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 All we are is dust in the wind ~ ♠ (feat. Aiko)

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Dracoola
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Pigeon


Le contexte du RP
Mise en situation

La situation



1914-1918

Georges est un soldat de l'armée française en permission. Il est porteur d'une terrible nouvelle, son frère d'armes, Charles est décédé lors d'un combat particulièrement violent. Rongé par les remords il décide d'aller lui-même annoncer sa mort à l'épouse de celui-ci.

Madeleine est une femme banale issue de la petite bourgeoisie française. Elle a rencontré Charles lors d'un dîner mondain. 1914. La guerre éclate. Charles échappe, tout d'abord à la mobilisation. Avant de partir, à son tour. Promettant à Madeleine de revenir vite. Quelques lettres échangées entre eux durant cette période. A intervalles irréguliers.

Une exploration des thèmes du deuil, de la vie et de la terrible douleur qu'est la perte d'un être cher.

Contexte provenant de cette recherche


LA MORT DES AMANTS


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Dracoola
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Georges
Samson

J'ai 35 ans et je vis à ville, France. Dans la vie, je suis Soldat et je suis pas mort c'est un début. Sinon, grâce à mon indifférence, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.




Tom Hiddleston © Poison Ivy

« Tonnerre. Je me souviens, avoir pensé que c'était le tonnerre. Un grondement, fort, envahissant. Impossible de savoir d'où il venait. À travers la poussière, la fumée et les flammes, j'arrivais à peine à distinguer le jour de la nuit. Tout ce que je connaissais, c'était la peur et l'épuisement. Une lassitude constante, permanente. Je m'étais éloigné de la tranchée, je cherchais à atteindre quelque chose ou plutôt... Quelqu'un ? Mes souvenirs sont confus, tout s'est passé si vite... Je me rappelle m'être réfugié du feu de l'ennemi derrière un monticule de terre. Le souffle court, je m'apprêtais à reprendre ma périlleuse ascension, lorsqu'un bruit effroyable me glaça le sang.

Dès lors le sifflement des balles se tut, le son des obusiers et les cris de détresse de mes compatriotes me paraissait lointain, diffus.

Puis de nouveau ce son inquiétant déchira le silence qui s'était abattu sur le ''no man’s land''. Un bourdonnement menaçant qui d'abord éloigné prenait de plus en plus d'ampleur. Une sorte de tonnerre infernal. Un tonnerre mécanique.

Devant moi, une énorme carcasse de fer, ayant l'aspect d'une boite rectangulaire. De ses canons cruels sortait une pluie meurtrière qui arrosait de balles quiconque se trouvait sur son chemin. J'étais tétanisé. Je voyais les hommes tombés un à un, touché par cette machine. Par cette invention du diable.

On nous donna l'ordre de battre en retraite. Après tout, que pouvait bien faire de simples soldats contre cette technologie assassine ?

Alors, j’ai fui.

Mon Dieu, j'ai fui et tandis, que je prenais la poudre d'escampette, que je courrais pour sauver ma peau, mon ami, mon camarade, mon frère était étendu dans la boue. Mort. »


Perdu dans mes souvenirs, je sursautai violemment lorsqu’une main vint se poser sur mon épaule.
- « Monsieur Samson ? Tout va bien ? Nous sommes arrivés à l'adresse indiquée. »
Confus, j'avais levé les yeux vers le chauffeur de la voiture. Un vieil homme, qui m'avait gentiment offert ses services. C'était de nouveau arrivé. Le passé qui chevauchait le présent. L'impression d'être là sans réellement l'être. Je n'étais plus le même. En fait, je n'avais plus l'impression d'être moi-même depuis un bon moment déjà. C'est la guerre pour vous. On rêve de quitter le champ de bataille et une fois que vous le laissez pour de bon, il vous hante et vous poursuit jusque dans votre sommeil. Gêné, je toussai un petit peu avant de remercier chaleureusement le vieil homme qui avait bien voulu me conduire jusqu'à l'adresse indiquée sur l'enveloppe. Une fois hors du véhicule, je m'étais retourné pour faire face à une ravissante maison de campagne. C'était une belle matinée, l'herbe était encore fraîche de la rosée et les effluves printaniers me chatouillaient les narines. Une température, fortement inappropriée, pour ce que j'étais venu faire. Nerveux, j'avais attendu patiemment que la voiture s'éloigne du chemin de terre, pour m'engager dans l'allée qui menait jusqu'aux escaliers.

J’avais obtenu une permission de quelques jours pour accomplir ma mission. J’avais supplié mes supérieurs de comprendre, il n’y avait que moi qui pouvais le faire.
À vrai dire, j’étais rongé par les remords. Mourir seul. De toutes les morts, c’était celle qui m’horrifiait le plus. Personne, pour vous tenir la main. Personne, pour écouter vos derniers mots. Seul, face à l’imminence de votre trépas et l’ampleur de vos regrets. S’il y avait bien un homme qui ne méritait pas ce sort, c’était bien Charles.

Je m'étais fait beau pour l'occasion, et pourtant, je me sentais sale, hypocrite debout là sur le paillasson, de cette charmante villa de campagne.

