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 You're Somebody Else {Teddy / Eddie}

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Cendar
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UNIVERS FÉTICHE : Surnaturel
PRÉFÉRENCE DE JEU : Les deux

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Le contexte du RP
Mise en situation

   
La situation
Nous sommes dans un univers contemporain dans lequel les loups garous existent, sur tous les continents, bien que ne se mélangeant que très peu.

Nos personnages sont américains, originaires de New-York, l'un Loup, l'autre protectrice de sa famille. L'un, nouvellement Alpha, l'autre toujours au service de cette famille lupine à laquelle elle a été vendue par son père en paiement d'une dette. C'est un univers moderne dans lequel de vieilles traditions empêchent deux trentenaires de vivre leur existence. Il s'appelle Teddy Sullivan, il vient de tuer son père adoptif qui l'a martyrisé toute sa vie et se retrouve Alpha de sa meute. Elle s'appelle Elena Dwayne, dite Eddie, c'est une ancienne militaire qui a été forgée très jeune par le père Sullivan pour devenir une protectrice exemplaire.

Avant de prendre ses fonctions d'alpha dans sa meute, Teddy a demandé une année sabbatique pour voir le monde. En réponse, et sans le prévenir, la meute a envoyé Eddie pour le protéger pendant cette année pleine d'aventures.

Et leur ancienne amitié, de vieilles rancoeurs et des sentiments encombrants ne vont pas faciliter leur cohabitation en Finlande, à Oulou, à des milliers de kilomètres des rues new yorkaises.

La colocation a connu des débuts houleux entre le cœur à vif de Teddy et le cœur brisé d'Eddie, par ici.

Après deux mois d'une cohabitation cordiale, particulièrement bien organisée, les non dits prennent trop de place.




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Elena
« Eddie »
Dwayne

{description unique qui ne sera pas reportée par la suite}

33 ans, originaire de Harlem, ancienne militaire à l'éducation drastique, désormais armurière et prof de tir. La vie n'a pas très bien commencé, un père dealer, une mère décédée ou partie, elle n'a jamais vraiment su. Vendue pour payer une dette paternelle, elle se retrouve abandonnée aux Sullivan à l'âge de sept ans. Elle prendra tout de cette nouvelle famille, et s'accrochera à Teddy comme à personne d'autre sur terre, avant de se réveiller un matin dans le lit de la chambre d'ami de John, le protecteur de la famille et son tuteur. Elle ne sait pas ce qu'il s'est passé la nuit précédente, elle est tombée sur la tête, mais ils se sont disputés et Teddy ne veut plus la voir. Alors la déception, un abandon de plus et la mort dans l'âme. Elle suit ensuite le chemin de vie décidé pour elle par l'Alpha, part en pensionnat militaire puis à la guerre, devient une machine. Sa seule attache sera John jusqu'à sa mort lorsqu'Eddie avait 25 ans. Elle ne fait désormais les choses que par automatisme, profitant de chaque instant sans s'accrocher à rien, le sourire aux lèvres, toujours. Se foutant de tout. Et ça lui va bien.
Épicurienne jusqu'au bout des ongles, la protectrice traverse l'existence avec insolence et se doute peu que Teddy le traître n'a pas la même version qu'elle de cette nuit de leur enfance qui l'a précipitée dans l'indifférence.
En colocation avec Théodore Sullivan depuis deux mois, alpha de la meute dont elle est la protectrice. Oulou lui réussit plutôt, mais New York lui manque terriblement. Sa solitude est trop étroite, dans les nuits finlandaises.


avatar © Balaclava
SOMEBODY ELSE


« Well you look like yourself
But you're somebody else
Only it ain't on the surface
Well you talk like yourself
No, I hear someone else though
Now you're making me nervous »

Le monde est étroit, dans la nuit et dans le froid. Et sa solitude lui colle à la peau, comme sa couverture en plume d'oies qui ne lui tient pas assez chaud. Il y a le vide, dès le réveil. Un mécanisme étrange, qui semble l'éreinter dès qu'elle est levée. Le café coule et crache des gargouillis qui résonnent dans la pièce à vivre, s'écoule pour deux jusqu'à achever de gronder dans l'obscurité matinale, laquelle ne s'éclairera pas vraiment au cours de la journée. Glissée dans une tenue de sport en polaire et autres tissus technologiques conçus pour le grand froid, la protectrice se sert une tasse du liquide brûlant, en laissant une vide sur le comptoir de la cuisine avant d'échouer rapidement dans le fond du canapé. Eddie sera partie depuis longtemps lorsque Teddy trouvera le café chaud et la tasse vide. Aussi vide que l'appartement qu'elle oublie dans son footing qui tient du masochisme le plus élémentaire, dont le souvenir s'éclate sur le sac de frappe qu'elle massacre avec enthousiasme. « Salut. », qu'elle balance en rentrant une ou deux heures après, luisante de sueur, commençant à se déshabiller en prenant la direction de sa chambre sans attendre la moindre réponse du jeune homme. Si l'alpha souhaite parler, il saura le lui signifier, c'est une chose sur laquelle il a été on ne pouvait plus clair. Faut-il qu'elle soit conne au point d'avoir elle-même meublé l'appartement qui ressemble de plus en plus à son enfer personnel. Une petite bulle de douleur quotidienne dans laquelle les cauchemars de son enfance retrouvent toute leur ampleur. Une bulle qu'elle traverse sans s'arrêter pour mieux aller jeter sa carcasse sous la douche et finalement ressortir de sa chambre habillée, maquillée, bientôt emmitouflée après avoir récupéré son écocup remplie de café, retour de politesse. « Bonne journée. » Et elle traverse l'entrée, passe un épais trench en cuir brun, une paire de bottes de la même couleur et disparaît dans le froid finnois.

Et la protectrice s'arrête tous les matins dans le café qui sert de quartier général plus ou moins officieux à l'ordre des protecteurs d'Oulou. Elle salue quelques camarades, sourit de près ou de loin, commande un double expresso qu'elle boit en échangeant les dernières informations dont chacun doit avoir connaissance pour faire au mieux son boulot. L'un des anciens, Reko, semble intéressé par l'idée de la faire travailler directement pour sa meute. Il est rouquin, le vieux, et sa barbe touffu lui dévore le visage aux traits burinés par l'air marin. Docker protecteur. Sans surprise, il évolue dans la meute qui a bien voulu accueillir Teddy, et ça semble l'arranger, la montagne de muscles, d'accueillir un petit prodige dans ses rangs qui ont trop souffert de la férocité des chasseurs du coin. La semaine dernière, elle lui a ramené l'index droit d'un chasseur qu'elle a dû arrêter. Et ça l'a fait marrer. Mais ils n'ont pas le droit, d'approcher Teddy, d'essayer de le blesser. Personne ne peut. Jamais. James Dwayne aura réussi à la forger dans la brutalité. Et les deux monstres baragouinent, entre l'anglais et ses rudiments de finnois, ils parviennent à échanger suffisamment pour s'entendre. Puis elle termine son café et s'arrache sans s'attarder, sautant dans la jeep pour rejoindre le lycée militaire dans l'armurerie de laquelle elle a fini par être engagée. La journée passe, s'étire, au rythme des sonneries des cours et des armes à entretenir, des leçons à dispenser et des gosses à engueuler. Elle assiste à sa propre existence en spectatrice silencieuse, désincarnée.

Parce qu'elle étouffe, dans cette nuit qui ne veut jamais vraiment la quitter. Dans cet appartement dans lequel elle n'est jamais vraiment seule. Ni jamais vraiment entourée. Dans cette ville où elle n'est pas vraiment rejetée, ni vraiment intégrée. Dans ces affaires outre-atlantiques qui ne sont jamais vraiment réglées mais qui ne parviennent toujours pas à lui échapper. Dans cette vie, qui ne l'a jamais autant pesée, jusqu'à se surprendre à rêver de retourner dans l'armée. En Irak. Dans n'importe quel putain d'endroit où un kamikaze voudra bien la faire sauter.

Et puis elle s'en fout. Et puis elle a déjà oublié.
Le désespoir en amnésie routinière.

Chaque soir, elle rentre après le travail, balance une ineptie sans intérêt entre deux portes, souvent une blague, au goût parfois douteux. Elle avale une pomme, une banane ou une tomate, disparaît dans sa chambre deux heures pour s'occuper de la paperasse de l'armurerie et de la protection de la meute, puis se change en fonction de ses envies de sortie. La connasse s'éclipse un soir sur deux, parfois plus. Elle se balance dans une mini jupe, un pantalon en cuir ou une robe moulante et prend la tangente, abandonnant son fantôme de colocataire à sa tranquillité. Jamais plus seule qu'au milieu d'une foule. Et elle sourit, Eddie, dans son pantalon moulant et son haut blanc, les lèvres écarlates et les cheveux décoiffés. Elle sourit au barman, à la serveuse, aux gonzesses qui s'approchent, aux mecs qui la frôlent. Elle sourit et elle picole, seule. Et puis elle picole encore, se met à rire avec de parfaits inconnus que sa route croise pour combler le gouffre que Théodore creuse un peu plus chaque jour dans sa putain de cage thoracique. C'est qu'elle s'en fout, certes, mais que ça pique. Quand même. "Ça", et tous ces trucs qu'elle ne dira pas. Puis la musique, les corps qui s'approchent et se déchirent en une masse organique portée par le rythme et les lignes mélodiques. Dysharmonie des cœurs et des espoirs, qui se détachent de la médiocrité d'une soirée où ils auront tous trop bu et tout oublié. Parce que se souvenir, c'est devoir assumer. Parce que ne pas se rappeler, c'est pouvoir tout nier. Et puis ça danse, et elle boit, et elle rit, finit dans les bras d'un blond aux yeux verts et au sourire ravageur, qui lui murmure des trucs à l'oreille dans un anglais correct qu'elle n'écoute pas. Qui n'importent pas.

Les omoplates percutent un mur, et un autre, dans la valse des silhouettes qui se mélangent et s'entrechoquent, dans l'entrée d'un appartement qu'elle ne connaît pas. Et elle s'en fout, Eddie. Elle se fout de tout, les jambes enroulées autour des hanches d'Aleksi. Ou Erik. Karl, peut-être. Tant qu'il la porte, tant qu'il l'emporte, le reste n'a pas la moindre importance, pour peu qu'il y ait l'ivresse.

