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 Long Nights {Teddy / Eddie}

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Cendar
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UNIVERS FÉTICHE : Surnaturel
PRÉFÉRENCE DE JEU : Les deux

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Limace


Le contexte du RP
Mise en situation

   
La situation
Nous sommes dans un univers contemporain dans lequel les loups garous existent, sur tous les continents, bien que ne se mélangeant que très peu.

Nos personnages sont américains, originaires de New-York, l'un Loup, l'autre protectrice de sa famille. L'un, nouvellement Alpha, l'autre toujours au service de cette famille lupine à laquelle elle a été vendue par son père en paiement d'une dette. C'est un univers moderne dans lequel de vieilles traditions empêchent deux trentenaires de vivre leur existence. Il s'appelle Teddy Sullivan, il vient de tuer son père adoptif qui l'a martyrisé toute sa vie et se retrouve Alpha de sa meute. Elle s'appelle Elena Dwayne, dite Eddie, c'est une ancienne militaire qui a été forgée très jeune par le père Sullivan pour devenir une protectrice exemplaire.

Avant de prendre ses fonctions d'alpha dans sa meute, Teddy a demandé une année sabbatique pour voir le monde. En réponse, et sans le prévenir, la meute a envoyé Eddie pour le protéger pendant cette année pleine d'aventures.

Et leur ancienne amitié, de vieilles rancoeurs et des sentiments encombrants ne vont pas faciliter leur cohabitation en Finlande, à Oulou, à des milliers de kilomètres des rues new yorkaises.

   
Contexte provenant de cette [url=LIEN]recherche[/url]



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Cendar
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Eddie Dwayne
{description unique qui ne sera pas reportée par la suite}

33 ans, originaire de Harlem, ancienne militaire à l'éducation drastique, désormais armurière et prof de tir. La vie n'a pas très bien commencé, un père dealer, une mère décédée ou partie, elle n'a jamais vraiment su. Vendue pour payer une dette paternelle, elle se retrouve abandonnée aux Sullivan à l'âge de sept ans. Elle prendra tout de cette nouvelle famille, et s'accrochera à Teddy comme à personne d'autre sur terre, avant de se réveiller un matin dans le lit de la chambre d'ami de John, le protecteur de la famille et son tuteur. Elle ne sait pas ce qu'il s'est passé la nuit précédente, elle est tombée sur la tête, mais ils se sont disputés et Teddy ne veut plus la voir. Alors la déception, un abandon de plus et la mort dans l'âme. Elle suit ensuite le chemin de vie décidé pour elle par l'Alpha, part en pensionnat militaire puis à la guerre, devient une machine. Sa seule attache sera John jusqu'à sa mort lorsqu'Eddie avait 25 ans. Elle ne fait désormais les choses que par automatisme, profitant de chaque instant sans s'accrocher à rien, le sourire aux lèvres, toujours. Se foutant de tout. Et ça lui va bien.
Épicurienne jusqu'au bout des ongles, la protectrice traverse l'existence avec insolence et se doute peu que Teddy le traître n'a pas la même version qu'elle de cette nuit de leur enfance qui l'a précipitée dans l'indifférence.
Elle est arrivée à Oulou deux semaines avant Teddy pour organiser leur année sabbatique.


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LONG NIGHTS


« Have no fear
For when I'm alone
I'll be better off than I was before »

Quinze jours, déjà, et elle ne s'y fait toujours pas. Eddie jette un regard vide vers la fenêtre, et la nuit. La nuit omniprésente, possessive et déprimante. Soupir et damnation, tandis qu'elle se penche sur la paperasse qui a inondé la table du salon. Une tasse de café fumante entre les mains, la protectrice fait le point une dernière fois sur les démarches administratives pour faire reconnaître ses licences américaines sur le territoire norvégien, une formalité de plus dans le bordel des quinze derniers jours au cours desquels Eddie s'est épuisée à mettre en place une nouvelle existence pour un loup assoiffé de liberté. Il la détesterait dès qu'il la verrait, elle le sait. Redressant le museau pour contempler l'immensité silencieuse de l'appartement, la jeune femme ramène ses jambes contre sa poitrine, abandonne son menton à l'angle d'un genou et observe l'endroit avec attention. Un plafond blanc, veiné de poutres apparentes d'un bois chaleureux, qui zèbre les murs et recouvre le sol d'un parquet vitrifié réchauffé, ça et là, de quelques tapis épais. La pièce à vivre est vaste, rassemble cuisine, salle à manger et salon. Un comptoir fonctionnel pour une cuisine américaine. Deux canapés en cuir sombre pour dégager l'espace, autour d'une table basse et d'une télévision qu'elle s'est donnée la peine d'équiper d'une ou deux consoles qu'Andrea lui a conseillé d'acheter. Des bibliothèques presque vides attendent d'être envahies selon le goût des occupants. Et la grande table, flanquée de chaises à la banalité moderne. Des meubles suédois, majoritairement, dans un appartement norvégien. Et puis des lampes partout, pour simuler l'aube, le jour et le crépuscule. Elle a entassé des coussins et des plaids dans tous les fauteuils pour qu'il puisse se réchauffer malgré le froid qui règne en maître sur la petite ville d'Oulou. Ils sont à des années lumières de Harlem.

Les deux chambres sont séparées par la pièce à vivre, volontairement lointaines, chacune agrémentée d'une salle de bain. La sienne est occupée depuis deux semaines, déjà, ou un peu moins que ça. Un lit, des couvertures et des plaids, une étagère et un fauteuil gigantesque pour recevoir sa carcasse. Son dressing est flanqué d'une impressionnante armoire sécurisée pour accueillir ses armes préférées qu'elle s'est empressée de déclarer. La plupart de ses affaires sont encore fourrées dans le fond de son plus grand sac militaire, qu'elle ne s'est pas encore donnée la peine de vider. Elle est comme ça, l'américaine, toujours prête à repartir, à tout plaquer, tout abandonner, elle qui ne sait plus comment s'accrocher ou persister. Un sourire tord ses lèvres tandis qu'elle contemple la porte ouverte de la seconde chambre, la plus grande. Un lit, un placard, quelques cartons qu'il a fait envoyer, dont sa mère s'est occupée sans lui préciser les modalités de son arrivée sur place. La seule pièce laissée vide est mitoyenne à la chambre de Théodore, destinée à lui servir de bureau. Et dans le fond de l'air, quelques notes de blues font pulser le silence. L'endroit est confortable, à défaut d'être exactement ce qu'il a demandé. À défaut de pouvoir lui offrir la solitude à laquelle il entendait prétendre.

La bestiole se fera discrète, disparaîtra au boulot dès qu'elle en aura trouvé un, puis dans les bars lorsque l'heure le lui permettra. Elle désertera des nuits entières, s'il le faut. Parce que le loup n'a pas choisi la vie qui l'attend ici, parce que sa famille l'a fait pour lui.

Teddy atterrit à 13h20. Maman lui a dit qu'elle lui avait commandé un taxi. Essaye d'être à l'heure.

L'écran de son ordinateur lui dégueule l'information outre-atlantique, sans la moindre délicatesse. Évidemment, personne ne lui a rien dit, de peur qu'il ne change ses plans et oblige Eddie à recommencer son bordel à un autre coin de la planète. Évidemment, ils ont préféré lui laisser l'inconfort de la découverte. À croire que leurs rapports n'étaient pas assez compliqués ces vingt dernières années... Haussant des épaules, elle referme la machine de malheur et s'arrache à sa paperasse, qu'elle range rapidement avant d'aller se doucher pour mieux sauter dans un jean et un pull noir, une paire de bottes solides et un manteau suffisamment chaud pour ne pas crever d'hypothermie sans handicaper ses mouvements, histoire de pouvoir conduire l'imposant 4x4 qu'elle a loué pour l'occasion.

