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Requiem
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Tortue


Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
Burlington dans le Vermont. Novembre 2017.

Lui est informaticien travaillant dans une compagnie qui aide à la réparation et l’utilisation des ordinateurs. Il se déplace à domicile pour ceux qui ne peuvent pas venir jusqu'à la boutique.

Elle vit avec une solitude qu'elle n'avait pas prévue. Elle pensait que le bonheur durerait toujours, mais "toujours" ça n'existe pas. Tout a une fin.


Contexte provenant de cette recherche
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Requiem
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Tortue



Elizabeth
Montgomery

J'ai 73 ans et je vis à Burlington dans l'État du Vermont, États Unis. Dans la vie, je suis retraitée et je m'en sors moyennement. Sinon, grâce à ma malchance, je suis seule et je le vis plutôt mal.


Susan Sarandon ©️ Requiem


Un voilage devant les fenêtres. Elle, derrière. La première neige. Elle sait qu’elle ne blanchira pas le jardin. C’est trop tôt. L’hiver viendra mais pas maintenant. Le mois prochain par contre... Elle regarde les menus flocons se balancer dans l’air. Ils lui ont dit qu’il était temps. Lequel ? Celui d’une saison. Celui d’une vie. Il est temps. Cela sonne comme la fin d’une histoire. C’est le premier hiver qu’elle passera seule. Elle n’y avait jamais songé. Pourtant, le temps... Elle savait qu’il ferait son ouvrage, que cet instant viendrait. Elle savait, mais tout cela était resté suspendu à un “plus tard”.

Elle regarde le jardin. Elle n’est pas certaine que quelqu’un y plantera des fleurs le moment venu. Le fera-t-elle, elle, le pourra-t-elle ? C’est dommage. Tous les printemps, il était si beau quand bourgeonnaient les arbres et que les fleurs osaient faire la nique aux dernières neiges. Et tous les étés avaient les couleurs flamboyantes des roses et du bonheur. Elle regarde le ciel. Gris comme un novembre qui annonce la mauvaise saison. Elle refuse encore d’y croire à la belle saison sans le rouge des bégonias. Elle a posé sa main sur son coeur. Il bat encore. Pourquoi ? Pour qui ? Qui lui offrira encore un bouquet fraîchement cueilli ?

Elle voulait faire une promenade sur les bords du lac Champlain. Ce n’est pas ces grumeaux de nuages qui l’auraient arrêtée. C’est autre chose qui l’a retenue. L’absence d’une main pour tenir la sienne. L’absence de rire. L’absence de ces remarques tendres et ironiques «Te crois-tu en sucre pour que trois gouttes t’arrêtent ?». La maison n’a gardé que le silence, oublié jusqu’aux regards enlacés au-dessus de la table du déjeuner. Elle soupire bruyamment pour vérifier qu’elle n’est pas devenue sourde. Non, c’est bien l’absence qui a créé ce vide.

Des véhicules passent dans la rue, devant les pavillons individuels au milieu de leur lopins de terre ouvragée. Elle se souvient de ces petits concours dans le voisinage, les plus resplendissants parterres pour que les passants s’extasient. Elle se souvient des barbecues partagés. Elles se souvient de visages, de prénoms. En face, la maison de Steeve est occupée par un couple avec un enfant. Le petit passe régulièrement sur son vélo. L’école n’est pas très loin. Chez Keeny et Pat, il n’y a plus personne depuis l’année dernière. L’ambulance a emporté Jacky il y a déjà deux mois. Il reste Peggy avec qui elle peut parler de la pluie et du beau temps, parce que pour le reste, sa mémoire n’est plus tout à fait au rendez-vous.

Elle soupire encore. C’est devenu difficile de respirer. Le médecin a dit qu’il n’y avait rien, pourtant elle a un poids. Là. A cet endroit précis. Debout derrière le rideau de la fenêtre qui donne sur la rue, elle ne sait pas l’heure. Mais elle sait le poids de la solitude. Elle attend de voir arriver le fils des voisins sur son vélo pour savoir. Le matin, elle attend le passage du facteur. C’est bien peu comme repères.

Elle ne regarde plus la télévision. Rien ne l’intéresse sur cet écran. Tout lui semble usé. D’ailleurs l’autre écran, c’est peut-être son cas aussi. L’écran ou autre chose. Il ne s’allume plus. On lui a dit «début d’après-midi». Il lui semble que c’est passé depuis longtemps. A quelle moment est le début d’après-midi, le milieu, la fin. La fin c’est quand le coeur s’arrête. Mais le sien vient de faire un bond dans sa poitrine. Une fourgonnette se stationne devant la porte. Un homme descend. Il approche.

Bêtement, elle s’écarte de la fenêtre, regarde machinalement son pull beige et noir. Elle passe sa main dans ses cheveux pour ranger la mèche rebelle. Une coquetterie ! A son âge ! Ses yeux brillent alors que le carillon signale la présence du dépanneur devant la porte. C’est stupide. «Grande sotte, tu sais que derrière la porte, il n’y aura pas de bouquet de fleurs tendu vers toi. Tu l’as vu le jeune homme, c’est le dépanneur». Ce poids de nouveau vient peser sur son corps et son âme. C’est presque en trainant les pieds qu’elle vient ouvrir. Pourtant quand la porte se retire pour les mettre face à face, elle sourit.