Mais l'autre tangue et trébuche, lui arrache un grognement lorsqu'il la blesse. Mood Killer. « Wow. Il est tard, t'as vu l'heure ? », qu'elle dit, se détachant pour sauter sur ses pieds. Et puis elle se lève demain matin, même si ce n'est pas vrai. Et puis elle a oublié un truc, au bar. Et puis c'est pas si grave, et il a l'air fatigué, et il devrait aller se coucher. L'américaine sourit toujours lorsqu'elle retrouve la chaleur de sa veste épaisse puis la gifle grisante du froid nocturne, sans avoir pris le temps de laisser à Aleksi, Erik ou Karl, un moyen de la rappeler.

Vertige et rire bas, dans l'entrée de son appartement cette fois, tandis qu'elle ôte ses bottes et se déleste de son manteau. La protectrice titube légèrement jusqu'au frigo, souriant à la nuit... Et à Teddy. « Tu devrais être couché... », elle murmure dans un rictus mutin, un peu surprise de se retrouver face à lui à une heure pareille. Une main s'accroche à la poignée du réfrigérateur pour éviter de tanguer, l'ouvrant sans grande conviction à la recherche d'un peu de solide à avaler. Ses doigts libres pianotent sur ses lèvres au maquillage déplacé par la bouche gourmande du finlandais qu'elle n'a eu aucun scrupule à abandonner. La vie n'est qu'une vaste blague, une plaisanterie acidulée. Et l'autre se surprend à s'en amuser, son éternel rictus accroché aux lippes, avant de jeter son dévolu sur un bol de riz au lait. « T'as besoin de quelque chose, peut-être ? », qu'elle dit, alors que Théodore n'a pas quitté la pièce et qu'elle cherche une petite cuillère sans grande conviction, un rire doux dans le fond de la gorge. « Tu veux une tisane nuit tranquille ? » Son regard se plante dans le sien, sans pudeur ni délicatesse, une once de moquerie dans le fond de la prunelle.



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Limace

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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


avatar © punisher
L’enfer, c’est d’être prisonnier d’un cœur qui ne veut pas entendre raison.

Il y a encore des traces rouges autour de son emplacement, sur sa poitrine, gravée dans sa peau, lorsqu’il se regarde dans le miroir. Des griffures, l’impression de sa patte posée là, sur son torse, à l’endroit même où il cogne contre sa cage thoracique. Il les observe, chaque matin, dans la glace, les frôle du bout des doigts, familier de la piqûre brûlante que lui renvoient les marques écarlates. Elles sont toutes différentes. Toutes erratiques. Toutes filles de la douleur et de la rage mêlées. Toutes témoins de sa déchéance. Certaines sont des cicatrices. D’autres simplement une abrasion enflammée. Certaines sont vieilles, d’autres sont jeunes. Mais elles sont toutes là pour la même raison.

Quand il n’en peut plus, il a envie de s’arracher le cœur.

Et il s’habille, faisant disparaître les seules marques de son tourment. Parce que le reste n’est qu’une comédie tant répétée qu’elle est devenue presque naturelle. Les gestes sont mécaniques. La tasse laissée à son attention, alors qu’elle est déjà partie. La vaisselle qu’il lave, pour qu’elle ne la retrouve pas. Le dîner qu’il prépare, dont il laisse une part au chaud, dans la casserole, dans le four ou dans le micro-ondes. Le shampoing qu’il remplace, quand il se rend compte qu’il est vide, comme le gel douche, le sel ou les condiments. Les courses qu’ils se partagent sans même se consulter. Les sourires vides, les salutations polies, les questions dont ils n’écoutent pas les réponses.

Elle se lève, il dort encore. Il se lève, elle est déjà partie. Elle rentre déjeuner, il travaille. Il sort se défouler, elle termine sa journée. Il joue dans le salon, elle sort.

Et chaque fois, il a l’œil qui la dévore, et le cœur qui cogne.

Il ne dit rien. Il ne grogne pas. Il la laisse partir. Il la laisse s’enfuir. Et il l’observe faire. Sans bouger. Sans parler. Il ne la voit pas rentrer, il l’entend rentrer. Et il s’enroule dans sa couette en espérant que demain soit effectivement un nouveau jour. Mais ce n’est jamais le cas.

Alors, il fait des conneries.

Beaucoup de conneries.

Il sort. Il y a ces soirs où il sort par la porte d’entrée, engoncé dans un jean seyant et une veste de cuir fourrée, une écharpe en laine enroulée autour du cou, où il rejoint les bars de la ville, s’envoie des bières et des tapas, observe le monde et échange des sourires, discute et rit, mais ne flirte jamais ; jamais, parce que si ce n’est pas elle, il n’en voit pas l’intérêt. Il n’en voit plus l’intérêt. Il a essayé, au début, mais il n’a pas continué. Parce qu’il n’y croyait pas. Parce qu’il n’y a jamais cru.

Et c’était innocent, au début. Presque mignon. Il s’était montré sage. Comme d’habitude. Comme au cœur de la meute, quand il avait eu ses aventures, ses quelques relations. Pas farouche, mais pas facile non plus. Un gars pas forcément bien, mais pas trop mal. Le type sympa, même s’il manque cruellement de tact quand il s’agit de gérer ses conquêtes. Il avait souri à toutes celles qui s’étaient approché. Il leur avait offert des verres, avait plaisanté avec elle, et les avait galamment, le cas échéant, sauté dans leurs lits, chez elles, dans leurs appartements. Et il s’y était appliqué. Il avait aimé voir l’extase dans leurs prunelles, leurs sourires débridées et leurs soupirs sous son corps qui connaissait la musique. Il avait aimé leur donner les sentiments et les désirs qu’il aurait voulu lui donner, à elle. Et il avait aimé les entendre dire qu’il était un bon coup. Qu’elles avaient aimé. Et que peut-être elles en redemanderaient ; sans savoir qu’il ne répondrait pas à l’appel, car il ne leur laissait jamais l’occasion de lui demander son numéro. Parfois, elles le retrouvaient – c’était une petite ville, Oulou. Mais assez souvent, il arrivait à s’éclipser. Au début.

Et puis, il y avait eu tant de choses. Il y avait eu toutes ces fois où il l’a vue quitté l’appartement, belle à se damner, et que l’évidence que ce n’était pas pour lui l’avait frappé en pleine gueule. Il y avait eu toutes ces autres fois où ses propres conquêtes s’illuminaient sous la jouissance, et qu’il y avait cette putain de voix, dans sa tête, qui lui rappelait que ce n’était pas elle, sous lui, que ce n’était pas entre ses jambes à elle, qu’il se trouvait. Que ce n’était pas dans ses prunelles qu’il faisait naître l’extase. Il n’a pas vu venir l’amoncellement de tout ça, sous son crâne, dissimulé par un leurre que son esprit a fait naître pour l’obliger à faire l’autruche. Mais la colère, elle, a tout englouti. Au fur et à mesure. Elle a enflé, enflé, jusqu’à foutre le bordel dans ses tripes.

Et bientôt, il n’y eut plus de place pour rien d’autre.

Il a alors cessé de sortir par la porte d’entrée, et se faufilait dehors par l’escalier de secours quand elle le croyait parti faire l’ermite dans sa chambre, revenant sous couvert de sa conviction qu’il dormait encore quand elle se réveillait. Il est devenu plus dur. Plus féroce. Il abrégeait le flirt gentil pour les presser de le ramener chez elles, ou mieux, directement dans les toilettes pour les moins farouches. Et il y avait Ester, aussi. Une louve sauvage, farouche, agile et nerveuse. Elle était venue le tuer, il l’avait convaincue de le laisser en vie. Ils se battaient, ils baisaient, parfois les deux en même temps. Il venait la chercher et elle était toujours contente de le trouver. Il savait son nom et elle baragouinait un anglais vaguement compréhensible, ils n’avaient rien besoin de plus. Avec elle, il pouvait laisser son loup parler pour lui. Elle ne demandait jamais pourquoi il était perpétuellement dans un état proche de l’implosion. Et il lui en laissait rarement l’occasion.

Et il a continué. Encore et encore. Pour ne plus sentir son cœur dans sa poitrine, qui cogne, cogne et cogne encore, pour ne plus sentir ses déchirures craquer encore davantage, pour ne plus rien sentir.

La vérité, c’est qu’il n’en peut plus.

La porte qui avait claqué ce soir-là lui a fait l’effet d’une bombe. Encore une fois. Il avait serré les dents et avait inspiré à fond. Sa tenue, une fois encore, n’avait pas été pour lui. Ses doigts tremblaient lorsqu’il avait avalé d’un trait le contenu de sa bouteille de bière, qu’il avait gentiment jetée dans la poubelle appropriée. Puis il en avait saisi une autre, en avait avalé une gorgée ; et dans un éclat soudain d’une colère foudroyante, il avait envoyé la bouteille se fracasser contre le mur. La trace de la bière séchée forme toujours une tâche brune sur le papier peint, quand elle rentre. Il est toujours là, encastré dans le canapé, sous la lumière crue du plafonnier, à ne rien faire. Il n’a pas touché à ses manettes de la soirée. Il n’a pas touché à son livre de la soirée. Il n’a pas touché à la télécommande de la soirée. Rien. Absolument rien. L’odeur de l’alcool s’engouffre dans l’appartement avant elle, et il fronce le nez. Elle titube un peu, s’étonne de le voir encore debout, s’en va dans la cuisine. Il la suit du regard.

Il a l’habitude. Ce n’est pas la première fois. Ce ne sera sans doute pas la dernière. Elle sort un pot du frigidaire, regarde autour d’elle, et il se lève. Il maîtrise ses gestes, comme d’habitude. Tout paraît si fluide, dans son corps, alors que rien n’est évident. Il s’approche, sort une cuillère du tiroir, et se prend un coup de poing dans la gueule.

L’odeur âcre d’un homme.
L’odeur fauve d’un loup.

Sa rage éclate, comme une bulle. Une bulle fragile, qu’il est si étonnant qu’elle n’ait pas explosé bien avant.

Sa main plaque brutalement la cuillère sur le comptoir ; il ne la regarde pas. L’œil rivé sur l’évier, il sent son corps se tendre jusqu’à la limite du supportable, sans rien pouvoir y faire. Sa vision s’étrécit, elle s’assombrit, même, comme si un orage apocalyptique couvrait de son ombre son monde. Et c’était sans doute le cas. « Quitte à te taper un loup, tu pourrais le faire avec moi. » Et sa voix est si basse, si grondante, qu’il ne la reconnaît même pas. Mais il s’en fout. Il s’en fout, putain, il s’en fout, parce que, putain, ce n’est plus possible.

