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 Everything goes on, but eventually... ∆ Gaïa

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ANESIDORA
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UNIVERS FÉTICHE : Réels et sf.
PRÉFÉRENCE DE JEU : Les deux

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Limace


Le contexte du RP
Mise en situation

La situation
Ils se sont connus à Austin, Austin la grande, Austin l'estudiantine. L'une n'était qu'une étudiante en art qui s'était perdue entre les rails de coke et l'alcool, l'autre était un dealer de petite ambition, enchaîné à cette ville par un bracelet électronique. Ils se sont côtoyés par la force des choses, tous deux liés à un deal des plus improbables qui a obligé Gaëlle à héberger son fournisseur chez elle pendant un été. Qui aurait pu croire qu'une amitié, voir plus, naîtrait de cette colocation ?
Cela dit, dès qu'octobre a sonné l'homme a fui, aussi simplement que ça. Une liberté pleine et entière et non plus conditionnelle, il était temps de mettre les voiles.

Douze ans plus tard, ils ont chacun fait leur vie. Pourtant ils ne s'attendaient pas à se recroiser à Chicago... Pas comme ça non plus.

Contexte provenant d'aucune recherche.



b r o k e n  c r o w n ◊ I wonder if you know yet that you’ll leave me. That you are a child playing with matches and I have a paper body. You will meet a girl with a softer voice and stronger arms and she will not have violent secrets or an affection for red wine or eyes that never stay dry. You will fall into her bed and I’ll go back to spending Friday nights with boys who never learn my last name.
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ANESIDORA
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Aleksandr
Sagataïev

J'ai 37 ans et je vis à Chicago, USA. Dans la vie, je suis gérant d'un bar et je m'en sors comme je peux. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.

UC


avatar © ANGIE
La musique tambourine à tes oreilles, tout juste assez fort pour qu’tu sentes ses battements au fond de tes os. Faut dire aussi qu’t’es juste sous le baffle. Tes yeux font rapidement l’tour de la salle et trouvent les serveuses à diverses tables. Les danseurs s’attroupent dans un coin d’la salle, les clients entrent et sortent, la décadence est facilement visible. Tu louvoies entre les chaises jusqu’au bar avec un air faussement affairé. Cet endroit, ça n’fait pas longtemps que tu le détiens. Deux mois tout au plus, peut-être un peu moins, depuis que ton patron s’est cassé à New-York. Et si t’as sauté sur l’occasion qu’il t’a proposée, tu n’aurais pas pu prévoir évidemment les emmerdes dans lesquelles cet endroit est plongé. Un établissement d’une telle réputation entraîne petits dealers et criminels en tout genre, c’est justement ce pour quoi il est fait. Mais forcément, faut s’attendre à c’qu’il y ait des problèmes à la clef.
Raison pour laquelle tu n’te permets pas de passer tes soirées autre part qu’ici.

C’est en passant un mot à un employé qu’tu la vois. , sur le tabouret haut acculé au mur, la femme accrochée à son verre comme à une bouée de sauvetage. Tu plisses les yeux, parce que cette blonde, elle ne t’est étrangère n’est-ce pas ? Tu lui as connu des vêtements moins chers et des cernes plus larges, mais c’est elle. T’en es persuadé. Gaëlle.
Lentement ta vie à Austin te revient en force. Les fantômes d’un passé plus ou moins oublié refont surface petit à petit. La chaleur, la chaleur étouffante d’un été brûlant. Les flammes qui ont consumé ton immeuble, cette cliente droguée à la dégaine minable comme unique sauveuse, son appartement pour te sauver de la rue pendant l’été. Une amitié inattendue, des vols, des rails de coke, le manque, des bouteilles, le manque, d’la coke, encore le manque. Toujours le manque.
T’as l’éclair d’un sourire.

Tes jambes s’activent d’elles-mêmes pour rejoindre le centre de la salle et tu t’diriges vers la Française. Elle ne t’a pas vu apparemment, ou du moins pas reconnu, puisqu’elle ne bronche pas. T’arrives dans son dos et y déposes brièvement la main pour la prévenir de ta présence. « Il me semble vous connaître de quelque part mademoiselle, me tromperais-je ? » tu t’installes sur le tabouret libre à côté d’elle, en faisant signe au barman de s’ramener. Pourtant, tes yeux sont fixés sur le visage d’la femme et uniquement sur elle, avec un demi-sourire sur les lèvres. Les souvenirs, ils arrivent par vagues, des vagues d’Austin qui viennent se fracasser à la porte de Chicago. À travers les lumières bleutées, et la musique qui vrombit à tes oreilles, tu discernes ses traits avec assez de difficulté. Son allure qui s’est affirmée, son allure si mondaine, son allure qui n’a plus beaucoup à voir avec l’étudiante camée qu’t’as connue. D’un autre côté, toi non plus n’es pas resté le même. Sans changement aussi radical… mais tout de même. « Avant que j’fasse une connerie, c’est bien Gaëlle n’est-ce pas ? » Charlie le maître des cocktails se ramène enfin auprès de vous et tu le désignes de la tête. « J’t’en remets une, tu prends quoi ? C’est cadeau. » Mine de rien, ça fait plaisir de la voir. « Alors, qu’est-ce que tu fous ici ? » Tant d’années qui sont passées. Une grosse dizaine, à vrai dire. Tu manges Gaëlle du regard, comme si tu voulais rattraper tout l’temps perdu. La nostalgie qui te rattrape, les lèvres qui s’étirent sans trop d’raison.



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Gaïa
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Limace



Gaëlle
de Bragard

J'ai 31 ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis danseuse et je m'en sors très bien, notamment grâce à mon père et mon époux. Sinon, grâce à ma malchance, je suis en pleine procédure de divorce et je le vis plutôt mal.

uc


avatar © ALASKA
Chicago, ses avenues, ses gratte ciels et ses bars. Je n'y suis qu'une étrangère, qu'une danseuse venue passer un casting pour faire de la figuration dans une réadaptation de Dirty Dancing. La compétition est rude, les autres filles sont d'excellentes danseuses ! Et pourtant, je le veux ce rôle. J'en ai besoin, tout comme j'ai besoin de renouveau dans ma vie où tout s'écroule en ce moment. J'ai envie d'oublier un temps que je suis en pleine procédure de divorce et que mon passé de junkie ne va pas jouer en ma faveur pour obtenir la garde de mes fils. Parmi les filles du casting, il y a des habitantes de Chicago et en discutant, elles m'ont confié qu'il y existait un endroit parfait pour oublier mes problèmes, le Red Emerald. Un de ses bars qui sentent la dépravation à trois kilomètres à la ronde, un de ceux que j'avais l'habitude de fréquenter. Par nostalgie pour mon ancienne vie à Austin et pour le BB Nixes où je passais six soirs sur sept, j'ai décidé d'aller y faire un tour, de retrouver des saveurs, des odeurs et une ambiance oubliées depuis longtemps. Je trouve l'adresse sans difficulté, j'observe l'enseigne scintillante dans la nuit. Un sourire aux lèvres, je laisse tomber ma cigarette avant de l'écraser du bout du pied et de pousser les portes de la décadence.

Les lumières m'éblouissent un instant avant que le décor ne me frappe de plein fouet. Les gens ivres morts que l'on continue à servir, les danseuses impudiques et les transactions discrètes, j'ai l'impression de revenir onze ans en arrière, quand c'est moi qui était à leur place. Quand c'était moi la fille complètement saoule à qui on ramenait son whisky sans glaçon toutes les dix minutes, quand c'était moins qui m'envoyais en l'air avec des types louches dans les toilettes, quand c'était moins qui cherchait à repérer les dealers pour remplir mes poches de petits sachets de coke. Je replonge dans l'univers du BB Nixes.

