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 (E&D) you could be the corpse and i could be the killer

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Nimue
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INSCRIPTION : 12/07/2018
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Tortue



Demelza
von Abbetz

J'ai 17 ans et je vis à Anzing en Allemagne. Dans la vie, je suis une sorcière et je m'en sors très bien, faisant partie de l'aristocratie sorcière allemande et anglaise. Sinon, grâce à ma malchance, je serai (trop) rapidement fiancée et je le vis plutôt mal.
Couleur de dialogue #82628E




ft. dove cameron by © EXORDIUM.
« Juste un peu de lassitude, je crois. J’aimerais que tout ça soit fini, que je puisse de nouveau m’occuper de mes affaires. » Et elle, elle a peur, si peur que ça finisse. C’est d’abord enfoui sous la soudaine douceur dont elle fait preuve, c’est placé de côté, comme beaucoup de ses confusions, de ses instincts, de ses refus, parce qu’elle est une poupée d’insolence pliée à l’autorité depuis si longtemps qu’elle rejette, qu’elle se rejette. Peut-être qu’il veut retrouver sa vie mais que va-t-elle devenir ? Elle ne veut pas être égoïste, elle n’écoute pas ce qui trace sa route dans son estomac. Quand il est amusé, elle sent bien qu’il y’a autre chose, parce que si près, elle a l’impression de commencer à voir les lignes floues d’un livre se dessiner, un dont elle ne maîtrise pas encore la langue mais dont l’alphabet paraît se décliner sous ses yeux, lentement, très lentement - ça non plus, elle ne veut pas. « C’est un ordre ? » « Je ne donne pas d’ordres, Ebenezer. Les pions ne sont jamais que des pions. »

Ca rampe, c’est comme si ça brûlait. « Je t'accorde un peu de mon temps. Je dois partir jeudi pour Munich, alors profite de moi. Si tu dois me demander quelque chose, je veux dire… » C’est comme si elle sentait le bout de ses doigts crépiter et quand elle relève les prunelles vers celles du jeune homme, on y verrait presque danser les flammes d’une colère sourde, soudaine, ou d’une peine enfouie trop longtemps, avec trop de force. La peur, la peur, toujours la peur comme une allumette qu’on craque. « … Je vais vraiment pas y arriver. » L’idée de se retrouver seule entre les murs d’un lieu aussi inconnu que sombre semble déclencher la vague qui la submerge mais elle ne pleure pas. « Comment est-ce que je suis supposée te.. plaire assez en si peu de temps ? » Le calme n’a pas duré, la solution de sa mère ne fonctionne que pour les enfants, se dit-elle, sur le moment, et on lui demandait de ne plus en être une si vite, de façon si violente selon elle, qu’elle perd pieds. Le noeud du problème se dénoue devant lui, elle heurte son propre refus d’y songer, incendie intérieurement tout ce qui lui permettait de passer outre une évidence qui la frappe, couve depuis leur discussion.

« Habitue-moi.. s’il te plait. » La voix tremble un peu mais il y’a une sorte d’assurance étrange dans la douceur de la demande - elle n’aura pas d’autre chance. Elle ne veut pas qu’il parte en la laissant avec ça, cette interrogation qui pourrait grandir sans personne pour contenir ce qui pourrait noircir ses nuits. Ou les ensanglanter. « Habitue-moi à toi. » Une autre nuance. Une autre couleur dans la palette. Ca brûle toujours, autour du coeur fragile, ça crépite encore dans l’esprit instable mais la silhouette se redresse, le regard se fait plus déterminé. « Je ne pourrai pas te laisser me toucher, dans le cas contraire. » Elle attrape une de ses mains, la tendresse aussi est plus courageuse. « Je ne veux pas t’en vouloir ou te haïr pour une nuit. Et tu ne me laisseras pas me dérober. » Elle pourrait bien passer deux mois  à inventer une supercherie mais les hommes n’ont pas cette peur, n’ont pas ce besoin d’esquiver, surtout pas un homme comme celui qu’elle devait épouser. « Je veux retrouver le calme. Je te promets que je ne demanderai plus rien. Je veux juste reprendre le contrôle. J’ai besoin de savoir ton odeur, le rythme de tes pas, la couleur de ton ombre. La peur est l’ennemie du contrôle. » De celui de la façade qui pare ses apparitions sociales, du contrôle de la magie aussi, de son propre esprit en déroute. Tout ira bien, chaton dirait grand-mère. « J’ai pas peur de toi. J’ai peur de.. pas savoir. » Il a dit que l’empoisonnement n’était pas le genre de la maison, son calvaire pourrait être long. « Habitue-moi et je redeviendrai celle qu’on t’a promise : silencieuse et docile. »        

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Sha
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Flash



Ebenezer von Hohnstedt
J'ai 17 ans ans et je vis tout en haut de Feldberg, dans un Manoir qui surplombe la Schwarzwald et Baden Baden, en Allemagne. Dans la vie, je suis un sorcier. Mon sang est celui de l'aristocratie sorcière allemande et anglaise. Sinon, grâce à ma malchance, je serais prochainement fiancé et je le vis plutôt mal.




ft. James Bay
couleur – 232169
– … Je vais vraiment pas y arriver.

Elle semble si fragile à ce moment qu’il n’ose pas la contredire. Elle est bien trop jolie quand elle semble perdue, prête à s’effondrer. Bien trop de folie en lui pour savoir à quel moment il faut la rattraper, plutôt que de la dévorer quand elle souffre. Son œil est avide pourtant, de ce visage de porcelaine froissé par la douleur.

– Comment est-ce que je suis supposée te.. plaire assez en si peu de temps ?

Faut-il seulement qu’elle lui plaise ? Il ferme les yeux, quelques secondes. En son for intérieur, une petite voix se fait entendre. Impossible de discerner ce qu’elle lui susurre à l’oreille, mais le visage d’Ebenezer ne se tord en rien. Impassible, il rouvre les yeux. Ils sont toujours d’un bleu profond, d’un bleu des abysses qui n’ont pas de fond.

– Habitue-moi.. s’il te plait.

A quoi ? A cette maison qui ne tient qu’à la seule volonté de son Maître de ne pas la réduire en cendres, elle et tous ses fantômes ? Il la jauge.

– Habitue-moi à toi.

C’est déjà ce qu’il fait en se montrant si patient avec elle, ce qui fait qu’il est ici et pas dans les jardins ou dans le laboratoire. Il sert un peu la mâchoire cependant, car elle approche et il ne veut pas. Il refuse. Son corps se tend.

– C’est dangereux... murmure-t-il.

– Je ne pourrai pas te laisser me toucher, dans le cas contraire.

Il ravale sa salive, car plus elle est proche, plus sa bouche se remplie. Il salive comme si elle était un repas savoureux, un morceau de viande prêt à être dévoré. Il ravale aussi vite qu’il peut, mais ses pupilles se sont dilatées à son contact. Il y a quelque chose en lui qui gratte, quelque chose dans le fond de son estomac qui réclame.

– Je ne veux pas t’en vouloir ou te haïr pour une nuit. Et tu ne me laisseras pas me dérober. Je veux retrouver le calme. Je te promets que je ne demanderai plus rien. Je veux juste reprendre le contrôle. J’ai besoin de savoir ton odeur, le rythme de tes pas, la couleur de ton ombre. La peur est l’ennemie du contrôle.

Il le sait bien aussi. Il n’a jamais vraiment eu peur, sauf en rares occasions, et ce fut bien les pires de sa jeunesse. Il ferme les yeux car son myocarde s’enrage et qu’il aurait bien envie de planter ses dents dans sa chair blanche. Pour sûre qu’elle serait blanche. Elle ne peut que l’être venant d’une petite colombe.