Et le reste se passe tellement vite. « Pourquoi tu ne vois rien ? » Il s’avance vers elle, la dominant de toute sa hauteur. Il a les prunelles dilatées, un regard un peu fou. Il n’en a pas conscience. « Je suis donc si bon à ce jeu débile ? » Il ne devrait pas. Bien sûr qu’il ne devrait pas. Il l’accuse, et il ne devrait pas, parce que tout ça est de sa faute à lui, pas de sa faute à elle. C’est son choix. Sa décision. Il n’a pas le droit de l’accuser. Il le sait. Mais… « Pourquoi tu ne vois rien ?! » Il lui attrape le poignet, l’approche de lui tant et si bien qu’il sent son souffle alcoolisé sur sa figure. Et ses yeux, qui la dévorent encore, malgré toute la colère, la rage et la douleur qui l’habitent, et son désir qui le tenaille, et ses sentiments qui le démontent.

Et son putain de cœur, qu’il veut arracher, là, maintenant.

Il s’avance encore, la forçant à reculer contre les meubles de cuisine, jusqu’à ce qu’elle ne puisse plus. Son corps est collé contre le sien, il sent toutes ses courbes, et ça l’enflamme. Et ça l’assassine. Il porte son autre main à son visage, qu’il a rêvé de toucher depuis tant de temps qu’il ne croit même pas ce contact possible. Mais sa main glisse jusqu’à son cou, et ses doigts qui s’y accrochent sans la moindre douceur.

Il n’a pas le droit de l’accuser. Mais il le fait. « Pourquoi t’es revenue », il murmure, « t’aurais pu partir, ne jamais retrouver la meute. T’aurais pu vivre une vie normale, loin de nous. Avec les tiens. T’aurais pu… » Sa gorge se noue. Il y a tant de choses dans sa tête, ça tourne autour de lui. Et sa vision, qui ne s’améliore pas, parce qu’il la regarde comme il ne l’a jamais regardée auparavant. « T’aurais jamais dû revenir. »
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« You were the better part
Of every bit of beating heart that I had
Whatever I had
I finally sat alone
Pitch black flesh and bone
Couldn't believe that you were gone »

Il y a comme un problème, dans l'espace temps, quand le bruit du métal résonne contre le plan de travail. Comme un souci dans la matrice, une erreur dans la mécanique bien huilée d'un quotidien fait d'indifférence. Un engrenage qui grince. Un boulon qui saute. Un quelque chose qui manque de tout foutre en l'air. L'alcool et son insupportable manie de ne s'offusquer de rien ne permettent pas tout de suite à Eddie de saisir l'ampleur du merdier dans lequel elle vient de tituber.  « Quitte à te taper un loup, tu pourrais le faire avec moi.
- Je te demande pardon ? », qu'elle feule, d'un ton presque aussi rauque que lui, en proie à une surprise suffisamment rare pour être soulignée. Le regard jusqu'alors figé au corps martyrisé de la petite cuillère se relève vers les tempêtes abyssales qui servent de prunelles au Loup, mais il est déjà trop tard. Et tout lui échappe, tout lui glisse entre les doigts. Encore, toujours. Elle a l'habitude, pourtant, des écarts d'humeur, des fureurs animales, des changements de ton épileptiques. En a payé le prix trop souvent pour avoir gardé les comptes. Mais pas lui. Jamais lui. Toujours l'autre. Et ça lui échappe, là. Parce qu'elle est bourré, peut-être. Ou parce qu'elle ne l'a jamais vu comme ça.

« Pourquoi tu ne vois rien ? » Et il a comme un diable coincé dans la gorge. Et elle manque de lui répondre qu'elle ne voit pas de quoi il parle, et qu'elle s'en fout. Parce qu'elle ne comprend pas. Ou qu'elle ne veut pas comprendre. Que peut-être cette colocation est déjà trop cordiale pour lui. Qu'elle prend trop de place, qu'il veut qu'elle s'en aille. Il s'avance et elle recule, dans un tango sans chaleur, pourtant chargé d'électricité. « Je suis donc si bon à ce jeu débile ? » A quoi? Aux silences, aux claquements de porte discrets, à l'achat de yaourts sans matière grasse ? Elle pensait que ça allait. Elle s'est trompée. Et ça accélère son rythme cardiaque, ça accélère son souffle, ça l'oblige à décuver à une vitesse record, malgré son cerveau embrumé et ses réflexes ralentis. « Pourquoi tu ne vois rien ?! » Il répète mais ne fait pas plus sens au creux de sa caboche. Et elle recule, encore, mais il l'attrape, la tire et l'attire, jusqu'à manquer de percuter leurs mâchoires crispées par la contrariété et l'urgence. Puis il y a ses yeux, ses yeux qu'elle ne quitte plus, dont elle cherche à percer les mystères insaisissables d'une rage qu'elle n'a pas vu venir. Et il avance, encore, et elle recule, toujours. Elle recule et se retrouve prise au piège, ses épaules nues écrasées contre la porte d'un placard au bois froid. Il l'étouffe, Théodore, presque littéralement lorsque ses doigts viennent se nicher à sa gorge, serrer le délicat de son cou. Le cerveau reptilien de la protectrice hurle sa révolte tandis qu'elle reste silencieuse, tandis qu'elle ne dit rien. Qu'elle cherche à comprendre et qu'elle se laisse faire, établissant dans sa tête différents plans dans l'unique but de le ramener à un semblant de sérénité avant qu'ils aient tous les deux quelque chose à regretter. Contre toute attente, elle se refuse à avoir peur, de lui plus que de tout autre. La peur, c'est pour les gens qui ont encore un truc à perdre, et ce n'est plus son cas depuis longtemps. Un sourire s'esquisse maladroitement sur ses lèvres, l'espace d'une seconde dont elle se saisit pour accrocher une main à son poignet, lui rappeler qu'elle existe, que c'est elle qu'il tient, qu'il presse. Parce qu'elle peut pardonner, à défaut de comprendre. Qu'elle a l'habitude, aussi. Que c'est elle, et que c'est Teddy. Que ce n'est pas grave, s'ils sont en panne de croquettes, de bière, ou que la prochaine saison de trente millions d'amis a été annulée. Qu'il peut se ressaisir, se calmer, qu'ils peuvent discuter.

Ou pas.

« Pourquoi t’es revenue », qu'il murmure contre sa peau, lui hérissant le poil, « t’aurais pu partir, ne jamais retrouver la meute. T’aurais pu vivre une vie normale, loin de nous. Avec les tiens. T’aurais pu… » T'aurais pu fermer ta gueule. Parce qu'elle n'est pas sûre d'avoir compris mais qu'il va trop loin. Elle aurait pu partir. Ne jamais revenir. Vivre une vie normale. Avec les siens. Loin de la meute. « T’aurais jamais dû revenir. » Et c'est trop. Et c'est peut-être l'alcool, ou son insupportable manie de se foutre de tout jusqu'à la connerie, presque jusqu'au suicide. Ou peut-être que c'est le trop plein, l'accumulation de deux mois d'une colocation douloureuse, marquée par son inimitié après une putain de partie de jeux vidéo dont elle aurait volontiers redemandé. Parce qu'elle n'en peut plus de ses rejets et de ses reproches. Parce qu'elle ne lui a jamais rien fait. Et qu'il est con. Injuste. Gigantesque. Trop proche. « C'est quoi ton putain de problème ? », qu'elle craque, relâchant son poignet pour le bousculer d'un mouvement sec de son bassin contre le sien. « Recule bordel ! » Et elle se dégage, sans violence, consciente de perdre ce combat d'une façon ou d'une autre si elle tentait de le provoquer. Et il recule, un peu. Juste assez pour qu'elle puisse revenir à la charge, des éclairs plein les yeux. Ça fait comme des orages, autour d'eux. Comme des cataclysmes qui leur coulent dans les poumons pour mieux dégueuler des catastrophes. Une gifle lui brûle les doigts, qu'elle referme en un poing solide, nerveux, maintenu le long de sa cuisse pour ne pas commettre une erreur dont elle ne se relèverait pas. « Pas revenir ? Pour avoir une vie normale ? Parmi les miens ? MAIS TU TE FOUS DE MA GUEULE ? », qu'elle hurle, se figeant la seconde d’après, choquée du son de sa propre voix. Elle sourit, d'un rictus las, cynique et froid. « Tu crois que j'en ai, des miens ? Tu crois que j'ai quelque chose, moi ? J'ai rien. J'ai putain de rien. J'ai mon job, des responsabilités et de la solitude. Me fais pas chier parce que tu peux pas voir ma gueule, si t'as un problème tu t'adresses à ton paternel, qui m'a somme toute bien dressée. » Et elle avance, tremblante, les traits crispés, le corps tendu à s'en rompre. Elle avance et elle l'accule à son tour, investit son espace en tyran, trop en proie à ses propres tourments pour se rendre compte de sa connerie, et de sa proximité, et de ses tremblements. Elle pourrait le buter. Juste pour ne plus l'entendre parler. « Moi j'ai jamais rien eu. À part toi. Et même ça, c'est plus à moi. Depuis longtemps. Même ça. Pour une chamaillerie de gamins débiles, en plus. Alors me fais pas chier, putain. » Sa voix flanche, une seconde. Une seconde de trop. Elle grogne. Proche. Trop proche. « Tu crois que j'avais envie de me taper un loup, hein ? » Changer de sujet. Arrêter de s'écorcher. De la provocation plein la gueule, en serpent sous son derme. « Déjà fait. Et ça m'a pas réussi. Les loups sont des connards comme les autres. J'ai essayé. Il m'a jamais rappelée. Pire, il m'a laissée partir. Et aujourd'hui il a même le culot de me reprocher d'avoir osé revenir. » Puis tout se calme. Et elle a le souffle court, à la frontière de ses lèvres à lui. Le regard acéré dans ses prunelles. L'envie de le frapper, de le secouer, de lui arracher un aveu clair de son inimitié, de ses abandons, de toutes les raisons pour lesquelles il ferait mieux de fermer sa gueule. « J'ai jamais rien fait pour mériter que tu me traites comme ça. » Mais vas-y, fais-toi plaisir. Bute-moi. Après, on en rigolera.