Et la bagnole avale des kilomètres de routes cabossées et enneigées, au cœur de forêts noires que les quelques heures de lumière journalières peinent à éclairer. Ponctuelle, mais pas pressée. La clope au bec, Eddie rumine en silence, un œil sur la route, l'autre sur le paysage qui défile. Cela fait quinze ans qu'ils ne se sont pas retrouvés tous les deux, sans personne à côté. Juste avant qu'elle ne se barre pour l'armée. Et les souvenirs de cette soirée brassent des choses qu'elle a préféré oublier, laisser de côté. Comme la voiture, qu'elle gare devant le terminal où la silhouette de Teddy ne va plus tarder à débarquer. Ce nouveau surnom l'agace. Rime trop avec le sien. La prive un peu de son identité.

S'allumant une nouvelle cigarette devant l'entrée de l'aéroport, la jeune femme observe le ciel et les avions, se demandant lequel d'entre eux s'apprête à livrer son éternelle malédiction au Royaume de Finlande. Ses lèvres s'étirent d'un rictus moqueur, saturé d'autodérision. Qu'importe. Elle n'est là que pour remplir son devoir, pas pour avoir une opinion. Jetant son mégot dans le cendrier le plus proche, elle se faufile entre les silhouettes impatientes pour se coller au premier rang, près des portes vitrées derrière lesquelles commencent à apparaître les passagers. Une feuille de papier est sortie de sa poche, dépliée pour mieux afficher le TEDDY en lettres capitales qu'elle a écrit plus tôt dans la journée. Et elle attend, le dos aussi droit que pendant son service militaire, jusqu'à le voir apparaître et croiser son regard, hausser des épaules comme pour s'excuser d'être là alors qu'elle s'en fout au plus haut point.

« T'as fait bon voyage ? », qu'elle demande, récupérant un de ses sacs d'autorité, lui faisant signe de la suivre sans vraiment s'attarder. « J'ai pas eu le choix. » La conclusion ne l'étonnera pas, et elle le sait, tandis qu'elle s'assure qu'il la suit en direction de la sortie, se bénissant mentalement d'avoir pensé à récupérer de la musique pour le trajet et de pouvoir d'alléger le silence. « Je nous ai choisi un appartement en plein centre ville, tu devrais l'aimer... Enfin centre ville, c'est vite dit. Disons que c'est mignon pour un village, quoi. T'aurais pu choisir une destination plus civilisée. » Le froid la gifle plus qu'il ne la frappe, lorsqu'ils sortent finalement de l'aéroport et qu'elle enfonce son visage dans le col de sa veste, lui indiquant la voiture sans prendre le temps d'enfiler ses gants. « Tu gueuleras dans la bagnole, il y a le chauffage. »



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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-trois ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


avatar © punisher
Il en a vécu des choses dans sa vie, Teddy. L’abandon, la solitude, la peur. La joie, l’affection, la sécurité. L’espoir. Et puis la meute, les codes, les valeurs. La transformation. Les règles. La douleur. La désillusion. La fin de l’innocence.

Les coups.

Le départ.

L’absence.

Encore. Encore, et encore.

Il s’est relevé de tout. Il a accepté ses erreurs, accepté de n’être l’enfant de personne, un frère rapporté, un petit ami déplorable, un amant lâche ; il a accepté d’être un loup brutal, un atout dans la manche, un instrument de domination. D’être une arme. Il a accepté la douleur, a encaissé les coups, a léché ses blessures, et recommencé. Encore. Encore, encore et encore.

Il a tué. Le sang sur les mains, sous les ongles, à la commissure de ses lèvres, éclaboussé sur son ventre. Son goût métallique, indélébile, sur la langue, sur le palais. Il a tué. Et comme tout le reste, il l’a accepté. Appris à vivre avec.

Il ne s’est cependant jamais remis d’être tombé amoureux.

J’aurais dû m’en douter. Il la voit, et son cœur recommence à se comporter comme un putain d’abruti décérébré. Enfermé dans sa cellule d’asile, à s’éclater contre les murs capitonnés. Ses prunelles s’accrochent aux siennes. Il n’a même pas besoin de lire la ridicule pancarte qu’elle tient entre ses doigts, une façon de se foutre de sa gueule avec ce petit sourire en coin qui la caractérise tant. L’ironie du sort, peut-être bien. Qu’est-ce qu’il s’en fout. Elle est là, et au beau milieu d’une foule qui s’enroule autour d’eux, qui ondule, c’est comme si ce n’était qu’un décor flou, une débauche de couleurs sans formes qui s’agite et s’efface. Son ventre se tord, son loup a le poil qui se hérisse et un grognement un peu plaintif qui roule dans sa gorge. Et lui presse les lèvres l’une contre l’autre pour ne pas laisser échapper ce geignement de désespoir qui gratte ses cordes vocales.

Il finit par détourner le regard le premier. Elle a toujours été plus forte que lui à ce petit jeu.

Léchant sa lèvre inférieure comme chaque fois qu’il est agacé, il s’avance, le sac sur son épaule, l’autre pendant le long de son corps, et se plante devant elle, attendant la suite. Il garde le silence. Elle lui arrache l’un de ses sacs en lui demandant s’il a fait bon voyage, n’attend pas de réponse, tourne les talons, et il lui emboîte le pas alors qu’elle lui lance qu’elle n’a pas eu le choix. Une fois encore. Le choix. Et il est bien trop rationnel, bien trop logique et quand même assez intelligent pour savoir qu’elle a raison. Sa mauvaise foi pourrait le pousser à assener qu’on a toujours le choix, mais à elle, il ne peut pas.

Elle est comme lui. Un tribut. Un instrument. Ils n’ont jamais eu le choix. Même partir en Norvège n’est pas un choix.

Elle se met à déblatérer des banalités pour occuper le silence et la tension. Pour donner un semblant d’ordinaire à une relation qui ne l’est pas. Pour faire avaler la pilule de l’absence de choix. Et accessoirement celle de sa présence en terre nordique, avec lui. Pour lui. Et uniquement par obligation. Il souffle bruyamment par le nez et se raidit en rencontrant la froidure de l’air du nord. Et c’est comme une claque en pleine gueule qui le réveille et lui remet les idées en place. Il s’ébroue, comme l’animal qu’il est, et lève les yeux vers ce tout nouveau décor plongé dans une nuit perpétuelle. Les lumières de l’aéroport inondent l’endroit tant et si bien qu’ils en oublieraient le ciel noir qui s’étend au-dessus de leurs caboches, piqueté d’étoiles. Il n’y a pas de nuages. « Tu gueuleras dans la bagnole, il y a le chauffage. » Encore le silence en réponse.

La portière claque, puis la sienne, et le silence retombe avec le poids d’une chape de plomb. Il n’y a plus les bruits parasitaires de l’aéroport, son agitation qui inspire et respire plus qu’il ne le fait depuis qu’il a croisé son regard. Son silence à lui, c’est sa carapace. A New York, il y a toujours quelqu’un pour les distraire, pour faire en sorte que ces moments un peu gênants ne s’éternisent pas ; et puis, il y a toujours quelque chose à faire. Une excuse à attraper au vol. Là, en territoire inconnu, suite à un voyage sur un coup de tête, c’est différent. Totalement différent.

Il a l’air d’un gamin boudeur, il le sait. C’est pas comme si elle n’y était pas habituée, depuis vingt ans. Et ce n’est pas comme si ce masque lui collait à la peau, depuis vingt ans.

Si elle savait.

Son cœur s’est à peine calmé.

« Je suppose que tu t’es aussi occupée d’annuler ma réservation dans l’hôtel que j’avais choisi le temps de me trouver un appartement ? » L’aéroport s’éloigne derrière eux quand il prend enfin la parole. Il prend soin de regarder par la fenêtre cet étrange décor qui se découpe difficilement entre les lumières artificielles et l’obscurité de la nuit, cette neige qui réussit malgré tout à se faire voir et dessiner quelques courbes. « Et qu’Ethel a fait envoyer mes cartons directement à cette adresse. » Ethel. Sa mère. Enfin, ce qui s’en rapproche le plus, sans l’être vraiment. Plutôt l’épouse de l’homme qui l’a recueilli et qu’il a tué. Et la raison pour laquelle il est parti.

En plus d’une autre.

Qui est avec lui.

Ethel est aussi aveugle que Donald Trump à propos du réchauffement climatique.

