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 S'en aller par les chemins cachés (Sam)

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June
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pigeon june


Le contexte du RP
Mise en situation

La situation

Citation :
(…) je voulais m’en aller par les chemins cachés, bordés de haies, par les sous-bois de ronces et les pistes à ornières reliant les villages abandonnés. Il y avait encore une géographie de traverse pour peu qu’on lise les cartes, que l’on accepte le détour et force les passages. Loin des routes, il existait une France ombreuse protégée du vacarme, épargnée par l’aménagement qui est la pollution du mystère. Une campagne du silence, du sorbier et de la chouette effraie.
– Sylvain Tesson, Sur les chemins noirs


Une jeune femme s’élance, sac au dos, depuis l’extrême sud-est du territoire français et avec l’intention d’en rejoindre, à pied, le nord-ouest. Seule, elle n’emprunte que des sentiers cachés, guidée par la carte qu’elle garde toujours à portée de main. Vivant simplement, au gré des chemins.

C’est bientôt la fin du mois d’août, et sa longue marche commence ici. À la frontière italienne, au cœur des Alpes-Maritimes.

Contexte provenant de cette recherche
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June
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pigeon june



Sam Ehrlich
J'ai 31 ans et je vis à ?, ?. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à ma ?, je suis ? et je le vis plutôt ?.

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zippora seven © viceroy
Nous sommes le 23 août, et c’est aujourd’hui que je pars. C’est peut-être aujourd’hui que tout commence, ou que tout s’apprête à finir.

J’ai pris tout à l’heure le train à Nice, jusqu’à Tende où je suis descendue. Dans un wagon vide, je suis restée prostrée contre une fenêtre, absorbée dans le paysage, avec pour seule certitude que je ne renoncerais pas. Je traversais cette haute Provence, longeant d’abord la côte, puis m’enfonçant dans le relief – dans ces territoires de l’hyer-ruralité, où seuls des villages oubliés du monde, et que je voulais voir, ponctuaient la solitude de ce désert démographique.

Le sac à dos qui demeurait entre mes pieds est désormais hissé sur mon dos et j’avance, pas après pas, vers le haut de la ville, sous un soleil de fin d’après-midi – un soleil de fin d’été. Seul l’avenir me dira si j’ai eu raison d’entreprendre ce voyage.

Je grimpe en direction du col : ce sera mon point de départ, le lieu sans doute de mon premier bivouac, et je suis concentrée sur ce premier objectif. Il faut fonctionner comme ça, étape par étape. Ne penser à rien d’autre qu’à mettre un pied devant l’autre. Garder en tête des préoccupations simples, logistiques. Penser plus loin que cela m’est encore bien trop intimidant. Me projeter sur l’ensemble de mon parcours pourrait entamer ma détermination, je le sais. Je ne mesure pas vraiment encore le choix que j’ai fait, mais je sais que cette marche sera décisive.

Alors, je marche. Tende n’est pas une grande ville : je la traverse rapidement, et déjà je m’éloigne vers les massifs rocheux, les crêtes italiennes et les grands mélèzes qui recueilleront, ce soir, mon corps endolori. Ce corps qui si souvent m’a fait défaut, ce corps affaibli, défait. Ce corps que je mets au défi de me soutenir.

Il paraît que les oiseaux se cachent, pour mourir. Si le grand air, si les chemins de la forêt ne peuvent rien pour moi, au moins leur accueil me sera-t-il bienveillant. D’ici là, je marcherai. Je marcherai dans mon vœu de silence et de solitude, je marcherai dans l’air d’un soir doré jusqu’au sommet des montagnes et je me coucherai contre la terre. Je marcherai à travers champs, jusqu’au bord de la mer. J’aurai le monde à ma portée. Je garderai contre moi ma liberté, aussi longtemps que j'en serai capable.
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Pigeon



Sam Ehrlich
J'ai 31 ans et je vis à ?, ?. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à ma ?, je suis ? et je le vis plutôt ?.

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zippora seven © babine.
Sous mes yeux, les petites maisons carrées s'alignent. Elles se décalent, se déforment presque tandis que j'avance. La perspective mouvante de mon regard les rend étranges, ces habitations à la forme inhabituelle. Leurs silhouettes me renverraient presque aux images caricaturales que j'ai des quartiers pauvres du Brésil, où les gens s'organisent des toits comme ils le peuvent, avec les matériaux qui leur tombent sous la main, avec les moyens techniques dont ils disposent. Ici, tout est en pierre pourtant, mais cet entassement de bâtisses géométriques le long d'une colline pentue me donne une sensation similaire d'improvisation nécessaire.