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Théodore Sullivan
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+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


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La tempête est rude. Mais elle ne sera jamais plus brutale que les mots qui le percutent de plein fouet.

Il entend tellement de choses. Tellement de trucs qui n’ont pas de sens. Tellement de conneries auxquelles il a une réponse. Mais elle ne lui laisse pas le temps de dire quoique ce soit. Elle ne lui laisse même pas la possibilité de respirer. Parce que chaque coup porté dans sa gueule l’assomme encore un peu plus, et il y a tout le reste qui tourne en boucle sous son crâne : sa rage et son désespoir qui lui labourent l’estomac et le cœur. Et il a cru qu’il allait pouvoir réagir, à un moment. Lui dire pourquoi elle n’aurait pas dû revenir. Pourquoi elle devrait être ailleurs que dans le même appartement que lui, parce qu’il l’aimait tellement, putain, qu’il avait davantage besoin de la savoir ailleurs, en sécurité, en proie aux seuls dangers auxquels les humains sont soumis, plutôt qu’ici, avec lui, sous la menace latente de griffes et de crocs plus gros que ses doigts.

Ses dernières paroles le frappent avec la force d’un colosse.

Il titube, comme si elle l’avait physiquement frappé. Il a l’œil hanté, soudainement, et il la voit, mais sans vraiment la voir, aveuglé, confus, hagard. « T’as pas le droit… » il murmure. Mais il a perdu ses mots. Il a perdu sa verve. Et dans sa tête, c’est pire que tout. Parce qu’il n’y a plus que du silence. Du silence, de celui qui se pose sur un champ de bataille aux ruines encore fumantes, jonché de cadavres exsangues. Un silence de mort. Un silence à glacer le sang. Il a l’œil écarquillé et il la regarde, comme un camé verrait un fantôme. Et c’est peut-être le cas.

Dans le silence de sa tête, il y a le film muet de ce soir-là. Quand ses lèvres ont goûté les siennes, quand son corps a épousé le sien, quand leurs souffles n’ont plus fait qu’un. Quand il s’était perdu dans ses prunelles argentées et ses doigts dans sa crinière auburn, quand ses jambes avaient enlacé sa taille et son front trouvé le sien. Quand, une fois, une seule fois, une seule putain de fois, il a été heureux. Purement heureux. Ce soir-là, il avait touché le bonheur à l’état brut, et il en avait dévoré chaque instant comme si ç’avait été le dernier, parce qu’il devait y avoir un dernier. Parce que le lendemain, elle partait. Et oui, il savait que ç’avait été une connerie, qu’il n’aurait jamais dû succomber, et elle non plus, mais il avait défié sa propre volonté pour lui faire un doigt d’honneur et vivre, une fois, une seule fois, une seule putain de fois.

Il lui avait tout donné, ce soir-là.

Et il ne l’avait jamais regretté.

Tout revint d’un seul coup, comme une bombe qui lui explose à la gueule. « Tu n’as pas le droit de salir ça ! » il rugit. Un vrai rugissement, de celui qui naît de ses tripes et lui arrache la gorge. Teddy n’a jamais hurlé de sa vie. Il n’a jamais usé de la voix, jamais. Il a toujours eu ce ton particulier qui faisait frissonner, cet éclat sombre dans l’encolure de l’œil qui trahissait le danger qu’il fût, aussi naturellement qu’un loup qui montre les crocs. Il n’a jamais hurlé. Jamais rugi. Jamais.

Il s’approche, prend en coupe le visage d’Elena entre ses mains, sans violence mais sans tendresse. Il y a trop de choses dans ses yeux pour qu’on en comprenne l’essence. Il cherche sur son visage son souvenir. « T’as pas le droit de souiller ce que mon père n’a pas réussi à me prendre », reprend-il, la voix encore grondante de colère. « T’as pas le droit d’en faire une erreur. » Et c’est purement égoïste. Parce que peut-être que pour elle, ça l’est vraiment. Il ne peut juste pas l’entendre.

Mais c’est trop tard. Et Teddy l’a bien compris. Dans sa tête, il n’y a plus que le deuil des morts tombés au combat. Son deuil. Il la relâche, recule, se tourne vers le comptoir et s’appuie dessus, les bras tendus. Il a la respiration courte et, pour une fois, il ne sent plus son cœur. Plus du tout. Comme mort, lui aussi. Et c’est mieux comme ça. « Il a finalement réussi », dit-il après un long silence. « Il a réussi à me le prendre, ce seul souvenir qu’il me restait de précieux dans cette putain de vie. Je t’avais déjà perdue ; maintenant, j’ai tout perdu. » Et sa main, leste, balaie ce qu’il y a devant lui, une pile d’assiettes qui se fracasse contre le plancher de l’appartement. « Je ne suis qu’une arme, et toi aussi. » Il contourne le comptoir, pour mettre quelque chose entre eux. « C’est pour ça que t’aurais pas dû revenir. T’avais peut-être rien, mais t’aurais pu avoir quelque chose chez les humains. T’aurais pu avoir une vie… Toi, t’aurais pu. » Il n’a aucun souvenir d’avant la nuit de son enlèvement – si on peut appeler ça comme ça, vu qu’il était tout seul, en train d’attraper la mort sous une pluie battante. Mais souvent, il a pensé qu’il aurait préféré mourir d’une pneumonie ou d’une quelconque maladie mortelle plutôt que d’être un loup dans cette putain de meute. Plutôt que d’être le fils de James Sullivan.

« Tu as raison, tu mérites pas ça. Tu mérites pas d’être enfermée avec moi. Tu mérites d’être là-bas, dans la ville, à oublier les loups et vivre avec un humain qui ne présentera aucun danger pour toi, ou du moins un danger que tu ne saurais pas maîtriser. Tu mérites d’être en sécurité. » Il marque une pause, les lèvres entrouvertes sur des mots qu’il lâche finalement dans un souffle : « Tu mérites d’avoir une vraie famille. »

Et son cœur explose, parce qu’il sait que ce ne sera jamais avec lui, malgré tout ce qu’il peut bien ressentir pour elle, malgré toute la jalousie que cette idée fait monter dans sa gorge. Mais il peut survivre à tout, tant qu’elle est en sécurité.

« Je comprends pas. Quand on était gosses, t’es partie parce que j’ai failli te mordre pendant une de mes premières transformations. Et t’es revenue, et t’es là, sans te poser de questions. C’est quoi ton trip ? T’as envie de te faire mordre ? »
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Elena
« Eddie »
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« Une vague se forme dans la mer du nord
à chaque larme que le vent ignore
Pour un sourire sans raison
Un nouveau jour se lève à l’horizon
Dans le désert de mes habitudes  »

Le souffle lui manque lorsqu'il la relâche et que son rugissement lui résonne encore dans le crâne, encore dans l'âme. Que ses mots percutent les parois de sa cage thoracique. Qu'elle comprend qu'elle ne comprend pas. Que peut-être elle n'a rien compris. Qu'un truc lui échappe, terriblement. T'as pas le droit d'en faire une erreur. Une erreur. Est-ce que c'était seulement une erreur ? Est-ce qu'elle l'a seulement regretté ? Les prunelles harponnées au creux des omoplates mâles, saillantes sous son pull, elle se rappelle le long silence qui l'a accompagnée, après cette nuit, après son départ. Dans l'avion, avec ses frères d'armes, dans le néant qui entoure ceux qui s'en vont en guerre... Il l'a hantée. Plus fort que toutes ces autres nuits, depuis celle qui les avait éloignés. Il l'a hantée. Son souffle. Sa tendresse. Sa force. Son regard. Ce regard qu'il n'a plus posé sur elle après. Cette tendresse qu'il lui a refusée dès qu'elle est rentrée. Ce silence, toujours ce silence, dans lequel elle s'est enfoncée davantage après ce nouveau rejet, cette indifférence insupportable. Parce qu'elle n'avait plus la force d'espérer, d'aimer ou d'attendre. Parce qu'il fallait crever, et vite, tout éteindre pour ne pas souffrir. Ne plus laisser de place au souvenir ou aux envies inavouables... Alors elle avait regretté. Elle l'avait même détesté, brièvement, avant de tout abandonner. De lâcher prise et de s'abandonner au cynisme froid qui lui collait à la peau en permanence. Parce qu'il ne l'avait pas juste abandonnée, et deux fois. Non. Il l'avait achevée.

Et elle ne comprend pas, Eddie, le souffle chaotique, toujours, et son organe cardiaque qui joue les rebelles, soudain. Prêt à s'échapper d'entre ses côtes pour s'écraser au sol. Elle ne comprend pas, et elle s'interroge. Se demande si elle n'a pas tout loupé, tout planté. Bornée, mais pas stupide. Consciente en cet instant, pour la première fois depuis vingt ans qu'il a peut-être un cœur, Teddy. Qu'il a peut-être des rêves, lui aussi. Et des fantômes, plein les placards. Jusque sous son lit. « ... Je t’avais déjà perdue ; maintenant, j’ai tout perdu. » Elle fait un pas, dans son dos. Dans sa direction. Un pas plein de bienveillance, la gueule ravagée par les doutes. Un pas plein de tendresse. Un pas qui veut dire qu'elle est là, jamais loin. Qu'elle n'est jamais partie. Jamais vraiment. Quoi qu'il ait fait et quoi qu'il ait pu lui faire. Mais elle se fige, alors que la vaisselle s'écrase au sol et qu'il lui échappe. Encore une fois. La quatrième fois. Il y a vingt ans, quinze ans, huit ans. Et là. « Je ne suis qu’une arme, et toi aussi. » Un uppercut en pleine gueule, avec la férocité des évidences fracassantes, des réalités pragmatiques qui délitent l'onirique. Qu'une arme. C'est ce qu'elle est. Dessinée pour la meute. Pour lui. Pour être utile, silencieuse et discrète. Envoyée au combat pour savoir tuer. Élever dans la solitude et l'indifférence pour ne pas flancher. Ne pas ressentir. Ne pas s'offusquer, jamais. Et encaisser. Tout encaisser. Même la distance qu'il leur impose, tout à coup, s'éloignant sans la moindre putain de pitié. Et ce pas, qu'elle reprend, qu'elle retire. Il parle, Théodore, et elle ne l'écoute plus. Ignore tout à fait ce qu'il peut dire ou déblatérer. Crispée dans l'horreur glaciale qui lui parcourt les veines et la renvoie à toutes ces fois où elle s'est tournée vers lui, sans le moindre putain de succès. Toutes ces fois où il est resté froid, inaccessible, hors de portée. Même quand elle avait besoin de lui. Même quand elle crevait la gueule ouverte. Même quand John est mort. Et elle tremble encore, de froid. « Pourquoi... » Pourquoi tu me fais ça? Elle ne le dit pas, préférant contempler le cadavre de la pile d'assiettes aux bords acérés et à la métaphore efficace. Tout ce qu'il touche, il le casse. À commencer par elle. Malgré la fidélité, l'indéfectible présence, les coups bouffés pour l'épargner. Malgré son retour. Malgré tout ça. Et elle ne sait pas comment il fait, l'inénarrable connard, pour la foutre encore dans cet état-là. Pour l'atteindre après toutes ces années, toute cette distance. Avec tout ce qu'elle s'en fout. Tout ce qu'elle a vécu. Tout ce qu'elle était persuadée d'avoir oublié, enterré, immolé. Même cette nuit. Surtout cette nuit-ci.