«Vous venez pour l’ordinateur ? Entrez.»
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Dracoola
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Pigeon



Aslam Mani
J'ai 28 ans et je vis à Burlington, Vermont. Dans la vie, je suis Informaticien et je m'en sors très bien. Sinon, grâce à ma maladresse handicapante, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.




« Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Parfois, écoutez vous même,
Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Écoutez vous vous même,
Il n'importe pas, même si quelque chose tournait mal,
(n'importe pas, même si vous dites quelque chose de mal)
Que le cœur se perde brièvement,
Que les battements de cœur insouciants palpitent de telle façon,
Que leur écho peut être entendu d'un bout à l'autre,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Oubliez les autres,
C'est ce que ce moment de la vie vous dit. »




Kunal Nayyar ©️ Naomi13




J’y avais encore rêvé. Une fois de plus, comme chaque fois que le givre venait mordre les coins de l’unique fenêtre de mon appartement. Mes orteils avaient touché le parquet frigide de cette nuit d’hiver sans chauffage. Quand je fermais les paupières, des images, nettes, précises. À travers les yeux d’un enfant, je revoyais les jungles de câbles qui striaient le bleu perçant du ciel. L’agitation dans les rues, la dame qui tenait l’épicerie du coin qui nous filait parfois des fruits, le vieux sage qui n’avait pas de toit, mais qui savait presque tout, des fragments de mémoires. Les étoffes et les couleurs, mais par-dessus tous les saris de ma mère. Les arcades, les cercles et les motifs que j’aimais tracer du bout des doigts. Le sable sous mes pieds, la chaleur rassurante, mais parfois étouffante du soleil. Mais surtout les sourires. Des expressions ouvertes dénuées de méchanceté qui clamait haut et fort : tu es ici chez toi, ami. L’Amérique, terre de promesse, bien que resplendissante de beauté, avait quelque chose de froid en comparaison. Les gens se regardaient sans réellement se voir. Ils se complaisaient à écouter le son de leur propre voix, ignorant celle qui à l’intérieur d’eux-mêmes leur murmurait qu’ils étaient malheureux. À la manière d’un pianiste sourd, ils composaient des mélodies vides de sens et ne prenaient guère la peine de consulter le public avant. Résultat ? Un chaos immense. Une nation terrifiée par son ombre. Peur. C’était ce que je sentais chaque fois que je m’asseyais dans le bus, ce matin-là ne faisait pas exception à la règle. Les gens changeaient de siège. Ils détournaient le regard. Ou pire ils se mettaient à me fixer. La différence était menaçante pour les Américains. Qui semblait aberrer tout ce qui n’était pas caucasien et au-dessus de la classe moyenne. Manque de veine pour moi : Aslam, l’informaticien d’origine indienne résidant dans un appartement, de la taille d’un placard à balais. Alors, comme je l’avais appris durement durant ma jeunesse, je souriais, devant les commentaires déplacés et les remarques désagréables.

Heureusement, il y avait de bons côtés à vivre au Vermont. Le lac Champlain qui dans toute sa splendeur se déployait à perte de vue. J’adorais venir courir sur les quais durant mes temps libres. Si je n’arrivais pas à m’habituer au froid hivernal je pouvais toujours m’arrêter à un des nombreux cafés hipster qui parsemait la rue principale. Une fois devant mon lieu de travail, j’avais retiré mon couvre-chef et secoué mes bottes sur le tapis. J’étais le seul employé présent à l’exception de mon cadre et j’en avais profité pour démonter un téléphone qu’une jeune fille nous avait apporté quelques jours auparavant. La matinée avait passée tranquillement, tandis que je vaquais paisiblement à mes occupations. En arrivant ici, je m’étais découvert une passion pour les jeux vidéos et tout ce qui avait trait à l’électronique en général. J’avais même caressé pendant un temps le rêve de devenir programmeur. Or n’ayant pas les moyens de me payer une éducation de qualité j’avais dû me contenter du métier d’informaticien. En fait, le vrai terme était plutôt technicien en informatique toutefois, j’avais une préférence pour informaticien. Ça faisait plus classe plus élégant. Je pouvais me donner des airs du mec au gadget dans les James Bond. Bon, réparer de vieux téléphones et des pc c’était pas exactement sauver le monde, mais ça redonnait le sourire à des gens qui l’avaient perdu. C’était déjà ça. L’horloge s’approchait du dix quand mon cadre Philip m’avait informé que je devais me rendre chez quelqu’un en début d’après-midi. Avec un dernier regard de jugement sur mon accoutrement il était reparti le nez en l’air. Confus, j’avais jeté un œil à mon t-shirt « The Legend of Zelda ». C’était quoi son problème ?

Puis, mon téléphone s’était mis à vibrer.