– J’ai pas peur de toi. J’ai peur de.. pas savoir.

– Demelza...

Le soupire se meurt sur ses lèvres à peine traversées. Elle ne comprend pas. Il est dangereux. Plus qu’elle ne peut le savoir, et plus le temps passe, plus elle se rapproche dangereusement de lui. Plus elle demande. Elle finira comme son père. Elle finira comme Siegfried, tôt ou tard, à s’accrocher à lui. En vain. Il ferme les yeux, cherche à raisonner son être qui bascule.

– Habitue-moi et je redeviendrai celle qu’on t’a promise : silencieuse et docile.

– Je n’ai jamais voulu d’une femme docile.

Il a rouvert les yeux et son ton est de nouveau impérieux. Les pupilles se sont encore davantage dilatées, et comme il la surplombe là, il peut voir sur son visage la myriade de sentiments qui la traverse à ce moment-là. Il peut y voir tout et beaucoup plus quand sa main vient chercher son menton, le soulever avec autorité. Il la jauge encore, toujours, cherche à capter les sensations qui ne le traverse pas. Il se sent prisonnier de ce corps qui se sent irrémédiablement attiré.

Parce que le corps est faible, et que l’esprit est assailli. Il vacille, se penche, embrasse d’abord ce front blanc offert. Il renifle également le parfum qui se dégage de la jeune fille, odeur sucrée et enivrante. Il dépose un nouveau baiser, cette fois sur sa pommette. Ses doigts tiennent toujours son menton en place. Son ombre tout entière la couve, la cachant des rayons lumineux qui percent.

– Tu es dans mon ombre, murmure-t-il du bout des lèvres, tu es mon ombre... tu devais être ma lumière...

Il effleure ses lèvres, la guettant de ce regard trop sérieux. Ses épaules sont lourdes, mais il tient bon contre le soleil qui frappe, furieux qu’on lui vole une fille peut-être. Le corbeau n’en dit rien. Il se contente d’une autre main de lui attraper le flanc et de la rapprocher de lui. Il se dégage d’Ebenezer à ce moment-là comme une chaleur malsaine. Une aura qui ferait reculer n’importe qui.

Une aura qui porte toute la magie secrète dont il use.

– Je te protégerais de tous, mais tu devras te protéger de moi.

Il ne l’a toujours pas embrassé, car cela lui semble irréel. Qu’est-ce qu’il est en train de faire ? Il ferme les yeux, un petit instant, ses sourcils se fronçant. Son esprit est assailli. Il va brûler son âme à la mettre si proche d’un feu sacré comme le sien.

– Je peux t’apprendre à te contrôler... La danse, la magie, la musique... Tout ça, c’est la même chose. Ça demande de la mesure.

Il souffle, refuse toujours de l’embrasser. Au lieu de ça, il vient déposer ses lèvres sur le carré de son visage, sur l’épine de sa mâchoire et même jusque dans sa gorge.

– Tu les sens, toi aussi ? Elles t’appellent, pas vrai ? Elles sont toujours comme ça... Tu dois être forte.

L’Aura qui les entoure ne laisse place à aucune lumière, à aucun espoir, à aucune émotion. Juste un vide sombre et obscur. Il ferme les yeux, alors que ses dents se plantent dans la gorge de Demelza. Soubresaut de plaisir au fond de lui-même. Son ventre se réveille, les émotions se poussent, entre envie et fureur.

Le Vide n’aime pas. Le Vide refuse. Alors il attaque l’esprit de petites paroles, de petits maux. Ebenezer le sent, mais il n’a pas peur. Il a l’habitude.



Oh Darling,
Darling, What I have done ?
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Nimue
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ft. dove cameron by © EXORDIUM.
Quand il soulève son menton avec autorité, les deux billes d’azur se teintent d’un air de défis. Je n’ai pas peur de toi semble souffler le regard. « Tu es dans mon ombre, tu es mon ombre... tu devais être ma lumière… » Pourquoi ? voudrait-elle lui demander mais elle n’en fait rien, car déjà elle se sent assaillie par l’assurance de chacun des gestes du sorcier, par sa propre inexpérience aussi, elle qui se crispe quand il la touche. Il la rapproche de lui ; il y’a une seconde de résistance, petite mais palpable. Quelque chose lui donne la sensation d’étouffer, d’être violemment repoussée tandis qu’il la couve de tout ce qu’il est. « Je te protégerais de tous, mais tu devras te protéger de moi. » « Je ne peux pas.. » C’est un murmure, une plume de colombe qui s’écraserait au sol. Comment pourrait-elle se protéger de lui ? Elle sent bien entre ses mains qu’elle n’a aucun moyen de fuir ou de se défendre, aucun moyen de rejeter tout ce qu’il dégage et qui, il faut bien l’avouer, ne la fait pas frémir de la meilleure des manières. « Je peux t’apprendre à te contrôler... La danse, la magie, la musique... Tout ça, c’est la même chose. Ça demande de la mesure. » Les lèvres envahissent sa peau, l’ombre envahit son monde, poupée prise entre les griffes d’un monstre dont le visage cache bien des enfers. Il y’a ce paradoxe, cette peur sourde dans sa tête et l’enveloppe charnelle qui, doucement, cesse de résister. Elle ne sait pas si elle apprécie sa chaleur, elle ne sait pas si elle doit s’abandonner ou l’aider. Elle le laisse rôder sur l’épiderme, s’approprier ce qui n’est pourtant qu’à elle, elle a demandé alors, les yeux fermés, elle ne se défend pas.

« Tu les sens, toi aussi ? Elles t’appellent, pas vrai ? Elles sont toujours comme ça... Tu dois être forte. » Elle revoit l’incendie, derrière ses paupières closes, le feu qui lèche les rideaux, avale les portraits de famille, elle se revoit tentée de rester, d’avancer pour voir et entendre. Elle ne se souvient pas bien, la petite fille, elle sait seulement que le sommeil était profond, le vide intense - comme là. Et elle est arrachée au fil de ses pensées par les dents, par cette petite douleur qui lui arrache un petit cri qu’elle étouffe d’elle-même en plantant les ongles dans la nuque, sans retenue, sans essayer de l’épargner. Elle savait bien, qu’elle la paierait, sa demande mais elle ne reprochera pas à Ebenezer sa propre décision, elle a réclamé. Demelza s’agite, déplace la main de la nuque jusqu’à l’épaule, pour essayer de le faire reculer, de l’écarter, pour qu’il ne la dévore pas. Elle s’agite contre lui, la créature avalée par toute cette ombre. « Arrête.. Ebenezer je.. » Le souffle est plus court, le coeur s’emballe, il peut presque l’entendre, le myocarde qui accélère sa course avec violence.