La première chose que j'avais faite en arrivant à la petite auberge où je logeais, c'était de prendre un bon bain. Malheureusement, l'eau de pluie était peu efficace contre la crasse et après autant de temps dans le feu de l'action, je commençais à sentir fort. L'eau était devenue brunâtre lorsque je m'étais assis dans la baignoire, un mélange de crasse, de sueur et de sang et je dus m'y reprendre plusieurs fois avant d'avoir l'impression d'être réellement propre. Une fois sèche, je m'étais attaqué à la barbe qui envahissait mon visage. Blaireau mousse et lame en main j'eue l'impression de rajeunir de plusieurs années en l'espace de 15 petites minutes. Néanmoins, ce n'est qu'une fois habillé d'un uniforme propre, mes bandages changés et mes cheveux soigneusement peignés, que j'osais finalement me regarder dans la glace.

Visage creux, regard éteint. J'avais peine à me reconnaître...

D'un geste fébrile, j'avais retiré mon couvre-chef puis avais cogné lourdement contre la porte en bois. Je redoutais fiévreusement le moment ou la porte s'ouvrirait laissant entrevoir la Madeleine que Charles m'avait décrite de nombreuses fois.

« Il était un homme de peu de mots. Cela, je l'avais compris bien assez tôt. Je ne m'en offusquai point, puisque moi-même, je préférais un silence confortable à des paroles vides, dénuées de sens. Toutefois, lorsqu'il me parlait, c'était bien souvent pour me décrire son épouse. Durant ces moments, il semblait s'animer, l'amour qu'il éprouvait pour sa douce moitié, ne souffrait guère de la distance et du temps. Sa Madeleine. Sa belle Madeleine. Dans une autre vie, j'aurais sans doute été un peu jaloux de n'avoir jamais eu l'occasion d'aimer une femme, de réellement l'aimer. Or, le Georges que j'étais n'éprouvait presque rien si ce n'était que la peur et l'épuisement. Toutefois, durant ces instants, assis dans la boue les yeux brillants, je me laissai bercer par les histoires de mon camarade. Oui, durant ces brefs moments, je me laissai rêver... »
J’avais entendu du mouvement à l’intérieur puis, la porte s’était ouverte, dévoilant une jeune femme que j’associais immédiatement à la petite photo que Charles avait dans son uniforme. Le souffle coupé par le poids de ma tâche je dus m’éclaircir la gorge à plusieurs reprises avant de réussir à prononcer ces mots :

- « Bonjour madame, êtes-vous bel et bien l’épouse du soldat Charles X, mobilisé durant la bataille de la Somme ? »


Je connaissais la réponse bien entendu, mais le protocole exigeait que l’on demande afin que la nouvelle du décès parvienne aux proches et à la famille en premier. J’avais jeté un regard vers le ciel bleu… Une si belle journée et pourtant…


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Aiko
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Madeleine
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J'ai 25 ans et je vis à Xxx, France. Dans la vie, je suis femme au foyer et artiste et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis mariée et je le vis plutôt bien.



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La Seine coulait au même rythme que l'attente caressait sa peau. Elle ne savait plus que faire de ses journées et s'assommait à parcourir sans relâche les rues bien connues de son quartier de Paris. Sans trop savoir pourquoi, elle refusait à aller au-delà de ces limites qu'elle s'était elle-même définies. Elle parcourait les mêmes rues, presque à la même heure chaque jour. Elle avait commencé à mettre en place des rituels qui lui permettaient d'évaluer le temps qui passe : acheter un bouquet de fleurs, acheter du pain frais, s'arrêter quelques minutes chez l'épicier et aller donner aux canards le reste du pain de la veille qu'elle prenait toujours bien soin d'emporter avec elle. Cette redondance des actes

Madeleine leva sa plume, resta quelques second en suspend au-dessus de sa feuille. Redondance ? Vraiment ? Etait-ce de la redondance ? Certes, ces rituels se ressemblaient. Mais, finalement, ce qu'elle voulait montrer était que, malgré cette ressemblance, son héroïne parvenait à créer un jour différent d'un autre. Sans même s'en rendre compte, d'ailleurs. Ou plutôt ne s'en rendant pas compte au début. Cela devait arriver, au fil du récit. La prise de conscience que l'attente de l'être aimé lui permettait de créer.
Une moue boudeuse au visage, Madeleine raya sa dernière phrase.
Puis elle soupira. Chercha par quoi la remplacer. Plongea une main dans ses cheveux. Elle commençait à avoir mal au crâne. La fatigue, sans doute. Elle dormait bien mal depuis quelques temps. En fait, depuis la dernière lettre de Charles. Qui remontait à un bon moment. Pourtant, cette lettre n'avait rien de particulier. Elle était banale, semblable à toutes les autres. Caractérisée par cette forme de timidité contenue dont il faisait toujours preuve. Il avait souvent du mal à laisser aller ses émotions et exprimer clairement ses sentiments. A dire vrai, elle était un peu pareil. Ils formaient un couple étrange, tous les deux. Distants en apparence, peu bavards. Mais, en réalité, terriblement proche et lié l'un à l'autre.