J'observe. Si entre mes dix huit et mes vingts ans, je me fondait parfaitement dans le décor de ce genre de bar, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Je peux sentir des regards intrigués se poser mes escarpins, mon pantalon beige taille haute dans lequel est rentré élégamment un chemiser en dentelle, ma coiffure sophistiquée et mon maquillage appliqué. On siffle sur mon passage et je me retourne pour lancer un doigt d'honneur, il ne faut pas trop changer les habitudes non plus. Cela dit, je les comprends. Il y a onze ou douze ans, si j'avais vu ce genre de femme rentrer dans le BB Nixes, ma première réaction aurait été de me demander ce qu'elle foutait là cette salope. J'ignore les regards et les murmures et je prends avec assurance la direction du bar. J'ai besoin de boire. Je prends place sur le tabouret le plus excentré et je tourne le dos à la salle avant de commander mon éternel whisky sans boisson que je descend d'une traite lorsqu'on le pose devant moi.

Je sursaute quand une main se pose dans mon dos et je suis prête à me retourner pour insulter l'importun quand une voix retenti à mon oreille. Mon cœur manque un battement, cette voix cela fait douze ans que je ne l'ai pas entendu et pourtant je la reconnais comme au premier jour. Je serais toujours capable de la reconnaître entre mille cette voix aux intonations si particulières, rauque et abîmée par la cigarette, l'alcool et les substances illicites. Je l'ai toujours aimé cette voix, elle avait un goût de la maison, un goût de compréhension et un goût de galère que je ne saurais oublier.

Je me retourne enfin vers Alek qui est en train de s'installer à côté et de faire venir le barman. Un sourire joyeux étire mes lèvres. Je ne pensais pas le revoir un jour et pourtant il est là souriant face à moi. Je plonge un peu plus dans mon passé à Austin devant mon ancien dealer et ami. Son départ m'a fait beaucoup de mal, j'étais jeune, idiote et amoureuse de cette homme qui ne pensait qu'à fuir Austin dès la fin de sa conditionnelle. Je lui en ai voulu, beaucoup, pendant des années. Et pourtant le voir maintenant me rend heureuse. Je continue à sourire tout en mordillant ma lèvre inférieure de temps à autres.

Je l'observe alors qu'il fait de même. Je revis nos moment de défonce sur mon canapé, nos remarques sarcastiques, nos disputes, nos marchés foireux. Je revis le moment où il est devenu plus que mon dealer à la suite de l'incendie de son appartement. Je revis les instants où je me sentais bien avec lui. Je me revois, effarée par l'idée d'être tombée amoureuse de lui. Mon sourire s'élargit alors que je repense à mes souvenirs de jeunesse. Il a changé, un peu, pas autant que moi. Il a pris un peu de poids, a l'air plus en forme. Malgré les douze ans qu'on a pris dans la gueule, je le trouve toujours aussi beau.

Je retrouve l'usage de ma voix quand il me demande si c'est bien moi. J'éclate d'un rire qui menaçait de passer la barrière de mes lèvres depuis l'instant où je l'ai reconnu. Un rire heureux. Ça y est, l'euphorie m'a gagné, et cette euphorie là est bien meilleure que la coke.

-Tu deviens vieux au point de douter de me reconnaître, je réponds en riant toujours. Évidemment que c'est moi !

Ma remarque ne devrait pas m'attirer d'ennuis, je pense. Mais après douze ans passés sans avoir à anticiper les réactions d'Aleksandr Sagataïev, je n'en sais trop rien. Peut-être fait-il parti désormais de ses gens qui ont peur de vieillir, qui voit arriver la quarantaine avec crainte et déni. Je doute que ce soit le style de l'homme en face de moi cependant.

-Un autre whisky sans glaçon s'il vous plaît, je lance au barman sans détourner les yeux de mon ancien colocataire. Merci, j'ajoute à son intention.

Il me fixe avec un intérêt évident et nul doute qu'il y a quelques années j'aurais rougi exagérément face à cette étude de ma personne. Je fais de même, curieuse de savoir ce qu'il est devenu et comment il a échoué dans ce bar minable de Chicago.

-Je suis ici pour quelques jours, je suis venue tenter ma chance dans un casting de danse, j'avoue alors qu'il me questionne sur la raison de ma présence. Et toi alors qu'est-ce que tu fais là ?

Mon sourire ne quitte pas mes lèvres. Je souris à en avoir mal aux zygomatiques, d'un sourire qu'il me semble que je n'arriverai jamais à effacer. Pour peu, j'aurais envie de le prendre dans mes bras et de le serrer comme si nos vies en dépendaient, pour rattraper douze ans d'absence et mon amour dispersé avec le temps.
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ANESIDORA
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Aleksandr
Sagataïev

J'ai 37 ans et je vis à Chicago, USA. Dans la vie, je suis gérant d'un bar et je m'en sors comme je peux. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.

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avatar © ANGIE
La femme éclate d’un rire qui passe mal au travers des baffles, mais tu peux presque le sentir électriser l’air. T’aurais pour peu envie d’le saisir du bout des doigts, parce que ça fait douze ans qu’tu n’en as plus eu la saveur. Et merde, foutue nostalgie. « Tu deviens vieux au point de douter de me reconnaître. Évidemment que c’est moi ! » Ton sourire s’élargit brièvement. Vieux, vieux, tu le deviens tout doucement. Il est probablement loin le temps où tu pouvais t’faufiler à travers les fenêtres d’appartements vides pour squatter les lieux. Enfin bon, ce n'est pas comme si t'en avais encore besoin alors tu t’en fous un peu. Tu écartes les bras comme pour plier devant la fatalité. « Que veux-tu, Alzheimer se rapproche de plus en plus. Enfin quoique, j’espère avoir encore du temps devant moi. » Le barman vient d’arriver et tu proposes une boisson à la française. Après qu’elle ait pris commande tu fais signe à l’autre que ce sera la même chose pour toi, et Charlie disparaît tout aussi vite de vos esprits. Vous vous regardez en chiens de faïence pendant quelques secondes, sans parler, sans que la gêne ne s’en mêle – elle n’a, après tout, jamais fait partie de votre relation.
Elle est toujours aussi belle, Gaëlle. Bien plus même, maintenant qu’il n’y a plus la drogue et l’alcool pour laisser leur trace sur ses traits. Maintenant qu’le temps a effacé son air méfiant, et que les années ont affermi son maintien de tête. Tu fais rapidement l’calcul dans ta tête… Trente et un ans bordel. En revanche contrairement à la décennie passée, où elle se fondait alors parfaitement dans le décor… ce n’est plus le cas ici. Clairement. Comme tu l’avais remarqué tout à l’heure elle a troqué ses T-shirts trop grands et ses jeans délavés contre un chemisier de dentelle et des escarpins. Le maquillage appliqué d’une main habile, la coiffure élégante, la tenue qui pue le fric… Où est donc passée la camée en perdition  ? Ton sourire s’élargit, et y’a les piques sarcastiques qui manquent de sortir. Comme avant. Elles restent restent malgré cela bloquées dans ta gorge pour l’instant parce que, merde, elle n’est pas la seule à avoir changé. Au lieu de quoi tu t’contentes d’une simple question, qu’est-ce que tu fous ici. À Chicago, le dernier lieu en Amérique dans lequel tu t’attendais à la retrouver – surtout dans ce bar. Pas qu’tu considères que la ville t’appartienne, loin de là. C’est juste qu’au plus tu te sens bien ici, au plus tu fais ta vie, au plus ton passé recule. Et avec lui, Gaëlle. « Je suis ici pour quelques jours, je suis venue tenter ma chance dans un casting de danse. » Tu siffles entre tes dents, en essayant désespérément de déterrer tous les détails de sa vie dont elle t’avait fait part. Ils arrivent eux aussi par vagues sans lien les uns avec les autres. Étudiante en art, fêtarde, couche-tard, en froid avec son père, ex-prodige, dessinatrice, toxico, fauchée… Mais danseuse ? Probablement qu’la passion est arrivée après. « Danseuse ? Eh bien, t’as abandonné tes crayons et tes pinceaux dans une boîte au fond du grenier alors ? Remarque, tu restes dans l’domaine artistique… » Elle n’aurait jamais pu tenir la distance avec toutes les substances illicites qu’elle ingérait à l’époque. Ça t’fait plaisir, quelque part, qu’elle ait un meilleur train de vie. Tu t’en serais quand même voulu qu’elle crève la bouche ouverte à cause de toi – enfin, non, mais quand même un peu. Tu t’demandes depuis quand elle a arrêté d’se droguer, et cette question se rajoute à la liste interminable de toutes les autres qui se pressent déjà aux portillons.