C’est rouge. Un joli rouge sur ses ongles. Elle peut le sentir, le voir. L’agitation cesse et elle oublie. Elle oublie de se débattre. Elle tremble toute entière. A quoi il a goût ? Est-ce qu’il est comme une rivière fraîche la nuit ? Est-ce qu’il a la saveur des hivers ? Est-ce qu’il est comme un fruit qui n’aurait poussé qu’à l’ombre, donnant au liquide les délices des monstres dans les placards, du diable toujours orné des meilleurs atours afin d’attirer les innocents ? L’index glisse entre ses lèvres, efface les petites gouttes de sang sur la langue curieuse. « Tu ne dois pas. » ose-t-elle enfin, reprenant avec difficulté la maîtrise d’elle-même, de sa volonté. « Tu ne dois pas laisser de marques. Je dois être irréprochable.. pour le mariage.. » Ca crépite encore, elle entendrait presque le son caractéristique d’un brasier à portée de main, l’odeur de cendres s’offrirait presque un passage vers ses sens mais elle n’écoute pas, elle refuse d’écouter les fantômes qui rôdent dans des souvenirs enfouis. « Pour eux, je ne suis pas encore à toi. » Pourquoi est-elle si prévenante ? Pourquoi est-ce qu’elle accepte ? Peut-être la mort est-elle plus attrayante qu’une demi-vie, peut-être qu’avec un instant de douleur, il pourra la tuer, la libérer de sa cage sans âme, sans couleurs - sa cage de petite fille bridée. « Reste avec moi. N’écoute pas. » Il y’a une larme, juste une, qui a glissé jusque dans son cou, tracé sa route salée sur la peau claire. Elle est toujours accrochée à lui, si fort, elle ne s’en rend pas compte. C’est à son tour de l’emprisonner. Lui tisser un cocon doux, une toile d’araignée aussi délicate que résistante, qui cherche à attraper la lumière, à ramener un peu d’équilibre dans toute cette folie. Elle a toujours un peu peur mais ça n’est pas ce qui compte : ce qui compte, c’est montrer qu’elle ne lui en veut pas, qu’elle accepte leur sort, même si ça ne ressemble en rien à ce qu’on lui a dit du mariage. « J’ai pas peur de toi. Je ne veux pas avoir peur de toi. » répète-t-elle, tendrement.         

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Sha
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Ebenezer von Hohnstedt
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ft. James Bay
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– Arrête.. Ebenezer je..  

Il ferme les yeux, se raccroche un peu à cette voix qui l’appelle, qui le maintien hors de l’eau. Est-ce qu’il peut s’accrocher un peu plus à elle ? Ses lèvres rougies par son sang gouttent le métal de son hémoglobine. Il a mordu trop fort. Il sait qu’il ne fait jamais les choses à moitié. Il ravale sa salive, les yeux plongés dans le sien.  

Pourquoi est-ce que tu trembles si tu n’as pas peur ?

Bien sûr qu’elle a peur. Il a un sourire en coin, amusé par ses remparts qu’il finira tôt ou tard par faire exploser. Capable de tout et de rien à la fois, il finira bien par entrer dans son être, plonger ses mains au plus profond de son sein pour en sortir son âme et la dévorer enfin à la façon des démons. Est-ce que sa grande aïeule serait fière ? Certainement pas. Mais elle est morte, Lenore et Siegfried aussi. Tout le monde est mort.

Il est seul.

– Tu ne dois pas. Tu ne dois pas laisser de marques. Je dois être irréprochable.. pour le mariage..

– Je ne ferais rien qui ne soit irréparable...

De nouveau ce sourire carnassier, ce sourire prêt à avaler le monde tout entier. Ses doigts courent sur les hanches de la jeune femme, il se penche de nouveau, se rapproche pour former de nouveau cet étrange être à quatre bras et quatre jambes, tumulte désastreux en devenir.

– Pour eux, je ne suis pas encore à toi.  

Il a une petite moue.

– C’est pourtant eux qui t’ont donné à moi.  

Et leur avis lui importe peu au final. N’a-t-il jamais fait que ce qu’il a toujours voulu faire ? Eberhard et son visage stoïque a toujours détesté son aplomb légendaire, son “culot” comme il dit souvent. Ebenezer est un enfant unique et seul. Seul viable. Seule tentative sortie du ventre de sa mère, du ventre noir de sa génitrice déjà démente. Siegfried ne peut pas être le père de cet enfant, avait dit Eberhard. Les enfants von Hohnstedt ont tous les cheveux blancs comme les cieux. Ils sont les enfants de la Lumière, les plus proches du Saint Seigneur. N’ont-ils pas eu une ange comme mère fut une époque ? Une ange ayant renié Dieu, ayant arraché ses ailes, pour mieux aimer un homme au cœur mortel ?  

Son crâne se remplit de sons, de voix, de cris, de larmes. Une ange pleure, un démon rit. Il ne sait plus qui il est dans tout ça. Une partie de Lenore, le fils de Siegfried, un sang noir mais un visage d’ange. Elle s’accroche à lui. Son étreinte est la seule chose qui le tienne encore fermement sur terre. Il y a une part de lui qui la déteste, une autre qui l’envie.

– Reste avec moi. N’écoute pas.  

Il fronce les sourcils et niche son visage dans son cou. Le goût du sel, son odeur, enivrante et tendre. Il ne se rappelle pas Lenore avoir pleuré, ou peut-être que si. Une seule fois. Devant le corps sans vie de son mari. Siegfried était si beau, même dans la mort, si beau. Il lui a tendu la main, mais elle ne l’a pas prise. C’était déjà trop tard pour Lenore.

C’est déjà trop tard pour lui.

– J’ai pas peur de toi. Je ne veux pas avoir peur de toi.

Il inspire profondément, caché au creux de sa gorge. Il est caché ici, au milieu de ses longs cheveux blancs, contre sa chaleur et son sang pulsant dans ses veines. Il aimerait y rester, longtemps, à l’abris de tous les regards, mais il sait que c’est impossible. Il sait qu’ils sont nécessairement là, partout, autour de lui, en lui.  

Quand il relève la tête, tenant fermement Demelza contre lui, il la voit.  

Elle est .

Un frisson désagréable remonte son échine et lui tire une grimace. Dans le dos de Demelza, le regard vitreux plongé du fantôme se plonge en lui. Ses longs cheveux tombent sur ses épaules, en une cascade obscure, abyssale même. Elle lui sourit. Elle ne voit pas Demelza. Elle ne voit que lui.

La confiance est ta faiblesse.

L’espoir est une illusion.

Elle s’approche. Il ressert son étreinte sur Demelza, prêt à la broyer contre lui.

Elle se retourna contre toi.

Ses yeux noircissent, ses cheveux se dressent tout autour de sa tête. Il sert plus fort.

Tue-la avant qu’elle ne te tue.

– Ça suffit !

Il la repousse à bout de bras, tenant fermement ses épaules. Il la fixe, à bout de souffle comme s’il avait couru pendant dix siècles. Dix siècles de sang, de douleur, de souffrance. De peur. Il a eu peur. Il la fixe, quelques longues secondes, parce qu’il ne sait pas comment lui dire qu’elle devra toujours avoir peur de lui, parce qu’il n’est pas encore prêt à gagner. Parce qu’à chaque fois, il perd un peu plus.

Il ravale sa salive et finalement retire ses mains de sur ses épaules, reprenant un peu de substance.

– Ne me touche pas.

Il recule d’un pas, en colère contre elle, contre leur proximité. Pourquoi est-ce qu’elle doit s’imposer alors qu’il le lui a dit, cent fois déjà ? Bien sûr qu’elle ne peut pas la voir, mais il refuse à le lui dire. Il se laisse tomber dans le lit, assis, pour mieux se masser les tempes dans lesquelles frappent les cris et les hurlements des furies qu’il contient. Il essaye, tant bien que mal.

Mais les rideaux se ferment brusquement, coupant toute l’entrée de lumière dans la pièce. Il grogne entre ses mains qui couvrent son visage, parce qu’il y a encore et toujours cette image, ce besoin. Il a envie de vomir. Il a envie de tuer.

Il a envie d’être seul. Seul il n’est un danger pour personne, sauf peut-être pour lui.

