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ALLES
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Nate O'Connor
J'ai 35 ans et je vis à Londres, Angleterre. Dans la vie, je suis chargé de communication et je m'en sors très bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.

On pourrait croire que Nate est heureux dans sa vie. Son boulot lui plaît, il a une chouette maison, un chien qu'il aime plus que tout. Mais bizarrement aucune femme ne partage sa vie. Nate n'est pas timide, il est gay. Il est gay et à trente-cinq ans, il n'a toujours pas fait son coming-out. Il en est incapable. Le regard des autres l'a toujours terrorisé mais il ne l'a jamais montré. Il joue au fort, Nate.
Même son meilleur ami ne le sait pas, à vrai dire. Ni le fils de ce dernier avec qu'il est pourtant plutôt proche... Parfois trop ? Il n'a jamais vécu avec quelqu'un, a des aventures parfois. Mais les hommes de son âge sont lassés de se cacher pour le grand gamin qu'il est. A trente-cinq ans, presque quarante, il ne vit pas vraiment sa vie. Métro, boulot, dodo. Heureusement qu'Elyam et son père sont là.
Et puis, il a toujours ce regret. Ne pas avoir de famille. Ne pas avoir cette chance, alors qu'autour de lui, tous ses amis en ont une.


henry cavill © Junkiie
La matinée avait été étrange. Son téléphone avait sonné alors qu’il était au travail et jusque-là tout était habituel. Elyam avait pour habitude de lui parler quand il n’était pas là, il lui avait même envoyé une vidéo ce matin en train de petit-déjeuner. L’originalité se trouvait donc ailleurs, dans le numéro du sms qu’il avait reçu après cette petite vidéo. Un faux numéro sans doute, c’était du moins ce qu’il pensa en lisant l’histoire d’une certaine Nia, visiblement au bord du gouffre et mal dans sa peau. Même occupé, Nate n’était pas un monstre. En quelques mots à peine il avait compris la détresse de cette jeune femme et lui avait proposé, si elle le voulait, de vider son sac. Il ne s’engageait pas à grand-chose, quelques sms par-ci, par-là. Sans trop savoir comment, ils en étaient venus à parler d’Elyam – qui lui s’était d’ailleurs montré silencieux toute la matinée, ce qui était très inhabituel. Les questions de l’adolescente avaient été très cash alors assez vite, Nate avait enfin pu matérialiser son attirance pour Elyam. Il n’assumait clairement pas, alors l’écrire à quelqu’un avait été difficile mais lui avait fait du bien. La demoiselle avait donné de bons conseils, pour autant il ne se sentait pas capable de tenter quelque chose. Trop peur de choquer Elyam, de faire une connerie. De se faire tuer par son meilleur ami, éventuellement. Il n’avait pas l’impression que ses sentiments soient partagés alors comme il l’avait dit, Nate attendrait simplement que ça lui passe – si c’était possible.

Il avait exceptionnellement travaillé ce matin parce qu’il n’y avait pas d’autres créneaux pour aller visiter une salle destinée à recueillir un événement proche. Il avait parcouru quelques kilomètres ce qui n’était pas pour lui déplaire car quelques jours auparavant, en se baladant de site en site, il était tombé sur une bonne affaire. Un appareil photo canon à moitié prix qu’il se voyait déjà offrir à Elyam pour son anniversaire. Alors sur la route pour rentrer il avait fait un petit détour pour aller récupérer l’appareil, en espérant qu’il lui plairait.
Tout le long du trajet, la brève conversation avec Nia lui tourna dans la tête. Deux ans à se cacher c’était relativement peu, il fallait le reconnaître. Mais encore fallait-il qu’Elyam ressente la même chose que lui, et qui voulait d’un gars qui approchait de la quarantaine et qui passait plus de temps avec son chien qu’avec de vraies personnes ? Aucune chance.