« Et toi alors, qu’est-ce que tu fais là ? » Le sourire, toujours le même, s’élargit. Vaguement malicieux cette fois. C’est vrai ça, qu’est-ce que tu fais là Alek ? « Si t’es surprise d’me voir dans un endroit comme ça, y’a pas que moi qui ai vieilli alors… » Les verres arrivent vite et tu t’interromps quelques secondes. Tu lèves brièvement le tien à la blonde et en tires une gorgée. « Sinon, figure-toi que l’Emerald est à moi. Enfin, depuis deux mois un truc comme ça. » Tu reposes ton verre, parce que tu t’méfies fameusement des clients de derrière et leur espèce de danse sur tabouret. Un petit coup d’œil au visage de l’ancienne Austinienne te suffit pour deviner son incrédulité. Quoi, toi, le dealer fauché aux petits boulots d’merde ? Eh oui, toi, ce dealer-là même. Dealer, tu ne l’es plus vraiment cependant. « J’ai… disons, changé d’occupations. » Parler de tes anciennes activités ici n’est pas un réel risque en soi, pas au milieu de tous ces gens peu recommandables. Cela dit annoncer à voix haute tes anciens délits n’est peut-être pas la meilleure chose à faire non plus… « Ça doit faire un bon bout de temps qu’j’ai plus touché aux doses à vendre. Ce sont les billets d’la caisse qui les ont remplacés maintenant. » Et t’as un putain d’sourire pour compléter le tout. Certainement que comparé à elle ce n’est rien, et pourtant ça continue de t’satisfaire. « Je ne sais pas si l’endroit t’rappelle un certain bar… ? » Tu reprends une petite gorgée avec le regard entendu. Le BB Nixes, comment l’oublier ? C’est là que la moitié d’vos histoires se sont passées, d’abord de bêtes deals sous la table et puis une amitié très branlante. Amitié tissée d’engueulades et de coups de gueule avec de temps en temps des rigolades. Une amitié hors du commun pour ainsi dire. Hors du commun. Voilà comment définir votre relation, à elle et toi.

Tu t’interroges maintenant. Évidemment qu’vous étiez proches – à vrai dire c’était la seule personne que tu connaissais réellement là-bas –, bien sûr qu’vous revoir est un plaisir… Mais maintenant ? Vous n’appartenez clairement plus au même monde. Tu secoues la tête légèrement et oublies ces considérations. Tant de choses auxquelles penser avant, non ? « Et toi, alors ? Miss…  Pantalon taille haute et chemisier de dentelle. » Y’a un petit rire qui t’prend soudainement. « Quels évènements t’ont fait passer du côté des riches, toi ? » Une chose est sûre, si elle avait pu avoir autant d’argent à l’époque ça t’aurait arrangé. « Regarde-toi, t’as l’air d’une bourge ! T’es au courant que la plupart des clients ici sont des voleurs invétérés ? » Ce qui ne doit pas être loin de la vérité.



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Gaëlle
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J'ai 31 ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis danseuse et je m'en sors très bien, notamment grâce à mon père et mon époux. Sinon, grâce à ma malchance, je suis en pleine procédure de divorce et je le vis plutôt mal.

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Alors que son sourire s'étire, le mien en fait de même. Son sourire est communicatif et j'aime ça. J'aime sentir mes muscles se contracter sans que je ne les commande. Il fait une remarque sur le fait de devenir vieux et je lève les yeux au ciel. J'en souris, j'ai perdu l'habitude de lever les yeux au ciel il y a des années. C'est étrange comme les habitudes reviennent vite en le retrouvant. Revoir des compagnons de jeunesse laisse toujours une sensation étrange. C'est là qu'on réalise pleinement que le temps passe, que l'on change, que nos belles années s'éloignent peu à peu. Surtout dans mon cas, alors que ma vie d'adulte responsable n'a plus grand-chose à voir avec l'espèce d'adolescence retardée que je vivais lorsque j'étais à Austin.

-J'espère bien qu'il te reste du temps, je serais presque triste de me retrouver face à un homme devenu gâteaux en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Puis y a pas à dire, l'approche de la quarantaine, ça rend sexy, non ? j'ajoute avec un clin d’œil malicieux.

Je commande ma boisson et alors qu'Alek me l'offre, je repense aux soirs de galère où je faisais tout pour me faire offrir un verre par n'importe qui parce que je n'avais pas les moyens de me le payer moi-même. Il est loin ce temps, et cela fait désormais des années que je suis capable de m'offrir mes propres boissons. Le barman s'éloigne et ce n'est plus que nous. Comme avant, j'aimerais penser mais ça a toujours été trop compliqué de savoir ce qu'il se passait dans le cerveau tordu du dealer pour me le permettre. J'apprécie le silence et n'avoir d'autre préoccupation que de le regarder. Ce silence est confortable, comme avant. On a toujours fonctionné avec des silences, souvent, cela nous correspondait plus que les mots. Faut dire, qu'il était pas bavard Alek, je doute que cela ait changé d'ailleurs, et une fois sur deux quand nous parlions, c'était pour nous engueuler. Jamais rien de bien méchant, que des vérités que l'on se balançait sans scrupule à la figure, appuyant volontairement là où ça faisait mal. Et sans jamais s'en vouloir par la suite parce qu'on avait autre chose à faire que se détester. La rancune ça n'a jamais été notre truc. Sinon, le russe, il aurait dégagé de mon appart dès le lendemain de son arrivée.

On brise à nouveau le silence, avec des questions très simples, banales. Étrange quand on y réfléchit, on s'est toujours foutus des banalités, on a rarement eu des conversations simples. Mais aujourd'hui après douze ans sans avoir de nouvelles, la question sur la raison de ma présence à Chicago me semble tout à fait légitime. C'est de bon cœur que j'y réponds, tout en restant large, sans entrer dans aucun détail. Pour l'instant, l'histoire du casting de danse suffit largement, pas la peine d'exposer ma pathétique existence. Il s'étonne d'apprendre que je danse et que je ne dessine pas. Je réalise alors pour la première fois que je ne lui ai jamais parlé de ça. Il n'en sait pas beaucoup sur mon passé, on savait le minimum l'un sur l'autre, et je n'ai jamais dû mentionner ma première passion pour l'expression corporelle.

-Ça fait un bon moment que j'ai pas dessiné ouais. Je ressors le matériel de temps en temps quand je m'ennuie ou quand j'en ai besoin. Mais la danse c'est pas nouveau, je dansais avant d'arriver à Austin, tu sais, j'ai juste repris et j'ai eu la chance de pouvoir en faire mon métier, j'explique sans que mon sourire ne quitte mes lèvres, ce qui doit me donner l'air un peu idiote mais tant pis.