Plus il frotte ses mains contre son visage, plus ses phalanges deviennent noires. Sa peau se pare d’une drôle de carapace d’ombre alors que l’odeur se fait nauséabonde. Au fond de la chambre, le piano déraille. Le son qui en sort est comme des cris de douleur que l’on tire aux cordes. Les meubles tremblent sur leurs pieds de bois, alors que se renversent la porcelaine qui tombe en mille morceaux sur la table.

– Ne m'approche pas... Laisse-moi...

Il enfonce ses doigts dans ses cheveux. La douleur qui lui traverse le crâne est aussi brutale qu’inattendue à cette heure de la journée.

Il sent le sang qui coule sur son menton, de son nez. La bouche a le goût d'hémoglobine. Pourquoi est-ce qu'il saigne ?



Oh Darling,
Darling, What I have done ?
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Nimue
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« Ça suffit ! » Elle ne pensait pas qu’il pourrait l’atteindre, pas au coeur, pas comme ça. Elle a bien imaginé qu’il lui ferait mal physiquement, que la nuit de noces signerait le début d’un régulier calvaire douloureux mais elle n’a pas pensé à cette souffrance là, si vite, si tôt. « Ne me touche pas. » Elle recule, en écho. Elle recule vers la sortie, vers la porte, de plusieurs pas maladroits, raides. Pourquoi il est en colère ? Pourquoi est-ce qu’il lui en veut ? Elle ne lui plait pas. Elle le déçoit. Est-ce que c’est le goût de sa peau, de son sang ? La main se pose sur la blessure rouge, elle commence à réaliser qu’il a vraiment mordu, que ça va déjà trop loin. Les rideaux se ferment, elle sent son estomac se nouer. Le spectacle la tétanise, elle est là, debout, un bras resserré contre sa poitrine, l’autre comprimant toujours la plaie de son cou et l’odeur la prend à la gorge, l’horreur l’étouffe. Toute cette noirceur, elle n’y était pas préparée, elle n’y a pas été habituée. Et quand le piano déraille, elle se remet à bouger, elle est prise d’une panique incontrolable qui le pousse à retrouver cette porte, à chercher la fuite, la paume sur la poignée. Elle pleure. Elle pleure autant parce qu’elle est impuissante, parce que tout ça n’a pas de sens, parce qu’elle n’a pas mérité cette situation, elle a voulu être une bonne fille, une qui accepte son sort, qui se laisse faire, qui se laisserait posséder sans rechigner. Le mobilier tremble autant qu’elle, la porcelaine se brise. « Ne m'approche pas... Laisse-moi… »

Collée contre la surface solide, tremblante de tout son être, elle laisse les larmes rouler. Elle n’est qu’une gamine, qu’une enfant, elle ne peut gérer ça. Elle ne peut pas survivre à ça. Elle voudrait sortir, partir, s’échapper mais quelque chose la retient, même si elle ne le regarde plus, même si elle semble vouloir se fondre dans le décor jusqu’à être oubliée, avalée. Demelza ne va-t-elle pas promettre ? Ne va-t-elle pas jurer être présente, pour le meilleur et pour le pire ? Il est là, le pire, juste à côté d’elle, en perdition sur ce lit dont elle se sent subitement si loin. Laisse-moi a-t-il ordonné. Elle désobéit. Il ne veut pas d’une femme docile. Malgré la peur, malgré la nausée qui la prend aux tripes, elle fait le chemin inverse, revient vers lui pour se laisser tomber à genoux à côté du lit. Le visage vient s’enfouir entre ses bras croisés sur le matelas, parce qu’elle est secouée de trop de sanglots, mais elle est là, elle lui impose une présence, le simple fait que quoi qu’il fasse, elle n’abandonnera pas. C’est trop tard. Trop tard pour rentrer à la maison. C’est ici, maintenant, la maison.

Ce n’est qu’au moment où elle réalise qu’il saigne, en osant un regard vers lui, que l’amertume envahit sa bouche, dévore la maîtrise. « Cela doit cesser. » Elle peine à se relever mais ne s’avoue pas vaincue, elle contraint son corps à lui obéir, même si elle suffoque, même si elle est une pauvre colombe engluée dans un piège de ténèbres. Le rideau devient sa cible. Le rideau qu’elle veut ouvrir pour lui montrer qu’il y’a encore de la lumière, quelque part, qu’ils auraient pu s’entendre et qu’il doit revenir parce que même si il la rend, même si il la met dehors, au moins elle aura essayé. Ce rideau qui récolte toute sa colère - ça allait presque bien avant qu’il ne se ferme.

Mais d’en haut, il brûle, alors qu’elle tire dessus difficilement, vacillante. Son propre cri lui semble étranger quand elle recule, elle ne veut pas ajouter au cauchemar, elle veut juste réparer, elle veut juste aider, elle veut l’aider lui, pas empirer les choses. Elle cherche la bougie responsable tout en refusant de se souvenir qu’ils étaient dans le noir le plus total. Au moins, il y’a autant de lumière qu’elle en a tant voulu. Une lumière à laquelle elle ne reconnait pas la chaleur délicate d’un feu de cheminée, à laquelle elle ne voit finalement rien de beau, rien de bon. « Non. Non, assez ! » Est-ce qu’elle devient folle, elle aussi ? Où est le vrai du faux ? La talentueuse habilleuse d’illusions de couleurs n’est plus qu’une marionnette entre les doigts d’une demeure qu’elle est prête à jurer maudite. Elle est éveillée. Il n’y’a jamais d’accidents quand elle est réveillée. « Si tu veux que je te laisse, tu dois me tuer. Me laisser mourir là. » C’est assez distinct pour qu’il l’entende, malgré l’étau dans lequel elle a l’impression d’être prise, à devoir choisir entre les ombres qui dévorent le jeune homme et ce qui la tourmente elle, de l’intérieur, qui a l’air de ramper dans ses veines. « Je voulais juste apprendre à t’aimer.. je suis désolée.. » Toujours désolée, de tout, d’exister, qu’on la lui impose, qu’elle s’impose, qu’il s’effondre, qu’elle s’étiole. « Fais un choix, Ebenezer. Choisis, maintenant ! » Choisir ce qu’il va faire d’elle. Qu’il la réduise en charpie, si ça lui chante mais elle ne veut pas avoir son état sur la conscience. Ca lui fait mal, parce qu’elle ne sait pas ce qu’il a, ce qu’il se passe, la raison de ce qu’il est.          

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Sha
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Ebenezer von Hohnstedt
J'ai 17 ans ans et je vis tout en haut de Feldberg, dans un Manoir qui surplombe la Schwarzwald et Baden Baden, en Allemagne. Dans la vie, je suis un sorcier. Mon sang est celui de l'aristocratie sorcière allemande et anglaise. Sinon, grâce à ma malchance, je serais prochainement fiancé et je le vis plutôt mal.




ft. James Bay
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Elle t’abandonne.

Ses yeux ne voient rien, mais Ebenezer entend parfaitement le bruit étouffé des pas qui s’échappe, qui s’éloigne dans l’obscurité. Il ferme les yeux, quelques longues secondes. Il n’a pas si mal que ça. Pourquoi est-ce qu’il aurait mal ? Est-ce qu’il l’aime ?

Tu ne peux pas l’aimer.

On n’a qu’un seul amour.

Je suis ton seul amour.

Ses poumons brûlent légèrement et il a envie de cracher, de vomir même, mais s’il vomit, il sait qu’il n’y aura que du sang. De l’hémoglobine chaude, brûlante, dans sa trachée, dans ses sinus. La douleur assombrit sa vision. Il souffle, lourdement, parce qu’il lui est impossible de respirer par le nez. Impossible quand le flot s’écoule comme s’il était en train de mourir. Il a l’habitude. Il a déjà vécu pire. Il lui suffit de reprendre le contrôle. D’aspirer de nouveau sa magie qui s’échappe.