Je ne voulais pas répondre. Mais si je ne le faisais pas, elle rappellerait plusieurs fois jusqu’à ce que je décroche.

Alors, d’une main tremblante j’avais glissé le doigt sur l’écran et porté l’appareil à mon oreille.

Salut, maman.

Oui, je vais bien.

Non maman, je n’ai rencontré personne.

Oui, je sais que mes sœurs sont toutes mariées et que j’approche la trentaine.

Tu as raison je fais honte à notre famille.

C’était toujours les mêmes mots, échangés de manière quotidienne. Une sorte de rituel toxique que je devais endurer plusieurs fois par semaine. Au fond, je savais que ma mère ne faisait que s’inquiéter pour moi qu’elle ne souhaitait rien de moins que mon bonheur. Néanmoins, son petit manège me donnait envie de devenir moine et de faire vœu de célibat. Avec un soupir, je m’étais levé et avais agrippé les clés de la fourgonnette de la compagnie. J’avais enfilé mon manteau et j’étais sorti dans le froid. La bise me mordait les joues et le vent faisait perler des larmes aux coins de mes yeux. Une fois derrière le volant de cet horrible monstre à quatre roues, j’avais mis les clés dans le contact, attendant en grelottant que le chauffage fonctionne. Puis, je m’étais mis en route. Il devait être dans les environs d’une heure de l’après-midi quand je m’étais garé devant une maisonnette d’une rue bien située. Avec regret, j’avais quitté la chaleur du véhicule pour aller récupérer ma mallette à l’arrière. D’un pas joyeux, mais surtout pressé d’être au chaud, je m’étais engagé dans la petite allée qui menait jusqu’à l’entrée. Puis j’avais écrasé avec entrain la sonnette (un de mes plaisirs coupables je dois bien l’admettre).

Une femme était venue ouvrir. Elle avait souri, mais l’éclat de son expression n’avait pas rejoint son regard. D’un geste, elle m’avait invité à entrer et je n’avais jamais été aussi reconnaissant d’être de nouveau au chaud. Je lui avais rendu son sourire en reniflant, le nez encore rougi par le froid.

- « Vous devez être madame Montgomery, je suppose ? Je m’appelle Aslam. »

Mon accent. Cette chose dont je n’arrivais pas à me débarrasser. Ces « r » un peu trop prononcés qui trahissaient la mélodie d’un pays éloigné, si la couleur de ma peau ne me vendait pas déjà. Je m’étais retourné pour retirer mes bottes avant de faire de même avec mon manteau. Puis j’avais de nouveau fait face à ma cliente.

– « Alors... et si nous allions voir ce fameux appareil ? »


Il y avait quelque chose qui me troublait chez elle. Ses traits me paraissaient tirés, fatigués. Comme si elle portait le poids de l’univers sur ses maigres épaules. Aussitôt, mon cœur s’était resserré. J’avais toujours été quelqu’un de très empathique, j’étais celui qui soignait les oisillons tombés du nid et j’étais le premier à offrir mon aide à ceux qui en avaient besoin. Je m’étais promis à moi-même que si j’arrivais à faire sourire Mme Montgomery durant ce bref entretien, alors, je considérerais ma journée comme réussie.





LA MORT DES AMANTS


Usant à l'envie leurs chaleurs dernières | Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux | Qui réfléchiront leurs doubles lumières | Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. | FRIMELDA

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Requiem
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Susan Sarandon ©️ Requiem


Le jeune homme qui vient d’entrer s’appelle Aslam. Elle le regarde à la fois avec attendrissement et étonnement. Ce n’est pas le soleil avare d’ici qui a pu lui donner une telle couleur de peau et son accent trahi un langage d’outre-océan. Il n’y a pas de jugement dans son regard de la femme. Comment pourrait-il y en avoir, elle qui n’est pas originaire du Vermont même si elle est américaine de souche. Elle se souvient que les premiers temps, quand elle a emménagé, les gens n’hésitaient pas à la couvrir de questions sur le pourquoi de sa venue, comme si elle volait l’air qu’elle respirait alors qu’il aurait été plus profitable à un natif. Même plus tard, on ne se priva pas de lui demander si sa ville natale ne lui manquait pas. Espérait-on encore qu’elle reparte alors qu’elle avait vécu bien plus à Burlington qu’ailleurs ! Et puis, il y avait le reste... Callie... la maison partagée... leur vie différente de ce que trop de gens considèrent “normal”. Cinquante ans déjà ! Les moeurs ont évolué, les lois aussi, heureusement, mais dans le fin fond de trop de mentalités ce “normal” est toujours ancré.

« Oh jeune homme, c’est le soleil qui entre avec vous dans la maison ! Soyez le bienvenu. »

Il est né dans un pays gorgé de soleil et de chaleur, elle en est convaincue. Mais parfois ce sont les parents qui migrent et les enfants se contentent de naitre avec une apparence en héritage. L’accent cependant... Elle ne peut demander maintenant, ce serait la question malvenue même si dans son coeur la réponse serait une invitation au voyage. Encore la tête dans les nuages survolant des latitudes lointaines, elle remarque à peine ce qu’il fait. C’est quand il demande à voir l’ordinateur qu’elle reprend pied dans le lieu. Elle aperçoit d’abord le manteau dans ses mains.