Sa remarque face à ma question me fait à nouveau rire. Ça fait tellement du bien ! Il me semble que cela fait une éternité que cela n'était pas arrivé. Et c'est agréable, je suis heureuse d'être avec Alek pour rire à nouveau.

-Que veux-tu, passer la trentaine a été un cap, j'ai pris un coup de vieux moi aussi ! Putain douze ans quand-même... on n'est plus des gamins maintenant. Cela dit, je dois avouer que non, je ne suis pas si surprise de te voir évoluer dans un endroit comme celui-ci.

On nous amène nos whiskys et après avoir levé mon verre, je bois alors qu'il répond à ma question. Sa réponse me surprend autant que la mienne à eu l'air de le surprendre. Je fais tourner mon tabouret afin de faire face à la salle et de l'observer avec plus d'attention. Les coudes posés sur le bar derrière moi, je penche légèrement la tête avant de répondre.

-Non ! À toi ? Comme... à toi ? Genre t'es propriétaire toi maintenant ? Félicitations, j'imagine ! je dis en tournant la tête vers lui. Bah putain... j'ajoute en passant une main dans mes cheveux.

Ça me fait bizarre de penser que la dernière fois que j'ai vu ce mec, il n'avait vraiment plus rien et de le voir maintenant gérer une affaire. Aucun doute que cette affaire n'est pas toujours légale mais qui suis-je pour juger ? Mais Alek n'est plus vraiment Alek si on cherche à trop gommer son côté mauvais garçon, j'imagine. Il m'explique avec des allusions que je comprends aisément comment il fait désormais pour compléter ses revenus. Je secoue la tête avec un sourire en coin, non il n'a pas tant changé que cela. Il est fier de lui. Je ne sais pas si ça doit me désoler ou si je devrais être fière de lui moi aussi. Je hausse les épaules.

-Oh je vois t'as pris du grade, je lance ironiquement. Tache de ne pas te faire choper à nouveau, j'ajoute en me trouvant idiote de me faire du souci pour lui, je suis sûre qu'une nouvelle conditionnelle ne serait pas si agréable sans ma merveilleuse compagnie, je dis avec un clin d’œil en me rapprochant de lui pour parler plus doucement, ne sachant pas si on peut confiance aux clients de ce bar.

Je me réinstalle face au bar et bois à nouveau en souriant d'autant plus alors qu'il me demande si ce lieu ne m'en rappelle pas un autre. J'adresse un sourire malicieux à son regard entendu. Lentement je repose mon verre.

-On y a passé trop de temps pour que cet endroit ne me rappelle pas le BB Nixes, je réponds avec un clin appuyé. Ouais, c'était le bon temps... j'ajoute nostalgique.

Je suis tirée de ma nostalgie par les vibrations de mon téléphone, signe que je viens de recevoir un message. Avec un regard d'excuse en direction du patron de l'Emerald, je regarde de quoi il s'agit. Pour peu, je balancerai le téléphone contre le mur en affichant le sms d'Alphonse qui me demande bêtement où sont les chaussettes des garçons. Rageusement, je tape un message d'explications, il suffit de regarder dans leur valise et de trouver le petit sachet bleu dans lequel j'ai rangé leur sous-vêtements. Savoir mes fils avec leur père m'énerve mais je n'avais pas le choix, il était hors de question qu'ils viennent avec moi à Chicago et ni ma mère ni mon frère ne pouvaient les garder. Je range rapidement mon téléphone pour me concentrer à nouveau  sur l'attrayant visage de mon ancien dealer.

Il me regarde de haut en bas avant de me poser des questions sur ma tenue vestimentaire. Évidemment que le fait que j'ai abandonné mon ancien look de camée au profit de celui d'une femme parisienne pleine de fric ne lui a pas échappé. Je lui lance un coup de poing dans l'épaule quand il rit. Bordel, j'avais oublié que j'aimais son rire. J'attends qu'il ait fini ses remarques pour inspirer un bon coup et me lancer dans des explications rapides.

-Avoue que tu me trouves trop canon comme ça, je lance avec une petite moue. Et sinon, quels événements m'ont fait passée du côté des riches ? J'ai été toujours été plus ou moins de ce côté là, tu le sais, une riche fauchée certes, mais avec un père riche. Mais en réalité, un retour en France, un putain de centre de désintox, un mariage raté, une vie de merde... Rien de bien réjouissant, à part la désintox peut-être.

Je m'interromps un instant pour descendre cul sec le reste de mon whisky avant de reposer bruyamment le verre sur le comptoir.

-Puis pour les voleurs, je m'en doute bien, oui. Mais je compte sur toi pour repérer les comportements suspects, les pickpockets et tout ça, tu connais leurs techniques.

Je balance la fin de ma réponse en souriant tout en repensant au jour où il s'était mis dans la tête que c'était à moi d'aller voler les passants pour  nous acheter de quoi manger.

-Bon et alors si ce bar est à toi depuis deux mois, qu'est-ce que tu as fait avant ? T'es venu directement ici après avoir quitté Austin ? T'aurais pu me laisser un numéro de téléphone en partant... j'ajoute, évoquant mes regrets pour la première fois depuis douze ans. Toutes ces années sans en parler, parce que personne n'aurait compris mon attachement à un dealer, m'ont fait plus de mal que je ne veux bien l'admettre.

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ANESIDORA
Féminin MESSAGES : 103
INSCRIPTION : 03/08/2017
RÉGION : Belgique
CRÉDITS : bonnie (icons) + ceriztoxic (signa)

UNIVERS FÉTICHE : Réels et sf.
PRÉFÉRENCE DE JEU : Les deux

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Limace



Aleksandr
Sagataïev

J'ai 37 ans et je vis à Chicago, USA. Dans la vie, je suis gérant d'un bar et je m'en sors comme je peux. Sinon, grâce à ma chance, je suis célibataire et je le vis plutôt bien.

UC


avatar © ANGIE
Les piques sarcastiques, les sourcils qui s’étirent au ciel, le parlé acerbe, tout ça t’avait manqué. Avec Gaëlle, du moins, une des rares personnes avec lesquelles tu n’avais aucun scrupule à t’lâcher complètement. Si au début c’n’était qu’un irrespect pur et total le temps et l’amitié ont enlevé une part d’ce fond de méchanceté. Quoiqu’il en soit, ça t’fait plaisir de retrouver cette aisance. Elle aussi visiblement puisqu’elle a un large sourire. Elle lève les yeux au ciel, ce n’est pas méchant. « J’espère bien qu’il te reste du temps, je serais presque triste de me retrouver face à un homme devenu gâteau en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire. Puis y’a pas à dire, l’approche de la quarantaine, ça rend sexy, non ? » Sa dernière remarque te fait rigoler de bon cœur. Ouais, l’approche de la quarantaine, elle a succédé bien plus vite que prévu la trentaine. Oh, tu as encore trois petites années pour adresser un adieu définitif à cette décennie mais il est vrai que tu n’l’as pas vue venir. Cela dit tu t’en fous un peu à vrai dire. T’es plutôt même satisfait d’avoir tenu jusque-là sans trop de problèmes et d’avoir résisté à toutes les maladies possibles malgré ton mode de vie. Rails et injections riment souvent avec cancer et hépatite dans le milieu. P’têtre que t’as arrêté à temps, t’en sais rien. « Qui sait, peut-être que la version plus vieille de moi fera craquer la Gaëlle trentenaire, à nouveau. » Petit sourire en coin pendant qu’les boissons arrivent. T’as fini par comprendre son comportement d’alors, même s’il est tout aussi clair que c’n’était qu’une passion brève et vouée à l’échec. C’est sur les routes et en t’unissant le temps d’une nuit à d’autres femmes que t’as fait le lien dans ton esprit. Faut dire qu’la Française de l’époque ne t’était pas totalement indifférente non plus malgré le faut qu’tu n’aurais pas donné cher d’une relation avec elle.