Sans s’en douter, alors qu’il garait la voiture dans l’allée, l’un était aussi stressé que l’autre au final. Pour les mêmes raisons en plus ! Ce qui expliqua facilement l’ambiance glaciale alors qu’il avait poussé la porte. Cette fois Elyam ne lui sauta pas dessus. Il semblait mal à l’aise. « Merci pour la vidéo ce matin. J’ai apprécié. » fit Nate alors qu’il lui faisait la bise. Son chien ne tarda pas à lui sauter dessus et très vite la pression retomba de son côté, s’amusant alors avec lui avant de se mettre à table.
Repas tranquille, Nate ne mit pas la pression à Elyam pour qu’il mange, se contentant de le voir avaler quelques cuillères. L’ambiance semblait déjà assez lourde pour ne pas en rajouter. Il préféra toutefois ne rien dire, attendant le bon moment pour parler de tout ça. Peut-être qu’il avait fait ou dit une connerie et qu’il ne s’en était pas rendu compte ?

Vaisselle faite, il fallait maintenant sortir le chien. « Tu viens avec nous ? » proposa tout naturellement Nate. Ils pourraient peut-être en profiter pour parler comme ça. Elyam accepta comme il s’en doutait et une fois qu’il eut mis la laisse à son chien, ils sortirent tous les trois. « Alors, t’as fait quoi de beau ce matin ? »


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SUNRISE
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Elyam Townsend
J'ai 16 ans et je vis à Londres, Angleterre. Dans la vie, je suis lycéen et je m'en sors plutôt bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.

Tu es un adolescent mal dans sa peau, victime d'une maladie si peu connue dont le terme est utilisé à mauvais escient, l'anorexie. Ta mère est décédée, il y a maintenant plusieurs années, ne te laissant qu'avec ton père. Le meilleur ami de ce dernier fut très présent pour vous aider, vous soutenir au mieux, si bien qu'une étrange complicité s'est instaurée entre vous, en parallèle de la dégradation de ta relation père/fils. Puis vient s'ajouter à cela ton anorexie qui te pourrit la vie. Dans le fond, tu as juste besoin de quelqu'un pour t'aider...


max krieger © google
L’annonce de ton homosexualité auprès de Nate a déjà été un grand pas pour toi. Une avancée énorme. De plus, jamais tu n’aurais pu imaginer qu’il en soit de même pour lui. À vrai dire, tu ne l’avais jamais vu en présence de femmes. Mais, tu ne l’avais jamais vu en présence d’hommes non plus ! Et Nia a tout de suite vu que tu t’intéressais à lui, et pas simplement comme le meilleur-ami de ton père. Le grand brun t’a toujours apporté son soutien, a toujours veillé à ton bonheur, à ton bien-être et à celui de ton paternel sans rien demander en retour. Il a été ton phare guidant ton navire, perdu dans l’océan. La voix de la sagesse à laquelle tu obéis sans te poser de questions. La seule personne qui te fait te sentir bien, qui te comprend, accepte tes angoisses, tes craintes, mais surtout ta maladie. Maladie qu’il combat à tes côtés, sans te faire culpabiliser. Présent à chaque heure du jour et de la nuit. Toujours là pour t’accueillir, pour te réconforter, te rassurer. T’aimer. Ses bras sont tout ce dont tu rêves quand la douleur de ta condition se rappelle à toi, sans crier gare. La chaleur de son contact et sa bienveillance sont tout ce dont tu as besoin pour te guider. Et ce que tu ressens à son égard, un remède pour espérer vaincre ta maladie.

Pourtant, l’attente de son retour à la maison se fait dans l’angoisse, l’impatience et le stress. Tes mains sont moites lorsque tu entends la voiture s’avancer dans l’allée, lorsque le moteur ne ronronne plus. Tu as beau les essuyer sur ton pantalon, cela ne change rien. Il pousse la porte. Bon sang. L’appréhension te fige sur place. Son baiser sur ta joue te fait rougir. Heureusement pour toi, il ne le remarque pas : le chien s’empresse de saluer son maître avec ferveur et excitation. « C’est rien. C’est normal. » Tu suis Nate à table et avales seulement quelques bouchées pour lui faire plaisir, quand bien la nausée s’installe doucement, formant une boule dans le fond de ta gorge. La nourriture, tu ne l’aimes pas, tu la crains. Rajouter le stress et l’inquiétude à cela, tu n’as que très peu de conversation à lui offrir, ce midi, et tu vois bien que ça le déstabilise et le met mal à l’aise. La fin du repas se fait comme il a commencé : silencieux.