Ou alors il est vraiment un très bon acteur.

Il mériterait un Oscar.

Il inspire et tourne enfin le regard sur le pare-brise, face à lui. Il la voit à la périphérie de son champ de vision. Et même s’il ne la voyait pas, il la ressent, de tout son être. Sa chaleur, son parfum, son essence, son aura. Tout. Et c’est tellement… tellement… Il soupire.

« Pardon. J’étais à côté d’une vieille qui a tenu à me raconter sa vie par le menu. » Mensonge. Il a dormi durant tout le trajet. « Merci. Pour… tout ton travail. Ethel a dû suivre tes progrès à la lettre. »
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Eddie Dwayne


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LONG NIGHTS


« Riders on the storm
Into this house we're born
Into this world we're thrown
Like a dog without a bone
An actor out on loan  »

Les portières claquent, et un souffle chaud est craché dans la coupe improvisée de mains féminines, pour ramener un peu de vie dans les doigts crispés de l'américaine qui n'a pas encore les réflexes de survie élémentaire à qui entend affronter le grand froid au quotidien. La Finlande. Lui qui n'a jamais foutu un pied hors du continent américain ne pouvait pas se contenter d'un voyage dans le Bayou... Elle aurait préféré, pourtant, si on le lui avait demandé mais ce n'est pas comme si elle avait été consultée sur la question. Arquant un sourcil moqueur, elle jette un regard en coin à son passager, fermement occupé à bouder dans son coin. La voiture démarre sans attendre que Teddy ne se donne la peine de briser le silence, habituée qu'elle est à ses absences de réponse.

Et la Finlande défile, dans les fenêtres déjà parsemées de sel, de boue et de poussière. Partout, la nature domine et intimide, du haut de ses angles acérés au blanc abyssal de ses profondeurs. La neige contraste au pied des forêts avec l'audace de la lune moqueuse qui illumine la nuit qui tombe à nouveau. Le Loup n'aura pas vu le jour. Et Eddie compte, elle compte et à rebours, le temps qu'il faudra à son compagnon d'infortune pour lui dégoiser un mot. Les habitudes ont la vie dure.

Cinq.
Quatre.
Trois.
Deux.
Un.

« Je suppose que tu t’es aussi occupée d’annuler ma réservation dans l’hôtel que j’avais choisi le temps de me trouver un appartement ? » Zéro. La connasse se mord la lèvre inférieur pour ne pas balancer une vacherie, une plaisanterie d'un goût plus ou moins douteux qui voudrait détendre l'atmosphère. Et échouerait lamentablement. Cela fait vint ans qu'il ne lui parle plus, elle n'a même plus l'envie de s'en offusquer, c'est une manie qui lui est passée il y après de seize ou quinze années. Les prunelles accrochées à la route, les doigts enroulés autour du volant, Eddie écoute Teddy qui s'empêche de gueuler, qui n'a jamais un mot plus haut que l'autre, qui sait si bien se contrôler. Malgré toute la contrariété du sale coup familial, il restera cordial. La protectrice ne craignait pas grand chose, n'a jamais craint ni ses humeurs ni ses fureurs. Il y a quelque chose entre les côtes du Loup qui l'a toujours rassurée. Toujours. Même après qu'il l'ait rejetée, même après que leurs chemins se soient séparés. Surtout après qu'il l'ait abandonnée. Quand elle s'est sentie seule, désespérée puis libérée. Sans attache. Sans rien de plus que cette route qui lui permet d'avancer, comme cette voiture qui affronte la nuit et la neige. Et qu’Ethel a fait envoyer mes cartons directement à cette adresse. » Le moteur ronronne en seule réponse, à mesure qu'elle accélère, profitant d'une belle ligne droite pour s'offrir un égoïste moment de sauvagerie mécanique.

Il n'a pas fini, Teddy.

« Pardon. J’étais à côté d’une vieille qui a tenu à me raconter sa vie par le menu. » Comme elle compatit. Et elle sourit, malgré elle, osant se demander combien de chats elle pouvait avoir, la vieille, et à quel point elle les aime. « Merci. Pour… tout ton travail. Ethel a dû suivre tes progrès à la lettre. »

Un rire lui échappe, léger, garder prisonnier entre ses lèvres scellées. Quelques secondes s'évaporent entre eux. « T'inquiète. » Sans trop s'attarder, maintenant qu'il a parlé, Eddie allume l'autoradio qui se met immédiatement à chanter un air de rock des années 70 qu'elle affectionne. Riders on the Storm. « Et tu supposes bien. Mais je t'ai déjà dit d'arrêter de me remercier. » C'est mon boulot, tu sais. Mais elle ne le dit pas, s'épargne l'évidence de la hiérarchie qui l'a poussée à le suivre. Nul besoin d'être un génie pour se rappeler à quel point elle déteste le froid, et depuis qu'ils sont tous petits. Et il y a la musique, et le bruit du moteur, et la Finlande qui défile, défile et défile encore, leur offrant le spectacle extraordinaire et effrayant d'un crépuscule à 14h.

Et ça lui suffit, à Eddie.

La bagnole roule encore un quart d'heure avant de retrouver les petites rues d'Oulou et son orée portuaire, jusqu'à s'arrêter devant une maison en bois, peinte en bleu. Trois étages aux fenêtres cerclées d'un blanc que les éléments n'ont pas encore su écailler. « On est arrivé. » L'évidence. Les deux bottes s'enfoncent dans une flaque de neige fondue avant qu'elle ne contourne le véhicule, en ouvre le coffre et récupère le sac qu'elle a dérobé un peu plus tôt. Il faut une seconde ou deux à Teddy pour la rejoindre. « Il y a un appartement par étage, on est au troisième. » Une main effleure une épaule, lui indique la porte du bâtiment, le pousse un peu en direction de sa nouvelle maison. Il a toujours été courageux, aventurier, curieux... Alors elle l'invite à cavaler, à dévorer les marches qui mènent vers une nouvelle existence, loin des ciels ombragés d'un New-York maudit et adoré, connu depuis toujours, sales de mauvais souvenirs. Les clés volent d'une main à l'autre, pour lui permettre d'ouvrir la porte de l'appartement.

L'entrée est petite, un long couloir pensé pour abandonner les couches lourdes de vêtements avant de rejoindre la vaste pièce principale, avec sa cuisine ouverte, son espace salon encombré de deux canapés dégueulant de confort, son immense table à manger en bois massif et ses chaises molletonnées, les étagères à moitié vides, les fenêtres nombreuses mais minuscules, pour laisser passer la lumière mais empêcher la chaleur de partir. « Andrea m'a dit de t'acheter la PS j'sais plus quoi et la X machin truc, il faudra que tu les branches toi-même, j'ai eu la flemme. », elle lâche en même temps que le sac qui tombe au sol dans un bruit mat. Se délestant de ses pompes et de sa veste, Eddie esquisse quelques pas jusqu'au milieu de la pièce, désignant la porte laissée volontairement ouverte au moment de son départ. « Ta chambre. La plus grande. Tu as ta propre salle de bain. Le bureau mitoyen est aussi pour toi. » qu'elle déclare. « Je m'occuperai du loyer tant que tu n'auras pas commencé à bosser, on verra après. Pour la répartition des corvées, ça attendra le dîner, si ça te va. » Et elle laisse le temps filer, un instant, enrobé de silence, l'observant à la dérobée, enregistrant ses réactions avec une précision chirurgicale. Ses bras viennent se croiser contre sa poitrine, l'enrouler dans un peu de chaleur, de confort. « Je t'ai laissé un double des clés et de toute la paperasse sur ton lit. J'ai vu avec l'alpha de la meute sur le territoire duquel on se trouve, aussi... Je crois que c'est tout... » Un sourcil s'arque, tandis qu'elle plonge son regard dans le sien, considérant la distance qui les sépare. « Des questions ? Des remarques ? » Et de sourire, sans jamais en démordre. « Je te rassure, j'ai appris à cuisiner autre chose que des pâtes depuis la mort de John. »



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Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-trois ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


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Avant toute cette merde – avant le meurtre – il avait eu envie de tout plaquer. De partir, d’abandonner la partie, d’en commencer une autre, loin d’une meute d’emprunt et des rues bourdonnantes d’une ville indifférente. Fatigué. Epuisé. Vidé. Plus rien ne ressemblait à rien. Les environs lui étaient apparus nappés de ténèbres, l’horizon trop étroit, son avenir trop étriqué. Et quel avenir, d’ailleurs ? Il se souvenait avoir étouffé, et s’était pris à rêver de liberté. De la vraie liberté. De celle qui souffle sur son échine et qui conduit ses foulées. Et puis, il avait tué.