« Je vais vous montrer mais d’abord je vais vous débarrasser. »

Elle s’empare du vêtement qu’elle va déposer dans un placard à proximité en compagnie de son imperméable et de son propre manteau. Alors qu’elle se retourne vers lui, elle remarque les bottes. Comment a-t-elle pu abandonner ses bottes au milieu du chemin. « Que va penser ce garçon d’un tel laxisme ! » Alors qu’elle s’apprête à se baisser pour ramasser les intruses, quelque chose l'arrête. Mais non, ce ne sont pas les siennes, alors...? Elle lève les sourcils et vient détailler l’informaticien jusqu’aux orteils. Elle a un sursaut en voyant ses pieds sur le sol.

« Mais vous ne pouvez pas rester comme cela. Vous allez attraper froid. Je vais vous trouver quelque chose. »

Il aura beau protester, il est inconcevable qu’elle le laisse se promener ainsi dans la maison. Certes elle est chauffée, mais de là à poser les pieds sur le carrelage sans la protection d’une semelle, non non cela ne se fait pas. Elle revient plonger cette fois dans la partie basse du meuble où les vêtements de sorties hivernales se balancent sous l’empressement de sa fouille. Elle parvient à dénicher une paires de mules.

« Elles ne seront peut-être pas exactement à la bonne taille. Ce sera toujours mieux que rien. Je suis confuse de ne pas avoir remarqué aussitôt. On doit veiller au confort de ses invités. »

Et puis non, elle n’est toujours pas disposée à le lâcher avec la machine capricieuse qui refuse de lui obéir. Elle a manqué à ses devoirs d’hôtesse, elle doit réparer l'erreur.

« Est-ce que vous voulez boire quelque chose ? Pour vous réchauffer. Je vais vous faire du thé. Asseyez-vous, installez-vous dans un fauteuil. »

Elle n’est pas sourde ni aveugle aux remarques du jeune homme. Elle n’est pas inconsciente, elle sait pourquoi il est là, certainement pas pour prendre une collation. Mais elle est bienveillante et puis c’est si rare un peu de jeunesse dans la maison. C’est si rare un peu de vie entre ces murs. Elle, mais elle c’est sa maison, ce n’est pas pareil. Elle est un meuble parmi les meubles. Lui, c’est tout autre chose. Elle s’éclipse dans la cuisine. L’instant d’après la voix porte jusqu’à lui.

« Est-ce que vous aimez la cannelle ? J’ai des petits gâteaux faits du jour. Vous avez une préférence pour le thé ? Oh mais peut-être un café ? Est-ce que vous préférez un café ? »
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Dracoola
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« Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Parfois, écoutez vous même,
Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Écoutez vous vous même,
Il n'importe pas, même si quelque chose tournait mal,
(n'importe pas, même si vous dites quelque chose de mal)
Que le cœur se perde brièvement,
Que les battements de cœur insouciants palpitent de telle façon,
Que leur écho peut être entendu d'un bout à l'autre,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Oubliez les autres,
C'est ce que ce moment de la vie vous dit. »




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En Inde, l’hospitalité occupait une place toute particulière dans le cœur des gens. Les invités étaient traités comme des rois. Cela peut sembler paradoxal pour un pays dont le principal fléau est la pauvreté. Or, rien n’est plus riche que le cœur de celui qui donne sans compter. Le territoire en entier était construit sur des antinomies. Vues du ciel, des villes comme Mumbai ou comme Agra ressemblaient à de gigantesques puzzles. Chaque bâtiment possédait une symétrie particulière. Quelqu’un pouvait y voir un désordre immense. Tandis qu’un autre pouvait admirer l’étrange harmonie. Cette combinaison parfaite d’éléments entre le chaos total et l’équilibre. Comme si la nation entière était une balance qu’un dieu s’amusait à faire tanguer au gré de ses caprices. Cette femme. Elle me rappelait l’hospitalité. Elle se tenait devant moi, droite comme une montagne, comme un pic enneigé. L’un aurait pu croire qu’elle était solide. Inébranlable. Pourtant je décelais dans son regard lointain, dans les tremblements de ses délicates mains parcheminées, une certaine fragilité. Comme si la montagne avait eu du mal à traverser la dernière tempête et qu’elle en gardait les séquelles. Elle me disait que j’apportais le soleil avec moi et j’avais souri poliment. Je préférais mille fois être comparé au soleil qu’être le « satané immigré qui nous vole nos emplois » à ses yeux. Alors comme une bourrasque, elle s’était emparée de mon manteau. Murmurant à-propos de laxisme et de savoir-vivre. Ne sachant trop que faire devant autant de générosité je l’avais observé s’affairer autour de moi. Rares étaient les gens qui en faisaient autant pour un réparateur. Cette femme semblait m’accueillir comme un invité. Comme un ami. À quand remontait la dernière fois que l’on avait pris la peine de me saluer, comme elle l’avait fait ? Elle avait eu l’air réellement choquée en me voyant retirer mes bottes et s’était aussitôt mise à fouiller dans un meuble. Embarrassé de la voir s’agiter en mon nom, je m’étais empressé de protester :