Ainsi, le rituel de la journée continue. C’est l’heure de la balade. La boule de poils s’agite dans tous les sens en attendant que son propriétaire ne lui attache la laisse au collier. « J’arrive. » C’est l’occasion où jamais. Tu te précipites pour enfiler tes chaussures, puis ta veste, et glisses ta main dans la sienne pour entamer la balade. « Digéré le petit déjeuner que je t’ai promis de manger. Puis, je suis resté devant la télévision avec mon portable. Et toi ? T’as trouvé le lieu idéal ? » demandes-tu, gardant les yeux baissés sur tes pompes. « J’voulais te parler de quelque chose... » C’est le moment de te lancer. Non. Si. Bordel. Pourquoi Nia n’est pas à tes côtés ? Cela semblait si facile lorsque tu en as parlé avec elle !
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Nate O'Connor
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On pourrait croire que Nate est heureux dans sa vie. Son boulot lui plaît, il a une chouette maison, un chien qu'il aime plus que tout. Mais bizarrement aucune femme ne partage sa vie. Nate n'est pas timide, il est gay. Il est gay et à trente-cinq ans, il n'a toujours pas fait son coming-out. Il en est incapable. Le regard des autres l'a toujours terrorisé mais il ne l'a jamais montré. Il joue au fort, Nate.
Même son meilleur ami ne le sait pas, à vrai dire. Ni le fils de ce dernier avec qu'il est pourtant plutôt proche... Parfois trop ? Il n'a jamais vécu avec quelqu'un, a des aventures parfois. Mais les hommes de son âge sont lassés de se cacher pour le grand gamin qu'il est. A trente-cinq ans, presque quarante, il ne vit pas vraiment sa vie. Métro, boulot, dodo. Heureusement qu'Elyam et son père sont là.
Et puis, il a toujours ce regret. Ne pas avoir de famille. Ne pas avoir cette chance, alors qu'autour de lui, tous ses amis en ont une.


henry cavill © Junkiie
Nate avait hâte d’en finir avec cette balade pour se poser tranquillement sur le canapé et ne plus rien faire de l’après-midi. Il avait demandé à Elyam s’il voulait aller quelque part, sortir, par exemple à la patinoire ou au cinéma, mais finalement il était bien content que le jeune homme veuille rester à l’intérieur. Déjà parce que soyons honnête, il avait totalement la flemme de ressortir. Et ensuite parce qu’être en public ne favoriserait jamais de rapprochements. Calmez-vous, Nate n’avait pas envie de lui sauter dessus. Il se sentait trop coupable, mal à l’aise vis-à-vis de son meilleur ami, et trop vieux aussi. Mais peut-être pourrait-il lui parler, mettre les choses au clair comme pourraient le faire deux adultes. Lui expliquer que dormir avec lui, le câliner tout le temps, c’était trop bizarre et qu’il préférait arrêter pour ne pas qu’il y ait de malentendu. Là, ce serait quitte ou double et il y avait différents scénarios : soit Elyam comprendrait – mais il était assez susceptible comme gamin – soit il en profiterait pour lui avouer que, ce n’était pas grave parce que lui il en voulait bien de ce malentendu, soit il se vexerait et rentrerait chez son père. Dans tous les cas, il fallait qu’Elyam sache. C’était un jeune homme désormais, il était assez grand pour comprendre qu’on puisse éprouver de l’attirance pour lui – même si c’était plus difficile à intégrer quand l’autre personne faisait le double de notre âge. L’ambiguïté l’énervait, il avait besoin de savoir. C’était probablement la discussion avec Nia qui lui faisait prendre ce chemin, mais aussi le fait de savoir qu’il était homosexuel, comme lui. Bien sûr il y avait le risque de briser tout ce qu’ils avaient, c’était ce qui effrayait quelque peu Nate. Pour cela, il n’irait pas jusqu’à dire qu’il avait des sentiments – ce qui de toute façon n’était pas totalement le cas – mais plutôt qu’il était troublé par autant de proximité comme tout homme normalement constitué le serait.