La Norvège, c’est cette fenêtre de liberté qu’il s’est décidé à s’octroyer. Le seul droit qu’il a revendiqué, avant d’être enchaîné. Alors, cet immeuble qui se dresse devant lui insuffle dans sa poitrine ce souffle qu’il avait espéré, avec cette foi qui n’appartient qu’aux condamnés. Il inspire l’air glacé, et sa poitrine se gonfle, et il y a cette sensation d’être transporté, de se sentir léger, de se sentir libéré. Et il remarque alors qu’il n’a jamais ressenti ça de toute sa vie. Et ça lui donne le tournis.

Un sourire éclaire son visage, et ses prunelles pétillent. Comme un gosse. Et Eddie qui se tient à ses côtés et lui présente les lieux, il y a comme une intimité qui donne une autre dimension à cette nouvelle aventure. A cette nouvelle page qui se tourne. Ca ressemble tellement à ce à quoi il aurait pu rêver.

Et puis il se rappelle.

Il y a un poids qui s’abat sur son cœur. La morsure. Le danger. La mort. C’est inéluctable. Et c’est un risque qu’il refuse de prendre depuis vingt ans, et qu’il continuera de refuser de prendre. Pour elle. Pour eux. Et pour lui, aussi.

Il y a tout un monde entre une vie loin d’elle et une vie sans elle.

Elle est entrée, mais il observe encore les alentours. Oui, il se rappelle, mais il y a tout ce nouveau décor, cette page blanche qui s’offre à lui. Son année de césure, son année de répit. L’année de tous les possibles. Il a toujours son sourire au bec, l’œil vif. Il n’aura plus jamais cette chance d’être libre, de vivre pleinement ; ou de vivre, tout simplement. Parce qu’il a le sentiment qu’il n’a jamais vécu. Jamais vraiment. Il n’a jamais dit pourquoi il était parti. Pourquoi il avait choisi le Grand Nord européen plutôt que d’aller découvrir la neige et les montagnes au Canada, par exemple, plus proche d’eux, plus proche de sa meute. La vérité est qu’il crève d’envie de découvrir autre chose, qui n’ait rien à voir avec l’endroit où il a grandi. Où il a été élevé. Où il a été formé. Engrangé ce qu’il peut, pour ne rien regretter.

Il entre, grimpe les escaliers et se rend dans l’appartement. Sur le pas de la porte, il embrasse la pièce du regard. L’endroit est si différent de leur appartement. Aménagé pour garder le plus d’espace possible, un grand loft dans les règles de l’art, percé de fenêtres, du mobilier juste ce qu’il faut, pas l’encombrement d’Ethel. De la modernité. Eddie lui présente les lieux, mais il n’écoute que d’une oreille. Il n’a qu’un rectangle de vue sur la chambre qu’elle lui désigne, et il enregistre sans vraiment écouter qu’il dispose de la plus grande. Puis elle parle de double de clé, de double des papiers, de l’alpha de la meute. Il a toujours été habitué à n’avoir rien à faire, parce que c’était son boulot, et en soi, ça ne le dérange pas, essentiellement parce qu’il n’aurait jamais pensé à la moitié des choses à faire comme elle en avait l’habitude. Mais parfois, entrer et mettre les pieds sous la table prend un aspect assez gênant, et lui qui est venu pour pouvoir être libre, voire seul, se retrouve chaperonné comme un enfant.

« Des questions ? Des remarques ? » Il hoche négativement la tête, parce que rien ne lui vient pour le moment. Peut-être plus tard. De toute façon, il ne sait même pas s’il doit vraiment poser une question, tout doit être fait, il n’a sûrement plus qu’à s’enrouler dans ses couvertures et tapoter sur sa tablette pour se renseigner sur la région. Et puis, il y a cette remarque. « Je te rassure, j'ai appris à cuisiner autre chose que des pâtes depuis la mort de John. » L’oreille du loup se raidit, et il y a comme un troupeau de buffles composé des mots qu’elle a prononcé plus tôt qui s’emplafonne contre les parois de son crâne.

Son attention se tend vers elle. Elle a retiré veste et chaussures. Elle parle de double des clés – ce qui pourrait être normal pour un protecteur mais ne l’est pas dans sa bouche –, de chambre plus grande, de sa propre salle de bain, d’une pièce qu’elle lui laisse comme bureau. Et qu’elle sait faire autre chose à manger. Son sourire, qu’il avait conservé durant tout son examen, disparaît, l’éclat de ses prunelles également.

C’est une blague.
Une énorme blague.
Une putain d’énorme blague.

Il entre, marche vers sa chambre, laisse tomber son sac sur son lit. Une vieille diversion afin de prendre un peu de temps, de digérer. Parce qu’il y a son cœur, dans sa poitrine, son putain de cœur qui a fait un bond et qui se planque comme la plus grosse poule mouillée qui existe, parce que c’est impossible, parce que non, pas maintenant, pas comme ça, jamais, en fait. Ce cœur qu’il a envie d’arracher de ses griffes de loup. Il ouvre son sac, inutilement, parce qu’il n’a rien à y prendre. Il doit dire quelque chose. N’importe quoi. Une connerie, comme toujours. Ou simplement, être le sale con qui reste loin et lui fout des vents de la force d’un typhon et faire comme si de rien n’était.

Comme depuis vingt ans.

« La chambre est un peu juste pour ma resplendissante personnalité, mais ça devrait convenir. » Il s’avance, effleure le comptoir du bout du doigt, puis se tourne vers la télévision. « Que ne ferais-je sans Andrea. » Il s’agenouille devant les console, puis soulève l’une des deux boîtes en se tournant vers Eddie. Il a son regard qui se plante dans le sien. Il a retrouvé tout son aplomb, toute sa carapace de caméléon et reprend son rôle qui lui colle comme une seconde peau. « Ca, c’est la PlayStation 4. » Puis il repose la boîte et soulève la seconde. « Et ça, la Xbox One. » De nouveau, il repose la boîte puis les couve d’un regard songeur. « Dommage, la Switch aurait été sympa. J’aurais bien rejoué à Pokémon, ça fait un bail. » Il entreprend d’ouvrir les boîtes et d’en sortir consoles et câbles.

« Une partie de Call of Duty pour baptiser ce nouvel appartement ? Je suis sûr que tu vas adorer. » Repousser l'échéance. Faire comme si de rien n'était. Faire l'autruche. Tout plutôt que de devoir affronter le fait qu’elle n’est pas juste sa protectrice sur ce territoire, mais désormais sa colocataire.
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Cendar
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Limace



Elena
« Eddie »
Dwayne



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LONG NIGHTS


« Ta bouille de gamin et ton grand sourire
Ta tronche de super copain quand fallait s'enfuir
Courir pour courir
C'était bien »

Le silence. Puis le frisson. Une vie passée au contact des Loups et une éducation militaire ont acéré le sens de l'observation d'Eddie bien au-delà de la normale. Alors elle voit, perçoit, ressent l'infime raideur qui parcourt soudain Théodore. Elle, qui s'apprêtait à rejoindre sa propre chambre, se retourne vers son vis-à-vis, juste à temps pour voir ce sourire qui s'efface, ce regard qui se meurt, l'évidence de la colocation qui se fraie un chemin à travers ses neurones. Et le dégoût sur sa gueule. Une putain de claque dans la sienne. Juste le temps d'une déception. Lui s'enfuit, se tire dans sa chambre, tout affairé à son sac, à ses conneries. Elle hausse des épaules dans son dos et serre les crocs. Les mots n'auraient aucun sens, quand bien même elle pourrait lui dire que ses caprices vont la fatiguer s'ils ont déjà commencé, qu'elle ne peut pas le laisser seul sur un territoire inconnu où les loups se déchirent et les chasseurs se multiplient, que la situation durera jusqu'à ce qu'elle soit sûre qu'il ne craint rien et qu'ensuite elle partira. Que si c'est ce qu'il veut, elle partira. Qu'il aura le choix. Après, plus tard. Qu'elle déménagera, ailleurs. Pas loin. Ou qu'elle rentrera. Que si c'est ce qu'il veut, elle rentrera. Mais elle ne dit rien, parce que les mots n'auraient aucun sens, parce qu'il garde le silence et qu'elle lui laisse l'intimité de son inimitié à son égard. Parce que c'est à lui et qu'elle n'a pas le droit de se l'approprier, même si elle est la première concernée.

