer. Parce qu'il y a quelque chose de violent dans la tempête qui couve sous ses traits épuisés. Au creux des réponses qu'il attend après ses déclarations. « Je reste ta protectrice, peu importe avec qui tu couches. Tu aurais dû m'en parler et tu le sais. » La voix demeure calme, les prunelles fuyantes mais dénuées d'orage. Il ne se rend pas compte des tornades qu'il a glissées dans sa tête, des horreurs qu'il réveille entre ses tripes quand leur complicité avait réussi à tout anesthésier. Quand elle a presque oublié. Presque tout oublié.

Elle voudrait oublier, encore. La solitude, les années d'errance, la guerre, le sang. La violence, les séances de correction, toutes les conneries qu'on lui a faites faire. Le bonheur qui s'étiole, se déchire, les gouffres affolants creusés à même son âme. L'indifférence. Et puis le froid, aussi glaçant que celui qui la hante malgré le chauffage de l'appartement. « Je resterai à tes côtés quoi qu'il arrive. Je suis toujours restée. Alors ne me mens pas. Jamais. » Sa gorge se resserre, tandis qu'elle lève enfin les yeux vers lui. « Comment tu peux me dire que tu m'as toujours aimée alors que t'as passé les vingt dernières années à m'ignorer ? Que tu m'as foutue à la porte de chez nous ? Que tu t'es acharné à ne pas me regarder alors qu'on me dressait après s'être bien assuré que je crèverais pour toi s'il le fallait ? » Un frisson ancestral lui remonte des reins jusqu'en haut de sa nuque, les mâchoires crispées, le corps épuisé... Et le cœur... Son cœur. Ce truc qu'elle avait complètement occulté. « Tu ne m'as pas écrit une seule fois quand j'étais en Irak. Pas une seule putain de fois. Ni après la mort de John. Alors que tu savais... Tu savais que j'avais besoin de toi. » L'avouer lui arrache la gueule, éclate le masque de flegme qu'elle lui a toujours opposé. Met de la flotte dans ses yeux et des tremblements au bout de ses doigts. L'oxygène manque, un peu. Et la chaleur du corps de Théodore l'appelle, alors qu'elle a froid. De plus en plus froid. Et qu'il est trop loin. Tellement trop loin. Qu'ils pourraient tout oublier, encore une fois, sans avoir à parler de ces vieux trucs qui la malmènent et l'angoissent, l'arrachent à ses réflexes de survie habituels. « Malgré tout ça, je suis encore là... » Toujours là. Fidèle jusqu'à la connerie. Il y a vingt années de silence, entre eux. D'un silence qu'il a su cultiver avec un acharnement qui frôle le génie. Elle s'approche, pourtant, tend une main vers lui, cherche ses doigts, sa peau, les illusions qu'il voudra bien lui servir. « Je ne sais pas ce que tu attends de moi, Théo. » Ses pieds viennent flirter avec les siens, et elle se sent minuscule devant lui, presque fragile. Vulnérable, sans doute. Pour la première fois de sa vie. « J'ai froid. Je voudrais juste tes bras. Juste ça. Comme avant. » Il pourrait la tuer. Elle le sait. Et elle le déteste de tout compliquer. De l'obliger à parler. À ressentir ce cœur qui lui tabasse les côtes et bourdonne jusque dans ses oreilles. « Ca peut rester simple... » Souffle abandonné à l'angle de son menton, à la lisière de sa bouche. « S'il te plaît. » Et tout oublier, encore. Et encore. Et encore. Contre son torse, entre ses bras, noyée dans sa chaleur. Ses lèvres contre les siennes, lentement, pour ne plus avoir à parler. Pour tout envoyer valser.
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Limace

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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


avatar © punisher
La boule de rage explose.