Même s’il ne voulait pas que cette balade soit trop longue, il avait proposé à Elyam de venir. Il ne voulait pas que le pauvre se sente abandonné, déjà que Nate était parti toute la matinée. Et puis parfois il avait l’impression que le blond n’aimait pas son chien et c’était peut-être exagéré, mais il aimerait resserrer les liens entre les deux. Roxy était véritablement l’une des choses les plus importantes dans sa vie et d’ailleurs il n’aurait jamais pu accepter de s’en débarrasser si un homme le lui demandait. C’était peut-être exagéré mais un chien, contrairement à un homme, ne vous trahissait jamais. Il était toujours là, toujours content de vous retrouver, et à l’écoute malgré lui. Il se voyait même finir vieux garçon avec juste son chien à ses côtés – mais ce n’était pas vraiment un désir, juste un triste constat.

« Pas vraiment. Ce n’est pas assez grand et pas agencé comme je le voudrais. En plus, mais tu gardes le secret hein, le propriétaire est un con ! Je reprendrais mes recherches lundi. » Il sourit doucement. Malgré tout, comme il avait ramené un appareil photo à Elyam sur le chemin, il ne s’était pas déplacé pour rien. Puis finalement Elyam attisa sa curiosité. Apparemment il avait quelque chose à lui dire, ce qui tombait plutôt bien parce que Nate aussi. L’homme hocha la tête. « Viens, on va s’asseoir alors. » Ils se posèrent dans le parc à côté, sur un banc. Nate détacha son chien pour le laisser gambader dans l’herbe comme il le faisait souvent. Il tourna la tête vers son jeune ami. « En fait, moi aussi je voulais te parler de quelque chose. Mais puisque tu l’as dit en premier… Je te laisse commencer. » D’accord, c’était lui le plus âgé, c’était à lui de montrer l’exemple. Mais Nate voulait le laisser parler, probablement qu’il changerait ses propres aveux en conséquence. Il gardait un œil en direction de son chien malgré tout, c’était plus fort que lui. « Quelque chose de grave ? »


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SUNRISE
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Elyam Townsend
J'ai 16 ans et je vis à Londres, Angleterre. Dans la vie, je suis lycéen et je m'en sors plutôt bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.

Tu es un adolescent mal dans sa peau, victime d'une maladie si peu connue dont le terme est utilisé à mauvais escient, l'anorexie. Ta mère est décédée, il y a maintenant plusieurs années, ne te laissant qu'avec ton père. Le meilleur ami de ce dernier fut très présent pour vous aider, vous soutenir au mieux, si bien qu'une étrange complicité s'est instaurée entre vous, en parallèle de la dégradation de ta relation père/fils. Puis vient s'ajouter à cela ton anorexie qui te pourrit la vie. Dans le fond, tu as juste besoin de quelqu'un pour t'aider...