Le silence s’est installé et pourtant ni l’un ni l’autre ne le rompt. Ça a toujours été comme ça entre vous, pas grand-chose pour en gêner un et cela vous allait très bien comme ça. Cela dit tu finis par la questionner sur sa présence à Chicago puisque les interrogations se bousculent en masse à tes lèvres. Elle y répond aisément et t’es surpris par ses activités. Une danseuse, donc. Pas sûr que la fille que t’as connue aurait su aligner trois pas sur le parquet ciré.
Tu lui fais la remarque, d’autant que de base c’était une étudiante en art. « Ca fait un bon moment que j’ai pas dessiné ouais. Je ressors le matériel de temps en temps quand je m’ennuie ou quand j’en ai besoin. Mais la danse c’est pas nouveau, je dansais avant d’arriver à Austin, j’ai juste repris et j’ai eu la chance de pouvoir en faire mon métier. » Tes sourcils se haussent vaguement et puis tu hoches la tête. « Ah, je n’savais pas qu’tu dansais avant. Enfin, ça n’devrait pas m’étonner. » Ca ne devrait pas t’étonner, puisqu’il y a tant de choses que tu ne sais pas sur elle. Au final c’était juste une énième compagne d’infortune inconnue. Tu n’la connaissais que dans les grandes lignes. La Gaëlle épanouie d’avant Austin, elle t’est à peu près aussi inconnue qu’cette femme devant toi. « Que veux-tu, passer la trentaine a été un cap, j’ai pris un coup de vieux moi aussi ! » Tu fais une petite moue signifiant ça c’est clair, pas sérieux pour deux sous. « Putain douze ans quand même… On est plus des gamins maintenant. » Tu souris. « Tu m’as jamais vraiment connu gamin en même temps… » C’est vrai, t’avais déjà vingt-cinq ans à l’époque. Ça faisait longtemps qu’tu avais renoncé à toute autre vie que celle-là. C’est assez pathétique dit comme ça – et ça l’est peut-être. « Cela dit, je dois avouer que non, je ne suis pas si surprise de te voir évoluer  dans un endroit comme celui-ci. » La distribution de whiskey vous interrompt avant que tu ne puisses en placer une autre.
Tu n’as pas le temps de reprendre le fil de tes pensées qu’elle te devance déjà, à t’demander c’que tu fais ici. Tu lui révèles ta position de propriétaire des lieux et ses yeux sont aussi grands que des soucoupes. « Non ! À toi ? Comme… à toi ? » Tu éclates de rire face à sa tête et son incrédulité. Oui, t’es bien le premier à admettre que ça puisse surprendre. « Quoi, c’est si improbable que ça ? » « Genre t’es propriétaire toi maintenant ? Félicitation, j’imagine ! Bah putain… » Tu ris encore face à sa réaction. Ça révèle très bien la très basse estime qu’elle te portait mais peu importe, tu n’lui en tiendras certainement pas rigueur. Tu hausses les épaules ensuite en régulant quand même son enthousiasme. « Ouais, j’t’avoue qu’c’est pas mal comme lieu. Même si gérer un bar comme ça, ça demande pas mal d’autres compétences que tenir la compta et préparer des cocktails… » Sous-entendu, savoir gérer les types et les fraudes qui s’passent chaque soir dans ce lieu et ne pas laisser entrer les emmerdes dans la salle. Tu n’lui en dis rien à voix haute cependant, ne sachant pas exactement jusqu’à où tu peux encore t’confier à elle. Au lieu de quoi tu commences à lui parler d’autres choses, des choses superficielles. « Oh je vois t’as pris du grade. Tâche de ne pas te faire choper à nouveau. » Tu t’empêches de te mordre la lèvre.
Évidemment, elle ne peut pas savoir… Tu balaies ses commentaires d’une main comme si tu n’t’en faisais pas. Non, tu n’comptes pas lui dire non plus que tu as revu la couleur des murs de la taule depuis votre dernière rencontre. La blonde se rapproche de toi et son parfum t’enivre.  Ce n’est plus le même, te prends-tu à penser. Ça t’surprend de te souvenir de pareil détail après tant d’années. « Je suis sûre qu’une nouvelle conditionnelle ne serait pas si agréable sans ma merveilleuse compagnie. » Tu hausses un sourcil. « Parce que Madame pense que c’est sa radieuse présence qui a illuminé mon quotidien ? » répliques-tu sur le même ton. Tu te recules un peu pour la voir en entier. « Mais t’as raison, j’aimerais mieux m’éviter un autre de ces petits bijoux-là. J’laisserai d’autres les porter à ma place, paraît qu’ça me va pas trop. » Tes paroles sont désinvoltes. Au fond tu n’crains plus trop de retourner en prison. Bien sûr, qu’tu fais attention ; bien sûr, qu’tes activités t’y emmèneront peut-être. Seulement au bout d’un moment tu t’es décidé d’mettre ces putains d’inquiétudes de côté et avancer.

Tu finis par dévier la conversation sur un autre endroit semblable à l’Emerald. Il ne faut pas plus qu’une brève allusion pour titiller le cerveau de Gaëlle – tordu au demeurant (hein Gaïa ?). « On y a passé trop de temps pour que cet endroit ne me rappelle pas le BB Nixes. Ouais, c’était le bon temps… » Tu peux percevoir sa nostalgie, nostalgie que tu laisses t’atteindre pour cette soirée. Ouais, c’était clairement le bon temps. Tu ferais mieux d’remercier la gérante Beth en quelque sorte, sans qui t’aurais certainement jamais pensé à atterrir là où tu es actuellement.
La Française reçoit un texto et s’excuse d’une petite œillade auprès de toi. « Fonce, fonce seulement. » Tu n’as pas parlé très fort et avec le bruit ambiant, pas sûr qu’elle t’aie entendu. Son visage se crispe pendant la lecture de son message et, très rapidement, ses doigts tapotent à une vitesse étonnante. T’attends qu’elle en ait fini pour requérir de nouveau son attention. « Eh bien, t’en faisais une tête. Tu n’as pas été prise au casting ou quoi ? » La remarque n’est pas foncièrement sarcastique puisque tu n’connais pas le quart de sa vie actuelle et vous en êtes tous les deux conscients. Ça a simplement éveillé ta curiosité.
Vous passez sur un autre sujet et tu la taquines sur son nouveau look. Bordel, qu’est-ce qu’elle a changé tout de même. La blonde prend une longue inspiration qui n’engage à rien de bon. « Avoue que tu me trouves trop canon comme ça. » Tu lèves un sourcil appréciateur. « Pas mal la bourge, pas mal. » « Et sinon, quels évènements m’ont fait passer du côté des riches ? J’ai été toujours plus ou moins de ce côté-là, tu le sais, une riche fauchée certes, mais avec un père riche. » Oh que oui, tu le connais le father friqué. Cela, c’est bien quelque chose dont tu étais au courant à c’temps-là. Tu n’hésitais d’ailleurs pas à l’emmerder là-dessus. Et puis d’une certaine façon c’était lui qui payait tes factures quand Gaëlle se fournissait chez toi, donc tu n’peux que le remercier de sa crédulité. « Mais en réalité, un retour en France, un putain de centre de désintox, un mariage raté, une vie de merde… Rien de bien réjouissant, à part la désintox peut-être… » Tu n’dis rien en pensant à c’qu’elle dit. Ça t’surprend en soi, même si ça ne devrait pas. Le passage en désintox était certainement obligatoire pour elle – malheureusement ou pas, ça dépend des points d’vue. Quant à son mariage raté tu n’en savais foutrement rien. Ton regard se porte automatiquement vers sa main vierge de toute alliance mais d’un autre côté, pas étonnant qu’elle l’ait enlevée. « Si tu considères la désintox comme la partie la plus réjouissante de ton histoire j’veux bien croire… » Pour y avoir été expédié dès les premières semaines de ton séjour en taule, tu sais d’quoi tu parles. Tu peux facilement comprendre qu’elle ait été satisfaite de s’être sortie de ça – et honnêtement toi aussi –, cela dit ce n’est pas exactement une promenade de santé. « T’as été mariée ? À qui, quand ? » Un détail te revient soudain en tête et pour peu tu t’frapperais le front du plat de la main. « Au fait, comment ça s’est passé avec la grossesse ? T’as fini par avorter ? »