Lorsqu'ils s'étaient mariés, Madelein s'était vraiment demandé, au début, si c'était cela qu'elle désirait. Elle était jeune. Lui aussi. Ils s'étaient peu parlé. Ils ne connaissaient, finalement, pas grand-chose l'un de l'autre. Pourtant, les choses avaient fait qu'ils s'étaient mariés. Parce que ça semblait convenir à tout le monde. Satisfaire les autres avant de se satisfaire soi.
Le temps était passé. Doucement. Dans cette moiteur d'un foyer de petits bourgeois. Elle l'avait découvert artiste et avait senti une certaine corde en elle vibrer à l'écoute de ses notes.
Après deux ans de mariage, ils ne parlaient pas forcément plus. Mais peut-être était-ce parce que, sans trop en prendre conscience, leur relation était devenue si fusionnelle qu'ils se passaient de mots ?
Madeleine n'avait jamais pensé que Charles pût lui manquer un jour. Il était là et cela lui paraissait tellement banal qu'elle ne pouvait envisager autre chose.
Pourtant, la guerre était passée. Et, comme partout ailleurs, avait fait des ravages. Elle avait emporté Charles dans son tourbillon incessant. Elle se souvenait parfaitement de ce jour-là, à la gare. Comment, pour la première fois depuis leur rencontre, elle s'était réellement cramponnée à son bras tandis qu'ils marchaient. Lui, avec son uniforme et son lourd bagage. Elle, dans sa robe longue -celle que Charles préférait. Elle avait senti plus qu'un pincement au coeur. C'était... c'était comme un poids, une ancre de bateau qu'on était venu apposer là et qui peser, compressait l'organe vital. Le sang tentait, tant bien que mal, de pulser. Mais elle se sentait engourdie et paralysée de partout. Alors que, machine mécanique, le corps continuait de marcher. Elle lui avait dit au revoir. Il lui avait promis de revenir vite. Et de lui écrire. Elle n'avait pas pleuré à cet instant-là. Tout était trop figé en elle par la lourdeur de l'angoisse. Mais, la nuit venue, au fond de son lit, dans ce silence terrifiant des moments de solitude non voulue, les larmes étaient venues rouler sur ses joues. Sans qu'elle puisse les arrêter.
A nouveau, le temps était passé. Et il lui avait écrit. Elle lui avait répondu. Un échange épistolaire irrégulier. Quelques pensées envolées l'un pour l'autre. Qui lui réchauffaient le cœur. Elle espérait qu'il en était de même pour lui.
A ce moment là, elle avait pris conscience que, oui, il lui manquait. Terriblement.

Madeleine soupira de nouveau. Peut-être lui faudrait-il s'allonger ? Bien qu'elle doutât réussir à dormir. Trop de choses tournaient en elle. Il y avait son manuscrit. Une histoire sur l'attente. Et la déambulation parisienne.
Charles savait son goût pour l'écriture et l'encourageait à développer cela. Cependant, elle n'avait jamais voulu lui faire lire ses productions. Pas assez bien, disait-elle. Plus tard, quand j'aurai corrigé. C'était toujours plus tard. Et si, maintenant, c'était trop tard ?
Non, non.
Elle se l'était promis à elle-même : ce manuscrit-là, elle le lui ferait lire à son retour. Il parlerait un peu d'elle, un peu de lui, un peu d'eux dans un contexte autre que la guerre. Il parlerait de l'attente et de l'amour muet. Parce qu'elle avait du mal à dire en mot, à dire oral. Alors elle écrivait. Et elle voulait qu'en rentrant, il lise tout ça. Qu'il sache. A quel point elle tenait à lui.

Un bruit contre la porte la fit sursauter. Elle en lâcha presque sa plume. Quelqu'un était là. Mais qui ? Son cœur se mit à redoubler d'intensité. Une mauvaise nouvelle ? Ce n'était peut-être que le facteur. Ou... une personne d'une habitation voisine. Ou...
Elle se leva, quitta la petite pièce qui servait de bureau et de bibliothèque. La haute maison bourgeoise était déserte. Madeleine, désirant être seule depuis plusieurs semaines pour écrire, avait renvoyé la domestique en semaine ; elle ne venait que le samedi et dimanche, pour les tâches ménagères. Madeleine se débrouillait le reste du temps, comme elle avait toujours fait. Petite bourgeoise, oui, mais pas oisive.
Ses talons claquaient sur le dallage froid et elle traversa le couloir sombre qui menait au vaste hall d'entrée. Elle laissa, sur sa droite, l'escalier imposant qui conduisait au premier étage pour aller sur la porte, derrière laquelle quelqu'un attendait.
Ce quelqu'un était un homme qu'elle ne connaissait pas. Tête nue, visage marqué. Il paraissait revenir d'un autre monde.
Madeleine s'appuya d'une main sur l'encadrement de la porte tout en fixant l'étranger. Elle sentit son visage pâlir quelque peu. Ce n'était vraiment pas bon signe.
Cela le fut encore moins lorsque l'homme pris la parole. Cette fois-ci, le cœur de Madeleine rata un battement. Le sang cognait ses tempes. Son visage perdit le peu de couleurs qui lui restaient. Sa main se cramponna davantage à la porte.
Elle savait sans trop savoir ce que cet homme faisait là. Ou, en tout cas, elle s'en doutait. Elle aurait aimé ne pas savoir. Elle aurait aimé se tromper. Elle...
Le sang continuer de pulser à toute force dans ses tempes. Elle s'entendit à peine répondre :

-Oui, c'est moi.