–« Je vous en prie, ne vous dérangez pas pour moi madame ! »

Bonnet, moufles, écharpe tout semblait y passer avant qu’elle ne trouve finalement ce qu’elle cherchait. Victorieuse, elle brandissait une paire de pantoufles dans ses mains. Confus, j’avais pris les chaussons que je mettais empressés d’enfiler. Elles étaient un peu serrées, mais ça irait. J’appréciais les efforts de la maitresse des lieux or, je ne voulais pas abuser de sa gentillesse pour autant.

- « Je vous remercie pour votre hospitalité madame. Ne vous en faites pas vous êtes une hôtesse exemplaire » avais-je lancé d’un ton rassurant.

À peine avais-je prononcé ses mots qu’elle me proposait déjà à boire. Elle me fit asseoir sur un fauteuil et s’était empressée d’aller me préparer un thé. Étourdie par cette dame qui semblait animée par une énergie débordante, j’avais obéi distraitement le cuir craquant légèrement sous mon poids. C’était une petite pièce. La décoration des lieux était sobre et pratique, pourtant, il y régnait une certaine pesanteur. Une sorte de mélancolie qui tentait les lieux de grisaille. De tristesse. De regrets. La vie semblait avoir quitté les lieux. Réduisant cette habitation à sa fonction de base. Servant d’abri, de protection, mais pas de maison. Quelque chose me disait que la joie apparente de Mme Montgomery était un masque qu’elle avait appris à maitriser. Une carapace contre le monde extérieur en quelque sorte. Tout d’un coup, sa voix me parvint d’une pièce à côté cherchant à savoir si je préférais un thé ou un café. Sachant pertinemment que toute résistance me serait inutile j’avais mis mes mains en porte-voix avant de répondre :

— « Je veux bien un thé, merci infiniment, Mme Montgomery ! » avais-je répliqué en haussant la voix.

J’avais oublié ce que cela faisait d’être reçue avec chaleur. J’avais tant côtoyé la méfiance et le dégoût que mes visites ne m’apportaient plus la même joie qu’avant. Quelle drôle de contraste entre cette maison qui semblait vide et la propriétaire des lieux qui donnait l’impression de rayonner. Je ne savais pas trop quoi penser, c’était la première fois que je me retrouvai dans ce genre de situation. Mes doigts pianotaient nerveusement sur mes cuisses, mon regard papillonnait de tous les côtés de la pièce, cherchant, analysant chaque coin en vain. C’était comme si elle n’existait pas. Comme si elle vivait ici sans vraiment y être. Le tic tac incessant de l’horloge sur le mur me rendait nerveux. J’avais l’impression de violer la mémoire des lieux. De blasphémer par ma présence la solitude de l’endroit. Lorsqu’elle vint finalement me rejoindre dans le salon un thé fumant en main, je m’étais empressé de me lever pour l’aider à apporter le plateau. Être un invité ne nous empêchait pas d’aider notre hôte de temps en temps. Une fois le tout posé de façon sécuritaire sur la table basse. J’étais allé me rasseoir sur le fauteuil encore chaud.

- « Vous êtes généreuse Mme Montgomery, j’ai rarement été aussi bien accueilli. »

Et c’était vrai. Si peu de gens se souciaient du confort de ces gens qui venait changer le revêtement de leur plancher, celui qui réparait leur canalisation ou encore comme dans mon cas rafistolait les appareils défectueux. C’était comme si nous étions réduits à un simple moyen pour arriver à leur fin. Triste réalité de cette vie moderne où le respect n’était qu’une formalité délaissée au profit d’un horaire trop serré. Imaginant que la dame voulait me parler de ses problèmes d’ordinateur avant de me le montrer je m’étais penché pour souffler délicatement sur ma tasse.






LA MORT DES AMANTS


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Ce qui donne la chaleur à une maison, bien plus qu’un radiateur ou une cheminée, c’est ce qui la rend unique. Les bibelots accumulés et parfaitement rangés racontant les voyages, les victoires sur le quotidien, le bonheur des êtres qui habitent le lieux. Les cadeaux conservés précieusement, du caillou peint qui n’a jamais réussi à trouver une liasse de papier à presser au cendrier qui sert de vide-poche parce qu’aucune cigarette n’a vécu dans ces murs. Les photos, gardiennes de la mémoire, des souvenirs heureux, on ne conserve jamais l’image d’un drame, celles des êtres aimés que l’on chérit au travers du temps et des aléas de la vie. Tout cela couvre les murs et remplit les yeux d’images associées aux images. Ici, il n’y a rien. On ne peut pas affirmer qu’un jour passé il y eut ces marques personnelles. On ne peut que constater leur absence. Des murs silencieux qui n’ont aucun vécu à partager avec le visiteur. Un choix. Ne rien dire de ce qui se vit. Une peur sournoise du regard de l’étranger qui risquerait de ne pas comprendre. Elle et Callie avaient fait ce choix. Pour qu’un voisin trop curieux n’ait pas de commérage à colporter. Pour qu’il n’y ait  pas de cadre à décrocher quand les enfants passaient. Un demi siècle rangé au fond de la mémoire. Elle sait qu’un jour cela s’effacera, mais cela n’a pas d’importance, elle n’a personne à qui transmettre le tracé sinueux de son existence. Le plateau qu’elle pose sur la table basse en face de celui invité pour une toute autre raison que prendre le thé, joli mais simple, provenant d’une boutique en ville, est de la même trempe que les meubles, anonyme. Elle s’assoit dans le deuxième fauteuil. Les tasses, la théière, comme si elle pouvait n’apporter que cela. Elle a prévu une part de cheese cake et plusieurs muffins.