Deux fois, elle ouvre la gueule et la referme, gobant les mouches imaginaires et le silence douloureux.

Les bras ballants, elle l'écoute finalement lui expliquer tout ce qu'elle mérite et tout ce qu'elle ne mérite pas. Croit comprendre qu'elle n'a rien à foutre dans son monde  à lui. Qu'il n'en veut pas. Se perd dans ses putains d'explications qui ne font plus sens dans le fond de son encéphale. Dans sa cervelle sacrifiée à l'insupportable absurde de la situation. « Quand on était gosses, t’es partie... » Le reste des mots de Théodore ne parvient plus jusque ses tympans. Et il y a ce rire atroce qui lui déchire la gorge. « C'est comme ça que tu te rassures ? », qu'elle murmure, la voix définitivement brisée. « Tu te dis que je suis partie, pour te donner bonne conscience ? T'oublies que tu m'as fait foutre à la porte comme une malpropre ? Tu te racontes une putain d'histoire à la con où t'es le gentil ? » Et il n'y a plus de rire, plus de sourire, plus de tremblement. « Je suis jamais partie. Je serais jamais partie. J'en ai marre de tes conneries. » Elle ne veut plus les entendre, ses conneries. Ne veut plus avaler ses couleuvres. Alors elle se détourne, la brune, et sans demander son reste. « Va te faire foutre, Théo. » Va bien te faire foutre. Et demain, elle sera partie. Elle se le promet, à mesure qu'elle s'éloigne, contourne la cuisine, s'enfonce dans le couloir sans se donner la peine d'enfiler sa veste ou ses pompes. Elle a besoin d'air. Maintenant. Il faut qu'elle respire, qu'elle oublie, qu'elle se bourre la gueule et qu'elle attende que ça passe. Ça finit toujours pas passer, elle l'a appris avec les années.

Une main s'abat sur son épaule lorsqu'elle franchit la porte de l'appartement, lui arrachant un frisson animal. « Lâche-moi. », qu'elle claque, se retournant sans douceur ni grâce, le regard luisant de spectres qu'elle n'a jamais versés. « Et tais-toi. » Parce qu'elle ne le supportera pas. Parce qu'elle ne peut pas. Ne peut plus. « Tais-toi, putain. » Parce qu'elle ne veut plus que le silence. Et l'oubli. Et lui. Lui, putain. Lui contre lequel elle se jette soudain, écrasant sa bouche contre la sienne pour mieux occuper ses lèvres et l'empêcher de parler. Ne le laisser l'ouvrir que pour mieux dévorer son souffle, enrouler ses bras autour de sa nuque puis ses jambes autour de son bassin. Paumée entre violence et précipitation, abandonnée à son désespoir réanimé et ses doutes vertigineux. Lui et ses épaules de géant, ses bras faits pour sa taille trop fine et la longueur décadente de ses jambes. Lui et rien d'autre. Et le silence. Et puis le vide, dans lequel il pourra l'étrangler s'il le souhaite. Dans lequel il aura le droit de l'enterrer, pour peu qu'il veuille bien la fermer. Pour peu qu'il arrête.



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+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
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Non. Tu ne partiras pas cette fois. Il a trop de force dans cette main qui lui attrape l’épaule. Trop d’impatience dans le mouvement qui la retourne vers lui. Trop de détresse dans ses tripes qui remontent dans sa gorge. Trop. Beaucoup trop. Il a des mots sur la langue, il a sa récrimination à l’encolure de ses lèvres, mais elle lui coupe une parole qu’il n’a pas pu prendre, elle grogne, l’empoigne, grogne encore, et il y a sa bouche contre la sienne, et la brûlure de ce baiser sur son visage qui explose comme une supernova dans un univers mort. Ses bras qui s’enroulent autour de sa nuque et les siens qui glissent dans son dos, son dos qui se cogne contre le mur du couloir sous le poids de la jeune femme qui s’écrase contre son corps, son corps qui s’enflamme comme un feu de paille, et un grondement qui roule dans sa gorge, et ses lèvres qui se contractent sur les siennes alors qu’il lui rend ce qu’elle lui donne, qu’il lui dévore bouche et souffle, de cet appétit féroce et inassouvissable qui l’habite, le hante, le torture.

Et il la soulève, la porte contre lui alors qu’elle enroule ses jambes autour de sa taille, ne la soutenant que d’un bras alors qu’il rentre dans leur appartement et claque la porte, qu’il traverse le salon avec l’acuité du loup, sans avoir à rouvrir les yeux, de ces pas automatiques dont il a appris le chemin et le nombre exact entre la porte et sa chambre. Il titube, un peu, parfois, mais il a un sens de l’équilibre et une force propre à sa nature tandis qu’il empoigne sa nuque dans sa main trop grande et qu’il recommence, après avoir repris brièvement son souffle, à l’embrasser. L’embrasser, encore et encore, avec urgence, avec impatience, de toute cette fébrilité qui lui agite le corps et les muscules qui saillent sous sa peau.

Il ne se pose pas de questions. Il ne s’en pose plus. Elle est là, dans ses bras, offerte et vivante et comprimée de désir, et dans ses bras, dans ses bras putain. Sa bouche sur la sienne, même si pour lui fermer la gueule, qu’est-ce qu’il s’en fout. Toutes les raisons du monde, même les plus mauvaises, sont les bienvenues pourvu qu’elle reste dans ses bras, pourvu qu’elle continue de l’abreuver de ses baisers d’une brutalité et d’une sauvagerie qui l’éveillent et le bousculent. Ils parleront plus tard. Peut-être qu’ils ne parleront jamais. Peu importe. Dans sa tête, il n’y a qu’elle. La douceur de sa peau. Son odeur de genièvre et de neige fraîche. Sa langue sur la sienne. La force de ses jambes contre ses côtes. Et ses prunelles d’argent qui brûlent les siennes.

Il la jette sur son lit et grimpe sur elle comme un animal, et ses yeux prennent brièvement la couleur de sa forme de loup : l’émeraude serti d’un onyx profond, un abîme insondable. Et ses lèvres prennent d’assaut sa gorge, ses dents éraflent la peau fine de son cou, ses doigts qui s’accrochent à sa nuque, ses épaules, tandis qu’elle s’enroule autour de lui. Il la respiration erratique. Il a le cœur qui s’explose dans sa cage thoracique. Il a de la lave dans les veines. Toutes ses terminaisons nerveuses n’appellent qu’elle. Elle, qu’elle, seulement elle. Et il s’en enivre, comme un alcoolique trop longtemps privé avalerait une bouteille de whisky. Il respire à plein poumons son parfum, goûte sa peau comme un mets délicat ; peu à peu, à la violence cède la révérence, à la brutalité cède la douceur, le frôlement de ses doigts pour ressentir les frissons de sa peau, l’appel de son bassin pour sentir le sien tout contre lui, les baisers entre ses seins, dans le creux de son cou, l’angle de sa mâchoire, puis sur ses lèvres, qu’il embrasse comme un fidèle baiserait les pieds de la Vierge Marie.

Et lentement, avec une précaution frisant la vénération, il la déshabille.

Il ne l’a jamais fait ainsi avec aucune autre. Soit elles se déshabillaient seule, soit il ne s’embarrassait pas de quelques boutons, et ça les avait fait rire, pour celles-ci. Et puis, il avait fini par les laisser habillées, juste assez pour qu’ils puissent faire leur petite affaire. Il avait fini par en être dégoûté, de son comportement, du leur, qui se laissaient faire juste pour baiser. Comme ça. Sur un coup de tête.

Même les loups ne font pas ça.

Il ne leur avait jamais offert ce qu’il lui offre ce soir-là, non plus. Il avait pris soin d’elles, au début du moins, il s’était intéressé à leur jouissance autant qu’à la sienne. Il lui était arrivé de penser que c’était elle, mais il avait vite chassé cette idée de sa tête pour rester connecté à une réalité autrement plus cruelle.

Et tout ce qu’elles n’avaient pas eu, il le lui offre, là, maintenant.

Il l’écoute, il bouge quand il le doit, il caresse là où elle réagit le plus, là où son corps se tend ; il embrasse, encore et encore, et il boit jusqu’à la lie ses soupirs et ses gémissements. Ses gestes sont aussi doux, tendres qu’instinctifs, parce qu’il se souvient de tout. D’absolument tout. Son corps, qu’il connaît par cœur. Son plaisir, qu’il dévore. Et il l’aime, putain, il l’aime comme il n’a jamais aimé personne.

La définition même de faire l’amour.