Sa voix lui parut étrangement calme et posée, compte tenue de la bataille interne qui se livrait en elle.
Son aptitude à toujours se maîtriser. A toujours maîtriser son corps alors même que l'âme partait dans tous les sens.
Pourtant, elle sentait, sous sa robe, ses genoux trembler légèrement. Elle avait peur. Si peur. Mais elle attendait, le cœur battant.
Elle se trompait. Elle se trompait. Elle...
Du moins, elle l'espérait.
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Georges
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Peur, solitude, envie. Je les connaissais bien. Pour certains, cela était des mots effrayants. Dans mon cas, ils étaient devenus une habitude. Quand le vent caressait ma peau, je m’imaginais des bourrasques de poussières et de cendres. Je ne supportais plus le fracas du tonnerre, son bruit me rappelait la détonation des canons. Parfois, il m’arrivait de me réveiller avec des sueurs froides les larmes aux yeux. Durant ces moments, lorsque j’étais sûr qu’aucun de mes camarades n’était dans les alentours, je pleurais. Sous le couvert de la nuit, je me laissai aller. La peur et la douleur envahissaient chacun de mes pores. Le soldat est beau et fort certes, mais avant d’être des machines de guerre les soldats sont des êtres humains. Personne ne m’avait prévenu pour les pleurs quand je m’étais enrôlé. Sur leurs affiches, il l’enjolivait, parlait d’acte de courage, de bravoure même. Quand était-il de l’enfer des tranchées ? Du sifflement des obus ? De cette peur au ventre qui ne vous laissait jamais ? Mais surtout, que faisaient-ils du reste ? De ces soldats cassés, mutilés, brisés qui plus jamais ne seraient les mêmes ? J’étais chanceux, je ne souffrais pas d’obusite, mais cela ne rendait pas les cauchemars moins terribles, cela ne soulageait point le vide que je ressentais. Mais la peur, les terreurs nocturnes et la solitude n’étaient rien face aux regrets. À ce poids si lourd qui écrasait ma poitrine… Vous savez quand vous étiez gamins et que vous aviez brisé accidentellement le vase préféré de votre mère ? Ce sentiment d’horreur sourde puis l’insidieuse panique qui s’insinuait en vous ? Alors dans un élan de désespoir vous tentiez tant bien que mal de recoller les morceaux. Il devait bien y avoir un moyen ?! Et puis ce n’était que les doigts coupés par la porcelaine que vous réalisiez que certaines choses sont irréparables.

Devant moi, il y avait cette jeune femme à l’aspect fragile, ses grands yeux me fixant avec appréhension, je pouvais y lire ce que je ressentais depuis le jour, de la mort de Charles ; le déni. Puisque c’est bien plus facile de refuser d’y croire, de s’accrocher à ses espoirs, comme un marin perdu en mer. Accepter la réalité, s’avouer vaincu : c’est admettre que plus jamais les rires de cette personne ne nous réchaufferaient le cœur. Fini le temps où nous partagions nos souvenirs. Révolue est l’époque où nous nous rassurions durant la noirceur, en nous promettant que nous verrions l’aube pointer ensemble. J’avais sorti la boite contenant ses effets personnels, je savais très bien ce qu’il y avait dedans : un peigne, du papier à lettres, des clopes et une petite photo de la jeune femme. Pendant les derniers jours avant ma permission j’avais tracé du bout des doigts son portrait, en me demandant comment diable j’allais bien pouvoir lui annoncer la nouvelle. J’aurais aimé avoir eu les mots pour décrire mon ami. Pour exprimer à quel point sa présence avait allégé ces mois d’horreurs passés dans les tranchées, quand même dans l’épuisement, la frayeur et la faim, il arrivait encore à me faire rire. J’aurais tant souhaité pouvoir dire à cette jeune femme à quel point j’étais désolé. À quel point je m’en voulais ! On m’avait déjà dit que rien n’était permanent. Qu’un jour ou l’autre tout finissait par devenir poussière. Que les seules choses qui ne changeraient jamais, c’était le ciel et le sol en dessous de mes pieds. La guerre m’avait enseigné autre chose. Elle m’avait appris que même si un homme était mis en terre, son souvenir lui ne disparaissait jamais. Oh il se métamorphosait sans aucun doute au fil du temps, mais jamais, les gens qu’ils l’avaient connu et aimé ne l’oublieraient. Car l’amour possède une mémoire intemporelle. Celui de Charles et de la Madeleine avait déjà triomphé de la guerre. Alors, qu’est-ce qu’était la mort à cotée ? J’avais plongé mes yeux dans les siens, à défaut d’avoir les mots, je voulais lui faire comprendre que je connaissais sa douleur, qu’elle n’était pas seule… La voix brisée j’avais articulé avec peine :

– « Madame, j’ai le terrible regret de vous annoncer que votre mari, Charles est décédé courageusement durant la bataille. »


J’avais fermé les yeux. Je ne voulais pas voir sa réaction, de peur de laisser moi aussi passer les quelques larmes qui menaçaient de s’échapper. Pas, que j’avais honte de pleurer, au contraire quand on avait vu ce que j’avais vu, pleurer était le dernier de vos soucis. Un homme pouvait pleurer au même titre qu’une femme. Parce qu’à la fin nous étions tous égaux face à la mort. Face à la perte d’un être cher. Non, je voulais être fort. Je voulais être un roc sur lequel Madeleine pouvait s’appuyer. Pour Charles. Pour elle. Pour eux. Mais un peu pour moi aussi...