« J’espère que le thé vous conviendra, sinon, je ferai chauffer d’autre eau et j’ai un assortiment de sachets. »

Elle fronce les sourcils, se rend compte qu’elle n’a pas été assez attentive.

« Je m’excuse, je l’ai fait à mon goût. »

Elle n’a pas demandé. Avec le café c’est plus simple. On dit “café”, on ne se préoccupe pas de plus. Le thé c’est tellement différent ! On parle de cérémonie du thé dans certaines cultures, cela prouve l’importance du partage de cette boisson. Elle lui sourit pour s’excuser. Elle n’hésitera pas retourner en cuisine pour faire plaisir au jeune homme.

« Choisissez. Ne vous privez pas, j’ai d’autres gâteaux. Je les ai faits moi-même. »

Elle les a fait pour lui. Elle espère qu’entre la légèreté du fromage et le fondant du chocolat il trouve son bonheur. Elle s’est attelée à l’ouvrage ce matin. Cela lui a rappelé l’époque de la petite boutique, où se mélangeaient dans l’espace accueillant les clients ses pâtisseries et les objets de petites brocantes dénichés par Callie, où on servait le thé et le café avec le sourire. Son visage s’est paré de rides mais le sourire a  gardé sa douceur. Elle déplace les tasses, les assiettes, elle sert, elle sourit.

« Nous avions une boutique dans le quartier de Church Street. Mon amie et moi l’avons tenue durant une trentaine d’années. Nous l’avions appelée “The House of the Blue Cat”. Nous avons mis beaucoup de dérision dans cette entête. Mon amie était allergique aux poils de chat. »

Elle repose la théière quand les deux tasses sont emplies.

« Peut-être avez-vous connu ce lieu ? »

La boutique... une maisonnette à la façade peinte en bleue pâle, installée derrière un jardinet qui servait de terrasse ombragée les beaux jours grâce au grand arbre qui y avait grandi. Un lieu paisible, accueillant. Elles l’avaient voulu ainsi, à leur image. En endroit où les clients se sentaient bien. Pour cela, il y avait beaucoup d’habitués. Il y avait cependant de nouvelles têtes qui franchissaient le seuil régulièrement. Moins de touristes que dans la rue piétonne principale, mais ceux qui s’aventuraient par là étaient happés par la sérénité que les femmes étaient parvenues à faire rayonner sur leur lieu de travail. Elle cherche dans ses souvenirs si elle a déjà croisé le regard du dépanneur durant son activité commerciale. Elle n’a pas précisé la dite activité. Cela lui parait tellement naturel. Ils pourraient reprendre une conversation entamée il y a quelques années que cela ne la perturberait pas.

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Dracoola
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UNIVERS FÉTICHE : LOTR/fantasy/ city
PRÉFÉRENCE DE JEU : Homme

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Pigeon



Aslam Mani
J'ai 28 ans et je vis à Burlington, Vermont. Dans la vie, je suis Informaticien et je m'en sors très bien. Sinon, grâce à ma maladresse handicapante, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.




« Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Parfois, écoutez vous même,
Égoïste, soyez un peu égoïste,
Pourquoi écouter le monde,
Écoutez vous vous même,
Il n'importe pas, même si quelque chose tournait mal,
(n'importe pas, même si vous dites quelque chose de mal)
Que le cœur se perde brièvement,
Que les battements de cœur insouciants palpitent de telle façon,
Que leur écho peut être entendu d'un bout à l'autre,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Amis, le soleil s'est couché,
Prenez quelques gorgées d'alcool,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oubliez les routes qui mènent chez vous,
Demandez-moi n'importe quoi,
Je peux vous donner tout,
Oublions toutes les douleurs de ce monde,
Oubliez les autres,
C'est ce que ce moment de la vie vous dit. »