« Bon et alors, si ce bar est à toi depuis deux mois, qu’est-ce que tu as fait avant ? T’es venu directement ici après avoir quitté Austin ? T’aurais pu me laisser un numéro de téléphone en partant… » Ah, parlons-en de ce départ. Tu soupires et t’plonges dans ces quelques derniers jours à Austin. Les commentaires toujours aussi peu agréables de Trager quand t’es venu enlever ce foutu bracelet électronique, la chambre d’hôtel, les messages de tout un chacun que t’ignorais le temps de rassembler tes pensées, la visite brève chez ton ancienne coloc. Les adieux aussi brefs que durs, bien plus durs que t’aurait pensé, et le billet de train direction Lawton. À te rappeler d’autant de choses, t’as l’impression de monter dans un grenier de grand-mère et d’en ressortir des vieilleries d’époques. De vieux tableaux qu’on découvre sous la poussière, une boîte à souvenirs qu’on déterre, des visages qui reprennent vie. Tu hausses les épaules. « J’avais balancé mon téléphone en partant et j’en ai racheté un qu’après avoir voyagé sur quelques miles déjà. Pis j’pensais qu’ça valait mieux comme ça. » Tu t’arrêtes un instant, les yeux dans le vague. Tu t’apprêtes à continuer quand quelqu’un te tapote l’épaule et tu t’retournes, agacé. C’est Charlie, qui te glisse à l’oreille que y’a des gens qui sont là et qui devraient pas l’être.
Tu fronces instantanément les sourcils et laisses Austin de côté. Ouais, effectivement, y’a des types près de l’entrée que tu reconnais. Un lourd soupir t’échappe et tu te lèves. Tu te retournes brièvement vers la blonde. « Excuse-moi, faut que je m’occupe de gars qui n’ont pas l’air de comprendre la phrase foutez l’camp. »

Les faire partir te prend quelques longues minutes pendant lesquelles tu coupes court à leurs revendications. Non, le connard de dealer de l’autre jour n’est pas ici et non, il ne vous a pas donné ce qu’il leur devait. Non, vous n’allez lui dire que s’il ne se ramène pas vite fait ces gens-là vont brûler son appartement. « Cassez-vous, réglez vos affaires entre vous et faites pas chier ceux qui sont ici pour mener leurs affaires comme bon leur semble. » Ils daignent un peu plus tard enfin repartir et tu retournes vers le bar avec une mine soucieuse. Des altercations comme ça t’en règles une nuit sur deux. Et si la plupart d’entre elles n’sont que d’la provoque, tu es parfaitement au courant qu’un jour il y en aura bien un pour s’ramener avec un flingue et les flics à sa suite. Ça, t’aimerais autant éviter.

Tu t’apprêtes à repartir dans les cuisines pour réfléchir tranquillement mais te souviens au dernier moment de la Française. Qui n’aura certainement pas manqué de vous suivre de loin, bordel. Ton soupir se perd dans la clameur ambiante et tu la rejoints. « Désolé pour l’dérangement. Y’en a qui sont lents à la compréhension. » Tu n’as plus vraiment la tête à t’remémorer ta vie d’avant et peut-être le comprend-elle. D’un autre côté, l’occasion d’la revoir est trop belle pour partir comme ça. « Dis, on va pas tarder à fermer. Dans vingt minutes, une demi-heure peut-être, et j’ai encore des trucs à faire. Ca t’dérange si on se reparle après ? D’toute manière j’habite juste au-dessus de l’Emerald, on pourra monter là-haut pour être plus à l’aise. À moins qu’tu te couches tôt maintenant… » Un petit sourire fugace. Il est deux heures et demies du matin, c’est une vision toute relative de se coucher tôt.



b r o k e n  c r o w n ◊ I wonder if you know yet that you’ll leave me. That you are a child playing with matches and I have a paper body. You will meet a girl with a softer voice and stronger arms and she will not have violent secrets or an affection for red wine or eyes that never stay dry. You will fall into her bed and I’ll go back to spending Friday nights with boys who never learn my last name.
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Gaïa
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Limace



Gaëlle
de Bragard

J'ai 31 ans et je vis à Paris, France. Dans la vie, je suis danseuse et je m'en sors très bien, notamment grâce à mon père et mon époux. Sinon, grâce à ma malchance, je suis en pleine procédure de divorce et je le vis plutôt mal.

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Je ris, je me sens bien, je retrouve avec un plaisir non dissimulé mes anciennes marques. Tout me revient naturellement, nostalgiquement, avec joie. Il rit aussi et un sourire joyeux étire mes lèvres. Je me sens valorisée. J'imagine, qu'il rit plus comme moi, par plaisir de penser au passé que parce que je suis devenue une fille drôle. Mais peu importe, j'aime le voir rire, le sentir heureux, peut-être pour la première fois depuis que je le connais. Comme quoi, douze ans, ça vous change un homme. Je me sens rougir et je détourne mon regard tout en mordillant ma lèvre inférieure quand il suggère qu'il pourrait me faire craquer une nouvelle fois. Le « à nouveau » me met mal à l'aise. J'étais donc si transparente que cela à l'époque. Il avait vu avec tant de facilité qu'il ne me laissait pas indifférente. Peu importe, j'assume désormais les sentiments que j'ai pu avoir pour lui. Je secoue rapidement la tête. Peut-être, en effet, il y a des chances. Malheureusement ou heureusement pour moi ? Aucune idée, nous n'avons plus la même vie. Et pourtant je dois avouer que le revoir et réentendre son rire m'électrise, me fait vibrer, frissonner. J'ose espérer comprendre que cette remarque signifie qu'il n'a personne dans sa vie en ce moment. Je me traite mentalement d'idiote de le penser, parce qu'avec les garçons maintenant, je ne peux pas me permettre d'envisager vouloir quelque chose avec un homme comme Alek. Je mets cela sur le compte de la nostalgie.

-Et qui te dit que ce n'est pas la Gaëlle trentenaire qui fera craquer la version plus vielle de toi, je lance de façon à la fois provocante et ironique, espérant seulement qu'il ne lira pas une fois de plus en moi comme dans un livre ouvert.

Je trouve presque refuge dans mon verre quand celui-ci arrive. Rien ne vaut un bon whisky. Surtout quand l'envie de se jeter sur les lèvres d'une vieille connaissance se fait sentir. On finit par évoquer ma présence à Chicago et je souris en parlant de la danse. Évidemment qu'il ne savait pas que je dansais avant de le rencontrer, j'ai tout simplement balayé cette partie de ma vie d'un revers de la main en arrivant au Texas. Je ne sais pas vraiment comment prendre la deuxième partie de sa réponse. Alors je ne relève pas, préférant enchaîner sur la suite de la discussion qui s'oriente naturellement vers Alek. Je tire puérilement la langue face à son air qui me laisse entendre que oui, j'ai vieilli. Je m'en fiche un peu à vrai dire, prendre ces douze ans dans la gueule a été la meilleure expérience de toute ma vie. Je ne suis plus la loque que j'étais à Austin, je fais un métier que j'aime et j'ai eu deux merveilleux enfants. Je hausse un sourcil sceptique quand il dit que je ne l'ai pas connu gamin.