Je grimpe, et bientôt ce mur de maisons n'est plus devant moi mais sous moi. Et déjà, la sensation est enivrante. Je suis au dessus : si je tourne la tête, je vois les toits plats, quelques points noirs qui se meuvent lentement sous la chaleur du Sud, les rues qui sinuent entre les lotissements, et au loin la forme difforme de la gare dont je viens de sortir. Je suis au dessus : je commence à peine à prendre conscience de ce que j'entreprends, de ce que je laisse derrière moi, de ce que j'abandonne. Marche de la dernière chance ? m'a-t-on questionnée lorsque j'ai parlé de mon projet. Mais j'ai désormais la certitude qu'il s'agit bien plus d'un renouveau, d'une nouvelle page, d'une naissance, plutôt que d'une fin, d'un voyage funéraire. Il ne s'agit plus de faire le deuil d'événements passés, mais de me tourner toute entière vers le futur. Mon futur. Un futur sur lequel je décide de prendre le contrôle, un futur que je veux positif et dynamique, un futur par lequel je refuse d'avance de me laisser abattre, peu importe les obstacles, même face à l'adversité, surtout contre moi-même.

Je déplie les doigts de mes mains, crispés sur les lanières de mon lourd sac à dos. Je déploie mes bras au dessus de ma tête en m'arrêtant un instant, pour observer le ciel au dessus de moi et la nature devant moi. Tout paraît immense, sans fin, une mer verte qui déchire le bleu du ciel à l'horizon. Face aux arbres aux teintes variées et voisines, face au tranchant de la pierre révélée sur les flans des montagnes, je suis minuscule. Je ne suis rien. Fut un temps, j'aurais haï cette sensation, j'aurais tout fait pour reprendre consistance, j'aurais hurlé pour mettre fin à la terrible sérénité d'une nature qui ignore tout de l'humain. Désormais, j'accueille ce sentiment en mon cœur. Il se fait une petite place dans mon bas ventre, réchauffe mon estomac, brûle mes poumons. Seul un petit rire étouffé finit par s'extirper d'entre mes lèvres, et je reprends ma marche.

Je ne suis rien. Je sors la carte de la poche latérale de mon sac à dos, et je pointe de l'index sur le papier le lieu où je me trouve. Je ne sais pas à qui je cherche à montrer mon point de départ. Peut-être s'agit-il simplement de tenter de réaliser l'ampleur du paysage qui s'étend devant moi, la longue route qui m'attend, petit carré de vingts centimètre carrés par petit carré de vingt centimètres carrés, bout de carte par bout de carte, sans penser à la mer bretonne qui m'attend à l'autre bout de la France. Peut-être s'agit-il surtout de souligner de manière humaine ce fait que la nature toute puissante me révèle : je ne suis rien. Rien qu'un petit point dans une immensité verte.


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June
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Sam Ehrlich
J'ai 31 ans et je vis à ?, ?. Dans la vie, je suis ? et je m'en sors ?. Sinon, grâce à ma ?, je suis ? et je le vis plutôt ?.

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zippora seven © viceroy
J’avance. Je continue de marcher, et à chaque pas je manque de cesser de croire que je suis vraiment en train de faire ça. Mais c’est pourtant vrai : je suis vraiment là, perdue dans l’absence de toute chose, seule avec le grand air de la montagne pour me remplir les poumons. Le sentier grimpe progressivement, vers le col de Tende qui culmine à près de 1900 mètres d’altitude. Le sentier, qui de loin paraissait insurmontable, presque vertical, semble s’aplatir peu à peu sous chacun de mes pas et devient praticable. Il ne suffit que d’avancer pour se découvrir en mesure de le faire, et la marche change radicalement la perception d’un paysage. Tout est question de point de vue, finalement.

Je fais des pauses régulières pour pointer la carte, surveiller ma progression. Me référer à cet outil, cet objet scientifique dont les relevés ont été faits par des géographes professionnels, m’aide à appréhender mon parcours et à le rendre plus tangible. Je regarde aussi la ville de Tende disparaître peu à peu dans la distance, s’évanouir derrière une vallée de pins, reparaître à hauteur d’un talus, de plus en plus petite. Bientôt, l’étonnant clocher rose et jaune de l’église Notre-Dame de l’Assomption cesse d’être visible dans le lointain et je ne peux que présumer de sa présence. Je préfère de toute façon la perspective des grands arbres qui tapissent les fonds de vallées et se disséminent à l’approche du sommet. L’immensité. Je suis en France, je le sais parce que c’est écrit sur la carte – mais je pourrais être n’importe où, pour peu que cet endroit soit planté de forêts de pins et de mélèzes, que la respiration y soit plus aisée et l’air doux.