Il ne se rend pas compte de ce qu’il fait. Ou peut-être que si. Peut-être est-il pleinement conscient d’enfoncer ses paumes sur les épaules de la jeune femmes, d’enfoncer ses doigts crochetés dans la chair molle entre ses os, et d’envoyer son corps en avant, contre le sien, et de percuter le mur dans une vibration qui se répercute tout le long de ses muscles tendus. Sa moitié humaine est choquée, elle ne comprend pas, elle geint, comme un louveteau apeuré. Pas sa moitié louve.

Il montre les crocs. Un grondement roule dans sa gorge. Ses pupilles sont dilatées au point de manger toute la couleur, toute la lumière de son regard. Il a les épaules, ses épaules taillées dans la roche, voûtées, ramassées sur elles-mêmes. « Tu te fous de ma gueule ? », feule-t-il. Et sa voix est si basse, si grondante.

Il avait eu la même posture lorsqu’il a tué son père.

Au prix d’un effort surhumain, il finit par écarter doucement les doigts pour desserrer sa poigne. Il s’écarte d’elle, pas assez pour se couper de la chaleur de son corps. Il respire profondément, pour juguler cette boule de rage, ses ravages incendiaires qui coulent dans ses veines et pulsent dans ses artères. Il clôt ses lèvres. Il la domine de toute sa taille. « Tu m’ordonnes de ne pas te toucher et tu te colles à moi comme une chienne en chaleur. En fait, il n’y a que mon cul qui t’intéresses. » Il est mauvais, il le sait. Légitime ou pas, ça lui importe peu. Ses épaules se soulèvent au rythme d’une respiration qu’il commande lui-même plutôt que de la laisser aux mécanismes automatiques de son corps. Il y a un silence, lourd, pesant, oppressant.

« Tu m’accuses de mentir. » Et ça résonne dans sa tête, comme un gong de guerre. La ligne de sa mâchoire se contracte comme il serre les dents. Il a de l’acide dans la bouche. Et puis, il y a des années de douleur qui se déverse de sa gorge. « Je les ai supplié de revenir sur leur décision, de te laisser vivre encore avec nous. Avec moi. Je me suis traîné à ses pieds. » Il se souvient encore de l’humiliation. Et des coups. « Mais ils ont refusé. Je n’ai compris qu’après, que si je voulais que tu restes en vie, tu devais rester loin de moi. Loin de mes crocs quand j’étais pas capable de les maîtriser comme… comme ce soir-là, où j’ai failli… » Son cœur rate un battement, douloureux. Et c’est tout son corps qui se contracte. Il grogne, comme un loup blessé. Et pour la première fois depuis qu’il l’a attrapée par les épaules, il détourne le regard.

Dans ses yeux, la honte, la culpabilité, la douleur.

« C’est ce que j’ai fait. Mais t’es quand même revenue après l’Irak. » Il y avait de l’accusation dans sa voix. Il lui en voulait d’être revenue. Pas parce qu’elle a ravivé ses sentiments, parce qu’elle est une obsession qui le rend fou, parce qu’elle lui a rappelé ses failles et ses faiblesses, ou simplement parce qu’il ne peut plus l’atteindre, mais parce qu’elle était revenue en enfer, leur enfer. « Je t’ai jamais demandé de rester à mes côtés. Si ça te fait chier, t’as qu’à aller te plaindre sur la tombe de notre estimé ex-alpha. Que j’ai tué. » Les images de cette nuit-là lui renvoient le corps encore chaud de l’homme, couvert de son propre sang, la gorge déchiquetée par les griffes de son infant. Il y avait une flaque écarlate qui se formait sous son corps, à mesure qu’il perdait du sang et que sa cage thoracique se soulevait en un mouvement erratique sur ses derniers souffles, le gargouillis insupportable du bouillonnement du sang dans sa trachée éventrée. Ses doigts, secoués de spasmes, sur le parquet. Et les autres, comme un décor, une fresque, qui ne bougeaient pas, autour d’eux. Les souffles retenus. Et l’odeur de la peur.