Les bras toujours croisés sur sa poitrine, Eddie contemple le plafond, soupire puis se met en mouvement, doucement, pour déambuler d'une lampe à l'autre, allumant toutes les sources de lumière et autres technologies de luminothérapie dans lesquelles elle a investies afin de ne pas sombrer dans la folie. Et puis il revient, son masque savamment remis en place. « La chambre est un peu juste pour ma resplendissante personnalité, mais ça devrait convenir.
- Tu peux mettre ton lit en plein milieu du salon si tu préfères, mais ça risque d'être gênant quand tu voudras ramener des filles. » Et elle sourit, Eddie. Toujours. Se tourne vers le gosse qui s'agenouille devant ses consoles et remercie sa sœur, sans vraiment comprendre que ce n'est pas Andrea qui est à l'origine de l'achat. Qu'importe. Profitant du retour des faux-semblants, la silhouette féminine atterrit sur l'accoudoir d'un canapé, hochant du chef à la présentation des boîtes, observant le loup se débattre avec les branchements des machines de malheur. « Dommage, la Switch aurait été sympa. J’aurais bien rejoué à Pokémon, ça fait un bail. » Le nom s'ancre à la liste mentale qu'elle dresse en permanence. Et la vie suit son cours, tranquillement. Ce ne sont jamais que deux connards qui se mentent avec la brutalité d'un arracheur de dents. Vingt ans qu'il la déteste, vingt ans qu'elle l'ignore après qu'il lui ait brisé le cœur. Et les voilà dans un salon tous les deux à discuter de la pluie et du beau temps, de consoles de jeux et d'autres banalités... « Une partie de Call of Duty pour baptiser ce nouvel appartement ? Je suis sûr que tu vas adorer. » Et ça la frappe, ça claque, ça manque de lui briser les cervicales. Une nanoseconde. Le retard d'un battement cardiaque. Voilà vingt ans qu'elle n'a pas touché une manette. Vingt ans. Et la dernière fois, c'était avec lui. Ils étaient tellement petits, en permanence accrochés l'un à l'autre, à se planquer sous les lits pour pouvoir rester ensemble la nuit. Ils pouvaient passer des heures devant l'écran, à enchaîner les niveaux en bouffant des bonbons haribo. C'est étrange, elle avait presque oublié. Elle a presque tout occulté. Et elle a la prunelle troublée, le temps d'un instant... Mais il ne voit rien et l'indifférence reprend sa place. Il ne sait pas, et ne dois jamais savoir. N'a pas entendu les Théo désespérés qu'elle a pu hurler devant la maison, il y a de ça deux fois dix années. Ne s'est pas inquiété de savoir comment elle allait, si elle lui survivait. Il l'a laissée crever et elle ne l'a jamais oublié... Aurait cependant préféré ne pas se rappeler de tout ce qui a précédé la trahison. Il faudra qu'elle s'habitue, au moins les premiers jours, qu'elle tende la joue et serre les dents. Ce n'est qu'une banale question d'adaptation, et la seconde passe, et la normalité reprend ses droits. « Pourquoi pas ? » qu'elle souffle, se levant pour s'étirer avant de s'approcher. « Je pense être positivement nulle à ces trucs-là mais si c'est ta vision d'une pendaison de crémaillère réussie, allons-y. » Quelques pas se dessinent entre eux, jusque dans la cuisine où elle récupère un paquet de chips et un pack de bières, ramenés jusqu'à la table basse. Teddy s'occupe des branchements, elle s'échappe dans sa chambre pour se changer et réapparaître vêtue d'immenses chaussettes  qui lui remontent jusque mi cuisses et d'un pull beaucoup trop grand. « C'est bon ? » qu'elle demande, en échouant dans le canapé.

Et ils jouent, les gamins d'autrefois. Il lui apprend comment survivre dans cet univers virtuel impitoyable et elle l'écoute doctement, se fait buter une paire de fois. Bonne perdante qui grommelle un ou deux commentaires sur la vraie guerre. Leurs épaules se percutent, quelques fois, et Eddie ne peut s'empêcher de tourner la manette lorsque son écran ne fait pas ce qu'elle veut. Et elle rit. Ils rient. Ça bouffe des chips et ça boit de la bière en se tirant la bourre entre deux morts « pour du faux ». Ça oublie le temps qui passe et ça ne fait pas attention à l'heure, dans la nuit noire qui a des airs d'éternité. Et ça se marre, ça plaisante à demis mots. Puis elle se prend au jeu, un peu, et se fige la seconde d'après. Game over. Sur l'écran, et ailleurs. « Je vais m'arrêter là. Qu’est-ce que tu veux manger ? » Déposant sa manette entre leurs carcasses, la protectrice se relève, s'étire encore une fois avant de se traîner jusque derrière le comptoir, près du frigo. « Tagliatelle carbo ? », elle interroge, sans vraiment attendre la réponse, ouvrant le réfrigérateur et commençant à sortir les ingrédients, à mettre de l'eau à bouillir sur le gaz, à couper le lard et préparer le dîner improvisé. Ce n'est pas vraiment l'heure, c'est le besoin de s'épargner des erreurs. Elle sort une bouteille de vin rouge, s'en sert un verre. Laisse la bouteille sur le comptoir avec un verre vide. Et elle oublie, le reste. Lui. La Finlande. Toute la pièce. Elle se répète en boucle les instructions à suivre pour ne pas se couper un doigt ou tuer quelqu'un. Par accident. Comme ça. Et elle s'évapore quelque part dans un recoin de sa cervelle pour se retrouver surprise par la présence d'un envahisseur dans la cuisine. « Je peux t'aider? », elle dit, en plantant ses yeux dans les siens. A croire qu'il a peur de finir empoisonner, ce qu'Eddie ne pourrait pas totalement lui reprocher.



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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Limace



Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-trois ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


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Elle ne voit rien, elle non plus. Quand elle revient dans le salon, juste au moment où il relève le nez des fils démêlés puis branchés entre prise, télévision et console, il ne tient sur ses jambes pliées sous son corps que grâce à ses réflexes lycanthropes si durement développés tout au long de sa vie sous le joug de son bourreau. Il a le cœur qui explose et implose à la fois, il a le ventre qui se noue et il a les prunelles qui se dilatent. Et sa peau, qui le brûle de l’intérieur. Et son regard, qui la dévore. Et sa respiration, qui se bloque, se débloque, s’affole. Il doit à toutes ces années de distance, d’indifférence affichée et de sourires polis de laisser sur son visage une expression impassible, mais putain, c’est si violent.

Il n’a aucun mal à deviner son corps malgré son pull trop large et ses chaussettes trop grandes. Et ça le percute comme une météorite sur la croûte terrestre, avec tous les dinosaures qui ne voient rien venir. Enfants, il l’avait vue dans toutes sortes de tenue, dans son pyjama comme dans sa tenue d’entraînement, mais elle n’était qu’une enfant ; et lui aussi. Partie avant leur adolescence, il ne l’a pas vue grandir, sinon de loin en loin, quand elle revenait, avec John, et qu’elle apprenait son boulot. Bien sûr, il a toujours noté chaque différence, qu’il voyait mieux que les autres, parce que c’était elle, et qu’il avait toujours cette douleur dans la poitrine quand il l’apercevait, mais elle avait toujours eu une tenue conventionnelle. Le genre de choses que l’on voit sur tout le monde. Qu’il avait vu sur chacune de ses conquêtes, de ses passades à ses lamentables histoires. Et jamais leurs corps, mêmes nus et offerts, ne lui ont fait un tel effet.