De rattraper ce Vide, comme sa mère le lui a montré, comme sa mère le lui a appris jadis, au temps où sa seule chaleur savait le réchauffer. Elle apaisait son âme d’une caresse sur ses joues, plongeait dans ses yeux apeurés son regard froid et pourtant plus chaud que l’été. Qu’il aimerait qu’elle soit encore là, qu’elle soit encore à caresser le fond de son âme.


Il n’entend rien, là, la tête entre les mains, prostré. Il a besoin que ce sang s’écoule, ce sang qui est plus noir que le jais. Ce sang qui sent la mort, qui est pourri, comme lui, comme le fond de son âme. Il ne sait plus depuis quand son sang n’est plus rouge.

Quand la lumière enfin entre dans la pièce, il sert davantage ses doigts sur ses tempes. Ses oreilles se mettent à bourdonner et la plupart des meubles se retournent mais ne tremblent plus une fois au sol. Il sert plus fort son front entre ses doigts, le crâne prêt à exploser sous ses centaines de voix qui se mêlent et s’entremêlent en gémissements, tantôt de plaisir, tantôt de douleur, parfois il est même difficile de les différencier vraiment.

Puis soudain, enfin, le silence.

Dans son esprit, dans son âme.

Le Vide se remplit, le temps d’une voix claire.

– Si tu veux que je te laisse, tu dois me tuer. Me laisser mourir là.

Il relève la tête, juste assez pour qu’elle entraperçoit ses ongles noirs, ses yeux rougis, son menton couvert de sang. Juste assez pour l’apercevoir, elle, la Lumière, et l’autre, le Néant. Elle se tient si proche d’elle, si loin à la fois. Elles sont similaires, à ça près que l’une revêt le doux visage de sa défunte génitrice. Son sourire est différent cependant – il ressemble davantage au sien, à ce sourire carnassier.

Quelques longues secondes, il fixe d’ailleurs l’image invisible et imaginaire de Lenore. Il la fixe. Le sang s’est arrêté de couler.

– Je voulais juste apprendre à t’aimer.. je suis désolée..

Personne ne peut t’aimer, sauf moi, ricane l’image en fond, il n’y a que moi qui connaît le fond de ton âme, le secret de ta conception... Tu ne voudrais pas faire de peine à Maman, Ebenezer ?

Son cœur rate un battement.

– Fais un choix, Ebenezer. Choisis, maintenant !

Sa voix le rappelle à lui. Le regard perdu dans le vague revient à la lumière, se repose sur Demelza qu‘il voit enfin, entière, debout, forte. Ne lui avait-il pas dit de partir ? Il la fixe, de longues secondes, parce qu’il a l’impression d’halluciner. Son visage lui rappelle celui de Siegfried, les sourcils froncés mais l’air toujours attentionné. Prêt à donner sa vie pour sa femme et son fils. Prêt à tout pour lutter contre la gangrène qui s’était abattue sur le ventre de la jolie Lady Grey.

Sur cette gangrène qui avait poussé, qui s’était nourri de cette magie, qui s’était accaparé un peu tout. Il l’avait entendu un soir, il n’était qu’un fragment d’âme. Même pas un être complet. Juste un reliquat.

Il la fixe toujours. Le sang commence à sécher. Les tremblements ont fini. Les ongles sont de nouveau blancs. Au loin, il entend un piano.

Elle a disparu.

– Je... Il balbutie, encore abasourdi, je...

Il lève sa main, regarde dans le creux de cette dernière. Ça le chatouille, comme des centaines de fourmis.

Du sang rouge.

Il n'arrive pas à résister à la sensation subite, sa tête devient lourde, le corps est entraîné par le poids. Tout bascule, il fait soudainement noir.

Ça fait “boom” sur le sol.



Oh Darling,
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Nimue
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Demelza
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Demelza n’est pas de celles qui décident, elle n’est pas de celles qui ont vraiment leur vie en main. Elle subit le chemin qu’on lui trace et slalome afin de déterminer comment y survivre, guère plus. Elle le voit tomber et reste interdite, un moment. Elle hésite. Il y’a tout ce sang qui s’est échappé de lui. Est-ce qu’il a choisi ? Elle soupire, non de lassitude mais de soulagement. Les lieux ont l’air d’avoir subi un carnage et plantée au milieu, elle n’est qu’une trop petite lumière.

…*…

Peut-être qu’elle n’est pas du genre à décider mais désormais, la chambre est propre, les draps sont changés, le sang a été nettoyé. Elle n’a pas demandé d’autorisation, elle n’est pas allée chercher un quelconque domestique. Elle a effacé les traces de ce duel insensé qui s’est joué sous ses yeux, sans qu’elle n’y comprenne rien, finalement, entre lui et lui-même. Ca la blesse encore un peu, cette façon qu’il a eu de la repousser mais elle accepte. Elle a nettoyé la peau, tendrement, veillant à ne pas trop perturber le repos. Le plus compliqué a été de l’installer dans le lit propre, le reste n’était qu’une sorte d’instinct, elle avait vu sa mère les soigner, prendre soin de ses enfants qu’elle aimait, elle ne faisait rien que cette dernière n’aurait pas fait pour sa famille.

Après avoir veillé à ce qu’il respire convenablement, elle a remis les meubles en bon ordre, rassemblé la porcelaine brisée. Elle a oublié son propre état, oublié qu’elle devrait aussi s’occuper de cette morsure encore douloureuse - ça n’était pas important. Elle s’est tout au plus rafraichie le visage, lavé les mains. La nuisette couleur nuit n’a plus l’air que d’un reste de vêtement de pauvre rescapée d’un quelconque drame, avec ses taches d’hémoglobine, ses morceaux déchirés ; elle n’a pas fière allure, l’aristocrate, et sans ses gestes délicats, cette drôle de grâce, on aurait très bien pu la jeter en cuisine ou l’envoyer faire le reste du ménage de la demeure. Elle se regarde à peine, ça lui est égal que ses cheveux clairs ne soient plus si bien coiffés parce qu’elle s’inquiète pour Ebenezer, pour sa santé, pour ce qu’il va advenir d’eux.

Ca n’est qu’une fois l’ordre ramené qu’elle finit par s’installer sur le lit, à bonne distance : elle ne le laissera pas seul, même s’il doit le lui faire payer.

…*…

Elle s’est endormie, bêtement, en observant à l’horizon. Son corps a glisse sur le côté, sur le matelas et elle s’est laissée engloutir par la fatigue, par le poids de ce trop plein d’émotions en si peu de temps. Lorsqu’elle ouvre les yeux, péniblement, elle a la main posée sur le torse d’Ebenezer - elle est pourtant sûre de ne pas avoir dormi si longtemps. Demelza fronce les sourcils, embêtée, retire doucement ses doigts de là et se redresse. Elle se sent sonnée, rien d’insurmontable, pleurer fatigue dit-on et elle n’a jamais autant pleuré de sa vie, du moins elle en a l’impression. Elle n’aurait pas dû rester, ça n’était pas convenable mais que faire d’autre ? Elle se mord la lèvre : personne ne saura, n’est-ce pas ? Elle ne sait pas où aller, elle ne sait plus quel est son rôle, s’il va la garder ou décider qu’elle est trop défectueuse, qu’il n’apprécie vraiment pas sa présence, son contact, le goût de sa peau. Et cette fois le soupir est triste, tandis qu’elle est assise au bord du lit. Elle rêve d’un interminable bain dont elle ne ressortirait jamais, elle rêve de se laisser couler dans l’eau chaude, de voir voler les bulles parfumées, de ne plus être tourmentée. Elle rêve juste d’un peu de paix, d’une place quelque part, n’importe où, qui ne serait qu’à elle, qu’on lui aurait offerte, pas qu’on s’obligerait à supporter.            