Sa douceur et sa tendresse sont étonnantes dans ce corps puissant, tout en muscles, une arme fabriquée dans la chair tendre d’un enfant abandonné. Il pourrait si facilement la briser ; il met tout, absolument tout, pour l’aimer. Et quand son cœur, quand son corps, enfin, implosent, il y a ces mots qui glissent de sa bouche sous son oreille, son nez dans ses cheveux, ces mots qu'il n'a pas pu dire vingt ans auparavant : « Ne pars pas, je t’en supplie. »
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« Eddie »
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SOMEBODY ELSE


« Talk is cheap, my darling
When you're feeling right at home
I wanna make you move with confidence
I wanna be with you alone »

Il se tait et le monde bascule, soudain. S'efface. Jusqu’à ne laisser plus que lui, qu'elle, qu'eux. Eux deux. En mensonges éthérés à leurs putains de cœurs brisés. Et son corps se rappelle, bien mieux qu'elle, les souvenirs et les fantômes que Théodore a laissés derrière lui. Parce qu'elle n'était pas vraiment expérimentée, lorsqu'ils s'étaient cédés, mais qu'il avait su s'ancrer dans son derme, s'accrocher à ses articulations, marquer au fer rouge son intimité. Parce qu'elle était persuadée d'avoir été aimée, puis qu'elle s'était confrontée à son silence, s'était persuadée que ce n'était que de la jouissance. Que c'était ça, la jouissance. Et elle l'a cherchée nuit après nuit dans les bras des autres, pour oublier les siens. Pour oublier cet étau parfait pour sa carcasse, ce nœud de sécurité qui la serre et l'attache, la rattache à un monde de possibles dont elle se fout et à un univers sensible qu'elle redécouvre comme un aveugle recouvrerait la vue. Avec la force d'une évidence qui brûle les yeux et craquelle le cœur.

Il se tait et le monde cesse d'exister. Il n'y a plus que ses lèvres, ses baisers, son souffle chaud sur sa peau, la berceuse sauvage de ses grognements, le goût hérétique de sa langue contre la sienne, le magnétique de ses doigts sur son corps ou dans sa nuque. Il n'y a plus que le gouffre béant qu'il déterre dans son âme et la torsion insupportable qui creuse son ventre et ne réclame que lui. Plus que le kaléidoscope de leurs silhouettes enlacées, enroulées, fusionnées. Lui, son lit, l'émeraude de ses yeux. Et puis ses lèvres. Encore ses lèvres. Toujours ses lèvres. Le délire fiévreux qu'il attise chez elle et la mélopée de ses frissons pour répondre à ses caresses. Le temps ralentit et s'étire, alors qu'elle oublie jusqu'à sa colère, jusqu'à son envie de le faire taire. Pour peu qu'elle ne sache plus où il commence, ni où elle finit. Pour peu que les vêtements laissent place à sa peau, à son immensité pour effrayer ses démons et ses cauchemars.

Et bientôt, c'est elle qui n'existe plus. Qui se perd dans ses bras, à la frontière de sa bouche, au rythme insolent de son souffle. Qui n'est plus que caresse. Qu'ivresse. Qui n'est plus que cette moitié de rien qui ne retrouve un sens que lorsqu'il vient en elle et qu'elle se cambre, qu'il la complète et qu'elle se fond entièrement à sa silhouette. Et ils est comme fait pour elle, et elle pour lui. Et ça l'étourdit, et ça la bouleverse. Il la renverse, jusque dans le moindre de ses gestes. L'hypnotise et la transporte. La possède, sans avoir à faire le moindre effort ni à formuler la moindre requête. Tout ce qu'elle est, tout ce qu'elle a, elle le lui cède bien volontiers pour peu qu'il ne cesse de la regarder. Une main à sa nuque, l'autre à sa joue, elle est perdue dans ses yeux tandis qu'il va et qu'il vient, et que ses reins lui répondent, et que ses cuisses s'accrochent à ses hanches. Et qu'elle se perd davantage, son prénom en prière sur le bout de ses lèvres à elle, qu'elle murmure et gémit. Et qu'elle crie, bientôt, le corps ébranlé par le plaisir, les yeux embués par une émotion qui lui coupe le souffle  à l'apogée de leur valse trop lourde de sens.

Dans sa poitrine, il y a son cœur qui hurle sa révolte et se refuse à ressentir encore.

Et ses doigts à sa nuque, sa joue qui épouse le rugueux de la sienne, son souffle qui caresse son oreille tandis qu'il abandonne un murmure au secret de ses cheveux. Et ses doigts qui serrent le derme chaud qui recouvre ses cervicales, qui caressent cette peau baisée, vénérée, adulée. Qui maintiennent l'étrange étreinte qui est la leur, qui l'empêchent de s'éloigner et de la rendre au froid et à la solitude. Loin du regard de Théodore, une larme a l'audace de rouler le long de sa joue pour aller crever contre la taie d'oreiller. Dans le silence sanctifié de la chambre à coucher, elle se retient de le supplier à son tour. Parce que ça lui craquelle son putain de cœur, parce qu'il fracture son monde, sa réalité, les mensonges rassurants qu'elle se répète depuis des années pour ne pas trop morfler. « Ne pars pas, je t’en supplie. », qu'il a dit.

« Je ne suis jamais partie, Teddy. », répond-t-elle au creux de son oreille, essuyant sa joue pour mieux embrasser l'angle de sa mâchoire, l'arête de son nez et ses lèvres. Encore ses lèvres. Encore le faire taire. Encore une fois. « Serre-moi. S'il te plaît. » Parce qu'elle a encore besoin de sa chaleur, entre ses draps. Entre ses bras. Ses bras à lui, à elle. Ces bras qui lui appartiennent. Parce qu'elle a encore besoin de se mentir, encore un peu. Et elle ignore le reste du monde, la lumière tremblante du lampadaire qui dessine des ombres étranges sur les murs de la chambre. L'heure tardive, son taux d'alcoolémie. Elle ignore tout ce qui n'est pas Teddy, contre lequel elle se love avec paresse, nichant son museau au vallon de sa gorge et de son épaule tout en caressant son torse du bout des doigts. Dehors, demain, il y aura la toundra insupportable de son encéphale, la reprise d'un quotidien qui l’écœure et l'érode, la symphonie silencieuse des portes qui s'ouvrent et se ferment, des corps qui ne se rencontrent pas. Dehors, demain, elle se persuade qu'il retrouvera ses fuites et ses distances. Et elle ses mensonges et son sourire. Son indécrottable putain de sourire, qu'elle affichera comme une conne, pour ne pas avoir à avouer qu'il l'a défoncée de l'intérieur. Qu'il a tout pris, qu'il n'a rien laissé. « C'est toi qui feras couler le café, demain, j'te préviens. » Feulement à bas bruits, tout en emmêlant ses jambes aux siennes, en distillant quelques uns de ses derniers sortilèges. Et elle a l'égoïsme, l'hypocrisie ultime d'avoir besoin de le marquer à son tour, de s'encrer sous son derme, de lui laisser des souvenirs et des fantômes. De le hanter, quand il ne sera plus là pour l'enlacer et la réchauffer. « T'auras même le droit d'aller chercher les croissants. » L'idée même d'avoir succombé commence à la torturer. À la terroriser. Parce qu'il va la buter. Sans la toucher, elle le sait. Il va la tuer. Comme une malédiction gravée jusqu'à la surface de ses os. En cet instant, elle est persuadée qu'il suffirait qu'il arrête de la regarder pour qu'elle ne puisse plus respirer... Et elle n'aura jamais le masochisme de le lui confier.



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-neuf ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


avatar © punisher
« Je ne suis jamais partie, Teddy. » Et il serre cette mâchoire qu’elle embrasse et accueille ses lèvres contre les siennes avec la voracité d’un fauve affamé. Si, elle est partie. Et elle repartira, il en a l’intime conviction. Parce qu’elle le doit. Il a grandi, c’est vrai, il maîtrise, c’est vrai ; mais depuis qu’il est en âge de comprendre les tenants et les aboutissants de sa nature, il n’a de cesse de vouloir l’en protéger. Qu’elle soit une protectrice ne change rien, et ce d’autant plus que son père n’est plus là pour se faire rembourser une stupide dette. Il y a longtemps qu’il aurait dû la libérer de ses fonctions. Il ne l’a jamais fait. Egoïstement.

Et son caprice, car c’en est un, lui laboure le ventre de tout ce qu’il peut trouver pour le torturer. La culpabilité, et puis son amour pour elle, son désir et son besoin, et puis la peur que ça ne se reproduise, un jour, ses crocs qui s’abattent sur sa chair et la déchire. La peur ; non, la terreur. Puissante. Infamante. La pleine lune, même à la pleine maturité de sa nature, est sa pire ennemie. Ça peut se reproduire. Ca se reproduira. Et cette idée le rend malade.

Mais, dans ses bras, son corps dont il conserve encore toute l’empreinte sur le sien, sa peau caressant la sienne, ses doigts sur son torse, son parfum enivrant, la douceur de ses cheveux qui effleurent ses épaules quand elle se redresse légèrement, le son de sa voix qui résonne comme un carillon frôlé par le vent, son sourire qui se reflètent dans la prunelle de ses yeux où il pourrait y perdre son âme s’il n’y prenait pas garde… et ce qu’il a de raison, de logique, de rationnel s’évapore face à l’animalité, la sauvagerie de ce qui le consume depuis ses tripes. Vingt ans. Vingt putains d’années qu’il musèle ses sentiments et se perd dans d’autres yeux, dans d’autres corps en espérant y enterrer son cœur et son poison ; vingt putains d’années où il a cherché dans d’autres yeux, dans d’autres corps ce qu’elle lui a inspiré toute sa vie, enfant, adolescent, adulte, loup, alpha. Pour ne rien enterrer, pour ne rien trouver. Aucune n’a jamais trouvé grâce à ses yeux, et chaque fois, c’était son visage à elle qui le hantait, encore, encore, et encore. Sans jamais s’éroder, dans sa tête incapable d’oubli.

Alors, il la serre dans ses bras. Il la serre, à l’en étouffer, alors qu’elle s’enroule autour de lui et qu’il affirme son emprise davantage sur son corps. Il ne répond pas quand elle lui parle du petit-déjeuner. Du café, des croissants. Il n’en sourit même pas. Il niche son nez dans le creux de son épaule, et ses prunelles incendiaires, qu’elle ne voit pas, brûlent l’horloge, de l’autre côté du lit. Pas encore. Pas maintenant. Plus tard. Il promet. Encore.

Encore une fois.

C’est un sursaut qui le réveille. Le sien. Il n’a pas souvenir avoir sursauté de sa vie au cours de son sommeil, même lorsqu’il était encore sous le joug de son père ; simplement parce qu’il a très rapidement appris à être vigilant même endormi. Aux aguets. Constamment. Contre lui, Elena dort encore. Il sent son ventre se soulever au rythme de sa lente respiration, contre le sien, et il caresse d’un geste un peu absent ses cheveux étalés sur l’oreiller. Elle a encore les jambes emmêlées aux siennes, et il est taraudé par la puissante tentation de replonger dans ses bras pour se rendormir, comme un louveteau penaud. L’horloge lui rappelle que ce n’est plus qu’un rêve, un fantasme, une chimère, le genre de choses qu’il n’aura pas le loisir de reproduire. Son caprice doit prendre fin.