–« Voici, ce qu’il avait sur lui. Ses effets personnels vous reviennent. »

Je suis désolé, j’aurais tellement voulu pouvoir vous rendre Charles si seulement je pouvais. J’aurai aimé que cela soit acceptable de prendre quelqu’un que l’on connait à peine dans ses bras. Qu’il serait normal, de chercher dans la présence et la chaleur d’un autre être humain la solution à nos craintes et à nos peurs, sans être jugé. Parce qu’un peu de tendresse, après autant de violence, quand il ne vous reste plus rien ni personne c’était tout, ce qu’un type comme moi pouvait rêver. Et je pense que quelque part dans la vastitude du firmament c’était ce que Charles aurait voulu. Traverser un deuil est une épreuve terriblement douloureuse, l’absence, l’attente et les regrets vous hantent. Toutefois, je me disais que si la peine est partagée, eh bien au moins, on pourrait se tenir la main en attendant l’aube.

- « Je me présente, soldat Georges Samson, Charles était mon ami… Mon meilleur ami. »

À ces mots, mes yeux se sont peut-être mis à briller, et ma respiration saccadée, mais mon expression restait toujours la même. Le visage d’un homme peiné. Celle d’un être humain partageant et observant la douleur d’un autre.



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Madeleine
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J'ai 25 ans et je vis à Xxx, France. Dans la vie, je suis femme au foyer et artiste et je m'en sors bien. Sinon, grâce à ma chance, je suis mariée et je le vis plutôt bien.



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Madeleine ne bougeait pas. Elle n'osait esquisser un mouvement. De peur de provoquer une catastrophe, peut-être. Bien qu'au fond d'elle elle sût que, si catastrophe il y avait, cela n'était pas son fait. Uniquement du fait de la guerre. Parce qu'elle était meurtrière, telle était sa définition. Et qu'elle emportait toujours les plus innocents alors que les pourris qui avaient la protection de leur grade et leur poste restaient en arrière, à donner les ordres et envoyer les autres à la boucherie.
Les yeux de Madeleine restaient fixés devant cet homme qui était venu jusqu'à elle. A son visage, elle savait qu'il ne pouvait pas apporter une bonne nouvelle. Pourtant, elle se noyait dans le déni, attendant que le nouveau venu prononce quelques mots.
Et ceux-ci vinrent, aussi coupants que la plus affûtée des lames. Sans détour -à quoi cela aurait-il servi, de toutes les façons ?
En une seconde, Madeleine sentit tout son monde s'écrouler autour d'elle.
Il y a quelques minutes encore, elle était penchée sur son manuscrit. Elle avait l'idée de le faire lire à Charles à son retour. Depuis le temps qu'il attendait cet instant. Elle voulait, encore une fois, le serrer silencieusement dans ses bras, preuve d'affection muette. Au lieu de dire je t'aime se contenter d'une étreinte douce pour signifier sa présence : je serais toujours là.
Mais.
C'était lui. Qui n'était plus là.
L'homme venait de le lui annoncer. Pourtant, elle peinait à réaliser. A se dire que...

Elle ouvrit inconsciemment la bouche comme sous le choc de la nouvelle. Pourtant, elle savait. Elle s'y était attendue à l'instant même où elle avait vu cet inconnu sur le pas de sa porte.
La porte contre laquelle Madeleine était appuyée l'aida à ne pas s'écrouler. Sous sa robe longue, ses jambes flageolaient.
Décédé.
Il est décédé.
C'était ce qu'avait dit l'homme. Décédé courageusement durant la bataille. Courageusement ? Etait-ce là un moyen commun d'honorer ces vaillants soldats morts pour la patrie alors que, vivants, ils n'étaient rien et ne méritaient aucune considération de la part de personne ?
La vue légèrement trouble au début de Madeleine se stabilisa sur l'homme qui lui faisait face. Il n'était pas un de ces gradés qui gardent le derrière assis sur une chaise tandis que d'autres meurent. Non. Madeleine était prête à parier qu'il était un lambda, un soldat comme les autres qui avait la chance d'être encore en vie.