Parce qu’elles, il ne les avait jamais aimé. Elena, si.

Il s’arrache à sa contemplation avec violence, prend prétexte de refermer la boîte de la console pour ne pas la confronter. Là, maintenant, il y a tant de choses qui tournent sous son crâne. Tant de désirs inavoués et inavouables, tant de mots qui se précipitent sur sa langue, tant d’impatience et de brutalité qui le démangent jusqu’au bout des doigts. Tout, tout de suite, là, maintenant. Il se concentre sur ses mains qui s’activent pour enliser ses pensées, se mord la langue pour empêcher les mots de fuir. Il essaie, essaie encore, mais elle est imprimée sur sa rétine, Elena, et sera à jamais gravée dans sa mémoire. Elle ne voit rien. C’était aussi rassurant que c’était douloureux. Rassurant, parce que cela voulait dire qu’en vingt ans, elle n’a jamais rien deviné de ses véritables sentiments ; douloureux, parce que cela signifiait qu’elle ne prenait pas la peine de le remarquer. Et ça impliquait tant d’autres choses.

Il se redresse, époussette les genoux de son jean pourtant intacts, puis attrape les manettes et en tend une à la jeune femme ; il prend soin d’éviter son regard, son corps. Son corps. Il se sent gauche, maladroit, lui qui a toujours brillé par son adresse au combat. Il s’installe dans le canapé, à distance raisonnable, et lance le tout. Et il se plonge dans le jeu pour oublier qu’elle est à côté de lui, là, juste à portée de main. A portée de sa main.

C’est la plus grosse connerie du monde.

Il la guide. Il lui explique. Il lui montre les bons boutons. Il indique la télévision au moment opportun, pour illustrer son propos. Et il se prend au jeu. Il se prend au jeu d’autrefois. Parce qu’elle finit par sourire, et rire, aussi, parfois, de ce rire qui hante encore ses nuits, et qui le poignarde quand il l’entend et qu’il est adressé à d’autres. Et il ne peut pas s’empêcher de sourire et de rire, lui aussi, le con, de l’encourager à sourire et à rire encore, comme un camé qui veut encore davantage de sa drogue. Et il y a les souvenirs, dans tout ça, quand ils étaient gosses et que le reste du monde n’avait pas d’importance parce que leur monde, c’était juste eux deux, tous les deux, sans personne d’autres. Il commence à grogner de mauvaise grâce quand enfin elle comprend les arcanes du jeu et qu’elle devient bien meilleure que lui – ce qui n’est pas difficile, mais pour quelqu’un qui n’a pas touché une manette depuis vingt ans, elle apprend drôlement vite. Et les sourires, et les rires, et la complicité. Oui, la complicité. Les blagues nulles et les mauvais jeux de mots. Les sarcasmes et les vieilles vannes. Et lui, qui se noie complètement dedans.

Et puis, il y a la fin. La fin de la nostalgie, le début de la mélancolie. « Je vais m'arrêter là. Qu’est-ce que tu veux manger ? » Il l’observe s’étirer, il ne peut pas s’en empêcher. Ca dévoile encore davantage, et c’est vraiment, vraiment pas une bonne idée. « Tagliatelles carbo ? » Il ne répond pas, il ne peut pas, pas tout de suite ou sa voix va le trahir et il ne veut pas, et de toute façon, elle n’attend pas sa réponse et disparaît dans son dos. Alors, enfin, il souffle. Il expire cet air qu’il a emmagasiné et retenu sans même s’en rendre compte. Ses épaules se voûtent tandis qu’il dépose sa manette sur la table basse, et il plante ses coudes dans ses genoux, prend sa tête entre ses mains. Le retour à la réalité est si brutal. Trop violent. Comme tout ce qu’il s’est passé depuis qu’elle est revenue dans cette tenue. Elle va être drôle, la colocation.

Il y a les bruits de la cuisine et Teddy, enfoncé dans son canapé, face à l’écran d’accueil de la PS4 et son insupportable musique. Il repense à ces vingt dernières années. A la facilité qu’il avait toujours eu à effacer les blessures de son cœur écharpé à chaque fois qu’elle disparaissait ailleurs que dans ses bras, parce qu’ils n’étaient pas seuls, qu’il y avait tout un village entre eux, et qu’il y avait Andrea pour lui, et qu’il y avait son père. Et parce que se bercer d’illusions était devenue une seconde nature pour le gosse battu qu’il était alors. Rêver. S’inventer des mondes et des vies. S’échapper.

Sauf qu’il avait grandi, et que leur monde s’était rétréci à cet appartement, perdu au bout du monde dans une nuit éternelle. Et il connaît bien la proximité, dans une meute, c’est ce qui prédomine. C’est un mantra. Une religion. Les susceptibilités se mêlent et s’emmêlent, et on apprend alors : il faut savoir faire la part des choses, lisser ses poils et montrer patte blanche. Il ne sait pas de quoi elle est persuadée le concernant, mais elle ne doit pas songer un seul instant qu’il l’aime, d’une quelconque façon que ce soit.

Il est temps de lisser ses poils et de montrer patte blanche.

« Je peux t’aider ? » « C’est plutôt à moi de te poser la question. » Il désigne le plan de travail encombré. Il attrape la bouteille de vin, remplit le verre de la jeune femme et le lui tend. « Pas que j’ai peur que tu m’empoisonnes, mais je vais avoir toute ma vie pour être servi à pattes baisées. » Il grimace à cette évocation. Privilège de l’alpha. « Et puis, t’as déjà fait assez de choses comme ça sans que j’en sache rien. Je ne suis pas alpha, ici. » Et c’est ce qu’il est venu chercher. Il n’a pas besoin qu’on lui rappelle ce qui l’attend une fois rentré aux Etats-Unis.

Alors, il saisit doucement le couteau des mains de la jeune femme et reprend la découpe du lard. L’odeur l’embaume et lui met littéralement l’eau à la bouche. Un grognement roule dans sa gorge, il n’aime pas ces côtés un peu embêtants de sa nature de lycanthropes, quand les réflexes du loup empiètent sur sa forme humaine. Il déglutit et reprend son travail ; un silence presque confortable les enveloppe tandis qu’il l’entend boire son vin. Comment, pourquoi elle l’a laissé faire, mystère ; mais il n’en est pas mécontent.

Bien sûr, sa proximité l’affole ; mais l’odeur de la viande attire davantage le loup que le cœur d’un homme.

« Tu m’as menti. » Il lui tend son bol fumant, tenant le sien dans son autre main. « Tu m’as affirmé que tu savais faire autre chose que des pâtes. » Il a un demi-sourire canaille aux lèvres, celui qu’il a toujours arboré quand il avait une vanne à balancer. Il essaie de ne pas la regarder comme un loup aux abois. Il ne sait pas s’il y parvient vraiment, et préfère rompre assez vite cette intermède en se rendant dans le canapé, contre lequel il s’adosse, préférant le tapis à au moelleux de ses coussins. Il boit une longue gorgée de bière en attendant qu’elle le rejoigne.