Son père avait obtenu ce qu’il voulait, ce soir-là : une arme de guerre. S’il n’éprouve pas de remords à avoir fait ce qu’il a fait, Teddy n’en demeure pas moins dégoûté d’être exactement ce que son père avait désiré qu’il soit.

« Vingt ans à crever d’amour pour qu’on en vienne à une histoire de jalousie à la con. C’est ridicule. » Il bouge, se penche et attrape son téléphone qu’il avait laissé tomber en partant en quatrième vitesse de l’appartement. L’écran est fissuré, mais il fonctionne. « Tu vois que la distance fonctionnait, pour te garder en vie. » Il a la voix plus calme, l’œil moins noir. Comme si tout était réglé. Rien ne l’était, pourtant, mais le loup est retourné dans sa tanière. « Je dois appeler l’alpha d’Ester. »
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Elena
« Eddie »
Dwayne



avatar © Balaclava
SOMEBODY ELSE


« So won't you pass me the kerosene
Let's burn to the ground
You've been looking for meaning
Did you like what you found?
Forgive me, I've been lonely
But it is not like I don't know my way
I don't know my way »

Le choc de ses épaules contre le mur, la dureté de ses doigts sur sa peau ou la menace de sa silhouette par dessus la sienne ne sont rien, absolument rien, comparés à la rudesse des mots qui s'échappent des lèvres de Teddy, à leur vulgarité. À leur cruauté. Alors seulement, son souffle se coupe. Parce qu'elle encaisse la violence physique, la connaît, ne la craint pas et n'a jamais eu peur de Théodore, pas un seul jour. Pas une seule putain de fois. Jusqu'au moment où il a déversé son fleuve d'injure et de colère, d'un ton aussi grondant que froid, glacial aux oreilles d'Eddie. Et elle ne respire plus, l'américaine, reste là contre le mur, comme une conne, incapable de bouger, de réagir. Elle assiste à la scène comme une étrangère, une spectatrice qui s'observe, elle, et les ruines de son habituel masque fait de flegme et d'indifférence. Elle et son corps qui tremble encore de froid et de fatigue, et de douleur maintenant. Ce corps dont plus aucune révolte ne parvient à s'échapper, prostrée contre le mur, longtemps après qu'il l'a enfin lâchée. Le récit de ses supplications d'enfant ne réussit pas à l'extraire de sa catatonie, s'imaginant des souvenirs impossibles, qui ne sont pas les siens, sans savoir les décrier ou les apprécier. Le film de son existence défile contre ses prunelles chargées d'incompréhension et de fêlures. Parce qu'elle a mal, là. Elle a mal de lui, de ses mots, de son attitude, de son injustice. Mal de le sentir aussi loin, et d'avoir aussi froid. D'être aussi seule. Éternellement seule.

Et il faut toujours qu'il en revienne aux mêmes conneries. Qu'il s'acharne sur les mêmes fissures.