Elle ne répondit rien, sentant son pouls s'accélérer et sa gorge se nouer. Les larmes ne venaient pas. Pas encore. Mais lorsque viendrait le moment... sans doute qu'elles seraient torrent.
L'inconnu lui remis ensuite une petite boîte contenant les effets personnels de son époux. Les doigts tremblants, elle s'en saisit, hésita une courte seconde : l'ouvrir ici ? Attendre plus tard ? Elle se résolut à faire tout, de suite. Et le couvercle, bientôt, ne protégea plus son contenu. Elle découvrit de banals objets de la vie quotidienne. Jamais elle n'aurait cru que de telles choses puissent s'avérer aussi précieuses, revêtir une telle valeur à ses yeux.
Un peigne, du papier à lettre, quelques clopes. Et puis. La photo. Une photo d'elle. Qu'il gardait toujours sur lui. Elle se rappelait parfaitement de ce portrait. C'était peu de temps après leur mariage. Ils étaient partis ensemble à la campagne en Normandie. Sous un ciel gris d'automne, sur ces plages de galets, à contempler ensemble l'horizon.
Ce souvenir fut la goutte qui fit déborder le vase. Et, sans plus pouvoir se retenir, elle sentit de grosses larmes rouler sur ses joues. Silencieuses. Une eau salée qui ne parle pas. Et qui, pourtant, remplace cent mots.

En face d'elle, l'inconnu se présenta. Georges Samson. Et Madeleine avait vu juste : il était un soldat comme les autres. Un ami de front de Charles, apparemment. Meilleur ami, même.
Au fond d'elle, elle se sentit soulagée de savoir que son époux avait su créer de tels liens mêmes au milieu de l'horreur. Parfois, dans ses lettres, il évoquait ce qui ressemblait à un ami, sans jamais donner de nom. Ainsi, elle savait qu'il n'était pas seul et ça la rassurait. Mais jamais elle n'aurait pensé que cet amitié fût assez forte pour que ce Georges Samson en personne vînt lui apprendre la nouvelle. Et, au plus profond d'elle, cet acte la toucha.
Délicatement, dans un geste mesuré, elle essuya ses larmes d'une main, serrant, dans l'autre, la petite boîte.

-Georges, répéta-t-elle à mi-voix, la gorge étouffée sous les sanglots. Je... je vous remercie d'être venu.

Elle le contempla un instant. Ca devait être tout aussi dur pour lui. Voir ses camarades tomber les uns après les autres. Se demander quand viendra son tour. Puis assister à la chute de son meilleur ami.
Elle avait perdu un époux.
Il avait perdu un ami cher.
En un éclair, elle comprit que la peine qui lui comprimait la poitrine l'affectait lui aussi tout autant. Qui mieux que lui pourrait la comprendre ?

-Vous voulez entrer ? demanda-t-elle subitement.

Elle s'écarta du passage pour donner corps à son invitation. Elle ne savait pas bien pourquoi elle lui proposait cela. Sans doute parce qu'elle avait peur de l'instant où elle se retrouverait seule avec la boîte à souvenirs en unique compagnon. Et le fantôme de Charles, cet homme qu'elle ne reverrait plus jamais en chair et en os, cet homme pour lequel elle avait tant prié. Mais, apparemment, personne, Là-Haut, n'avait entendu ses suppliques.
Elle conduisit l'homme jusqu'à un petit selon silencieux. Fauteuils rembourrés, sofas et table basse faisaient le décor principal. Plus une petite bibliothèque où se trouvaient en grande majorité des livres d'astronomie et de musique, les deux grandes passions de Charles. Ce salon était celui où il aimait composer et jouer. Un piano qu'elle n'avait pas ouvert depuis son départ se trouvait dans un coin.

-Vous... vous avez bien connu Charles sur le front ?

Une question, pour chasser le silence. Car les muets l'oppressaient autant que la Mort. Elle avait besoin de mots. Pour calmer sa douleur.
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J'ai 35 ans et je vis à ville, France. Dans la vie, je suis Soldat et je suis pas mort c'est un début. Sinon, grâce à mon indifférence, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.




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Elle tremblait, je voyais ses grands cils papillonner, elle me fixait sans me voir. Ses doigts de porcelaines s’agrippaient au chambranle de la porte. Sa peau avait pris un teint cireux, le poids de la nouvelle semblait l’écraser. Elle saisit la boite et tandis qu’elle parcourait son contenu, je m’étais mis à observer mes mains. Il était incroyable de penser que les mains d’une personne pouvaient en révéler davantage que ses vêtements ou son visage. C’est dans le creux des paumes, la forme des mains, leurs textures ou encore le port d’alliance, que l’on pouvait deviner le statut social de quelqu’un, ses origines le type de travail exercé. Or, quand je fixais mes mains, je ne voyais qu’un instrument, des doigts qui ne savaient qu’appuyer sur une gâchette. C’était comme si le jeune homme que j’avais été, celui qui labourait les champs, qui avait creusé et remué la terre pendant des années, avait disparu. Pourtant, la corne laissée par le maniement des outils était encore visible, mais à mes yeux elles étaient souillées. Du sang noir, épais, qui s’écoulait comme des veines le long de mes avant-bras venant s’écraser sur le sol comme une flaque d’encre. J’avais fermé les paupières. Une fois que je les avais ouverte il n’y avait plus de trace de sang. Hallucination. Seulement des paumes marquées par de lourds évènements. J’avais de nouveau levé les yeux vers la jeune femme. Je ne sais trop ce que je cherchais dans son regard, mais je fus déçu. Peut-être cherchais-je en elle l’absolution de ma culpabilité ? Or, je savais que c’était idiot, que même si j’avais été auprès de Charles je n’aurais pas pu empêcher sa mort. Elle avait ouvert la bouche, mais aucun son n’en sortit, les mots lui échappaient. Rien de bien surprenant, face à une telle douleur, les mots sont vides. Ils perdent de leur sens. C’est une chose que Charles avait compris. Parfois, il n’y a pas de mots. Quand nous observions le ciel étoilé durant nos gardes, je pouvais dire avec exactitude ce que je ressentais, mais si l’on m’avait demandé de raconter cette nuit-là les mots m’auraient échappé. Il n’y en avait pas. Or, s’il n’y avait pas de mots pour décrire les conséquences de la mort de Charles et de ses effets sur Madeleine, il en existait bel et bien un pour la cause.