« Je suppose que les deux semaines de soi-disant vacances que tu as prises, tu les as passées ici. Alors, qu’as-tu découvert de bien dans le coin ? On peut faire du chien de traîneau, ou il faut monter encore plus au Nord pour ça ? J’ai toujours rêvé d’en faire. Sur le traîneau, hein, pas avec l’attelage. Quoique, ça pourrait être marrant. » Il arque un sourcil, la défiant de l’imaginer à la place d’un des husky. Il reprend en entortillant ses pâtes autour de sa fourchette : « Et tu as déjà rencontré des loups du coin ? »
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« But you didn't have to cut me off
Make out like it never happened and that we were nothing
And I don't even need your love anymore
But you treat me like a stranger and that felt so rough »

« C’est plutôt à moi de te poser la question. » Les prunelles femelles suivent les gestes mâles, comme paumées entre deux réalités qui se fracassent sans savoir coexister. Il y a quelque chose de profondément dérangeant en cet instant d'une simplicité aussi humaine que quotidienne. Un colocataire qui vient proposer son aide. « Et puis, t’as déjà fait assez de choses comme ça sans que j’en sache rien. Je ne suis pas alpha, ici. » Juste un coup de main en cuisine. Les mains accrochées au verre de vin qu'il lui a servi, Eddie contemple la scène une seconde comme si elle lui était parfaitement étrangère avant de se fendre d'un sourire automatique, programmé. Un sourire vide, réflexe, sans aucune existence propre sinon celle de muscles qui se mettent en mouvement sur sa gueule impassible. « C'est juste que je n'ai pas l'habitude d'avoir du monde dans ma cuisine. », elle souffle, se décalant pour le laisser continuer la découpe du lard. Et elle n'en rajoute pas, boit une longue gorgée de vin, se concentre sur les œufs, le parmesan, les choses qui ont du sens. Parce qu'elle vit seule, Eddie, et qu'elle n'a jamais cuisiné pour personne à part pour John. Quelques fois. Quand il n'avait pas envie de faire à bouffer. Et des pâtes carbonara, à chaque fois. Parce que c'était tout ce qu'elle savait faire, en dehors des coquillettes au jambon, et qu'il aimait ça. Ouais. Ça fait juste 8 ans qu'elle n'a pas cuisiné seule. Le temps passe vite, lui coule entre les doigts et emmène ses souvenirs vers Autrefois. Et le reste n'importe pas. Il y a l'eau qui bout, les pâtes qui cuisent, le lard qui embaume, les œufs battus qui attendent. Et puis ça fait sens, un peu, même si ça ne fait sens qu'à deux, pour un duo qui n'existe pas. Pas vraiment. Il y a un quelque chose d'intemporel et de profondément contre nature dans la proximité de cesdeux vieux amis qui ne se regardent plus depuis longtemps. Eddie a toujours été douée, quand il s'agit de faire semblant.

« Tu m’as menti.
- Hm ? elle dit, en redressant le museau de l'évier où elle entasse la vaisselle sale.
- Tu m’as affirmé que tu savais faire autre chose que des pâtes. » Et elle arque un sourcil moqueur en regardant son air de vieux brigand, dévorant cette expression qu'elle ne lui connaît plus vraiment, s'imprégnant du moment pour oublier la mélancolie qui lui tourne autour comme un rapace. Et puis elle sourit, aussi, haussant des épaules. Encore. Toujours. Le jemenfoutisme pour seule carapace. Il s'en va, comme le temps, il lui glisse entre les doigts. Les lèvres abandonnées au bord de son verre de main, son bol de pâtes dans l'autre main, la protectrice prend le temps de vérifier que tout a bien été rangé avant de le rejoindre vers le canapé. Rien ne semble la perturber, l'américaine, pas même le choix du tapis, pas même le regard de Teddy. Si elle hésite un instant, ce n'est que pour déterminer où ancrer sa carcasse, contournant finalement la table basse pour s’asseoir en tailleur face au Loup.

« Je suppose que les deux semaines de soi-disant vacances que tu as prises, tu les as passées ici. Alors, qu’as-tu découvert de bien dans le coin ? On peut faire du chien de traîneau, ou il faut monter encore plus au Nord pour ça ? J’ai toujours rêvé d’en faire. Sur le traîneau, hein, pas avec l’attelage. Quoique, ça pourrait être marrant. » Un rire, amusé. C'est comme si elle y était. « Et tu as déjà rencontré des loups du coin ? » La normalité de la discussion la ramène dans une zone de confort qui est loin de lui déplaire, à mesure qu'elle le dévisage dans un silence songeur. Ce n'est pas tant sa proximité qui la brusque que la mort programmée de sa solitude quotidienne, de son silence bien rangé, de ses automatismes désincarnés. Qu'importe, elle pense, à l'angle de sa mâchoire, remontant vers ses prunelles ambrées pour y déposer un regard tranquille. « Tu me connais, toujours la première à jouer les touristes... » Et une nouvelle gorgée de vin, sans le lâcher des yeux. « Elles te plaisent mes pâtes au moins ? » qu'elle demande, avant d'enchaîner, sans vraiment s'attarder. Il lui répondrait après. « Ça fait 11 jours que je suis là, pour être précise. J'ai passé les trois premiers à organiser mon absence à l'armurerie, je t'explique pas le merdier. Mais, effectivement, il y a un super parcours de chiens de traîneau au Nord de la ville et le long des côtes. Cela étant, note que j'ai promis aux alphas de la ville que tu laisserais les huskies tranquilles, donc ne me donne pas tort et contente-toi du traîneau, si ça ne te dérange pas trop. » L'aplomb, l'habitude, le timbre rauque de sa voix, égaré entre deux rires et un feulement. Avec les années, elle a pris des airs de louve, Eddie, jusqu'à partager leurs humeurs les nuits de pleine lune. Par anticipation des conneries davantage que par sensibilité personnelle, mais le résultat est le même. Et elle se rappelle encore, cette pleine lune, et Teddy recouvert de sang, l'air hagard. Et Teddy qui l'a fuie, sans lui laisser le temps de l'approcher. La brune penche la tête sur le côté, doucement, sans cesser de le contempler. Il y a dans leur soudaine proximité un quelque chose de fascinant. « Blague mise à part, j'ai effectivement fait le tour rapidement avant que tu arrives. Il y a trois meutes ici, et c'est assez étonnant mais leur génétique est telle que tu sais à quel meute un loup appartient en fonction de sa couleur de cheveux. Il y a les blonds, les bruns et les roux. Se teindre les cheveux est extrêmement mal vu, au passage. Le métissage n'existe pas. Ils sont assez rétrogrades, quand tu prends deux secondes pour y réfléchir. » Et c'est peu de le dire, les approcher lui a pris quatre jours, ce qui est très long pour une gamine habituée aux privilèges de sa position. « J'ai dû passer par le biais de l'ordre des protecteurs local. Ils sont moins organisés que chez nous, mais le fait d'être entourés de nature et de forêt doit leur faciliter la vie, c'est moins chiant qu'en pleine ville... » Sans doute. S'accordant une bouchée de pâtes, elle se rend compte qu'elle n'a pas vraiment faim. Repose sa fourchette sans son bol, récupère son verre de vin. Elle a toujours préféré manger liquide. « On habite sur le territoire de la meute rouquine, j'ai rencontré l'alpha pour prévenir de ton arrivée et de notre installation. Il est plutôt sympa, je dois dire. Enfin, pour un loup dominant qui a conscience de son pouvoir, quoi. Je lui ai promis que je reviendrais le voir avec toi, donc il faudra au moins faire ça. » Et elle hoche du chef, pour souligner son propos, daignant finalement détourner son regard jusqu'alors ancré à ses traits et au jeu de lumière dans le fond de ses yeux. « Ca ne durera pas. » qu'elle dit, ramenant ses genoux contre sa poitrine.

« La colocation, je veux dire. Je n'ai pas vraiment le choix pour le moment, il y a des loups partout, des chasseurs à tous les coins de rue et des protecteurs qui ne seront pas capables de te protéger... » De ça, elle est persuadée. Et Teddy ne serait de toutes façons pas l'une de leurs priorités, ce que la meute ne saurait tolérer. « Mais je te laisserai tranquille dès qu'un appartement se libérera dans l'immeuble ou celui d'à côté. Je suis pas là pour t'emmerder. » Et c'est vrai. Elle sourit au vide devant elle, au mur qu'elle dévore du bout de la prunelle, se mordant la lèvre inférieure avant de continuer. « T'es même pas obligé d'être cordial, en fait. J'ai l'habitude d'être seule, tu sais. On n'est pas obligé de bouffer ensemble si ça te fait chier, tant qu'on partage les corvées je m'en fous. Je suis pas ta femme de ménage, mais t'as pas à te forcer pour le reste. » Parce qu'elle peut continuer de faire comme si de rien était, comme si ça ne la brusquait pas, comme si c'était on ne pouvait plus normal. Comme s'ils étaient seuls, chacun dans leur coin. Comme s'il n'existait pas dans ce monde où il l'a déjà abandonnée. Deux fois. Elle a compté. Ou trois. Elle a oublié. Puis il y a un sourire froid, sur ses lèvres, tandis qu'elle se tourne vers lui, le rictus goguenard, son vieil air de renard accroché aux babines. « Enfin tu vas quand même devoir avouer que je maîtrise la carbonara comme personne, mais là tu ne peux pas lutter. », qu'elle dit, finissant son verre d'un trait.