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Main glissée entre les doigts du plus âgé, tu avances à ses côtés, gardant un œil sur le fidèle compagnon canin. Quand bien même tu n’éprouves pas énormément d’affection à son égard, tu ne peux nier que sa présence à vos côtés est rassurante. Surtout lorsque tu te trouvais seul chez le grand brun. Sa présence signifie sécurité. Pourtant, aussi bête que ce soit, tu ne peux t’empêcher d’être jaloux de la proximité de la bête avec son maître. Tu aimerais tant être le seul au centre de sa vie. Être le seul capable de le faire rire, de le faire sourire. Pouvoir le rendre heureux à ta manière. Être le premier qu’il embrasse quand il rentre du boulot. Tu pousses un léger soupir, tout juste perceptible. Tu te dis que ce n’est peut-être pas plus mal que ce soit comme ça, votre relation. Que, dans le fond, tu es sans doute le seul à ressentir de telles choses envers ton aîné. Que, pour lui, tu n’es que le fils de son meilleur-ami. Que cette proximité n’est rien d’autre qu’une relation normale et basique. Tu as essayé de t’en convaincre toute la matinée, fixant l’écran noir de la télévision, discutant d’un potentiel plan avec une inconnue. Est-ce que c’est une bonne idée de faire ça ? Cette balade, c’est l’occasion où jamais de lui avouer ce que tu ressens pour lui. C’est l’unique moment de lui dire que tu ne peux plus te passer de lui pour une raison bien précise. C’est le seul instant où le courage semble pointer le bout de son nez pour te venir en aide, au moins une fois.

Tes pas se succèdent, les uns après les autres. Tu avances près de lui, sans jamais quitter sa main. Tu te perds dans tes pensées tandis que le silence t’installe. Tu te perds dans des tournures de phrases qui ne sortiront pas comme tu les prépares, mais cela a un côté rassurant. Tu te rassures à travers des mots. Tu te réconfortes, tentes de te dire que s’il te rit au nez, tu pourras toujours rentrer chez toi et te rouler en boule dans ton lit. Tu pourras toujours le fuir jusqu’à la fin de tes jours. Abandonner son numéro, et vos échanges quotidien au profit de larmes et de tristesse. Tu secoues la tête, préférant ne pas y songer davantage. Il est préférable de se dire que cela va bien se passer, que quand bien même il te repousse, il restera présent pour toi. Pour toujours.