« C’est ce que j’ai fait. Mais t’es quand même revenue après l’Irak. » Ce qu'il a fait, rester à distance. Ce qu'il reproche, son retour d'Irak. Une fois de plus. Et il ne sait pas, Teddy. Il ne se rend pas compte, de ce qu'il dit. De ce qu'il lui dit. Elle se le répète, comme ça. Une fois, deux fois. Comble ses silences par des convictions pour tenter de ne pas imploser. Il ne sait pas. Il n'a jamais su. Parce qu'il n'est pas parti, lui. Qu'elle ne lui a pas raconté. « Je t’ai jamais demandé de rester à mes côtés. Si ça te fait chier, t’as qu’à aller te plaindre sur la tombe de notre estimé ex-alpha. Que j’ai tué. » Eddie secoue sa tête, doucement, se concentre sur sa respiration. Les paumes de ses mains posées contre le mur pour ne pas enserrer son crâne. Pour ne pas chercher sa peau. Choquée, mutique. Parce qu'il ne lui a jamais parlé comme ça. N'a jamais haussé le ton, jamais osé ce genre de lexique. Et l'autre reste là, comme une conne, plongée dans un océan de contradiction et d'effroi. Parce qu'elle le perd. Juste comme ça. Elle le sait. Elle a perdu, cette fois. Son corps entier semble se rigidifier, remplacer les organes par des rouages. La vie par des mécanismes. Et elle grince, Eddie. Elle grince si fort. « Vingt ans à crever d’amour pour qu’on en vienne à une histoire de jalousie à la con. C’est ridicule. » Ridicule. La bestiole hoche du chef, rassemblant peu à peu ses idées, à même le sol. Il fait nuit, sombre, et froid. Toujours aussi froid. Elle a de la glace sur les cordes vocales et des tornades dans les poumons. Et son nom, son putain de nom coincé dans le fond de la gorge, pas foutu de sortir pour lui dire de la fermer, d'arrêter sa torture. D'arrêter tout ça, tout de suite. Parce que c'est trop. Parce qu'il vient d'aller la chercher chez son ancienne amante, qu'il devrait bien se rendre compte qu'elle a déjà eu une journée absolument merdique. Qu'il aurait pu attendre le lendemain pour l'assassiner. Que ça aurait été fort urbain. « Tu vois que la distance fonctionnait, pour te garder en vie. » Uppercut en pleine gueule. Un gémissement lui échappe, bien malgré elle, tandis qu'il s'agite, s'agite encore et encore comme un fou à l'étroit dans son propre corps. Le moment de flottement qui suit son effroyable déclaration amène un calme artificiel à la scène et prend les contours d'une porte de sortie pour la pauvre carcasse d'Eddie.

« Je dois appeler l’alpha d’Ester.
- Laisse. Je m'en occuperai demain. Ce sont mes affaires. » Pas les tiennes. Il lui a déjà bien assez pris, ce soir. Dans un soupir douloureux, la protectrice s'arrache à son mur et se dirige vers sa chambre, sans mot dire. Il y aura le silence, la porte qui se referme sans heurt, la douche, l'oubli. L'alcool, à n'en point douter, pour tout anesthésier. Attendre que tout cela daigne enfin passer. Comme pour le reste. Et elle grince, Eddie. Elle grince tellement fort. Alors elle s'arrête, à deux pas de sa chambre, Teddy dans son dos, son ombre gigantesque en menace aux ruines de sa santé mentale. Il faut qu'elle parle, parce qu'elle ferme toujours sa gueule. « Tu sais ce que ça veut dire pour un militaire, de ne pas revenir d'Irak ? » elle demande, d'un murmure ou d'un souffle. Il entendra. « C'est comme si tu me reprochais de ne pas être morte là-bas. » D'avoir osé revenir vivante des horreurs et des cauchemars éveillée. Elle réalise qu'elle avait la tête basse et le regard figé au sol lorsqu'elle redresse enfin la nuque, tourne la mâchoire juste ce qu'il faut pour apercevoir les contours de ce corps qu'elle connaît par cœur. « Tu crois que j'ai combien de morts à mon actif, hein ? Entre la guerre et les chasseurs. La vie, la mienne, pour ce que j'en ai. A ton avis ? » Pas d'amertume, pas l'ombre d'un mépris. L'évidence même de la militaire qui évoque la guerre, d'une protectrice qui parle de son quotidien. Du sang qu'elle a sur les mains. « Pour ce qui est de se mettre en danger ou de se garder en vie, je te rassure, la chienne en chaleur n'a pas besoin de toi. » Et sa voix s'étrangle, jusqu'à n'être plus qu'un filet comme dégueulé d’outre-tombe. D'un autre monde. « Toi tu me donnais juste une raison de me lever le matin. Et ça m'allait bien. » Ses yeux la brûlent, la torturent... Jusqu'à ce que deux ruisseaux de larmes n'aient l'audace de creuser des sillons sur ses joues fatiguées. Elle est épuisée. « Je vais me coucher. » Les deux pas sont franchis, la porte ouverte et refermée sans un bruit. Bonne nuit.



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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