Kunal Nayyar ©️ Naomi13




Un jour, quelqu’un a déclaré : les murs ont des oreilles. Drôle d’affirmation. Cependant, dans cette maison, devant cette dame, les cloisons avaient plus que le don de l’ouïe, ils pouvaient également parler. Et quel triste discours racontaient-ils, de leurs grisailles perpétuelles, de leurs manques d’identité. Car c’était bien cela, cette impression de vide. D’absence. Comme un requin, la solitude encerclait les lieux ravivant dans son sillage des écumes de mauvais souvenirs. La peur du regard. Du regard de l’étranger. Et Mme Montgomery. Cette gentille femme qui veillait sur cette demeure anonyme telle une princesse prisonnière de sa tour. Que de mystères pour un simple informaticien. Un inconnu. Et de surcroît un étranger au sens propre du terme. Des pâtisseries trônaient près des tasses de thé encore fumantes. C’était curieux. Je n’avais pas l’impression d’être un dépanneur. Je me sentais comme un ami. Un ami que l’on aurait attendu longtemps. Trop longtemps. Le genre d’ami que l’on espérait plus. Je m’étais surpris à songer que c’était peut-être la solitude qui creusait ses traits. Qu’elle cachât dans son cœur quelque chose de terriblement lourd. Était-ce la même chose qui voilait son regard de tristesse ? Je la connaissais bien moi aussi, la solitude. Insidieuse, elle aimait se manifester sous la forme d’un espace de lit inoccupé, de douches trop chaudes et trop longues et souvent par la forme d’un silence bruyant dans un appartement trop petit pour deux, mais hélas, trop grand pour un. J’avais lorgné avec hésitation la tranche de gâteau au fromage sur le plateau. La tentation était forte, mais était-ce bien raisonnable ? Puis la voix nasillarde de ma mère résonna comme un avertissement dans ma tête : « Tu manges trop, espèce d’andouille ! Ce n’est pas avec des poignées d’amours que tu vas te trouver une épouse ! » Ah cette très chère maman. La tendresse n’avait malheureusement jamais été l’un de ses points forts. Elle communiqua son amour envers sa progéniture à l’aide de cris stridents ressemblant étrangement à ceux des mandragores dans les films Harry Potter. Avec un soupir, je m’étais contenté d’un simple muffin. J’allais agripper ma tasse de thé, lorsque la maîtresse des lieux se confondit une nouvelle fois en excuse. Prétextant qu’elle avait fait le thé à son goût par erreur. Pas le moindrement offusqué, j’avais porté la tasse à mes lèvres et avait savouré le goût prononcé des épices et des arômes qui se mélangeait sur le bout de ma langue. Sans oublier la chaleur de la porcelaine qui réchauffait mes doigts encore frigorifiés par la bise glacée. J’avais souri en apprenant que les gâteaux avaient été préparés par ma cliente elle-même. Sans plus attendre, j’avais croqué à pleine dent dans mon muffin tout en prenant garde de ne pas laisser tomber de miettes. Une explosion de chocolat velouté et onctueux avait envahi mes papilles gustatives. Inconsciemment, j’avais laissé un grognement d’appréciation.

–« Ils sont excellents Mme Montgomery » m’étais-je empressé de la complimenter.

Elle s’était alors mise à me raconter qu’elle avait été propriétaire d’une pâtisserie. The Blue Cat House. Son regard était devenu lointain tandis qu’elle me décrivait l’origine du drôle de nom des lieux. Puis elle me demanda si je connaissais l’endroit. D’un air désolé, j’avais secoué la tête. Je ne savais pas grand-chose de Burlington. Je ne sortais presque pas. Je n’en avais pas les moyens. Tous les jours, c’était café, boulot, dodo. Rien de plus. Rien de moins. Tel était le quotidien des gens qui flirtaient avec le seuil de pauvreté aux États-Unis. La femme sembla s’animer en repensant à sa boutique. En voyant cette lueur de trépidation briller dans ses yeux, je n’avais pas pu m’empêcher de lui demander :

– « Pardonnez ma curiosité déplacée, Madame, mais je dois vous demander… Pour quelles raisons avez cessé de faire de la pâtisserie ? Je voulais dire, ces gâteaux sont délicieux et vous semblez vous languir de cet endroit… »

Un peu gêné par mon manque de professionnalisme j’avais baissé le regard. J’étais un réparateur d’ordinateur, non pas un gamin en visite chez sa grand-mère bon sang ! J’avais bu une autre gorgée de thé avant de présenter mes excuses d’un air penaud.

–« Je suis désolé pour cette intrusion, Mme Montgomery, je ne voulais pas vous rappeler de mauvais souvenirs. »

J’avais été si bien accueilli par cette adorable dame et voilà que je me comportais en véritable buffle. Nerveusement, je m’étais mis à jouer avec l’encolure de mon t-shirt. Phillip m’avait bien fait comprendre que je n’avais plus le droit à l’erreur. Un moindre faux pas et c’était la porte à tous les coups. Je ne pouvais pas me permettre de perdre mon emploi, j’avais à peine de quoi payer mon loyer. Mais il ne s’agissait pas que de cela. En réalité, au fond de moi-même quelque chose me disait que j’avais moi aussi besoin d’une amie. Et que Mme Montgomery, qui avait été la première personne en trois ans de carrière à avoir fait preuve de gentillesse à mon égard, avait le potentiel d’en devenir une. Enfin si elle trouvait la force en elle de pardonner mon indiscrétion cela étant dit.