Je ne me repais jamais suffisamment de ce paysage, dans lequel je suis désormais perdue. Ce paysage dans lequel je ne suis rien. Je ne suis rien. Jamais je ne serai rien. Ceci dit, je porte en moi tous les rêves du monde. Il faut pourtant continuer de marcher car le soir n’attend pas, et je m’arrache à la contemplation pour reprendre le chemin, avec la pensée réconfortante que ces grands arbres seront du voyage encore demain.

De combien de choses faut-il se dépouiller pour éprouver ce sentiment unique face au monde ? Ils me regardaient sans oser rien dire, presque avec pitié, et je les entendais à part eux-mêmes : ils croyaient tous à une forme de suicide, mais ils avaient tort. Je ne suis pas en train de fuir. Je m’apprête à connaître ce que c’est que vivre. En d’autres termes, j’essaye du mieux que je peux de sauver ma peau.

Après plusieurs heures, les doigts glissés sous les lanières de mon sac, je finis par atteindre le col de Tende. C’est un point charnière, qui sépare les Alpes maritimes et le massif du Mercantour, côté français, des Alpes ligures et du piémont italiens. Je me sens comme une funambule, sur cette crète nue, cette ligne de partage des eaux où seule quelques aplats d’herbe roussies le disputent aux pierrailles qui roulent sous mes pieds. Sur la carte, le point que je désigne paraîtrait désormais presque pile sur le tracé qui représente la frontière. Je regarde autour de moi et je n’observe aucune discontinuité, rien pour indiquer ce partage territorial. Les limites administratives n’ont de sens que pour le touriste ou le géopoliticien. Pour le voyageur, comme pour la faune et la flore, ce partage intangible cesse d’exister.

J’avise une route goudronnée et déserte en contrebas, du côté italien. Je décide de redescendre un peu côté français, je reprends le chemin en lacets en quête d’un emplacement pour le bivouac. Le haut de la montagne est semé de vieux forts désaffectés. Les habitations, les quelques exploitations familiales qui profitent des pâturages sont implantées plus bas. Entre les deux, le couvert des arbres est suffisant pour que j’y installe mon campement.

J’avise un emplacement qui me paraît convenir et je pose mon sac au pied d’un grand mélèze. Je commence à tendre la toile de bivouac dans ses branches les plus basses. J’ai atteint le col, mon véritable point de départ. Jusqu’ici, tout ça ne comptait pas vraiment. La marche, la vraie marche, commencera demain. Pour l’heure, il se fait déjà tard, même si le jour met un temps infini à décliner depuis le haut des montagnes. Ça me laissera sans doute le temps de faire un feu avant la nuit, même si je sens que je ne vais probablement pas veiller très tard. Je sors quelques affaires. Ce n’est pas tout à fait la première fois que je fais ça, bivouaquer. Même si les fois précédentes intervenaient dans un contexte bien différent de celui-là.