« C’est dommage. Tu trouveras sûrement dans la semaine. Enfin. J’espère pour toi. » dis-tu, tentant un sourire. Rictus bien vite effacé de ton visage lorsque tu évoques ton besoin de vider ton sac, une fois pour toute. Tu t’installes sur le banc, contre lui, avant de te lever d’un bond et de faire les cents pas. Ça y est. Ton stress ne cherche plus à se planquer sous tes vêtements. Il a besoin de s’exprimer. Ton pouce se glisse entre tes lèvres et tes dents se chargent de ronger son ongle. Quelque chose de grave ? « Oui. Enfin. Non. Si. Mais. » sentant la peur se faufiler dans tout ton être, tu préfères garder le silence quelques secondes de plus. « Promets-moi que tu me laisses finir. » demandes-tu en glissant tes yeux dans les siens, pour te donner un peu de courage, pour t’assurer qu’il comprenne bien ce que tu attends de lui. « Ça fait quelques temps que je me pose des questions. Beaucoup de questions. Sur moi. Sur les autres. J’ai beaucoup pensé à toi. Surtout à toi, en fait. » L’angoisse te fait tourner en rond. Au sens littéral, comme au figuré. « J’ai jamais voulu être loin de toi, j’ai toujours détesté l’idée que tu puisses aimer quelqu’un d’autre que moi, plus que moi. J’veux être la seule personne importante pour toi. J’supporte pas l’idée que tu puisses voir des gens en dehors du boulot. Même que tu puisses adresser la parole à quelqu’un d’autre que moi. » Ton cœur s’affole. « Parce que je crois que je t’aime plus que tu ne le fais... »
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Nate O'Connor
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On pourrait croire que Nate est heureux dans sa vie. Son boulot lui plaît, il a une chouette maison, un chien qu'il aime plus que tout. Mais bizarrement aucune femme ne partage sa vie. Nate n'est pas timide, il est gay. Il est gay et à trente-cinq ans, il n'a toujours pas fait son coming-out. Il en est incapable. Le regard des autres l'a toujours terrorisé mais il ne l'a jamais montré. Il joue au fort, Nate.
Même son meilleur ami ne le sait pas, à vrai dire. Ni le fils de ce dernier avec qu'il est pourtant plutôt proche... Parfois trop ? Il n'a jamais vécu avec quelqu'un, a des aventures parfois. Mais les hommes de son âge sont lassés de se cacher pour le grand gamin qu'il est. A trente-cinq ans, presque quarante, il ne vit pas vraiment sa vie. Métro, boulot, dodo. Heureusement qu'Elyam et son père sont là.
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Nate ne s’attendait clairement pas à une déclaration pareille. Son cœur s’affola alors qu’il se faisait violence pour ne pas le couper dans ses mots. Il avait promis, après tout… Il avait peur de se tromper dans le message à comprendre. Il avait peur de se faire des idées, de se planter totalement sur le sens de son petit discours. A cet instant il n’avait qu’une envie : le faire taire et l’embrasser. Mais… encore une fois, difficile de dire si c’était dans ce sens-là qu’il fallait comprendre tout ça, ou si c’était purement amical. Finalement, Elyam s’arrêta de parler. Nate eut un peu de mal à comprendre que c’était son tour, qu’il devait répondre, aussi il resta un moment silencieux. Il tenta de regarder Elyam dans les yeux mais il n’y parvint pas, en fait il se sentait un peu comme un adolescent qui avouait son premier béguin amoureux. « J’sais pas bien quoi dire, je t’avoue… » En fait, le gamin lui avait coupé l’herbe sous le pied. Ce qui était à la fois frustrant, angoissant, et à la fois une très bonne chose. Ca y est, c’était concret. C’était sûr. Du moins, s’il avait bien compris le message, Elyam semblait ressentir la même chose que lui. Et ça faisait un effet tout bizarre, il n’avait pas vraiment l’habitude qu’on l’aime, Nate. Il avait eu des copains, oui. Mais jamais rien de sérieux, jamais rien qui ne donne envie de se poser, de fonder une famille. Difficile de se projeter avec un gamin même pas mineur, mais il s’en foutait, en fait. Il avait juste envie d’être avec lui d’une toute autre façon, tant pis si c’était mal aux yeux des autres. Elyam était le seul avec qui Nate voulait être lui-même. Le seul avec lequel il pouvait se le permettre. Avec lequel il se sentait bien, la seule personne à ne pas le juger. Jamais.

Il allait falloir répondre, un jour. Nate se frotta la nuque, toujours autant perdu. Il sentait que les phrases ne sortiraient pas correctement, peut-être pas dans le bon ordre, avec les mauvais mots. Elyam était tellement vulnérable à cet instant, il était possible qu’il comprenne mal tout ce qui pourrait sortir de sa bouche. D’autant qu’il était du genre assez susceptible… Et n’avait pas confiance en lui, alors un malentendu était vite arrivé. « En fait tu… tu m’enlèves un peu une épine du pied, Elyam. » dit-il avec un petit sourire gêné. Il s’approcha doucement du jeune homme et vint murmurer à son oreille : « J’allais te dire quelque chose d’un peu similaire… Je t’apprécie plus que je ne le devrais. » Le dire aussi bas, c’était comme lui confier un secret de la plus haute importance. En se reculant, il en profita pour lui faire un bisou très chaste sur la joue. « Je suis pas très doué pour ça, en vrai… Je sais pas trop quoi faire. » Et c’était terriblement gênant à son âge de ne pas savoir prendre les devants. « On pourrait peut-être rentrer… Et en parler un peu plus longuement. T’en penses quoi ? »


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Elyam Townsend
J'ai 16 ans et je vis à Londres, Angleterre. Dans la vie, je suis lycéen et je m'en sors plutôt bien. Sinon, grâce à ma malchance, je suis célibataire et je le vis plutôt mal.