@Canis Major


LA MORT DES AMANTS


Usant à l'envie leurs chaleurs dernières | Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux | Qui réfléchiront leurs doubles lumières | Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux. | FRIMELDA

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Requiem
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Tortue



Elizabeth
Montgomery

J'ai 73 ans et je vis à Burlington dans l'État du Vermont, États Unis. Dans la vie, je suis retraitée et je m'en sors moyennement. Sinon, grâce à ma malchance, je suis seule et je le vis plutôt mal.


Susan Sarandon ©️ Requiem

Le garçon apprécie gâteau et thé. Il l’exprime par un bruit de contentement. Il l’exprime par ses mots. Elle le croit honnête sur ces détails. Parfois la politesse entraine des petits mensonges concernant l’attrait pour les saveurs des mets proposés. Il y a toujours un signe sur le visage qui indique que le fait n’est pas aussi véridique. Elle a appris à reconnaitre ces mimiques, accompagnées de chuchotements quand une personne est assise à côté. Les voix sont toujours plus basses quand il s’agit de se plaindre. Le plaisir s’exprime bruyamment a contrario. Elle se réjouit d’avoir satisfait son invité.

Elle a parlé de leur boutique. Il n’en a pas souvenir. Elle ignore depuis combien de temps il habite en ville. Une raison pour ne pas avoir connu le lieu, fermé depuis déjà... bien trop longtemps. Elle ne veut pas se lancer dans le calcul précis du temps. Cela la renverrait à d’autres dates. De douloureux instants. Elle aurait évité d’approcher le sujet de trop près, mais le dépanneur souhaite comprendre pourquoi “The House of the Blue Cat” a fermé ses portes. Il s’excuse de sa curiosité. Elle est légitime pourtant. Leur début de conversation, leur installation confortable dans les fauteuils, ne pouvaient que les pousser un peu plus loin vers quelques confidences.

Il serait simple de se lever et de l’entrainer vers la raison de sa venue, sans autre forme d’explications. Après tout c’est un dépanneur et rien d’autre. Elle le regarde. Cette bouille, cette gentillesse, cette délicatesse dans son attitude, non, vraiment non, il n’est pas un ouvrier pressé, déshumanisé par la routine, les contraintes de la rentabilité. Ce garçon partage le même instant qu’elle, dans sa maison, partage le thé. Il a chassé la sensation de solitude dès qu’il a franchi la porte. Elle ne peut tourner le dos à cela, même si un léger tremblement de la main l’oblige à poser sa tasse sur la table. Lui parler. Se délivrer du silence qui la cerne jour après jour. Elle secoue légèrement la tête.

« Non, ce n’est rien. Et ce n’est pas un grand mystère. »

Tout le monde à l’époque savait le pourquoi de la fermeture. Pourquoi refuser au jeune homme la raison. Elle soupire lentement. Raison pénible. Le début d’une période difficile.

« L’âge. »

C’est un demi-mensonge. Les années accumulées ont pesé mais pas de la manière qui amène à une retraite bien méritée. Elles auraient tenu bien plus longtemps leur salon de thé, elles, toutes les deux, si les choses s’étaient passées autrement.

« La santé de Callie n’était plus aussi bonne avec l’âge. Je ne me voyais pas poursuivre seule, d’autant que je devais d’abord veiller sur elle. »

Prendre soin d’elle comme elle l’aurait fait si la situation avait été inverse. Etre auprès de l’autre dans le meilleur comme dans le pire. Et le pire s’était invité dans leur vie. Ce n’était pas la première fois qu’elles devaient affronter l’adversité, mais elles savaient que ce combat-là, elles ne pouvaient le gagner.

« Nous avons dû renoncer, il était trop compliqué pour elle de poursuivre son activité et pour moi d’être partout en même temps. »

Et puis surtout, elles voulaient profiter du temps qu’elles pouvaient encore partageait sereinement. Tant que le visage d’Elizabeth faisait partie du présent de Callie, tant qu’elles pouvaient se tenir la main sans avoir à justifier de qui elle était, du pourquoi de sa présence, tant que l’esprit ne s’échappait pas dans des méandres lointains.

« C’est une bien triste maladie qui nous vole ceux auxquels ont tient alors qu’ils sont encore à nos côtés. »

Elle s’est aventurée sur le terrain de la confidence, elle s’y sent bien. C’est agréable de se décharger de poids qu’elle traine, seule, depuis trop longtemps. Elle regarde autour d’elle, cherchant l’ombre de celle qui a partagé son existence. Elle peut entendre sa voix. Elle voudrait avoir perdu cette notion d’espace-temps. Ce serait plus facile que la mémoire active.

« Ce sont de tristes histoires de vieillesse. Racontez-moi plutôt la vie d’un jeune homme. Vous êtes encore dans la partie où tous les espoirs sont permis. »

Les siens ont disparu. Elle lui sourit, aimablement, maternellement. Les enfants, ici, ont toujours été source de complications. Lui, c’est différent.

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