Guerre.

Et quel mot effroyable c’était ! Pour le garçon en culotte courte qui pensait qu’en s’enrôlant il rendait service à sa Patrie. Patrie qu’il avait retrouvée écorchée vive, souillée du sang de ses enfants, martelée d’explosions. À la fois tombeau et terre d’espoir. La France était-elle véritablement reconnaissante ? Guerre. Pour les chefs d’État derrière leur grand bureau toutes les raisons sont bonnes pour faire la guerre. C’est pour le pays mon petit, s’empresseront ils de se justifier. Ils ne savent rien. Il joue au soldat, déplaçant des corps d’armée comme s’ils savaient ce qu’ils faisaient. Or, quand on est au milieu du combat, sous les pluies incessantes de débris et de shrapnels, les muscles tendus, comme des bêtes sauvages on oubliait pourquoi on était là en premier lieu. Guerre. Même quand elle est finie, elle ne l’est pas vraiment. Parce qu’elle reste. Comme une plaie qui refuse de se cicatriser. Guerre. C’était ce qui me faisait lever chaque jour en me disant que la mort serait un cadeau face à ce qui m’attendait dehors. Juste, la pensée d’y retourner me donnait la nausée.

Sur ses joues, je pouvais voir des larmes faire leur apparition. Des perles de tristesse qui faisait écho à ma propre douleur. Elle avait serré la boite contre elle, comme pour s'accrocher à tout ce qui lui restait de Charles. Ma gorge s’était resserrée et mes yeux s’étaient embués à leur tour. Merci ? Pourquoi me remerciait-elle ? C’était peu, j’aurai aimé faire plus, tellement plus. Tout pour diminuer cette culpabilité qui me rongeait. J’avais baissé la tête avec déférence ne sachant trop que faire ou que dire. Parce que ça faisait des mois que je n’avais pas eu de conversation normale. Mais, aussi, car j’avais la sensation de ne plus savoir faire grand-chose mise à part me battre, manger et dormir. Le passé s’appropriait du présent et le futur me semblait lointain presque inexistant. Mon corps m’était étranger, j’avais l’impression de voir à travers les yeux d’un autre. Condamné à vivre sa vie comme un spectateur. Comme la coquille de l’homme que j’avais été.

Puis elle m’avait invitée à passer à l’intérieur brisant par ce même geste la spirale d’idées noires qui menaçait de m’engloutir. Mon sens des responsabilités me conseillait de refuser, de retourner à l’auberge et de prendre le temps qui m’était offert pour me reposer. Or, mon cœur me disait de la suivre et c’est ce que je fis. Et la pensée d’être seul avec moi-même me semblait terrifiante. La solitude amènerait dans son sillage mes démons, ceux qui me hantaient depuis le départ de mon unique ami. Ensemble, nous avions traversé un petit vestibule menant jusqu’à un salon joliment meublé. Dans un coin trônait un magnifique piano. J’essayais de les imaginer tous les deux. Lui, en train de composer l’une de ses mélodies, elle, qui l’écoutait sans un mot assis près de lui. Les pâles silhouettes de ce qui avait sans doute été leur quotidien. Hélas, plus jamais les murs de cette maison ne verraient leur propriétaire. Aucun enfant ne verrait le jour sous ce toit. Et je ne pouvais m’empêcher de penser que c’était de ma faute. Si j’avais été plus rapide. Si j’avais été plus fort. Si... À quoi bon me torturer ? Cela ne ramènerait pas Charles. Elle me posa une question et après avoir réfléchi un moment j’avais commencé à lui raconter notre première conversation.

- « Oui, ce fut une chance inestimable que d’avoir eu l’occasion de faire sa rencontre. Je l’ai connu durant un repas. Il m’avait demandé si c’était le pain rassis qui me donnait cette mine. Je m’étais enrôlé au début de la guerre et la plupart de mes amis étaient morts. Mon cœur s’assombrissait de plus en plus. Votre mari a su me redonner espoir… que peut-être cette guerre pourrait finir un jour. »

Au final la guerre, c’était la douleur parce qu’une fois terminée elle ne ramenait pas les âmes qu’elle avait enlevées.