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Sha
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Ebenezer von Hohnstedt
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Dans les rêves d’Ebenezer, il n’y a pas de couleurs. Juste l’obscurité qui l’entoure, dans lequel il glisse. Il y a des voix parfois, au loin, qui lui semble si lointaine qu’il abandonne de comprendre ce qu’elles disent. D’autres fois, elles sont assez proches pour en capturer des bribes. Les sons sonnent toujours familiers, d’autres fois terrifiants. La chute dure de longues heures durant lesquelles il ignore s’il est vivant ou mort. À la fin, il se rend à l’évidence qu’il est un peu des deux.

Ni mort, ni vivant. Survivant.


…*…

Quand il ouvre un œil, la lumière le frappe de plein fouet. Ebenezer referme aussitôt les yeux, fronçant les sourcils, mais il est serein et calmé. La main qui est posée sur son torse l’apaise. Il y a comme une chaleur qui irradie son plexus solaire grâce à elle, à sa caresse. Il ne sait pas si Demelza le sait, ou si elle le fait volontairement, mais elle arrive à toucher si profond dans son aura que pour une rare fois, il se sent plein.

Le Vide en lui se remplit progressivement, et cela le laisse en émoi. Parce que ça fait des années qu’il ne s’était pas sentit aussi bien, aussi fatigué aussi. Aussi humain, surtout.

Sa peau frissonne, alors que son regard court autour d’eux. Tout est rangé. Elle n’a pas fui. Elle est restée, et au lieu de le maudire, elle a tout rangé, elle a tout caché, comme si rien ne s’était passé. Elle n’en a sûrement rien dit à Anselm car elle en a peur.

Le sorcier a un sourire en coin alors qu’il referme les paupières qui se font de nouveau lourdes.

Il se sent bien, là, atrocement bien.

Est-ce qu’il peut rester ainsi ?

Pour toujours ?

…*…

Quelque chose bouge dans le lit. Ça le dérange, mais il ne grogne pas, parce qu’il sait que c’est Demelza. Au lieu de ça, il ouvre seulement un œil, puis un autre. La jeune femme est déjà assise au bord du lit. Elle soupire.

A quoi pense-t-elle ?

Il soupire à son tour, avant de tendre la main vers elle. C'est peut-être la fatigue qui le rend ainsi, mais ses gestes sont plus nonchalants, moins calculés, moins rigides. Il n’a pas la force d’être aussi sévère qu’à l’accoutumée. Il se sent faible, mais ça ne l’effraie pas. Dans cette condition, il n’est un danger pour personne. Pas même pour lui-même.

– Reste, murmure-t-il alors que sa main frôle sa hanche, reste encore un peu.

Ce n’est pas un ordre, plutôt une supplique dit sur un ton doux.

Il se rend bien compte que sans elle, il aurait peut-être perdu tout contrôle. Il sait aussi qu’il lui doit des explications, mais est-elle prête à les entendre ? A-t-elle seulement envie de les entendre toutes ces excuses, ces prétextes pour être ce qu’il est ?

Rien n’excuse ce qu’il a fait, de la morsure à la perte même de sa patience, à la colère qui a grondé en lui et qui a fracassé la pièce. Où est Anselm d’ailleurs ? Il a beau être muet, il a forcément entendu. Sa tête est lourde à réfléchir, mais il insiste.

– Approche, toute petite lumière...

Il est encore fatigué, mais il a besoin d’elle. Il n’a jamais eu besoin de personne depuis la mort de Lenore, mais personne n’avait encore été aussi proche de lui, aussi proche de toucher le fond de son âme du bout des doigts, du bout des lèvres.

Lenore n’avait jamais réussi à allumer en lui quelque chose, car elle était la même. Elle était sombre, elle était vide. Eberhard avait peut-être réussi à coup de génie en offrant au vide un feu inépuisable.



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Nimue
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Elle a un sursaut, quand elle sent la main qui la frôle, la peur gratte encore un peu dans le fond de son esprit. « Reste encore un peu. » Elle entend bien que le ton est différent, que ça n’est pas la colère qui le domine pourtant elle ne bouge pas vraiment, elle a l’air d’hésiter. « Approche, toute petite lumière… » Elle cède, doucement, elle revient s’allonger sur le lit. Est-ce qu’elle a le droit ? Est-ce que ça se fait ? « Je ne suis pas une lumière.. » murmure-t-elle. Elle n’est rien de si pur, même si elle porte souvent du blanc, elle n’est rien de doux, même si elle en a les atours, elle n’est rien qui vaille quelque chose, qui vaille son pardon. Elle culpabilise, comme lorsqu’elle avait douze ans, une vieille culpabilité qui s’extirpe de l’obscurité, qui danse dans le coeur, ramène à la surface les mêmes remords qu’autrefois. Ophélia avait brûlé sans chercher à se défendre peut-être parce qu’elle aimait ses enfants, parce qu’elle aimait plus qu’elle ne reprochait à sa descendance d’être ainsi. Elle n’a jamais su ce qu’il en était, la fillette, elle avait juste vu son père regretter un passé, regretter chaque fois qu’il posait les yeux sur elle, sur sa tête aussi blonde que celle de son épouse. Amalrich n’avait plus jamais été le même. Est-ce qu’elle serait changée aussi ? se demandait Demelza en fixant le plafond. Est-ce qu’on lirait dans ses prunelles, un jour, ses peines ? Est-ce qu’elle brûlerait aussi ?

Lentement, elle s’installe sur le flanc, grimace un peu parce qu’elle a encore l’impression de sentir ses dents dans la chair puis se rapproche. Elle repose la main sur le torse, reprend la position qu’elle avait en se réveillant. Il ne voulait pas d’une femme docile mais qu’importe puisqu’il ne voulait pas vraiment d’elle. Elle ne comprenait d’ailleurs pas bien qu’il lui demande de rester, ça n’avait pas de sens. Elle referme les yeux, se laisse bercer par la douce mélancolie qui reprend ses droits sur son coeur, sur ses pensées. Elle n’espérait rien en passant la porte du manoir, elle espère encore moins à présent. L’espoir blesse, dit grand-mère. C’est une femme expérimentée qui a survécu à trois maris, elle sait mieux ces choses-là. Est-ce qu’Ulrich la regrettera, sa petite soeur ? Il se fait à tout, lui, il est capable d’espérer parce qu’il n’est pas compliqué à satisfaire, finalement, c’est du moins l’avis de la demoiselle. « Je ne voulais pas te décevoir.. » C’est un murmure. Elle voulait seulement arrêter d’avoir peur. C’est vrai que maintenant, la nuit de noces, ça ne fait plus peur. C’est la vie qui fait peur mais plus ça, elle n’y pense plus que comme à un détail, une formalité. « Je ne savais pas que j’étais si fade. » Ca ne la rend pas si triste que ça, c’est embêtant seulement. Embêtant parce que si elle était plus agréable, il préfèrerait, ça ne serait pas une contrainte pour lui, toute cette histoire de mariage.