Quand même, le fait d’être là, seule et que personne ne sache exactement où me trouver… J’ai presque l’impression de faire tout ça « pour de faux », que tout ça n’est pas vraiment sérieux. Je m’installe au sol, le plus confortablement possible. Je prends pleinement la mesure de ce que la solitude veut dire, quand je n’ai personne à qui partager mes impressions de la journée. Je me contente alors de garder le silence, intimidée, mais apaisée.
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Je suis un corps.
Ou plutôt, je suis dans un corps. Je l’utilise, comme un outil, ou peut-être plutôt comme une enveloppe qui contiendrait mille lettres : mon passé, mon présent, mon futur, mes émotions, mes souvenirs, mes vécus, autant de messages que ce corps doit délivrer. Je sens mes muscles qui s’échauffent doucement, à chaque pas. Je sens mes articulations glisser dans mes genoux, mes phalanges se serrer et se desserrer autour des lanières de mon sac, mon dos tassé par le poids de ce dernier, mes épaules rougies par le tissus rugueux qui l’empêche de trop bouger, la plante de mes pieds qui embrasse la forme du sol brut. Je sens aussi le vent contre mes joues, qui se glisse dans mon cou, sous mes cheveux, les fait danser subtilement autour de mes oreilles. Je sens les odeurs inconnues de la nature imperturbable, des effluves de pin qui ne ressemblent qu’à moitié à celles, chimiques, qui embaument ma voiture, un parfum vert qui me fait presque penser à l’herbe fraîchement coupée dans le jardin de mon oncle, mais, entrelacés à ces rappels distants, mille senteurs que je ne pourrais pas identifier.
Mes yeux clairs s’ouvrent, émerveillés, sur les troncs d’arbres qui s’élèvent partout autour de moi, sur le ciel à la luminosité décroissante, sur le mouvement imperceptible de cette forêt sauvage. Je ne suis pas en terrain connu, je ne suis pas chez moi, je ne suis pas la bienvenue. Pourtant, je me sens mieux ici que chez moi, ce chez-moi dans lequel j’étais encore il y a quelques heures et qui me paraît pourtant si lointain de toute ma réalité présente, ce chez-moi urbain, rassurant de part sa familiarité, son ordre établi, son immobilisme routinier. Ce chez-moi alien, impalpable : comme un cauchemar au moment du réveil, il file déjà entre mes doigts et je ne parviens pas à le retenir. Désormais, je suis un corps dans une forêt.
C’est la vision d’une route sur ma droite qui me fait de nouveau tirer la carte de la poche où je la range entre chaque consultation. Mon doigt suit malhabilement le dessin des tracés arbitraires qui séparent la France de l’Italie, jusqu’à trouver l’endroit approximatif où je me trouve, et je reprends ma marche, décalant mes pas en conséquence. Bientôt, je choisis un emplacement où passer la nuit, et installe mon campement sommaire. Je m’allonge après avoir ôté mes chaussures de marche et mes chaussettes, et je m’installe sous le couvert des étoiles qui s’illuminent une à une dans le ciel. Les mains croisées derrière la tête, je laisse lentement le silence m’envahir. Au début, mes pensées tournoient, la peur s’immisce, mon pouls s’excite. Mais l’immobilité que je m’impose finit par se diffuser tout en moi, tout autour de moi. Je peux désormais porter mon attention sur le son des cigales qui chantent l’été, ou l’odeur moite de la nuit chaude. Je me concentre sur le vent qui caresse la plante de mes pieds nus. Je m’endors.


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zippora seven © viceroy
Les odeurs de sous-bois ont bercé ma nuit, infusé mes rêves. Au moment d’ouvrir les yeux, seul le chant matinal des oiseaux dessine les contours et les volumes de la forêt autour de moi. Il n’existe rien d’autre que ça, et le bruissement des feuilles. Je m’étire, je me redresse. Je m’aperçois que j’ai roulé dans mon sommeil. Mes chaussures de marche et mon sac sont toujours là, sous la toile de bivouac, à un mètre environ de l’endroit où je me réveille. Le terrain déclinait légèrement, jusqu’au point où un rayon de soleil viendrait cueillir les premiers instants de ma journée.

Je remonte jusqu’à l’emplacement initial, pieds nus sur le sol de la forêt. Je retarde le plus possible le moment de réenfiler mes chaussures tant ce contact m’est agréable, vital. Je défais la toile et je la range soigneusement dans mon sac, bois quelques gorgées d’eau à ma gourde et grignote quelques tranches de pain complet accompagnées de fruits secs. Mes pensées sont ailleurs, projetées dans le paysage encore peuplé de mes rêves de la nuit. J’ai rêvé de cette maison que la puissante odeur de l’herbe fraîche a, hier, rappelée à mon souvenir. Cette maison de mon enfance – celle de tous les rêves nés dans l’enfance, dont l’enfant grandie s’est un jour détachée, et qui pourtant trouvent encore à vivre dans le souvenir de cet endroit, immobiles et inchangés, comme la promesse d’un espoir.

Je hisse mon sac sur mon dos, que je découvre endolori par cette nuit à même le sol. Je consulte brièvement la carte, visualise le chemin du départ. Il m’appelle, mais je ne suis plus pressée de l’amorcer – je ne consens plus d’intérêt au sentiment de hâte, voire d’urgence, qui dicte nos vies d’aujourd’hui. Je m’arrête quelques mètres plus loin, auprès d’un ruisseau où je prends le temps de me baigner, de laver mes vêtements de la veille. Je sèche mon corps nu et blanc au soleil, au côté de mon short, de mon t-shirt étendus sur des pierres. Ils sont encore humides lorsque je les enfile, mais cette fraîcheur m’est bienfaitrice.

Je reprends la marche.