- Crazy Heart. And this ain't no place for the weary kind And this ain't no place to lose your mind And this ain't no place to fall behind So pick up your crazy heart and give it one more try
 
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Limace



Théodore Sullivan
+ Teddy.
+ 30 ans.
+ Webmaster en freelance.
+ Oulou, Finlande.
+ Américain, du moins était-il en Amérique, à Broadway précisément, lorsqu'il a été recueilli par son père adoptif.
+ Soeur cadette, Andrea.
+ Célibataire.

+ Ne connaît pas ses parents biologiques ; ses premiers souvenirs remontent à cette nuit, dans une rue pluvieuse, où son futur père adoptif a posé ses yeux fauves sur lui.
+ Mordu pour devenir un loup-garou dans sa meute d'accueil.
+ Survivant de sa première transformation.
+ Battu régulièrement par son père ; l'adolescence lui apprend qu'il n'a été recueilli que pour devenir une arme à la solde de l'alpha de sa meute, soit son paternel. Il a toujours subi les coups sans broncher, ce qui l'a renforcé.
+ Âgé de vingt-trois ans, il a fini par se rebeller contre son père adoptif et à la suite d'un combat entre mâles d'une meute, l'égorge.
+ Devient l'alpha de la meute.
+ Avec les responsabilités, pèse sur lui la nécessité de la reproduction.
+ Réclame, et obtient, une année sabbatique afin de découvrir le monde avant de s'enchaîner à une meute dans laquelle il ne s'est jamais senti appartenir vraiment.


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Il l’écoute. Il enregistre les informations avec l’acuité de l’expérience, comme l’alpha officieux depuis la mort de son père, le temps pour la meute de mener l’enquête afin de déterminer si les griffes de l’enfant étaient de légitime défense. Les trois meutes, qui se distinguent par leurs couleurs capillaires. La meute rousse, pour leur territoire. Les protecteurs, moins bien organisés, mais fins connaisseurs du terrain, supputent-ils. Et puis, ça ne durera pas.

La transition est brutale, sans préavis. Il tique en avalant le fond de ses pâtes et lui jette un œil perplexe, pris de court ; pendant qu’elle l’informait, il s’était retranché dans son esprit clôturé pour absorber et analyser tout ce qui était susceptible de lui être utile, occultant tout le reste, l’appartement, son bol entre les pattes qu’il mangeait mécaniquement, et sa proximité. Il n’avait même pas remarqué qu’elle avait braqué, tout ce temps, son regard dans le sien. Désormais, c’est lui qui cherche le sien. Et qui se fige, lorsque le reste de sa tirade fuit de ses lèvres écarlates.

Et elle a l’air d’une petite fille perdue, avec ses genoux contre son ventre et son refus de revenir à ses prunelles. Et il aurait pu s’en attendrir, si ce qu’il entendait ne lui hérissait pas le poil ; littéralement. Pas le choix. Pas besoin d’être cordial. Pas le choix. Les protecteurs du coin ne sauraient pas s’occuper de lui, sinon. Pas le choix. Tant qu’on se partage les corvées. Pas le choix. Partir dès qu’un appartement se libérera. Pas le choix. Pas besoin de manger ensemble si ça le fait chier. Pas le choix. L’habitude d’être seule. Pas le choix.

Pas le choix.

Ca ne devrait pas, et pourtant, ça le fout en boule. Ca le laboure et ça le fait grincer des crocs. Ca le poignarde et ça lui lacère le cœur. Ca ne devrait pas, et pourtant. Parce que tout ça, c’est tout ce qu’il a toujours cherché. Il a toujours travaillé à la tenir à distance de lui. Il a toujours tout fait pour qu’elle croit à son indifférence ; et là, putain, il en a la preuve indéniable. Il a réussi. Au-delà de ses espérances. Il n’a voulu que la garder à distance ; il a réussi à la convaincre de son indifférence.

Pire, de son inimitié.

Et ça le tue, ça l’assassine, ça le crève.

Il a envie de gueuler. Il a envie de lui sauter dessus, de serrer sa mâchoire entre ses doigts crochus et de lui dévorer les lèvres, de presser son corps contre le sien et de la plaquer contre le sol, de sentir sa peau sous la pulpe de ses doigts et de la couvrir de sa chaleur, de son odeur. Il a envie de lui balancer à la gueule, de la manière la plus primitive qui soit, ô combien il n’est ni indifférent, ni hostile. Qu’il est même ravagé par leurs contraires. Il a envie de lui tenir la nuque et lui murmurer à l’oreille tout ce qui se bouscule dans sa tête et dans son cœur, lui avouer le désespoir de ses sentiments et la rage de ses désirs.

Et il y a la peur. La terreur, primitive, sauvage et viscérale, qui lui cloue l’estomac et musèle tout le reste d’une simple pensée. Ses crocs. Sa gorge. Et le reste. Et c’est par la fenêtre qu’il a envie de sauter, pour s’enfuir dans la nuit et libérer de sa peau humaine sa fourrure de loup, s’enfuir, s’enfuir loin, très loin, là où il pourra se rouler en boule et laisser les larmes glisser sur son cœur fracturé.

Il repose son bol sur la table basse avec des gestes prudents qui jurent brutalement avec son tourment violent. La maîtrise, toujours. La maîtrise de son visage et de ses sentiments, quand les coups lui pleuvaient sur la gueule, la maîtrise de son visage et de ses sentiments, quand il la voyait revenir et partir, sans pouvoir rien faire d’autre que de la laisser faire en faisant comme si ça ne le touchait pas. Pour elle. Pour sa sécurité. Pour sa vie.

Il ne devrait pas, et pourtant, ça le fout en boule. Tout ça, c’est logique, tout ce qu’elle dit, c’est tout ce qu’il aurait dû entendre depuis le début. Même, c’est tout ce qui aurait dû être fait depuis le début. Elle, qui vit ailleurs, pas loin, mais ailleurs. Et lui, qui fait sa vie avec sa protectrice dans ses pattes, mais pas vraiment là, parce que c’est son job, d’être un fantôme. Il ne devrait pas, et pourtant, ça le fout en boule.

Parce que tout ce qu’elle dit signifie une chose : il a réussi.

Il est l’alpha, et elle est sa protectrice. Rien de plus.

Finalement, même partir de lui aura pas épargné d’endosser son tout nouveau rôle.

« OK. » La seule chose qu’il consent à dire, d’une voix atone, neutre. Il se lève. « On ira voir l’alpha demain. Et pour le reste, on fera comme ça. » Il ne reprend même pas ses mots. Il ne peut pas. Ils sont comme de l’acide dans ses veines. « Bonne nuit. »

Et il part, referme la porte derrière lui et il se déshabille, calmement, sans empressement, comme si rien ne s’était passé. Il jette ses vêtements dans un coin, comme d’habitude, et puis, alors, il laisse le loup sortir enfin de sa coquille. Et ça lui fait mal, mais cette douleur, qu’il connaît par cœur, et si bienvenue dans tout ce qui le tourmente de l’intérieur qu’il la bénit presque. Le loup, encore sonné par la souffrance engendrée par la transformation, chancelle sur ses pattes, le temps pour lui de reprendre ses esprits, puis ébroue sa fourrure fauve.

Puis il saute par la fenêtre.

Il n’a pas adressé un seul regard à Eddie.
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Long Nights {Teddy / Eddie}
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