« Je n’ai pas réussi à réparer la porcelaine.. » ajoute-t-elle, les paupières closes. « D’habitude, je suis douée pour ça, réparer les choses. » Changer, transformer, embellir. Est-ce qu’elle est cassée aussi ? Elle ne bouge pas, la paume de la main donne la tendresse inconsciente et l’esprit continue de s’égarer dans un labyrinthe qui n’a pas de sens, pas de fil rouge sinon celui de tout ce qu’elle est capable de ravaler, comme sentiments.

Et puis elle se redresse, brutalement. Le décor tangue, maintenant qu’elle est réveillée, elle a chaud, il ne lui faut que quelques secondes pour comprendre, pour filer vers la salle de bains. Le petit corps recrache ce qui remue dans son estomac depuis qu’elle a vu tout ce sang si sombre, depuis qu’elle a nettoyé tout ce liquide, ce rouge, ce noir, qu’elle a résisté à ses propres démons, vu ceux d’Ebenezer. Quand enfin elle se rince la bouche, elle a l’impression de s’être libérée d’un poids bien plus lourd qu’elle. Elle croise le reflet un peu pitoyable dans le miroir. « Il faut qu’on en parle.. » Elle le souligne en revenant s’asseoir au bord du lit, près de lui. « Il faut qu’on en parle et que je prenne une douche. » Un petit sourire un peu gêné se dessine sur ses lèvres : diable, c’est ainsi qu’ils jouent à se séduire ? Ne leur a-t-on donc rien appris ?            

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Sha
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Ebenezer von Hohnstedt
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– Je ne suis pas une lumière..

Il a un sourire en coin, mais ne répond rien. Pas la force, pas le courage de lui expliquer que l’espace d’un instant, quand elle avait encore sa main sur sa poitrine, il s’est sentit vivant, il a écouté son propre battement du cœur et ça faisait une éternité qu’il l’avait entendu en vérité. Elle s’est implantée en lui, elle a jailli au fond de son Vide. Il a aimé sa chaleur. Il sait qu’il ne devrait pas s’en approcher de trop près, mais l’allumette a tout fait flamber.

Ebenezer est bien, là, sous les draps et les couettes chaudes. Comme un nid qu’on aurait fabriqué juste pour lui, il s’y sent à l’aise, en sécurité. Quand elle approche de nouveau, il n’a pas peur, ni d’elle, ni de lui faire mal. Il sent que sa magie est stable, endormie au fond de lui, bien couverte par les braises qu’elle a versé là, quelque part, près du cœur.

– Je ne voulais pas te décevoir..

– Tu ne m’as pas déçu, répond-t-il avec douceur.

Sa main sur lui le réchauffe de nouveau. Il est fatigué, mais assez vivant pour sentir la palpitation élevée de son myocarde. Il imagine qu’elle doit aussi le sentir ce cœur qui bondit dans sa cage thoracique.

– Je ne savais pas que j’étais si fade.

Fade... Un rubis est-il fade de n’être que rouge ? Non, bien sûr, il est à la fois carmin, vermeille ou grenat. Tant de facettes, tant de couleurs. Pas juste du rouge. Pas juste des flammes incontrôlables. Il inspire profondément, et doucement, sa main glisse jusqu’à elle, vient contourner sa tête pour mieux se glisser dans son dos et la rapprocher de lui. À peine. Pas de quoi choquer la morale ou la brusquer non plus. Fade ce n’est pas le mot, comme dirait Eberhard.

– Je n’ai pas réussi à réparer la porcelaine.. D’habitude, je suis douée pour ça, réparer les choses.

Il a un petit rire, malade, fatigué.

Pendant quelques secondes, le visage d’Eberhard lui apparaît. Le vieil oncle lui rappelle son père, aussi blond, aussi brave aussi. Jamais à prendre les chemins les plus courts et les plus simples, parce qu’à vaincre sans périls, on triomphe sans gloire. Est-ce qu’il aurait tout prévu, depuis le début ? Une jolie figure c’est vrai, ça pourrait être pire. Elle aurait pu fuir. Peut-être qu’il a vu en elle un espoir, infime, de le ramener à la réalité ? De combler ce trou dans sa poitrine ?

Il ferme les yeux, alors qu’elle se redresse.

Il ne la poursuit pas, il ne s’étonne pas non plus. Il est juste surpris que c‘ait pris autant de temps.

Dans la chambre, le piano s’ajuste. Ses touches s’activent, mais il n’y a aucun fantôme sur le tabouret. Il se remémore Franz Liszt. Son père l’adorait. Il jouait souvent Liebestraum. Le “rêve d’amour”. C’était ce qu’il avait promis à Lenore. Il avait échoué c’était vrai, mais Siegfried n’avait rien d’un homme qui répare les choses. C’était un homme bon, un homme juste, mais un guerrier avant tout. Un guerrier manipulé par Lenore qui avait enroulé ses doigts noirs autour de son cœur.

Il avait aidé, il avait essayé, jusqu’au bout, de la sauver. De la ramener. Jusque dans ses crises où il éclairait tout jusqu’au fond de son âme.

Siegfried avait oublié une chose : le Vide ne connaît ni ténèbres, ni lumière. Par définition même, il absorbe tout et ne donne rien.

Comment avait-il donné naissance à un enfant alors ?

Pour quelles raisons, surtout ?

Ebenezer ferme les yeux, se laisse guider au son du piano. Ça dure quelques longues secondes, paisibles.

– Il faut qu’on en parle et que je prenne une douche.

– Il y a une baignoire, dans la suite.

Il ouvre doucement les yeux et se redresse finalement, avec un petit soupir. La fatigue l’engloutit mais il lutte pour ne pas se rendormir. Il peut parler. Il sait qu’il peut lui en parler parce qu’elle n’a pas fui, parce que le monde entier n’est pas au courant que les doigts d’Ebenezer von Honhstedt devienne noirs, que ses serviteurs ont tous la langue tranchée ou qu’encore, tout est noir et sombre dans son Manoir maudit.

– Va faire couler l’eau. J’arrive.

Elle ne peut pas vraiment comprendre, mais il a fait un choix. Son choix. Pas le meilleur sans doute, mais dans la vie, on fait comme on peut, pas vrai ?

Il attend de longues secondes que l’eau cesse de couler dans la suite, que les clapotis lui indiquent qu’elle s’est coulée toute entière dedans. Sans un mot, il se lève. Il a un sourire amusé parce que le piano prend un air très solennel en jouant la fameuse Sarabande.

Il a l’impression d’être un soldat envoyé au front. Sa vie ne tient qu’à un fil. Il se déshabille dans la jambe, un vêtement après l’autre. Il est nu, il a froid, alors il enroule juste une serviette autour de sa taille et se dirige jusque dans la salle d’eau.

A la façon des orientaux, la baignoire est une pièce creusée à même le sol, rehaussée au-dessus du sol pour ne pas avoir de trop à se pencher, et richement décorée d’une mosaïque qui dessine des trois magnifiques sirènes qu’on reconnaît sans mal être les Filles du Rhin. Légende à la fois vivace et importante dans cette partie de l’Allemagne.

Légende véridique, selon les grands historiens magiques, parce qu’on sait qu’il existe un plan fait entièrement d’eau appelé Cythérée, où les sirènes côtoient les krakens dans des eaux aussi sombres que dangereuses.

Il y trouve une certaine ironie, quand on sait qu’il a du sang de sirène sur les mains.

Il escalade les trois marches qui mènent au bain, retire sa serviette et se plonge.