Pendant plusieurs jours, je marche à travers le Mercantour, d’abord sur des sommets et des roches inégales, puis au fond des longues vallées alpines. Elles sont d’un vert si dense, au terme de l’été, baignées par un soleil chaud et sec. Mon dos me fait encore mal, mais je sais que cette douleur est saine. C’est celle d’un corps que l’on habitue à la vie dehors – à la vie sauvage. Cette douleur-là, je suis à même de l’identifier : je l’apprivoise. Je chemine sans croiser âme qui vive, exceptés quelques fermiers perdus dans la rocaille des alpages et à qui j’achète, parfois, quelques morceaux de fromages. J’avance dans la solitude et dans le silence. Le paysage ne se lasse pas de me subjuguer. Je m’y absorbe, je m’y dissipe.

Le silence intérieur, surtout, mène à un drôle d’état où les pensées elles-mêmes cessent de se former tout à fait ; demeurent informulées, à l’état d’embryon. Est-ce ainsi que l’on finit par oublier le langage ? En quelques jours seulement, je comprends pour quelles raisons la solitude peut rendre fou. J’ai peine à réfléchir, à mener un raisonnement à son terme de manière consciente. Le silence de la solitude s’apprend. J’aurais dû emporter de quoi écrire.

Trois jours après le départ, j’atteins vers midi le village de Saint-Etienne-de-Tinée – le premier village que je rencontre sur mon chemin. Dans un tabac, qui fait aussi maison de la presse, j’achète un stylo et un petit carnet que je baptise à mon nom. Je m’assois à la terrasse déserte d’un petit café, où sont disposées des chaises légères en aluminium. Le soleil est à son zénith, le village calme – seuls quelques habitués attendent en silence, au comptoir, que passe la journée. Le léger bruit de fond d’une télévision, allumée au fond du bar ou peut-être à l’étage où une fenêtre, restée ouverte, laisse entrer la plénitude léthargique d’un midi d’été ; le vol de quelques bourdons occupés aux niches de la pierre ; une voiture qui s’engage dans l’une des étroites ruelles, derrière la place, sont les seuls bruits qui me parviennent. Le temps semble s’être arrêté ici, me dis-je. C’est la première chose que j’écris, dans le petit carnet.

    27 août

    Saint-Etienne-de-Tinée.
    Le temps semble s’être arrêté, ici.

Je ne sais pas quoi écrire d’autre. Je n’écris jamais, et les pages vierges m’intimident. L’encre, définitive, que j’y applique, me paraît presque agressive. Et il est temps, pourtant, de suivre les conseils de mon thérapeute. L’écriture automatique est le meilleur moyen de comprendre les perceptions de notre subconscient. Je referme le carnet. Pour aujourd’hui, c’est suffisant.

Je me restaure, je mange mon propre sandwich mais je commande un café au barman apathique, aveuglé par la lumière au sortir de la pénombre fraîche de l’intérieur, qu’il n’a pas dû quitter encore beaucoup aujourd’hui. J’échange quelques mots avec lui, une brève conversation de campagne. La chaleur du mois d’août. Le calme du midi. La rareté de la clientèle. Je ne décroche que des réponses brèves bien qu’affectueuses, et sans curiosité. Ce n’est qu’au moment de me relever, de m’apprêter à partir que je remarque un vieux livre abandonné sur la chaise à côté de à la mienne. Terre des hommes, Saint-Exupéry. C’est une vieille édition racornie, dont la tranche et les pages sont jaunies. Elle semble presque avoir été laissée là à mon attention. Je ne suis pas une grande lectrice. Je n’ai jamais beaucoup lu, au désespoir de ma mère. Mais quelque chose me dit de l’emporter quand même.

Avant de sortir du village, je m’arrête devant la chapelle Saint-Maur, indiquée par une petite croix sur la carte. C’est une minuscule chapelle, à l’architecture parfaitement indifférenciée. Ses murs de crépi blanc n’ont rien de caractéristique, mais la porte s’ouvre sur un autel richement décoré, sous un plafond bas en arc de cercle, dont les fresques murales célèbrent les textes saints. J’y entre, je m’assois sur un banc du fond, près de la porte. Autrefois, j’aurais prié, prié sagement. Aujourd’hui, mon regard désorienté cherche en ce lieu le signe que ces prières n’ont pas été vaines. Un indice que tout cela a encore du sens, pour moi. Je reste un instant, j’hésite. Je demeure assise tout au bord. Je ne suis plus très certaine d’être ici à ma place.

Dehors, les sentiers de montagne sous le soleil m’appellent. Je crois d’eux qu’ils m’offrent des perspectives de guérison plus sûres.
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