Tu es un adolescent mal dans sa peau, victime d'une maladie si peu connue dont le terme est utilisé à mauvais escient, l'anorexie. Ta mère est décédée, il y a maintenant plusieurs années, ne te laissant qu'avec ton père. Le meilleur ami de ce dernier fut très présent pour vous aider, vous soutenir au mieux, si bien qu'une étrange complicité s'est instaurée entre vous, en parallèle de la dégradation de ta relation père/fils. Puis vient s'ajouter à cela ton anorexie qui te pourrit la vie. Dans le fond, tu as juste besoin de quelqu'un pour t'aider...


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Jamais ton cœur n’a battu aussi fort qu’à cet instant précis. Tu t’embrouilles. Tes pensées s’emmêlent en une pelote indémêlable. Tes mots ne sortent pas aussi simplement que le discours que tu avais imaginé dans le fond du canapé. Rien ne se passe comme tu l’avais imaginé, de toute façon. Les scénarios ne sont que des fantasmes que ton esprit met en place pour se jouer de toi. Ils rendent tes mains moites, accélèrent ton rythme cardiaque jusqu’à l’excès. Tes joues s’enflamment à une vitesse folle. Le sang afflue sur tes joues, abandonnant ton crâne. Ça fourmille sur ton visage. Tu es mal à l’aise, angoissé, stressé, paniqué. Tu fais les cents pas devant l’autre, comme si cela pouvait t’aider à te calmer. Non. Ça ne fait qu’empirer ton état de stress avancé. Qu’il ne sache pas quoi te dire est une chose, mais qu’il te laisse te faire des films en est une autre. Parce oui. Tu te fais des films. Il va te renvoyer chez toi. Hurler à ton père qu’il ne veut plus te revoir. Se moquer de toi avec ces collègues de boulot, avec ton propre géniteur. Ton esprit le diabolise, lui donne l’allure d’un monstre sans cœur qui te rejette en te riant au nez. Cette peur grandit alors que le beau brun garde le silence égoïstement. T’es habité par cette crainte qu’il te jette à la porte. Comment un gosse comme toi, malade, victime d’angoisse, peut-il plaire à un homme tel que lui ? Beau, intelligent, ayant une vie bien structurée. T’aimerais le secouer pour l’entendre te dire quelque chose. N’importe quoi. Mais tu ne peux pas. Tu viens de te figer, tête baissée, les yeux larmoyants, face à lui.

Et ce qu’il te révèle est bien pire que ce que tu ne pouvais penser. Il t’apprécie. Il ne t’aime pas. Ou bien alors comme un père est censé aimer son gosse. Putain. Ton organe cardiaque ne s’est jamais autant serré, n’a jamais été aussi douloureux qu’à cet instant. Un simple baiser sur la joue. Juste un baiser sur la joue. S’il était amoureux de toi, il t’aurait embrassé sur les lèvres. Pas sur la joue. Pas comme ça. En parler à la maison ne changera pas ce que tu ressens pour lui et cette tristesse qui t’envahit lourdement. Tu acquiesces malgré tout, gardant les yeux rivés sur tes baskets. Son animal de compagnie vous rejoint par de grandes foulées et tu t’agenouilles devant elle pour lui passer la laisse autour du cou. Jamais tu n’as ressenti le besoin de la serrer contre toi pour trouver un peu de réconfort, mais ce jour est arrivé. Tu caresses le sommet de son crâne avant d’embrasser sa truffe humide, ce qui semble ravir la bête. Ce qui semble te rendre d’autant plus triste. Tu enroules la laisse autour de ta main et reprends le chemin vers la maison de Nate sans prononcer le moindre mot. Tu concentres ton attention sur le chien pour ne pas flancher. La présence de la bête a un effet presque thérapeutique. Un sentiment de sécurité, un besoin de veiller à ses besoins, si la laisse est trop tendue ou pas assez, si elle désire que tu marches plus vite ou plus lentement. Tu oublies Nate. Tu as besoin de l’oublier. Mais bientôt, tu ne pourras plus. Tu ne peux plus. La porte se referme derrière toi. Tu retires la laisse afin de laisser le compagnon canin gambader dans le salon et retires ta veste et tes chaussures. Tu flippes.
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