-Par pitié, t'avais vingt-cinq ans et tu fuyais autant les responsabilités qu'un gosse de quatorze ans, je réponds en repensant aux conversations que l'on a pu avoir. T'avais une attitude de gamin Alek, t'étais presque aussi con que moi.

Mais j'aimais ça, je ne peux m'empêcher de penser. J'aimais ce comportement de celui qui a grandit trop vite, de celui qui ne sait pas où il va, de celui qui m'entraînait dans ses conneries. Mais autant que j'ai pu l'aimer à l'époque, si je l'avais en face de moi aujourd'hui, ce mec de vingt-cinq ans, je n'aurais qu'une envie, le gifler. Pour l'empêcher de faire plonger la Gaëlle de dix-neuf ans toujours plus bas. Enfin bon, cela fait partie des erreurs de ma vie. Des erreurs qui font que je me retrouve ce soir, sur le tabouret d'un bar tout ce qu'il y a de plus illégal à Chicago, face à un homme en qui j'avais une confiance aveugle avant qu'il ne quitte Austin et avec qui même après des années de séparation, je me sens bien.

Je suis clairement étonnée de découvrir qu'Alek est propriétaire du lieu. Je vois que ses activités des dernières années ont été plus lucratives que lorsqu'il était à Austin. Je ne tiens pas vraiment à savoir pourquoi. Il est révolu le temps où je m'intéressais de près aux affaires des dealers. Maintenant, je veux juste rester au maximum en dehors des problèmes et du trafic de drogue. Je lui ai donné suffisamment de ma personne à la drogue, je refuse qu'elle fasse à nouveau irruption de près ou de loin dans ma vie.

-J'imagine oui que les compétences habituelles ne te suffisent pas, je murmure sans rien ajouter de plus, inquiète.

Je sais très bien quelles sortes d'aptitudes il faut pour gérer ce genre d'établissement. Je me rappelle bien de ce qu'il se passait dans la salle bondée du BB Nixes. La seule chose que je trouve à dire est de lui lancer à mi-mots de faire attention à lui et de ne pas retourner en prison. Et j'enchaîne sur une remarque plus légère. Parce que je ne veux pas passer pour la femme devenue sage qui craint désormais tout ce qui sort du cadre de la loi et tout ce qui est dangereux. Je ne veux pas montrer qu'après tant d'années, je suis toujours inquiète pour Alek, signe de mon attachement toujours présent. Il répond sur le même ton à la fois amusé et provocateur qui m'arrache un nouveau rire. Radieuse... en effet, elle n'avait rien de radieuse ma compagnie. Non, je n'étais qu'une camée en manque, affalée sur son canapé toute la sainte journée, ne le quittant que lorsque mon dealer voulait dormir. Je ne faisait que partie du décor, n'en sortant que pour me prendre la tête avec Alek ou pour consommer ce qu'il m'avait ramené et dire deux ou trois conneries. Je riais parfois, mais dans l'ensemble, j'en ai conscience, j'étais imbuvable.

-Bien évidemment, je réponds en affichant un faux air sûr de moi. Faut dire qu'il n'y avait pas grand-chose d'autre pour l'illuminer ce quotidien, personne d'autre. Dans le fond, je suis sûre que ma présence te convenait, j'ajoute plus sérieusement.

Et j'espère bizarrement qu'il dira oui. Juste pour sentir qu'à la période la plus sombre de ma vie, j'ai tout de même représenté un petit quelque chose pour quelqu'un. Que j'ai été une personne que l'on a appréciée. Cela me ferait d'autant plus plaisir si ce quelqu'un se trouvait être Alek. Et pourtant à l'époque, je me fichait bien de n'avoir personne, d'énerver tout le monde et d'être détestée. Il y a toujours en moi un résidu de cette époque, une sorte de je-m'en-foutisme qui n'a pas voulu s'en aller. Mais maintenant, je n'apprécie plus autant être seule et sans attache. Désormais savoir que des gens tiennent à moi à son importance. Sans doute cela fait-il de moi une personne superficielle mais peu importe. Je souris en l'entendant parler de bijoux, me laissant emporter dans les souvenirs de la nuit où je l'ai vu pour la première fois, le bracelet attaché à sa cheville. C'était ce qui me semblait juste être une nuit chaude comme une autre à Austin. Une nuit de rendez-vous dans la ruelle à côté du BB Nixes. Mais cette nuit là, c'est celle qui a tout changé. C'est la nuit où j'en ai appris plus sur Alek que pendant tous les mois précédents, où j'ai honoré ma part du marché que nous avions passé sans vraiment y penser. C'est le soir où Alek est venu s'installer à l'appart suite à l'incendie de son immeuble. Je le vois parler avec légèreté et pourtant, je sais qu'il en a souffert, bien plus qu'il ne le laissait transparaître de ce bracelet électronique et de la liberté conditionnelle qui allait avec.

-Non ça ne te va pas trop en effet, pas assez viril, je reprends sur le même ton décidant de foutre mon inquiétude à la porte. Les laisser à d'autres me semble être une bonne idée en effet.

Sous entendu, laisse-les à d'autres avec qui je n'ai pas envie de coucher, que je ne veux pas avoir dans ma vie. On parle du BB Nixes et je suis heureuse de voir qu'il n'y a pas que moi qui ai en tête le fameux établissement depuis le début de notre conversation. Il n'ajoute rien, je peux simplement voir dans son regard, que lui aussi est reparti douze ans en arrière et que ses pensées dérivent vers Austin. Austin et ses délires, Austin et sa descente aux enfers, Austin et sa chaleur, Austin et son bouillonnement de vie. Je suis interrompue par l'arrivée d'un message d'Alphonse et j'y réponds avec agacement. Quand je lève à nouveau le visage vers mon ami, il me fait remarquer que j'avais une sale tête avant de me demander si c'était là le résultat de mon casting de l'après-midi.

-Non, le casting, j'ignore quand j'aurais les résultats. Dans quelques jours sûrement. Là c'était... tout autre chose, je réponds en marquant une longue pause.

Je n'ai pas vraiment envie de m'étaler sur ma vie maintenant. Je veux me faire une joie de retrouver l'ancien austinien, sans parler de mon divorce et de mes enfants. Du moins, pas pour l'instant. On continue de parler et nous en arrivons à mon apparence physique et à mes vêtements, si différents de ceux que j'avais l'habitude de porter. Je ne peux m'empêcher une remarque ironique à laquelle je reçois une sorte de compliment.

-Je savais que je te plaisais, je réponds avec un clin d’œil, à la fois amusée et flattée.

Puis vient le temps des explications. Évidemment, la Gaëlle qu'Alek connaissait n'aurait jamais changé ainsi de façon de se vêtir, n'aurait pas porté d'un coup des vêtements fabriqués en France et payés des prix exorbitants. L'ancienne Gaëlle, elle s'en foutait des fringues, elle portait ce qui lui passait sous la main, peu importe que cela soit trop grand, froissé ou délavé. Elle ne faisait aucun effort pour ressembler à quelque chose, elle n'était une fille perdue au milieu d'un tas de vêtements mal assortis. Aujourd'hui c'est différent, je ne sors jamais sans un joli ensemble accompagné d'un long maquillage. Sans doute plus par habitude et obligation que réelle envie mais c'est ainsi. Alors forcément qu'Alek se pose des questions sur l'origine de ce changement. Et je réponds, sans entrer dans les détails mais en donnant les clefs nécessaires pour apercevoir ce qu'est devenue ma vie. Je souris à sa remarque sur ma désintox. J'ai une envie fugace de lui demande s'il consomme toujours mais je me retiens, par peur d'être déçue, de m'inquiéter encore plus, ou par peur de voir qu'il a changé.