L’espace d’un instant, on aperçoit son corps. Longiligne, fin, pas musclé. Au mieux, maigre. Sur ses flancs, d’étranges symboles sont gravés à même sa chair. Ce ne sont pas des tatouages, mais plutôt des scarifications. Il en a également plusieurs dans le dos, qui forment un pentacle parfait accommodé d’écritures en araméens.

Il ne s’est pas mis à nu pour rien. Il faut qu’elle soit préparée à vivre avec ça. Avec toutes ces marques, tout ce qui les rappellera toujours à ce qu’il est au fond : un enfant du vide.

– J’ai fait un choix, Demelza, commence-t-il, enfoncé dans l’eau jusqu’au buste, assis sur une marche de la faïence, et tu es mon choix. Je ne sais pas si c’est le bon choix, pour toi comme pour moi, mais c’est le mien.

Il a un sourire calme, alors que la chaleur du bain réchauffe son corps gelé.

– Si tu dois partager ma vie et m’aliéner la tienne ad vitam eternam, il faut en effet que je te parle de certaines choses. Pour que tu saches te protéger de moi, sans avoir peur de moi...

Il mesure chacun de ses mots, chacune de ses phrases est pesée avant d’être envoyé. Il ne veut pas la rendre craintive, il ne veut pas qu’elle pense qu’il l’a choisi par défaut. Non, en vérité, il y a réfléchi depuis la veille, depuis qu’il a repris connaissance et qu’elle était là. À côté de lui. Avec lui.

– La famille von Hohnstedt possède un sang particulier. Mon grand ancêtre Reinhard était très proche de l’Eglise et reçu une éducation très stricte au Vatican même où il fit ses classes. Je te parle de ça, c’était il y a dix générations. A l’époque, il suffisait d’avoir un peu de foi pour que l’Ordre te prenne sous son aile et t’apprenne à invoquer des anges sur terre. C'est ce que le commun des mortels appelle les Exorcistes. Des hommes et des femmes liés à des Anges, créatures entièrement faites d’une magie pure de lumière, des créatures dont l’aura est celle même de Dieu.

Il fit une légère pause, levant les yeux au plafond. Les décors y étaient inspirés des grandes cathédrales romaines. Celle de la salle d’eau avait souffert du temps et des âges, mais elle restait particulièrement claire. On y voyait un ange descendant sur terre. Un ange rencontrant un homme.

– Reinhard fut ainsi lié à une ange appelée Asal’iah, capable de lire le cœur des hommes et de leur instruire la sagesse. L’histoire ne nous raconte pas comment, mais un soir, l’ange lu dans le cœur de Reinhard de l’amour pour elle, et elle en tomba à son tour amoureuse. Les Anges étant des êtres sans corps, intangibles car faits seulement de lumière, elle décida de s’arracher les ailes et de se déchoir pour vivre sa vie de mortelle auprès de mon ancêtre. D’eux naquirent plusieurs enfants, pour certains capables de lire le cœur des hommes, pour d’autres à la sagesse infinie. On les présenta à l’Empereur d’Allemagne et rapidement notre famille s’acoquina avec la Dynastie régente en place.

Il a un sourire amusé, en pensant à lui, le dernier des rejetons. Que dirait l’Ange si elle le voyait ?

– Siegfried, mon père, était un homme capable de lire le cœur des hommes. C'était un homme bon, un homme capable du meilleur sans jamais avoir à recourir au pire. Il rencontra ma mère lors d’un bal, et lu dans son cœur le désespoir et la colère. Plutôt que de la dénoncer et d’en avoir peur, il décida qu’il ferait tout pour la sauver. Il la convia chez lui, l’abrita, et de fil en aiguilles, ils tombèrent amoureux.

Un petit silence s’ensuit, silence mortel.

– La tradition des von Hohnstedt veut que les mariages ne soient faits que d’amour, alors personne ne s’éleva contre les fiançailles de mes parents, quand bien même tout le monde doutait fortement de Lenore. Il a toujours les yeux levés, la tête légèrement inclinée en arrière. Il retient des larmes, ou peut-être pas, mais sa voix chevrote. Elle disait qu’elle ne pouvait pas avoir d’enfant car son ventre était déjà vide, et lorsqu’on pratique la magie la plus noire au monde, il est difficile de donner la vie. Ils ont essayé. Siegfried a essayé, encore, et encore. Elle a fait tellement de fausses-couches... et puis un jour, je suis arrivé. J’étais là. Vivant. Un peu malingre, mais je criais bien fort. Siegfried a pensé à l’époque que c’était le début du rétablissement de Lenore, que tout irait pour le mieux après ça. Ils avaient enfin un enfant. Que pouvait-il se passer après tout ?

Le silence pèse soudainement, plus que l’atmosphère, plus que le plomb. C’est un poids si douloureux qu’il porte sur ses épaules. Mais elle doit savoir. Elle doit savoir, car ils sont en train de revivre ce qu’il a déjà vécu.

– Siegfried s’est suicidé le premier jour d’août, l'année de mes sept ans. Retrouvé pendu dans son bureau par ma mère. Je ne me souviens pas l’avoir vu pleuré, même si ses yeux étaient rouges. C’est elle qui l’a rendu fou. Elle le savait, mais elle n’a rien dit. Elle n’a pas demandé d’aide. Ils ont mis Siegfried en terre, elle a renvoyé tous les domestiques pour n’en garder qu’une poignée et... et c’est tout.

Il a un rire, grave, chaud, hystérique.

– Elle a cru que ça suffirait à nous faire oublier. À me faire oublier. Elle a cru qu’elle pourrait me contenir avec son faux amour, avec le vide au creux du ventre. Elle a tellement espéré parce qu’elle y avait cru, elle aussi, à tout ce que Siegfried lui avait juré, à tout ce qu’ils avaient traversé ensemble... Ma mère voulait être sauver, je crois, mais du Vide, on ne peut pas être sauvé. Ni rafistoler. Ni réparer.

Lentement sa tête retombe, ses yeux bleu sombre tombent sur Demelza.

L’eau est presque froide.

– Le Vide, personne n’en parle jamais en Allemagne, parce qu’il n’est rien et tout à la fois. Il est présent en chacun de nous, à d’infimes proportions, mais il suffit d’y mettre une fois le doigt, d’entrouvrir la porte pour que soudainement, une myriade de possibilités s’offre à nous. Au début, on le fait pour l’amour de la connaissance, pour l’envie de puissance, le désir de pouvoir ou de gloire, qu’importe, mais on le fait à demi-mot, en cachette... Avant même de s’en rendre compte, le Vide a dévoré notre cœur, notre esprit, il est partout en nous, et il corrompt tout ce que l’on touche.

Il la fixe, d’un air doux.

– Le Vide se contrôle quand on est assez fort pour, il s’enferme avec beaucoup d'efforts, mais une fois que la graine est plantée en nous, il n’y a plus aucune chance d’en sortir. Mes recherches visent à contrôler ce mal dont je souffre. Je ne veux pas de descendance non plus, si c’est pour avoir un enfant du même acabit que le mien – un enfant du vide. J'ai déjà pensé au suicide, mais ça serait le faire gagner. Une nouvelle fois. Une dernière fois. – Je veux que tu sois bien consciente qu'en partageant avec moi, tu auras à faire à un monstre affreux, à des jours où je serais tellement malade que je ne pourrais pas sortir du lit, à des jours où j'aurais envie de tout détruire pour le seul plaisir de tout voir détruit, à des jours où je ne te dirais rien qui ne soit gentil, ou tendre, où je ne te regarderais même pas car te voir me donnera envie de te faire disparaître... Des jours où je ne serais pas vraiment Ebenezer.



Oh Darling,
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(E&D) you could be the corpse and i could be the killer
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