LA MORT DES AMANTS


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C'était si lourd à porter, au fond d'elle. Cette révélation, le poids soudain de l'absence qu'on sait sans retour, la perte infernale, l'envie de hurler, comme si les cris pouvaient annuler la réalité, offrir une porte de sortie. Madeleine sentait, sur son coeur, sur ses poumons, ce poids qu'elle ne parvenait pas à extraire. Elle se força à respirer, respirer encore. C'était tout ce qui lui restait.
Elle contempla le jeune homme qui avait fait tout ce chemin pour venir la voir. Elle. Pour venir lui parler, en personne. Ne pas laisser un représentant quelconque de l'autorité lui apprendre la nouvelle. Il serait venu, aurait donné une lettre, peut-être un désolé du bout des lèvres avant de repartir, sans plus de considération. Quand on a des dizaines de morts à annoncer régulièrement de cette façon, on finit par être blindé. On finit par oublier que derrière chaque soldat tombé au front, il y a des âmes qui les attendait : père, mère, frère, soeur, amante, fiancée, épouse, enfants... Il y a des âmes qui les pleurent et se retrouvent déchirées par la tristesse de la perte.

Mais lui, Georges, n'était pas pareil. Parce que ce n'était pas son job, d'annoncer les morts aux famille. Lui, il la côtoyait, la Mort, il savait à quoi elle ressemblait et, pour cette raison, était sans doute le plus à même de comprendre Madeleine.
Il avait perdu Charles, lui aussi.
Sans doute avait-il perdu d'autres proches également. Frères d'armes, mentor, peut-être aussi. Combien de corps avait-il vu tomber ainsi sous ses yeux impuissants ? Les êtres, broyés par l'infernale machine et crier, supplier, prier ne servent à rien. Où donc était Dieu, en ces temps si sombres ? Madeleine se le demandait régulièrement. Elle qui était fervente catholique. Elle qui avait prié chaque soir pour Charles. Elle qui avait demandé au Tout-Puissant de protéger son époux. Qu'il rentre à la maison. Qu'elle puisse lui faire lire son nouveau roman, celui qu'elle lui dédiait, par lequel elle parlait de son amour, pour lui faire comprendre à quel point il était important pour elle.
Mais Dieu n'avait pas entendu. Ou n'avait pas écouté.
Charles était mort.
Dieu n'avait rien fait.

Georges répondit à la question de Madeleine. Et à travers ses mots, elle reconnut le portrait de son mari. L'Espoir qu'il portait en lui. Ce rayon de lumière au milieu des temps sombres. Il avait toujours su, à sa façon, comment porter les gens. Les faire sourire. Les aider à avancer.
Elle sentit sa gorge se nouer, s'agrippa au dossier d'un fauteuil pour rester stable.

-La guerre, commença-t-elle d'une voix érayée, il faudra bien qu'elle finisse un jour... mais combien... (elle déglutit, reprit son courage) combien de personnes, encore, devront se sacrifier ?

Elle essuya les nouvelles larmes qui perlaient au coin de ses yeux.
Elle voyait les morts, elle voyait ces soldats, tombant les uns après les autres. Elle avait rencontré des femmes venant de perdre leur mari, leur père, leur fils, leur frère sur le champ de batailles. Ecroulées, enragées, attristées, désespérées... chacune, à leur manière, réagissait à l'horreur.
Et elle, comment allait-elle exprimer cette douleur ?
Pour l'heure, elle était dans une forme d'apathie tremblante, retournée par la nouvelle, ne réalisant pas entièrement tout ce que cela impliquait.
Mais après ? Plus tard ? Lorsqu'elle se retrouverait seule ? Lorsque Georges sera reparti, lorsqu'elle se retrouverait sans personne face à ses fantômes et ses souvenirs ?
Elle ne voulait pas y penser. Ne pas encore se projeter sur cet après. C'était trop douloureux.
D'un geste de la main, elle l'invita à s'asseoir dans un des confortables fauteuils du salon.

-Que puis-je vous servir à boire ?

Du banal, comme si ce qui les réunissait tous deux étaient une simple réunion ou dîner, comme cela pouvait avoir lieu avec des amis proches. Oublier que c'était un mort, qui les avait réunis. Eux qui, quelques minutes plus tôt, ne se connaissaient pas.

-Vous savez, je suis heureuse de savoir que Charles vous a trouvé, au milieu de cette horreur... et que vous l'ayez trouvé également. Rien n'est plus précieux que les liens humains, dans notre contexte.

Elle inspira à nouveau longuement. Reprendre sa respiration.

-Est-ce que... est-ce que Charles vous parlait de sa famille ? De sa maison ? De... moi ?

Il n'était pas là question d'egocentrisme. Mais Charles -tout comme elle- était tellement secret, se contentant de peu de mots, qu'il n'avait jamais dit noir sur blanc à Madeleine qu'il l'aimait, qu'il était bien avec elle. En soi, elle n'en avait jamais douté. Parce qu'il semblait se plaire, dans leur vie à deux. Mais, lorsqu'une personne disparaît, lorsqu'on sait que, plus jamais, elle ne pourrait dire les mots qu'on attendait, on cherche à avoir confirmation qu'elle ait pu, au moins, les penser. Supposer, s'en douter ne suffit plus. On veut savoir. Pour de vrai.
Une façon de clore au mieux la page. Pour espérer pouvoir, un jour, aller de l'avant.
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