Il se dégage, doucement, parvient à ne pas la réveiller, et enfile ses vêtements abandonnés sur le sol avant de se rendre au salon, où il enfile sa veste, enroule son cou dans son écharpe et enfonce un bonnet sur sa tête. Il joue distraitement avec ses clés jusqu’à la boulangerie, ne croise personne sur sa route ; il est très tôt, malgré la nuit d’encre qui ne se lèvera sans doute pas de la journée. Il paie les croissants, froisse et défroisse le sachet sur le chemin du retour. Balance ses clés dans la vide-poche, ses chaussures dans un coin et sa veste sur le canapé, garde l’écharpe remontée jusqu’à son nez après avoir rangé le bonnet. La machine à café crachote son café, et bientôt l’odeur forte de la boisson chaude remplace le souvenir évanescent du parfum d’Elena. Ses doigts tapotent le comptoir, dans un rythme quelconque, attendant que la cafetière termine son office. Il essaie de ne pas penser. Il essaie de s’arroger du temps, par tous les moyens. Il tourne dans sa tête toutes les phrases qu’il pourrait dire pour la décharger de sa fonction de protectrice, la renvoyer aux Etats-Unis et à une vie normale, aux dangers qu’elle pourra défier sans craindre d’être broyée. Avec les siens.

Ceux à qui son père les a tous deux arrachés. Lui, il ne peut plus rien y faire. Mais elle, elle peut encore les retrouver.

Et il pense qu’il a toute la résolution du monde, Teddy. Il pense que c’est la décision la plus sage. Que ce qu’il s’est passé, sous le coup de la colère pour sa part, de l’alcool pour la sienne, a été merveilleux, mais n’a pas vocation à se reproduire. Parce qu’elle va se réveiller et se rendre compte qu’elle a fait une énorme connerie. Et elle va regretter. Et il sera le seul à en garder un précieux souvenir.

Et il pense qu’il a toute la résolution du monde, Teddy. Jusqu’à ce qu’elle apparaisse, dans l’embrasure de sa chambre, flottant dans l’une de ses chemises qu’elle a sans doute attrapée dans son placard. Le visage défait et encore marqué de sommeil, la crinière emmêlée, elle a l’allure d’une louve quittant sa tanière. Et son cœur fait un bond dans sa poitrine.

Il y a la pendule, là, dans le salon, qui fait tic-tac et lui rappelle le temps qui passe. Et elle est là, devant lui, et il y a sa résolution, et ses sentiments, et son égoïsme, et son désir, et sa culpabilité. Ses doigts se resserrent autour de l’anse de son mug tandis qu’il glisse sur le comptoir celui d’Elena dans sa direction. Il y a un silence, pendant qu’il plonge le nez dans son café. Un silence un peu tendu. Et il y a vingt putains d’années en suspens, comme une poussière paresseuse et indolente. Vingt ans.

Ca peut bien attendre encore un jour ou deux.

« Tu seras là, ce soir ? » Sa voix qui brise le silence est maîtrisée, mais il ne la regarde pas. Il veut savoir. Il a besoin de savoir. Et il y a l’écho de sa question de plusieurs heures, au faîte de leur passion, et cette vulnérabilité, qu’elle a toujours été la seule à décerner, la seule à qui il a accepté de la montrer, vingt ans auparavant. Tu seras là, ce soir ?
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Elena
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« Up all night I can pretend
Try to fight but in the end
Nothing's making any sense
I started something I can't quit
Can't talk myself out of it
How do I get over this? »

C'est un sommeil sans rêve ni cauchemar. Lourd. Chaud. Reposant. C'est un sommeil rare, qui prend Eddie cette nuit. Un sommeil vide, qui ne raconte aucune histoire, n'anticipe aucune bataille. Un sommeil qui berce, tout simplement, alors qu'elle s'abandonne aux bras de son amant et perd le fil de ses pensées à force de mémoriser le cycle régulier de sa respiration, la tête échouée à son épaule, la main à son torse.

Le réveil est à l'image des obscurités anonymes qui l'ont avalée, sans douceur ni brutalité. Lentement ses yeux s'ouvrent sur l'oreiller vacant à ses côtés et elle sourit. La militaire s'extrait des draps et fouille dans un placard pour en voler une chemise dans laquelle elle se coule, dessinant quelques pas d'une valse invisible dans l'immensité sereine de la chambre de Théodore avant de paraître au seuil du salon, échevelée et détendue. Lui l'attend, penché au dessus de son café, une tasse pleine laissée à son attention sur le comptoir près d'un sachet en papier qu'elle devine plein de croissants au beurre salvateur pour l'ombre de gueule de bois qui agite ses neurones. Il n'y a rien d'oppressant dans le silence qui l'entoure à mesure qu'elle s'approche de son petit-déjeuner, parfaitement au fait de ce qu'ils ont partagé la nuit précédente. La réalité lui va comme elle est, saturée d'évidence et d'une conversation que leurs corps auront eu pour eux deux. Et il n'est rien qu'elle aurait à rajouter, sinon un merci pour le café, un autre pour les croissants et peut-être un de plus pour le plaisir qu'il lui a procuré. Le tabouret haut grince dans la nuit, tandis qu'elle s'installe, cale son cul sur le cuir froid et plonge le museau au dessus de la boisson chaude dont elle inspire les effluves à pleins poumons. « Tu seras là, ce soir ? » Ses lèvres s'étirent, bienveillantes, alors que les souvenirs de la tendresse achèvent d'assassiner ceux de la colère froide qui l'a prise une poignée d'heures auparavant. Il y a trop d'histoire, entre eux, mais rien qui ne saurait disparaître lorsqu'elle hausse des épaules. « Il faut bien que quelqu'un se décide à t'apprendre à jouer correctement à Call of Duty. », qu'elle lui répond, retrouvant le sol sous ses pieds pour mieux se glisser dans son dos et poser son menton entre ses omoplates. Personne ne sait de quoi demain sera fait mais peu lui importe. Et elle souffle contre sa nuque dans un rire qui résonne à travers l'immensité de la pièce. « Pense à acheter des bières. » La conclusion en mystère d'un autre temps. La bestiole abat les restes gémissants d'un quotidien qui ne lui convenait pas pour mieux rétablir les règles qu'elle entendait mettre en place il y a de ça deux mois. Finis les silences, les valses esseulées, les portes qui claquent et se répondent sans se prêter attention. Finis les fantômes, les spectres et les cœurs qui s'écorchent. Il devra la supporter ou trouver le courage de la congédier. Et il aura l'intelligence de le comprendre tout seul, alors qu'elle caresse sa gorge du bout de son nez avant de se redresser, s'étirant paresseusement pour finalement prendre la direction de sa chambre puis de sa douche. La flotte ne parvient pas à délaver ni les caresses ni les promesses, même silencieuses. Tout sera pareil, pourtant si différent, étrangement similaire et profondément opposé. Elle aime cette vie pour l'ardeur de son absurdité.

*

Le temps passe vite, quand on s'amuse. C'est une nouvelle danse qui s'est emparée du quotidien, avec les jours puis les semaines, bientôt les mois. Une nouvelle histoire. Un nouveau jeu. Et elle s'y est prise, au jeu. Avec force et avidité.

Il y a pourtant toujours les réveils, la mécanique journalière des douches et des cafetières, des tasses laissées sur le comptoir avant d'aller courir, des entraînements à perdre haleine et des cafés bus avec les protecteurs de la ville. Le travail, le lycée, l'armurerie, rien de tout cela n'a su s'altérer. Et elle sourit toujours, Eddie, davantage quand elle passe la porte de l'appartement et retrouve son éternel acolyte, celui qu'elle n'a jamais su détester, dont elle ne s'est jamais détaché. Il aura oublié avec les années toutes les obscurités qu'elle habitait derrière lui, brune en ombre d'un loup au menton fier. Théodore s'est adapté avec une facilité étonnante à leurs nouvelles habitudes. Aux dîners autour de la table basse, aux parties endiablées de Rayman, aux courses effrénées entre leurs chambres. Eddie a la connerie de son propre déni accrochée aux chevilles, s'acharne à essayer de dormir seule dans son lit toutes les nuits, se réveille bien souvent dans celui de son colocataire. Ou dans le sien, mais accompagnée. Et il y a leurs corps qui se réclament, en permanence. Ces corps qui n'en peuvent plus de se dévorer, qui se retrouvent à toute heure du jour ou de la nuit, qui s'exigent sans avoir besoin d'un mot. Les provocations féminines qui se promènent en petite tenue, les audaces masculins qui viennent la chercher jusque derrière le rideau de sa douche. Les gémissements et les baisers qui ponctuent leurs voracités indomptables.

Et Elena se raconte des mensonges qui la rassurent, garde sous silence des vérités qui la terrifient. Ce n'est rien qu'une vieille complicité et beaucoup de plaisir. Ce n'est pas qu'elle a besoin de lui, c'est que les autres ne l'intéressent plus. Qu'elle n'a pas besoin d'aller chercher ailleurs ce qu'il est volontaire pour lui donner. Si elle sort encore, ses retours se font bien plus tôt et bien plus sobre, quand Teddy n'a pas eu une idée brillante pour la garder à ses côtés toute la soirée. Mais ce n'est pas qu'il est tout ce qu'il lui faut, c'est qu'il lui suffit. Que c'est reposant, de le retrouver, que ce n'est pas si grave de s'accrocher un peu, de s'attacher. Parce qu'elle va passer sa vie dans son ombre et qu'elle s'y fera enterrer sans pouvoir lutter. Parce qu'il est l'alpha, qu'elle est sa protectrice, et que personne n'a le droit de les juger. Que c'est la Finlande, l'autre bout du monde, et qu'il faut de la chaleur humaine pour oublie le froid. Que c'est lui et que ses bras sont confortables. Que dormir lovée dans le creux de son épaule n'est rien qu'un vestige de leurs vieilles soirées pyjama d'autrefois.