-Légalement, je suis toujours mariée en fait, je finis par avouer en frottant mon annulaire gauche du bout de mon pouce. Je suis en pleine instance de divorce. Je me suis mariée il y a maintenant neuf ans. Avec le fils d'un ancien collaborateur de mon père, enfin bref, il est avocat, on habite à Paris et puis, ça va plus du tout entre nous alors voilà...

Je tortille mes mains. Parler de mon échec matrimonial n'est pas simple pour moi, surtout après tout ce par quoi nous sommes passés Alphonse et moi. Je mords ma lèvre avant d'essayer d'afficher un sourire et m'empêcher de laisser quelques larmes rouler sur mes joues. C'est si dur de divorcer, si épuisant d'être une femme trompée, si destructeur d'être une maman vivant dans la crainte de ne pas obtenir la garde de ses enfants. Il me pose des questions sur ma grossesse et je hausse un sourcil, je n'ai pourtant pas encore évoqué mes garçons. Il me demande si j'ai finit par avorter et je le regarde un instant sans comprendre. Vu ma difficulté à avoir des enfants, parler d'avortement, bien qu'il ne puisse pas le savoir, est cruel. Et puis ça me revient, mon moment de panique il y a douze ans alors que je pensais être enceinte d'un plan cul rencontré dans un bar l'été de la canicule et que j'ai revu quelques fois dans l'été. J'ai eu l'une des plus grandes peurs de ma vie à ce moment là. Et étrangement, Alek avait été la personne à qui je m'étais confiée, à qui j'avais ressenti le besoin quasiment viscéral d'en parler.

-Il ne s'est rien passé du tout, je réponds en haussant les épaules de façon désinvolte. Je n'étais pas enceinte finalement. Quand j'en ai parlé à... j'explique sans parvenir à me souvenir du prénom du mec concerné à l'époque, bref, à celui qui aurait été le père, mon corps c'est en quelque sorte débloqué, tu vois. J'ai eu mes règles et j'ai laissé ce problème derrière moi. J'avais déjà beaucoup trop de choses en tête à cette période, alors, je me suis concentrée sur le reste et je n'ai plus vraiment pensé à cette histoire.

Je semble assez indifférente quant à cette histoire et pourtant j'ai cru en mourir de panique ce mois de septembre là. Ayant eu mes fils plus tard, j'ai appris à relativiser. Il faut dire qu'aujourd'hui, ce sont plus les nombreuses fausses couches auxquelles j'ai dû faire face qui me viennent en tête quand je pense à mes grossesses infructueuses. Il faut avouer que ces épreuves là m'ont beaucoup changée aussi, m'ont fait grandir autant qu'elles m'ont fait souffrir. J'en souffre toujours, je pense toujours que c'est de ma faute, que quelque chose ne va pas avec moi. Je ne peux m'empêcher de penser que ma jeunesse décadente n'y est pas pour rien dans ma peine à avoir des enfants. J'y pense à ces bébés innocents que mon corps n'a pas su garder en vie, a tué. Ça a détruit ma confiance en moi pendant des années et j'en ai toujours des séquelles aujourd'hui. C'est aussi une des épreuves qui ont participé à la destruction de mon couple. Assez parlé des grossesses, nous enchaînons sur un sujet qui n'est guère plus réjouissant, à savoir, le départ d'Alek d'Austin. Je laisse entendre que j'ai été blessée du fait de ne plus pouvoir le contacter après ça. Il hausse simplement les épaules, désinvolte et je ressens un léger pincement dans la poitrine. J'écoute sa réponse avec attention, même si celle-ci est loin de me satisfaire. J'aurais dû m'attendre à ce qu'il ne garde pas son téléphone, à ce qu'il me fuie comme n'importe quelle fille rencontrée en chemin. C'est ce que j'étais d'ailleurs, juste une fille rencontrée en chemin. Je ne dis rien quand il fait une pause, le laissant penser à ce qu'il s'est passé tant d'années en arrière. Je vois qu'il va pour reprendre la parole, mais le barman l'interrompt. Je retiens un soupir agacé, pensant que l'employé aurait pu prendre plus de temps avant de revenir vers son patron. Je les laisse parler et Alek se tourne vers moi.

-Le devoir t'appelle, vas-y, je reste là, je réponds en souriant.

Je le regarde s'éloigner, laissant glisser mon regard le long de son dos. Il me plaît, merde. Je soupire. Cette soirée est étonnante, surprenante, agréablement apaisante. J'avais besoin d'un peu de nostalgie, de retrouver une partie de mon passé. Je ne peux m'empêcher de continuer à regarder vers Alek, d'observer où il va et de suivre son échange avec les types dont il me parlait. Il leur parle quelques minutes et je fronce les sourcils instinctivement. Je souris quand il revient afin de montrer que ce n'est rien.

-Tout va bien ? je me contente de demander légèrement inquiète.

Il m'annonce ensuite que le bar va bientôt fermer mais que l'on peut se voir après. Avec sympathie, il m'invite à monter chez lui après la fermeture. J'accueille sa plaisanterie avec un clin d’œil alors qu'un nouveau sourire immense vient cueillir mes lèvres. S'il savait à quel point j'ai décalé mon rythme de sommeil. En même temps, c'est tout bonnement impossible de se coucher tous les jours à quatre heures du matin pour être opérationnelle trois heures et demies plus tard au réveil de mes fils. Il y a bien longtemps que je ne me suis pas couchée si tard. Mais comment dire non à Alek ? Je suis tellement heureuse de le revoir que je pourrais faire une nuit blanche pour profiter de sa présence. Je n'ai aucune idée du temps que je vais encore passer à Chicago, je ne me vois donc pas lui refuser ma présence pour encore quelques heures.

-Je suis complètement claquée de ma journée passée à danser et le décalage horaire se fait sentir mais soit, pour toi je peux bien faire un effort, je réponds avec un sourire en coin. Y a une condition par contre, tu m'offres un nouveau whisky ? Il faut bien que je profite un peu de connaître le patron du lieu, non ? j'ajoute taquine. Puis j'irai fumer une clope en t'attendant.

Il s'éloigne à nouveau et je me surprends à garder un sourire rêveur sur les lèvres pendant quelques minutes. Je secoue la tête avant de boire mon troisième verre de la soirée. L'alcool commence clairement à agir sur mon cerveau et c'est légèrement vacillante que je me lève de mon tabouret et que je prends la direction de la sortie. L'air frais me fait du bien et une nouvelle fois j'ai l'impression d'être de retour à Austin quand je venais péniblement chercher l'air de la nuit à la porte du BB Nixes avant de retourner boire comme un trou à l'intérieur. Étrange que mon foie ait tenu avec le train de vie que je lui ai fait mener. Une fois à l'extérieur, je fouille dans mon sac pour sortir mon paquet de cigarettes et en allumer une. Mon envie de tabac enfin satisfaite, je m'appuie contre le mur du bar que la musique assourdissante fait trembler dans mon dos. J'inspire et j'expire profondément dans la nuit, recrachant la fumée de mes poumons à intervalles réguliers. J'attends un sourire aux lèvres que mon ancien coloc finisse sa journée et vienne m'annoncer la fermeture du bar. Dans le fond, je sais que je ne devrais pas avoir hâte de me retrouver seul à seule avec lui. Mon corps retrouve ses réaction d’antan. Je me sens bête de réaliser qu'il m'attire presque autant qu'avant. Je mets cela sur le compte de la joie de le retrouver sans pouvoir empêcher un sourire en coin d'étirer ma bouche alors que je mordille ma lèvre inférieure.

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Everything goes on, but eventually... ∆ Gaïa
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