Tant pis s'il y a les silences que rien ne dérange, les parties de jeu vidéo qu'ils n'ont jamais terminées pour mieux s'étreindre, les regards trop bavards, les tendresses qu'elle n'a partagées avec aucun autre, les attentions constantes et les affaires qui se rangent dans les mauvais tiroirs. Tant pis si elle ne dort plus au milieu de son lit, par réflexe. Et au diable ces conversations qu'ils n'ont pas eues et qui continuent de joncher quelques tentatives d'honnêtetés qu'elle s'empresse d'assassiner de peur de devoir commencer à verbaliser des choses que l'évidence exige et qu'elle refuse en bloc. Parce qu'elle n'a pas de cœur, Eddie, du moins pas à sa connaissance. Qu'il n'y a plus rien à briser. Et qu'elle a trop à lui donner, à Teddy. Parce qu'il est un univers entier à découvrir, et à lui tout seul, de la saveur de sa peau aux abysses changeantes de ses prunelles, des vallons de ses lèvres aux falaises de ses hanches, de la cascade de ses vertèbres aux épaisseurs de ses cheveux.

Et puis elle s'en fout, Eddie.
Pour peu qu'il soit là, lui, quand elle rentre du travail.
Qu'il lui sourit, caresse sa joue et finisse par lui voler un baiser.
Pour peu qu'ils oublient, encore et encore, dans toutes les positions et dans chaque recoin de l'appartement.
Le reste n'est pas important.

*

« Me regarde pas comme ça. », elle dit, le sourire en coin et la prunelle moqueuse, haussant des épaules dans ses grandes chaussettes en laine surplombées d'une chemise à carreaux qu'elle lui a dérobée. « J'y peux rien si tes chemises me vont mieux qu'à toi. » Et elle rit, la brune, avant de s'installer dans le canapé sous le regard réprobateur de Théodore. L'habitude n'a pas encore réussi à occulter les gamineries de leur humour complice. Pas encore pu atténuer la douceur des week-ends. « Tu vas être en retard... » Et si elle le presse, ce n'est que pour mieux le retrouver plus tard dans la journée. Le loup finit par s'éclipser, lui faisant promettre de ne pas avoir l'insolence d'enfiler des vêtements avant son retour, ordre auquel elle obéira sans broncher.

Les obligations qui ont attiré Teddy à l'extérieur lui sont sorties de la tête à mesure qu'Elena a dû se remplir la caboche d'autres conneries d'un autre genre, outre-atlantiques. Assise en tailleur sur son lit, l'américaine tabasse le clavier de son ordinateur pour régler des soucis à l'armurerie, des questions concernant la meute, répond aux mails d'Andrea, d'Ethel et de l'Ordre des Protecteurs de New-York. Si rien n'est simple, tout peine à lui sembler compliqué. Elle enchaîne les cafés sans vraiment prêter attention à l'heure. Soudain, le parquet grince dans l'entrée, l'arrachant à son écran sans le moindre effort. « T'as pensé à récupérer le courr... » Et elle se fige, penchant la tête sur le côté en arquant un sourcil. « Salut. » Dans le salon, il y a une rouquine aux boucles flamboyantes qui n'a rien à foutre ici. Le regard d'Eddie parcourt rapidement la pièce à la recherche de la silhouette de Teddy ou d'une explication digne de ce nom avant de conclure qu'elle a affaire à la cambrioleuse la plus conne de l'histoire.

« Besoin d'aide, peut-être ? » qu'elle crache, réfléchissant aux armes les plus proches pour optimiser ses déplacements en cas de besoin. « Je cherche Théodore. » C'était du sarcasme, Pétasse. L'américaine s'étonne cependant d'être plus agacée par cette annonce que par la perspective d'un cambriolage en plein jour dans ses pénates. « Il n'est pas là. » La réponse est tranchante, tandis que la Renarde sort de sa chambre pour rejoindre la rousse aux airs sauvages et colériques. À croire qu'elle est en mesure d'exiger quelque chose alors qu'elle est en pleine violation de domicile. Il y a un truc qui lui échappe, bien sûr, mais elle n'a pas particulièrement envie de s'attarder alors qu'elle est occupée et pas vraiment habillée. « Je lui dirais que t'es passée, il sera ravi de l'apprendre. Te donne pas la peine de me donner ton nom « la rouquine tarée » devrait suffire. » A sa droite, il y a la cuisine et ses couteaux, dans l'entrée un étui en cuir où elle a stocké une arme qu'elle doit réparer, à gauche il y a ses altères sous le canapé et quelques bibelots cassants sur les étagères. Et puis elle a ses poings et ses quelques vingt années d'entraînement militaire. Alors elle se crispe un peu, Eddie, à mesure qu'elle traverse le salon de grandes enjambées pour aller à la rencontre de l'intruse aux grands yeux verts. La conne n'a même pas l'air de comprendre qu'elle doit se barrer. Alors qu'il est l'heure, vraiment, et qu'Elena n'a pas l'intention de continuer dans les politesses de circonstances imaginaires. « .. C'est une de ses chemises ? » Et elle soupire, devant l'air offusqué de la cambrioleuse du dimanche. L'inconnue est gauche dans ses propos, limitée par l'anglais qu'elle utilise difficilement en réponse aux effusions spontanées de l'immigrée américaine... Il y a un quelque chose d'outré, pourtant, quand elle se réfère aux affaires de Théodore, qu'elle reconnaît le coton qui recouvre la silhouette sèche qui lui fait face et se transforme peu à peu en menace. « C'est pas vraiment tes affaires. » Une main se tend vers le tissus à carreaux, arrêtée en pleine trajectoire par une autre, plus ferme, qui s'enroule autour du poignet diaphane et retourne le bras dans un grondement sourd pour mieux obliger la silhouette à se tordre et reculer. « Rentre chez toi. », que les lèvres feulent, sans sourire. « T'es qui ? » Elle ose, sautant à la gorge de la militaire qui accueille son assaillante dans une chute volontaire pour mieux l'envoyer s'écraser dans le fond d'un canapé. Il y a un grognement animal qui déchire l'air, hérissant les poils de la protectrice qui se retourne sur le visage déformé par la haine de la rousse. « C'est une blague, j'espère ? » Soupir. Eddie ne réfléchit plus, enjambe le canapé pour se précipiter dans la cuisine à la recherche d'un couteau plus dissuasif que ses poings serrés. L'autre sur ses talons voit rouge, et noir, et bleu, et sans doute toutes les couleurs d'un arc-en-ciel possessif et colérique. La louve attrape un pan de la chemise, quand l'américaine agrippe une tasse qu'elle balance à la gueule de son assaillante pour se libérer et partir dans une direction opposée. « Ok Google ! Appelle Teddy ! » Elle gueule, en arrivant en trombe dans sa chambre, histoire d'attraper un revolver, un semi automatique ou une lame à cran d'arrêt. N'importe quoi. Mais la rouquine est rapide, et personne ne répond lorsque la voix de Teddy se fait entendre à l'autre bout du fil.

*

C'est le froid qui la réveille, bien avant la douleur ou la soif. Et elle tremble assez pour se rendre compte qu'elle est entravée dans chacun de ses mouvements. Putain de bordel de merde. Elena ouvre un œil sur ses jambes enchaînées aux pieds d'une chaise, tire sans conviction sur ses poignets menottées aux bras du fauteuil dans laquelle on l'a couchée, de force. Enfin, on. C'est aller vite en besogne. Elle grogne, secouant la tête une ou deux fois pour essayer de se remettre les idées en place, observant les alentours. Une pièce de taille moyenne, pour ce qu'elle en voit, deux petites lampes seulement étant allumées autour d'elle. Ses yeux se plissent pour mieux scruter les ténèbres, deviner le canapé dans lequel une crinière rousse est installée, le plan de travail en teck de la kitchenette, la table et les trois chaises qui la flanquent, quatre avec celle sur laquelle elle est assise. Les murs blancs, et les rideaux épais. Les petites fenêtres qu'elle devine derrière le tissus, et la neige et les arbres qu'elle entraperçoit à travers une fente. L'extérieur est plus éclairé que l'intérieur, plus facile à surveiller. Fais chier. A croire qu'elle n'est pas la première personne que l'autre folle a décidé d'enlever.

Dans un réflexe venu d'une autre époque, Eddie tire sur ses liens pour en évaluer la fiabilité, cherche les points de sortie éventuels qui l'entourent. Et puis elle serre les genoux pour essayer de se réchauffer un peu. Elle aurait dû s'habiller dès que Teddy avait passé la porte de l'appartement, ça lui aurait évité tellement de désagréments. Mais non, il faut qu'elle s'entête à traîner dans ses fringues, à l'allumer avec ses cuisses apparentes, à se prélasser dans des tissus parfumés à son odeur.

« Je ne suis pas une experte mais je crois pas qu'enlever la protectrice d'un alpha soit la meilleure façon de le draguer. » Et elle perçoit les sourcils circonspects de l'autre, alors elle répète en finnois, d'un ton las. « Laisse-moi partir, ça vaudrait mieux pour nous deux. » Il est tellement chiant quand il a peur, si tu savais. Mais l'autre ne sait pas, et elle l'ignore royalement, attrapant un magasine pour passer le temps. « Tu sais qu'il va venir. Et ça va franchement me gaver de devoir le dissuader de te buter. Fais-nous gagner du temps. » Et elle ne dit rien, la rousse. Pire, elle se lève et allume la musique pour ne pas avoir à l'écouter. Mais je vais tellement te défoncer quand je vais pouvoir bouger.

Le temps passe, pas son mal de crâne. Et elle a de plus en plus froid, de plus en plus mal, soupçonne un traumatisme cervical. Plus quelques hématomes. Rien de cassé, du moins à sa connaissance anesthésiée par la glace qui lui parcourt les veines.

Soudain, l'inconnue cambrioleuse rouquine du dimanche se lève, l'air à la fois contrarié et satisfait, dans un paradoxe propre aux situations uniques. La porte s'ouvre d'un coup sec pour laisser apparaître un Théodore à l'air tout aussi contrarié, beaucoup moins satisfait.

« Ah bah quand même ! » qu'elle soupire, dans le seul et unique but d'attirer son attention. Pour lui dire qu'elle est là, qu'elle va bien. Qu'il faut juste repartir. Que ce n'est rien. Que l'autre n'en vaut pas la peine. Qu'ils régleront leurs comptes par la voie diplomatique de rigueur. Et elle espère qu'il va comprendre, parce qu'elle n'a pas vraiment le temps de tout développer.
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